Chullin 68a — la bête en mal d'enfanter : membre ou tête du foetus sortis de la matrice

Chullin 68a

Sougya : La michna pose : une bête en difficulté d'enfanter (ha-makcha li-led), dont le foetus a sorti sa main puis l'a rentrée avant la chehita, [voit le foetus] permis par l'abattage de la mère ; mais [si] la tête est sortie, même rentrée, il est comme né (ki-yaloud) et requiert sa propre chehita. La michna ajoute le principe : ce qu'on tranche du foetus dans le ventre est permis, mais [un morceau] de la rate ou des reins de la mère [est] interdit (c'est son corps).

La Guemara apporte Rav Yehouda au nom de Rav : le membre lui-même [est] interdit, car 'ubassar bassade tereifa lo tokhelou' (Ex 22:30) — dès que la chair sort de sa frontière (mehitsa), elle est interdite à jamais comme la tereifa. La sougya confronte alors la michna à Rav (le 'permis' porte-t-il sur le membre ou sur le foetus ?), montre que la sortie de la tête = naissance (déjà apprise pour le premier-né dans Bekhorot et par la michna de la placenta sortie en partie), distingue l'homme de la bête (l'homme a un prozdor, la face de l'homme importe), puis résout par Rav Nahman bar Yitshak : la nouveauté du 'rentre' tient au lieu de la coupe (mekom hatakh).

Enfin une braita détaille les cas du membre coupé avant ou après la chehita (ce qui [était] dehors [est] impur et interdit, ce qui [était] dedans [est] pur et permis).

Le foetus et la frontière de la matrice (mehitsa) la chehita de la mère permet le foetus, tant qu'il reste DANS sa frontière DANS la matrice foetus (ou membre rentré) permis par la chehita HORS de la matrice membre sorti = comme tereifa 'ubassar bassade tereifa' interdit à jamais
Le principe directeur (segment 3) : la chehita de la mère permet le foetus tant qu'il reste dans la frontière de la matrice ; sorti, il est interdit à jamais comme la tereifa.
Membre sorti contre tête sortie A SORTI SA MAIN (yad) puis l'a rentrée foetus permis par la chehita mais le membre lui-même : interdit (Rav Yehouda au nom de Rav : il est sorti) ne l'a PAS rentrée, mère abattue le foetus (dedans) : permis membre dehors : interdit (impur) l'enjeu caché : le LIEU DE LA COUPE (mekom hatakh) si l'on tranche sur la frontière A SORTI SA TÊTE (roch) même s'il l'a rentrée il est comme NÉ (kayalud) la chehita de la mère ne l'aide plus il requiert sa propre chehita sortie de la tête = naissance (lida) déjà appris ailleurs (Bekhorot, premier-né) pour la behema : pas de prozdor, la tête se voit pour l'adam : la face (tselem) importe
Main sortie contre tête sortie (segments 0, 6, 9) : le membre rentré laisse le foetus permis mais le membre interdit ; la tête sortie rend tout le foetus comme né.
1
מַתְנִי׳ בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד, וְהוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירוֹ – מֻותָּר בַּאֲכִילָה. הוֹצִיא אֶת רֹאשׁוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁהֶחְזִירוֹ – הֲרֵי זֶה כְּיָלוּד.

MICHNA. Une bête en mal d'enfanter (ha-makcha li-led), dont le foetus a sorti sa main et l'a rentrée [avant la chehita] — [le foetus est] permis à la consommation [par l'abattage de la mère].

[Si le foetus] a sorti sa tête, même s'il l'a rentrée — voici qu'il est comme né (ki-yaloud) [et requiert sa propre chehita].

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה:
Michna. Une bête en mal d'enfanter — au moment de la chehita.
וְהֶחֱזִירוֹ קֹודֶם שְׁחִיטָה:
Et l'a rentrée — avant la chehita.
מֻותָּר בַּאֲכִילָה וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאן מֻותָּר:
Permis à la consommation — et dans la Guemara [le texte] explique qui [est] permis.
הֲרֵי זֶה כְּיָלוּד וְתוּ לָא מְהַנְּיָא לֵיהּ שְׁחִיטַת אִמּוֹ וְצָרִיךְ שְׁחִיטָה לְעַצְמוֹ אִם נִמְצָא חַי וְאִם נִמְצָא מֵת הֲרֵי הוּא כִּנְבֵלָה:
Voici qu'il est comme né — et dès lors la chehita de sa mère ne lui sert plus, et il requiert une chehita pour lui-même s'il s'avère vivant ; et s'il s'avère mort, voici qu'il est comme une charogne (nevela).
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה:
Michna. Une bête en mal [d'enfanter].
💡 Explication

La michna ouvre le sujet de la bête en mal d'enfanter (makcha li-led) : un foetus dont un membre franchit la frontière de la matrice au moment de la chehita de la mère. Si la main est sortie puis rentrée avant l'abattage, la chehita de la mère permet le foetus. Mais si la tête est sortie, même rentrée, le foetus est comme né (ki-yaloud) : l'abattage de la mère ne l'aide plus, il faut l'abattre pour lui-même.

🖼️ Schéma
Membre sorti contre tête sortie A SORTI SA MAIN (yad) puis l'a rentrée foetus permis par la chehita mais le membre lui-même : interdit (Rav Yehouda au nom de Rav : il est sorti) ne l'a PAS rentrée, mère abattue le foetus (dedans) : permis membre dehors : interdit (impur) l'enjeu caché : le LIEU DE LA COUPE (mekom hatakh) si l'on tranche sur la frontière A SORTI SA TÊTE (roch) même s'il l'a rentrée il est comme NÉ (kayalud) la chehita de la mère ne l'aide plus il requiert sa propre chehita sortie de la tête = naissance (lida) déjà appris ailleurs (Bekhorot, premier-né) pour la behema : pas de prozdor, la tête se voit pour l'adam : la face (tselem) importe
Main sortie puis rentrée (foetus permis) face à la tête sortie (comme né, chehita propre requise).
2
חוֹתֵךְ מְעֻובָּר שֶׁבְּמֵעֶיהָ – מֻותָּר בַּאֲכִילָה, מִן הַטְּחוֹל וּמִן הַכְּלָיוֹת – אָסוּר בַּאֲכִילָה. זֶה הַכְּלָל: דָּבָר שֶׁגּוּפָהּ – אָסוּר, וְשֶׁאֵינָהּ גּוּפָהּ – מֻותָּר.

[Ce qu'on] tranche d'un foetus qui est dans ses entrailles [et qu'on y laisse] — [est] permis à la consommation [par la chehita de la mère] ; [un morceau] de la rate ou des reins [de la mère elle-même] — [est] interdit à la consommation. Telle [est] la règle : une chose [qui relève] de son corps — [est] interdite, et ce qui n'[est] pas son corps — [est] permis.

📜 Rachi (4)
חוֹתֵךְ מְעֻובָּר שֶׁבְּמֵעֶיהָ וְהִנִּיחַ הַחֲתִיכָה בְּתוֹכָהּ:
[Ce qu'on] tranche d'un foetus qui est dans ses entrailles — et il a laissé le morceau à l'intérieur d'elle.
מֻותָּר בִּשְׁחִיטָתָהּ כִּדְיָלֵיף בַּגְּמָרָא מִכָּל בִּבְהֵמָה תֹּאכְלוּ:
Permis — par sa chehita, comme [le texte le] dérive dans la Guemara de 'tout ce qui [est] dans la bête, vous [le] mangerez' (mi-kol ba-behema tokhelou).
מִן הַטְּחוֹל וּמִן הַכְּלָיוֹת שֶׁל בְּהֵמָה עַצְמָהּ:
De la rate ou des reins — de la bête elle-même.
אָסוּר בַּאֲכִילָה ואע"פ שֶׁהִנִּיחוֹ בַּבְּהֵמָה לֹא הֻותַּר בִּשְׁחִיטָתָהּ. לְהָכִי נְקַט טְחוֹל וּכְלָיוֹת מִשּׁוּם דְּמִידִי דְּלָא מִיטַּרְפָא הוּא:
Interdit à la consommation — et bien qu'il l'ait laissé dans la bête, il n'a pas été permis par sa chehita. [Le texte] prend [pour exemple] la rate et les reins parce que [c'est] une chose qui ne devient pas tereifa [par leur ablation].
💡 Explication

Suite de la michna et son principe (ze ha-kelal). Un morceau tranché du foetus et laissé dans le ventre est permis par la chehita de la mère — le foetus n'est pas le corps de la mère. Mais un morceau de la rate ou des reins de la mère, bien que laissé en place, [est] interdit : c'est le corps de la mère, et un membre détaché d'un vivant n'est pas permis par l'abattage ultérieur.

