Sougya : Fin du chapitre Elou Tereifot. La sougya cherche l'appui scripturaire de Chmouel (le concombre véreux encore attaché au sol est interdit) en confrontant deux braitot sur 'qui rampe sur la terre' (al ha-aretz) : la conclusion écarte Chmouel, car la seconde braita vise le ver des racines de l'arbre, non du fruit.
Rav Yossef puis Rav Achi posent une série de cas-limites (le ver sorti puis mort, sorti en partie, monté sur le toit de la datte ou du noyau, passé d'une datte à l'autre) tous laissés en suspens (teikou). Vient ensuite la question des vers internes des bêtes (kokiani du foie et du poumon) : viennent-ils du dehors ou naissent-ils dedans ?
La halakha tranche qu'ils sont interdits (la bête dort, le ver entre par le naseau), de même que les darnei entre peau et chair ; les vers des poissons, eux, sont permis, car le poisson devient permis par simple capture alors que la bête ne l'est que par l'abattage, qui n'agit pas sur eux. Enfin une braita expose Lévitique 11:42 (serpent, scorpion, mille-pattes et leurs inclusions), puis Rabbi Yossi ben Dourmaskit prouve que le léviathan est un poisson pur (il a nageoires et écailles).
Le chapitre se clôt par le Hadran.
[Le concombre véreux] encore attaché [au sol] est interdit en raison de [ce qui est écrit] : 'la bestiole qui grouille sur la terre' (Lévitique 11:29) — [car le concombre était alors considéré comme partie de la terre].
Suite immédiate de 67a (propos de Chmouel) : un concombre véreux, tant qu'il est encore attaché au sol, est interdit, car le ver qui s'y meut est comme un grouillement sur la terre (sherets ha-aretz). Une fois le concombre détaché, le ver est permis tant qu'il n'est pas sorti à l'air libre.
Disons [que cette braita] vient l'appuyer [Chmouel] : car il est enseigné dans l'une [braita] : 'sur la terre' — [vient] exclure les zizin qui [se trouvent] dans les lentilles, les moucherons qui [se trouvent] dans les kelisin [une sorte de légumineuse], et le ver qui [se trouve] dans les dattes et dans les figues sèches. Et il est enseigné dans une autre [braita] : 'toute bestiole qui grouille sur la terre' — [vient] inclure le ver qui [se trouve] dans les racines des oliviers et dans les racines des vignes.
La Guemara cherche un appui à Chmouel en rapprochant deux braitot. La première lit 'sur la terre' comme une exclusion : les vers logés dans le fruit même (lentilles, kelisin, dattes, figues sèches) sont permis, car ils ne grouillent pas sur la terre. La seconde lit le mot 'toute' (kol) comme une inclusion : les vers des racines d'oliviers et de vignes sont interdits.
Quoi, n'est-ce pas [le cas suivant] : l'une et l'autre [parlent d'un ver] dans le fruit, et celle-ci [parle d'un fruit] encore attaché, et celle-là [parle d'un fruit] qui n'est plus attaché ?
La Guemara propose de lire les deux braitot comme un appui à Chmouel : les deux parlent d'un ver dans le fruit. La braita qui interdit vise le fruit encore attaché au sol (donc le ver y est interdit) ; celle qui permet vise le fruit détaché. Cela confirmerait Chmouel.
Non : l'une et l'autre [parlent d'un ver] encore attaché [au sol], et [pourtant] ce n'est pas une difficulté : celle-ci [parle d'un ver] dans le fruit, celle-là [parle d'un ver] dans l'arbre lui-même.
Réfutation : on peut lire les deux braitot comme parlant d'un fruit encore attaché, et sans contradiction — la braita qui permet vise le ver dans le fruit (tant qu'il n'est pas sorti à l'air, il n'est pas 'grouillement de la terre'), celle qui interdit vise le ver dans l'arbre lui-même (les racines). Cette lecture ne confirme pas Chmouel.
