Chullin 68b — le membre du foetus sorti de la matrice : 'y a-t-il naissance pour les membres ?'

Chullin 68b

Sougya : La sougya poursuit la michna sur le foetus qui a sorti une patte hors de la matrice avant l'abattage de sa mère : ce membre devient interdit. Rav (et Chmouel) tiennent qu'il reste interdit même s'il a été rentré — 'il y a naissance pour les membres' (le membre sorti est comme un nouveau-né) ; Oulla au nom de Rabbi Yo'hanan tient au contraire que 'le membre lui-même est permis', car 'il n'y a pas de naissance pour les membres' et la rentrée le rachète.

La Guemara confronte ces avis à la braita 'parsa hehzir / parsot hehzir' et au verset 'basar ba-sade tereifa lo tochelu' (Ex 22:30), interprété comme rendant interdit tout ce qui sort de sa frontière (mehitsa) — à l'instar de la hatat sortie du parvis, par opposition au maaser cheni et aux bikourim qui, sortis de Jérusalem puis rentrés, redeviennent permis. Rabba dérive de 'tereifa' que la sortie est sans retour, ce qui constitue une réfutation (teyouvta) d'Oulla.

La fin du daf pose deux questions non tranchées : si l'on sort et rentre les membres l'un après l'autre jusqu'à la majorité, ou si on les sort et les coupe un à un, la majorité est-elle 'sortie' ?

Le membre du foetus sorti puis rentré : est-il permis par l'abattage de la mère ? Rav (et Chmouel) il y a naissance pour les membres Rabbi Yo'hanan (Oulla) pas de naissance pour les membres Le membre sorti devient comme né (ilud) : l'abattage ne le rachète plus -> INTERDIT jamais né : tant qu'il est dedans à l'abattage -> PERMIS Le membre rentré la rentrée ne sert à rien : interdit la rentrée sert : permis (et le membre lui-même est permis) Conclusion teyouvta de-Oulla : Rabba réfute par 'tereifa', l'avis d'Oulla est écarté
Le coeur de la mahloket (segments 9-16) : Rav contre Rabbi Yohanan sur le membre sorti puis rentré, et la conclusion (teyouvta d'Oulla).
'Basar ba-sade tereifa' : ce qui sort de sa frontière (mehitsa) une chose permise dans une frontière devient interdite comme tereifa une fois sortie Maaser cheni / bikourim frontière = Jérusalem sortis puis rentrés -> REDEVIENNENT permis (la rentrée sert) Hatat (sacrifice expiatoire) frontière = le parvis sortie puis rentrée -> RESTE interdite (brûlée) (verset propre : Lev 10) Membre du foetus frontière = la matrice selon Rabba (tereifa) : -> plus de retour possible (comme la tereifa)
Le principe de 'basar ba-sade tereifa' (segments 10-15) : ce qui sort de sa frontière, et les trois cas comparés (maaser/bikourim, hatat, membre du foetus).
Les deux questions (selon 'pas de naissance pour les membres') 1. Sortie / rentrée répétée sort une patte, la rentre ; sort l'autre, la rentre ; etc. jusqu'à compléter la majorité la majorité est-elle sortie ? ou bien, comme il a rentré, c'est rentré -> pas de majorité (non tranché) 2. Sortie / section répétée sort une patte, on la coupe ; sort l'autre, on la coupe ; etc. jusqu'à compléter la majorité la majorité est-elle sortie ? ou faut-il la majorité en une seule fois (bat ahat) ? (non tranché)
Les deux questions finales (segments 18-19), laissées en suspens, selon 'pas de naissance pour les membres'.
1
הַבָּשָׂר מַגַּע נְבֵלָה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

[...alors] la chair [est rendue impure par] contact avec une charogne (nevela) — [tels sont] les propos de Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
הַבָּשָׂר כָּל הָעֻובָּר וְהַבְּהֵמָה נָגְעוּ בְּאֵבֶר טְמֵאִין:
La chair — tout le foetus et la bête qui ont touché le membre [sont] impurs.
💡 Explication

Fin de la michna (commencée en 68a). Une bête pleine que l'on abat : si le foetus a déjà sorti une patte, ce membre sorti n'a pas été rendu permis par l'abattage et garde le statut de nevela (charogne). Pour Rabbi Meir, ce membre rend impure par contact toute la chair du foetus et de la bête qu'il a touchée.

2
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַגַּע טְרֵפָה שְׁחוּטָה.

Et les Sages disent : [c'est] un contact de tereifa abattue (mga tereifa chehouta).

📜 Rachi (1)
מַגַּע טְרֵיפָה שְׁחוּטָה שֶׁאֵבָר הַיּוֹצֵא עֲדַיִין הוּא מְחֻובָּר בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה אע"פ שֶׁאֵין שְׁחִיטָה מַתִּירָתוֹ בַּאֲכִילָה מְטַהַרְתּוֹ מִידֵי נְבֵילָה כִּטְרֵפָה שֶׁשְּׁחִיטָתָהּ מְטַהַרְתָּהּ וְטַעְמַיְיהוּ מְפָרֵשׁ בְּמָתְנֵי'. וּלְקַמָּן (חֻולִּין דַּף עג.) מְפָרֵשׁ בְּפִירְקִין בִּטְרֵפָה שְׁחוּטָה מַאי מַגָּע שַׁייָּךְ לְמֵימַר בָּהּ וּמְפָרֵשׁ שֶׁטָּרְפָה שְׁחוּטָה מְטַמְּאָה אֶת הַמֻּוקְדָּשִׁים מִדְּרַבָּנָן:
Contact de tereifa abattue — car le membre sorti [du foetus] est encore attaché [au foetus] au moment de l'abattage ; bien que l'abattage ne le rende pas permis à la consommation, il le purifie de [son statut de] nevela, comme la tereifa que son abattage purifie. Et leur raison (taamaihou) [est] exposée dans la michna (au-delà). Et plus loin (Houlin 73a), [le Talmud] explique dans notre chapitre, à propos de la tereifa abattue, quel 'contact' on peut bien lui appliquer, et il explique que la tereifa abattue rend les [aliments] consacrés impurs [seulement] de par les Sages (mi-derabbanan).
💡 Explication

Les Sages nuancent : bien que l'abattage ne rende pas le membre sorti permis à la consommation, il le tire néanmoins du statut de nevela. La chair a donc seulement le statut d'avoir touché une tereifa abattue — laquelle, par la Torah, ne transmet pas l'impureté, mais a été décrétée impure [par les Sages] pour disqualifier les [aliments] consacrés.

3
קָתָנֵי מִיהָא רֵישָׁא: הוֹצִיא עֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ, וְאַחַר כָּךְ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ – מֻותָּר בַּאֲכִילָה; מַאי לַָאו אַאֵבֶר? לֹא, אַעֻובָּר.

[La Guemara objecte à Rav :] en tout cas, [la braita] enseigne dans son début (recha) : [si] le foetus a sorti sa patte (yado) puis l'a rentrée, et qu'après cela on a abattu sa mère — [il est] permis à la consommation. N'est-ce pas [que cela porte] sur le membre [sorti] ?

[Réponse :] non, [cela porte] sur le foetus.

💡 Explication

On objecte à Rav (qui interdit le membre sorti même rentré) depuis le début d'une braita : si le foetus a sorti puis rentré sa patte avant l'abattage, [le tout] est permis. N'est-ce pas que cela permet le membre lui-même, contre Rav ? Réponse : non, cela ne permet que le reste du foetus, pas la patte sortie.

4
אִי אַעֻובָּר, אֵימָא סֵיפָא: שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַר כָּךְ הֶחְזִירוֹ – אָסוּר בַּאֲכִילָה; וְאִי עֻובָּר, אַמַּאי אָסוּר?

Si [cela porte] sur le foetus, [observe] le dire de la fin (sefa) : [si] on a abattu sa mère puis qu'après cela [le foetus] l'a rentrée (sa patte) — [il est] interdit à la consommation ; or si [cela porte] sur le foetus, pourquoi [serait-il] interdit ?

