Sougya : La sougya achève d'abord le point sur 'bat yaana' (l'autruche) écrit en deux mots : deux mots impliquent deux noms (donc l'œuf aussi est interdit), et l'objection 'Kedorlaomer' est écartée car ce nom-là n'est jamais coupé sur deux lignes. Puis vient le cœur du daf : comment reconnaître un oiseau cachere.
La braita rapporte les positions de Rabban Gamliel (griffe-et-mange = non cachere ; doigt supplémentaire, jabot et gésier pelable = cachere), de Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok (le test du fil), de Rabbi Chimon ben Elazar (happe en plein vol = non cachere), corrigé par Abaye ('happe ET mange' en l'air), et des 'Aherim' (cohabitation et ressemblance avec une espèce cachere ou non), rattachée à Rabbi Eliezer à propos du zarzir et du corbeau. Le daf passe ensuite aux sauterelles : les quatre signes (quatre pattes, quatre ailes, deux pattes à sauter, ailes couvrant la majorité du corps), la double exigence de Rav Papa (majorité de la longueur ET de la circonférence), le cas du 'zahal' dont les pattes à sauter poussent plus tard (permis), et l'énumération des quatre espèces du verset (arbeh, solam, hargol, hagav) avec la lecture klal ou-prat ou-klal de l'école de Rabbi Yichmael, où les quatre 'leminehu' incluent quatre espèces voisines.
[Si bat yaana est écrit] en deux mots, conclus-en qu'il s'agit de deux noms [distincts, et l'œuf [de l'autruche] est lui aussi interdit].
Suite directe de 64b. La discussion porte sur l'expression bat yaana (l'autruche, littéralement 'fille de l'autruche'). Si le scribe l'écrit en deux mots (bat / yaana), c'est le signe qu'il s'agit de deux noms distincts — et l'on en déduit que l'œuf de cet oiseau impur est lui aussi interdit à la consommation.
[Objection :] s'il en est ainsi, [le nom] 'Kedorlaomer' (Genèse 14:4), que le scribe coupe en deux [de sorte qu'il apparaisse comme 'Kedor Laomer'] — est-ce là aussi [le signe] qu'il s'agit de deux noms [?, ce qui est faux, car c'est un seul personnage]. Ils dirent [en réponse] : là-bas [pour Kedorlaomer], il le coupe en deux mots [seulement], [mais] il ne le coupe pas sur deux lignes [si le premier mot atteint la fin d'une ligne] ; ici, en revanche [pour bat yaana], il le coupe même sur deux lignes.
Difficulté : le nom Kedorlaomer (un roi, Gen 14) est lui aussi écrit par le scribe en deux mots apparents, et pourtant il désigne une seule personne. Réponse : la distinction tient à la coupe sur deux lignes. Kedorlaomer peut être coupé en deux mots mais jamais réparti sur deux lignes (il reste insécable à la fin d'une ligne) ; bat yaana, lui, peut être coupé même sur deux lignes -> preuve que ce sont deux noms vraiment séparés.
[La michna a dit :] 'mais les Sages ont dit : tout oiseau [qui griffe sa proie et la mange est non cachere].' Il est enseigné [dans une braita] : Rabban Gamliel dit : [un oiseau qui] griffe [sa proie] et [la] mange (dores ve-okhel) — il est certain qu'il est non cachere (tame) ; [s'il] possède un doigt supplémentaire (etzba yetera), un jabot (zefek), et [si] son gésier se pèle (kourkevano niklaf) — il est certain qu'il est cachere (tahor). Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok dit : on lui tend un fil de corde ; s'il partage ses pattes [posées sur le fil], deux d'un côté et deux de l'autre — [il est] non cachere ; trois d'un côté et un de l'autre — [il est] cachere.
Rabbi Chimon ben Elazar dit : tout oiseau qui happe [sa nourriture] en plein air (min ha-avir) — [est] non cachere.
Le cœur du daf (voir le premier schéma). La braita expose les critères pour reconnaître un oiseau cachere. Rabban Gamliel : un oiseau qui griffe et mange (dores) sa proie est non cachere ; en revanche trois signes positifs — doigt supplémentaire, jabot, gésier qui se pèle — joints au fait de ne pas griffer (soit quatre signes) garantissent qu'il est cachere. R. Elazar fils de R. Tsadok : le test du fil tendu sur lequel l'oiseau se pose — répartition deux/deux des doigts = non cachere ; trois/un = possiblement cachere. R. Chimon ben Elazar : l'oiseau qui happe en plein vol est non cachere.
[Objection :] mais la tziparta aussi happe [en plein air, et elle est cachere] ! Abaye dit : c'est 'happe et mange' (kolet ve-okhel) [en l'air] qu'ils ont voulu dire [la tziparta, elle, se pose avant de manger].
Difficulté au critère de R. Chimon ben Elazar : la tziparta (un oiseau cachere connu) happe pourtant elle aussi en plein air. Abaye précise : le critère ne disqualifie que l'oiseau qui happe ET mange en l'air — c'est-à-dire qui avalé sa prise sans la poser à terre. La tziparta, elle, se pose avant de manger ce qu'elle a attrapé.
[La braita] conclut : Aherim (d'autres) disent : [un oiseau qui] niche (chokhen) avec des [oiseaux] non casheres — [est] non cachere ; avec des [oiseaux] casheres — [est] cachere.
