Sougya : Suite du chapitre Elou Tereifot consacré aux signes des oiseaux purs et impurs, la sougya enchaîne des traditions amoraiques qui identifient des oiseaux par leur nom araméen ou vernaculaire et fournissent un signe mnémotechnique pour retenir lesquels sont permis et lesquels interdits (la bat mizga hamra, les variantes de chekitna, le chalakh, le doukhifat qui apporta le chamir au Temple). Viennent ensuite des étymologies homilétiques (le raham, source de miséricorde et signe de pluie, voire du Machiah ; la hassida 'pieuse', l'anafa 'querelleuse'), la règle herméneutique du 'davar ha-lamed me-inyano' appliquée au tinshemet — un même mot pour un oiseau et pour un reptile, départagé par le contexte — et l'identification du orev (corbeau noir, corbeau de vallée blanc, corbeau à tête de pigeon) et du netz.
La sougya culmine sur le compte de Rav : il y a vingt-quatre oiseaux impurs, établi en additionnant les listes du Lévitique et du Deutéronome, les quatre 'le-mino' et en soustrayant le doublon daa = raa.
La bat mizga hamra (litt. la fille qui verse le vin) — [elle est] permise ; et ton signe [mnémotechnique] : 'la force du fils l'emporte sur la force du père'.
La sougya identifie un oiseau permis, la bat mizga hamra (littéralement 'la verseuse de vin'). Le signe mnémotechnique (siman) rappelle l'adage talmudique 'la force du fils l'emporte sur celle du père' : entre deux oiseaux semblables, le plus petit (le 'fils') est permis tandis que le plus grand (le 'père') est interdit.
Rav Yehouda a dit : le chekitna — les [oiseaux] aux longues pattes (jambes) et rouges sont permis, et ton signe : le morzema. Les petits (nains) et rouges sont interdits, et ton signe : 'le nain [est] passoul (invalide)'.
Les [oiseaux] aux longues pattes et verts sont interdits, et ton signe : 'les verts [sont] passoulin (invalidés)'.
Rav Yehouda distingue plusieurs espèces de chekitna. Permis : longues pattes et corps rouge (signe : le morzema, un oiseau tenu pour pur, de même allure). Interdits : les nains rouges (signe : 'le prêtre nain est passoul', invalide au service, cf. les défauts des Cohanim) ; et les verts à longues pattes (signe : 'les verts sont invalidés', allusion à la michna où des entrailles devenues vertes rendent tereifa).
Rav Yehouda a dit : le 'chalakh' (cf. Lévitique 11:17) — c'est celui qui retire (choleh) les poissons hors de la mer.
Le 'doukhifat' (cf. Lévitique 11:19) — [il est ainsi nommé] parce que sa huppe est liée (chehodo kafout).
Cela aussi est enseigné dans une braita : le doukhifat — parce que sa huppe est liée ; et c'est lui qui apporta le chamir à la maison du Sanctuaire (Beit ha-Mikdach).
Étymologies : le chalakh est l'oiseau qui 'retire' (choleh) les poissons de la mer (le cormoran). Le doukhifat est nommé d'après sa huppe nouée (hodo kafout). Une braita confirme et ajoute que c'est lui qui apporta le chamir (le ver qui fendait les pierres sans fer) à la construction du Temple, comme le raconte le traité Guittin.
Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il voyait un chalakh, disait : 'Tes jugements [sont comme] l'immense abîme (tehom raba)' (Psaumes 36:7). Lorsqu'il voyait une fourmi (nemala), il disait : 'Ta justice [est] comme les montagnes de Dieu' (début du même verset).
Deux versets que Rabbi Yo'hanan récitait devant ces créatures. Devant le chalakh (qui poursuit les poissons jusqu'au fond) : 'Tes jugements [sont comme] l'abîme immense' — Dieu exerce Sa justice même sur les poissons de la mer. Devant la fourmi : 'Ta justice [est] comme les montagnes de Dieu' — Il pourvoit à la subsistance de la plus minuscule créature comme à celle de la plus grande.
Amemar a dit : les laknei et les batnei — [ils sont] permis ; les chaknai et les batnai — [dans] un endroit où l'on a coutume de [les] manger, on [les] mange ; [dans] un endroit où l'on a coutume de ne pas [les] manger, on ne [les] mange pas. Est-ce donc que la chose dépend de la coutume ?
Oui ; et ce n'est pas une difficulté : ceci [le cas où l'on ne mange pas, c'est] dans un endroit où se trouvent le pères et l'ozniya ; cela [le cas où l'on mange, c'est] dans un endroit où ne se trouvent pas le pères et l'ozniya.
Amemar : les laknei et batnei sont permis sans réserve. Les chaknai et batnai dépendent de la coutume locale. Pourquoi la coutume tranche-t-elle un statut de Torah ? Parce que là-où se trouvent le pères et l'ozniya (deux rapaces impurs ressemblants), on craint la confusion et on s'abstient ; là-où ils sont absents, nul risque, on les mange.
