Chullin 63b — les 24 oiseaux impurs : raa/daa et aya/daya, la voie courte de la Tora, et l'oiseau pur par tradition

Chullin 63b

Sougya : La sougya poursuit le décompte des oiseaux impurs de la Tora pour le ramener à 24. Puisque le passage de Deutéronome (Michne Tora) est censé AJOUTER à celui du Lévitique, la différence de nom (daa écrit dans Vayikra, raa dans Deut ; aya seule dans Vayikra, aya et daya dans Deut) prouve qu'il s'agit d'UNE seule espèce sous deux noms : le surplus ne vient pas ajouter mais expliciter, afin qu'on ne permette pas un oiseau sous un autre nom (Rabbi).

Une braita objecte (les bêtes sont répétées pour ajouter la chessoua : donc les oiseaux aussi ?) et la Guemara distingue : là-bas pour ajouter, ici pour expliciter. Rabbi Abahou identifie raa et aya (la raa voit le plus loin : posée à Babel elle voit une charogne en Terre d'Israël), ce qui ramène le compte à 23.

Suivent Issi ben Yehouda (cent oiseaux impurs, tous de l'espèce aya) et Avimi (700 espèces de poissons, 800 de sauterelles, des oiseaux sans nombre — entendre : oiseaux purs). Rabbi explique pourquoi la Tora énumère la minorité (bêtes pures, oiseaux impurs) : enseigner par la voie courte.

Rabbi Itshak permet de manger un oiseau pur par tradition (massoret) ; Rabbi Yo'hanan exige que le maître connaisse les oiseaux et leurs noms ; Rabbi Zera tranche que ce maître est le chasseur. Enfin on achète des œufs aux non-Juifs sans craindre nevela ni tereifa, pourvu que le vendeur nomme l'espèce pure, et la sougya s'ouvre sur les signes des œufs (et des poissons).

Comment arriver à 24 oiseaux impurs : ramener les paires à une seule espèce Vayikra (Lévitique 11) Michne Tora (Deut 14) daa (écrit ici) raa (écrit là) une seule espèce aya + 'selon son espèce' aya + daya + 'selon son espèce' aya = daya, une espèce Le surplus de Deut ne vient pas AJOUTER (lehossoufei) mais EXPLICITER (leparouchei) les noms différents valent pour une même espèce, afin qu'on n'en permette pas une sous un autre nom Rav (et la stam) : 24 oiseaux daa=raa (1) ; aya=daya (1) Rabbi Abahou : 23 oiseaux daa = raa = aya = daya (1 seule)
Le mécanisme du décompte (segments 0-6) : ramener les paires de noms à une seule espèce pour obtenir 24 (Rav) ou 23 (Rabbi Abahou).
La Tora énumère toujours la minorité (enseigner par la voie courte) Bêtes (behema) impures = nombreuses pures = peu nombreuses la Tora énumère les PURES (cerf, gazelle... le reste est impur) Oiseaux (of) purs = nombreux impurs = peu nombreux la Tora énumère les IMPURS (les 24 ; le reste est pur)
Pourquoi la Tora énumère la minorité (segments 8-9) : les pures chez les bêtes, les impurs chez les oiseaux — enseigner par la voie courte.
Manger un oiseau pur par tradition (massoret) Rabbi Itshak l'oiseau pur se mange sur tradition (sans simanim) Rabbi Yo'hanan à condition que [le maître] connaisse oiseaux + noms Rabbi Zera demande le maître : sage ou chasseur ? Conclusion : le maître CHASSEUR (tsayad) le sage connaît les NOMS (il les a étudiés) mais ne reconnaît pas forcément les oiseaux ; le chasseur, lui, connaît à la fois les oiseaux ET leurs noms -> la massoret tient.
L'oiseau pur par tradition (segments 10-11) : du maître sage au maître chasseur.
1
מִכְּדֵי מִשְׁנֵה תוֹרָה לְאוֹסוֹפֵי הוּא דַּאֲתָא, מַאי שְׁנָא הָכָא דִּכְתִיב ״דָּאָה״ וּמַאי שְׁנָא הָכָא דִּכְתִיב ״רָאָה״ וְלָא כְּתִיב ״דָּאָה״? אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ מִין רָאָה וְדָאָה אַחַת הִיא.

Or donc, le Deutéronome (Michne Tora) vient [pour] ajouter [à la liste du Lévitique] : qu'y a-t-il de différent ici, où il est écrit 'daa', et qu'y a-t-il de différent là, où il est écrit 'raa' et où il n'est pas écrit 'daa' ? Plutôt, conclus-en [qu'il s'agit d'une] espèce [unique] : la raa et la daa sont une [seule espèce].

📜 Rachi (1)
מִכְּדֵי מִשְׁנֵה תוֹרָה לְאוֹסוֹפֵי קָאָתֵי כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן לָמָּה נִשְׁנוּ בִּבְהֵמָה מִפְּנֵי הַשְּׁסוּעָה שֶׁלֹּא נֶאֶמְרָה בְּוַיִּקְרָא וְהִיא בִּרְיָה שֶׁיֵּשׁ לָהּ ב' גַּבִּין וּבְעוֹפוֹת לָא אַשְׁכְּחַן מִידִי לְאוֹסוֹפֵי אֶלָּא כְּתִיב רָאָה דְּלָא אִכְּתִיב בְּוַיִּקְרָא הָכִי אֶלָּא דָּאָה קַרְיָיה בְּוַיִּקְרָא וּכְדֵי שֶׁלֹּא יָבֹא אָדָם לְהַכְשִׁירָהּ בְּמָקוֹם שֶׁקּוֹרִין אוֹתָהּ רָאָה וְיֹאמַר דָּאָה אָסְרָה תּוֹרָה וְלֹא רָאָה הִלְכָּךְ חָזְרָה וְכָתַב רָאָה וְהִיא הִיא:
Or donc le Deutéronome vient [pour] ajouter — comme nous le dirons plus loin : pourquoi [la liste] a-t-elle été répétée ? Pour les bêtes, à cause de la chessoua, qui n'a pas été énoncée dans le Lévitique et qui est une créature ayant deux dos (chenei gabin) ; et pour les oiseaux nous ne trouvons rien à ajouter, sinon qu'il est écrit 'raa', laquelle n'a pas été écrite ainsi dans le Lévitique, où l'Écriture l'a appelée 'daa' ; et afin qu'un homme ne vienne pas la rendre permise [à la consommation] dans un lieu où on l'appelle 'raa', en disant : la Tora a interdit la daa et non la raa — c'est pourquoi [l'Écriture] est revenue écrire 'raa', et c'est la même [espèce].
💡 Explication

La sougya cherche à obtenir le compte de 24 oiseaux impurs. Le passage de Deutéronome (le 'Michne Tora', la répétition de la Loi) est censé ajouter (lehossoufei) à celui du Lévitique. Si la daa (écrite dans Vayikra) et la raa (écrite dans Deut à sa place) étaient deux espèces distinctes, Deut aurait dû écrire les deux ; comme elle n'écrit que raa, c'est qu'il s'agit d'une seule et même espèce sous deux noms.

2
וְאַכַּתִּי עֶשְׂרִין וְחַמְשָׁה הָווּ? אָמַר אַבַּיֵּי: כְּשֵׁם שֶׁרָאָה וְדָאָה אַחַת הִיא, כָּךְ אַיָּה וְדַיָּה אַחַת הִיא. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ תַּרְתֵּי אִינּוּן, מִכְּדֵי מִשְׁנֵה תוֹרָה לְאוֹסוֹפֵי הוּא דַּאֲתָא, מַאי שְׁנָא הָכָא דִּכְתִיב ״לְמִינָהּ״ אַאַיָּה, וּמַאי שְׁנָא הָתָם דִּכְתִיב ״לְמִינָהּ״ אַדַּיָּה? אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: אַיָּה וְדַיָּה אַחַת הִיא.

Mais cela fait encore vingt-cinq [oiseaux impurs] ! Abaye a dit : de même que la raa et la daa sont une [espèce], de même l'aya et la daya sont une [espèce].

Car s'il te venait à l'esprit [qu']elles sont deux [espèces], or le Deutéronome vient [pour] ajouter, qu'y a-t-il de différent ici, où il est écrit 'selon son espèce' (lemina) au sujet de l'aya, et qu'y a-t-il de différent là, où il est écrit 'selon son espèce' au sujet de la daya ? Plutôt, conclus-en : l'aya et la daya sont une [espèce].

📜 Rachi (3)
דְּאִי ס"ד תְּרֵי נִינְהוּ וְכִי הֵיכִי דִּבְהֵמָה לְאוֹסוֹפֵי אֲתָא בְּעוֹפוֹת נָמֵי מוֹסִיף הֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב הָכָא תַּרְוַייְהוּ וְלָמָּה גָּרְעָה לְדָאָה אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה לְפָרוֹשֵׁי:
Car s'il te venait à l'esprit [qu']elles sont deux — et de même que pour la bête [le Deutéronome] vient pour ajouter, pour les oiseaux aussi il serait [venu] ajouter, [et] il aurait fallu écrire ici les deux ; or pourquoi a-t-il retranché la daa ? Plutôt, conclus-en [qu'il vient] pour expliciter.
כָּךְ אַיָּה וְדַיָּהּ דִּכְתִיבָא בְּמִשְׁנָה תּוֹרָה אַחַת הִיא וְלֹא נִכְתְּבָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתֵּן פִּתְחוֹן פֶּה לְבַעַל דִּין לַחְלֹוק כִּדְפָרֵישִׁית שֶׁלֹּא תְּהֵא אַתָּה קוֹרֵא אַיָּה וְהוּא קוֹרֵא אוֹתָהּ דַּיָּה וַיֹּאמֶר לֹא זוֹ אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא אַיָּה:
De même l'aya et la daya — qui sont écrites dans le Deutéronome sont une [espèce], et [la daya] n'a été écrite que pour ne pas donner [matière] à un plaideur à contester, comme je l'ai expliqué : afin que toi tu n'appelles pas [l'oiseau] 'aya' tandis que lui l'appelle 'daya' et dit : ce n'est pas celle-là que la Tora a interdite, mais l'aya.
וּמַאי שְׁנָא הָתָם דִּכְתִיבָא לְמִינָהּ אַדַּיָּה וְגָרְעָה לְמִינָהּ דְּאַיָּה:
Et qu'y a-t-il de différent là, où il est écrit 'selon son espèce' au sujet de la daya — [tandis qu'ici] il a retranché le 'selon son espèce' de l'aya.
💡 Explication

Après avoir réuni daa et raa, on compte encore 25. Abaye applique le même raisonnement à la paire aya / daya : si elles étaient deux espèces, l'expression 'selon son espèce' (lemina) aurait dû être attachée à l'une de façon cohérente entre les deux passages ; comme Vayikra l'attache à l'aya et Deut à la daya, c'est qu'il s'agit d'une seule espèce. On retombe ainsi à 24.

