Chullin 69b — le foetus appelé 'behema', la substitution d'un membre, et le premier-né sorti par tiers

Chullin 69b

Sougya : La fin de la sougya précédente cherche pourquoi le foetus d'une bête cachere est permis : par le verset 'behema bi-behema', mais il faut alors expliquer le clout (sabot non fendu) et la michna de Temoura qui dit 'on ne substitue pas' au foetus. L'école de Rabbi Yichmael (selon R.

Chimon ben Yohai) lit 'parsa' séparément ; Rav Chimi bar Achi maintient que le foetus est bien une 'behema' et que l'exclusion de la substitution suit Rabbi Chimon, qui rapproche (hekech) la temoura du maasser. La Guemara vérifie cette attribution par la michna de Temoura où Rabbi Yossei dit 'la jambe de celle-ci sera holocauste -> toute la bête l'est', et tranche que Rabbi Yossei donne son propre motif.

La michna ouvre alors une nouvelle matière : la bête qui met bas son premier-né avec difficulté, dont on coupe le foetus membre par membre tant que la majorité n'est pas sortie. La Guemara rapporte la mahloket de Rav Houna (consacre rétroactivement) et Rabba (consacre à partir de la majorité), appliquée à deux cas miroirs : le premier-né vendu à un goy entre deux tiers, et celui sorti d'abord par la paroi puis par la matrice.

Pourquoi le foetus est-il permis ? Deux lectures du verset (Lev 11:3) 'Tout [animal] qui a un sabot fendu... parmi les bêtes, vous [le] mangerez' -> 'behema bi-behema' Difficulté : le clout (kalout) si 'behema bi-behema' permet le foetus, il faudrait aussi exiger les sabots ; or le clout (sabot non fendu) dans le ventre d'une vache est permis (68b) ! Pourquoi ne pas l'interdire ? Réponse : école de R. Yichmael selon R. Chimon ben Yohai : 'parsa' (sabot) se lit aussi seul, indépendamment de 'fendu en deux' ; soit 'parsa' soit 'parsot' suffit -> le clout est permis, pas le pigeon (sans sabot ni du tout)
Segments 0-1 : pourquoi le foetus est permis, l'objection du clout (sabot non fendu) et la réponse de l'école de Rabbi Yichmael.
Rav Chimi bar Achi : pourquoi 'on ne substitue pas' au foetus Le foetus EST appelé 'behema' ; la michna qui l'exclut suit R. Chimon Maasser (dîme du bétail) 'tout ce qui passe sous le bâton' (Lev 27:32) ne s'applique pas aux membres ni aux foetus (ne marchent pas) hekech Temoura (substitution) rapprochée du maasser par R. Chimon -> ne s'applique pas non plus aux membres ni aux foetus Conclusion l'exclusion vient du hekech, NON de ce que le foetus ne serait pas une 'behema'
Segment 2 : Rav Chimi bar Achi — le foetus est une 'behema', et l'exclusion de la substitution suit Rabbi Chimon par le rapprochement temoura/maasser.
Rav Houna vs Rabba : la consécration du premier-né sorti par tiers Rav Houna Rabba Principe consacre RÉTROACTIVEMENT (lemafrea) : dès le 1er tiers consacre À PARTIR DE LA (mikan ou-lehaba) : à la majorité Cas 1 1/3 sort, vendu à un goy, puis 2e 1/3 sort CONSACRE la vente est nulle : il était déjà à Dieu NON consacre la vente est valide ; main du goy au milieu Cas 2 1/3 par la paroi (césarienne), puis 2/3 par la matrice NON consacre le 1er tiers (décisif) n'est pas par la matrice CONSACRE la majorité finit par sortir par la matrice Chacun est cohérent (azdou le-taamaihou) : même principe, conclusions opposées selon le cas.
Segments 10-15 : la mahloket Rav Houna / Rabba sur la consécration du premier-né, appliquée aux deux cas miroirs.
1
בָּעֵינָא פַּרְסוֹת, וְלֵיכָּא.

[Le foetus n'est permis que si] j'exige des sabots (parsot), et il n'y en a pas [chez un foetus en forme de pigeon].

📜 Rachi (1)
בָּעֵינָא פַּרְסוֹת בִּבְהֵמָה דְּהָכִי מַשְׁמַע שְׁתֵּי פַּרְסוֹת וּמַעֲלַת גֵּרָה הַנִּמְצֵאת בַּבְּהֵמָה תֹּאכְלוּ:
J'exige des sabots — chez la bête (behema), car ainsi [le verset] signifie : 'deux sabots et qui rumine, [ce] qui se trouve chez la bête, vous [le] mangerez'.
💡 Explication

Suite de 69a : on cherchait d'où le foetus d'une bête cachere est permis. La réponse appuyée sur le verset 'parmi les bêtes vous [le] mangerez' (behema bi-behema) exige aussi des sabots (parsot) : un foetus informe, en forme de pigeon, n'en a pas, et reste donc interdit.