Abaye a dit : les kavai et les kakvai [sont] interdits, [mais] le kakvata [est] permis. En Occident (Terre d'Israël), on flagellé à son sujet [celui qui en mange] et on l'appelle 'tahveta'.
Abaye : les oiseaux kavai et kakvai sont interdits, mais le kakvata est permis. Pourtant, en Terre d'Israël, on inflige la flagellation à qui en consomme, et on l'y nomme tahveta — usage local plus sévère.
Nos Maîtres ont enseigné : le 'tinshemet' (cf. Lévitique 11:18) [est] le baout parmi les oiseaux.
Tu dis [qu'il est] le baout parmi les oiseaux, ou [n'est-il] que le baout parmi les reptiles (chratzim) ? Tu dis : sors et apprends [-le] des treize règles (midot) par lesquelles la Torah s'interprète, [à savoir] une chose apprise par son contexte (davar ha-lamed me-inyano).
De quoi le texte parle-t-il [aux alentours] ? D'oiseaux ; ici aussi [il s'agit] d'oiseaux.
Le mot tinshemet figure deux fois dans Lévitique 11 (parmi les oiseaux, et parmi les reptiles). Ici (11:18), il désigne le baout parmi les oiseaux. Comment le savoir ? Par la règle herméneutique du davar ha-lamed me-inyano (une chose apprise de son contexte), l'une des treize midot : les versets voisins parlant d'oiseaux, ce tinshemet-là est un oiseau.
Il est enseigné de même, à propos des reptiles, de cette manière : le 'tinshemet' [est] le baout parmi les reptiles. Tu dis [qu'il est] le baout parmi les reptiles, ou [n'est-il] que le baout parmi les oiseaux ?
Tu dis : sors et apprends [-le] des treize règles par lesquelles la Torah s'interprète, [à savoir] une chose apprise par son contexte — de quoi le texte parle-t-il ? De reptiles ; ici aussi [il s'agit] de reptiles.
La même braita existe en miroir pour la liste des reptiles (Lévitique 11:30) : là, le tinshemet est le baout parmi les reptiles, établi par le même principe du contexte (davar ha-lamed me-inyano). Ainsi un seul mot désigne deux bêtes différentes, départagées par leurs voisins respectifs.
Abaye a dit : le baout parmi les oiseaux [est] le kipouf, le baout parmi les reptiles [est] le kourpedai. Rav Yehouda a dit : le 'kaat' (cf.
Lévitique 11:18) — c'est le kouk ; le 'raham' — c'est le serakrak.
Abaye identifie : le baout des oiseaux est le kipouf (chouette/hibou), celui des reptiles est le kourpedai (taupe). Rav Yehouda identifie deux autres oiseaux de la liste : le kaat est le kouk, et le raham est le serakrak.
Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi son nom [est-il] appelé 'raham' ? Parce que [dès] que le raham vient, la miséricorde (rahamim) vient au monde.
Rav Bibi bar Abaye a dit : et [cela vaut] lorsqu'il se pose sur quelque chose et fait 'serakrak' [siffle]. Et il est tenu pour tradition (gemiri) que, s'il se pose à terre et siffle (chareik) — le Machiah est venu (vient), ainsi qu'il est dit : 'Je sifflerai vers eux et je les rassemblerai' (Zacharie 10:8).
Étymologie homilétique du raham (voir le schéma) : son arrivée annonce la miséricorde (rahamim) — la saison des pluies. Rav Bibi précise : c'est un signe de pluie lorsqu'il se pose sur un objet et siffle ('serakrak'). Et par tradition, s'il se pose à terre et siffle (posture inhabituelle), c'est le signe que le Machiah vient, d'après 'Je sifflerai vers eux et les rassemblerai'.
Rav Ada bar Chimi dit à Mar bar Rav Idai : mais voici qu'il y eut un certain [raham] qui se posa dans un champ labouré (bei karba) et siffla, et une pierre (galal) vint et lui fendit le crâne ! Il lui dit : celui-là était un menteur (baida).
Objection de Rav Ada : un raham s'est jadis posé à terre dans un champ labouré en sifflant (signe annoncé du Machiah), et pourtant une pierre tomba et lui brisa le crâne — la 'prophétie' fut donc fausse. Réponse : ce raham-là était un menteur (baida), puni pour avoir prophétisé faussement.
Nos Maîtres ont enseigné : 'le orev (corbeau)' — c'est le corbeau ; 'et tout orev' — pour inclure le corbeau de la vallée (orev ha-amki) ; 'selon son espèce (le-mino)' — pour inclure le corbeau qui vient à [avec] des têtes de pigeons.
Exégèse du verset 'tout orev selon ses espèces' (Lévitique 11:15). 'Le orev' = le corbeau [ordinaire]. 'Tout orev' inclut le corbeau de vallée (orev ha-amki). 'Selon son espèce' inclut le corbeau à tête de pigeon. Trois sous-types rangés parmi les oiseaux impurs.