💡 Explication

Difficulté sur cette lecture : la fin de la braita dit que si l'abattage a précédé la rentrée de la patte, [le tout est] interdit. Mais si la braita parle du foetus [et non de la patte], pourquoi le foetus serait-il interdit, puisqu'il était dedans au moment de l'abattage ?

5
כִּדְאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ, הָכָא נָמֵי לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ.

[Réponse :] comme [ce qu']a dit Rav Nahman bar Yitzhak — [à savoir que] ce n'[est] nécessaire que pour le lieu de la coupe (mekom hatakh), ici aussi ce n'[est] nécessaire que pour le lieu de la coupe.

💡 Explication

Réponse : la braita parle bien du foetus, et la fin vise le lieu de la coupe (mekom hatakh) — l'endroit, sur le corps du foetus, qui se trouvait juste à la frontière de la sortie. Si la patte a été tranchée précisément là, et que le foetus ne l'a pas rentrée avant l'abattage, alors même ce point de section [sur le foetus] est interdit, en plus de la patte.

6
אֵינִי? וְהָא כִּי אֲתָא אֲבִימִי מִבֵּי חוֹזָאֵי, אֲתָא וְאַיְיתִי מַתְנִיתָא בִּידֵיהּ: פַּרְסָה הֶחֱזִיר – אֱכֹול, פַּרְסוֹת הֶחֱזִיר – אֱכֹול. מַאי לָאו הֶחְזִיר פַּרְסָה – אֱכוֹל פַּרְסָה?

Est-ce ainsi ? Or, lorsque Avimi vint de Bei Houzaei, il vint et apporta une braita en main : '[s']il a rentré une patte (parsa) — mange ; [s']il a rentré [les deux] pattes (parsot) — mange'.

N'est-ce pas [que cela signifie] : [s']il a rentré une patte — mange [cette] patte ?

📜 Rachi (1)
פַּרְסָה הֶחְזִיר אֱכֹול פְּרָסוֹת הֶחְזִיר אֱכֹול אַקְּרָא קָאֵי דִּכְתִיב (דְּבָרִים יד) כָּל בְּהֵמָה מַפְרֶסֶת פַּרְסָה וְשֹׁוסַעַת שֶׁסַע שְׁתֵּי פְרָסוֹת מַעֲלַת גֵּרָה וְגוֹ' וּמֵהַאי קְרָא נָפְקָא לָן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף סט.) דְּעֻובָּר נִיתָּר בִּשְׁחִיטַת הָאֵם וּדְרֵישׁ בְּהֵמָה דְּרֵישָׁא אַבְּהֵמָה דְּסֵיפָא וּמַשְׁמַע בְּהֵמָה שֶׁבִּבְהֵמָה תֹּאכֵלוּ וּפַרְסָה וּפַרְסוֹת דִּכְתִיבִי בֵּיהּ לְהָכִי אָתוּ לוֹמַר לָךְ פְּעָמִים שֶׁאַתָּה אוֹכֵל כָּל אֲבָרָיו וּפְעָמִים שֶׁאֵין אַתָּה אוֹכֵל אֶלָּא מִקְצָתָן פַּרְסָה הֶחֱזִיר הוֹצִיא שְׁתֵּי יָדָיו וְהֶחֱזִיר הָאַחַת אֱכוֹל אוֹתָהּ הֶחֱזִיר שְׁתֵּיהֶם אֱכוֹל שְׁתֵּיהֶן:
[S']il a rentré une patte mange, [s']il a rentré [les] pattes mange — [cela] porte sur le verset, car il est écrit (Deut 14) 'tout animal à sabot fendu et qui a le sabot complètement fendu en deux sabots, ruminant, etc.', et de ce verset nous déduisons plus loin (Houlin 69a) que le foetus est rendu permis par l'abattage de la mère ; et l'on interprète le 'behema' du début [du verset] sur le 'behema' de la fin, et [cela] signifie 'l'animal qui [est] dans l'animal, vous [le] mangerez' ; et 'parsa' et 'parsot' qui y sont écrits viennent te dire qu'il y a des fois où tu manges tous ses membres, et des fois où tu ne manges qu'une partie d'entre eux : '[s']il a rentré une patte', [c'est-à-dire qu']il a sorti ses deux mains et en a rentré une — mange-la ; '[s']il a rentré les deux — mange-les toutes deux'.
💡 Explication

Objection contre Rav, depuis une braita rapportée par Avimi : tirée du verset 'tout animal à sabot fendu... vous le mangerez' (Deut 14:6), qui écrit parsa (sabot, singulier) et parsot (sabots, pluriel). On en déduit : '[s']il a rentré une patte, mange ; [s']il a rentré [les] deux pattes, mange'. N'est-ce pas que la patte rentrée elle-même devient mangeable, contre Rav ?

7
לֹא, הֶחֱזִיר פַּרְסָה – אֱכוֹל עוֹבֵר. אִי עוֹבֵר, מַאי אִירְיָא הֶחֱזִיר? אֲפִילּוּ לֹא הֶחֱזִיר נָמֵי! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ.

[Réponse :] non, [s']il a rentré une patte — mange le foetus. [Objection :] si [cela porte] sur le foetus, pourquoi [enseigner] spécialement '[s']il a rentré' ?

Même [s']il n'a pas rentré [c'est permis] aussi ! [Réponse :] Rav Nahman bar Yitzhak a dit : ce n'[est] nécessaire que pour le lieu de la coupe.

📜 Rachi (1)
לְמָקוֹם חָתַךְ וְהָכִי קָאָמַר הֶחֱזִיר פַּרְסָה אֱכֹול מְקוֹם חֲתָךְ שֶׁלָּהּ הֶחֱזִיר פַּרְסוֹת אֱכֹול מְקוֹם חֲתָךְ שֶׁל שְׁנֵיהֶם:
Pour le lieu de la coupe — et voici [le sens] : '[s']il a rentré une patte, mange le lieu de sa coupe ; [s']il a rentré [les] pattes, mange le lieu de la coupe des deux'.
💡 Explication

Réponse : '[s']il a rentré une patte' — mange le foetus [le reste], non la patte. Objection : pourquoi alors préciser 'rentré', puisque le foetus est permis même sans rentrée ? Réponse de Rav Nahman bar Yitzhak : la précision vise le lieu de la coupe — il n'est permis que si l'on a rentré [ce membre], sinon le point de section sur le corps du foetus reste interdit.

8
וְהָא תְּרֵי קְרָאֵי קָא נָסֵיב לַהּ! מַאי לָאו חַד לְאֵבֶר, וְחַד לִמְקוֹם חֲתָךְ? לֹא, חַד לִמְקוֹם חֲתָךְ, וְחַד לְקָלוּט בִּמְעֵי פָרָה.

Mais [la braita] prend [appui sur] deux versets [parsa et parsot] ! N'est-ce pas [que] l'un [sert] pour le membre, et l'un pour le lieu de la coupe ?

[Réponse :] non, l'un pour le lieu de la coupe, et l'un pour [permettre] un [animal à sabot non fendu] (kalout) dans le ventre de la vache.

