Chullin 66b — les signes du poisson cachere (nageoire et écaille) et l'extension aux récipients, puits et fosses

Chullin 66b

Sougya : Après avoir permis une série de poissons aux noms perses, la Guemara expose les deux signes du poisson cachere : la nageoire (senappir) et l'écaille (kaskeset). La michna de Nidda enseigne que tout poisson à écaille a une nageoire, mais non l'inverse, de sorte que l'on se fie à l'écaille.

La Guemara demande pourquoi la Torah écrit les deux signes alors qu'un seul suffirait : sans 'nageoire', on aurait pu comprendre 'écaille' comme l'organe de nage et rendre cachere même le poisson impur ; le verset écrit donc les deux, et 'cotte d'écailles' (I Sam 17:5) établit que kaskeset désigne la cuirasse fixée. Rabbi Abahou et l'école de Rabbi Ichmael : 'Il rend la Torah grande et magnifique' — elle fut élargie au-delà du strict nécessaire.

Une braita dégage du verset positif et du verset négatif un double commandement (positif et interdit). La dernière partie du daf démontre, par la clause 'mangez de tout ce qui est dans les eaux', que les vermisseaux des récipients (kelim), puis ceux des puits, fosses et grottes (borot, shihin, mearot), sont permis même sans signes, par une lecture de type klal-perat-klal, jusqu'à la règle de Ravina sur deux généralités accolées l'une à l'autre.

Les deux signes du poisson cachere : senappir (nageoire) et kaskeset (écaille) Senappir (nageoire) le poisson impur en a aussi -> ne suffit pas à rendre cachere organe pour avancer dans l'eau Kaskeset (écaille) qui a une écaille a une nageoire -> signe décisif du cachere cuirasse fixée au corps (lebouch) Pourquoi écrire les DEUX si l'on se fie à l'écaille ? Avec 'écaille' seule : on aurait pu croire 'écaille' = nageoire (kaskeset = ce qui sert à nager) -> on aurait rendu cachere même le poisson impur (qui a des nageoires) D'où le verset écrit nageoire ET écaille : kaskeset = la cuirasse fixée ('cotte d'écailles', I Sam 17) Rabbi Abahou : 'Il rend la Torah grande et magnifique' — Il l'a élargie au-delà du strict nécessaire
Les deux signes (segments 1-4) : la nageoire ne suffit pas, l'écaille est décisive, et pourquoi le verset écrit les deux.
Où les signes sont-ils requis ? Mers et rivières contre récipients et réservoirs Mers et rivières yamim ou-nehalim signes EXIGÉS : avec signes -> on mange sans signes -> interdit Récipients kelim vermisseaux de l'eau dans un récipient : permis même sans signes Puits, fosses, grottes borot, shihin, mearot on se penche et on boit sans s'abstenir : permis même sans signes Comment la Torah étend la permission 'mangez de tout ce qui est dans les eaux' (tochlou mi-kol acher ba-mayim) = clause supplémentaire klal (eaux) + perat (mers et rivières) + klal (eaux) -> on inclut tout ce qui ressemble au détail Ravina : 'deux généralités accolées l'une à l'autre' — règle d'exégèse transmise en Terre d'Israël (Maarava)
Où les signes sont-ils requis (segments 6-11) : exigés en mer et rivière, mais non dans les récipients, puits et fosses.
1
אקונס ואפונס כספתיאס ואכספטיאס ואטונס – הרי זה מותר.

L'akounas, l'afounas, le kessaftias, l'akhsaftias et l'atounas — voilà qui est permis.

📜 Rachi (1)
אקונס ואפונס כספתיאס ואכספטיאס כולן לשון פרסי הן:
L'akounas, l'afounas, le kessaftias et l'akhsaftias — ce sont tous des termes perses.
💡 Explication

Fin de la liste de poissons désignés par des noms étrangers. Tous ces noms — l'akounas, l'afounas, le kessaftias, l'akhsaftias et l'atounas — sont permis à la consommation : ce sont des espèces cacheres connues sous leur appellation perse.

2
תנן התם: כל שיש לו קשקשת יש לו סנפיר, ויש שיש לו סנפיר ואין לו קשקשת. יש לו קשקשת ויש לו סנפיר – דג טהור, יש לו סנפיר ואין לו קשקשת – דג טמא.

Nous avons appris là-bas (Nidda 51b) : tout [poisson] qui a une écaille (kaskeset) a une nageoire (senappir), mais il en est qui ont une nageoire et n'ont pas d'écaille. [Le poisson] qui a une écaille et qui a une nageoire — [c'est] un poisson pur (cachere) ; [celui] qui a une nageoire et n'a pas d'écaille — [c'est] un poisson impur.

