Chullin 66a — sauterelles cacheres : klal-perat contre klal-perat-klal (Bei Rav / Bei Rabbi Yichmael), puis les signes du poisson

Chullin 66a

Sougya : La sougya cherche le point de divergence entre le Tana de l'école de Rav et le Tana de l'école de Rabbi Yichmael au sujet des sauterelles cacheres : ils s'opposent sur la sauterelle à tête longue. Tout dépend de la règle exégétique appliquée au verset (Lévitique 11:21-22).

Pour Bei Rav, c'est un klal ('qui a des pattes') suivi d'un perat (arbe, solam, hargol, hagav) — donc 'rien que ce qui est dans le perat', et la tête longue est interdite. Pour Bei Rabbi Yichmael, le 'selon leurs espèces' regénéralise (klal-perat-klal) — donc tout ce qui ressemble par un seul côté est inclus, et la tête longue est permise pourvu qu'elle ait les quatre simanim de la michna.

La Guemara objecte que les deux klalim ne se ressemblent pas, mais maintient que Bei Rabbi Yichmael interprète ainsi (et c'est d'ici qu'on l'apprend). Suit l'analyse du 'solam' qui sert à inclure la tête longue, puis une remarque sur l'identification locale des espèces (rachon, nipoul).

Enfin la michna passe aux poissons : nageoire et écaille ; une braita traite du poisson qui n'a pas encore d'écaille mais en aura, et de celui qui en a une mais la perd hors de l'eau.

Deux lectures du verset des sauterelles (Lévitique 11:21-22) 'qui a des pattes' (klal) | arbe, solam, hargol, hagav (perat) | 'selon leurs espèces' (leminéihou) Tana de-Bei Rav klal + perat (le 'leminéihou' va avec le perat) 'rien que ce qui est dans le perat' solam inclus : ressemble par DEUX côtés tête LONGUE INTERDIT (ne ressemble pas assez aux espèces nommées) Tana de-Bei Rabbi Yichmael klal + perat + klal ('leminéihou' regénéralise) 'seulement ce qui ressemble au perat' inclut tout ce qui ressemble par UN côté tête LONGUE PERMIS (il suffit des quatre simanim de la michna)
Le coeur de la mahloket (segments 0-2) : deux règles exégétiques opposées sur le même verset, et leur conséquence sur la sauterelle à tête longue.
Les signes de pureté : sauterelles et poissons Sauterelle (hagav) cachere 1. quatre pattes 2. quatre ailes 3. pattes sauteuses (kar'aim) 4. ailes couvrant la majeure partie + son nom doit être 'hagav' solam : sans queue | hargol : avec queue les sauterelles cacheres ne requièrent pas l'abattage Poisson cachere nageoire (snapir) + écaille (kaskeset) pas d'écaille maintenant, en aura plus tard : soultanit, afyan -> PERMIS à une écaille, la perd hors de l'eau : (suite au daf 66b) -> permis kaskeset = écaille fixée au corps ; snapir = nageoire qui meut le poisson
Les signes de pureté : les quatre simanim de la sauterelle cachere (segments 5-7) et les signes du poisson, nageoire et écaille (segment 8).
1
במאי קמיפלגי תנא דבי רב ותנא דבי רבי ישמעאל? בראשו ארוך קמיפלגי.

Sur quoi divergent le Tana de l'école de Rav et le Tana de l'école de Rabbi Yichmael ? Ils divergent au sujet de [la sauterelle] dont la tête [est] longue [pour le Tana de l'école de Rav, interdite ; pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, permise].