3
וְכִי מֵאַחַר שֶׁאַיָּה וְדַיָּה אַחַת הִיא, לָמָּה לֵיהּ לְמִיכְתַּב אַיָּה וְדַיָּה? כִּדְתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: אֶקְרָא אֲנִי אַיָּה, דַּיָּה לָמָּה נֶאֶמְרָה? כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתֵּן פִּתְחוֹן פֶּה לְבַעַל דִּין לַחְלֹוק, שֶׁלֹּא תְּהֵא אַתָּה קוֹרֵא אַיָּה וְהוּא קוֹרֵא דַּיָּה, אַתָּה קוֹרֵא דַּיָּה וְהוּא קוֹרֵא אַיָּה, לְכָךְ כָּתַב בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה: ״וְהָרָאָה וְאֶת הָאַיָּה וְהַדַּיָּה לְמִינָהּ״.

Et puisque l'aya et la daya sont une [espèce], pourquoi a-t-il fallu écrire [à la fois] aya et daya ? Comme il est enseigné [dans une braita] : Rabbi dit : je [pourrais] lire 'aya' [seule] ; pourquoi 'daya' a-t-elle été énoncée ?

Afin de ne pas donner [matière] à un plaideur à contester : que tu n'appelles pas [l'oiseau] 'aya' tandis que lui l'appelle 'daya', [ou que] tu l'appelles 'daya' tandis que lui l'appelle 'aya' ; c'est pourquoi [l'Écriture] a écrit dans le Deutéronome : 'et la raa, et l'aya, et la daya selon son espèce' (Deut 14:13).

📜 Rachi (3)
אֶקְרָא אֲנִי אַיֵּה דַּי הָיָה לִי בִּקְרִיאַת אַיָּה שֶׁהֲרֵי הִיא עַצְמָהּ דַּיָּהּ וְלָמָּה נֶאֶמְרָה דַּיָּה:
Je [pourrais] lire 'aya' — il m'aurait suffi de lire 'aya', car elle-même est la daya ; pourquoi donc 'daya' a-t-elle été énoncée ?
לְבַעַל הַדִּין לְמִי שֶׁרוֹצֶה לַחֲלֹוק עָלֶיךָ וְלָדוּן וּלְהֶכְשֵׁירָהּ:
Au plaideur — à celui qui veut contester contre toi, plaider et [la] rendre permise.
שֶׁלֹּא תְּהֵא אַתָּה קוֹרֵא אַיָּה וְהוּא אוֹמֵר אַיָּה אָסְרָה תּוֹרָה אֲבָל זוֹ דַּיָּה הִיא שְׁמָהּ לְפִיכָךְ פֵּרֵט הַכָּתוּב בְּכָל שְׁמוֹתֵיהֶם:
Que tu n'appelles pas [l'oiseau] 'aya' — tandis que lui dit : la Tora a interdit l'aya, mais celle-ci, son nom est 'daya' ; c'est pourquoi l'Écriture a détaillé tous leurs noms.
🗂️ Tossefot (1)
לָמָּה לֵיהּ לְמִיכְתַּב אַיָּה וְדַיָּה הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְמִנְקַט מַרְאָה וַדָּאָהּ אֶלָּא חֲדָא נְקַט וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק וּמַאי שְׁנָא דִּכְתִיב בְּוַיִּקְרָא דָּאָה וּבְמִשְׁנָה תּוֹרָה כְּתִיב רָאָה וְלָא כְּתִיב תַּרְוַיְיהוּ בְּחַד דֻּוכְתָּא וְגַבֵּי אַיָּה כְּתִיב בְּוַיִּקְרָא אַיָּה וּבְמִשְׁנָה תּוֹרָה כְּתִיב תַּרְוַיְיהוּ אַיָּה וְדַיָּהּ וְי"ל דְּהַייְנוּ טַעְמָא דְּבִשְׁלָמָא דָּאָה וְרָאָה לֹא רָצָה לִכְתֹּוב שְׁנֵיהֶם בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה אע"פ שֶׁמִּן הַדִּין הָיָה לוֹ לִכְתֹּוב בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה כָּל הַשֵּׁמוֹת דַּאֲתָא לְאוֹסוֹפֵי וּלְפָרוֹשֵׁי מִשּׁוּם דְּא"כ הֲוָה אֲמִינָא דְּדָאָה וְרָאָה תַּרְתֵּי נִינְהוּ וּלְאוֹסוֹפֵי קָא אָתֵי אֲבָל בְּאַיָּה וְדַיָּהּ אֵין לִטְעוֹת אע"פ שֶׁכָּתוּב שְׁנֵיהֶם דְּמִדִּכְתִיב לְמִינֵהוּ אַאַיָּה וּבְמִשְׁנָה תּוֹרָה כְּתִיב לְמִינֵהוּ אַדַּיָּה ש"מ חֲדָא הִיא:
Pourquoi a-t-il fallu écrire [à la fois] aya et daya — de même [le Talmud] aurait pu prendre [pour exemple] raa et daa ; mais il n'en prend qu'une [paire]. Et il faut s'interroger : pourquoi est-il différent [le cas] où il est écrit 'daa' dans le Lévitique et 'raa' dans le Deutéronome, sans qu'il soit écrit les deux en un même endroit, alors que pour l'aya il est écrit 'aya' dans le Lévitique et, dans le Deutéronome, les deux, aya et daya ? Et l'on peut dire que telle en est la raison : pour la daa et la raa, [l'Écriture] n'a pas voulu écrire les deux dans le Deutéronome — bien que, en stricte logique, elle eût dû écrire dans le Deutéronome tous les noms, [Deut] venant ajouter et expliciter — parce que, s'il en était ainsi, j'aurais dit que la daa et la raa sont deux [espèces] et [que Deut] vient pour ajouter ; mais pour l'aya et la daya il n'y a pas à se tromper, bien que les deux soient écrites, car du fait qu'il est écrit 'selon ses espèces' au sujet de l'aya [dans Vayikra] et que dans le Deutéronome il est écrit 'selon son espèce' au sujet de la daya, conclus-en [qu']elles sont une [seule espèce].
💡 Explication

Si aya et daya sont une seule espèce, pourquoi la Tora écrit-elle les deux noms ? Réponse de Rabbi : pour couper court à toute contestation. Un oiseau peut s'appeler différemment selon les régions ; en écrivant les deux noms, la Tora empêche qu'on permette l'oiseau interdit en prétextant qu'il porte l'autre nom. Le surplus de Deutéronome n'ajoute donc pas une espèce : il explicite les noms.

4
מֵיתִיבִי: לָמָּה נִשְׁנוּ? בִּבְהֵמָה – מִפְּנֵי הַשְּׁסוּעָה, וּבָעוֹפוֹת – מִפְּנֵי הָרֵאָה. מַאי לַָאו, מִדִּבְהֵמָה דְּהָתָם לְאוֹסוֹפֵי, עוֹפוֹת נָמֵי לְאוֹסוֹפֵי? לֹא, הָתָם לְאוֹסוֹפֵי, הָכָא לְפָרוֹשֵׁי.

On objecte : pourquoi [les listes] ont-elles été répétées ? Pour les bêtes — à cause de la chessoua ; et pour les oiseaux — à cause de la raa.

N'est-ce pas [à comprendre ainsi] : de même que, pour la bête, [la répétition] là-bas vient pour ajouter, [pour] les oiseaux aussi [elle vient] pour ajouter ? [Réponse :] non ; là-bas, pour ajouter ; ici, pour expliciter.

📜 Rachi (4)
מֵיתִיבִי לְרַב דְּאָמַר לְעֵיל כ"ד עוֹפוֹת טְמֵאִים הֵן וְקָחֲשִׁיב דָּאָה וְרָאָה בְּחַד וְאַיָּה וְדַיָּהּ בְּחַד:
On objecte — à Rav, qui a dit plus haut [qu'il y a] 24 oiseaux impurs, et qui compte la daa et la raa comme une [seule] et l'aya et la daya comme une [seule].
מִדְּהִנְּךָ דִּבְהֵמָה:
Du fait que ces [répétitions]-là — celles de la bête.
הָנָךְ נָמֵי לְאוֹסוֹפֵי וש"מ דָּאָה וְרָאָה תְּרֵי נִינְהוּ וְטַפּוֹ לְהוּ:
Celles-ci aussi pour ajouter — et conclus-en [que] la daa et la raa sont deux [espèces] et qu'elles s'ajoutent [au compte].
לְפָרוֹשֵׁי כָּל שְׁמוֹתֶיהָ. וה"ה דַּהֲוָה בָּעֵי לְמִתְנֵי מִפְּנֵי הָאַיָּה וְדַיָּהּ אֶלָּא חֲדָא מִינַּייְהוּ נְקַט:
Pour expliciter — tous ses noms. Et de même [le Tana] aurait pu enseigner 'à cause de l'aya et de la daya', mais il n'en prend qu'une [d'entre elles].
💡 Explication

Objection contre Rav (qui compte 24) : une braita explique que les listes ont été répétées dans Deutéronome — pour les bêtes, afin d'ajouter la chessoua (animal omis dans Vayikra) ; pour les oiseaux, 'à cause de la raa'. Si la répétition des bêtes ajoute, celle des oiseaux ne devrait-elle pas ajouter aussi (la raa serait alors une espèce de plus) ? Réponse : non — là-bas (bêtes) c'est pour ajouter, ici (oiseaux) c'est seulement pour expliciter le nom.

5
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי אָבָהוּ, דְּאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: רָאָה זוֹ אַיָּה, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ רָאָה? שֶׁרוֹאֶה בְּיוֹתֵר, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״נָתִיב לֹא יְדָעוֹ עָיִט וְלֹא שְׁזָפַתּוּ עֵין אַיָּה״, תַּנָּא: עוֹמֶדֶת בְּבָבֶל וְרוֹאָה נְבֵלָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל.

Et cela diverge [de l'opinion] de Rabbi Abahou. Car Rabbi Abahou a dit : la raa, c'est l'aya ; et pourquoi son nom est-il 'raa' ?

Parce qu'elle voit (roa) le plus [loin] ; et ainsi [l'Écriture] dit : 'un sentier que l'oiseau de proie n'a pas connu, et que l'œil de l'aya n'a pas aperçu' (Job 28:7). [Un Tana] a enseigné : elle se tient à Babel et voit une charogne (nevela) en Terre d'Israël.