3
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: וְאֵבֶר עַצְמוֹ אָסוּר.

GUEMARA. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : et le membre lui-même [est] interdit.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וְאֵבֶר עַצְמוֹ אָסוּר בַּאֲכִילָה מֵאַחַר שֶׁיָּצָא מִמְּחִיצָתוֹ קֹודֶם שְׁחִיטָה ואע"פ שֶׁהֶחֱזִירָהּ קֹודֶם לָכֵן:
Guemara. Et le membre lui-même [est] interdit — à la consommation, du fait qu'il est sorti de sa frontière avant la chehita, et bien qu'il l'ait rentré auparavant.
💡 Explication

La Guemara précise la première clause de la michna. Rav Yehouda, au nom de Rav : même si le foetus a rentré sa main et que le foetus est permis, le membre lui-même (la main sortie) reste interdit à la consommation, parce qu'il est sorti hors de sa frontière avant la chehita.

4
מַאי טַעְמָא? דְּאָמַר קְרָא: ״וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ״, כֵּיוָן שֶׁיָּצָא בָּשָׂר חוּץ לִמְחִיצָתוֹ – נֶאֱסַר.

Quelle [en est] la raison ? Car le verset dit : 'et de la chair, dans le champ, [une] tereifa, vous ne mangerez pas' (Ex 22:30) — dès que de la chair est sortie hors de sa frontière, elle est devenue interdite.

