Sougya : Suite de l'exégèse du verset de Lévitique 11 sur les créatures aquatiques : le poisson sans nageoires ni écailles (simanim) est interdit, mais selon le type d'eau où il se trouve. Deux écoles lisent le triple 'dans les eaux / dans les mers et les fleuves / dans les eaux' : Beit Rav par klal-prat-klal (général-détail-général, on n'inclut que le semblable au détail), Beit Rabbi Yichmael par ribuy-miut-ribuy (amplification-restriction-amplification, on amplifie tout sauf l'exclu) ; les deux aboutissent au même résultat : fosses-tranchées (charitzin) et canaux (ne'itzin) sont assimilés aux mers et fleuves (poisson sans simanim interdit), mais puits, citernes et grottes (borot, shihin, me'arot), eaux retenues comme dans un récipient, sont permis ; le mot superflu 'tochlou' (vous mangerez) sert à permettre ces derniers.
Mattitya bar Yehouda justifie le sens du partage (les eaux retenues comme des récipients sont permises). Rav Aha et Ravina disputent ensuite [pour savoir] quel verset est explicite et quel verset est implicite quant à la permission du poisson dans des récipients.
Enfin Rav Houna interdit de filtrer la bière sur des baguettes la nuit (de peur qu'un ver, ayant rampe hors de la boisson, ne retombe et ne devienne 'celui qui rampe sur la terre'), tandis que ce qui monte sur la paroi puis retombe reste permis car c'est sa croissance normale (heinu revitiah). Rav Hisda étaye Rav Houna par une braita sur les moucherons filtrés.
Le daf se clôt sur Chmouel et le concombre véreux.
Place le détail entre les deux [généralités] et expose-les [selon la règle] de généralité, détail et généralité : 'dans les eaux' — généralité ; 'dans les mers et dans les fleuves' — détail ; 'dans les eaux' — il [le verset] a derechef généralisé.
Fin de l'exposé du Tana de Beit Rav (commence sur le amoud précédent). Le verset de Lévitique 11 emploie trois fois la notion d'eaux : 'dans les eaux' (klal, généralité), 'dans les mers et dans les fleuves' (prat, détail), puis à nouveau 'dans les eaux' (klal). On lit alors selon la règle herméneutique klal-prat-klal (généralité - détail - généralité) : on n'inclut que ce qui ressemble au détail.
[Selon la règle de] généralité, détail et généralité, tu ne juges que [le] semblable au détail : de même que le détail [est] explicitement [au sujet d']eaux jaillissantes, de même tout [ce qui est] eaux jaillissantes. Qu'a-t-il inclus ?
Les fosses-tranchées (haritzin) et les canaux (ne'itzin), pour l'interdit. Et qu'a-t-il exclu ?
Les puits, les citernes et les grottes (borot, shihin, me'arot), pour le permis.
Application de la règle klal-prat-klal : on inclut seulement ce qui ressemble au détail (mers et fleuves = eaux jaillissantes). Sont donc inclus dans l'interdit les fosses-tranchées (charitzin) et les canaux (ne'itzin), où l'eau coule. Sont exclus, donc permis, les puits, citernes et grottes (borot, shihin, me'arot), eaux retenues.
Mais dis [plutôt] : de même que le détail [est] explicitement [au sujet d']eaux qui croissent sur le sol, de même tout [ce qui est] eaux qui croissent sur le sol ! Et qu'aurait-il inclus ?
Même les puits, les citernes et les grottes, pour l'interdit ; et qu'aurait-il exclu ? Il aurait exclu [seulement] les récipients (kelim) !
Objection : pourquoi ne pas définir le point commun au détail autrement — non 'eaux jaillissantes', mais 'eaux qui croissent sur le sol' ? Alors on inclurait dans l'interdit même les puits, citernes et grottes (qui sont aussi sur le sol), et l'on n'exclurait que les récipients (kelim, eaux puisées dans un ustensile).
Si [c'était] ainsi, le [premier] 'tochlou' (vous mangerez), à quoi servirait-il ?
