Sougya : La sougya examine les simanim (signes) qui distinguent un œuf d'oiseau casher d'un œuf impur : forme (un bout pointu, un bout arrondi), disposition du blanc et du jaune ; le mélange du blanc et du jaune trahit un œuf de reptile rampant (sherets). La Guemara objecte que ces signes ne servent guère (œufs découpés, battus en bol) et que l'on ne peut acheter de tels œufs au non-Juif.
Rabbi Zera conclut que les signes ne sont pas d'ordre toranique (lav de-oraita) : on ne s'y fie que si le vendeur précise l'espèce, car l'œuf de corbeau ressemble à celui du pigeon. La braita 'blanc et jaune mêlés = œuf de sherets' est ensuite expliquée : pour Rav Oukva bar Hama, elle vise l'impureté (si l'embryon est formé et l'œuf perforé, il rend impur dès un volume de lentille) ; Ravina objecte que ce pourrait être un serpent, dont l'œuf ne transmet pas l'impureté ; aussi Rava dit-il qu'elle vise la flagellation, au titre du 'rampant qui rampe sur la terre' (Lévitique 11:41).
La Guemara demande enfin pourquoi spécifier l'œuf impur, l'embryon d'un oiseau pur étant lui aussi prohibé.
[La michna parlait des] embryons de poissons (oubarei dagim) [= les œufs de poisson trouvés dans ses entrailles].
Suite de la michna précédente (sur les œufs et embryons de poissons que l'on achète au non-Juif). 'Embryons de poissons' désigne les œufs de poisson trouvés dans ses entrailles, encore agglomérés ensemble.
Et il est enseigné (braita) au sujet des œufs : voici quels sont les signes des œufs [d'oiseau casher] — tout [œuf] qui est en forme de boule et arrondi, dont un bout est arrondi (kad) et un bout est pointu (had) — [est] pur [casher] ; [si] ses deux bouts [sont] arrondis ou ses deux bouts [sont] pointus — [ils sont] impurs. [Si le] blanc [est] à l'extérieur et le jaune à l'intérieur — [il est] pur ; [si le] jaune [est] à l'extérieur et le blanc à l'intérieur — [il est] impur ; [si le] jaune et le blanc [sont] mêlés l'un à l'autre — il est notoire qu'il s'agit d'un œuf de reptile rampant (sherets).
Les signes de l'œuf casher (voir le schéma). Un œuf bon : une forme ovoïde, un bout pointu (had) et un bout arrondi (kad), le blanc dehors et le jaune dedans. Sont impurs : les œufs aux deux bouts identiques, ou dont le jaune est dehors et le blanc dedans. Si blanc et jaune sont mêlés, c'est l'œuf d'un sherets (reptile rampant comme le lézard).
[La Guemara répond :] [le verset des signes] n'est nécessaire que [dans le cas] où [les œufs] sont découpés (hatoukhot). Et qu'il examine [alors] le jaune et le blanc !
[Réponse :] [dans le cas] où ils [sont] battus dans un bol (terufot be-keara).
Difficulté : à quoi servent les signes de forme, puisqu'on voit la forme ? Réponse : ils servent quand les œufs sont découpés (hatoukhot), forme indiscernable. Mais alors qu'on examine le blanc et le jaune ! Réponse : le cas visé est celui où ils sont battus dans un bol (terufot be-keara), tout étant mêlé — blanc et jaune indistincts.
Et en pareil cas, leur en achèterions-nous [au non-Juif] ? Or il est enseigné (braita) : on ne vend un œuf de [bête] tereifa à un non-Juif que [s']il est battu dans un bol ; par conséquent, on n'achète pas d'eux [de non-Juifs] des œufs battus dans un bol.
Objection : si le cas est celui d'œufs battus dans un bol, en achète-t-on seulement ? Car une braita enseigne : on ne vend à un non-Juif un œuf de bête tereifa que battu dans un bol (pour qu'il ne le revende pas à un Juif). Par conséquent, on n'achète pas d'un non-Juif des œufs battus dans un bol [ils pourraient venir d'une tereifa]. Le cas 'battus dans un bol' ne tient donc pas.
Plutôt, Rabbi Zera a dit : les signes [des œufs] ne sont pas d'ordre toranique (lav de-oraita). Car si tu ne dis pas ainsi, [il y a] ce que Rav Assi a dit : huit [oiseaux] sont douteux (sefekot) — [or] qu'il examine leurs œufs [pour les identifier] !