📜 Rachi (1)
וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה כְּלוֹמַר חוּץ לִמְחִיצָתוֹ דְּהַייְנוּ לַאֲוִיר שֶׁרֶחֶם זֶה הֲוָה לֵיהּ מְחִיצָּה לְהַתִּירוֹ בִּשְׁחִיטָה וְכֵיוָן שֶׁיָּצָא הֲרֵי הוּא כִּטְרֵפָה וְלֹא תֹּאכְלוּ. וְכָל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מְחִיצָּה וְיָצָא כְּגוֹן בְּשַׂר קָדָשִׁים שֶׁיָּצְאוּ נַמֵּי מֵהַאי קְרָא נָפְקָא לָן (מַכּוֹת דַּף יח.):
Et de la chair, dans le champ — c'est-à-dire hors de sa frontière, soit à l'air libre ; car cette matrice[-ci] lui [sert] de frontière pour le permettre par la chehita, et dès qu'il est sorti, voici qu'il est comme [une bête] tereifa, et 'vous ne mangerez pas'. Et quiconque a une frontière et en est sorti — par exemple la chair des [animaux] consacrés qui est sortie [du parvis] — [c'est] de ce verset[-là] aussi que nous le dérivons (Makot 18a).
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן שֶׁיָּצָא בָּשָׂר חוּץ לִמְחִיצָתוֹ נֶאֱסָר כִּדְדָרֵישׁ לְקַמָּן דֻּומְיָא דִּטְרֵפָה דְּאֵין לָהּ הֶיתֵּר:
Dès que de la chair est sortie hors de sa frontière, elle est devenue interdite — comme [le texte] le dérive plus loin, à l'instar de la tereifa, qui n'a pas de [retour] permis.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וְאֵבֶר עַצְמוֹ אָסוּר. דְּאָמַר קְרָא וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵיפָה כֵּיוָן שֶׁיָּצָא חוּץ לִמְחִיצָתוֹ אָסוּר פֵּירוּשׁ וַהֲרֵי הוּא כִּטְרֵפָה וְאֵין הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ. עֻולָּא א"ר יוֹחָנָן אֵבֶר עַצְמוֹ מֻותָּר. וְאוֹתְבֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן וְסָלְקָא בִּתְיוּבְתָּא הִילְכָּךְ הִלְכְתָא כְּרַב. בְּמַעֲרָבָא מַתְנֵי הָכִי רַב אָמַר יֵשׁ לֵידָה לְאֵיבָרִים וְר' יוֹחָנָן אָמַר אֵין לֵידָה לְאֵיבָרִים. פרש"י אֵין לֵידָה לְאֵיבָרִים וְאַף מַה שֶׁיָּצָא מֻותָּר. מַאי בֵינַיְיהוּ בֵּין לִישָּׁנָא קַמָּא לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא. לְמֵיסַר מִיעוּט אֵבֶר שֶׁבִּפְנִים. לְלִישָּׁנָא קַמָּא אַלִּיבָּא דְּרַב אֵין אָסוּר אֶלָּא הַיּוֹצֵא. וּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא כֵּיוָן דְּיֵשׁ לֵידָה לְאֵיבָרִים אַף מִיעוּט שֶׁבִּפְנִים חָשׁוּב כְּיָלוּד וַאֲסוּרָה וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דא"כ הַךְ בָּעֲיָא דְּהוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ הוּא דְּלָא כְּהִילְכְתָא דְּר' יוֹחָנָן אִיתּוֹתַב לְעֵיל דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן כֵּיוָן דְּהָוֵי חֲזָרָה לְהַתִּיר עַצְמוֹ לַאֲכִילָה כ"ש לְעִנְיַן הָעֻובָּר דְּלָא הָוֵי כְּיָלוּד וְעוֹד דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מַאי אִיכָּא בֵּין הַאי לִישָּׁנָא לְהַאי לִישָּׁנָא כִּדְאִיתָא בפ"ק דְּנִדָּה דַּף ג. הִילְכָּךְ נִרְאֶה כְּפֵירוּשׁ רַב אִלְפָּס זַ"ל דִּלְהַאי לִישָּׁנָא מוֹדֶה ר' יוֹחָנָן דְּהָאֵבֶר שֶׁיָּצָא אָסוּר וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה בַּחֲזָרָה וּבָעֵי מַאי בֵינַיְיהוּ בֵּין רַב לְרַבִּי יוֹחָנָן. לְמֵיסַר מִיעוּט אֵבֶר שֶׁבִּפְנִים לְרַב דְּאָמַר יֵשׁ לֵידָה אָסוּר. וּלְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר אֵין לֵידָה נְהִי דְּמַה שֶׁיָּצָא אָסוּר מ"מ לָא שָׁדֵינַן מִיעוּט מַה שֶּׁבִּפְנִים אַחַר רֹוב הַיּוֹצֵא כֵּיוָן דְּאֵין לֵידָה וּבָזֶה פָּסַק כְּרַבִּי יוֹחָנָן דִּבְהָא מִילְּתָא לָא אִיתִּיתַב וְקַייְמָא לָן רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן. וְהָא דְּאָמַר לְקַמָּן מַאי טַעְמָא דְּר' יוֹחָנָן הָא אִית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא בַּחֲזָרָה הַייְנוּ אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּלִישָּׁנָא קַמָּא וְהָא דְּתַנְיָא בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד וְהוֹצִיא הָעֻובָּר יָדוֹ וְהֶחֱזִירָהּ וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ מֻותָּר בַּאֲכִילָה שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַ"כּ הֶחֱזִירָהּ אָסוּר בַּאֲכִילָה. לֹא אַאֵבֶר גּוּפֵיהּ קָאֵי אֶלָּא אַמָּקוֹם חָתַךְ קָאֵי שֶׁאִם הוֹצִיא הָעֻובָּר יָדוֹ וְהֶחֱזִירוֹ וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ מְקוֹם חָתַךְ מֻותָּר וְאִם שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַ"כּ הֶחֱזִירוֹ מְקוֹם חָתַךְ אָסוּר. אִיבַּעְיָא לְהוּ לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין לֵידָה לְאֵיבָרִים. הוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ לַחוּץ וְהֶחְזִירָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא אֶת יָדוֹ הַשֵּׁנִית לַחוּץ וְהֶחֱזִירָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִים לְרֻובּוֹ מַהוּ מִי אָמְרִינַן הָא נְפַק לֵיהּ רֻובָּא אוֹ דִילְמָא כֵּיוָן דְּהָדַר הָדַר. אִם תִּמְצָא לוֹמַר כֵּיוָן דַּהֲדַר הָדַר. הוֹצִיא הָעֻובָּר יָדוֹ וַחֲתָכָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא יָדוֹ וַחֲתָכָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִים לְרֻובּוֹ מַהוּ. מִי אָמְרִינַן הָא נְפַק לֵיהּ רֻובָּא אוֹ דִּילְמָא רֻובָּא בְּבַת אַחַת בָּעֵי. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וְעָבְדִינַן לְחוּמְרָא. וּמִיעוּט שֶׁבִּפְנִים אָסוּר הֵיכָא דְּחָתְכוּ אֲבָל אִי הֲדוּר הַדּוֹר. וּמַה שֶׁלֹּא יָצָא מֻותָּר:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : et le membre lui-même [de l'animal, sorti hors de la matrice puis coupé] est interdit ; car le verset dit (Ex 22, 30) : « et de la chair, dans le champ, [une] tereifa [vous ne mangerez pas] » — dès lors que [la chair] est sortie hors de sa cloison (mehitsa, la matrice qui la délimite), elle est interdite. Explication : le voici comme une tereifa (bête atteinte d'une lésion mortelle, dont la chair est interdite), et il n'y a plus de permission possible à son interdit [même si le membre est réintroduit]. Oulla a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le membre lui-même est permis. Et on a objecté à Rabbi Yo'hanan [d'une baraita], et [l'objection] a abouti en une réfutation (tioubta, réfutation concluante restée sans réponse) ; c'est pourquoi la halakha (règle tranchée) est selon Rav. En Terre d'Israël (be-Ma'arava) on enseignait ainsi : Rav dit qu'il y a « naissance » pour les membres (yech leida le-eivarim — le membre sorti est considéré comme déjà « né », donc interdit), et Rabbi Yo'hanan dit qu'il n'y a pas « naissance » pour les membres (ein leida le-eivarim). Rachi explique : « il n'y a pas naissance pour les membres » — et même ce qui est sorti est permis. Quelle est la différence (mai beinaihou) entre la première version (lishana kama) et la version dernière (lishana batra) ? [La différence porte] sur l'interdiction d'une partie minoritaire du membre qui [se trouve encore] à l'intérieur (mi'out eiver she-bifnim). Selon la première version, d'après Rav, seul ce qui est sorti est interdit. Et selon la version dernière, puisqu'il y a « naissance » pour les membres, même la partie minoritaire qui est à l'intérieur est considérée comme « née » (yaloud) et interdite. Et cela fait difficulté pour son explication [celle de Rachi] : car s'il en est ainsi, cette question [posée plus loin] du fœtus (oubar) qui a fait sortir sa main puis l'a rentrée — elle ne serait pas conforme à la halakha, puisque [l'opinion] de Rabbi Yo'hanan a été réfutée plus haut (itotav le-eil). Car selon Rabbi Yo'hanan, puisque la réintroduction (hazara) suffit à rendre [le membre] lui-même permis à la consommation, à plus forte raison (kal va-homer) pour ce qui est du fœtus [entier] : il n'est pas considéré comme « né ». Et de plus, [le Talmud] aurait dû dire : quelle différence y a-t-il entre cette version et cette autre version — comme cela figure au premier chapitre de Nidda, feuillet 3a. C'est pourquoi il paraît [juste de suivre] l'explication de Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie : selon cette version [la version de Terre d'Israël], Rabbi Yo'hanan concède que le membre qui est sorti est interdit et n'a pas de remède (takana) par la réintroduction ; et [le Talmud] demande : quelle différence y a-t-il entre Rav et Rabbi Yo'hanan ? [La différence porte] sur l'interdiction de la partie minoritaire du membre qui est à l'intérieur : selon Rav, qui dit qu'il y a « naissance », elle est interdite ; et selon Rabbi Yo'hanan, qui dit qu'il n'y a pas « naissance » — certes, ce qui est sorti est interdit, mais quoi qu'il en soit on ne jette (rejette) pas la partie minoritaire de ce qui est à l'intérieur à la suite de la majorité qui est sortie (on ne considère pas le minoritaire interne comme entraîné par la majorité sortie), puisqu'il n'y a pas « naissance ». Et sur ce point on tranche selon Rabbi Yo'hanan, car sur cette question-là [son opinion] n'a pas été réfutée, et nous tenons pour règle : [dans un différend entre] Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha est selon Rabbi Yo'hanan. Et ce que [le Talmud] dit plus loin — « quelle est la raison de Rabbi Yo'hanan ? [c'est] qu'il a un remède par la réintroduction » — cela [se dit] selon Rabbi Yo'hanan de la première version. Et cette baraita qui enseigne : « une bête qui a des difficultés à mettre bas (ha-mekasha leiled) et le fœtus a fait sortir sa main puis l'a rentrée, et ensuite on a égorgé sa mère (chehita de la mère) — [le fœtus] est permis à la consommation ; [mais si] on a égorgé sa mère et ensuite [le fœtus] a rentré [sa main] — il est interdit à la consommation » — [cet enseignement] ne se rapporte pas au membre lui-même, mais se rapporte à l'endroit de la coupe (mekom hatakh, la section à l'endroit où le membre a été coupé) : c'est-à-dire que si le fœtus a fait sortir sa main et l'a rentrée, puis on a égorgé sa mère — l'endroit de la coupe est permis ; et si on a égorgé sa mère et qu'ensuite [le fœtus] a rentré [sa main] — l'endroit de la coupe est interdit. On a posé la question (ibaya lehou) : selon celui qui dit qu'il n'y a pas « naissance » pour les membres — [si] le fœtus a fait sortir sa main au-dehors et l'a rentrée, puis a de nouveau fait sortir sa seconde main au-dehors et l'a rentrée, jusqu'à atteindre la majorité [de son corps] (rouvo) — qu'en est-il ? Disons-nous : voici que la majorité est bien sortie [donc il est « né »] ; ou bien, puisqu'il l'a rentrée, il l'a rentrée [et chaque sortie s'est annulée par la réintroduction, si bien qu'il n'a jamais eu la majorité dehors en une seule fois] ? Et si tu dis (im timtsa lomar) : puisqu'il l'a rentrée, il l'a rentrée — [alors autre question :] le fœtus a fait sortir sa main et l'a coupée, puis a de nouveau fait sortir [une] main et l'a coupée, jusqu'à atteindre la majorité [de son corps] — qu'en est-il ? Disons-nous : voici que la majorité est bien sortie ; ou bien, faut-il [pour être considéré « né »] la majorité en une seule fois (be-vat ahat) ? Et [la question] n'a pas été tranchée (lo ipchita), et nous agissons vers la rigueur (le-houmra). Et la partie minoritaire qui est à l'intérieur est interdite là où on l'a coupée (mekom she-hatkhou) ; mais si [le membre] a été rentré, il a été rentré [et alors le minoritaire interne redevient permis]. Et ce qui n'est pas sorti est permis.
💡 Explication

La raison de Rav : le verset 'ubassar bassade tereifa lo tokhelou' — 'de la chair, dans le champ, [une] tereifa, vous ne mangerez pas' (Ex 22:30). 'Dans le champ' = hors de sa frontière (mehitsa). Dès que de la chair franchit la frontière où elle est permise, elle devient interdite à jamais, comme la tereifa qui n'a pas de retour permis. Cela vaut pour le membre du foetus comme pour la chair des consacrés sortie du parvis.

5
תְּנַן: בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד, וְהוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירוֹ – מֻותָּר בַּאֲכִילָה. מַאי לַָאו אַאֵבֶר? לֹא, אַעֻובָּר.

Nous avons appris [dans la michna] : une bête en mal d'enfanter, dont le foetus a sorti sa main et l'a rentrée — [est] permis à la consommation. N'est-ce pas [que cela porte] sur le membre [aussi, ce qui contredirait Rav] ?

Non : [cela porte] sur le foetus.

