Sougya : Après avoir permis une série de poissons aux noms perses, la Guemara expose les deux signes du poisson cachere : la nageoire (senappir) et l'écaille (kaskeset). La michna de Nidda enseigne que tout poisson à écaille a une nageoire, mais non l'inverse, de sorte que l'on se fie à l'écaille.
La Guemara demande pourquoi la Torah écrit les deux signes alors qu'un seul suffirait : sans 'nageoire', on aurait pu comprendre 'écaille' comme l'organe de nage et rendre cachere même le poisson impur ; le verset écrit donc les deux, et 'cotte d'écailles' (I Sam 17:5) établit que kaskeset désigne la cuirasse fixée. Rabbi Abahou et l'école de Rabbi Ichmael : 'Il rend la Torah grande et magnifique' — elle fut élargie au-delà du strict nécessaire.
Une braita dégage du verset positif et du verset négatif un double commandement (positif et interdit). La dernière partie du daf démontre, par la clause 'mangez de tout ce qui est dans les eaux', que les vermisseaux des récipients (kelim), puis ceux des puits, fosses et grottes (borot, shihin, mearot), sont permis même sans signes, par une lecture de type klal-perat-klal, jusqu'à la règle de Ravina sur deux généralités accolées l'une à l'autre.
L'akounas, l'afounas, le kessaftias, l'akhsaftias et l'atounas — voilà qui est permis.
Fin de la liste de poissons désignés par des noms étrangers. Tous ces noms — l'akounas, l'afounas, le kessaftias, l'akhsaftias et l'atounas — sont permis à la consommation : ce sont des espèces cacheres connues sous leur appellation perse.
Nous avons appris là-bas (Nidda 51b) : tout [poisson] qui a une écaille (kaskeset) a une nageoire (senappir), mais il en est qui ont une nageoire et n'ont pas d'écaille. [Le poisson] qui a une écaille et qui a une nageoire — [c'est] un poisson pur (cachere) ; [celui] qui a une nageoire et n'a pas d'écaille — [c'est] un poisson impur.
La michna de Nidda pose une règle de la nature : tout poisson qui a une écaille a aussi une nageoire, mais la réciproque est fausse (certains ont une nageoire sans écaille). Conséquence : l'écaille (kaskeset) est le signe décisif — un poisson à écaille est cachere ; un poisson à nageoire mais sans écaille est impur.
Or, puisque c'est sur l'écaille que nous nous fondons, que le Miséricordieux écrive 'écaille' et qu'Il n'écrive pas 'nageoire' ! [Réponse :] si le Miséricordieux avait écrit 'écaille' et n'avait pas écrit 'nageoire', j'aurais dit : qu'est-ce que 'écaille' ?
[C'est] la nageoire — et [ainsi] même un poisson impur [serait rendu cachere]. [C'est pourquoi] le Miséricordieux a écrit 'nageoire et écaille'.
Question : si l'on se fie à la seule écaille (puisqu'elle entraîne la nageoire), pourquoi la Torah écrit-elle aussi 'nageoire' ? Réponse : avec 'écaille' seule, on aurait pu comprendre que kaskeset désigne l'organe de nage (la nageoire), et l'on aurait alors rendu cachere même le poisson impur (qui possède des nageoires). En écrivant les deux mots, le verset force à comprendre que l'un d'eux désigne la cuirasse fixée au corps.
Et maintenant que le Miséricordieux a écrit 'nageoire et écaille', d'où [savons-nous] que 'écaille' est un vêtement (lebouch), comme il est écrit 'et une cuirasse d'écailles (kaskassim) était sa vêture' (I Samuel 17:5) ? [Dès lors,] que le Miséricordieux écrive 'écaille' et qu'Il n'écrive pas 'nageoire' !
On admet maintenant que kaskeset signifie bien une cuirasse, un revêtement (lebouch) : le verset sur Goliath dit 'une cuirasse d'écailles était sa vêture' (I Sam 17:5). Mais alors la question revient : puisque 'écaille' désigne sans ambiguïté la cuirasse, pourquoi ne pas écrire 'écaille' seule et omettre 'nageoire' ?
Rabbi Abahou a dit, et de même a enseigné l'école de Rabbi Ichmael : 'Il rend la Torah grande et magnifique' (Isaie 42:21).
Réponse : le verset écrit les deux mots non par nécessité logique, mais parce que 'Il rend la Torah grande et magnifique' (Isaie 42:21). Dieu a voulu multiplier les enseignements de la Torah, l'élargir au-delà du strict nécessaire ; les deux termes offrent ainsi plusieurs voies pour comprendre ce qu'est l'écaille.
Nos Maîtres ont enseigné : du sens de ce qui est dit 'mange ce qui en a (des signes)', j'entends 'ne mange pas ce qui n'en a pas' ; et du sens de ce qui est dit 'ne mange pas ce qui n'en a pas', j'entends 'mange ce qui en a'. Et pourquoi [la Torah] les a-t-elle [tous deux] enseignés ?
Pour [que l'on] transgresse à son sujet [le poisson impur] un commandement positif (asse) et un interdit (lo taasse).