📜 Rachi (2)
במאי קא מיפלגי תנא דבי ר' ישמעאל דמייתי ליה סלעם לרבויי ראשו ארוך ואייתר ליה חגב למעוטי צרצור ותנא דברייתא קמייתא דמיבעי ליה כולהו לגופייהו:
Sur quoi divergent [le Tana de l'école de Rav et] le Tana de l'école de Rabbi Yichmael — qui amène le 'solam' pour inclure [la sauterelle] à tête longue, et il lui reste alors [le mot] 'hagav' pour exclure le tzartzour [une autre espèce] ; tandis que le Tana de la première braita en a besoin de tous [ces mots] pour eux-mêmes [chacun désignant une espèce propre].
תנא דבי רב קרי לברייתא קמייתא ששנויה בתורת כהנים דמקרי ספרא דבי רב לפי שהיה שגור בבית המדרש בפי כולם אבל ברייתא דתנא דבי ר"י לא היתה שגורה אלא בפי תלמידיו:
Le Tana de l'école de Rav — il appelle 'école de Rav' la première braita, qui est enseignée dans le Torat Cohanim [le Sifra], que l'on nomme 'le livre de l'école de Rav', parce qu'elle était courante dans la maison d'étude sur les lèvres de tous ; mais la braita du Tana de l'école de Rabbi Yichmael n'était courante que sur les lèvres de ses disciples.
🗂️ Tossefot (1)
במאי קמיפלגי וא"ת אמאי לא מפרש דאיכא בינייהו שאר חגבים שאינן ממין אותם הכתובים שיש להם ארבעה סימנים הכתובים במתני' ואין ראשו ארוך דלתנא דבי רב אסירי אע"פ שיש להם ד' סימנים דמתני' דאין בכלל אלא מה שבפרט וי"ל דשמא ליכא שום חגב שיהא בו ה' סימנים שלא יהא ממין אותם הכתובים במתני' א"נ רבותא נקט דאפי' בראשו ארוך שרי תנא דבי ר' ישמעאל: בסוף שמעתא פי' בקונטרס דחגבים הללו אין טעונין שחיטה שהרי אחר דגים הזכירן הכתוב וזאת תורת הבהמה כמשמעו והעוף כמשמעו ולא שרץ העוף דהיינו מינים קטנים וכל נפש החיה הרומשת במים אלו דגים ולכל נפש השורצת על הארץ אלו חגבים בהלכות גדולות כך פי' בקונטרס ולא הוצרך להביא בקונטרס מה"ג אלא משום דדריש ליה מקרא דבכמה מקומות בש"ס מוכח דשרו בלא שחיטה בסוף פ' ר' עקיבא (שבת דף צ:) חגב טמא אין מצניעין לקטן דלמא מיית ואכיל ליה אבל חגב טהור אין לחוש ובריש פ' דם שחיטה (כריתות דף כא.) קאמר אוציא דם דגים וחגבים שכולם היתר ומפרש דאין טעונין שחיטה ובפ' אין מעמידין (ע"ז דף לח. ושם ד"ה לעולם) דאמר רב עובדי כוכבים שהציתו את האור באגם כל החגבים אסורים ומפרש טעמא דלא ידיע הי טמא והי טהור אבל לשחיטה לא חיישינן ועוד התם בסוף פירקא חגבים הבאים מן ההפתק ומן האוצר מותרים ליקח מן העובד כוכבים וכן הבאין מן הסלולה ולפני חנוני אסורין מפני שמזלף עליהם יין ולעיל הבאתי ברייתא דתוספתא דקתני אוכל אדם דגים וחגבים בין חיים ובין מתים ואינו חושש ואע"ג דאוכל לאו דוקא דבחיים איכא משום בל תשקצו כדמוכח בפ' ר' עקיבא בשבת (דף צ:) מ"מ נקט אוכל למימר דליכא איסור אבר מן החי דלא בעי שחיטה. [וע"ע תוס' ע"ז לח. ד"ה לעולם]:
Sur quoi divergent — et si tu objectes : pourquoi n'explique-t-[on] pas qu'il y a entre eux [une divergence sur] les autres sauterelles qui ne sont pas de l'espèce de celles écrites [dans le verset], qui ont les quatre signes écrits dans la michna et dont la tête n'est pas longue — car pour le Tana de l'école de Rav elles [seraient] interdites bien qu'elles aient les quatre signes de la michna, [puisque] 'rien n'est compris dans le général sinon ce qui est dans le particulier' ? Et l'on peut dire : peut-être n'y a-t-il aucune sauterelle qui ait cinq signes sans être de l'espèce de celles écrites dans la michna. Ou bien [le Talmud] a pris [la formulation] forte [qui surprend davantage] : que même [la sauterelle] à tête longue, le Tana de l'école de Rabbi Yichmael la permet. À la fin de la sougya, Rachi explique [dans son commentaire] que ces sauterelles ne requièrent pas l'abattage (chehita), car le verset les a mentionnées après les poissons : 'voici la loi de la bête' selon son sens [habituel], 'et de l'oiseau' selon son sens [habituel], et non le reptile volant, c'est-à-dire les petites espèces ; 'et de tout être vivant qui se meut dans les eaux' — ce sont les poissons ; 'et de tout être qui grouille sur la terre' — ce sont les sauterelles ; [c'est] dans les Halakhot Guedolot [que] Rachi l'explique ainsi. Et Rachi n'avait pas besoin d'apporter [le témoignage des] Halakhot Guedolot, sinon parce qu'il [le] dérive d'un verset ; car en plusieurs endroits du Talmud il est prouvé qu'[elles] sont permises sans abattage : à la fin du chapitre Rabbi Akiva (Chabbat 90b), 'une sauterelle impure, on ne la met pas de côté pour un petit enfant, de peur qu'elle ne meure et qu'il ne la mange — mais une sauterelle pure, il n'y a pas à craindre' [donc pas d'abattage requis] ; et au début du chapitre Dam Chehita (Keritot 21a) il dit : 'j'exclurais le sang des poissons et des sauterelles, qui sont entièrement permis', et il explique qu'ils ne requièrent pas l'abattage ; et au chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara 38a) où Rav dit : 'des idolâtres qui ont allumé le feu dans un marais, toutes les sauterelles [sont] interdites', et il explique [que] la raison [en est] qu'on ne sait pas laquelle [est] impure et laquelle [est] pure, mais pour l'abattage on ne craint pas [d'interdit] ; et encore là, à la fin du chapitre, 'les sauterelles qui viennent de l'entrepôt et de la réserve, on a le droit de les acheter à l'idolâtre, et de même celles qui viennent du panier ; mais [celles posées] devant le marchand [sont] interdites, parce qu'il asperge du vin dessus' ; et plus haut j'ai apporté la braita de la Tossefta qui enseigne : 'un homme mange des poissons et des sauterelles, qu'ils soient vivants ou morts, et il n'a pas à craindre' — et bien que 'mange' ne soit pas à prendre au sens strict, car [les manger] vivants comporte [l'interdit de] 'ne rendez pas vos âmes abominables' (bal techaktzou), comme [cela] ressort au chapitre Rabbi Akiva dans Chabbat (90b) — quoi qu'il en soit [la braita] dit 'mange' pour [enseigner] qu'il n'y a pas d'interdit de membre [arraché] du vivant (ever min ha-haï), car [elles] ne requièrent pas l'abattage. [Voir encore les Tossefot d'Avoda Zara 38a, s.v. le-olam.]
💡 Explication