📜 Rachi (1)
לֹא אַעֻובָּר וְאַשְׁמוֹעִינַן דְּמִשּׁוּם יָד לָא הָוֵי כְּיָלוּד:
Non : [cela porte] sur le foetus — et [la michna] nous enseigne que, du fait [de la sortie] de la main, il n'[est] pas comme né.
💡 Explication

Objection à Rav depuis la michna même : elle dit que [le foetus dont la main fut] rentrée est permis — n'est-ce pas le membre aussi qui est permis ? Cela contredirait Rav. Réponse : non, le 'permis' de la michna porte sur le reste du foetus, pas sur le membre sorti.

6
אִי אַעֻובָּר, מַאי אִירְיָא הֶחֱזִירוֹ? אֲפִילּוּ לֹא הֶחְזִירוֹ נָמֵי! הוּא הַדִּין אַף עַל גַּב דְּלֹא הֶחְזִירוֹ. וְאַיְּידֵי דְּקָא בָּעֵי מִיתְנֵא סֵיפָא: הוֹצִיא אֶת רֹאשׁוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהֶחְזִירוֹ – הֲרֵי זֶה כְּיָלוּד, תְּנָא נָמֵי רֵישָׁא הֶחְזִירוֹ.

Si [cela porte] sur le foetus, pourquoi [enseigner] spécialement [le cas où] il l'a rentrée ? Même [s']il ne l'a pas rentrée [le foetus serait permis] aussi !

[Réponse :] il en va de même [le foetus est permis] même [s']il ne l'a pas rentrée ; et puisque [le tana] voulait enseigner la clause finale — 'a sorti sa tête, même [s']il l'a rentrée, voici qu'il est comme né' — il a [aussi] enseigné dans la clause initiale 'il l'a rentrée'.

📜 Rachi (1)
אַפֵּי' לֹא הֶחֱזִירוֹ נָמֵי דְּעֻובָּר נָפְקָא לָן לְקַמָּן מִבְּהֵמָה בַּבְּהֵמָה אוֹתָהּ תֹּאכְלוּ:
Même [s']il ne l'a pas rentrée [le foetus serait permis] aussi — car [pour] le foetus nous [le] dérivons plus loin de 'la bête dans la bête... celle-ci vous [la] mangerez' (behema ba-behema otah tokhelou).
💡 Explication

Difficulté : si le 'permis' porte sur le foetus, pourquoi préciser 'rentrée' ? Le reste du foetus serait permis même sans qu'on rentre la main. Réponse : en effet, le foetus est permis dans les deux cas ; le tana a ajouté 'rentrée' dans la clause initiale par parallélisme avec la clause finale ('a sorti sa tête, même rentrée, comme né'), où 'rentrée' est, lui, significatif.

7
וְסֵיפָא, מַאי קָמַשְׁמַע לַן? דְּכֵיוָן דְּיָצָא רֹאשׁוֹ הָוְיָא לַהּ לֵידָה? תְּנֵינָא: אֵיזֶהוּ בְּכוֹר לְנַחֲלָה וְאֵינוֹ בְּכוֹר לְכֹהֲנִים – הַבָּא אַחַר נְפָלִים, אַף עַל פִּי שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ חַי, אוֹ בֶּן תִּשְׁעָה שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ מֵת.

Et la clause finale, que nous enseigne-t-elle ? Que, puisque sa tête est sortie, c'est pour lui une naissance (lida) ?

Nous [l']avons [déjà] appris : qui [est] premier-né pour l'héritage (bekhor le-nahala) mais n'[est] pas premier-né pour les cohanim ? [Celui] qui vient après des [foetus] avortés (nefalim), même [si l'avorton] a sorti sa tête [étant] vivant ; ou [celui qui vient après] un [enfant] de neuf [mois] qui a sorti sa tête [étant] mort.

📜 Rachi (5)
וְסֵיפָא גּוּפָהּ מַאי קמ"ל דְּקָאָמְרַתְּ רֵישָׁא תָּנֵי מִשּׁוּם סֵיפָא:
Et la clause finale — elle-même, que nous enseigne-t-elle, [toi] qui dis [que] la clause initiale enseigne 'rentrée' à cause de la clause finale ?
בְּכוֹר לְנַחֲלָה בָּעֵינַן וָלָד שֶׁיְּהֵא רָאוּי לִחְיוֹת וְאִי לֹא רָאוּי לִחְיוֹת לָא מַפְקַע אֶת הַבָּא אַחֲרָיו מִלִּיטֹּול פִּי שְׁנַיִם דִּכְתִיב (דְּבָרִים כ״א:י״ז) רֵאשִׁית אֹונוֹ מִי שֶׁלִּבּוֹ דָּוֶה עָלָיו יָצָא וָלָד שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַייְמָא שֶׁאֵין לֵב אָבִיו דָּוֶה עַל מוֹתוֹ אֲבָל מִפִּדְיוֹן הַבְּכוֹר פּוֹטֵר הוּא אֶת הַבָּא אַחֲרָיו שֶׁהֲרֵי זֶה פָּטַר אֶת הָרֶחֶם:
Premier-né pour l'héritage — nous requérons un enfant apte à vivre ; et s'il n'[est] pas apte à vivre, il ne fait pas perdre à celui qui vient après lui [le droit] de prendre double part, car il est écrit 'le premier de sa vigueur' (rechit ono, Deut 21:17) — celui pour la [mort de] qui le cœur [du père] s'attriste ; [cela] exclut un enfant non viable, pour la mort de qui le cœur de son père ne s'attriste pas. Mais du rachat du premier-né il dispense [bel et bien] celui qui vient après lui, car celui-ci [l'avorton] a [déjà] ouvert la matrice (peter rehem).
נָפַל שֶׁלֹּא כָּלוּ חֳדָשָׁיו:
Avorton (nefel) — dont les mois ne se sont pas accomplis.
אע"פ שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ חַי וְהֶחֱזִירוֹ וְיָצָא אָחִיו שֶׁכָּלוּ חֳדָשָׁיו אֵין לֵידַת הָרִאשׁוֹן מִפְּקַעְתּוֹ מִלִּהְיוֹת בְּכוֹר לְנַחֲלָה שֶׁאֲפִילּוּ נוֹלַד הַנֵּפֶל כֻּולּוֹ אֵינוֹ מַפְקִיעַ אֶת הַבָּא אַחֲרָיו שֶׁאֵין לִבּוֹ דָּוֶה עָלָיו וְכָל שֶׁכֵּן אִם יָצָא רֹאשׁוֹ מֵת. וְהַאי דִּנְקַט רֹאשׁוֹ מִשּׁוּם בְּכוֹר לַכֹּהֵן נְקַט לֵיהּ וּבִיצִיאַת רֹאשׁוֹ הָוֵי יָלוּד וּפוֹטֵר אֶת אֶחָיו מִבְּכוֹר לַכֹּהֵן:
Même [s']il a sorti sa tête [étant] vivant — et l'a rentrée, et [si ensuite] est sorti son frère dont les mois se sont accomplis, la naissance du premier né lui fait pas perdre [au second le statut] d'être premier-né pour l'héritage ; car même [si] l'avorton [était] né tout entier, il ne fait pas perdre [son statut] à celui qui vient après lui, car le cœur [du père] ne s'attriste pas pour lui ; et à plus forte raison [s']il a sorti sa tête [étant] mort. Et le fait qu'[il] prenne [le cas de la sortie de] la tête, [c'est] à cause du premier-né pour le cohen qu'il [le] prend : par la sortie de sa tête il est [déjà] né (yaloud), et il dispense son frère [du statut] de premier-né pour le cohen.
אוֹ הַבָּא אַחַר בֶּן תִּשְׁעָה אַפֵּי' יָצָא רֹאשׁוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן מֵת הָוְיָא לֵידַת הָרִאשׁוֹן לֵידָה וְאֵין הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר לַכֹּהֵן אֲבָל הַבָּא אַחַר בֶּן תִּשְׁעָה שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ חַי בְּכוֹר לְנַחֲלָה נָמֵי לָא הָוֵי. אַלְמָא רֹאשׁ הָוְיָא לֵידָה:
Ou — [celui qui vient] après un [enfant] de neuf [mois] : même [si] la tête du premier est sortie morte, la naissance du premier [est] une naissance, et celui qui vient après lui n'[est] pas premier-né pour le cohen ; mais celui qui vient après un [enfant] de neuf [mois] dont la tête est sortie vivante n'[est] pas non plus premier-né pour l'héritage. On voit donc que la tête [sortie] est une naissance.
🗂️ Tossefot (1)
סֵיפָא מַאי קמ"ל דְּכֵיוָן שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ הָוְיָא לֵידָה תְּנֵינָא וא"ת וְדִילְמָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן אע"ג דְּהֶחֱזִירוֹ הָוֵי כְּיָלוּד דְּמֵהַהִיא דִּבְכוֹרוֹת לָא שָׁמְעִינַן אֶלָּא בְּלֹא הֶחֱזִירוֹ וְי"ל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּכֵיוָן דִּבְלֹא חֲזָרָה הָוְיָא לֵידָה כִּי הֶחֱזִירוֹ נָמֵי לֹא כְּלוּם הָוְיָא וּמִיהוּ אִי לָאו הַהוּא דִּבְכוֹרוֹת לָא הָוְיָא קַשְׁיָא לֵיהּ אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ לְמִיתְנֵי הֶחֱזִירוֹ דְּכֵיוָן דְּאִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעֵי' דִּיצִיאַת רֹאשׁ הָוְיָא לֵידָה אַשְׁמוֹעִינַן נָמֵי אַגַּב אוֹרְחֵיהּ דַּחֲזָרָה לָאו כְּלוּם הוּא אֲבָל כּוּלֵּיהּ בָּבָא לֵית לֵיהּ לְמִיתְנֵי מִשּׁוּם הַאי חִידּוּשׁ פֻּורְתָּא וְזֶה נָמֵי אֵין לְהַקְשׁוֹת דְּהָכָא אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַפֵּי' מַה שֶּׁבִּפְנִים אָסוּר דִּלְרַב יְהוּדָה אָסוּר קָאֵי אַעֻובָּר וְהָא לָא שָׁמְעִינַן מֵהַהִיא דִּבְכוֹרוֹת דְּהָא נָמֵי פְּשִׁיטָא דְּכֵיוָן דַּחֲשִׁיב כְּיָלוּד וְאַפֵּי' מַה שֶּׁבִּפְנִים אָסוּר כֵּיוָן שֶׁהַוָּלָד שָׁלֵם וּבְנֶחְתַּךְ הוּא דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ לְקַמָּן כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ לְקַמָּן בְּעֶזְרַת הָאֵל:
La clause finale, que nous enseigne-t-elle, que, puisque la tête est sortie, c'est une naissance — nous [l']avons [déjà] appris. Et si tu dis : peut-être était-il nécessaire de nous enseigner que, même [s']il l'a rentrée, il [est] comme né — car de cette [michna] de Bekhorot nous n'apprenons que [le cas où] il ne l'a pas rentrée ? On peut dire : il lui [était] évident que, puisque, sans retour, c'[est] une naissance, alors même [s']il l'a rentrée [cela] n'est rien [n'y change rien]. Toutefois, n'était cette [michna] de Bekhorot, il [aurait trouvé] difficile pourquoi [le tana] a besoin d'enseigner 'rentrée' ; car, puisqu'il était nécessaire de nous enseigner que la sortie de la tête [est] une naissance, [le tana] nous enseigne aussi, chemin faisant (agav orheih), que le retour n'est rien ; mais [enseigner] toute cette clause-là à cause de ce petit novum, il n'avait pas [à le faire]. Et ceci non plus, il n'y a pas à [l']objecter : qu'ici [le tana] avait besoin de nous enseigner que même ce qui [est] à l'intérieur [est] interdit — car selon Rav Yehouda [c'est] interdit [et cela] porte sur le foetus, et cela nous ne l'apprenons pas de cette [michna] de Bekhorot ! — car cela aussi [est] évident, puisque, dès lors qu'il est tenu pour ne, même ce qui [est] à l'intérieur [est] interdit, du fait que l'enfant [est] complet ; et c'[est seulement] pour [le cas où] il a été tranché qu'il [y a] une question plus loin, comme je [l']expliquerai plus loin avec l'aide de Dieu.
💡 Explication