Une braita observe que l'interdit du poisson impur est formulé deux fois, positivement et négativement. De 'mange ce qui a les signes' on déduit déjà, par implication, 'ne mange pas ce qui n'en a pas' ; et de 'ne mange pas ce qui n'en a pas' on déduit 'mange ce qui en a'. Pourquoi alors écrire les deux ? Pour que celui qui mange un poisson impur transgresse à la fois un commandement positif (asse) et un interdit (lo taasse).
'Vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux' (Lévitique 11:9) — qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Car l'on aurait pu [croire] : puisqu'[Il] a permis de manière explicite et a permis de manière implicite — de même que lorsqu'Il a permis de manière explicite Il n'a permis que dans des récipients (kelim), de même lorsqu'Il a permis de manière implicite Il n'a permis que dans des récipients.
D'où [savons-nous] d'inclure les puits, les fosses et les grottes (borot, shihin, mearot), [de sorte] que l'on se penche et boit d'eux sans s'[en] abstenir ? Le verset dit : 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'.
La braita examine la clause 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'. Sans elle, on aurait raisonné ainsi : la Torah a permis les vermisseaux d'eau sans signes en deux versets, l'un explicite, l'autre implicite ; de même que le verset explicite ne les permet que dans des récipients (kelim), de même le verset implicite ne les permettrait que dans des récipients. D'où apprend-on alors à inclure aussi les puits, fosses et grottes (borot, shihin, mearot), au point qu'on puisse s'y pencher et boire sans craindre les vermisseaux ? De la clause 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'.
Où [donc la Torah] a-t-elle permis dans des récipients ? De ce qu'il est écrit 'ceci vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux, etc.' (Lévitique 11:9) — c'est dans les mers et les rivières que, lorsqu'il a [des signes], mange, [et] lorsqu'il n'en a pas, ne mange pas ; mais dans des récipients, bien qu'il n'en ait pas, mangé.
Question incidente : où précisément la Torah a-t-elle permis [le vermisseau] dans des récipients ? Réponse, par la mention 'dans les mers et dans les rivières' : c'est là que la présence de signes commande de manger ou de s'abstenir ; mais dans un récipient, on mange même sans signes.
Dis [plutôt] : dans des récipients, bien qu'il en ait, ne mange pas ! [Réponse :] cela ne te viendra pas à l'esprit, car il est écrit 'et tout ce qui n'a pas nageoire et écaille dans les mers et dans les rivières, de tout ce qui foisonne dans les eaux' (Lévitique 11:10) — c'est dans les mers et les rivières que [ce] qui n'en a pas, tu ne mangeras pas ; mais dans des récipients, bien qu'il n'en ait pas, mangé.
Objection : peut-être faut-il lire l'inverse — dans un récipient, même avec signes, on ne mangerait pas ? Réponse : impossible, car le verset négatif précise 'et tout ce qui n'a pas nageoire et écaille dans les mers et dans les rivières' (Lev 11:10) : c'est là que ce qui n'a pas de signes est interdit ; mais dans un récipient, on mange même sans signes. Le lieu (mer/rivière) gouverne donc l'interdit, non le récipient.
Et dis [plutôt] : 'dans les eaux' — [c'est] une généralité (klal) ; 'dans les mers et dans les rivières' — [c'est] un détail (perat) ; généralité et détail — il n'y a dans la généralité que ce qui est dans le détail ; les mers et les rivières, oui ; les tranchées et les fosses (neitzin ve-haritzin), non.
Nouvelle objection, fondée sur une règle d'exégèse : 'dans les eaux' est une généralité (klal), 'dans les mers et dans les rivières' un détail (perat). Or, dans un couple klal-perat, 'la généralité ne contient que ce qui figure dans le détail'. Donc seuls mers et rivières seraient visés (les signes y sont requis), mais non les tranchées et fosses (neitzin ve-haritzin) — et à plus forte raison les puits ; auquel cas la clause 'mangez de tout ce qui est dans les eaux' serait superflue.
'Dans les eaux' — [le verset] revient et généralise [une seconde fois].
Réponse : le mot 'dans les eaux' figure deux fois dans le verset. Avec cette répétition, le verset généralise de nouveau : on a donc deux généralités encadrant un détail (klal-perat-klal), structure qui inclut tout ce qui ressemble au détail — y compris les puits, fosses et grottes. La clause 'mangez de tout ce qui est dans les eaux' est ainsi nécessaire pour les permettre.
[Mais] ces deux généralités sont accolées l'une à l'autre ! Rabbi Ravina a dit : comme on dit en Occident (Terre d'Israël) : tout endroit où tu trouves deux généralités accolées l'une à l'autre —
Difficulté : les deux généralités ('dans les eaux'... 'dans les eaux') se trouvent accolées l'une à l'autre, avant le détail — on aurait donc klal-klal-perat, et non klal-perat-klal. Ravina répond par une règle transmise en Terre d'Israël (Maarava) : 'partout où tu trouves deux généralités accolées l'une à l'autre...' — la suite (au daf suivant) explique qu'on impose entre elles le détail et qu'on les traite comme klal-perat-klal.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).