Les deux braitot (citées plus haut) énumèrent les mêmes quatre espèces de sauterelles cacheres (arbe, solam, hargol, hagav), mais aboutissent à des règles différentes. La Guemara cherche le point précis de divergence : il porte sur la sauterelle à tête longue (rocho aroch). Pour le Tana de l'école de Rav elle est interdite ; pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael elle est permise. La suite explique pourquoi, par la règle exégétique (midda) appliquée au verset.

🖼️ Schéma
Deux lectures du verset des sauterelles (Lévitique 11:21-22) 'qui a des pattes' (klal) | arbe, solam, hargol, hagav (perat) | 'selon leurs espèces' (lemineihou) Tana de-Bei Rav klal + perat (le 'lemineihou' va avec le perat) 'rien que ce qui est dans le perat' solam inclus : ressemble par DEUX côtés tête LONGUE INTERDIT (ne ressemble pas assez aux espèces nommées) Tana de-Bei Rabbi Yichmael klal + perat + klal ('lemineihou' regénéralise) 'seulement ce qui ressemble au perat' inclut tout ce qui ressemble par UN côté tête LONGUE PERMIS (il suffit des quatre simanim de la michna)
Les deux lectures du verset et leur effet sur la sauterelle à tête longue.
2
תנא דבי רב סבר: ״אשר לו כרעים״ – כלל, ״ארבה״ ״סלעם״ ״חרגל״ ״חגב״ ״למינהו״ – פרט, כלל ופרט אין בכלל אלא מה שבפרט, דמיניה – אין, דלאו (דמיניה) [מיניה] – לא, ומרבי דדמי ליה משני צדדין.

Le Tana de l'école de Rav tient : 'qui a des pattes' (Lévitique 11:21) [est] un général (klal) ; 'arbe', 'solam', 'hargol', 'hagav' 'selon leurs espèces' (Lévitique 11:22) [sont] un particulier (perat). [Dans] général et particulier — rien n'est compris dans le général sinon ce qui est dans le particulier : ce qui est de son espèce — oui [permis], ce qui n'est pas de son espèce — non [interdit] ; et [le verset] inclut ce qui lui ressemble par deux côtés.

📜 Rachi (2)
תנא דבי רב סבר למינהו דכל חד לא משתמע כללא למהוי כלל ופרט וכלל דלתרבי סלעם וחגב בכעין הפרט דניהוי קראי יתירי משום דקסבר דלא דיינינן בתרי כללי אא"כ דמי כללא בתרא לכללא קמא והכא לא דמי דכללא קמא לא קפיד אלא אכרעים ולמינהו אי כללא קרינן ליה קפיד דלהוי דמי לארבה דאית ליה ארבעה סימנין:
Le Tana de l'école de Rav tient — [que le] 'selon leur espèce' [adjoint] à chacun [des termes] ne s'entend pas comme un général [propre à] constituer un [schéma] général-particulier-général (klal ou-perat ou-khlal) qui inclurait le solam et le hagav [comme des cas] semblables au particulier, de sorte que les versets [seraient] surabondants — parce qu'il tient qu'on n'interprète pas par deux généraux à moins que le général final ne ressemble au général initial ; et ici [ils] ne se ressemblent pas, car le général initial ne porte que sur les pattes (kar'aim), tandis que 'selon leurs espèces', si nous l'appelions un général, porterait sur [l'exigence] qu'il ressemble à l'arbe, qui a quatre signes.
דלאו דמיניה לא הלכך חד מחבריה לא אתי:
Ce qui n'est pas de son espèce — non — c'est pourquoi l'un [ne] peut [pas] être dérivé de l'autre.
💡 Explication

Première lecture (Tana de l'école de Rav) : la règle klal ou-perat (général puis particulier). Le général 'qui a des pattes' est restreint par le particulier (les quatre espèces nommées) : seul ce qui est dans le particulier est permis. Ici, le 'selon leurs espèces' (lemineihou) n'est pas un second général mais reste rattaché au particulier ; il sert seulement à inclure ce qui ressemble aux espèces nommées par deux côtés (donc très semblable). La sauterelle à tête longue, qui ne ressemble pas assez, reste interdite.

3
תנא דבי רבי ישמעאל סבר: ״אשר לו כרעים״ – כלל, ״ארבה״ ״סלעם״ ״חרגל״ ״חגב״ – פרט, ״למינהו״ – חזר וכלל, כלל ופרט וכלל – אי אתה דן אלא כעין הפרט, ומרבי כל דדמי ליה בחד צד.

Le Tana de l'école de Rabbi Yichmael tient : 'qui a des pattes' [est] un général (klal) ; 'arbe', 'solam', 'hargol', 'hagav' [sont] un particulier (perat) ; 'selon leurs espèces' — [le verset] a généralisé de nouveau (klal). [Dans] général, particulier et général — tu ne juges que [par ce qui est] semblable au particulier, et [le verset] inclut tout ce qui lui ressemble par un [seul] côté.