La clause finale n'apporte-t-elle rien ? L'idée que la sortie de la tête = naissance (lida) est déjà enseignée dans la michna de Bekhorot (46a) sur le premier-né : est premier-né pour l'héritage mais pas pour les cohanim celui qui vient après un avorton (nefel, non viable) dont la tête est sortie vivante ; et n'est pas premier-né pour les cohanim celui qui vient après un foetus de neuf mois dont la tête est sortie morte. Dans les deux cas, c'est la sortie de la tête qui fait naissance.

8
טַעְמָא דְּרֹאשׁוֹ מֵת, הָא רֹאשׁוֹ חַי – הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר לַנַּחֲלָה נָמֵי לָא הָוֵי.

[On infère :] la raison [pour qu'il soit premier-né pour l'héritage, c'est que] sa tête [est sortie] morte ; mais [si] sa tête [était sortie] vivante — celui qui vient après lui ne [serait] pas non plus premier-né pour l'héritage [donc la sortie de la tête vivante fait déjà naissance].

🗂️ Tossefot (1)
טַעְמָא דְּרֹאשׁוֹ מֵת הָא רֹאשׁוֹ חַי כו' תֵּימַהּ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִפְרַךְ בִּפְשִׁיטוּת מִדְּקָתָנֵי וְאֵין בְּכוֹר לְכֹהֵן א"כ מִכִּי יָצָא רֹאשׁוֹ הָוֵי כְּיָלוּד וְי"ל מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמִדְחֵי מַאי רֹאשׁוֹ רֻובּוֹ כִּדְדָחֵי בְּפֶ' יֵשׁ בְּכוֹר (בְּכוֹרוֹת מו:) דְּאָמַר שְׁמוּאֵל אֵין הָרֹאשׁ פּוֹטֵר בִּנְפָלִים וּפָרִיךְ לֵיהּ מֵהָא דְּאֵין בְּכוֹר לְכֹהֵן וּמְשַׁנֵּי מַאי רֹאשׁוֹ רֻובּוֹ פֵּירוּשׁ יָצָא רֹאשׁוֹ וְגַם יָצָא רֻובּוֹ אַחַ"כּ וּפָרִיךְ וְנִיתְנֵי רֻובּוֹ וּמְשַׁנֵּי דִּנְקַט רֹאשׁוֹ לְמֵידַק הָא רֹאשׁוֹ חַי בְּכוֹר לְנַחֲלָה נָמֵי לָא הָוֵי הִלְכָּךְ עִיקַּר פַּרְכֵיהּ מֵהַאי דִּיּוּקָא וַהֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ הָכָא מִמַּתְנִי' דְּנִדָּה דִּתְנַן (דַּף כֹּח.) יָצָא כְּדַרְכּוֹ מִשֶּׁיָּצָא רֹוב רֹאשׁוֹ וְאֵיזוֹ רֹוב רֹאשׁוֹ מִשֶּׁתֵּצֵא פַּדַּחְתּוֹ:
La raison [c'est que] sa tête [est sortie] morte, mais [si] sa tête [était] vivante etc. — c'[est] étonnant, car il aurait dû objecter simplement, de ce qu'[il] enseigne 'et n'[est] pas premier-né pour le cohen' : si [c'est] ainsi, dès que sa tête est sortie il [est] comme né ! On peut dire : [c'est] parce qu'il y a [matière] à repousser [l'objection] — 'que [signifie] sa tête ? sa majeure partie (roubo)', comme [le texte] repousse au chapitre Yech Bekhor (Bekhorot 46b), où Chmouel dit 'la tête ne dispense pas pour les avortons', et [le texte] lui objecte de ceci qu'[il] n'[est] pas premier-né pour le cohen, et [le texte] résout 'que [signifie] sa tête ? sa majeure partie' — c'est-à-dire [que] sa tête est sortie et qu'ensuite sa majeure partie [est] sortie [aussi] ; et [le texte] objecte 'qu'[il] enseigne donc sa majeure partie !' et [le texte] résout qu'[il] prend [le cas de] sa tête pour [permettre] l'inférence 'mais [si] sa tête [était sortie] vivante, [le suivant] n'[est] pas non plus premier-né pour l'héritage'. Dès lors, le principal de son objection [provient] de cette inférence[-ci]. Et il aurait pu objecter ici depuis la michna de Nidda, où nous avons appris (28a) 'sorti selon son mode [naturel] — dès qu'est sortie la majeure partie de sa tête ; et qu'[est-ce que] la majeure partie de sa tête ? des que sort son front (padahto)'.
💡 Explication

L'inférence (diyouk) de la michna de Bekhorot : on dit 'premier-né pour l'héritage' lorsque la tête du premier [est] sortie morte — d'où : si elle était sortie vivante, le suivant ne serait pas même premier-né pour l'héritage. Preuve que la sortie de la tête vivante est déjà une naissance. La définition de la naissance n'avait donc pas besoin d'être enseignée ici.