2
אֶלָּא מֵעַתָּה, קָלוּט בִּמְעֵי פָּרָה לִיתְּסַר? הָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: ״פַּרְסָה בִּבְהֵמָה תֹּאכְלוּ״.

Mais s'il en est ainsi, le clout (kalout, [animal au sabot non fendu]) dans le ventre d'une vache serait[-il] interdit ? Or l'école de Rabbi Yichmael a enseigné conformément à Rabbi Chimon ben Yohai : 'un sabot (parsa) chez la bête, vous [le] mangerez'.

📜 Rachi (3)
קָלוּט בִּמְעֵי פָּרָה לִיתְּסַר וַאֲנַן אָמְרִינַן לְעֵיל (חוֹלִין דַּף סח:) דְּשָׁרֵי אַפֵּי' לר"ש:
Le clout dans le ventre d'une vache serait interdit — alors que nous disons plus haut (Houlin 68b) [qu'il est] permis, même selon R. Chimon.
תָּנָא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל כר"ש מָצִינוּ מִשְׁנַת מִדְרָשׁוֹ שֶׁל ר' יִשְׁמָעֵאל כְּתַלְמִידָיו שֶׁל ר"ש בֶּן יוֹחַי:
L'école de Rabbi Yichmael [a enseigné] comme R. Chimon — nous trouvons un enseignement de l'école d'étude (michnat midracho) de Rabbi Yichmael conforme aux disciples de R. Chimon ben Yohai.
פַּרְסָה בִּבְהֵמָה תֹּאכְלוּ קְרָא כְּתִיב פַּרְסָה וּכְתִיב פְּרָסוֹת אֵיזֶה שֶׁתִּמְצָא אוֹ פַּרְסָה בִּבְהֵמָה אוֹ פַּרְסוֹת אֲבָל יוֹנָה אֵינָהּ לֹא פַּרְסָה וְלֹא פַּרְסוֹת:
'Un sabot chez la bête, vous [le] mangerez' — le verset écrit 'parsa' (sabot, au singulier) et écrit 'parsot' (sabots, au pluriel) : ce que tu trouveras [suffit], soit un 'sabot' chez la bête, soit des 'sabots' ; mais un pigeon n'est ni 'un sabot' ni 'des sabots'.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּהֵמָה וּמָצָא בָּהּ דְּמוּת יוֹנָה אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה מַאי טַעְמָא בָּעֵינַן פַּרְסוֹת וְלֵיכָּא. אִי הָכִי קָלוּט בִּמְעֵי פָּרָה לִיתְּסַר הָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל כְּדִבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר פַּרְסָה בִּבְהֵמָה תֹּאכְלוּ. וְדַוְקָא דְּמוּת יוֹנָה שֶׁהִיא אֲסוּרָה אַף כְּשֶׁיָּצָא לַאֲוִיר הָעוֹלָם לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִתְקַיֵּים אֲבָל מָצָא בָּהּ בְּהֵמָה גְּמוּרָה שֶׁרַגְלֶיהָ כְּרַגְלֵי יוֹנָה אוֹ שֶׁאֵין לָהּ רַגְלַיִם כְּלָל מֻותֶּרֶת. דְּכֵיוָן דִּכְשֶׁיָּצָא לַאֲוִיר חֲשִׁיב מַפְרִיס פַּרְסָה לִהְיוֹתוֹ נִיתָּר בִּשְׁחִיטַת עַצְמוֹ כָּל שֶׁכֵּן דַּחֲשִׁיב פַּרְסָה לִהְיוֹתוֹ נִיתָּר בִּשְׁחִיטַת אִמּוֹ. דְּלָא עַל חִנָּם נְקַט רַבִּי יוֹחָנָן דְּמוּת יוֹנָה וְלָא נְקַט עֻובָּר שֶׁרַגְלָיו דּוֹמִים לְרַגְלֵי יוֹנָה אוֹ שֶׁאֵין לוֹ רַגְלַיִם. אֶלָּא וַדַּאי כָּל דָּבָר שֶׁרָאוּי לִהְיוֹת מֻותָּר לִכְשֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם לָא אִמַּעוּט מִפַּרְסָה. וְהָא דְּפָרִיךְ אִי הָכִי קָלוּט לִיתְּסַר אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָסַר לֵיהּ לִכְשֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם פָּרִיךְ וְלָאו אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן. גָּרְסִינַן בְּנִדָּה פֶּרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כֹּד.) אִיתְּמַר בְּרִיָּה שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי גַּבִּין וּשְׁנֵי שִׁדְרָאוֹת רַב אָמַר בְּאִשָּׁה אֵין וָלָד וּבִבְהֵמָה אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר בִּבְהֵמָה מֻותֶּרֶת בַּאֲכִילָה וּבְאִשָּׁה הָוֵי וָלָד. בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי בִּדְרַב חָנָן בַּר רָבָא קָמִיפַּלְגִי. דְּאָמַר הַשְּׁסוּעָה בְּרִיָּה שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי גַּבִּין וּשְׁנֵי שִׁדְרָאוֹת. רַב סָבַר בְּרֵיהּ בְּעָלְמָא לֵיתָא