📜 Rachi (1)
כל דדמו ליה הלכך סלעם אתי מארבה וחרגול כדאמרן ואייתרא ליה לראשו ארוך:
Tout ce qui leur ressemble — c'est pourquoi le solam dérive de l'arbe et du hargol, comme nous l'avons dit, et il lui reste alors [le mot servant à inclure la sauterelle] à tête longue.
💡 Explication

Seconde lecture (Tana de l'école de Rabbi Yichmael) : la règle klal ou-perat ou-khlal (général, particulier, général). Le 'selon leurs espèces' est un second général qui regénéralise. Dans ce schéma, on inclut tout ce qui ressemble au particulier par un seul côté — donc plus largement. La sauterelle à tête longue, qui possède les quatre simanim de la michna, est ainsi incluse et permise.

4
והא לא דמי כללא קמא לכללא בתרא? כללא קמא – ״אשר לו כרעים״ אמר רחמנא, דאית ליה אכול, דלית ליה לא תיכול. כללא בתרא – עד דשוו בארבעה סימנין.

Mais le général initial ne ressemble pas au général final ! Le général initial — 'qui a des pattes' a dit le Miséricordieux : ce qui en a, mangé ; ce qui n'en a pas, ne mange pas.

Le général final — [il faut attendre] qu'[ils] s'accordent sur les quatre signes [pour que le général soit vérifié].

💡 Explication

Objection contre la lecture de Rabbi Yichmael : un schéma klal-perat-klal n'est valable que si les deux généraux portent sur la même chose. Or ici le général initial ('qui a des pattes') ne demande qu'une seule chose (avoir des pattes sauteuses), tandis que le général final ('selon leurs espèces') exige les quatre signes communs aux espèces nommées. Les deux généraux ne se ressemblent donc pas, et la règle ne devrait pas s'appliquer.

5
תנא דבי רבי ישמעאל בכללי ופרטי כי האי גוונא דאין, ודאמרינן נמי בעלמא דדאין תנא דבי רבי ישמעאל בכללי ופרטי כי האי גוונא מהכא.

Le Tana de l'école de Rabbi Yichmael interprète [par] généraux et particuliers de ce genre [même lorsque les généraux ne se ressemblent pas, c'est-à-dire] qu'il [les] interprète [ainsi]. Et ce que nous disons aussi en général, que le Tana de l'école de Rabbi Yichmael interprète [par] généraux et particuliers de ce genre — [c'est] d'ici [qu'on l'apprend].

📜 Rachi (1)
תנא דבי ר' ישמעאל כי האי גוונא דאין ומהכא שמעינן ליה דהא קחזינן דדריש להו:
Le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, de ce genre, [il] interprète — et c'est d'ici que nous l'apprenons, car voici, nous voyons qu'il les interprète [ainsi].
💡 Explication

Réponse : le Tana de l'école de Rabbi Yichmael interprète bel et bien les schémas klal-perat-klal de ce type, même quand les deux généraux ne se ressemblent pas — c'est sa méthode propre. Et la règle générale que l'on énonce ailleurs (selon laquelle ce Tana interprète ainsi) se dérive précisément d'ici : on le voit à l'œuvre dans ce verset des sauterelles.

6
אמר מר: אי שמו ״חגב״, יכול אין בו כל הסימנין הללו? תלמוד לומר ״למינהו״ – עד שיהו בו כל הסימנין הללו. אין בו כל הסימנין הללו מהיכא תיתי? ״ארבה״ ו״חרגול״ כתיב!

Le Maître a dit : si son nom [est] 'hagav', pourrait-on [croire] que [c'est permis] même s'il n'a pas tous ces signes ? L'enseignement dit (talmoud lomar) : 'selon leurs espèces' — [non,] tant qu'il n'a pas tous ces signes [il n'est pas permis].