9
וְכִי תֵּימָא, אַשְׁמְעִינַן בְּאָדָם, וְקָא מַשְׁמַע לַן בִּבְהֵמָה.

Et si tu dis : [la michna de Bekhorot] nous enseigne [cela] pour l'homme (adam), et [la michna ici] nous enseigne [cela] pour la bête (behema) [donc elle apporterait quelque chose].

📜 Rachi (1)
וְכִי תֵּימָא אַשְׁמוֹעִינַן בְּאָדָם דְּבִיצִיאַת רֹאשׁוֹ הָוֵי כְּיָלוּד וַהֲדַר אַשְׁמוֹעֵי' בִּבְהֵמָה דְּאָדָם מִבְּהֵמָה לָא יָלֵיף דִּבְהֵמָה לֵית לָהּ פְּרוֹזְדוֹר לִפְנֵי בֵּית הָרֶחֶם שֶׁלָּהּ וְגָלוּי הוּא וּמִכֵּיוָן שֶׁהָרֹאשׁ יוֹצֵא לֵידָתוֹ נִיכֶּרֶת אֲבָל אִשָּׁה אֵין רַחְמָהּ בְּגָלוּי שֶׁהַיְּרֵכַיִם הָווּ לָהּ כְּעֵין פְּרוֹזְדוֹר וְאֵין יְצִיאַת הַוָּלָד נִיכֶּרֶת יָפֶה עַד שֶׁיֵּצֵא רֻובּוֹ:
Et si tu dis : [la michna de Bekhorot] nous enseigne [cela] pour l'homme — que par la sortie de sa tête il [est] comme né, et [notre michna] enseigne ensuite [cela] pour la bête ; car l'homme ne se dérive pas de la bête, [puisque] la bête n'a pas de vestibule (prozdor) devant l'orifice de sa matrice, et [tout] est apparent : dès que la tête sort, sa naissance est reconnaissable ; mais la femme — sa matrice n'[est] pas apparente, car les cuisses lui [font] comme un vestibule, et la sortie de l'enfant n'[est] pas bien reconnaissable jusqu'à ce que sorte sa majeure partie.
💡 Explication

Réponse possible défendant l'utilité de notre michna : peut-être la michna de Bekhorot enseigne la naissance par la tête pour l'homme, et notre michna l'enseigne pour la bête — on ne pourrait pas déduire l'un de l'autre. La Guemara s'apprêtera à réfuter cette défense.

10
דְּאָדָם מִבְּהֵמָה לָא יָלֵיף, דְּאֵין פְּרוֹזְדוֹר לִבְהֵמָה, וּבְהֵמָה מֵאָדָם לָא יָלְפָא, דַּחֲשִׁיב פַּרְצוּף פָּנִים דִּידֵיהּ.

[En effet] l'homme ne se dérive pas de la bête, car la bête n'a pas de vestibule (prozdor) ; et la bête ne se dérive pas de l'homme, car la face de son visage (partsouf panim) [de l'homme] est tenue pour importante.

🗂️ Tossefot (1)
אָדָם מִבְּהֵמָה לָא יָלֵיף דְּאֵין פְּרוֹזְדוֹר לִבְהֵמָה הַאי פְּרוֹזְדוֹר דְּהָכָא לָא הָוֵי כִּי הַהוּא דְּיוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מב:) דְּאָמַר דְּמִכִּי הוֹצִיא וָלָד רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר הָוֵי כְּיָלוּד דְּאִי כִּפְרוֹזְדוֹר דְּהָתָם אַיְירֵי הָכָא מֶה הָיָה יָכוֹל הַפְּרוֹזְדוֹר לְעַכֵּב הַלֵּידָה כֵּיוָן שֶׁהָרֹאשׁ חוּצָה לוֹ אֶלָּא פְּרוֹזְדוֹר דְּהָתָם הוּא בַּיִת הַחִיצוֹן וּדְהָכָא הוּא עֹובִי הַיְּרֵכַיִם הַמְכֻסִּים אֶת הָרֶחֶם שֶׁבֵּין הַיְּרֵכַיִם כִּדְפֵ"ה ומש"ה לָא חֲשִׁיב כְּיָלוּד בִּיצִיאַת רֹאשׁ חוּץ לְרַחֵם וְאֵין תֵּימַהּ עַל שֶׁהַלָּשׁוֹן שָׁוָה וְהַפֵּירוּשׁ מִשְׁתַּנֶּה דְּכִי הַאי גַּווְנָא אַשְׁכְּחַן בְּפֶ' הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כ.) דְּאָמַר רַבִּי [יְהוֹשֻׁעַ] טִינּוּף פּוֹטֵר מִבְּכוֹרָה דַּחֲשִׁיב הַטִּינּוּף וָלָד וְלָא הָוֵי הַהִיא טִינּוּף וָלָד כִּי הַאי דְּפֶ' הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כט.) דְּרֹוב יוֹלְדוֹת מְטַנְּפוֹת:
L'homme ne se dérive pas de la bête, car la bête n'a pas de vestibule — ce 'vestibule' (prozdor) d'ici n'[est] pas comme celui de [Yotse Dofen] (Nidda 42b), où il est dit que, dès que [la femme] a sorti la tête de l'enfant hors du vestibule, il [est] comme né ; car si [le texte] parlait ici du vestibule de là-bas, qu'aurait pu retenir le vestibule dans [le processus de] la naissance, dès lors que la tête lui [est] extérieure ? Plutôt, le vestibule de là-bas [est] la chambre extérieure (bayit ha-hitson), et celui d'ici [est] l'épaisseur des cuisses qui recouvrent la matrice [située] entre les cuisses, comme l'a expliqué Rachi ; et c'est pourquoi il n'[est] pas tenu pour ne par la sortie de la tête hors de la matrice. Et il ne faut pas s'étonner que la langue [le terme] soit identique et que le sens change, car de cette manière[-là même] nous trouvons [un cas semblable] au chapitre Ha-Lokeah Behema (Bekhorot 20a), où il est dit [que] Rabbi Yehochoua dit 'la souillure [d'un écoulement] (tinouf) dispense de [la loi du] premier-né', tenant cette souillure pour un enfant ; et cette souillure-là n'[est] pas un enfant comme celle du chapitre Ha-Mapelet (Nidda 29a) [où il est dit que] 'la plupart des parturientes souillent'.
💡 Explication

Pourquoi il faut bien enseigner la naissance par la tête des deux côtés. L'homme ne se dérive pas de la bête, car la bête n'a pas de vestibule (prozdor) : chez elle la tête sortie se voit aussitôt, alors que chez la femme les cuisses cachent l'orifice. Et la bête ne se dérive pas de l'homme, car chez l'homme la face du visage (partsouf panim, faite à l'image divine) est importante [et c'est peut-être pour cela que sa tête fait naissance].

11
הָא נָמֵי תְּנֵינָא: שָׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ – אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה, כְּסִימָן וָלָד בָּאִשָּׁה כָּךְ סִימָן וָלָד בַּבְּהֵמָה!

Cela aussi, nous l'avons [déjà] appris : une placenta (chilya) dont une partie est sortie — [est] interdite à la consommation ; car, [de] même [que] le signe d'un enfant chez la femme, ainsi [est] le signe d'un enfant chez la bête !