📜 Rachi (1)
תנן התם במס' נדה:
Nous avons appris là-bas — dans le traité Nidda.
🗂️ Tossefot (1)
כל שיש לו קשקשת יש לו סנפיר וא"ת מנין היה להם זה לחכמים וכן לעיל (חולין דף סג:) דתניא שאין במיני דגים טמאים אלא ז' מאות מנין היה להם שהתירו בכך את השאר וליכא למימר מאדם שקרא להם שמות קים להו הכי שמסר לדורות כך שהם טמאין שכן הוא הכיר את כולם דהא לא משמע במקרא שקרא שמות אלא לבהמות ולעופות שאע"פ שידע שמו של הקב"ה כדדרשינן (במ"ר בראשית פי"ז) אני ה' (הוא) שקרא לי אדם הראשון בדגים מיהא לא אשכחן ויש לומר מכל אשר יקרא לו האדם יש לרבות אפי' דגים ואיכא למימר דמאדם קים להו ואם תמצא לומר שלא קרא להם שמות יש לומר דהכי קים להו הלמ"מ:
Tout [poisson] qui a une écaille a une nageoire — et si tu objectes : d'où les Sages tenaient-ils cela ? et de même plus haut (Houlin 63b), où il est enseigné qu'il n'y a parmi les espèces de poissons impurs que sept cents [espèces] — d'où tenaient-ils cela, pour avoir permis par là tout le reste ? Et l'on ne peut dire [que c'est] d'Adam, qui leur donna des noms, qu'ils tenaient ainsi, qu'il transmit aux générations que ceux-là sont impurs, parce qu'il les connaissait tous — car il ne ressort pas du verset qu'il ait donné des noms sinon aux bêtes domestiques et aux oiseaux ; et bien qu'il ait su le Nom du Saint, béni soit-Il, comme nous l'exposons (Berechit Rabba 17) 'Je suis l'Éternel, [c'est ainsi] que m'a nommé le premier homme', pour les poissons en tout cas nous ne [le] trouvons pas. Et l'on peut dire : de 'tout ce que l'homme nommerait' (Genèse 2:19) il y a [matière] à inclure même les poissons, et l'on peut dire [alors] que d'Adam ils [le] tenaient. Et si tu veux dire qu'il ne leur a pas donné de noms, l'on peut dire qu'ainsi ils [le] tenaient, [comme] une halakha [transmise] à Moché au Sinaï.
💡 Explication

La michna de Nidda pose une règle de la nature : tout poisson qui a une écaille a aussi une nageoire, mais la réciproque est fausse (certains ont une nageoire sans écaille). Conséquence : l'écaille (kaskeset) est le signe décisif — un poisson à écaille est cachere ; un poisson à nageoire mais sans écaille est impur.

3
מכדי אקשקשת קא סמכינן, ליכתוב רחמנא קשקשת ולא ליכתוב סנפיר! אי כתב רחמנא קשקשת ולא כתב סנפיר, הוה אמינא: מאי קשקשת? סנפיר, ואפילו דג טמא. כתב רחמנא סנפיר וקשקשת.

Or, puisque c'est sur l'écaille que nous nous fondons, que le Miséricordieux écrive 'écaille' et qu'Il n'écrive pas 'nageoire' ! [Réponse :] si le Miséricordieux avait écrit 'écaille' et n'avait pas écrit 'nageoire', j'aurais dit : qu'est-ce que 'écaille' ?

[C'est] la nageoire — et [ainsi] même un poisson impur [serait rendu cachere]. [C'est pourquoi] le Miséricordieux a écrit 'nageoire et écaille'.

📜 Rachi (2)
אקשקשת סמכינן דהא אינה בלא סנפיר כדתני תנא ואסנפיר לא סמכינן דהא דג טמא נמי יש לו סנפיר:
C'est sur l'écaille que nous nous fondons — car elle n'existe pas sans nageoire, comme l'enseigne le tana ; et sur la nageoire nous ne nous fondons pas, car le poisson impur aussi a une nageoire.
הוה אמינא קשקשת הוא הפורח בהן ואתי לאכשורי דג טמא כתב [רחמנא] תרוייהו למימרא דעל כרחך חד מינייהו הוי הנך דקבועין בו:
J'aurais dit — 'écaille', c'est ce avec quoi il nage ; et l'on viendrait à rendre cachere le poisson impur. [C'est pourquoi] le Miséricordieux a écrit les deux, pour dire que l'un d'eux est nécessairement ce qui est fixé en lui.
🗂️ Tossefot (1)
הוה אמינא מאי קשקשת סנפיר בפ"ק (לעיל חולין דף כב: סד"ה איצטריך) פירשתי דלא שייך כאן לאקשויי וכי איצטריך קרא לכתוב כדי שלא נטעה כדפריך התם גבי איצטריך קרא למעוטי ספיקא:
J'aurais dit : qu'est-ce que 'écaille' ? La nageoire — au premier chapitre (plus haut, Houlin 22b, Tossefot débutant par 'itztrikh') j'ai expliqué qu'il n'y a pas lieu de soulever ici une difficulté [du type] 'le verset avait-il besoin d'écrire [cela] pour que nous ne nous trompions pas', comme on objecte là-bas à propos de 'le verset a-t-il besoin d'exclure un cas douteux'.
💡 Explication

