Sougya : Le daf traite du statut des œufs. La braita permet les œufs cacheres cuits avec des œufs impurs (gioulei beitsim), permet les œufs gâtés (mouzarot), et, si l'on trouve une goutte de sang (kort dam), ordonne de jeter le sang et de manger le reste.
Rabbi Yirmeya et Dostai précisent où doit se trouver ce sang : sur le nœud (kecher) ou le blanc (chelbon), le reste est permis ; sur le jaune (chelmon), tout l'œuf est interdit, car le mal s'est répandu partout. Puis Hizkiya dérive de l'Écriture ('et la bat hayaana', Lev 11:16) que l'œuf d'un oiseau impur est interdit par la Torah : la 'fille' de l'autruche n'étant pas un oiseau distinct, c'est son œuf.
La Guemara objecte par plusieurs versets où 'bat hayaana' semble désigner l'oiseau lui-même (qui pleure, habite, honore Dieu), les résout, puis distingue le cas présent du fait que le scribe écrit le mot en deux.
[Le verset 'tout grouillant qui grouille sur la terre' (Lev 11:41) vient] inclure les poussins dont les yeux ne se sont pas [encore] ouverts ! [Réponse :] [cet interdit est] d'ordre rabbinique, et le verset [n'est] qu'un simple appui (asmakhta).
Fin d'une discussion (depuis 64a) sur l'embryon d'oiseau cachere. On objecte qu'un verset incluerait dans l'interdit du grouillant (cherets) les poussins aveugles [à peine formés]. Réponse : pour un oiseau cachere, cet interdit n'est que rabbinique, le verset servant de simple appui (asmakhta) — celui qui mange l'embryon d'un oiseau cachere n'encourt pas la flagellation.
Nos Maîtres ont enseigné : les œufs [cacheres ayant subi le] dégorgement [d'œufs impurs] (gioulei beitsim) sont permis ; les œufs gâtés (mouzarot) — une âme délicate les mangera ; [si] l'on a trouvé sur lui (l'œuf) une parcelle de sang (kort dam) — on jette le sang et l'on mange le reste.
Une braita en trois clauses. (1) Giouléi beitsim : un œuf cachere cuit avec un œuf impur reste permis, car l'œuf [impur] ne donne que de l'eau [sans goût] et ne communique pas de saveur. (2) Mouzarot : les œufs gâtés (non fécondé, jamais d'embryon) — une 'âme délicate' (qui n'est pas dégoûtée) les mangera. (3) Kort dam : si l'on trouve une parcelle de sang, on jette le sang et l'on mange le reste.
Rabbi Yirmeya a dit : et c'est [le cas] où [le sang] s'est trouvé sur son nœud (kecher). Dostai, le père de Rabbi Aptoriki, a enseigné : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas] où [le sang] s'est trouvé sur son blanc (chelbon) ; mais [s']il s'est trouvé sur son jaune (chelmon) — même [le reste de] l'œuf est interdit.
Quelle [en] est la raison ? Parce que la corruption (tikhla) s'est répandue dans tout [l'œuf].
Rav Gueviha de Bei Ketil dit à Rav Achi : un Tana enseignait l'inverse devant Abaye, et c'est Abaye qui [le] lui a corrigé ainsi.
Précision sur l'emplacement du sang (voir le schéma). Pour Rabbi Yirmeya, on ne mange le reste que si le sang est sur le nœud (kecher), point où commence l'embryon : c'est la preuve que rien ne s'est formé ailleurs. Dostai : sur le blanc (= le nœud), le reste est permis ; sur le jaune (chelmon), tout l'œuf est interdit, car la corruption (tikhla) s'est répandue partout. Rav Gueviha rapporte qu'un Tana enseignait l'inverse (le jaune permis, le blanc interdit), et qu'Abaye l'a corrigé.
Hizkiya a dit : d'où [sait-on] qu'un œuf d'[oiseau] impur est interdit selon la Torah ? De ce qu'il est dit : 'et la fille de l'autruche (bat hayaana)' (Lev 11:16).
Or l'autruche (yaana) a-t-elle [vraiment] une fille (bat) ? Plutôt, qu'est-ce [que cela] ?
C'est l'œuf impur. [Objection :] mais peut-être est-ce [tout simplement] leur nom ?
[Réponse :] [cela] ne te viendra pas à l'esprit, car il est écrit : 'la fille de mon peuple [est devenue] cruelle, comme les autruches (yeenim) au désert' (Lam 4:3).
Hizkiya dérive l'interdit toranique de l'œuf d'oiseau impur du verset 'et la bat hayaana' (Lev 11:16). Argument : l'autruche n'a pas de 'fille' (un oiseau-fille distinct de la mère) ; donc 'bat hayaana' désigne son œuf. Objection : et si 'bat hayaana' était simplement le nom de l'oiseau ? Réponse : non, car ailleurs l'oiseau est appelé 'yeenim' [sans 'bat'] (Lam 4:3), preuve que 'yaana' seul est le nom.
Et [ce n'est] pas [le nom] ? Mais voici qu'il est écrit : 'je ferai une lamentation comme les chacals et un deuil comme les filles de l'autruche (benot yaana)' (Mic 1:8) !
[Réponse :] comme cette autruche qui porte le deuil de ses petits. Mais voici qu'il est écrit : 'et là y demeureront des filles de l'autruche (benot yaana)' (Is 13:21) !
[Réponse :] comme cette autruche qui demeure avec ses petits.
La Guemara persiste : 'bat hayaana' ne serait-il pas un nom ? Deux versets emploient 'benot yaana' (Mic 1:8 ; Is 13:21). Réponse : ces versets parlent par comparaison — 'comme l'autruche qui porte le deuil de ses petits' et 'comme l'autruche qui demeure avec ses petits' — donc 'yaana' [l'oiseau], et non 'benot'.
Mais voici qu'il est écrit : 'l'animal des champs m'honorera, les chacals et les filles de l'autruche (benot yaana)' (Is 43:20) — et si [cela] te vient à l'esprit [que 'bat hayaana' désigne] un œuf, un œuf est-il capable de dire un chant [de louange] ? Plutôt, [il faut dire qu']il est écrit 'la yaana' et [qu']il est [aussi] écrit 'la bat hayaana' [: les deux sont des noms de l'oiseau].
Dernier verset : 'les benot yaana m'honoreront' (Is 43:20) — or un œuf ne peut chanter une louange à Dieu ; donc ici 'benot yaana' désigne bien l'oiseau. Conclusion provisoire : 'yaana' et 'bat hayaana' sont tous deux des noms de l'oiseau — ce qui semble ruiner la dérivation de Hizkiya.
Et [pourtant] c'est différent ici, car le scribe (sofer) coupe [le mot] en deux mots ; et du fait que le scribe les sépare [...]
Résolution finale (qui se poursuit au daf suivant). Bien que 'yaana' et 'bat hayaana' soient des noms de l'oiseau, le cas de Lev 11:16 est différent : le scribe (sofer) écrit le terme en deux mots séparés ('bat' / 'yaana'), alors qu'ailleurs il forme un seul nom. De cette séparation graphique, on tire malgré tout l'enseignement sur l'œuf — argument développé en 65a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).