Plutôt, déduis-en : les signes ne sont pas d'ordre toranique.
Conclusion de Rabbi Zera : les signes ne sont pas d'ordre toranique (lav de-oraita) — ce ne sont pas une halakha de Moché au Sinaï, on ne s'y fie pas [absolument]. Preuve : Rav Assi enseigne qu'il y a huit oiseaux au statut douteux ; si les signes étaient probants, on examinerait leurs œufs pour lever le doute. Puisqu'on ne le fait pas, c'est que les signes ne sont pas décisifs.
Mais [alors,] à propos de quelle halakha [la braita] l'enseigne-t-elle [si les signes ne sont pas probants] ? Voici ce qu'elle dit : [si] ses deux bouts [sont] arrondis, ou ses deux bouts [sont] pointus, ou [si le] jaune [est] à l'extérieur et le blanc à l'intérieur — [c'est] certainement impur.
[Si] un bout [est] pointu [et] un bout arrondi, et [le] blanc à l'extérieur et le jaune à l'intérieur, et [qu']il t'a dit 'de tel oiseau, et il est pur' — fie-toi à lui. [Mais] en l'absence [de précision] — ne te fie pas à lui, car il y a [un œuf] de corbeau (orev) qui ressemble [à celui] du pigeon (yona).
À quoi sert alors la braita ? À deux choses. Les œufs aux deux bouts pareils ou au jaune dehors sont certainement impurs (et si le non-Juif prétend qu'ils sont casher, il ment). En revanche, un œuf de bonne forme (un bout pointu, blanc dehors) conforte le dire du vendeur : s'il précise l'espèce ('de tel oiseau pur'), on s'y fie ; mais sans précision, non, car l'œuf de corbeau (impur) ressemble à celui du pigeon (pur).
Le Maître a dit : [si le] blanc et le jaune [sont] mêlés l'un à l'autre — il est notoire qu'il s'agit d'un œuf de reptile rampant (sherets). À propos de quelle halakha [cet enseignement] ?
Rav Oukva bar Hama a dit : [c'est] pour dire que si [l'embryon] s'est formé (rikma) et [que l'œuf] a été perforé (nikba) — il rend impur [dès] un volume de lentille (ke-adasha).
On revient sur la clause de la braita : blanc et jaune mêlés = œuf de sherets. À quoi sert-elle, puisque de toute façon l'œuf est interdit ? Rav Oukva bar Hama : elle vise l'impureté — si l'embryon s'est formé (rikma) à l'intérieur et que l'œuf a été perforé (nikba, de sorte qu'on puisse toucher l'embryon), il transmet l'impureté dès qu'il atteint le volume d'une lentille (ke-adasha) — mesure minimale pour la dépouille d'un sherets.
Ravina objecte là-dessus : et peut-être [l'œuf] est-il [d'un] serpent (nahach) [dont la dépouille ne transmet pas l'impureté] ? Plutôt, Rava a dit : [la braita signifie] que si [l'embryon] s'est formé (rikma) et [qu']il l'a mangé — il est flagellé à son sujet, au titre de 'le rampant qui rampe sur la terre' (Lévitique 11:41).
Ravina objecte à Rav Oukva : un œuf au blanc et jaune mêlés pourrait être celui d'un serpent (nahach), dont la dépouille ne transmet pas l'impureté — l'enseignement sur l'impureté ne tiendrait donc pas universellement. Aussi Rava dit-il que la braita vise la flagellation (malkout) : si l'embryon s'est formé et qu'on le mange, on est flagellé au titre du verset 'le rampant qui rampe sur la terre' (Lévitique 11:41).
Si [c'est] ainsi [= si l'on est flagellé dès que l'embryon est formé], pourquoi [parler] spécifiquement [d'un œuf] impur ? [On serait flagellé] même [pour un œuf d'oiseau] pur !
Car il est enseigné (braita) : 'tout le rampant qui rampe sur la terre' —
Dernière difficulté : si la flagellation dépend de l'embryon formé (un petit rampant présent dans l'œuf), pourquoi la braita précise-t-elle un œuf impur ? L'embryon formé dans l'œuf d'un oiseau pur serait tout autant prohibé au titre de 'le rampant qui rampe sur la terre'. La citation 'tout le rampant qui rampe sur la terre' ouvre une braita dont la suite se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).