📜 Rachi (2)
וּפְלִיגָא הָא דְּרַב חִסְדָּא אַדְּרַבִּי אֱבֵהוּ דְּכֵיוָן דא"ר אָבָהוּ רָאָה הִיא אַיָּה וַאֲנַן עַל כָּרְחָיךְ אַשְׁכְּחַן דְּדָאָה וְרָאָה וְאַיָּה וְדַיָּהּ אַחַת הִיא מִדְּלָא הָדַר כְּתֻבָּה בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה אַלְמָא לְר' אַבָּהוּ דָּאָה וְרָאָה וְדַיָּהּ וְאַיָּה חֲדָא הִיא וּבָצְרִי לְהוּ:
Et [cela] diverge — ce [propos] de Rav Hisda [diverge] de [celui de] Rabbi Abahou : car, puisque Rabbi Abahou a dit [que] la raa est l'aya, et que nous [avons] de toute façon trouvé que la daa et la raa, [ainsi que] l'aya et la daya, sont une [seule espèce] — du fait que [l'Écriture] n'est pas revenue les écrire dans le Deutéronome — il s'ensuit que, pour Rabbi Abahou, la daa, la raa, la daya et l'aya sont une [seule espèce], et [le compte] se trouve diminué.
ה"ג עוֹמֶדֶת בְּבָבֶל וְרוֹאָה נְבֵלָה בא"י וּפָרְכִינַן לְר' אַבָּהוּ מִדְּקָאָמַר דָּאָה הִיא אַיָּה מִכְּלָל דְּדָאָה לָאו הַיְינוּ רָאָה דְּקָא ס"ד דְּר' אַבָּהוּ נָמֵי כ"ד עוֹפוֹת טְמֵאִין אִית לֵיהּ:
Ainsi faut-il lire : elle se tient à Babel et voit une charogne en Terre d'Israël — et nous objectons à Rabbi Abahou : du fait qu'il dit [que] la daa est l'aya, il s'ensuit que la daa n'est pas la raa ; car Rabbi Abahou tient lui aussi, à ce qu'il semble, [qu'il y a] 24 oiseaux impurs.
💡 Explication

L'identification précédente (daa = raa, mais aya distincte) diverge de Rabbi Abahou. Selon lui, raa = aya ; le nom 'raa' vient de ce qu'elle voit (roa) avec une acuité extrême, ce qu'appuie le verset de Job sur l'œil de l'aya. Un Tana ajoute, hyperbole de cette acuité : posée à Babel, elle voit une charogne en Terre d'Israël.

6
מִדְּרָאָה הַייְנוּ אַיָּה, מִכְּלָל דְּדָאָה לָאו הַייְנוּ רָאָה. מִכְּדֵי מִשְׁנֵה תוֹרָה לְאוֹסוֹפֵי הוּא דַּאֲתָא, מַאי שְׁנָא הָכָא דִּכְתִיב ״דָּאָה״, וּמַאי שְׁנָא הָתָם דְּלָא כְּתִיב ״דָּאָה״? אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ דָּאָה וְרָאָה וְאַיָּה אַחַת הִיא.

Du fait que la raa est l'aya, il s'ensuit que la daa n'est pas la raa. Or le Deutéronome vient [pour] ajouter : qu'y a-t-il de différent ici, où il est écrit 'daa', et qu'y a-t-il de différent là, où il n'est pas écrit 'daa' ?

Plutôt, n'est-ce pas [qu'il faut] en conclure : la daa, la raa et l'aya sont une [seule espèce] ?

📜 Rachi (1)
ש"מ וְכוּ' וְדָר' אָבָהוּ פְּלִיגָא אַדְּרַב כְּדַאֲמָרָן וְהָא פִּירְכָא בְּעָלְמָא מִיפְּרִיךְ כִּי אִתְּמַר דְּר' אַבָּהוּ בְּבֵי מִדְרְשָׁא וּמִקַּמֵּי דְּתֵיקוּ לָן הַאי וּפְלִיגָא דַּאֲמַרַן לְעֵיל:
Conclus-en etc. — et [le propos] de Rabbi Abahou diverge de [celui de] Rav, comme nous l'avons dit ; et cette réfutation n'est qu'une réfutation [d'école] : car [le propos] de Rabbi Abahou a été énoncé à la maison d'étude (bei midracha), avant que ne se fixe pour nous ce 'et [cela] diverge' que nous avons dit plus haut.
💡 Explication

On presse l'opinion de Rabbi Abahou. S'il identifie raa et aya tout en maintenant 24, alors daa et raa devraient être distinctes. Mais le raisonnement initial (Deut écrit raa et non daa) force à conclure que daa = raa. Combiné à 'raa = aya', cela donne daa = raa = aya, une seule espèce — donc moins de 24.

7
וּמִדְּרָאָה הַייְנוּ אַיָּה, מִכְּלַל דְּדַיָּה לָאו הַייְנוּ אַיָּה. מַאי שְׁנָא הָתָם דִּכְתִיב ״לְמִינֵהוּ״ אַאַיָּה, וּמַאי שְׁנָא הָכָא דְּלָא כְּתִיב ״לְמִינֵהוּ״ אַאַיָּה אֶלָּא אַדַּיָּה? אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ דָּאָה וְרָאָה דַּיָּה וְאַיָּה אַחַת הִיא.

Et du fait que la raa est l'aya, il s'ensuit que la daya n'est pas l'aya. Qu'y a-t-il de différent là, où il est écrit 'selon son espèce' (lemina) au sujet de l'aya, et qu'y a-t-il de différent ici, où il n'est pas écrit 'selon son espèce' au sujet de l'aya, mais au sujet de la daya ?

Plutôt, conclus-en : la daa, la raa, la daya et l'aya sont une [seule espèce].

💡 Explication

Même pression sur l'autre paire. Si raa = aya, alors daya devrait être distincte de l'aya. Mais l'argument du 'selon son espèce' (placé sur l'aya dans Vayikra, sur la daya dans Deut) force à conclure aya = daya. En réunissant tout : daa = raa = aya = daya, une seule espèce — d'où, pour Rabbi Abahou, seulement 23 oiseaux impurs.

8
תַּנְיָא, אִיסִי בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר: מֵאָה עוֹפוֹת טְמֵאִין יֵשׁ בַּמִּזְרָח, וְכֻולָּן מִין ״אַיֵּה״ הֵן. תָּנֵי אֲבִימִי בְּרֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ: שְׁבַע מֵאוֹת מִינֵי דָגִים הֵן, וּשְׁמֹונֶה מֵאוֹת מִינֵי חֲגָבִים, וּלְעוֹפוֹת אֵין מִסְפָּר. עוֹפוֹת עֶשְׂרִין וְאַרְבָּעָה הָווּ! אֶלָּא: וּלְעוֹפוֹת טְהוֹרִים אֵין מִסְפָּר.

Il est enseigné [dans une braita] : Issi ben Yehouda dit : il y a cent oiseaux impurs en Orient (mizrah), et ils sont tous de l'espèce de l'aya. Avimi, fils de Rabbi Abahou, a enseigné : il y a sept cents espèces de poissons, et huit cents espèces de sauterelles (hagavim), et les oiseaux sont sans nombre.

[Objection :] les oiseaux ne sont-ils pas [seulement] vingt-quatre ? Plutôt, [il faut comprendre :] et les oiseaux purs (tehorim) sont sans nombre.

📜 Rachi (1)
מִינֵי דָּגִים טְמֵאִים:
Espèces de poissons — impurs.
🗂️ Tossefot (1)
עוֹפוֹת עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע הָוְיָין כַּמָּה מִינִים יֵשׁ כִּדְפִיר' לְעֵיל דְּיָלְפִינַן מִנֶּשֶׁר כִּפְשׁוּטָהּ שֶׁל בָּרַייְתָא וְכָאן הָיָה סוֹבֵר הַמַּקְשֶׁה דְּדֻומְיָא דְּרֵישָׁא קָתָנֵי דְּז' מֵאוֹת מִינֵי דָּגִים וְח' מֵאוֹת מִינֵי חֲגָבִים מַיְירֵי בְּטָמֵא וה"ה נָמֵי הָכָא בְּעוֹפוֹת טְמֵאִים דְּרֵישָׁא וַדַּאי בִּטְמֵאִים אַיְירֵי אֲפִילּוּ לְפִי סְפָרִים דְּלָא כְּתִיב בִּטְמֵאִים בַּבָּרַיְיתָא דְּאִילּוּ בִּטְהוֹרִים לָא נָפֵיק מִינֵּיהּ מִידִי לְהַאי חֻושְׁבָּנָא אֲבָל בְּטַמַּאי' קמ"ל שֶׁהָרוֹצֶה לֶאֱכֹול דָּג בְּלֹא קַשְׂקֶשֶׂת אע"פ שֶׁאֵין בָּקִי אִם עָתִיד לְגַדֵּל אַחַר זְמַן אוֹ מַשִּׁירָן בְּשָׁעָה שֶׁעוֹלֶה מִן הַמַּיִם אִם לָאו אִם מַכִּיר ז' מֵאוֹת מִינֵי דָּגִים טְמֵאִים וְיוֹדֵעַ שֶׁאֵין זֶה מֵהֶם יָכוֹל לְהַתִּירוֹ כִּי אֵין בִּטְמֵאִים יוֹתֵר מז' מֵאוֹת מִינִין וּכְמוֹ כֵּן בָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ גַּבֵּי חֲגָבִים לְהַתִּיר בְּלֹא קַרְסֻולִּים כִּי בְּכָךְ יִתְבָּרֵר שֶׁעָתִיד לְגַדֵּל לְאַחַר זְמַן וּלְפִיכָךְ הָיָה סָבוּר הַמַּקְשֶׁה שֶׁגַּם בְּעוֹפוֹת בָּא לוֹמַר שֶׁאִם יַכִּיר כָּל אוֹתָן הַנִּכְתָּבִים בַּפָּרָשָׁה לֹא יָכוֹל לְהַתִּיר שְׁאָר עוֹפוֹת הַבָּאִים בְּסִימָן א' אוֹ בָּב' אוֹ בַּג' כֵּיוָן שֶׁאֵלּוּ סִימָנִים מְצֻוייָּן כְּמוֹ כֵן בִּטְמֵאִים וְאֵין מִסְפָּר לְאוֹתָן שֶׁצָּרִיךְ לְהַכִּיר כְּדֵי לְהַתִּיר הַשְּׁאָר וּלְכָךְ פָּרִיךְ הָא כ"ד הָוְוייָן וְתוּ לָא שֶׁעַל יְדֵיהֶם אָנוּ מַכִּירִים הָאֲחֵרִים וּמְשַׁנֵּי כִּי קָאָמַר אֵין מִסְפָּר אַטְּהוֹרוֹת קָאֵי וְלָא הָוֵי כְּעֵין רֵישָׁא דְּמַיְירֵי בִּטְמֵאִים:
Les oiseaux sont vingt-quatre — combien d'espèces [d'oiseaux impurs] y a-t-il, comme on l'a expliqué plus haut : nous le dérivons du nesher [pris] dans son sens simple, selon le sens simple de la braita. Et ici, celui qui objecte pensait que [la braita] enseigne de manière semblable au début, [à savoir] que '700 espèces de poissons et 800 espèces de sauterelles' traite de [espèces] impures ; et de même ici, pour les oiseaux, [comme] le début traite assurément d'[espèces] impures — même selon les livres où il n'est pas écrit 'impurs' dans la braita, car pour les purs il ne ressort rien de ce décompte. Mais pour les impurs, [le Tana] nous apprend que celui qui veut manger un poisson sans écaille, bien qu'il ne sache pas s'il développera [une écaille] plus tard ou s'il la perd au moment où il sort de l'eau, s'il connaît les 700 espèces de poissons impurs et sait que celui-ci n'en est pas, il peut le permettre, car il n'y a pas plus de 700 espèces parmi les impurs ; et de même il vient nous l'apprendre pour les sauterelles, [à savoir] de permettre [celle] sans pattes [sauteuses], car par là il se vérifie qu'elle développera [ses pattes] plus tard. C'est pourquoi celui qui objecte pensait que, pour les oiseaux aussi, [la braita] vient dire que, si l'on connaît tous ceux qui sont écrits dans la section, on ne peut pas permettre les autres oiseaux qui viennent [reconnaissables] par un signe, ou par deux, ou par trois, puisque ces signes se trouvent aussi chez les impurs, et qu'il n'y a pas de nombre [arrêté] de ceux qu'il faut connaître afin de permettre les autres ; c'est pourquoi il objecte : or ils sont [seulement] vingt-quatre et pas davantage, [ceux] par lesquels nous reconnaissons les autres. Et [le Talmud] répond : quand il dit 'sans nombre', cela se rapporte aux [oiseaux] purs, et ce n'est pas semblable au début, qui traite d'[espèces] impures.
💡 Explication