Question : si l'on se fie à la seule écaille (puisqu'elle entraîne la nageoire), pourquoi la Torah écrit-elle aussi 'nageoire' ? Réponse : avec 'écaille' seule, on aurait pu comprendre que kaskeset désigne l'organe de nage (la nageoire), et l'on aurait alors rendu cachere même le poisson impur (qui possède des nageoires). En écrivant les deux mots, le verset force à comprendre que l'un d'eux désigne la cuirasse fixée au corps.

4
והשתא דכתב רחמנא סנפיר וקשקשת, ממאי דקשקשת לבושא הוא, דכתיב ״ושריון קשקשים הוא לבוש״, וליכתוב רחמנא קשקשת ולא ליכתוב סנפיר?

Et maintenant que le Miséricordieux a écrit 'nageoire et écaille', d'où [savons-nous] que 'écaille' est un vêtement (lebouch), comme il est écrit 'et une cuirasse d'écailles (kaskassim) était sa vêture' (I Samuel 17:5) ? [Dès lors,] que le Miséricordieux écrive 'écaille' et qu'Il n'écrive pas 'nageoire' !

📜 Rachi (1)
ופרכינן והשתא דכתיבי תרוייהו מנלן דקשקשת לבושא הוא דמפרש תנא דמתניתין קשקשין אלו הקבועין בו על כרחך מהאי קרא מישתמע ושריון קשקשים וגו' וכיון דפשיטא לן דקשקשת הוא לבושא ליכתוב קשקשת לחודא דהא עלה סמכינן והשתא ליכא למימר הוה אמינא מאי קשקשת סנפיר:
Et nous objectons : maintenant — que les deux sont écrits, d'où [savons-nous] que 'écaille' est un vêtement, comme l'explique le tana de la michna 'les écailles, ce sont celles qui sont fixées en lui' ? [C'est] forcément de ce verset que cela se comprend : 'et une cuirasse d'écailles, etc.' ; et dès lors qu'il nous est évident que 'écaille' est un vêtement, qu'Il écrive 'écaille' seule, car c'est sur elle que nous nous fondons, et il n'y aurait plus lieu de dire 'j'aurais dit : qu'est-ce que écaille ? la nageoire'.
💡 Explication

On admet maintenant que kaskeset signifie bien une cuirasse, un revêtement (lebouch) : le verset sur Goliath dit 'une cuirasse d'écailles était sa vêture' (I Sam 17:5). Mais alors la question revient : puisque 'écaille' désigne sans ambiguïté la cuirasse, pourquoi ne pas écrire 'écaille' seule et omettre 'nageoire' ?

5
אמר רבי אבהו, וכן תנא דבי רבי ישמעאל: ״יגדיל תורה ויאדיר״.

Rabbi Abahou a dit, et de même a enseigné l'école de Rabbi Ichmael : 'Il rend la Torah grande et magnifique' (Isaie 42:21).

🗂️ Tossefot (1)
יגדיל תורה ויאדיר הרבה אמר לנו טעמים לידע מהו קשקשת:
'Il rend la Torah grande et magnifique' — Il nous a dit de nombreuses raisons pour savoir ce qu'est l'écaille.
💡 Explication

Réponse : le verset écrit les deux mots non par nécessité logique, mais parce que 'Il rend la Torah grande et magnifique' (Isaie 42:21). Dieu a voulu multiplier les enseignements de la Torah, l'élargir au-delà du strict nécessaire ; les deux termes offrent ainsi plusieurs voies pour comprendre ce qu'est l'écaille.

6
תנו רבנן: ממשמע שנאמר ״אכול את שיש לו״, שומע אני ״אל תאכל את שאין לו״, וממשמע שנאמר ״אל תאכל את שאין לו״, שומע אני ״אכול את שיש לו״. ולמה שנאן? לעבור עליו בעשה ולא תעשה.