[Le langage] est aussi précis [en ce sens], car il est enseigné : 'le ver qui [se trouve] dans les racines des oliviers et dans les racines des vignes' — apprends-en [qu'il s'agit bien de l'arbre lui-même, non du fruit].
Le langage même de la seconde braita confirme cette lecture : elle parle des racines des oliviers et des vignes (donc de l'arbre), et non du fruit. Apprends-en que la distinction est entre fruit (permis) et arbre (interdit) — et non entre attaché et détaché, contre Chmouel.
Rav Yossef a posé [cette question] : [le ver] qui s'est détaché [du fruit] et est mort — quoi [son statut] ? [S'il s'est détaché] en partie — quoi ?
[S'il est sorti] à l'air du monde — quoi ? [La question] demeure [en suspens] (teikou).
Le ver qui n'est jamais sorti du fruit détaché est permis de l'avis de tous. Rav Yossef interroge alors les cas-limites : un ver qui est sorti du fruit puis est mort aussitôt (sans avoir grouillé sur le sol) — est-il déjà 'grouillement de la terre' du seul fait d'être sorti ? S'il n'est sorti qu'en partie ? S'il est sorti dans l'air sans toucher terre ? Tous ces cas restent teikou (non tranchés).
Rav Achi a posé [cette question] : [le ver qui est monté] sur le toit de la datte — quoi [son statut] ? Sur le toit de son noyau — quoi ?
D'une datte à [une autre] datte — quoi ? [La question] demeure [en suspens] (teikou).
Rav Achi prolonge avec d'autres cas-limites. Le ver qui sort de l'intérieur de la datte et monte sur sa face supérieure ('le toit de la datte') : est-ce sa croissance normale (donc permis) ou bien déjà un grouillement sur autre chose ? Et s'il monte sur le toit du noyau ? Et s'il passe d'une datte à l'autre sans toucher l'air ? Tous teikou.
Rav Chechet fils de Rav Idi a dit : les kokiani [vers internes] sont interdits. Quelle [en est] la raison ?
Ils viennent du dehors.
Rav Chechet fils de Rav Idi : les kokiani (vers trouvés dans les organes internes, foie et poumon) sont interdits. Raison : ils viennent du dehors — la bête les a avalés avec sa nourriture, de sorte qu'ils ont d'abord grouillé sur la terre et tombent sous l'interdit du verset.
Rav Achi objecte à cela : s'ils venaient du dehors, ils devraient se trouver [aussi] dans le tube digestif (litt. par le chemin du lieu d'aisance).
Rav Achi objecte à la première version : si les kokiani venaient du dehors (avalés avec la nourriture), on devrait en trouver aussi dans le tube digestif. Or on n'en trouve que dans des organes non digestifs (foie, poumon) ; ils proviennent donc de l'intérieur de la bête.
Certains disent [autrement] : Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : les kokiani sont permis. Quelle [en est] la raison ?
Ils se forment à partir d'elle [la bête elle-même]. Rav Achi a dit : c'est évident !
Car s'ils venaient du dehors, ils devraient se trouver [aussi] dans le tube digestif.
Autre version : Rav Chicha fils de Rav Idi permet les kokiani, parce qu'ils se forment à partir de la bête elle-même [et ne sont donc pas 'grouillement de la terre']. Rav Achi renforce : c'est évident, puisque, s'ils venaient du dehors, on les trouverait dans le tube digestif.
Et la halakha [est] : les kokiani sont interdits. Quelle [en est] la raison ?
Lorsque [la bête] dort, des vers entrent en elle par son naseau (oussia). Les darnei [vers] de la viande sont interdits ; ceux des poissons sont permis.
Tranchée finale : les kokiani sont interdits, parce que, lorsque la bête dort, des vers entrent par son naseau (et gagnent poumon et foie sans passer par le tube digestif — ce qui explique qu'on ne les y trouve pas). De même, les darnei (vers entre peau et chair de la viande) sont interdits ; mais les vers des poissons sont permis (la raison sera donnée plus bas par Ravina).