📜 Rachi (2)
וְהָא תְּרֵי קְרָאֵי נָסֵיב לָהּ פַּרְסוֹת וּפַרְסָה וְאִי לְמָקוֹם חָתַךְ מִדְּאַשְׁמוֹעִינַן בַּחֲדָא דְּאִם הֶחֱזִירוֹ אֱכֹול וְאִם לָאו לֹא תֹּאכַל ה"ה לִתְרֵי:
Mais [la braita] prend [appui sur] deux versets — parsot et parsa ; or si [c'était] pour le lieu de la coupe, du fait qu'il nous enseigne pour l'un [d'eux] que, [s']il l'a rentré — mange, et sinon — ne mange pas, il en va de même pour les deux [pas besoin de deux versets].
חַד לְמָקוֹם חָתַךְ פַּרְסוֹת הֶחֱזִיר לְמִישְׁרֵי מְקוֹם חֲתָךְ בַּחֲזָרָה וְחַד לְמִישְׁרֵי עֻובָּר שֶׁפַּרְסוֹתָיו קְלוּטוֹת כְּגָמָל וְנִמְצָא בִּמְעֵי פָּרָה וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אִיצְטְרִיךְ דְּקָאָסַר קָלוּט בֶּן טְהוֹרָה בִּבְכוֹרוֹת (דַּף ו:) גָּמָל גָּמָל שְׁתֵּי פְּעָמִים אֶחָד גָּמָל שֶׁנּוֹלַד מִן הַגְּמַלָּה וְאֶחָד גָּמָל שֶׁנּוֹלַד מִן הַפָּרָה וְאַשְׁמוֹעֵי' הָכָא דְּאִם נִמְצָא בְּתוֹכָהּ מוֹדֶה דְּשָׁרֵי דְּהָכִי קָאָמַר עֻובָּר שֶׁאֵין לָהּ אֶלָּא פַּרְסָה שֶׁאֵין פַּרְסוֹתָיו סְדוּקוֹת אֱכֹול וְהֶחֱזִיר דְּרֵישָׁא לָאו דַּוְקָא:
L'un pour le lieu de la coupe — '[s']il a rentré [les] pattes', pour permettre le lieu de la coupe par la rentrée ; et l'un pour permettre un foetus dont les sabots [sont] non fendus comme [ceux d']un chameau (kaloutot ka-gamal) et [qui] s'est trouvé dans le ventre d'une vache. Et [c'est] selon Rabbi Chimon [que] cela était nécessaire, car il interdit le kalout fils d'une [bête] pure dans [le traité] Bekhorot (6b) : '[il est écrit] 'gamal, gamal' deux fois — l'un [pour] le chameau né d'une chamelle et l'un [pour] le chameau né d'une vache' ; et [la braita] nous enseigne ici que, [s']il s'est trouvé à l'intérieur d'elle, il admet (mode) qu'il [est] permis ; car voici [ce qu']il dit : un foetus qui n'a qu'un [seul] sabot [d'un bloc], dont les sabots ne [sont] pas fendus — mange ; et le 'hehzir' (rentré) du début [n'est] pas [à prendre] au sens strict (lav davka).
💡 Explication

Difficulté : la braita s'appuie sur deux mots (parsa et parsot) — n'est-ce pas que l'un permet le membre sorti (contre Rav) et l'autre le lieu de la coupe (selon Rav Nahman) ? Réponse : non — l'un sert au lieu de la coupe, l'autre à permettre un foetus kalout (à sabot non fendu, comme un chameau) trouvé dans le ventre d'une vache abattue.

9
וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: קָלוּט בֶּן פָּרָה אָסוּר. הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּיָצָא לַאֲוִיר הָעוֹלָם, אֲבָל בִּמְעֵי אִמּוֹ – שָׁרִי.

Et [c'est] selon Rabbi Chimon, car Rabbi Chimon a dit : un kalout fils d'une vache [est] interdit. [Mais] ces propos [valent] là où il est sorti à l'air du monde ; [tandis qu']à l'intérieur du ventre de sa mère — [c'est] permis.

🗂️ Tossefot (1)
וְאַלִּיבָּא דְּר' שִׁמְעוֹן אֲבָל לְרַבָּנָן דְּשָׁרוּ גָּמָל בִּמְעֵי פָּרָה אֲפִילּוּ כְּשֶׁנּוֹלַד לֹא צָרִיךְ קְרָא לְהַתִּירוֹ בִּשְׁחִיטַת אִמּוֹ דְּלָא גָּרַע בִּפְנִים מִבַּחוּץ דְּשָׁרֵי וּלְהָכִי נְקַט וְאַלִּיבָּא דר"ש וּלְרַבָּנָן אִיצְטְרִיךְ לְשׁוּם דְּרָשָׁה אַחֲרִיתִי וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאִיצְטְרִיךְ לֶאֱסֹור דְּמוּת יוֹנָה כִּדְאָמַר לְקַמָּן בָּעֵינַן פַּרְסוֹת וְלֵיכָּא דְּהָא לר"ש אע"ג דְּלָא מְייַתַּר לֵיהּ קְרָא לְהָכִי מַשְׁמַע לְקַמָּן דְּאוֹסֵר נָמֵי דְּמוּת יוֹנָה דְּפָרִיךְ דְּמוּת יוֹנָה תִּשְׁתְּרֵי פִּי' מִכָּל בִּבְהֵמָה וּמְשַׁנֵּי בָּעֵינַן פַּרְסוֹת וְלֵיכָּא וַהֲדַר פָּרִיךְ קָלוּט בִּמְעֵי פָּרָה לִיתְּסַר וּמְשַׁנֵּי פַּרְסָה בִּבְהֵמָה תֹּאכֵלוּ וְהַךְ קֻושְׁיָא לֵיתָא אֶלָּא לר"ש דִּלְרַבָּנָן לָא גָּרַע בִּפְנִים מִבַּחוּץ דְּשָׁרֵי כִּדְפָרֵישִׁית אַלְמָא דְּמוּת יוֹנָה לר"ש אע"ג דְּלֵיכָּא קְרָא מִמֵּילָא מִיתְּסַר כֵּיוָן דְּלֵיכָּא לֹא פַּרְסָה וְלֹא פַּרְסוֹת אע"ג דְּפַרְסָה וּפַרְסוֹת אִצְטְרִיךְ חַד לִמְקוֹם חֲתָךְ וְחַד לְקָלוּט ה"ה דִּלְרַבָּנָן לֹא צָרִיךְ קְרָא לֶאֱסֹור דְּמוּת יוֹנָה אֶלָּא לְשׁוּם דְּרָשָׁה אִיצְטְרִיךְ ומ"מ הַךְ בָּרַייְתָא דְּפַרְסָה הַחֲזִיר אֱכֹול לָא אָתְיָא אֶלָּא כר"ש:
Et [c'est] selon Rabbi Chimon — mais selon les Sages, qui permettent un chameau dans le ventre d'une vache même lorsqu'il est né, il ne [faut] pas de verset pour le permettre par l'abattage de sa mère, car [il n'est] pas moins bon à l'intérieur qu'à l'extérieur, où [il est] permis ; c'est pourquoi [la braita] a pris '[et] selon Rabbi Chimon'. Et selon les Sages, [le second verset] est nécessaire pour quelque autre dérivation. Et l'on ne peut pas dire qu'il [serait] nécessaire pour interdire une [créature à] forme de colombe (demout yona), comme il est dit plus loin '[il] faut [des] sabots et [il n'y en] a pas' ; car pour Rabbi Chimon, bien que le verset ne soit pas en surplus à cet effet, il ressort plus loin qu'il interdit aussi la forme de colombe : car [le Talmud] objecte 'que la forme de colombe soit permise' — c'est-à-dire par 'tout [animal] qui [est] dans l'animal' (mi-kol ba-behema) — et il répond 'il [faut des] sabots et [il n'y en] a pas' ; puis il objecte de nouveau 'que le kalout dans le ventre de la vache soit interdit' et il répond 'un [animal à] sabot, vous [le] mangerez' (parsa ba-behema tochelu). Or cette difficulté ne se pose que selon Rabbi Chimon, car selon les Sages [le foetus n'est] pas moins bon à l'intérieur qu'à l'extérieur, où [il est] permis, comme je l'ai expliqué. Il appert [donc] que la forme de colombe, selon Rabbi Chimon, bien qu'il n'y ait pas de verset [propre], est de soi interdite, puisqu'il n'y a ni sabot ni sabots ; et bien que [les mots] parsa et parsot soient nécessaires, l'un pour le lieu de la coupe et l'un pour le kalout, il en va de même [que] selon les Sages [aussi] il ne [faut] pas de verset pour interdire la forme de colombe, mais [le verset] est nécessaire pour quelque [autre] dérivation. Et de toute façon, cette braita de '[s']il a rentré une patte, mange' ne s'accorde qu'avec Rabbi Chimon.
💡 Explication

La seconde dérivation est nécessaire selon Rabbi Chimon, qui interdit le kalout (à sabot non fendu) né d'une vache cachere. Mais cet interdit ne vaut que s'il est sorti à l'air du monde [né] ; tant qu'il est encore dans le ventre de sa mère abattue, le verset le rend permis.

10
עֻולָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְאֵבֶר עַצְמוֹ מֻותָּר.

Oulla a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : et le membre lui-même [est] permis.