Nos Maîtres ont enseigné : du sens de ce qui est dit 'mange ce qui en a (des signes)', j'entends 'ne mange pas ce qui n'en a pas' ; et du sens de ce qui est dit 'ne mange pas ce qui n'en a pas', j'entends 'mange ce qui en a'. Et pourquoi [la Torah] les a-t-elle [tous deux] enseignés ?

Pour [que l'on] transgresse à son sujet [le poisson impur] un commandement positif (asse) et un interdit (lo taasse).

📜 Rachi (1)
כל אשר לו סנפיר וקשקשת במים אותם תאכלו אותם משמע מיעוטא הא אם אין לו לא תאכלו ולאו הבא מכלל עשה עשה:
'Tout ce qui a nageoire et écaille dans les eaux, ceux-là vous mangerez' (Lévitique 11:9) — 'ceux-là' implique une exclusion (restriction) : voici que, s'il n'en a pas, vous ne mangerez pas ; et un interdit qui découle d'un commandement positif [a valeur de] commandement positif.
💡 Explication

Une braita observe que l'interdit du poisson impur est formulé deux fois, positivement et négativement. De 'mange ce qui a les signes' on déduit déjà, par implication, 'ne mange pas ce qui n'en a pas' ; et de 'ne mange pas ce qui n'en a pas' on déduit 'mange ce qui en a'. Pourquoi alors écrire les deux ? Pour que celui qui mange un poisson impur transgresse à la fois un commandement positif (asse) et un interdit (lo taasse).

🖼️ Schéma
Verset positif et verset négatif : double commandement 'Mange ce qui a [les signes]' j'entends déjà : ne mange pas ce qui n'en a pas (interdit déduit par implication) 'Ne mange pas ce qui n'en a pas' j'entends déjà : mange ce qui en a (permis déduit par implication) Pourquoi écrire les deux ? Pour transgresser, en mangeant le poisson impur, à la fois un commandement positif ET un interdit
Le verset positif et le verset négatif s'impliquent mutuellement ; on les écrit tous deux pour cumuler, sur le poisson impur, un asse et un lo taasse.
7
״תאכלו מכל אשר במים״, מה תלמוד לומר? שיכול הואיל והתיר במפורש והתיר בסתם, מה כשהתיר במפורש לא התיר אלא בכלים, אף כשהתיר בסתם לא התיר אלא בכלים. מנין לרבות בורות שיחין ומערות, ששוחה ושותה מהן ואינו נמנע? תלמוד לומר ״תאכלו מכל אשר במים״.

'Vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux' (Lévitique 11:9) — qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Car l'on aurait pu [croire] : puisqu'[Il] a permis de manière explicite et a permis de manière implicite — de même que lorsqu'Il a permis de manière explicite Il n'a permis que dans des récipients (kelim), de même lorsqu'Il a permis de manière implicite Il n'a permis que dans des récipients.

D'où [savons-nous] d'inclure les puits, les fosses et les grottes (borot, shihin, mearot), [de sorte] que l'on se penche et boit d'eux sans s'[en] abstenir ? Le verset dit : 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'.