Deux enseignements sur le nombre des espèces. Issi ben Yehouda : cent oiseaux impurs en Orient, tous de l'espèce aya (l'expression 'selon son espèce' englobe ces variantes). Avimi : 700 espèces de poissons [impurs], 800 de sauterelles, et des oiseaux sans nombre. Objection : il n'y a que 24 oiseaux impurs ! Réponse : Avimi parle des oiseaux purs, qui sont innombrables.

9
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם שֶׁבְּהֵמָה טְמֵאָה מְרֻובָּה מִן הַטְּהוֹרוֹת, לְפִיכָךְ מָנָה הַכָּתוּב בַּטְּהוֹרָה. גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם שֶׁעוֹפוֹת טְהוֹרִין מְרֻובִּין עַל הַטְּמֵאִין, לְפִיכָךְ מָנָה הַכָּתוּב בַּטְּמֵאִין.

Il est enseigné [dans une braita] : Rabbi dit : il est révélé et connu devant Celui qui dit et le monde fut, que les bêtes impures sont plus nombreuses que les pures ; c'est pourquoi l'Écriture a dénombré [parmi] les pures. Il est révélé et connu devant Celui qui dit et le monde fut, que les oiseaux purs sont plus nombreux que les impurs ; c'est pourquoi l'Écriture a dénombré [parmi] les impurs.