📜 Rachi (1)
הָא נָמֵי תְּנֵינָא בִּבְהֵמָה נָמֵי תְּנֵינָא בְּמַתְנִיתִין בְּפִירְקִין דְּרֹאשׁ הָוֵי לֵידָה דְּקָתָנֵי שִׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה אֲפִילּוּ מַה שֶׁהָיָה בִּפְנִים בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה לְפִי שֶׁהַשָּׁלְיָא סִימַן וָלָד בָּאִשָּׁה וְסִימַן וָלָד בַּבְּהֵמָה וְחָיְישִׁינַן דִּלְמָא בְּהַהִיא מִקְצָת דְּנָפֵיק יָצָא הָרֹאשׁ וְהָוֵי כְּיָלוּד הִלְכָּךְ כֻּולָּהּ אֲסוּרָה דְּשָׁדֵינַן לָהּ בָּתַר רֵישָׁא אַלְמָא רֹאשׁוֹ תְּנַן דְּהָוֵי לֵידָה וְסֵיפָא דְּקָתָנֵי הֶחֱזִירוֹ לָא אִצְטְרִיךְ:
Cela aussi, nous l'avons [déjà] appris — pour la bête aussi nous [l']avons appris dans la michna, dans notre chapitre, que la tête [est] une naissance : car [le texte] enseigne 'une placenta dont une partie est sortie [est] interdite à la consommation', même ce qui [était] à l'intérieur au moment de la chehita, parce que la placenta [est] un signe d'enfant chez la femme et un signe d'enfant chez la bête, et nous craignons que, dans cette partie sortie, la tête [ne] soit sortie, et [que le foetus ne soit donc] comme né ; dès lors [la placenta] tout entière [est] interdite, car nous la rattachons [au statut de] la tête. On voit donc que [c'est bien] 'sa tête' que nous avons appris [comme faisant] naissance ; et la clause finale qui enseigne 'rentrée' n'[était] pas nécessaire.
🗂️ Tossefot (2)
שַׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ אָסוּר בַּאֲכִילָה אַפֵּי' מַה שֶׁהָיָה בִּפְנִים בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה וא"ת הֵיכִי מוּכָח מִינֵּיהּ דִּבְרֹאשׁ הָוֵי כְּיָלוּד דִּלְמָא מִשּׁוּם דְּגָזְרִינַן מִקְצָתָהּ דְּמֵהָא נָמֵי דָּחֵי לָהּ בפ"ק דב"ק (דַּף יא.) דְּקָאָמַר אַמִּילְּתָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר מַאי קָא מַשְׁמַע לַן דְּאֵין מִקְצָת שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד תְּנֵינָא שִׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ כו' וְי"ל דְּאִם אִיתָא דְּבִיצִיאַת הָרֹאשׁ לָא הָוְיָא לֵידָה לֹא הָיָה רָאוּי לִגְזֹור כֵּיוָן דִּבְמִקְצָתָהּ אִי אֶפְשָׁר בְּשׁוּם פַּעַם לָבֹא לִידֵי חֲשִׁיבוּת לֵידָה וּמֵהָכָא לֵיכָּא לְמִפְרַךְ לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר בְּפֶ' יֵשׁ בְּכוֹר (בְּכוֹרוֹת דַּף מו:) דְּאֵין הָרֹאשׁ פּוֹטֵר בִּנְפָלִים דְּדִילְמָא הַייְנוּ דַּוְקָא בִּבְהֵמָה אֲבָל בְּאָדָם לָא שָׁמְעִינַן מֵהָכָא דְּהָא דְּקָתָנֵי סֵיפָא כְּסִימָן וָלָד בָּאִשָּׁה כָּךְ סִימָן וָלָד בַּבְּהֵמָה הַיְינוּ לְעִנְיַן שָׁלְיָא דְּהָוֵי סִימָן וָלָד:
Une placenta dont une partie est sortie [est] interdite à la consommation — même ce qui [était] à l'intérieur au moment de la chehita. Et si tu dis : comment [le texte] en tire-t-il preuve que [par] la tête il [est] comme né ? peut-être [est-ce] parce que nous décrétons [par précaution] sur [la sortie d']une partie [d'elle] ? car de cela aussi [le texte] le repousse au chapitre 1 de Baba Kama (11a), où il dit, à propos du propos de Rabbi Elazar : 'que nous enseigne-t-il ? qu'il n'y a pas de partie de placenta sans enfant ? nous [l']avons [déjà] appris : une placenta dont une partie est sortie etc.' On peut dire : que, s'il était [vrai] que par la sortie de la tête il n'[est] pas [encore] une naissance, il n'[y aurait] pas lieu de décréter, dès lors que par [la sortie d']une partie il n'est jamais possible d'aboutir à [un statut] de naissance significatif. Et de là [michna de la placenta] on ne peut objecter à Chmouel, qui dit au chapitre Yech Bekhor (Bekhorot 46b) que 'la tête ne dispense pas pour les avortons' — car peut-être [n']est-ce [vrai] que pour la bête, mais pour l'homme nous ne l'apprenons pas d'ici ; car ce qu'enseigne la clause finale 'comme le signe d'enfant chez la femme, ainsi le signe d'enfant chez la bête', [c'est] quant à la placenta, qui [est] un signe d'enfant.
כְּסִימָן וָלָד בָּאִשָּׁה כָּךְ סִימָן וָלָד כו' וא"ת מַאי פָּשׁוּט יוֹתֵר בָּזֶה מְבַזֶּה וְי"ל מִשּׁוּם דִּתְנַן בְּנִדָּה (דַּף כֹּה.) דִּבְאִשָּׁה הָוֵי שַׁפִּיר סִימַן וָלָד לְכָךְ קָאָמַר דאע"ג דְּבִבְהֵמָה לָא הָוֵי שַׁפִּיר סִימָן וָלָד מ"מ בֻּשְׁלַיָּא שָׁוָה לְאִשָּׁה:
Comme le signe d'enfant chez la femme, ainsi le signe d'enfant [chez la bête] — et si tu dis : qu'[y a-t-il] de plus évident dans l'un que dans l'autre ? On peut dire : parce que nous avons appris dans Nidda (25a) que, chez la femme, un embryon informe (chefir) [est] un signe d'enfant ; c'est pourquoi [le texte] dit que, bien que chez la bête [l'embryon informe] ne [soit] pas un signe d'enfant, néanmoins quant à la placenta [la bête] est semblable à la femme.
💡 Explication

Réfutation de la défense : même pour la bête, la naissance par la tête est déjà apprise, dans la michna de la placenta (chilya, 77a) : une placenta sortie en partie rend interdit [tout le foetus], car la placenta est un signe d'enfant chez la femme comme chez la bête — on craint que la tête soit sortie dans cette partie. Donc notre michna n'apporte rien de neuf, même pour la bête.

12
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא הֶחְזִירוֹ דְּרֵישָׁא דַּוְקָא, תְּנָא סֵיפָא אַטּוּ רֵישָׁא.

[Cela revient à Rav :] si tu dis [que] 'il l'a rentrée' de la clause initiale [est] précis (davka) [et enseigne un novum sur le membre], [alors] le tana a enseigné la clause finale à cause de la clause initiale [par parallélisme].

📜 Rachi (1)
א"א בִּשְׁלָמָא הֶחְזִירוֹ דְּרֵישָׁא דַּוְקָא וּלְמִישְׁרֵי אֵבֶר גּוּפֵיהּ אִיכָּא לְתָרוּצֵי סֵיפָא דְּתָנֵי הֶחֱזִירוֹ מִשּׁוּם רֵישָׁא אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ מֻותָּר דְּרֵישָׁא אַעֻובָּר קָאֵי אֲבָל אֵבֶר אָסוּר דַּחֲזָרָה לָא מְהַנֵּי אַמַּאי נְקַט הֶחֱזִירוֹ:
Si tu dis [que] 'il l'a rentrée' de la clause initiale [est] précis — et [vient] permettre le membre lui-même, [alors] on peut résoudre [pourquoi] la clause finale enseigne 'rentrée' à cause de la clause initiale. Mais si tu dis [que] le 'permis' de la clause initiale porte sur le foetus, tandis que le membre [est] interdit [car] le retour n'aide pas — pourquoi [le tana] prend-il [le cas de] 'rentrée' ?
💡 Explication

La Guemara revient confronter la michna à Rav. Si tu dis que 'il l'a rentrée' de la clause initiale est précis (davka) et vient permettre le membre lui-même [contre Rav], alors on comprend que la clause finale ('rentrée') n'apporte rien et n'est là que par parallélisme avec la clause initiale.