Dernier critère de la braita : la cohabitation. Selon les 'Aherim' (d'autres maîtres), un oiseau qui niche avec des oiseaux non casheres est non cachere, et celui qui niche avec des casheres est cachere — l'environnement de l'oiseau trahit son espèce.
Selon qui [est cette dernière clause] ? Selon Rabbi Eliezer, comme il est enseigné [dans une braita] : Rabbi Eliezer dit : ce n'est pas en vain que le zarzir (l'étourneau) est allé [demeurer] auprès du corbeau (orev), mais parce qu'il est de son espèce (mino).
[La Guemara rejette :] tu peux même dire [que cette clause suit] les Rabbis [qui contestent Rabbi Eliezer et tiennent le zarzir pour cachere] : c'est 'niche ET ressemble' (chokhen ve-nidme) que nous avons voulu dire [or le zarzir ne ressemble pas au corbeau].
La Guemara demande de qui relève la clause de cohabitation. Serait-ce Rabbi Eliezer, qui dit que si le zarzir (étourneau) cohabite avec le corbeau (impur), c'est qu'il est de la même espèce [donc impur] ? La Guemara rejette : la clause peut suivre les Rabbis (qui jugent le zarzir cachere), car la condition est double — il faut cohabiter ET ressembler (chokhen ve-nidme). Or le zarzir cohabite avec le corbeau mais ne lui ressemble pas -> il reste cachere.
[La michna a dit :] 'et pour les sauterelles (hagavim), tout [insecte] qui possède etc. [quatre pattes, quatre ailes, deux pattes à sauter, et dont les ailes couvrent la majorité de son corps — est cachere].' Que signifie 'la majorité [de son corps]' (roubo) ?
Rav Yehuda dit au nom de Rav : la majorité de sa longueur (rov orko) ; et certains rapportent : la majorité de sa circonférence (rov hekefo). Rav Papa dit : dès lors [puisqu'on a hésité entre les deux], nous exigeons la majorité de sa longueur, et nous exigeons [aussi] la majorité de sa circonférence.
On passe aux sauterelles (voir le deuxième schéma). La michna donne quatre signes ; le quatrième — les ailes couvrant la majorité du corps — est précisé ici. 'La majorité' signifie-t-elle la majorité de la longueur ou de la circonférence ? La tradition de Rav hésite. Rav Papa tranche par prudence : il faut les deux à la fois — majorité de la longueur ET de la circonférence.
Nos Maîtres ont enseigné [dans une braita] : [un insecte qui] n'[a] pas [de pattes à sauter] maintenant mais [est] destiné à [les] développer après un certain temps, comme le zahal — [est] permis. Rabbi Elazar fils de Rabbi Yossi dit : [le verset dit] 'qui n'a pas (lo) de pattes à sauter' — [même] bien qu'il n'en ait pas maintenant et [qu'il soit] destiné à [les] développer après un certain temps [il est cachere].
Qu'est-ce que le zahal ? Abaye dit : [c'est] l'iskara (askarin).
Cas de l'insecte qui n'a pas encore ses pattes à sauter mais les développera plus tard (le zahal) : il est permis. R. Elazar fils de R. Yossi tire cela du verset (Lev 11:21) où le mot lo ('à lui') est écrit avec un alef (ce qui se lit 'non, ne... pas') : 'qui n'a pas de pattes à sauter' — enseignant que même l'insecte qui n'en a pas pour l'instant mais en développera est cachere. Le zahal, précise Abaye, est l'iskara.
Nos Maîtres ont enseigné [dans une braita] : '[ceux-]ci, parmi eux, vous [les] mangerez : le arbeh selon son espèce, etc.' (Lévitique 11:22). Le arbeh — c'est le govai ; le solam — c'est le rachon ; le hargol — c'est le nipoul ; le hagav — c'est le nadyan (gadyan).
Que vient enseigner [le verset, en répétant] 'selon son espèce', 'selon ses espèces', 'selon ses espèces', 'selon ses espèces' — quatre fois ? [Cela vient] inclure [quatre espèces voisines cashères] : le tziporet keramim, le yohana yerouchalmit, le artzouvia et le razbanit.
La braita identifie les quatre espèces nommées par le verset (Lev 11:22) — arbeh (= govai), solam (= rachon), hargol (= nipoul), hagav (= gadyan). Le mot 'selon son espace' (leminehu) répété quatre fois n'est pas redondant : chaque occurrence vient inclure une espèce voisine cachere — le tziporet keramim, le yohana yerouchalmit, le artzouvia et le razbanit.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : ces [occurrences de 'selon son espèce'] sont des généralités de généralités (klalei kelalot), et celles-là [les noms] sont des détails de détails (peratei peratot). 'Le arbeh' — c'est le 'govai' ; 'selon son espèce' (leminehu) — [vient] inclure [...].
L'école de Rabbi Yichmael lit le verset selon la règle klal ou-prat ou-klal (voir le troisième schéma). Les 'leminéhu' ne sont pas de simples détails limitatifs (qui n'incluraient que l'espèce de chacun), mais des généralités ; et l'on a ici des généralités de généralités et des détails de détails [des termes surnuméraires venus pour l'interprétation]. Après une généralité, un détail ('le arbeh c'est le govai') et une généralité ('leminéhu'), la seconde généralité vient inclure ce qui ressemble au détail. [La phrase reste suspendue : la suite est au daf 65b.]
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).