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וְאֵבֶר עַצְמוֹ אָסוּר. דְּאָמַר קְרָא וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵיפָה כֵּיוָן שֶׁיָּצָא חוּץ לִמְחִיצָתוֹ אָסוּר פֵּירוּשׁ וַהֲרֵי הוּא כִּטְרֵפָה וְאֵין הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ. עֻולָּא א"ר יוֹחָנָן אֵבֶר עַצְמוֹ מֻותָּר. וְאוֹתְבֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן וְסָלְקָא בִּתְיוּבְתָּא הִילְכָּךְ הִלְכְתָא כְּרַב. בְּמַעֲרָבָא מַתְנֵי הָכִי רַב אָמַר יֵשׁ לֵידָה לְאֵיבָרִים וְר' יוֹחָנָן אָמַר אֵין לֵידָה לְאֵיבָרִים. פרש"י אֵין לֵידָה לְאֵיבָרִים וְאַף מַה שֶׁיָּצָא מֻותָּר. מַאי בֵינַיְיהוּ בֵּין לִישָּׁנָא קַמָּא לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא. לְמֵיסַר מִיעוּט אֵבֶר שֶׁבִּפְנִים. לְלִישָּׁנָא קַמָּא אַלִּיבָּא דְּרַב אֵין אָסוּר אֶלָּא הַיּוֹצֵא. וּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא כֵּיוָן דְּיֵשׁ לֵידָה לְאֵיבָרִים אַף מִיעוּט שֶׁבִּפְנִים חָשׁוּב כְּיָלוּד וַאֲסוּרָה וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דא"כ הַךְ בָּעֲיָא דְּהוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ הוּא דְּלָא כְּהִילְכְתָא דְּר' יוֹחָנָן אִיתּוֹתַב לְעֵיל דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן כֵּיוָן דְּהָוֵי חֲזָרָה לְהַתִּיר עַצְמוֹ לַאֲכִילָה כ"ש לְעִנְיַן הָעֻובָּר דְּלָא הָוֵי כְּיָלוּד וְעוֹד דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מַאי אִיכָּא בֵּין הַאי לִישָּׁנָא לְהַאי לִישָּׁנָא כִּדְאִיתָא בפ"ק דְּנִדָּה דַּף ג. הִילְכָּךְ נִרְאֶה כְּפֵירוּשׁ רַב אִלְפָּס זַ"ל דִּלְהַאי לִישָּׁנָא מוֹדֶה ר' יוֹחָנָן דְּהָאֵבֶר שֶׁיָּצָא אָסוּר וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה בַּחֲזָרָה וּבָעֵי מַאי בֵינַיְיהוּ בֵּין רַב לְרַבִּי יוֹחָנָן. לְמֵיסַר מִיעוּט אֵבֶר שֶׁבִּפְנִים לְרַב דְּאָמַר יֵשׁ לֵידָה אָסוּר. וּלְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר אֵין לֵידָה נְהִי דְּמַה שֶׁיָּצָא אָסוּר מ"מ לָא שָׁדֵינַן מִיעוּט מַה שֶּׁבִּפְנִים אַחַר רֹוב הַיּוֹצֵא כֵּיוָן דְּאֵין לֵידָה וּבָזֶה פָּסַק כְּרַבִּי יוֹחָנָן דִּבְהָא מִילְּתָא לָא אִיתִּיתַב וְקַייְמָא לָן רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן. וְהָא דְּאָמַר לְקַמָּן מַאי טַעְמָא דְּר' יוֹחָנָן הָא אִית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא בַּחֲזָרָה הַייְנוּ אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּלִישָּׁנָא קַמָּא וְהָא דְּתַנְיָא בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד וְהוֹצִיא הָעֻובָּר יָדוֹ וְהֶחֱזִירָהּ וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ מֻותָּר בַּאֲכִילָה שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַ"כּ הֶחֱזִירָהּ אָסוּר בַּאֲכִילָה. לֹא אַאֵבֶר גּוּפֵיהּ קָאֵי אֶלָּא אַמָּקוֹם חָתַךְ קָאֵי שֶׁאִם הוֹצִיא הָעֻובָּר יָדוֹ וְהֶחֱזִירוֹ וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ מְקוֹם חָתַךְ מֻותָּר וְאִם שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַ"כּ הֶחֱזִירוֹ מְקוֹם חָתַךְ אָסוּר. אִיבַּעְיָא לְהוּ לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין לֵידָה לְאֵיבָרִים. הוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ לַחוּץ וְהֶחְזִירָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא אֶת יָדוֹ הַשֵּׁנִית לַחוּץ וְהֶחֱזִירָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִים לְרֻובּוֹ מַהוּ מִי אָמְרִינַן הָא נְפַק לֵיהּ רֻובָּא אוֹ דִילְמָא כֵּיוָן דְּהָדַר הָדַר. אִם תִּמְצָא לוֹמַר כֵּיוָן דַּהֲדַר הָדַר. הוֹצִיא הָעֻובָּר יָדוֹ וַחֲתָכָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא יָדוֹ וַחֲתָכָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִים לְרֻובּוֹ מַהוּ. מִי אָמְרִינַן הָא נְפַק לֵיהּ רֻובָּא אוֹ דִּילְמָא רֻובָּא בְּבַת אַחַת בָּעֵי. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וְעָבְדִינַן לְחוּמְרָא. וּמִיעוּט שֶׁבִּפְנִים אָסוּר הֵיכָא דְּחָתְכוּ אֲבָל אִי הֲדוּר הַדּוֹר. וּמַה שֶׁלֹּא יָצָא מֻותָּר:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : et le membre lui-même [est] interdit (asour). Car le verset dit 'et de la chair déchirée dans les champs, [comme] tereifa [bête mortellement atteinte]' (basar ba-sade tereifa) : dès lors qu'il [le membre] est sorti hors de sa frontière (mehitsa), [il est] interdit. Explication (perouch) : le voici comme une tereifa, et il n'y a pas de permission [possible] pour son interdit (ein heter le-issouro). Oulla a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le membre lui-même [est] permis (moutar). Et [le Talmud] a fait une objection contre Rabbi Yo'hanan, et [celle-ci] tient comme réfutation (be-teyouvta) ; c'est pourquoi la halakha [est] comme Rav. En Occident (be-Maarava, [la Terre d'Israël]) on enseignait ainsi : Rav a dit : il y a naissance pour les membres (yech leda la-evarim), et Rabbi Yo'hanan a dit : il n'y a pas de naissance pour les membres (ein leda la-evarim). Rachi a expliqué (peresh) : 'il n'y a pas de naissance pour les membres' — et même ce qui [en] est sorti [est] permis. Quelle [différence y a-t-il] entre eux, entre la première formulation (lichana kama) et la formulation postérieure (lichana batra) ? [C'est la question d']interdire la partie minoritaire du membre qui [est restée] à l'intérieur (miout ever che-bifnim). Selon la première formulation, d'après [l'avis de] Rav, n'est interdit que ce qui [est] sorti (ha-yotse). Et selon la formulation postérieure, dès lors qu'il y a naissance pour les membres, même la minorité qui [est] à l'intérieur [est] considérée comme [un membre] né (ka-yaloud) et [est] interdite. Or [cette dernière] explication [de Rachi] fait difficulté (kache le-feroucho), car s'il [en était] ainsi, cette question [de la braita] '[si] le foetus a sorti sa main et l'a rentrée' serait [posée] non pas selon la halakha [c'est-à-dire selon Rav], puisque [l'avis] de Rabbi Yo'hanan a été réfuté (ittotav) plus haut ; car selon Rabbi Yo'hanan, dès lors que la rentrée (hazara) sert à permettre le membre lui-même à la consommation, à plus forte raison (kal va-homer) quant au foetus [entier] : il n'est pas comme [un membre] né. Et de plus, [le Talmud] aurait dû dire 'quelle [différence] y a-t-il entre cette formulation et cette [autre] formulation', comme [cela se trouve] au premier chapitre de Nidda (page 3a). C'est pourquoi il paraît [juste de retenir] l'explication de Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie : selon cette formulation [de l'Occident], Rabbi Yo'hanan admet (mode) que le membre qui [est] sorti [est] interdit et n'a pas de remède (takana) par la rentrée ; et [le Talmud] demande [alors] : quelle [différence] entre eux, entre Rav et Rabbi Yo'hanan ? [C'est la question d']interdire la partie minoritaire du membre qui [est] à l'intérieur : selon Rav, qui dit 'il y a naissance', [elle est] interdite ; et selon Rabbi Yo'hanan, qui dit 'il n'y a pas de naissance', bien que ce qui [est] sorti [soit] interdit, néanmoins nous n'entraînons pas (la chadinan) la minorité de ce qui [est] à l'intérieur à la suite de la majorité de ce qui [est] sorti, dès lors qu'il n'y a pas de naissance. Et en cela [le Rif] tranche comme Rabbi Yo'hanan, car en cette matière (be-ha milta) [son avis] n'a pas été réfuté, et nous tenons pour établi [que dans une controverse entre] Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha [est] comme Rabbi Yo'hanan. Et ce que [le Talmud] dit plus loin : 'quelle [est] la raison (taama) de Rabbi Yo'hanan ? [c'est] qu'il a un remède par la rentrée' — cela [est] selon [l'avis de] Rabbi Yo'hanan de la première formulation. Et ce qui [est] enseigné [dans la braita] : 'une bête qui a peiné à mettre bas (mekacha leled), et [dont] le foetus a sorti sa main et l'a rentrée, puis après cela on a abattu (chahat) sa mère — [c'est] permis à la consommation ; [si] on a abattu sa mère puis après cela [le foetus] l'a rentrée — [c'est] interdit à la consommation' — cela ne porte pas sur le membre lui-même (a-ever goufeih), mais porte sur le lieu de la coupe (makom hatakh) : car si le foetus a sorti sa main et l'a rentrée puis après cela on a abattu sa mère, le lieu de la coupe [est] permis ; et si on a abattu sa mère puis après cela [le foetus] l'a rentrée, le lieu de la coupe [est] interdit. On leur a posé [la question] : selon les propos de celui qui dit [qu']il n'y a pas de naissance pour les membres, [si] le foetus a sorti sa main au-dehors et l'a rentrée, puis a recommencé et a sorti sa seconde main au-dehors et l'a rentrée, jusqu'à ce qu'il ait complété [le sorti] à sa majorité (rouvo) — quoi [le statut] ? Disons-nous : voici que sa majorité est sortie ; ou peut-être, dès lors qu'il a rentré, [c'est] rentré ? [Et] si tu dis : dès lors qu'il a rentré, [c'est] rentré — [alors :] [si] le foetus a sorti sa main et on l'a coupée (hatakhah), puis a recommencé et a sorti sa main et on l'a coupée, jusqu'à ce qu'il ait complété [le coupe] à sa majorité — quoi [le statut] ? Disons-nous : voici que sa majorité est sortie ; ou peut-être faut-il la majorité en une seule fois (rouva be-vat ahat) ? Et cela n'a pas été tranché (la ippechita), et nous agissons en direction de la rigueur (le-houmra). Et la minorité qui [est] à l'intérieur [est] interdite là où on l'a coupée (hatkhou) ; mais si [les membres] ont été rentrés, [ils sont] rentrés [statut de rentrée, permis]. Et ce qui n'est pas sorti [est] permis.
💡 Explication