13
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ: לָא דְּרֵישָׁא דַּוְקָא, וְלָא דְּסֵיפָא דַּוְקָא, לָמָּה לֵיהּ לְמִתְנְיַיהּ כְּלָל?

Mais si tu dis : ni [le 'rentrée'] de la clause initiale n'[est] précis, ni [celui] de la clause finale n'[est] précis — pourquoi [le tana] aurait-il à l'enseigner du tout ?

💡 Explication

L'alternative, qui force la position de Rav. Si ni le 'rentrée' de la clause initiale ni celui de la clause finale n'enseignent rien de neuf, pourquoi le tana mentionnerait-il 'rentrée' du tout ? Force est donc que la clause initiale enseigne bien un novum — à savoir que le membre, lui, reste interdit [conformément à Rav], et que 'rentrée' précise un cas particulier.

14
לֹא, לְעוֹלָם אַעֻובָּר, וְכִדְאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ. הָכָא נָמֵי, לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ.

Non ; en réalité [le 'permis' porte] sur le foetus, et comme [l']a dit Rav Nahman bar Yitshak : [cet enseignement] n'est nécessaire que pour le lieu de la coupe (mekom hatakh). Ici aussi, [le 'rentrée'] n'est nécessaire que pour le lieu de la coupe.

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם מֻותָּר דְּקָתָנֵי אַעֻובָּר וּדְקַשְׁיָא לָךְ חֲזָרָה מַאי אַהֲנֵי לִמְקוֹם חֲתָךְ מְהַנְּיָא דְּאִם לֹא הֶחֱזִיר צָרִיךְ לְהַנִּיחַ מִמַּה שֶׁבִּפְנִים לְצַד הַחִיצוֹן וּלְחָותְכוֹ שֶׁמְּקוֹם הַחֲתָךְ הִבְדַּלְתָּ הַחִיצוֹן וְהַפְּנִימִי אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא עוֹמֵד עַל שְׂפַת הָרֶחֶם וְלָא קָרֵינָא בֵיהּ בְּהֵמָה בִּבְהֵמָה דְּלָאו בְּתוֹכָהּ הוּא אֲבָל הֶחֱזִירוֹ א"צ לַחְתֹּוךְ לְצַד פָּנִים אֶלָּא מְצַמְצֵם וְחוֹתֵךְ וּמְקוֹם חָתַךְ מֻותָּר דְּקָרֵינָא בֵּיהּ בְּהֵמָה בִּבְהֵמָה וּמִשּׁוּם בָּשָׂר בַּשָּׂדֶה לֵיכָּא דְּהָא לֹא יָצָא מִמְּחִיצָתוֹ. וְהָא דְּרַב נַחְמָן לְקַמָּן:
En réalité — le 'permis' qu'[il] enseigne porte sur le foetus ; et quant à ce qui te [fait] difficulté — 'le retour, à quoi sert-il ?' — [il sert] pour le lieu de la coupe : car, [s']il n'a pas rentré [la main], il faut laisser [une marge] de ce qui [est] à l'intérieur, vers le côté extérieur, et la couper [la], de sorte que le lieu de la coupe — la séparation entre l'extérieur et l'intérieur — [soit] interdit, parce qu'il se tient sur le bord de la matrice et que nous n'appelons pas cela 'la bête dans la bête' (behema bivhema), [puisque cela] n'[est] pas à l'intérieur d'elle ; mais [s']il l'a rentrée, point n'[est] besoin de couper vers le côté intérieur : [il] serre (metsamtsem) et coupe, et le lieu de la coupe [est] permis, car nous appelons cela 'la bête dans la bête' ; et à cause de 'la chair dans le champ' il n'[y a] rien [à craindre], car elle n'est pas sortie de sa frontière. Et ce [propos] de Rav Nahman [se trouve] plus loin.
💡 Explication

Résolution (sauvant à la fois la michna et Rav). Le 'permis' porte bien sur le foetus, et 'rentrée' enseigne pourtant un novum : comme l'explique Rav Nahman bar Yitshak [à propos d'une braita citée plus loin], la nouveauté tient au lieu de la coupe (mekom hatakh). S'il n'a pas rentré la main, il faut couper en laissant une marge vers l'intérieur, et le lieu de la coupe, étant sur la frontière, est interdit ; s'il a rentré la main, on coupe au ras (metsamtsem), et le lieu de la coupe reste dedans, donc permis ('behema bivhema').

🖼️ Schéma
Le lieu de la coupe (mekom hatakh) : le novum du membre rentré frontière de la matrice dedans (permis) dehors (interdit) N'A PAS rentré : on coupe vers l'intérieur le lieu de la coupe est sur la frontière -> interdit (pas 'behema bivhema') A rentré : on serre et on coupe au ras (metsamtsem) le lieu de la coupe reste dedans -> permis ('behema bivhema', pas sorti)
Le novum de 'rentrée' selon Rav Nahman bar Yitshak : le lieu de la coupe (mekom hatakh) reste-t-il dedans (permis) ou tombe-t-il sur la frontière (interdit) ?
15
תָּא שְׁמַע: בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד, הוֹצִיא עֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ, וְאַחַר כָּךְ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ – מֻותָּר בַּאֲכִילָה. שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַר כָּךְ הֶחְזִירָהּ – אָסוּר בַּאֲכִילָה.

Viens et entends [une braita] : une bête en mal d'enfanter, dont le foetus a sorti sa main et l'a rentrée, et [où] ensuite il a abattu sa mère — [le foetus est] permis à la consommation. [S']il a abattu sa mère et qu'ensuite il l'a rentrée — [il est] interdit à la consommation.

💡 Explication

Preuve depuis une braita, [conforme à la michna]. Si le foetus a sorti sa main et l'a rentrée, puis on abat la mère — le foetus est permis. Mais si l'on a abattu d'abord et que la main n'a été rentrée qu'après — il est interdit : au moment décisif de la chehita, le membre était dehors, hors de sa frontière.

16
הוֹצִיא אֶת יָדוֹ וַחֲתָכוֹ, וְאַחַר כָּךְ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ – שֶׁבַּחוּץ טָמֵא וְאָסוּר, וְשֶׁבִּפְנִים טָהוֹר וּמֻותָּר.

[S']il a sorti sa main et l'a coupée, et [qu']ensuite il a abattu sa mère — ce qui [était] dehors [est] impur (tame) et interdit, et ce qui [était] dedans [est] pur (tahor) et permis.

📜 Rachi (2)
שֶׁבַּחוּץ טָמֵא דְּיָלְפִינַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חוֹלִין דַּף קכח:) שֶׁאֵבֶר מִן הַחַי מְטַמֵּא כְּאֵבֶר מִן הַנְּבֵלָה מֻוכֵּי יָמוּת מִן הַבְּהֵמָה:
Ce qui [était] dehors [est] impur — car nous [le] dérivons dans Ha-Or veha-Rotev (plus loin, Houlin 128b) qu'un membre [détaché] du vivant souille comme un membre [détaché] de la charogne, [de ce qui est écrit] 'et lorsque mourra [une bête]... de la bête' (Lev 11:39).
שֶׁבִּפְנִים טָהוֹר שֶׁמֵּחַיִּים לֹא קִבֵּל טֻומְאַת אוֹכְלִין:
Ce qui [était] dedans [est] pur — car, du vivant [de l'animal], il n'a pas reçu d'impureté alimentaire.
💡 Explication

Suite de la braita. Si l'on coupe la main sortie, puis on abat la mère : le morceau qui était dehors a le statut d'un membre détaché d'un vivant (ever min ha-haï) — impur [il transmet l'impureté] et interdit ; et le reste qui était dedans est pur (il n'a pas reçu d'impureté du vivant de l'animal) et permis par la chehita de la mère.

17
שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַר כָּךְ חֲתָכוֹ –

[S']il a abattu sa mère et [qu']ensuite il l'a coupée —

💡 Explication

Dernière clause de la braita, dont la règle se poursuit au daf suivant (68b). Cas inverse du précédent : on a abattu d'abord la mère, puis on coupe la main qui était sortie — situation où la chehita de la mère a précédé la coupe.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).