Réfutation : si l'on incluait même les puits dans l'interdit (ne laissant hors que les récipients), le mot superflu 'tochlou' (vous mangerez) n'aurait aucune utilité — car les récipients seraient de toute façon exclus, n'ayant rien de commun avec le détail. C'est donc que 'tochlou' vient permettre les puits, citernes et grottes, et que l'on n'inclut dans l'interdit que les fossés et canaux, qui ressemblent au détail par deux côtés.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'dans les eaux', 'dans les eaux', deux fois — ce n'est pas [une règle de] généralité et détail, mais [d']amplification et restriction (riba u-miet). 'Dans les eaux' — il a amplifié (riba) ; 'dans les mers et dans les fleuves' — il a restreint (miet) ; 'dans les eaux' — il a derechef amplifié (riba). [Selon la règle d']amplification, restriction et amplification — il a tout amplifié.
Qu'a-t-il inclus ? Les fossés-tranchées et les canaux, pour l'interdit.
Et qu'a-t-il exclu ? Les puits, les citernes et les grottes, pour le permis.
Le Tana de l'école de Rabbi Yichmael lit le même verset autrement : non klal-prat-klal mais ribuy-miut-ribuy (amplification - restriction - amplification). La règle diffère : ici la restriction n'explique pas l'amplification (comme le détail expliquait la généralité), elle se contente d'exclure une seule chose. On amplifie donc tout sauf l'exclu. Mais le résultat pratique est identique : fossés et canaux interdits, puits/citernes/grottes permis.
Dis [plutôt] : qu'a-t-il inclus ? Les puits, les citernes et les grottes, pour l'interdit.
Et qu'a-t-il exclu ? Il a exclu les récipients.
[Réponse :] si [c'était] ainsi, le 'tochlou', à quoi servirait-il ?
Même objection que plus haut, mais cette fois pour la lecture ribuy-miut-ribuy : pourquoi ne pas amplifier les puits eux-mêmes (les interdire) et n'exclure que les récipients ? Réponse identique : alors le mot 'tochlou' serait inutile (les récipients sont exclus de toute façon). 'Tochlou' permet donc bien les puits, citernes et grottes.
Et dis [plutôt] l'inverse — comme l'a enseigné Mattitya, car Mattitya bar Yehouda a enseigné : qu'as-tu vu [comme raison] d'inclure les puits, les citernes et les grottes pour le permis, et d'exclure les fossés-tranchées et les canaux pour l'interdit ? J'inclus les puits, les citernes et les grottes, qui sont retenus (atzourin) comme des récipients ; et j'exclus les fossés-tranchées et les canaux, qui ne sont pas retenus comme des récipients.
Nouvelle objection : pourquoi ne pas inverser — permettre fossés et canaux, interdire puits, citernes et grottes ? Réponse de Mattitya bar Yehouda : c'est le critère du retenu qui tranche. Les puits, citernes et grottes contiennent des eaux retenues (atzourin), comme dans un récipient (kelim) — donc permis ; les fossés et canaux, où l'eau circule, ne sont pas retenus — donc assimilés aux mers et fleuves, interdits.
Lequel [est] implicite (satoum) et lequel [est] explicite (mefourach) ? Rav Aha et Ravina divergent à ce sujet : l'un dit : 'qui en a' (yech lo) [des simanim] — explicite, et 'qui n'en a pas' (ein lo) — implicite ; et l'un dit : 'qui n'en a pas' — explicite, et 'qui en a' — implicite.
La braita (sur le amoud précédent) disait que la Torah permet le poisson [sans simanim] dans les récipients à la fois implicitement (satoum) et explicitement (mefourach). La Guemara demande : lequel des deux versets est l'explicite, lequel l'implicite ? Rav Aha et Ravina divergent : pour l'un, le verset 'qui a nageoires et écailles' (yech lo) est l'explicite ; pour l'autre, c'est le verset 'qui n'a pas [de simanim]' (ein lo) qui est l'explicite.
Quelle [est] la raison de celui qui dit : 'qui en a' [est] explicite ? Il peut te dire : c'est de lui que les récipients sont permis.
Raison de l'opinion 'yech lo est explicite' : c'est précisément de ce verset ('qui a nageoires et écailles, dans les mers et les fleuves, vous [les] mangerez') que l'on a déduit plus haut la permission du poisson dans les récipients — par le mot 'otam' (ceux-là, dans les mers et fleuves) qui exclut le 'ein lo' uniquement là, laissant donc tout permis dans les récipients.
Quelle [est] la raison de celui qui dit : 'qui n'en a pas' [est] explicite ? [Parce] que c'est celui-ci qui prouve sur l'autre ; car de l'autre [seul], j'aurais dit : dans les récipients, bien même qu'il en ait — lui non plus, tu ne [le] mangeras pas.