Après avoir cherché sans succès à réfuter Rav, la Guemara présente l'avis opppose. Oulla rapporte au nom de Rabbi Yo'hanan : non seulement le foetus, mais le membre sorti lui-même [s'il a été rentré] est rendu permis par l'abattage de la mère.

11
אֲמַר לֵיהּ רַב יְהוּדָה לְעֻולָּא: וְהָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ אֵבֶר עַצְמוֹ אָסוּר! אֲמַר לֵיהּ: מַאן יָהֵיב לַן מֵעַפְרָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל וּמְלִינָן עַיְינִין, אֶלָּא הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַכֹּל הָיוּ בִּכְלַל ״בָּשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ״,

Rav Yehouda dit à Oulla : mais Rav et Chmouel, qui disent tous deux [que] le membre lui-même [est] interdit ! Il lui dit : qui nous donnera de la poussière de Rav et de Chmouel pour que nous [en] emplissions [nos] yeux !

Mais ainsi a dit Rabbi Yo'hanan : tous [les cas] étaient inclus dans [le verset] 'et de la chair déchirée dans les champs vous ne mangerez pas' (basar ba-sade tereifa lo tochelou),

📜 Rachi (2)
עֻולָּא פְּלִיג אַדְּרַב יְהוּדָה:
Oulla diverge de Rav Yehouda.
הַכֹּל הָיוּ כָּל הַנֶּאֱמָר בּוֹ מְחִיצָּה כְּגוֹן עוֹבֵר לִשְׁחִיטָה וּבְשַׂר קָדְשֵׁי קָדָשִׁים שֶׁנָּתְנָה לָהֶם תּוֹרַת מְחִיצּוֹת עֲזָרָה בְּקָדָשִׁים קַלִּים שֶׁחוֹמַת יְרוּשָׁלַיִם מְחִיצָּה לָהֶם כֻּולָּן הָיוּ בִּכְלַל אִיסּוּר זֶה דְּמִשֶּׁיֵּצֵא בָּשָׂר בַּשָּׂדֶה הֲרֵי הוּא כִּטְרֵפָה וּבָא הַכָּתוּב וּפְרָט לְךָ בְּחַטָּאת שֶׁאֵין חֲזָרָה מוֹעֶלֶת בָּהּ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י) בִּשְׂעִיר חַטָּאת דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁשְּׂרָפוּהוּ אַהֲרֹן וּבָנָיו וְקָצַף עֲלֵיהֶם מֹשֶׁה מַדּוּעַ לֹא אֲכַלְתֶּם אֶת הַחַטָּאת הֵן לֹא הוּבָא אֶת דָּמָהּ אֶל הַקֹּדֶשׁ שֶׁתִּפָּסֵל בְּכָךְ כְּדִכְתִיב (שָׁם ו) וְכָל חַטָּאת אֲשֶׁר יוּבָא מִדָּמָהּ וְגוֹ' וּפְנִימָה הָיְתָה שֶׁלֹּא יָצְתָה מִמְּחִיצָתָהּ הָא יָצְתָה בַּת שְׂרֵיפָה הִיא וְלָא אָמְרִינַן לִיהְדְּרָה וְלֹא הֻוצְרַךְ לִפְרֹוט בָּהּ דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי לָן דְּתִשְׁתְּרֵי מִכְּלַל טְרֵפָה לֹא תֹּאכֵלוּ מִשּׁוּם חֲזָרָה לְהָכִי פֵּרֵט בָּהּ לְמֵימַר דְּהַאי הִיא דְּלָא מְהַנְּיָא בָּהּ חֲזָרָה אֲבָל כָּל שְׁאָר הַיּוֹצְאִים שֶׁחָזְרוּ הֻותְּרוּ:
Tous étaient — tout ce à propos de quoi est énoncé [un statut de] frontière (mehitsa) : par exemple le foetus [destiné] à l'abattage, et la chair des consacrés très saints (kodchei kodachim) auxquels la Torah a donné la loi des frontières du parvis (azara), [et] dans les sanctifiés légers (kodachim kalim) auxquels le mur (homa) de Jérusalem [sert] de frontière — tous étaient inclus dans cet interdit : car dès que la chair [est] sortie dans le champ, la voici comme une tereifa. Et le verset est venu te détailler, à propos de la hatat (sacrifice expiatoire), qu'aucune rentrée ne lui sert — comme il est écrit, à propos du bouc de la hatat de la néoménie qu'Aharon et ses fils brûlèrent et [contre lequel] Moché s'irrita (Lev 10) : 'pourquoi n'avez-vous pas mangé la hatat... ? voici, son sang n'a pas été apporté à l'intérieur du sanctuaire (ha-kodech)' — qui [l']aurait disqualifiée par là, comme il est écrit (Lev 6) 'et toute hatat dont [une part] du sang sera apportée...' ; or [le bouc] était 'à l'intérieur' (penima), [c'est-à-dire qu']elle n'était pas sortie de sa frontière — [mais] si elle était sortie, elle [aurait été] vouée à la combustion (bat serefa), et l'on ne dit pas 'qu'on la fasse rentrer' ; et [le verset] n'a pas eu besoin de [le] détailler à son sujet [explicitement], car d'où nous viendrait-il [l'idée] qu'elle [serait] permise — [en la tirant] de l'ensemble de 'tereifa lo tochelou' — du fait de la rentrée ? c'est pourquoi [le verset] l'a détaillée, pour dire que c'est elle [la hatat] à laquelle la rentrée ne sert pas, mais tous les autres [aliments] sortis qui ont été rentrés [sont] permis.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר ר' יוֹחָנָן הַכֹּל הָיוּ בִּכְלַל וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה כּוּ' תֵּימַהּ דַּלֵּר' יוֹחָנָן תִּקְשֶׁה לֵיהּ בָּרַייְתָא דְּהֶחֱזִיר פַּרְסָה דִּתְרֵי קְרָאֵי קָנָסֵיב וע"כ מוֹקְמִינַן חַד לְמָקוֹם [חָתַךְ] וְחַד לְאֵבֶר וְר' יוֹחָנָן נָפְקָא לֵיהּ מִקְּרָא אַחַרְיַנָא וְי"ל דְּפָרֵיךְ לֵיהּ שַׁפִּיר טְפֵי מֵאִידָךְ בָּרַיְיתָא:
Rabbi Yo'hanan a dit : tous étaient inclus dans 'et la chair dans les champs etc.' — [c'est] étonnant, car selon Rabbi Yo'hanan la braita de '[s']il a rentré une patte' fait difficulté, [puisqu']elle prend [appui sur] deux versets, et [qu']on doit forcément établir l'un pour le lieu de la coupe et l'un pour le membre, alors que Rabbi Yo'hanan le dérive d'un autre verset ! Et l'on peut dire [que le Talmud] lui objecte mieux depuis l'autre braita [celle de basar ba-sade].
הַכֹּל הָיוּ בִּכְלַל וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה כו' דְּאָסוּר כָּל מַה שֶּׁיּוֹצֵא חוּץ לַמְּחִיצָּה כִּטְרֵפָה דְּאֵין לָהּ הֶיתֵּר כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ וּלְמַאי דְּמַסִּיק הָא כֹּל מִילֵּי כֵּיוָן דַּהֲדוּר שְׁרֵי מִיתּוֹקְמָא הָא דְּקָרֵי לֵיהּ טְרֵפָה לְמִלְּתָא אַחֲרִיתִי:
Tous étaient inclus dans 'et la chair dans les champs etc.' — car [est] interdit tout ce qui sort hors de la frontière, comme une tereifa qui n'a pas de retour [à l'état permis], comme il est dit [plus] près ; et selon ce que [le Talmud] conclut [que] toute chose, dès lors qu'elle est rentrée, [est] permise — [alors] cela [même] qui [se trouve] établi, [à savoir] qu'il l'appelle 'tereifa', [se rapporte] à autre chose.
💡 Explication