Le Maître a dit : 'le orev' — c'est le corbeau. Est-ce donc qu'il se tient devant nous [pour qu'on le désigne ainsi] ?
Plutôt, dis : 'le orev' — c'est le corbeau noir (oukma), et ainsi est-il dit : 'ses boucles [sont] flottantes (touffues), noires comme un corbeau' (Cantique 5:11). Le [corbeau] de vallée (amki) — c'est le [corbeau] blanc (hivara), et ainsi est-il dit : 'et son aspect [est] plus profond (amok) que la peau' (Lévitique 13:30), [c'est-à-dire] comme l'aspect du soleil, [qui est] plus profond [enfoncé] que l'ombre.
Difficulté : dire 'le orev c'est le corbeau' n'apprend rien (le corbeau n'est pas devant nous pour qu'on le montre du doigt). Donc : 'le orev' = le corbeau noir (oukma), d'après 'noir comme un corbeau' (Cantique). Le corbeau de vallée (amki) = le corbeau blanc (hivara) : le mot 'profond' (amok), employé pour la lèpre, évoque le blanc, car la zone au soleil paraît plus enfoncée que l'ombre — d'où le lien entre 'vallée/profondeur' et la couleur blanche.
Et [quant au] corbeau qui vient à des têtes de pigeons, Rav Papa a dit : ne dis pas qu'il vient à la tête des pigeons (parmi eux), mais [dis] que sa tête ressemble à [celle d']un pigeon (yona).
Rav Papa précise l'expression 'corbeau qui vient à des têtes de pigeons' : il ne s'agit pas d'un corbeau qui vit parmi les pigeons, mais d'un corbeau dont la tête ressemble à celle d'un pigeon.
Nos Maîtres ont enseigné : 'le netz' — c'est le netz (épervier) ; 'selon ses espèces (le-minehou)' — pour inclure le bar hiria. Qu'est-ce que le bar hiria ?
Abaye a dit : le chourinka.
Exégèse du verset 'le netz selon ses espèces' (Lévitique 11:16). 'Le netz' = l'épervier. 'Selon ses espèces' inclut le bar hiria, identifié par Abaye au chourinka.
Rav Yehouda a dit : 'la hassida' — c'est la diya (milan) blanche. Pourquoi son nom [est-il] appelé hassida ?
Parce qu'elle pratique la piété (hassidout) envers ses compagnes [en partageant sa nourriture]. 'La anafa' — c'est la diya querelleuse (irascible). Pourquoi son nom [est-il] appelé anafa ?
Parce qu'elle se querelle (menaéfet) avec ses compagnes.
Étymologies du verset 'la hassida et la anafa selon ses espèces' (Lévitique 11:19). La hassida est la diya blanche (milan), ainsi nommée parce qu'elle pratique la piété (hassidout) en partageant sa nourriture avec ses semblables. La anafa est la diya irascible, ainsi nommée parce qu'elle se querelle (menaéfet) avec ses semblables.
Rav Hanan bar Rav Hisda a dit au nom de Rav Hisda au nom de Rav Hanan fils de Rava au nom de Rav : il y a vingt-quatre oiseaux impurs. Rav Hanan bar Rav Hisda dit à Rav Hisda [son père] : où (d'où) [ce compte] ?
Si [c'est d'après la liste] du Lévitique — [il y en a] vingt ; si [c'est d'après celle] du Deutéronome — [il y en a] vingt-et-un ; et si tu dis [qu'on ajoute] la 'daa', qui est écrite dans le Lévitique et n'est pas écrite dans le Deutéronome, [pour] la jeter sur eux (l'ajouter) — [il y en a] encore [seulement] vingt-deux !
Rav transmet : il y a vingt-quatre oiseaux impurs. Objection sur le compte (voir le schéma) : la liste du Lévitique en donne 20, celle du Deutéronome en donne 21 ; même en ajoutant la daa (présente dans le Lévitique, absente du Deutéronome), on n'atteint que 22. D'où viennent les 24 ?
Il lui dit : ainsi a dit le père de ta mère au nom de Rav : 'selon son espèce', 'selon son espèce', 'selon son espèce', 'selon ses espèces' — voici ici quatre [ajouts]. S'il en est ainsi, [il y en a] vingt-six !
Abaye a dit : la daa et la raa sont une seule [et même bête] ; car si tu venais à penser [qu']elles sont deux,
Réponse : les quatre occurrences de 'selon son espèce' (le-mino, sur anafa, daa, orev, netz) ajoutent chacune une espèce : +4, soit 22 + 4 = 26. Mais alors le compte dépasse 24 ! Abaye résout : la daa (du Lévitique) et la raa (du Deutéronome) sont un seul et même oiseau ; il faut donc retrancher ce doublon (-2), ce qui ramène à 24. Le raisonnement d'Abaye se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).