Raison de l'opinion inverse ('ein lo est explicite') : c'est le verset 'qui n'a pas de simanim' qui prouve le sens de l'autre. Car du verset 'yech lo' seul, on aurait pu comprendre l'inverse : 'dans les mers et fleuves, [le poisson] avec simanim est permis — donc dans les récipients, même avec simanim, il serait interdit' ! C'est le verset 'ein lo' qui révèle que la restriction ne vise que les mers et fleuves, pas les récipients.
Rav Houna a dit : qu'un homme ne filtre pas de la bière (chikhra) avec des baguettes (tzevayata) le soir, de peur qu'un [ver] ne se sépare [et ne sorte] au-dessus des baguettes, puis ne retombe dans la coupe, [et qu'ainsi l'homme] transgresse à cause de 'le grouillement qui grouille sur la terre' (Lévitique 11).
Rav Houna : il ne faut pas filtrer la bière (chikhra, de dattes, souvent véreuse) en la versant à travers des baguettes (tzevayata) le soir. De peur qu'un ver, monté hors de la boisson au-dessus des baguettes (assimilées au sol), n'y rampe sans qu'on le voie dans le noir, puis ne retombe dans la coupe : ayant quitté l'eau et rampe sur la terre, il devient 'le grouillement qui grouille sur la terre' et l'homme l'avalerait, transgressant l'interdit.
Si [c'est] ainsi, [alors] dans un récipient (be-mana) aussi [il faudrait craindre], de peur qu'un [ver] ne se sépare [vers] la paroi du récipient puis ne retombe dans le récipient ! [Réponse :] là, c'est [justement] sa croissance [normale] (heinou revitia).
Objection : si l'on craint que le ver retombe après être sorti, il faudrait s'inquiéter pour toute bière dans un récipient — peut-être un ver est-il monté sur la paroi (devenant interdit) puis retombe dedans ! Réponse : là, monter sur la paroi du récipient est sa croissance normale (heinou revitia) — il n'est pas considéré comme ayant quitté l'eau, donc il reste permis.
Et d'où dis-tu [cela] ? De ce qu'il est enseigné : d'où [sait-on] d'inclure les puits, les citernes et les grottes, [à savoir] que l'on se penche et que l'on boit d'eux sans s'[en] abstenir ?
L'enseignement dit : 'vous mangerez de tout ce qui [est] dans les eaux' (tochlou mikol acher ba-mayim). Mais qu'on craigne, de peur qu'un [ver] ne se sépare [vers] la paroi puis ne retombe !
Plutôt, c'est [justement] sa croissance [normale]. Ici aussi, c'est [justement] sa croissance [normale].
Preuve par une braita : d'où [sait-on] que dans les puits, citernes et grottes on peut se pencher et boire directement sans crainte ? Du verset 'vous mangerez de tout ce qui est dans les eaux'. Or la aussi un ver pourrait monter sur la paroi puis retomber ! C'est donc bien que monter sur la paroi est sa croissance normale (heinou revitia) et ne l'interdit pas. De même ici, pour la bière dans le récipient.
Rav Hisda dit à Rav Houna : il est enseigné [une braita] qui te soutient — 'tout le grouillement qui grouille sur la terre' [vient] pour inclure les moucherons (yavchouchin) que l'on a filtrés ; la raison [qu'ils sont interdits c'est] qu'on les a filtrés, [mais] s'ils ne les a pas filtrés — [c'est] permis.
Rav Hisda apporte à Rav Houna une braita qui le soutient : le verset 'tout le grouillement qui grouille sur la terre' inclut [l'interdit des] moucherons (yavchouchin, présents dans les caves à vin) que l'on a filtrés. On infère : interdits seulement si on les a filtrés (alors ils ont quitté l'eau) ; mais sans filtrage, ils restent permis — preuve qu'on ne craint pas qu'ils soient montés sur la paroi puis retombés.
Chmouel a dit : un concombre (kichout) qui s'est vermoulé (hitlia)
Début d'un nouveau propos (qui se poursuit au daf suivant) : Chmouel traite du cas d'un concombre (kichout) vermoulé (envahi de vers) — la question étant le statut de ces vers nés dans le fruit. La phrase est coupée à la fin du amoud.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).