[La Guemara objecte :] s'il n'a pas tous ces signes, d'où [aurait-on tire qu'il serait permis] ? Or 'arbe' et 'hargol' sont [explicitement] écrits [, et l'on exige une ressemblance avec le particulier] !

📜 Rachi (1)
ארבה וחרגול כתיב וכעין הפרט בעינן:
'Arbe' et 'hargol' sont écrits — et nous exigeons [une ressemblance] de type 'semblable au particulier' (ke-ein ha-perat).
💡 Explication

La Guemara analyse maintenant la braita de Bei Rabbi Yichmael. Cette braita avait dit : on aurait pu croire que toute sauterelle nommée hagav est permise même sans les quatre signes ; le 'selon leurs espèces' enseigne qu'il faut tous les signes. La Guemara objecte : cette crainte est sans fondement — qui aurait jamais pensé permettre une sauterelle sans les signes, alors que les espèces arbe et hargol sont nommément écrites et qu'on exige une ressemblance au particulier ?

7
אי לא כתיב ״סלעם״ – כדקאמרת, השתא דכתיב ״סלעם״ – לרבויי ראשו ארוך, אימא לירבי נמי כל דהו – קא משמע לן.

Si 'solam' n'avait pas été écrit — [ce serait] comme tu dis [on n'aurait pas eu besoin du 'selon leurs espèces' pour exclure]. Maintenant que 'solam' est écrit pour inclure [la sauterelle] à tête longue, je dirais : incluons aussi tout ce qui [est appelé hagav, fût-ce] le moindre [degré de ressemblance] — [c'est pourquoi le 'selon leurs espèces'] nous enseigne [que non].

📜 Rachi (1)
כל דהו ואפי' לא דמו ליה אלא בחד סימן דהא שמעינן סלעם דלא בעינן דמי לפרט בכל צדדין מדאיתרבי ראשו ארוך:
Le moindre [degré] — même s'ils ne lui ressemblent que par un seul signe ; car nous avons appris du 'solam' que nous n'exigeons pas une ressemblance au particulier par tous les côtés, puisque la [sauterelle] à tête longue a été incluse.
💡 Explication

Réponse à l'objection précédente. Si seul 'solam' n'avait pas figuré, on n'aurait pas eu besoin du 'selon leurs espèces'. Mais puisque 'solam' est écrit pour inclure la sauterelle à tête longue (qui ne ressemble que par un seul côté), on aurait pu en déduire qu'il suffit d'un minimum de ressemblance pour permettre toute sauterelle nommée hagav. Le 'selon leurs espèces' vient donc fermer cette porte : il faut néanmoins tous les signes.

8
מאי שנא התם דאמרת: ״סלעם״ – זה ״רשון״, ״חרגל״ – זה ״ניפול״, ומאי שנא הכא דאמרת: ״סלעם״ – זה ״ניפול״, ״חרגל״ – זה ״רשון״? מר כי אתריה ומר כי אתריה.

Quelle différence [y a-t-il], là, [où] tu dis : 'solam' — c'est le 'rachon', 'hargol' — c'est le 'nipoul', et quelle différence [y a-t-il], ici, [où] tu dis : 'solam' — c'est le 'nipoul', 'hargol' — c'est le 'rachon' ? [Réponse :] ce Maître [parle] selon son lieu et ce Maître [parle] selon son lieu.