Ravina a dit à sa mère : dissimule-les-moi [les vers du poisson en eux] et moi je mangerai. Rav Mecharchia fils de Rav Aha a dit à Ravina : en quoi [cela] diffère-t-il de ce qui est enseigné [dans la braita] : 'et leurs cadavres vous aurez en horreur' (Lévitique 11:11) — [vient] inclure les darnei [qui se trouvent] dans la bête [comme interdits] ?
Ravina demande à sa mère de cacher les vers dans le poisson pour qu'il puisse le manger sans les voir [signe qu'ils sont permis à la consommation]. Rav Mecharchia objecte : pourquoi les vers du poisson seraient-ils permis, alors qu'une braita dérive du verset 'et leurs cadavres vous aurez en horreur' (Lev 11:11) l'inclusion des darnei de la bête comme interdits ?
Il lui a dit : comment [comparer] maintenant ? La bête n'est rendue permise que par l'abattage (chehita), et ceux-ci [les darnei], puisque l'abattage ne leur profite pas, demeurent dans leur interdit ; mais les poissons sont rendus permis par la simple capture (assifa), et ceux-ci [les vers], lorsqu'ils se forment, se forment dans [un état de] permis.
Réponse de Ravina, qui distingue les deux cas. La bête n'est rendue permise que par l'abattage ; avant cela, elle et tout ce qu'elle contient relèvent de l'interdit du membre arraché d'un vivant (ever min ha-haï). Comme l'abattage n'agit pas sur les darnei (qui ont leur vie propre), ils restent interdits. Le poisson, lui, devient permis par simple capture (assifa, sans abattage) ; ses vers naissent donc dans un état de permis.
Nos Maîtres ont enseigné : 'qui va sur le ventre' (Lévitique 11:42) — c'est le serpent (nahach) ; 'tout' [ce qui va sur le ventre] — pour inclure le lombric (chilchoul) et ce qui ressemble au lombric ; 'sur quatre [pattes]' — c'est le scorpion (akrav) ; 'tout ce qui va' — pour inclure le scarabée (hipouchit) et ce qui ressemble au scarabée ; 'qui a beaucoup de pattes' — c'est le mille-pattes (nadal) ; 'jusqu'à tout' [grouillement] — pour inclure ce qui ressemble [au mille-pattes] et ce qui ressemble au [déjà] ressemblant.
Braita exposant Lévitique 11:42 (voir le schéma). Trois catégories de bestioles interdites sont nommées — le serpent ('va sur le ventre'), le scorpion ('sur quatre pattes'), le mille-pattes ('beaucoup de pattes') — et à chaque fois le mot 'kol' (tout) sert à élargir l'interdit aux espèces semblables, et même à ce qui ressemble au semblable.
Il est enseigné : Rabbi Yossi ben Dourmaskit dit : le léviathan (livyatan) est un poisson pur (tahor), car il est dit 'la fierté [sont] les puissants boucliers' (Job 41:7) [et] 'sous lui [sont] les tessons aigus' (Job 41:22). 'Les puissants boucliers' — ce sont ses écailles (kaskassim) ; 'sous lui [sont] les tessons aigus' — ce sont les nageoires (senapirin) par lesquelles il nage.
Rabbi Yossi ben Dourmaskit prouve, par deux versets de Job, que le léviathan est un poisson pur : il possède les deux signes de pureté des poissons — des écailles ('les puissants boucliers') et des nageoires ('les tessons aigus', dures et tranchantes comme des tessons, par lesquelles il fend l'eau).
Nous reviendrons sur toi, [chapitre] Elou Tereifot (Hadran alakh Elou Tereifot).
Hadran : formule de clôture du chapitre Elou Tereifot (le troisième chapitre de Houlin), promesse rituelle d'y revenir.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).