📜 Rachi (1)
מָנָה הַכָּתוּב בִּטְהוֹרָה אַיִל וּצְבִי וְגוֹ':
L'Écriture a dénombré [parmi] les pures — le cerf (ayal), la gazelle (tsevi), etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם, שֶׁבְּהֵמָה טְמֵאָה מְרֻבָּה מִן הַטְּהוֹרָה, לְפִיכָךְ מָנָה הַכָּתוּב בַּטְּהוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַבְּהֵמוֹת רֶמֶז לְעַכּוּ"ם כִּי הַבְּהֵמָה אֵינָהּ יְכוֹלָה לִפְרֹוחַ בָּאֲוִיר וְלִקְפֹּוץ וּלְדַלֵּג לַעֲלוֹת לְמַעְלָה אֶלָּא הִיא דְּבוּקָה בַּקַּרְקַע וְכֵן הָעַכּוּ"ם דְּבוּקִים תָּמִיד בְּחֹומֶר הָאָרֶץ וְהֶעָפָר שֶׁהֵם עָפָר וְאֶל עָפָר יָשׁוּבוּ (בְּרֵאשִׁית ג, יט) אַךְ הָרָעִים שֶׁבָּהֶם דּוֹמִין לִבְהֵמוֹת טְמֵאוֹת וְהַטּוֹבִים שֶׁבָּהֶם דּוֹמִין לִבְהֵמוֹת טְהוֹרוֹת אֲבָל הָעוֹפוֹת רוֹמְזִים לְיִשְׂרָאֵל כִּי הָעוֹפוֹת אַף עַל פִּי שֶׁהֵם מְהַלְּכִים עַל גַּבֵּי קַרְקַע יֵשׁ לָהֶם כֹּחַ לִפְרֹוחַ בָּאֲוִיר וְלִהְיוֹת לְמַעְלָה לְמַעְלָה בְּרֶגַע אֶחָד. וְכֵן יִשְׂרָאֵל הֲגַם דְּלִפְעָמִים חוֹטְאִים וּדְבֵקִים בְּחֹומֶר הַמִּתְייַחֵס לֶעָפָר עִם כָּל זֶה בְּנָקֵל יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה וְלַעֲלוֹת לְמַעְלָה בְּרוּחָנִיּוּת שֶׁבִּקְדֻושָּׁה בִּלְתִּי אִיחוּר וְעִיכּוּב כְּלָל וְהוּא מַמָּשׁ כְּמוֹ הָעוֹף שֶׁאַתָּה רוֹאֶה נֹחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע וְרוֹבֵץ בָּאָרֶץ וּבְרֶגַע אֶחָד כְּהֶרֶף עַיִן עוֹלֶה עַד לֵב הַשָּׁמַיִם כֵּן יִשְׂרָאֵל בְּרֶגַע אֶחָד יַעֲשֶׂה הָרָשָׁע תְּשׁוּבָה וְנִקְרָא צַדִּיק וְכַנּוֹדָע מִדִּין הָאוֹמֵר לְאִשָּׁה הֲרֵי אַתְּ מְקֻודֶּשֶׁת לִי עַל מְנָת שֶׁאֲנִי צַדִּיק אַף עַל פִּי דְּקֹודֶם רֶגַע אֶחָד רָאִינוּ שֶׁהוּא רָשָׁע גָּמוּר הֲרֵי זֶה מְקֻודֶּשֶׁת דְּשֶׁמָּא הִרְהֵר תְּשׁוּבָה (קִידּוּשִׁין מט:) וְלָכֵן מֵאַחַר שֶׁהַבְּהֵמוֹת רוֹמְזִים לְעַכּוּ"ם עַל כֵּן בְּהֵמוֹת הַטְּמֵאוֹת רַבִּים מִן הַטְּהוֹרוֹת כִּי הַטּוֹבִים שֶׁבָּהֶם מוּעָטִים שֶׁהֵם נֶחְשָׁבִים טְהוֹרִים לְגַבֵּי מִינָם וְהָעוֹפוֹת הַטְּהוֹרִים שֶׁרוֹמְזִים לְהַכְּשֵׁרִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל הֵם מְרֻובִּים מִן עוֹפוֹת הַטְּמֵאִים הָרוֹמְזִים לָרָעִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל (וַיִּקְרָא יא, ב) . אִי נָמֵי הַטַּעַם שֶׁבְּהֵמוֹת הַטְּמֵאִים מְרֻובִּין מִפְּנֵי שֶׁנִּבְרְאוּ מִן הֶעָפָר שֶׁהוּא גַּס הַחֹומֶר לָכֵן דָּבְקוּ בָּהֶם סִיגִים שֶׁל טֻומְאָה יוֹתֵר וְרַבּוּ עַל בְּהֵמוֹת הַטְּהוֹרוֹת שֶׁאֵין בָּהֶם סִיגִים כָּל כָּךְ אֲבָל הָעוֹפוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ מִן הָרְקָק שֶׁהוּא עָפָר וּמַיִם שֶׁאֵינוֹ חֹומֶר גַּס מְאֹד לָכֵן לֹא דָּבְקוּ בָּהֶם סִיגִים שֶׁל טֻומְאָה כָּל כָּךְ כִּבְהֵמוֹת וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל (דַּף כז:) בְּהֵמָה שֶׁנִּבְרֵאת מִן הַיַּבָּשָׁה הֶכְשֵׁרָהּ בִּשְׁנֵי סִימָנִים עוֹף שֶׁנִּבְרָא מִן הָרְקָק הֶכְשֵׁירוֹ בְּסִימָן אֶחָד וְעַייֵּן מַה שֶׁאָמַר מָהַרְשָׁ"א זַ"ל.
Il est enseigné [dans une braita] : Rabbi dit : il est révélé et connu devant Celui qui dit et le monde fut, que les bêtes impures sont plus nombreuses que les pures, c'est pourquoi l'Écriture a dénombré [parmi] les pures. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les bêtes sont une allusion (remez) aux nations idolâtres (akoum) : car la bête ne peut ni s'envoler dans l'air, ni bondir, ni sauter pour monter en haut, mais elle est collée au sol ; de même les nations sont toujours collées à la matière de la terre et à la poussière, car « ils sont poussière et retourneront à la poussière » (Genèse 3:19). Toutefois, les mauvais d'entre eux ressemblent aux bêtes impures, et les bons d'entre eux ressemblent aux bêtes pures. Mais les oiseaux font allusion à Israël : car les oiseaux, bien qu'ils marchent sur le sol, ont la force de s'envoler dans l'air et de se tenir tout en haut en un instant. De même Israël, bien qu'il pèche parfois et s'attache à la matière qui se rapporte à la poussière, peut malgré tout aisément faire techouva (repentir) et s'élever en haut, dans la spiritualité de la sainteté, sans retard ni empêchement aucun ; et c'est exactement comme l'oiseau que tu vois posé sur le sol et accroupi à terre, et qui en un instant, en un clin d'œil, s'élève jusqu'au cœur des cieux — ainsi Israël : en un instant le méchant fait techouva et est appelé juste (tsadik), comme on le sait de la règle [selon laquelle] celui qui dit à une femme « te voici consacrée à moi à condition que je sois un juste (tsadik) », bien qu'un instant auparavant nous l'ayons vu méchant accompli, [la femme] est [néanmoins] consacrée, car peut-être a-t-il médite un repentir (Kiddouchin 49b). C'est pourquoi, puisque les bêtes font allusion aux nations idolâtres, les bêtes impures sont plus nombreuses que les pures — car les bons d'entre eux sont peu nombreux, eux qui sont comptés purs à l'égard de leur espèce ; et les oiseaux purs, qui font allusion aux [hommes] valables (kecherim) d'Israël, sont plus nombreux que les oiseaux impurs, qui font allusion aux mauvais d'Israël (Lévitique 11:2). Ou bien [autre raison] : les bêtes impures sont plus nombreuses parce qu'elles ont été créées de la poussière, qui est une matière grossière ; c'est pourquoi des scories (sigim) d'impureté s'y sont attachées davantage, et elles se sont multipliées plus que les bêtes pures, qui n'ont pas tant de scories. Mais les oiseaux, qui ont été créés de la boue (rekak) — laquelle est [faite] de poussière et d'eau et n'est pas une matière très grossière — c'est pourquoi les scories d'impureté ne s'y sont pas attachées autant que chez les bêtes ; comme ils l'ont dit plus haut (daf 27b) : la bête, qui a été créée de la terre sèche, sa validation [requiert] deux signes (simanim) ; l'oiseau, qui a été créé de la boue, sa validation [se fait] par un seul signe. Et vois ce qu'a dit le Maharcha, de mémoire bénie.
⚖️ Rosh (1)
וְיֵרָאֶה שֶׁאִם אָדָם הוֹלֵךְ מִמְּדִינָה לִמְדִינָה וּבַמְּדִינָה שֶׁיָּצָא מִשָּׁם אֵין מָסֹורֶת וּבְמָקוֹם שֶׁהָלַךְ שָׁם יֵשׁ מָסֹורֶת עַל עוֹף אַחֵר שֶׁהוּא טָהוֹר. יָכוֹל הוּא לְאָכְלוֹ בָּאתָה מְדִינָה כְּשֶׁהוּא שָׁם אֲפִילּוּ דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור. וְאֵין כָּאן מִשּׁוּם חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם. שֶׁהֲרֵי מַה שֶׁאֵין אֳכָלִין אוֹתוֹ בִּמְדִינָתוֹ אֵינוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁהֵן אֹמְרִים שֶׁאָסוּר אֶלָּא בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן קַבָּלָה שֶׁלֹּא קִיבְּלוּ בּוֹ הֶיתֵּר מֵאֲבוֹתֵיהֶם. וְגַם אִיסּוּר לֹא הוֹרוּ לָהֶם בּוֹ. וְאֵלּוּ שֶׁאָמְרוּ שֶׁקִּבְּלוּ מֵאֲבוֹתֵיהֶם בּוֹ הֶיתֵּר בַּג רָאוּי לִסְמֹוךְ עַל קַבָּלָתָם וּלְאוֹכְלוֹ בְּכָל הַמְּקוֹמוֹת כָּל זְמַן שֶׁאֵין יְכוֹלִין לְבָרֵר בּוֹ אִסּוּר. וה"ר זְרַחְיָה הַלֵּוִי זַ"ל כָּתַב קִבַּלְנוּ מָסֹורֶת מֵאֲבוֹתֵינוּ וּמִזְּקָנֵינוּ הַקַּדְמוֹנִים שֶׁכָּל עוֹף שֶׁחַרְטֻומּוֹ רָחָב אוֹ שֶׁכַּף רַגְלוֹ רְחָבָה כְּשֶׁל אַוָּז בְּיָדוּעַ שֶׁאֵינוֹ דּוֹרֵס וְכֵן מִסְתַּבֵּר. וּרְאִי לְאָכְלוֹ אִם יִמְצְאוּ שָׁלֹשׁ סִימָנִים בְּגוּפוֹת וְאֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא דּוֹרֵס. תַּנְיָא רַבִּי אָמַר גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם שֶׁבְּהֵמוֹת טְמֵאִים מְרֻובִּים עַל הַטְּהוֹרִים לְפִיכָךְ מָנָה הַכָּתוּב בִּטְהוֹרִין. וְעוֹפוֹת טְהוֹרִין מְרֻובִּין עַל הַטְּמֵאִים לְפִיכָךְ מָנָה הַכָּתוּב בַּטְּמֵאִין. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ לְכִדְרַב הוּנָא אָמַר רַב דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב מִשּׁוֹס רַבִּי מֵאָר לְעוֹלָם יְשַׁנֶּה אָדָם לְתַלְמִיד דֶּרֶךְ קְצָרָה. אָמַר רַב נַחְמָן עוֹף טָהוֹר נֶאֱכָל בְּמָסֹורֶת וְנֶאֱמָן הַצַּייָּד לוֹמַר עוֹף זֶה הִתִּיר לִי רַבִּי. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁבָּקִי בָּהֶן וּבִשְׁמוֹתֵיהֶן וְרַבּוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹ צַיָּיד:
Et il apparaît que si un homme va d'une province à une autre, et que dans la province qu'il a quittée il n'y a pas de tradition (massoret), tandis que dans le lieu où il s'est rendu il y a une tradition [attestant] qu'un certain autre oiseau est pur, il peut le manger, [étant] arrivé dans cette province lorsqu'il s'y trouve, même s'il a l'intention de revenir [chez lui]. Et il n'y a pas ici [à appliquer] les rigueurs du lieu qu'il a quitté (choumrei makom), car [le fait] qu'on ne le mange pas dans sa province [d'origine] n'est pas parce qu'ils disent qu'il est interdit, mais [seulement] par défaut de réception traditionnelle (kabbala) : ils n'ont reçu de leurs pères ni permission [le concernant], et [de même] on ne leur a pas non plus enseigné d'interdit à son sujet. Quant à ceux qui ont dit avoir reçu de leurs pères une permission [le concernant, s'appuyant] sur trois signes (simanim), il convient de se fier à leur réception traditionnelle et de le manger en tout lieu, tant qu'on ne peut établir à son sujet [de motif d']interdit. Et notre maître R. Zerahia HaLevi, de mémoire bénie, a écrit : nous avons reçu une tradition de nos pères et de nos anciens des premières [générations], que tout oiseau dont le bec est large, ou dont la plante de la patte est large comme celle de l'oie, est assurément non prédateur (eino dores) ; et ainsi cela se comprend. Et il est licite (raoui) de le manger si l'on y trouve trois signes dans le corps, et il n'y a pas à craindre qu'il soit peut-être prédateur (dores). Il est enseigné [dans une braita] : Rabbi dit : il est révélé et connu devant Celui qui dit et le monde fut, que les bêtes impures sont plus nombreuses que les pures, c'est pourquoi l'Écriture a dénombré [parmi] les pures ; et les oiseaux purs sont plus nombreux que les impurs, c'est pourquoi l'Écriture a dénombré [parmi] les impurs. Pour quelle conséquence pratique (nafka mina) ? Pour [ce qu'a enseigné] Rav Houna au nom de Rav — car Rav Houna a dit au nom de Rav, et certains le rapportent [ainsi :] Rav Houna a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Meir : un homme doit toujours enseigner à son élève par la voie la plus courte (derech ketsara). Rav Nahman a dit : l'oiseau pur se mange [sur la foi d'une] tradition (massoret), et le chasseur (tsayad) est digne de foi pour dire : cet oiseau, mon maître me l'a permis. Et Rabbi Yo'hanan a dit : et [cela], à condition qu'il connaisse bien [les oiseaux] et leurs noms ; et le maître dont ils ont parlé, [c'est] le maître chasseur (tsayad).
💡 Explication

Rabbi explique le choix de l'Écriture (voir le schéma). Chez les bêtes, les impures étant les plus nombreuses, la Tora énumère les pures (cerf, gazelle...) — tout le reste est impur. Chez les oiseaux, les purs étant les plus nombreux, la Tora énumère les impurs (les 24) — tout le reste est pur. Dans les deux cas elle énumère la minorité.

10
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? כִּדְרַב הוּנָא אָמַר רַב, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: לְעוֹלָם יִשְׁנֶה אָדָם לְתַלְמִידוֹ דֶּרֶךְ קְצָרָה.

Que nous apprend [cette braita] ? [Quelque chose] de semblable à [ce qu'a enseigné] Rav Houna au nom de Rav — et certains rapportent [que] Rav Houna a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Meir : un homme doit toujours enseigner à son élève par la voie la plus courte (derech ketsara).

📜 Rachi (2)
מַאי קמ"ל הָא וַדַּאי פְּשִׁיטָא דְּאִי הָווּ טְפֵי הֲוָה מָנֵי לְהוּ:
Que nous apprend [cette braita] — cela est certes évident : car, s'il y en avait eu davantage, [l'Écriture] les aurait dénombrés [eux] !
יִשְׁנֶה דֶּרֶךְ קְצָרָה וְאֵין לְךָ עוֹד טְהוֹרָה וּבָעוֹפוֹת אֵין לְךָ עוֹד טְמֵאָה:
Enseigner par la voie courte — et tu n'as plus d'autre bête pure, et chez les oiseaux tu n'as plus d'autre [oiseau] impur.
💡 Explication

Quel enseignement pratique tirer de la braita précédente (puisqu'il va de soi que la Tora aurait énuméré davantage s'il y avait eu davantage) ? La leçon de Rav Meir : on enseigne toujours par la voie la plus courte ('derech ketsara'). En énumérant la minorité, la Tora illustre cette économie pédagogique.

11
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: עוֹף טָהוֹר נֶאֱכָל בְּמָסֹורֶת, נֶאֱמָן הַצַּייָּד לוֹמַר: עוֹף זֶה טָהוֹר, מָסַר לִי רַבִּי. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁבָּקִי בָּהֶן וּבִשְׁמוֹתֵיהֶן.

Rabbi Itshak a dit : l'oiseau pur se mange [sur la foi d'une] tradition (massoret). Le chasseur (tsayad) est digne de foi pour dire : cet oiseau est pur, mon maître me [l']a transmis.

Rabbi Yo'hanan a dit : et [cela], à condition qu'il connaisse bien [les oiseaux] et leurs noms.