📜 Rachi (7)
תאכלו מכל אשר במים מה ת"ל והא מאותם תאכלו דסיפיה דקרא נפקא לן התירא ביש לו ואיסור עשה באין לו ותאכלו קמא למאי אתא ליכתוב מכל אשר במים כל אשר לו וגו':
'Vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux' — qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Or, de 'ceux-là vous mangerez' à la fin du verset, nous tirons la permission pour ce qui a [les signes] et l'interdit positif pour ce qui n'en a pas — alors à quoi vient le premier 'vous mangerez' ? Qu'Il écrive [seulement] 'de tout ce qui est dans les eaux, tout ce qui a, etc.'.
שיכול וכו' ואי קשיא תאכלו דרישא הוה ליה למישבק לגופיה ובתרא לדרשא דכל אורחא דדרשא הכי הוא א"כ תו לא משכחת מידי למידרש מתאכלו דסיפא דהא דרשא דדרשינן מהאי בסמוך לא משתמעא מיניה:
Pour [que l'on dise] 'puisque, etc.' — et si tu objectes : le premier 'vous mangerez' aurait dû être laissé pour lui-même et le dernier pour l'exégèse, car c'est ainsi la voie de toute exégèse — [réponse :] s'il en était ainsi, on ne trouverait plus rien à exposer à partir du 'vous mangerez' final, car l'exégèse que nous tirons de celui-ci par la suite ne se comprendrait pas de lui.
הואיל והתיר שרץ המים בלא סימני טהרה בשני מקראות אחד סתום ואחד מפורש כדמפרש להו לקמיה והוה אמינא ילמד סתום מן המפורש:
Puisqu'[Il] a permis — le vermisseau de l'eau sans signes de pureté, en deux versets, l'un implicite (sous-entendu) et l'autre explicite, comme [le texte] les explique plus loin ; et l'on aurait dit : que l'implicite s'instruise de l'explicite.
מה כשהתיר במפורש לא התיר בלא סנפיר וקשקשת אלא שקצים הגדלים במים שבכלים כגון תולעים שבהן. ולקמן מפרש מנא לן דמישתרו:
De même que lorsqu'Il a permis de manière explicite Il n'a permis — [que ce qui est] sans nageoire ni écaille, [à savoir] les vermisseaux (chekatzim) qui croissent dans l'eau des récipients, comme les vers qui s'y trouvent ; et plus loin [le texte] explique d'où [nous savons] qu'ils sont permis.
אף כשהתיר כו' לא התיר אלא בכלים אבל כל שאר מימות כגון חריצין ונעיצין שהן נובעין ודומין לימים ונחלים האמורין בפרשה או בורות שיחין ומערות שאינן דומין להם שאינן נובעין לא התיר בהן בלא סנפיר וקשקשת:
De même lorsqu'Il a permis, etc., Il n'a permis que dans des récipients — mais toutes les autres eaux, comme les tranchées et les fosses qui jaillissent et ressemblent aux mers et aux rivières mentionnées dans la section, ou bien les puits, fosses et grottes qui ne leur ressemblent pas, car ils ne jaillissent pas — Il n'a pas permis en eux [le vermisseau] sans nageoire ni écaille.
מנין להתיר בורות שיחין ומערות שאינו נמנע לשתות עם התולעים שבהם הואיל ואין דומין לימים ונחלים שהסימנין אמורין בהן:
D'où [savons-nous] de permettre les puits, fosses et grottes — [de sorte] que l'on ne s'abstient pas de boire avec les vers qui s'y trouvent, puisqu'ils ne ressemblent pas aux mers et aux rivières à propos desquelles les signes sont énoncés.
ת"ל תאכלו מכל אשר במים ומתאכלו דסיפא לא מצי למדרש התירא אלא איסורא דהא אותם תאכלו כתיב וקאי אסנפיר וקשקשת אבל מתאכלו קמא מצי למידרש באנפי נפשיה וסנפיר וקשקשת אימים ונחלים דסיפא קאי והכי קאמר תאכלו מכל אשר במים אפי' בלא סימנין וכגון בשאר מימות שאינן ימים ונחלים כל אשר לו סנפיר וקשקשת [במים] בימים ובנחלים אותם תאכלו ולא בלא סנפיר וקשקשת דבימים ונחלים בעי סימנין:
Le verset dit 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux' — et du 'vous mangerez' final on ne peut exposer une permission, mais seulement un interdit, car il est écrit 'ceux-là vous mangerez', qui se rapporte à 'nageoire et écaille' ; tandis que du premier 'vous mangerez' on peut exposer [un sens] par lui-même — 'nageoire et écaille' se rapportant aux mers et rivières du membre final. Et voici ce qu'il dit : 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux' même sans signes, et par exemple dans les autres eaux qui ne sont pas mers et rivières ; [tandis que] 'tout ce qui a nageoire et écaille dans les eaux', dans les mers et les rivières, 'ceux-là vous mangerez' — et non sans nageoire ni écaille, car dans les mers et rivières il faut des signes.
💡 Explication

La braita examine la clause 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'. Sans elle, on aurait raisonné ainsi : la Torah a permis les vermisseaux d'eau sans signes en deux versets, l'un explicite, l'autre implicite ; de même que le verset explicite ne les permet que dans des récipients (kelim), de même le verset implicite ne les permettrait que dans des récipients. D'où apprend-on alors à inclure aussi les puits, fosses et grottes (borot, shihin, mearot), au point qu'on puisse s'y pencher et boire sans craindre les vermisseaux ? De la clause 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'.

8
היכן התיר בכלים? דכתיב: ״את זה תאכלו מכל אשר במים וגו׳״, בימים ובנחלים הוא דכי אית ליה – אכול, דלית ליה – לא תיכול, הא בכלים – אף על גב דלית ליה – אכול.

Où [donc la Torah] a-t-elle permis dans des récipients ? De ce qu'il est écrit 'ceci vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux, etc.' (Lévitique 11:9) — c'est dans les mers et les rivières que, lorsqu'il a [des signes], mange, [et] lorsqu'il n'en a pas, ne mange pas ; mais dans des récipients, bien qu'il n'en ait pas, mangé.

