Sougya : La sougya cherche le point de divergence entre le Tana de l'école de Rav et le Tana de l'école de Rabbi Yichmael au sujet des sauterelles cacheres : ils s'opposent sur la sauterelle à tête longue. Tout dépend de la règle exégétique appliquée au verset (Lévitique 11:21-22).
Pour Bei Rav, c'est un klal ('qui a des pattes') suivi d'un perat (arbe, solam, hargol, hagav) — donc 'rien que ce qui est dans le perat', et la tête longue est interdite. Pour Bei Rabbi Yichmael, le 'selon leurs espèces' regénéralise (klal-perat-klal) — donc tout ce qui ressemble par un seul côté est inclus, et la tête longue est permise pourvu qu'elle ait les quatre simanim de la michna.
La Guemara objecte que les deux klalim ne se ressemblent pas, mais maintient que Bei Rabbi Yichmael interprète ainsi (et c'est d'ici qu'on l'apprend). Suit l'analyse du 'solam' qui sert à inclure la tête longue, puis une remarque sur l'identification locale des espèces (rachon, nipoul).
Enfin la michna passe aux poissons : nageoire et écaille ; une braita traite du poisson qui n'a pas encore d'écaille mais en aura, et de celui qui en a une mais la perd hors de l'eau.
Sur quoi divergent le Tana de l'école de Rav et le Tana de l'école de Rabbi Yichmael ? Ils divergent au sujet de [la sauterelle] dont la tête [est] longue [pour le Tana de l'école de Rav, interdite ; pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, permise].
Les deux braitot (citées plus haut) énumèrent les mêmes quatre espèces de sauterelles cacheres (arbe, solam, hargol, hagav), mais aboutissent à des règles différentes. La Guemara cherche le point précis de divergence : il porte sur la sauterelle à tête longue (rocho aroch). Pour le Tana de l'école de Rav elle est interdite ; pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael elle est permise. La suite explique pourquoi, par la règle exégétique (midda) appliquée au verset.
Le Tana de l'école de Rav tient : 'qui a des pattes' (Lévitique 11:21) [est] un général (klal) ; 'arbe', 'solam', 'hargol', 'hagav' 'selon leurs espèces' (Lévitique 11:22) [sont] un particulier (perat). [Dans] général et particulier — rien n'est compris dans le général sinon ce qui est dans le particulier : ce qui est de son espèce — oui [permis], ce qui n'est pas de son espèce — non [interdit] ; et [le verset] inclut ce qui lui ressemble par deux côtés.
Première lecture (Tana de l'école de Rav) : la règle klal ou-perat (général puis particulier). Le général 'qui a des pattes' est restreint par le particulier (les quatre espèces nommées) : seul ce qui est dans le particulier est permis. Ici, le 'selon leurs espèces' (lemineihou) n'est pas un second général mais reste rattaché au particulier ; il sert seulement à inclure ce qui ressemble aux espèces nommées par deux côtés (donc très semblable). La sauterelle à tête longue, qui ne ressemble pas assez, reste interdite.
Le Tana de l'école de Rabbi Yichmael tient : 'qui a des pattes' [est] un général (klal) ; 'arbe', 'solam', 'hargol', 'hagav' [sont] un particulier (perat) ; 'selon leurs espèces' — [le verset] a généralisé de nouveau (klal). [Dans] général, particulier et général — tu ne juges que [par ce qui est] semblable au particulier, et [le verset] inclut tout ce qui lui ressemble par un [seul] côté.
Seconde lecture (Tana de l'école de Rabbi Yichmael) : la règle klal ou-perat ou-khlal (général, particulier, général). Le 'selon leurs espèces' est un second général qui regénéralise. Dans ce schéma, on inclut tout ce qui ressemble au particulier par un seul côté — donc plus largement. La sauterelle à tête longue, qui possède les quatre simanim de la michna, est ainsi incluse et permise.
Mais le général initial ne ressemble pas au général final ! Le général initial — 'qui a des pattes' a dit le Miséricordieux : ce qui en a, mangé ; ce qui n'en a pas, ne mange pas.
Le général final — [il faut attendre] qu'[ils] s'accordent sur les quatre signes [pour que le général soit vérifié].
Objection contre la lecture de Rabbi Yichmael : un schéma klal-perat-klal n'est valable que si les deux généraux portent sur la même chose. Or ici le général initial ('qui a des pattes') ne demande qu'une seule chose (avoir des pattes sauteuses), tandis que le général final ('selon leurs espèces') exige les quatre signes communs aux espèces nommées. Les deux généraux ne se ressemblent donc pas, et la règle ne devrait pas s'appliquer.