📜 Rachi (2)
בַּמָּסֹורֶת אִם זָכוּר הוּא בְּאָדָם כָּשֵׁר שֶׁאֲכָלוֹ אוֹ שֶׁמָּסַר לוֹ רַבּוֹ אוֹ צַיָּיד חָכָם שֶׁהוּא טָהוֹר:
[Sur la foi d'une] tradition — s'il se souvient [l'avoir vu] chez un homme intègre (kacher) qui l'a mangé, ou [s']il le lui a transmis [comme tel] son maître, ou un chasseur expert, [à savoir] qu'il est pur.
שֶׁבָּקִי בָּהֶן אוֹתוֹ חָכָם:
Qu'il connaisse bien [les oiseaux] — ce sage[-là].
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב נַחְמָן הָיָה בָּקִי בָּהֶן וּבִשְׁמוֹתֵיהֶן עוֹף הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד טָהוֹר. לֹא הָיָה בָּקִי בָּהֶן וּבִשְׁמוֹתֵיהֶן עוֹף הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד טָמֵא. בִּשְׁנֵי סִימָנִים טָהוֹר וְהוּא שֶׁיַּכִּיר עוֹרֵב וְכָל מִין עוֹרֵב. אָמַר אַמֵּימָר הִלְכְתָא עוֹף הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד טָהוֹר וְהוּא דְּלָא דָּרֵיס אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר הָא דְּרַב נַחְמָן מַאי אֲמַר לֵיהּ לָא שֹׁמֵיעַ לִי כְּלוֹמַר לָא סְבִירָא לִי. וְאִי בָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דִּפְרָס וְעָזְנִיָּה לָא שְׁכִיחֵי בְּיִישּׁוּב. פֵּירוּשׁ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ יִשּׁוּב. וְהָא דְּקָאָמַר לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין הָא בְּאַתְרָא דִּשְׁכִיחִי פֶּרֶס וְעָזְנִיָּה הַייְנוּ בַּמָּקוֹם הַסָּמוּךְ לַמִּדְבָּר וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל כָּתַב דְּקַבָּלָה בְּיָדֵינוּ דְּהַאי בְּסִימָן אֶחָד דְּקָאָמַר דְּהַיְינוּ קֻרְקְבָן נִקְלָף שֶׁהוּא סִימָן הֶחָדָשׁ וְנִיחָא הַשְׁתָּא דְּכָל כַּמָּה דְּלָא חָזֵינַן לֵיהּ דְּדָרֵיס לֵיכָּא לְסַפּוּקֵי לְמִידֵּי. דְּכָל הָנֵי עוֹפוֹת הַטְּמֵאִין דִּכְתִיבִי לֵית בְּהוּ הַסִּימָן הֶחָדָשׁ וּפְרָס וְעָזְנִיָּה לָא שְׁכִיחִי בְּיִשּׁוּב. וְעַל זֶה הָיָה רְאִי לִסְמֹוךְ אֶלָּא שֶׁרַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ בִּשְׁמַעְתִּין גַּבֵּי תַּרְנְגוֹלְתָּא דְּאַגְמָא דְּהָווּ אָכְלִי לֵיהּ וְשׁוּב חַזְיוּהּ דְּדָרְסָה וְאָכְלָה וַאֲסָרוּהָ. וְזֶה לָשׁוּט וּמִתּוֹךְ שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בָּהּ נִרְאֶה לִי שֶׁעוֹף הַבָּא לְפָנֵינוּ יֵשׁ לוֹמַר שֶׁמָּא דּוֹרֵס הוּא. דְּהָא תַּרְנְגוֹלְתָּא דְּאַגְמָא הָיוּ מַחֲזִיקִין בָּהּ דִּטְהוֹרָה וּלְאַחַר מִכָּאן רָאוּהָ שֶׁדּוֹרֶסֶת. וְאֵין עוֹף נֶאֱכָל אֶלָּא בְּמָסֹורֶת עוֹף שֶׁמָּסְרוּ לָנוּ אֲבוֹתֵינוּ בְּטָהוֹר טָהוֹר וּבִטְמֵא טָמֵא וְשֶׁלֹּא מָסְרוּ לָנוּ יֵשׁ לָחוּשׁ וּבַמָּסֹורֶת יֵשׁ לָנוּ נִסְמוֹךְ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף סג:) עוֹף טָהוֹר נֶאֱכָל בְּמָסֹורֶת:
Rav Nahman a dit : s'il connaissait bien [les oiseaux] et leurs noms, un oiseau qui vient [reconnaissable] par un seul signe (siman) est pur ; s'il ne connaissait pas bien [les oiseaux] et leurs noms, un oiseau qui vient par un seul signe est impur, [mais] par deux signes il est pur — et [cela] à condition qu'il reconnaisse le corbeau (orev) et toute espèce de corbeau. Ameimar a dit : la halakha [est qu']un oiseau qui vient par un seul signe est pur, et [cela] à condition qu'il ne soit pas prédateur (dares). Rav Achi dit à Ameimar : et ce [propos] de Rav Nahman, qu'en est-il ? Il lui répondit : je ne l'ai pas entendu — c'est-à-dire : je ne suis pas de son avis. Et si tu veux, dis [plutôt] : parce que le pères et l'ozniah ne se rencontrent pas dans les lieux habités (yichouv) — c'est-à-dire dans tout lieu où il y a habitat. Et ce qui est dit plus loin dans notre sougya : « ceci [vaut] dans un lieu où se rencontrent le pères et l'ozniah », il s'agit du lieu proche du désert. Et notre maître Rabbeinou Hananel, de mémoire bénie, a écrit : nous tenons par tradition (kabbala) que ce « seul signe » dont il [Ameimar] parle, c'est le gésier qui se pèle (kourkevan niklaf), qui est le signe le plus récent (nouveau) ; et il en va bien ainsi à présent, car tant que nous ne l'avons pas vu prédater (dores), il n'y a rien à mettre en doute. Car tous ces oiseaux impurs qui sont écrits [dans la Tora] n'ont pas en eux le signe nouveau, et le pères et l'ozniah ne se rencontrent pas dans les lieux habités, et sur cela il était licite de s'appuyer. Seulement, Rachi, de mémoire bénie, a expliqué dans notre sougya, à propos de la poule des marais (tarnegolta d'agma) qu'on avait coutume de manger, puis on la vit prédater et manger [sa proie], et on l'interdit. Et ceci est simple (littéral) : puisque nous ne sommes pas experts en elle, il m'apparaît qu'à propos d'un oiseau qui se présente devant nous, il y a lieu de dire qu'il est peut-être prédateur ; car la poule des marais, on la tenait pour pure, et par la suite on la vit prédater. Et l'oiseau ne se mange que [sur la foi d'une] tradition (massoret) : un oiseau que nos pères nous ont transmis comme pur, [nous le tenons pour] pur, et [ce qu'ils ont transmis] comme impur, [pour] impur ; et [pour] ce qu'ils ne nous ont pas transmis, il y a lieu de craindre. Et sur la tradition nous avons de quoi nous appuyer, comme nous le disons plus loin (Houlin, daf 63b) : l'oiseau pur se mange [sur la foi d'une] tradition (massoret).
💡 Explication

On peut consommer un oiseau pur sur tradition (massoret), sans vérifier les simanim : le chasseur (tsayad) est cru lorsqu'il déclare qu'un oiseau est pur parce que son maître le lui a transmis. Rabbi Yo'hanan pose une condition : que [ce maître] connaisse bien les oiseaux et leurs noms — sans quoi la tradition n'est pas fiable.

12
בָּעֵי רַבִּי זֵירָא: רַבּוֹ חָכָם, אוֹ רַבּוֹ צַייָּד? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁבָּקִי בָּהֶן וּבִשְׁמוֹתֵיהֶן. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא רַבּוֹ צַיָּיד – שַׁפִּיר, אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ רַבּוֹ חָכָם, בִּשְׁלָמָא שְׁמַייְהוּ גְּמִיר לְהוּ, אֶלָּא אִינְהוּ מִי יָדַע לְהוּ? אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה: רַבּוֹ צַיָּיד. שְׁמַע מִינָּה.

Rabbi Zera a demandé : son maître [le] sage, ou son maître [le] chasseur ? Viens et entends : car Rabbi Yo'hanan a dit : et [cela], à condition qu'il connaisse bien [les oiseaux] et leurs noms.

Admettons : si tu dis 'son maître [le] chasseur' — fort bien ; mais si tu dis 'son maître [le] sage', admettons [qu'il en] connaisse les noms, [puisqu'il les] a étudiés — mais [les oiseaux] eux-mêmes, les connaît-il [vraiment] ? Plutôt, n'est-ce pas [qu'il faut] en conclure : son maître [le] chasseur.

Conclus-en.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִינְהוּ מִי יָדַע בְּהוּ כְּלוּם מַכִּירָן שֶׁלֹּא יְהֵא אֶחָד דּוֹמֶה לָזֶה וְהוּא טָמֵא:
Mais [les oiseaux] eux-mêmes, les connaît-il — les reconnaît-il un tant soit peu, [de sorte] que l'un ne ressemble pas à celui-ci [alors] qu'il est impur ?
💡 Explication

Rabbi Zera précise : le 'maître' de la tradition est-il le sage (qui a étudié les noms dans les textes) ou le chasseur (qui fréquente les oiseaux) ? Preuve par la condition de Rabbi Yo'hanan ('connaisse les oiseaux ET leurs noms') : le sage connaît les noms mais pas nécessairement les oiseaux ; seul le chasseur connaît les deux. Conclusion : c'est le maître chasseur.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: לוֹקְחִין בֵּיצִים מִן הַגּוֹיִם בְּכָל מָקוֹם, וְאֵין חוֹשְׁשִׁין לֹא מִשּׁוּם נְבֵלוֹת וְלֹא מִשּׁוּם טְרֵפוֹת.