Rav Yehouda objecte : Rav et Chmouel tiennent tous deux le membre interdit ! Oulla, par déférence (qui nous donnera de leur poussière à mettre sur nos yeux — tant ils sont grands), maintient cependant l'avis de Rabbi Yo'hanan : à l'origine, tout ce qui est permis à l'intérieur d'une frontière (mehitsa) — foetus dans la matrice, consacrés dans le parvis, sanctifiés légers dans Jérusalem — était inclus dans 'basar ba-sade tereifa lo tochelou' (Ex 22:30) : sorti de sa frontière, c'est interdit comme une tereifa.

12
כְּשֶׁפָּרַט לְךָ הַכָּתוּב גַּבֵּי חַטָּאת שֶׁיָּצְתָה חוּץ לִמְחִיצָתָהּ וְחָזְרָה – אָסוּר, חַטָּאת הוּא דִּפְרַט רַחֲמָנָא בָּהּ, אֲבָל כָּל מִילֵּי – כֵּיוָן דַּהֲדוּר – שָׁרִי.

[de sorte que] lorsque le verset t'a détaillé, à propos de la hatat, que [si] elle est sortie hors de sa frontière puis [y] est rentrée — [elle est] interdite : [c'est] la hatat que le Miséricordieux a détaillée, mais toute [autre] chose — dès lors qu'elle est rentrée — [est] permise.

💡 Explication

Conclusion de la lecture de Rabbi Yo'hanan : puisque l'Écriture a spécialement détaillé la hatat (Lev 10) pour enseigner qu'une fois sortie du parvis elle ne se rachète pas en rentrant, c'est elle seule qui fait exception ; toutes les autres choses, y compris le membre du foetus rentré, redeviennent permises une fois rentrées.

13
מֵיתִיבִי: ״בָּשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁמָּצִינוּ בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּבִכּוּרִים, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁיָּצְאוּ חוּץ לִמְחִיצָתָן וְחָזְרוּ – מֻותָּרִין, יָכוֹל אַף זֶה כֵּן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״טְרֵפָה״.

[La Guemara] objecte : '[et] de la chair déchirée dans les champs vous ne mangerez pas' — que vient enseigner [le mot 'tereifa'] ? Parce que nous avons trouvé, à propos du maaser cheni (seconde dîme) et des bikourim (prémices), que, bien qu'ils soient sortis hors de leur frontière puis [y] soient rentrés — [ils sont] permis, [on aurait] pu [penser que] celui-ci [le membre sorti] aussi [serait] ainsi ; [c'est pourquoi] le verset [vient] enseigner 'tereifa'.

📜 Rachi (4)
מַאי ת"ל אַטְּרֵפָה קָאֵי לָמָּה קָרְאוּ טְרֵפָה וּמֶה לָמַדְנוּ בְּכָךְ הֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב בָּשָׂר בַּשָּׂדֶה לֹא תֹּאכֵלוּ:
Que vient enseigner — [cela] porte sur 'tereifa' : pourquoi [le verset] l'a-t-il appelée 'tereifa', et qu'avons-nous appris par là ? Il aurait [dû] écrire 'et de la chair dans les champs vous ne mangerez pas'.
לְפִי שֶׁמָּצִינוּ לְקַמָּן מְפָרֵשׁ הֵיכָן מָצִינוּ:
Parce que nous avons trouvé — plus loin [le Talmud] explique où nous l'avons trouvé.
מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּבִכּוּרִים שֶׁנִּכְנְסוּ לִירוּשָׁלַיִם וְיָצְאוּ וְחָזְרוּ מֻותָּרִין:
Maaser cheni et bikourim — qui sont entrés dans Jérusalem, en sont sortis et [y] sont rentrés — [ils sont] permis.
אַף זֶה כֵּן עוֹבֵר:
Celui-ci aussi — le foetus.
🗂️ Tossefot (1)
יָכוֹל אַף זֶה כֵּן תַּ"לֹ כּוּ' וְא"ת וּקְרָא דְּחַטָּאת דִּכְתִיב פְּנִימָה הַאי שֶׁלֹּא יָצְתָה חוּץ לִמְחִיצָתָהּ הָא יָצְתָה בַּת שְׂרֵיפָה הִיא ל"ל הָא מִקְּרָא דְּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה נָפְקָא וי"ל דְּשַׁ"ס לְמֵילַף מִמַּעֲשֵׂר שֵׁנִי וּבִכּוּרִים דְּשָׁרוּ דְּהֻוקְּשׁוּ בִּקְרָא דְּלָא תּוּכַל לֶאֱכֹול בִּשְׁעָרֶיךָ כִּדְדָרְשִׁי' בפ"ק דְּמַכּוֹת (דַּף ז.) וְנִדְבֹותֶיךָ זוֹ תּוֹדָה וּשְׁלָמִים וּבְכוֹרוֹת זֶה בְּכוֹר בְּקָרְךָ וְצֹאנְךָ זֶה חַטָּאת וְאָשָׁם וּנְדָרֶיךָ זֶה עוֹלָה:
[On aurait] pu [penser que] celui-ci aussi [serait] ainsi, [c'est pourquoi] le verset enseigne etc. — et si tu objectes : le verset de la hatat où il est écrit 'penima' (à l'intérieur) — [signifiant qu']elle n'est pas sortie hors de sa frontière, [mais que] si elle [était] sortie, elle [serait] vouée à la combustion — pourquoi [faut-il ce verset] ? cela ressort [déjà] du verset 'basar ba-sade' ! Et l'on peut dire que le Talmud [veut] dériver [le statut] du maaser cheni et des bikourim, qui sont permis [après rentrée] parce qu'ils ont été rapprochés [par hekech] dans le verset 'tu ne pourras pas manger dans tes portes', comme nous [l']interprétons au chapitre premier de Makot (7a) : ''et tes offrandes volontaires' — c'est la toda et les chelamim ; 'et tes premier-nés' — c'est le premier-né ; 'de ton gros et de ton petit bétail' — c'est la hatat et le acham ; 'et tes vœux' — c'est l'ola'.
💡 Explication