📜 Rachi (2)
היכן התיר בכלים מאיזה מקרא אתה למד:
Où a-t-Il permis dans des récipients — de quel verset l'apprends-tu ?
בימים ובנחלים הוא דכתבתי לך אותם למעוטי מי שאין לו הא בכלים אע"ג דלית ליה אכול:
C'est dans les mers et les rivières — que j'ai écrit pour toi 'ceux-là', pour exclure ce qui n'en a pas ; mais dans des récipients, bien qu'il n'en ait pas, mangé.
💡 Explication

Question incidente : où précisément la Torah a-t-elle permis [le vermisseau] dans des récipients ? Réponse, par la mention 'dans les mers et dans les rivières' : c'est là que la présence de signes commande de manger ou de s'abstenir ; mais dans un récipient, on mange même sans signes.

9
אימא: בכלים – אף על גב דאית ליה לא תיכול? לא סלקא דעתך, דכתיב: ״וכל אשר אין לו סנפיר וקשקשת בימים ובנחלים מכל שרץ המים״ – בימים ובנחלים דלית ליה לא תיכול, הא בכלים – אף על גב דלית ליה אכול.

Dis [plutôt] : dans des récipients, bien qu'il en ait, ne mange pas ! [Réponse :] cela ne te viendra pas à l'esprit, car il est écrit 'et tout ce qui n'a pas nageoire et écaille dans les mers et dans les rivières, de tout ce qui foisonne dans les eaux' (Lévitique 11:10) — c'est dans les mers et les rivières que [ce] qui n'en a pas, tu ne mangeras pas ; mais dans des récipients, bien qu'il n'en ait pas, mangé.