📜 Rachi (1)
ומר כי אתריה רשון דתנא דבי רב הוא ניפול דתנא דבי רבי ישמעאל ורשון דתנא דבי ר' ישמעאל הוא ניפול דתנא דבי רב ובין למר ובין למר סלעם אין לו זנב וחרגול יש לו זנב. וחגבים הללו אין טעונין שחיטה שהרי אחר דגים הזכירן הכתוב זאת תורת הבהמה כמשמעו והעוף כמשמעו עוף ולא שרץ העוף דהיינו מינים קטנים וכל נפש החיה הרומשת במים אלו דגים ולכל נפש השורצת על הארץ אלו חגבים. בהלכות גדולות:
Et ce Maître [parle] selon son lieu — le 'rachon' du Tana de l'école de Rav est le 'nipoul' du Tana de l'école de Rabbi Yichmael, et le 'rachon' du Tana de l'école de Rabbi Yichmael est le 'nipoul' du Tana de l'école de Rav ; et pour l'un comme pour l'autre, le solam n'a pas de queue et le hargol a une queue. Et ces sauterelles ne requièrent pas l'abattage, car le verset les a mentionnées après les poissons : 'voici la loi de la bête' selon son sens [habituel], 'et de l'oiseau' selon son sens [habituel] — [c'est-à-dire] l'oiseau, et non le reptile volant, c'est-à-dire les petites espèces ; 'et de tout être vivant qui se meut dans les eaux' — ce sont les poissons ; 'et de tout être qui grouille sur la terre' — ce sont les sauterelles. [Ainsi dans] les Halakhot Guedolot.
💡 Explication

Une difficulté d'identification : les deux braitot identifient différemment les espèces. L'une dit que 'solam' = le rachon et 'hargol' = le nipoul ; l'autre l'inverse. Réponse : chaque Maître suit l'usage de son lieu (kechi atreih) — ce sont les mêmes espèces, mais désignées par des noms locaux différents. Rachi précise qu'en tout état de cause, solam n'a pas de queue et hargol en a une.

9
ובדגים כל שיש לו סנפיר וקשקשת. תנו רבנן: אין לו עכשיו ועתיד לגדל לאחר זמן, כגון הסולתנית והעפיאן – הרי זה מותר. יש לו עכשיו ועתיד להשירן בשעה שעולה מן המים, כגון

[La michna :] et pour les poissons, tout ce qui a une nageoire (snapir) et une écaille (kaskeset) [est permis]. Nos Maîtres ont enseigné : [le poisson qui] n'en a pas maintenant mais est destiné à en faire pousser après un [certain] temps, tel le soultanit et l'afyan — celui-ci [est] permis ; [et celui qui] en a maintenant mais est destiné à les perdre au moment où il monte hors des eaux, tel [le...]

📜 Rachi (3)
הפורח בהן שט בהן על פני המים:
Qui nage avec elles (hapore'ah bahen) — il flotte avec elles à la surface des eaux.
הקבועין בו יותר מן הסנפירין שאין זזין מאליהן אלא בידים אבל כל הסנפירין הוא יכול לכשכשן:
Qui sont fixées à lui (haqevou'in bo) — plus que les nageoires, [c'est-à-dire les écailles] qui ne bougent pas d'elles-mêmes mais [seulement] à la main ; tandis que toutes les nageoires, [le poisson] peut les agiter.
הסולתנית מין דגים קטנים בלע"ז טונינ"א:
Le soultanit — une espèce de petits poissons, en langue vernaculaire 'tonina'.
💡 Explication

La michna passe des sauterelles aux poissons : est cachere tout poisson qui a nageoire (snapir) et écaille (kaskeset). Une braita précise des cas-limites : le poisson qui n'a pas encore d'écaille mais en développera (soultanit, afyan) est permis ; de même celui qui en a une mais la perd hors de l'eau. Le segment s'arrête en cours de phrase (la suite — la liste des exemples — figure au daf 66b).

🖼️ Schéma
Les signes de pureté : sauterelles et poissons Sauterelle (hagav) cachere 1. quatre pattes 2. quatre ailes 3. pattes sauteuses (kar'aim) 4. ailes couvrant la majeure partie + son nom doit être 'hagav' solam : sans queue | hargol : avec queue les sauterelles cacheres ne requièrent pas l'abattage Poisson cachere nageoire (snapir) + écaille (kaskeset) pas d'écaille maintenant, en aura plus tard : soultanit, afyan -> PERMIS a une écaille, la perd hors de l'eau : (suite au daf 66b) -> permis kaskeset = écaille fixée au corps ; snapir = nageoire qui meut le poisson
Les signes de pureté des sauterelles (rappel) et des poissons : nageoire et écaille.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).