Objection contre Oulla / Rabbi Yo'hanan, depuis une braita. Le verset appelle 'tereifa' ce qui sort de sa frontière : pourquoi ? Parce que, voyant que maaser cheni et bikourim sortis de Jérusalem puis rentrés redeviennent permis, on aurait pu croire qu'il en va de même ici ; le mot 'tereifa' enseigne que non — ce qui est sorti ne se rachète pas.

14
מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר רַבָּה: כִּטְרֵפָה, מַה טְרֵפָה – כֵּיוָן שֶׁנִּטְרְפָה שׁוּב אֵין לָהּ הֶיתֵּר, אַף בָּשָׂר – כֵּיוָן שֶׁיָּצָא חוּץ לִמְחִיצָתוֹ שׁוּב אֵין לוֹ הֶיתֵּר! תְּיוּבְתָּא דְּעֻולָּא, תְּיוּבְתָּא.

Quel [est] l'enseignement [tiré de 'tereifa'] ? Rabba a dit : [c'est] 'comme une tereifa' — de même que la tereifa, dès lors qu'elle a été rendue tereifa, n'a plus de retour [à l'état permis], de même la chair, des lors qu'elle est sortie hors de sa frontière, n'a plus de retour !

[C'est] une réfutation d'Oulla, une réfutation (teyouvta).

💡 Explication

Réponse de Rabba : le verset dit 'comme une tereifa'. Tout comme une bête devenue tereifa (mortellement atteinte) ne redevient jamais permise, de même la chair sortie de sa frontière ne se rachète pas en rentrant. Donc le membre du foetus, une fois sorti, reste interdit — ce qui réfute Oulla (et Rabbi Yo'hanan). La Guemara conclut : teyouvta, réfutation concluante.

15
אָמַר מָר: לְפִי שֶׁמָּצִינוּ בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּבִכּוּרִים. הֵיכָן מָצִינוּ?

Le Maître a dit : 'parce que nous avons trouvé, à propos du maaser cheni et des bikourim'. Où avons-nous trouvé [cela] ?

💡 Explication

La Guemara revient analyser la braita. Elle a affirmé que maaser cheni et bikourim, sortis de Jérusalem puis rentrés, redeviennent permis. La Guemara demande : où cette règle est-elle écrite ?

16
דִּכְתִיב: ״לֹא תוּכַל לֶאֱכֹל בִּשְׁעָרֶיךָ מַעְשַׂר דְּגָנְךָ וְגוֹ׳״, בִּשְׁעָרֶיךָ הוּא דְּלָא תֵּיכוּל, אֲבָל יָצְאוּ חוּץ לִמְחִיצָתָן וְחָזְרוּ – מֻותָּרִין.

[Réponse :] car il est écrit 'tu ne pourras pas manger dans tes portes la dîme de ton blé, etc.' (Deut 12:17) — [c'est] dans tes portes que tu ne mangeras pas, mais [s']ils sont sortis hors de leur frontière puis [y] sont rentrés — [ils sont] permis.

🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל יָצְאוּ חוּץ לִמְחִיצָתָן וְחָזְרוּ מֻותָּרִין וא"ת דִּלְמָא הָכִי קָאָמַר בִּשְׁעָרֶיךָ הוּא דְּלָא תֵּיכוּל אֶלָּא יְבִיאֵם לִירוּשָׁלַיִם לְאוֹכְלָן שֶׁלֹּא נִכְנְסוּ מֵעוֹלָם אֲבָל לָא מַיְירֵי מִידִי בְּאוֹתָן שֶׁנִּכְנְסוּ וְיָצְאוּ וי"ל דִּבְאֵלּוּ הֵן הַלּוֹקִין (מַכּוֹת יט:) מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּאַיְירֵי בְּנִכְנְסוּ וְיָצְאוּ דְּיָלֵיף הָתָם דְּאֵין לוֹקִין עֲלֵיהֶם עַד שֶׁיִּרְאוּ פְּנֵי הַבַּיִת:
Mais [s']ils sont sortis hors de leur frontière puis [y] sont rentrés — [ils sont] permis — et si tu objectes : peut-être [le verset] dit-il ceci : 'dans tes portes' tu ne [les] manges pas, mais qu'il les apporte à Jérusalem pour [les] manger [s']ils n'y [sont] jamais entrés, [le verset] ne traitant nullement de ceux qui [y] sont entrés puis sortis ? Et l'on peut dire que dans [le chapitre] 'Elou hen ha-lokin' (Makot 19b) il appert explicitement [que le verset] traite de [choses] entrées puis sorties, car [le Talmud] y dérive qu'on n'est pas passible [de flagellation] à leur sujet tant qu'ils n'ont pas vu la façade de la Maison (penei ha-bayit).
💡 Explication

Réponse : du verset 'tu ne pourras pas manger dans tes portes la dîme de ton blé...' (Deut 12:17, qui vise le maaser cheni et, par 'l'offrande de ta main', les bikourim). 'Dans tes portes' [hors de Jérusalem] tu ne [les] manges pas ; mais s'ils sont sortis de leur frontière [Jérusalem] puis rentrés, ils redeviennent permis — d'où l'objection initiale.

17
בְּמַעֲרָבָא מַתְנוּ הָכִי, רַב אָמַר: יֵשׁ לֵידָה לְאֵבָרִים, וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֵין לֵידָה לְאֵבָרִים.

En Occident (Terre d'Israël), on enseignait ainsi [la mahloket de Rav et Rabbi Yo'hanan] : Rav a dit : il y a naissance pour les membres (yech leda la-evarim) ; et Rabbi Yo'hanan a dit : il n'y a pas de naissance pour les membres (ein leda la-evarim).

📜 Rachi (3)
בְּמַעֲרָבָא מַתְנוּ הָכִי לִפְלֻוגְתַּייְהוּ דְּרַב וְר' יוֹחָנָן:
En Occident on enseignait ainsi — leur divergence, [celle] de Rav et de Rabbi Yo'hanan.
יֵשׁ לֵידָה לְאֵבָרִים אֵבֶר שֶׁיָּצָא הֲרֵי הָאֵבֶר כְּיָלוּד דְּתוּ לָא מְהַנְּיָא לֵיהּ חֲזָרָה:
Il y a naissance pour les membres — le membre qui est sorti, le voici [comme un] enfant né (ka-yaloud), [de sorte que] désormais la rentrée ne lui sert plus.
אֵין לֵידָה וּמְהַנְּיָא לֵיהּ חֲזָרָה:
Il n'y a pas de naissance — et la rentrée lui sert.
💡 Explication

La même mahloket, formulée autrement en Terre d'Israël. Rav : 'il y a naissance pour les membres' — un membre sorti est comme un nouveau-né, indépendant ; la rentrée ne lui sert plus, l'abattage ne le rachète pas. Rabbi Yo'hanan : 'il n'y a pas de naissance pour les membres' — le membre n'est jamais 'né', donc la rentrée lui sert et l'abattage le permet.

18
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ לְמֵיסַר מִיעוּט אֵבֶר שֶׁבִּפְנִים.

Quelle [différence y a-t-il] entre eux [les deux formulations] ? Il y a entre eux [la question d']interdire la partie minoritaire du membre qui [est restée] à l'intérieur.