Nos Maîtres ont enseigné : on achète des œufs aux non-Juifs en tout lieu, et l'on ne craint ni au titre des charognes (nevelot) ni au titre des [bêtes] tereifot.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם נְבֵלוֹת שֶׁמָּא נִמְצָא בְּתַרְנְגֹולֶת נְבֵלָה:
Au titre des charognes — [de peur] qu'il [ne] se soit trouvé dans une poule [devenue] charogne (nevela).
⚖️ Rosh (1)
ת"ר לוֹקְחִין בֵּיצִים בְּכָל מָקוֹם וְאֵין חוֹשְׁשִׁין לֹא מִשּׁוּם טְרֵיפוֹת וְלֹא מִשּׁוּם נְבֵילוֹת וּבְאוֹמֵר שֶׁל עוֹף פְּלוֹנִי טָהוֹר הוּא. דְּלָא מָצֵי לְאִישְׁתְּמוֹטֵי אֲבָל שֶׁל עוֹף טָהוֹר מָצֵי לְאִישְׁתְּמוֹטֵי. וְלִבְדֹּוק בְּסִימָנִין דְּתַנְיָא כְּסִימָנֵי בֵיצִים כָּךְ סִימָנֵי קִרְבֵי דָגִים. וְאֵלּוּ הֵן סִימָנֵי בֵיצִים כָּל שֶׁכּוֹדֶרֶת וַעֲגֻלְגֹּולֶת. רֹאשָׁהּ אֶחָד כַּד וְרֹאשָׁהּ אֶחָד חַד טְהוֹרָה. שְׁנֵי רָאשֶׁיהָ כַּדִּין אוֹ חַדִּין טְמֵאִין חֶלְבּוֹן מִבַּחוּץ וְחֶלְמוֹן מִבִּפְנִים טְהוֹרָה חֶלְמוֹן מִבַּחוּץ וְחֶלְבּוֹן מִבִּפְנִים טְמֵאָה חֶלְבּוֹן וְחֶלְמוֹן מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא בֵּיצַת שֶׁרֶץ. א"ר זֵירָא סִימָנִים לָאו דְּאוֹרָיְיתָא. אֶלָּא לְמַאי הִילְכְתָא קָתָנֵי לְהוּ הָכִי קָאָמַר שְׁנֵי רָאשֶׁיהָ כַּדִּין שְׁנֵי רָאשֶׁיהָ חַדִּין וַדַּאי טְמֵאָה וְאֵין סוֹמְכִין עַל אֲמִירַת הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים. וְכֵן חֶלְמוֹן מִבַּחוּץ וְחֶלְבּוֹן מִבִּפְנִים וַדַּאי טְמֵאָה. רֹאשָׁהּ אֶחָד כַּד וְרֹאשָׁהּ אֶחָד חַד חֶלְבּוֹן מִבַּחוּץ וְחֶלְמוֹן מִבִּפְנִים מַשְׁכַּחַת לָהּ טְמֵאָה וּמַשְׁכַּחַת לָהּ טְהוֹרָה אִם אָמַר צַיָּיד שֶׁל עוֹף פְּלוֹנִי טָהוֹר סָמוּךְ עִילָּוֵיהּ. בִּסְתָמָא לָא תִּסְמֹוךְ עִילָּוֵיהּ. מִשּׁוּם דְּאִיכָּא דְּעוֹרְבֵי דְּדָמֵי לִדְיוֹנָה: תַּנְיָא אֵין מוֹכְרִין בֵּיצַת טְרֵיפָה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֶלָּא א"כ טְרוּפָה בִּקְעָרָה לְפִיכָךְ אֵין לוֹקְחִין מֵהֶם בֵּיצִים טְרוּפוֹת וְסִימָנֵי דָּגִים אִי דְּאוֹרָיְיתָא אִי דְּרַבָּנַן כָּתַבְתִּי בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין סִימָן מב. וּמַה שֶׁלּוֹקְחִין הָאִידָּנָא בֵּיצִים מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁאֵין אוֹמְרִים שֶׁל עוֹף פְּלוֹנִי טָהוֹר הוּא. סוֹמְכִין עַל זֶה שֶׁאֵין בֵּיצֵי עוֹף טָמֵא מָצוּי בֵּינֵינוּ. וּמַה שֶׁאָנוּ לוֹקְחִין מֵהֶן פַּת הַנִּילּוֹשׁ בְּבֵיצִים וְלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא בֵּיצִים טְרוּפוֹת הָיוּ וּלְקָחָן מִיִּשְׂרָאֵל. דְּדַוְקָא הֵיכָא דְּחָזֵינַן בְּהוּ טְרוּפוֹת חָיְישִׁינַן דְּאִיכָּא רֵיעוּתָא. דְּאֵין דֶּרֶךְ שֶׁיִּטְרֹוף הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים בֵּיצִים שֶׁהוּא רוֹצֶה לִמְכֹּור אֶלָּא תָּלֵינַן וַדַּאי שֶׁמִּיִּשְׂרָאֵל לְקָחָן טְרוּפוֹת וּטְרֵיפוֹת הָיוּ אֲבָל כָּל כַּמָּה דְּלָא חָזֵינַן לְהוּ טְרוּפוֹת לְפָנֵינוּ לָא חָיְישִׁינַן לְהָכִי וְגַם לָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא הָיָה בָּהֶם דָּם. דְּרֹוב בֵּיצִים אֵין בָּהֶם דָּם וּמַעֲשִׂים בְּכָל יוֹם שֶׁאָנוּ אוֹכְלִין בֵּיצָה מְגֻולְגֶּלֶת אע"פ שֶׁאֵין יָכוֹל לִבְדֹּוק אִם יֵשׁ בָּהֶן דָּם. ור"ת זַ"ל הָיָה רוֹצֶה לֶאֱסֹור פַּת הַנִּילּוֹשׁ בְּבֵיצִים מִשֶּׁזַם בִּישּׁוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. אַף לְאוֹתוֹ שֶׁנּוֹהֵג הֶיתֵּר בְּפַת שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים עַל פִּי הַיְּרוּשַׁלְמִי דְּקָאָמַר פַּת שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים עָמְדוּ עָלָיו וְהִתִּירוּהוּ. דְּכֵיוָן שֶׁנִּילּוֹשָׁה בְּמֵי בֵּיצִים אֲסוּרָה מִשּׁוּם שְׁלָקוֹת שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וְלֹא הָיְתָה בִּכְלַל הֶיתֵּר פַּת. דִּשְׁתֵּי גְּזֵירוֹת הֵן. פַּת הָיְתָה מִשְּׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר דִּגְזוּר בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל וּגְזֵירַת שְׁלָקוֹת קָדְמָה הַרְבֵּה. דִּבְפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לז.) בָּעֵי לְמֵימַר דְּהָוֵי דְּאוֹרָייְתָא. וּמַסִּיק דִּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא. וּבִשְׁמֹנֶה עָשָׂר דָּבָר הָיוּ הַכֹּל בְּקִיאִין כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לו.) שֶׁפָּשַׁט אִיסּוּרוֹ בְּכָל יִשְׂרָאֵל וְלֹא הָיוּ טוֹעִין בָּזֶה לוֹמַר שֶׁהָיְתָה מִן הַתּוֹרָה. אֶלָּא וַדַּאי הָיוּ מְקֻובָּלִין בָּהּ אִיסּוּר מִדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים וְכִסְבוּרִים לוֹמַר דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא. וְעוֹד הָאִידָּנָא אֲפִילּוּ הַנּוֹהֲגִין הֶיתֵּר בְּפַת שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים נוֹהֲגִין אִיסּוּר בְּבִישּׁוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וּמִיהוּ נִרְאֶה אע"ג דַּהֲלָכָה כְּמַאן דְּאָסַר בֵּיצָה מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לח.) מ"מ עִיסָּה שֶׁנִּילּוֹשָׁה בְּבֵיצִים אֵין לֶאֱסֹור דְּקִמְחָא עִיקָּר מִדִּמְבָרְכִינַן עָלָיו הַמּוֹצִיא וּמֻותָּר לְמִי שֶׁנּוֹהֵג הֶיתֵּר בְּפַת שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וּרְאָיָה מִדְּאָמְרִינַן בְּפִירְקִין קִירְבֵי דָּגִים אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וְאִי עַבְדִינְהוּ עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כָּסָא דְּהַרְסָנָא אָסוּר. פְּשִׁיטָא מַהוּ דְּתֵימָא הַרְסָנָא עִיקָּר קמ"ל דְּקִמְחָא עִיקָּר. מַשְׁמַע דְּאִי הַרְסָנָא עִיקָּר הָיָה מֻותָּר אע"פ שֶׁהַקֶּמַח מְעֹורָב בּוֹ וּמִטַּעַם זֶה אֵין לְהַתִּיר פשטיד"א שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁל דָּגִים שֶׁאֲפָאָהּ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לְפִי שֶׁהַשַּׁמְנוּנִית הוּא בְּעַיִן עַל הָעִיסָּה וְגַם שֻׁומָּן שֶׁל דָּגִים נֶאֱסַר מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים קֹודֶם שֶׁנִּתְעָרֵב בְּעִיסָּה. וְלָא דָּמֵי לְעִיסָּה שֶׁנִּילּוֹשָׁה בַּבֵּיצִים שֶׁהַבֵּיצִים בְּטֵילִין מִתְּחִלָּתָן וְלֹא נֶאֶסְרוּ לְעוֹלָם :
Nos Maîtres ont enseigné : on achète des œufs en tout lieu, et l'on ne craint ni au titre des [bêtes] tereifot ni au titre des charognes (nevelot) ; et [cela vaut] lorsque [le vendeur] dit : « [ces œufs] proviennent de tel oiseau, qui est pur » — car [alors] il ne peut se dérober (le-ichtamoutei) ; mais s'[il dit seulement qu'ils proviennent] d'un oiseau pur, il peut se dérober. Et qu'on les examine par les signes (simanim) ! Car il est enseigné [dans une braita] : tels les signes des œufs, tels les signes des entrailles des poissons (kirvei dagim). Et voici les signes des œufs : tout [œuf] rond et allongé (kadour va-agalgol), dont l'une des extrémités est arrondie (kad) et l'autre pointue (had), est pur ; [celui dont] les deux extrémités sont arrondies, ou [les deux] pointues, est impur. [Celui dont] le blanc (helbon) est à l'extérieur et le jaune (helmon) à l'intérieur est pur ; [celui dont] le jaune est à l'extérieur et le blanc à l'intérieur est impur ; [celui dont] le blanc et le jaune sont mêlés l'un à l'autre, on sait avec certitude qu'il s'agit d'un œuf de bestiole rampante (chérets). Rabbi Zera a dit : les signes ne sont pas [de rang] toranique (lav de-oraita). Alors pour quelle règle (hilkheta) les [le Tana] énonce-t-il ? Voici ce qu'il dit : [l'œuf dont] les deux extrémités sont arrondies, [ou dont] les deux extrémités sont pointues, est assurément impur, et l'on ne se fie pas à la parole de l'idolâtre (oved kokhavim). Et de même [celui dont] le jaune est à l'extérieur et le blanc à l'intérieur est assurément impur. [Celui dont] l'une des extrémités est arrondie et l'autre pointue, [dont] le blanc est à l'extérieur et le jaune à l'intérieur, tu peux le trouver impur et tu peux le trouver pur : si le chasseur (tsayad) a dit « [il provient] de tel oiseau, [qui est] pur », appuie-toi sur lui [pour l'autoriser] ; [mais] dans un cas indéterminé (bi-stama), ne t'appuie pas sur lui, parce qu'il existe [des œufs] de corbeaux qui ressemblent à [ceux] de la colombe. Il est enseigné [dans une braita] : on ne vend pas à un idolâtre un œuf de [bête] tereifa, à moins qu'il ne soit battu dans un plat (teroufa bi-keara) ; c'est pourquoi on ne leur achète pas d'œufs battus (teroufot). Et [pour ce qui est de savoir] si les signes des poissons sont [de rang] toranique ou rabbinique, je l'ai écrit au chapitre Ein Maamidin, siman 42. Quant au fait qu'on achète de nos jours des œufs à l'idolâtre, bien qu'il ne dise pas « [ils proviennent] de tel oiseau pur », on s'appuie sur ceci : que des œufs d'oiseau impur ne se rencontrent pas parmi nous. Et quant au fait que nous leur achetons du pain pétri avec des œufs, sans craindre qu'il s'agisse peut-être d'œufs battus (teroufot) qu'il aurait achetés à un Juif — car ce n'est précisément que là où nous les voyons battus [comme tels] devant nous que nous craignons, [du fait] qu'il y a [alors] un motif de suspicion (reouta) : car ce n'est pas la coutume que l'idolâtre batte des œufs qu'il veut vendre ; nous imputons plutôt avec certitude qu'il les a achetés déjà battus à un Juif et qu'ils étaient [des œufs de bêtes] tereifot. Mais tant que nous ne les voyons pas battus devant nous, nous ne craignons pas cela. Et de même nous ne craignons pas qu'il y ait eu en eux du sang, car la plupart des œufs n'ont pas de sang, et il se fait chaque jour que nous mangeons un œuf à la coque (megulguelet) bien qu'on ne puisse vérifier s'il y a en lui du sang. Et Rabbeinou Tam, de mémoire bénie, voulait interdire le pain pétri avec des œufs, au titre des mets cuits par l'idolâtre (bichoulei oved kokhavim) — même pour celui qui pratique la permission à l'égard du pain de l'idolâtre, sur la foi du Yerouchalmi qui dit : le pain de l'idolâtre, on s'est prononcé à son sujet et on l'a permis. Car du fait qu'il a été pétri avec de l'eau d'œufs, il est interdit au titre des [mets] bouillis par l'idolâtre (chelakot), et il n'entrait pas dans [le cadre de] la permission du pain, car ce sont deux décrets [distincts] : le pain faisait partie des dix-huit choses (chemona-assar davar) qu'ont décrétées la maison de Chammai et la maison de Hillel, tandis que le décret des [mets] bouillis (chelakot) l'a précédé de beaucoup ; car au chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara, daf 37a) [le Talmud] veut dire qu'il est [de rang] toranique (de-oraita), et il conclut que le verset n'est qu'un appui (asmakhta). Et pour les dix-huit choses, tous étaient experts, comme nous le disons au chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara, daf 36a), que son interdit s'est répandu dans tout Israël, et ils ne se trompaient pas là-dessus au point de dire qu'il était [de rang] toranique. Mais [pour les chélakot] ils avaient assurément reçu par tradition l'interdit depuis les premières générations, et ils pensaient [à tort] dire qu'il était [de rang] toranique. En outre, de nos jours, même ceux qui pratiquent la permission à l'égard du pain de l'idolâtre pratiquent l'interdit à l'égard des mets cuits par l'idolâtre (bichoulei oved kokhavim). Néanmoins il apparaît que, bien que la halakha soit conforme à celui qui interdit l'œuf au titre des mets cuits par l'idolâtre — car une braita est enseignée conformément à lui au chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara, daf 38a) — quoi qu'il en soit, une pâte pétrie avec des œufs n'est pas à interdire, car la farine est l'essentiel (ikkar), du fait que l'on récite sur elle [la bénédiction] « Ha-Motsi » ; et elle est permise à celui qui pratique la permission à l'égard du pain de l'idolâtre. Et [en] preuve [de ce] que nous disons dans notre chapitre : les entrailles des poissons (kirvei dagim) ne comportent pas [d'interdit] au titre des mets cuits par l'idolâtre ; et si l'idolâtre en a fait un plat de poisson frit (kasa de-harsana), c'est interdit — [cela est] évident ! [Mais] j'aurais pu dire : le poisson frit (harsana) est l'essentiel ; [le Talmud] nous apprend que la farine est l'essentiel. [Cela] implique que si le harsana était l'essentiel, ce serait permis bien que la farine y soit mêlée. Et pour cette raison il n'y a pas lieu de permettre le pâte (pachtida) d'un Juif, fait de poissons, que l'idolâtre a cuit au four, parce que la graisse [du poisson] est à nu (be-ayin) sur la pâte, et de plus la graisse (choumman) des poissons a été interdite au titre des mets cuits par l'idolâtre avant qu'elle ne se mêle à la pâte. Et ce n'est pas semblable à une pâte pétrie avec des œufs, où les œufs sont annulés (betelin) dès le départ et ne sont jamais interdits.
💡 Explication