📜 Rachi (2)
ואימא בכלים אע"ג דאית ליה לא תיכול דהא גבי התירא כתיב ומשמע דמהתירא ממעט להו דהכי משמע בימים ובנחלים הוא דתאכלם אבל בכלים לא תאכלם:
Et dis [plutôt] : dans des récipients, bien qu'il en ait, ne mange pas — car [le membre de phrase] est écrit à propos de la permission, et il semble qu'[il] exclut [précisément] de la permission, [le sens] étant : c'est dans les mers et les rivières que tu les mangeras, mais dans des récipients ne les mange pas.
לא ס"ד דהא גבי איסורא דאל תאכלו את אשר אין לו כתיב נמי ימים ונחלים למעוטי כלים והכא על כרחך מאיסורא ממעט להו הלכך על כרחך רישא נמי כי כתיב ימים ונחלים ולא כלים מאיסורא ממעט להו ואותם תאכלו דממעט אמי שאין לו קאי והכי קאמר ימים ונחלים הוא דאותם תאכלו ולא מי שאין לו אבל כלים אפי' אין לו אכול והיינו שני מקראות סתום ומפורש דלעיל שהותרו בהם כלים ולקמן בעי הי קרי סתום והי קרי מפורש:
Cela ne te viendra pas à l'esprit — car à propos de l'interdit 'ne mange pas ce qui n'en a pas' sont aussi écrits 'mers et rivières', pour exclure les récipients ; et ici, forcément, c'est de l'interdit qu'il les exclut. Dès lors, forcément, dans le membre initial aussi, lorsqu'il est écrit 'mers et rivières' et non 'récipients', c'est de l'interdit qu'il les exclut ; et 'ceux-là vous mangerez', qui exclut, se rapporte à ce qui n'en a pas, et voici ce qu'il dit : c'est dans les mers et les rivières que 'ceux-là vous mangerez' et non ce qui n'en a pas, mais dans des récipients, même s'il n'en a pas, mangé — et tels sont les deux versets, implicite et explicite, mentionnés plus haut, dans lesquels les récipients ont été permis ; et plus loin [le texte] demande lequel est appelé implicite et lequel explicite.
🗂️ Tossefot (2)
אימא בכלים אע"ג דאית ליה לא תיכול וא"ת א"כ את זה תאכלו מאי אהני ליה יש לומר שלא תאמר מה הפרט מפורש מים נובעין ונאסור בורות שיחין ומערות דדרשינן לאיסורא כתב רחמנא תאכלו למימר מה הפרט מפורש גדלים על גבי קרקע להתיר יש לו בבורות שיחין ומערות כימים וכנחלים והא דקאמר בסמוך איפכא היינו למאי דדרשינן להתירא:
Dis [plutôt] : dans des récipients, bien qu'il en ait, ne mange pas — et si tu objectes : s'il en est ainsi, à quoi sert 'ceci vous mangerez' ? L'on peut dire : pour que tu ne dises pas [par un raisonnement] 'de même que le détail est explicite — des eaux jaillissantes — alors interdisons les puits, fosses et grottes', que l'on exposerait pour l'interdit, [c'est pourquoi] le Miséricordieux a écrit 'vous mangerez', pour dire : de même que le détail est explicite — [des créatures] qui croissent sur le sol — pour permettre ce qui en a, [de même] dans les puits, fosses et grottes comme dans les mers et les rivières. Et ce qu'il dit ensuite l'inverse, c'est selon ce que nous exposons pour la permission.
לא ס"ד דכתיב כל אשר אין לו סנפיר וקשקשת תימה מאי ראיה היא זו אימא דהאי קרא בתרא קאי אדיוקא דבימים ובנחלים כי לית ליה לא תיכול הא אית ליה אכול אבל בכלים אע"ג דאית ליה לא תיכול ותהוי השתא קרא קמא כפשטיה דמה ראית דתימא קרא קמא אדיוקא וקרא בתרא כפשטיה וי"ל דבקרא קמא אין לחוש אי קאי אדיוקא משום דכתיב ביה אותם תאכלו דמשמע אותם ולא אחרים והרי הוא כמו שכתוב בהדיא ולא אחרים וא"ת והיכי משמע מהאי קרא דשרי בכלים אימא למעוטי מלאו אתא כלומר בכלים ליכא לאו אבל עשה מיהא איכא כדמוכח קרא קמא אפי' ביש לו וי"ל דבהאי קרא בתרא לא כתיב לאו והכי כתיב וכל אשר אין לו סנפיר וקשקשת בימים ובנחלים מכל שרץ המים ומכל נפש החיה אשר במים שקץ הם לכם ובאידך קרא דבתריה הוא דכתיב הלאו ושקץ יהיו לכם מבשרם לא תאכלו ועוד דאין זה סברא שיהא בכלים חמורים מימים ונחלים דביש להם סנפיר וקשקשת נמי אסירי ובאין להם סנפיר וקשקשת קילי טפי דליכא בהו אלא עשה והאי שינויא בתרא ניחא טפי דלמה ליה להתיר בכלים מקרא דיש לו לישתוק ביה מימים ונחלים ואנא ידענא היתר כלי מקרא דאין לו וצריך לומר דהוה אמינא דקרא דאין לו אתא למעוטי כלי מלאו אבל עשה איכא ויש לו אפי' בכלים נמי שרו להכי איצטריך קרא קמא למשרי כלים לגמרי אע"ג דאין לו:
Cela ne te viendra pas à l'esprit, car il est écrit 'tout ce qui n'a pas nageoire et écaille' — c'est étonnant : quelle preuve est-ce là ? Dis que ce verset final se rapporte à l'inférence [tirée] de 'dans les mers et dans les rivières' : lorsqu'il n'en a pas, ne mange pas, mais s'il en a, mangé ; tandis que dans des récipients, bien qu'il en ait, ne mange pas ! Et que le premier verset reste alors selon son sens simple ; car qu'as-tu vu pour dire que le premier verset [porte] sur l'inférence et le second selon son sens simple ? Et l'on peut dire : dans le premier verset il n'y a pas à craindre [qu'il porte] sur l'inférence, parce qu'il y est écrit 'ceux-là vous mangerez', qui implique 'ceux-là et non d'autres', et c'est comme s'il était écrit explicitement 'et non d'autres'. Et si tu objectes : d'où ressort-il de ce verset qu'il permet dans des récipients ? Dis qu'il vient exclure de l'interdit, c'est-à-dire que dans les récipients il n'y a pas d'interdit, mais un commandement positif il y en a [tout de même], comme le prouve le premier verset, [valant] même pour ce qui en a ! Et l'on peut dire : dans ce verset final l'interdit n'est pas écrit ; ainsi est-il écrit : 'et tout ce qui n'a pas nageoire et écaille dans les mers et dans les rivières, de tout ce qui foisonne dans les eaux et de tout être vivant qui est dans les eaux, ils sont pour vous une abomination', et c'est dans l'autre verset, qui le suit, qu'est écrit l'interdit, 'et ils seront pour vous une abomination, de leur chair vous ne mangerez pas'. Et de plus, ce n'est pas un raisonnement [admissible] que les récipients soient plus rigoureux que les mers et les rivières, [de sorte] que ce qui a nageoire et écaille y soit aussi interdit, alors que ce qui n'a pas nageoire ni écaille y serait plus léger, n'y ayant qu'un commandement positif. Et cette dernière réponse est plus satisfaisante ; car pourquoi [la Torah] aurait-elle besoin de permettre dans des récipients par le verset 'ce qui en a' ? Qu'elle se taise à leur sujet [comme elle se tait] des mers et des rivières, et je saurais la permission du récipient par le verset 'ce qui n'en a pas' ! Et il faut dire que l'on aurait pu croire que le verset 'ce qui n'en a pas' vient exclure le récipient de l'interdit seulement, mais qu'un commandement positif il y aurait, et que ce qui en a serait permis même dans des récipients ; c'est pourquoi le premier verset était nécessaire pour permettre les récipients tout à fait, bien qu'il n'en ait pas.
💡 Explication