📜 Rachi (2)
מַאי בֵינַיְיהוּ בֵּין לִישָּׁנָא דְּמַעֲרָבָא לְלִישָּׁנָא קַמָּא:
Quelle [différence] entre eux — entre la formulation de l'Occident et la première formulation.
לְמֵיסַר מִיעוּט אֵבֶר אִם יָצָא רֻובּוֹ וְנִשְׁאַר מִיעוּט לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא דִּנְקַט לְשׁוֹן לֵידָה הָוֵי יָלוּד וּמִיתְּסַר כּוּלֵּיהּ וּלְלִישָּׁנָא קַמָּא לֹא נֶאֱסַר אֶלָּא הַיּוֹצֵא:
[La question d']interdire la partie minoritaire du membre — si sa majorité est sortie et qu'une minorité [en] est restée : selon la formulation finale, qui emploie le terme 'naissance' (leda), il est [comme un] enfant né et [le membre est] interdit tout entier ; et selon la première formulation, n'est interdit que ce qui [est] sorti.
💡 Explication

Quelle est la nafka mina entre la formulation babylonienne ('mehitsa') et celle de Terre d'Israël ('leda') ? Le cas où la majorité d'un membre est sortie, la minorité restant dedans. Selon 'il y a naissance' [le membre est né en entier], tout le membre est interdit. Selon 'sorti de sa frontière', seule la partie sortie est interdite.

19
אִיבַּעְיָא לְהוּ: לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין לֵידָה לְאֵבָרִים, הוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ, וְחָזַר וְהוֹצִיא אֶת יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ, עַד שֶׁהִשְׁלִימוֹ לְרֻובּוֹ, מַהוּ? מִי אָמְרִינַן הָא נְפַק לֵיהּ רֻובָּא, אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּהָדַר הָדַר?

On leur a posé [la question] : selon les propos de celui qui dit [qu']il n'y a pas de naissance pour les membres, [si] le foetus a sorti sa main et l'a rentrée, puis a recommencé et a sorti sa main et l'a rentrée, jusqu'à ce que [le sorti] ait atteint sa majorité (rouvô) — quoi [le statut] ? Disons-nous : voici que sa majorité est sortie ; ou peut-être, dès lors qu'il a rentré, [c'est] rentré ?

📜 Rachi (1)
לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין לֵידָה לְאֵבָרִים הוֹצִיא יָדוֹ וְהֶחְזִירָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא יָדוֹ הָאַחֶרֶת וְהֶחֱזִירָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא שִׁדְרָתוֹ וְהֶחֱזִירָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִים לְרֻובּוֹ שֶׁל עֻובָּר מִי הָוֵי כְּיָלוּד דְּהָא נָפְקָא רֻובֵּיהּ אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּאֵין לֵידָה לְאֵבָרִים הָוְיָא חֲזָרָה דִּידֵיהּ חֲזָרָה וְכִי נָפֵיק אִידָךְ כְּבָר הָדַר לֵיהּ קַמָּא וְאֵין כָּאן יְצִיאַת רֹוב דְּאִי לְמָאֵן דְּאָמַר יֵשׁ לֵידָה לָא מְהַנְּיָא לְהוּ חֲזָרָה:
Selon les propos de celui qui dit [qu']il n'y a pas de naissance pour les membres, [si] le foetus a sorti sa main et l'a rentrée, puis a recommencé et a sorti sa main — l'autre — et l'a rentrée, puis a recommencé et a sorti son échine (chidrô) et l'a rentrée, jusqu'à ce qu'il ait complété la majorité du foetus : est-il [comme un] enfant né, puisque sa majorité est sortie ? ou peut-être, puisqu'il n'y a pas de naissance pour les membres, sa rentrée [à chaque fois est] une rentrée [valable], et lorsque l'autre [membre] sort, le premier est déjà rentré, et il n'y a [donc] pas là de sortie de la majorité ? Car selon celui qui dit 'il y a naissance', la rentrée ne leur sert pas.
💡 Explication

Première question non tranchée (selon 'il n'y a pas de naissance pour les membres') : si le foetus sort et rentre ses membres l'un après l'autre — une patte, puis l'autre, puis l'échine — jusqu'à ce que la majorité du foetus soit ainsi sortie, est-il considéré comme né ? Dit-on que la majorité est sortie [donc ne], ou bien que, chaque fois rentré, il n'y a jamais eu de sortie majoritaire réelle ?

20
אִם תִּמְצֵי לוֹמַר, כֵּיוָן דַּהֲדַר הָדַר, הוֹצִיא עֻובָּר אֶת יָדוֹ וַחֲתָכָהּ, וְחָזַר וְהוֹצִיא אֶת יָדוֹ וַחֲתָכָהּ, עַד שֶׁהִשְׁלִימוֹ לְרֻובּוֹ, מַהוּ? מִי אָמְרִינַן הָא נָפֵיק לֵיהּ רֻובָּא, אוֹ דִּלְמָא רֻובָּא בְּבַת אַחַת בָּעֵינַן?

[Et] si tu dis : dès lors qu'il a rentré, [c'est] rentré — [voici la question suivante :] le foetus a sorti sa main et on l'a coupée, puis a recommencé et a sorti sa main et on l'a coupée, jusqu'à ce que [le coupe] ait atteint sa majorité — quoi [le statut] ? Disons-nous : voici que sa majorité est sortie ; ou peut-être faut-il la majorité en une seule fois (rouvâ be-vat ahat) ?

📜 Rachi (1)
וְאִם תִּימְצֵי לוֹמַר כֵּיוָן דַּהֲדַר הָדַר הוֹצִיאָהּ וַחֲתָכָהּ כו' אוֹ דִּלְמָא רֻובָּא בְּבַת אַחַת בָּעֵינַן וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר יֵשׁ לְיָדָהּ אִיכָּא לְמִיבְעֵי לְהָא:
Et si tu dis : dès lors qu'il a rentré, [c'est] rentré — [si] il l'a sortie et coupée, etc., ou peut-être faut-il la majorité en une seule fois — et même selon celui qui dit 'il y a naissance', il y a lieu de poser cette [question].
🗂️ Tossefot (1)
הוֹצִיא יָדוֹ וַחֲתָכָהּ וְחָזַר וְהוֹצִיא וַחֲתָכָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִימוֹ לְרֻובּוֹ מַהוּ וא"ת מַתְנִי' הִיא בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה כח.) יָצָא מְחֻותָּךְ אוֹ מְסֹורָס עַד שֶׁיֵּצֵא רֻובּוֹ וְי"ל דְּוַדַּאי אִשָּׁה טְמֵאָה לֵידָה בְּרוֹב וְלָדָהּ אֲבָל לָא שָׁמְעִינַן מֵהָתָם דְּמִיעוּט שֶׁבִּפְנִים הֲרֵי הוּא כְּיָלוּד:
[Si] il a sorti sa main et on l'a coupée, puis a recommencé et l'a sortie et on l'a coupée, jusqu'à ce qu'il ait complété la majorité — quoi ? — et si tu objectes : [c'est déjà] une michna [dans le traité Nidda], au chapitre Ha-Mappelet (Nidda 28a) : '[s']il est sorti [du sein] découpé (mehoutakh) ou à rebours (mesouras), [la mère est impure] dès lors que la majorité en est sortie' ! Et l'on peut dire : certes, la femme [est] impure [au titre] de l'enfantement (leda) [dès] que la majorité de son enfant [est sortie], mais nous n'apprenons pas de là que la minorité [restée] à l'intérieur soit comme [un membre] né (ka-yaloud).
💡 Explication

Seconde question (à supposer résolue la première : 'rentré = rentré') : si, au lieu de rentrer, on coupe chaque membre dès qu'il sort, jusqu'à ce que la majorité du foetus ait ainsi été sortie-et-coupée — le foetus est-il considéré comme né ? Dit-on que la majorité est sortie, ou bien faut-il que la majorité soit sortie en une seule fois (bat ahat), ce qui n'est pas le cas ici ?

21
תָּא שְׁמַע:

Viens [et] entends [une preuve] :

💡 Explication

La Guemara propose de résoudre la question par une braita ou une michna — dont le développement (la preuve et sa discussion) se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).