Nouvelle braita : on peut acheter des œufs aux non-Juifs partout, sans craindre que l'œuf provienne d'une bête nevela (morte sans abattage rituel) ni d'une bête tereifa — ces éventualités n'étant pas à redouter.

14
וְדִילְמָא דְּעוֹף טָמֵא נִינְהוּ? אָמַר אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל: בְּאוֹמֵר שֶׁל עוֹף פְּלוֹנִי טָהוֹר. וְלֵימָא שֶׁל עוֹף טָהוֹר? אִי הָכִי, אִית לֵיהּ לְאִישְׁתְּמוֹטֵי.

Mais peut-être sont-ils [des œufs] d'oiseau impur ? Le père de Chmouel a dit : [la braita parle du cas] où [le vendeur] dit : 'de tel oiseau pur'.

Mais qu'il dise [seulement] : 'd'un oiseau pur' ! [Réponse :] s'il en était ainsi, il aurait [matière] à se dérober (le-ichtamoutei).

📜 Rachi (2)
שֶׁל עוֹף פְּלוֹנִי טָהוֹר וְאָנוּ יוֹדְעִים שֶׁאוֹתוֹ עוֹף טָהוֹר הוּא וְדָבָר שֶׁאָנוּ יְכוֹלִין לְהַבְחִין וּלְהָבִיא בֵּיצֵי אוֹתוֹ עוֹף לִרְאוֹת אִם דּוֹמִין לְאֵלּוּ לֹא מְשַׁקֵּר:
'De tel oiseau pur' — et nous savons que cet oiseau est pur, et [c'est] une chose que nous pouvons vérifier en apportant des œufs de cet oiseau pour voir s'ils ressemblent à ceux-ci : [donc] il ne ment pas.
אִית לֵיהּ לְאִישְׁתְּמוֹטֵי וְלוֹמַר שֶׁל עוֹף אַחֵר אָמַרְתִּי לְךָ שֶׁאִי אַתָּה מַכִּירוֹ וְהוּא טָהוֹר:
Il aurait [matière] à se dérober — et à dire : c'est d'un autre oiseau que je t'ai parlé, que tu ne connais pas, et qui est pur.
🗂️ Tossefot (1)
וְדִילְמָא דְּעוֹף טָמֵא נִינְהוּ וא"ת כֵּיוָן דְּעוֹפוֹת טְהוֹרִים הָווּ רֻובָּא נַזֵּיל בָּתַר רֻובָּא וּלְפִי מַה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי דִּמְרַבֶּה כַּמָּה מִינִים נִיחָא וְאַף לְפֵ"ה דְּלָא מִרַבֵּינַן אֶלָּא מִין נֶשֶׁר י"ל מ"מ הָא אָמְרִי' לְעֵיל מֵאָה עוֹפוֹת טְמֵאִים שֶׁהֵן בַּמִּזְרָח וְכֻולָּן מִין אַיָּה הֵן הִלְכָּךְ אֶפְשָׁר דְּיֵשׁ בִּטְמֵאִים מִינִין הַרְבֵּה:
Mais peut-être sont-ils [des œufs] d'oiseau impur — et si tu objectes : puisque les oiseaux purs sont la majorité, suivons la majorité [et permettons sans plus] ! Selon ce que j'ai expliqué, [à savoir] que [la Tora] multiplie plusieurs espèces [d'impurs], cela se comprend [qu'on ne suive pas la majorité]. Et même selon Rachi, qui ne multiplie que l'espèce du nesher [seul], on peut dire : malgré tout, nous avons dit plus haut [qu'il y a] cent oiseaux impurs en Orient et qu'ils sont tous de l'espèce de l'aya ; dès lors il est possible qu'il y ait, parmi les impurs, de nombreuses espèces.
💡 Explication

Objection : et si l'œuf venait d'un oiseau impur ? Réponse du père de Chmouel : la braita vise le cas où le vendeur nomme l'espèce ('de tel oiseau pur'), que nous savons pure et dont on peut comparer les œufs. Pourquoi exiger le nom plutôt qu'un simple 'd'un oiseau pur' ? Parce que, sans nommer l'espèce, le vendeur aurait toujours la possibilité de se dérober (le-ichtamoutei) en prétendant ensuite avoir parlé d'un autre oiseau.

15
וְלִבְדֹּוק בְּסִימָנִין! דְּתַנְיָא: כְּסִימָנֵי בֵּיצִים כָּךְ סִימָנֵי דָגִים. סִימָנֵי דָגִים סָלְקָא דַּעְתָּךְ? ״סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת״ אֲמַר רַחֲמָנָא! אֶלָּא אֵימָא: כָּךְ סִימָנֵי

Mais qu'on [les] examine par les signes (simanim) ! Car il est enseigné [dans une braita] : tels les signes des œufs, tels les signes des poissons. 'Les signes des poissons' te viendrait-il à l'esprit ?

Le Miséricordieux a [pourtant] dit '[une] nageoire et [des] écailles' (Lévitique 11:9) ! Plutôt, dis [ainsi] : tels [sont] les signes

💡 Explication

Dernière objection : pourquoi se fier au vendeur ? Qu'on examine les œufs par leurs signes (simanim) ! On cite une braita : 'tels les signes des œufs, tels les signes des poissons'. La Guemara s'arrête : les signes des poissons sont explicites dans la Tora ('nageoire et écailles') — pas besoin d'une braita ! Il faut donc relire la braita autrement — 'tels [sont] les signes [des œufs, tels les signes...]' — la phrase restant inachevée, elle se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).