Objection : peut-être faut-il lire l'inverse — dans un récipient, même avec signes, on ne mangerait pas ? Réponse : impossible, car le verset négatif précise 'et tout ce qui n'a pas nageoire et écaille dans les mers et dans les rivières' (Lev 11:10) : c'est là que ce qui n'a pas de signes est interdit ; mais dans un récipient, on mange même sans signes. Le lieu (mer/rivière) gouverne donc l'interdit, non le récipient.

10
ואימא: ״במים״ – כלל, ״בימים ובנחלים״ – פרט, כלל ופרט – אין בכלל אלא מה שבפרט; ימים ונחלים – אין, נעיצין וחריצין – לא.

Et dis [plutôt] : 'dans les eaux' — [c'est] une généralité (klal) ; 'dans les mers et dans les rivières' — [c'est] un détail (perat) ; généralité et détail — il n'y a dans la généralité que ce qui est dans le détail ; les mers et les rivières, oui ; les tranchées et les fosses (neitzin ve-haritzin), non.

📜 Rachi (2)
ואימא במים כלל דכל שרץ המים בעינן סימנין:
Et dis [plutôt] : 'dans les eaux' — [c'est] une généralité — [signifiant] que tout vermisseau d'eau requiert des signes.
חריצין ונעיצין לא וכ"ש בורות ולמה לי תאכלו מכל אשר במים לאתויי בורות להיתרא:
Les tranchées et les fosses, non — et à plus forte raison les puits ; alors pourquoi me faut-il 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux', si ce n'est pour inclure les puits dans la permission ?
💡 Explication

Nouvelle objection, fondée sur une règle d'exégèse : 'dans les eaux' est une généralité (klal), 'dans les mers et dans les rivières' un détail (perat). Or, dans un couple klal-perat, 'la généralité ne contient que ce qui figure dans le détail'. Donc seuls mers et rivières seraient visés (les signes y sont requis), mais non les tranchées et fosses (neitzin ve-haritzin) — et à plus forte raison les puits ; auquel cas la clause 'mangez de tout ce qui est dans les eaux' serait superflue.

11
״במים״ – חזר וכלל.

'Dans les eaux' — [le verset] revient et généralise [une seconde fois].

📜 Rachi (1)
במים חזר וכלל תרי במים כתיבי גבי הדדי מכל אשר במים כל אשר לו סנפיר וקשקשת במים:
'Dans les eaux', [le verset] revient et généralise — deux fois 'dans les eaux' sont écrits l'un à côté de l'autre : 'de tout ce qui est dans les eaux, tout ce qui a nageoire et écaille dans les eaux'.
💡 Explication

Réponse : le mot 'dans les eaux' figure deux fois dans le verset. Avec cette répétition, le verset généralise de nouveau : on a donc deux généralités encadrant un détail (klal-perat-klal), structure qui inclut tout ce qui ressemble au détail — y compris les puits, fosses et grottes. La clause 'mangez de tout ce qui est dans les eaux' est ainsi nécessaire pour les permettre.

12
הני תרי כללי דסמיכי להדדי נינהו, אמר רבינא: כדאמרי במערבא, כל מקום שאתה מוצא שני כללות הסמוכין זה לזה –

[Mais] ces deux généralités sont accolées l'une à l'autre ! Rabbi Ravina a dit : comme on dit en Occident (Terre d'Israël) : tout endroit où tu trouves deux généralités accolées l'une à l'autre —

💡 Explication

Difficulté : les deux généralités ('dans les eaux'... 'dans les eaux') se trouvent accolées l'une à l'autre, avant le détail — on aurait donc klal-klal-perat, et non klal-perat-klal. Ravina répond par une règle transmise en Terre d'Israël (Maarava) : 'partout où tu trouves deux généralités accolées l'une à l'autre...' — la suite (au daf suivant) explique qu'on impose entre elles le détail et qu'on les traite comme klal-perat-klal.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).