Le Tana de l'école de Rabbi Yichmael interprète [par] généraux et particuliers de ce genre [même lorsque les généraux ne se ressemblent pas, c'est-à-dire] qu'il [les] interprète [ainsi]. Et ce que nous disons aussi en général, que le Tana de l'école de Rabbi Yichmael interprète [par] généraux et particuliers de ce genre — [c'est] d'ici [qu'on l'apprend].
Réponse : le Tana de l'école de Rabbi Yichmael interprète bel et bien les schémas klal-perat-klal de ce type, même quand les deux généraux ne se ressemblent pas — c'est sa méthode propre. Et la règle générale que l'on énonce ailleurs (selon laquelle ce Tana interprète ainsi) se dérive précisément d'ici : on le voit à l'œuvre dans ce verset des sauterelles.
Le Maître a dit : si son nom [est] 'hagav', pourrait-on [croire] que [c'est permis] même s'il n'a pas tous ces signes ? L'enseignement dit (talmoud lomar) : 'selon leurs espèces' — [non,] tant qu'il n'a pas tous ces signes [il n'est pas permis].
[La Guemara objecte :] s'il n'a pas tous ces signes, d'où [aurait-on tire qu'il serait permis] ? Or 'arbe' et 'hargol' sont [explicitement] écrits [, et l'on exige une ressemblance avec le particulier] !
La Guemara analyse maintenant la braita de Bei Rabbi Yichmael. Cette braita avait dit : on aurait pu croire que toute sauterelle nommée hagav est permise même sans les quatre signes ; le 'selon leurs espèces' enseigne qu'il faut tous les signes. La Guemara objecte : cette crainte est sans fondement — qui aurait jamais pensé permettre une sauterelle sans les signes, alors que les espèces arbe et hargol sont nommément écrites et qu'on exige une ressemblance au particulier ?
Si 'solam' n'avait pas été écrit — [ce serait] comme tu dis [on n'aurait pas eu besoin du 'selon leurs espèces' pour exclure]. Maintenant que 'solam' est écrit pour inclure [la sauterelle] à tête longue, je dirais : incluons aussi tout ce qui [est appelé hagav, fût-ce] le moindre [degré de ressemblance] — [c'est pourquoi le 'selon leurs espèces'] nous enseigne [que non].
Réponse à l'objection précédente. Si seul 'solam' n'avait pas figuré, on n'aurait pas eu besoin du 'selon leurs espèces'. Mais puisque 'solam' est écrit pour inclure la sauterelle à tête longue (qui ne ressemble que par un seul côté), on aurait pu en déduire qu'il suffit d'un minimum de ressemblance pour permettre toute sauterelle nommée hagav. Le 'selon leurs espèces' vient donc fermer cette porte : il faut néanmoins tous les signes.
Quelle différence [y a-t-il], là, [où] tu dis : 'solam' — c'est le 'rachon', 'hargol' — c'est le 'nipoul', et quelle différence [y a-t-il], ici, [où] tu dis : 'solam' — c'est le 'nipoul', 'hargol' — c'est le 'rachon' ? [Réponse :] ce Maître [parle] selon son lieu et ce Maître [parle] selon son lieu.
Une difficulté d'identification : les deux braitot identifient différemment les espèces. L'une dit que 'solam' = le rachon et 'hargol' = le nipoul ; l'autre l'inverse. Réponse : chaque Maître suit l'usage de son lieu (kechi atreih) — ce sont les mêmes espèces, mais désignées par des noms locaux différents. Rachi précise qu'en tout état de cause, solam n'a pas de queue et hargol en a une.
[La michna :] et pour les poissons, tout ce qui a une nageoire (snapir) et une écaille (kaskeset) [est permis]. Nos Maîtres ont enseigné : [le poisson qui] n'en a pas maintenant mais est destiné à en faire pousser après un [certain] temps, tel le soultanit et l'afyan — celui-ci [est] permis ; [et celui qui] en a maintenant mais est destiné à les perdre au moment où il monte hors des eaux, tel [le...]
La michna passe des sauterelles aux poissons : est cachere tout poisson qui a nageoire (snapir) et écaille (kaskeset). Une braita précise des cas-limites : le poisson qui n'a pas encore d'écaille mais en développera (soultanit, afyan) est permis ; de même celui qui en a une mais la perd hors de l'eau. Le segment s'arrête en cours de phrase (la suite — la liste des exemples — figure au daf 66b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).