וְכִי אַגְמְרֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה בְּסִינַי בִּמְעֵי אִמּוֹ אַגְּמָרֵיהּ וּשְׁמוּאֵל סָבַר בְּרֵיהּ בְּעָלְמָא אִיתַאּ וְכִי אַגְמְרֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה בְּעָלְמָא אַגְמְרֵיהּ וּבִמְעֵי אִמּוֹ שָׁרִי. רַב יִרְמְיָה סָבַר לְמֶיעְבַּד עֻובְדָּא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל א"ל רַב נַחְמָן מַאי דַּעְתָּךְ לְחֻומְרָא חֻומְרָא דְּאָתֵי לִידֵי קֻולָּא הוּא. דְּקָא יְהַבְתְּ לָהּ יְמֵי טֹוהַר. אֶלָּא עֲבִיד כְּרַב דקי"ל הֲלָכָה כְּוָותֵיהּ דְּרַב בְּאִיסּוּרֵי בֵּין לְקֻולָּא בֵּין לְחֻומְרָא:
Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui abat (par chehita) une behema (bête domestique) et trouve en elle la forme d'une colombe (demout yona), elle est interdite à la consommation. Quelle en est la raison (mai taama) ? Nous exigeons des sabots (parsot, sabots fendus, signe de pureté) et il n'y en a pas. Si c'est ainsi, un animal aux pieds soudés (kalout, dont les sabots ne sont pas fendus) qui se trouve dans le ventre d'une vache devrait être interdit ! Or l'école de Rabbi Yishmael a enseigné selon les paroles de Rabbi Chimon ben Yohai qui dit : « tout sabot (parsa) présent dans une behema, vous le mangerez » (c.-à-d. ce qui se trouve dans une behema kachère est permis même sans sabot fendu propre). Et c'est précisément la forme d'une colombe qui est interdite même lorsqu'elle sort à l'air du monde (une fois née), parce qu'elle ne peut survivre ; mais si l'on trouve en elle une behema complète dont les pattes sont comme les pattes d'une colombe, ou qui n'a pas de pattes du tout, elle est permise. Car, puisque, lorsqu'elle sortira à l'air (du monde), elle est considérée comme ayant un sabot fendu (mafris parsa) au point d'être rendue permise par sa propre chehita, à plus forte raison (kal va-homer) est-elle considérée comme ayant un sabot fendu au point d'être rendue permise par la chehita de sa mère. Car ce n'est pas en vain que Rabbi Yo'hanan a mentionné « la forme d'une colombe » et n'a pas mentionné « un foetus dont les pattes ressemblent aux pattes d'une colombe ou qui n'a pas de pattes ». Mais assurément, toute chose qui est apte à être permise lorsqu'elle sortira à l'air du monde n'a pas été exclue par (l'exigence du) sabot fendu. Et ce que la guemara objecte : « si c'est ainsi, l'animal aux pieds soudés (kalout) devrait être interdit », c'est selon l'avis de Rabbi Chimon qui l'interdit même lorsqu'il sortira à l'air du monde qu'elle objecte, et non selon l'avis des Sages (rabanan). Nous lisons dans (le traité) Nidda, chapitre Ha-mapelet (Nidda folio 24a) : il a été dit — une créature (beriya) qui a deux dos et deux colonnes vertébrales : Rav dit — chez une femme ce n'est pas un enfant (valad, produit viable), et chez une behema elle est interdite à la consommation ; et Chemouel dit — chez une behema elle est permise à la consommation, et chez une femme c'est un enfant (valad). Sur quoi divergent-ils ? Ils divergent au sujet de (l'enseignement) de Rav Hanan bar Rava, qui a dit : la « chessoua » (mentionnée dans la Tora) est une créature qui a deux dos et deux colonnes vertébrales. Rav estime qu'elle n'existe pas dans le monde (comme créature viable), et que lorsque le Miséricordieux (ha-rahamana, la Tora) l'a enseignée à Moche au Sinaï, c'est dans le ventre de sa mère qu'Il la lui a enseignée ; et Chemouel estime qu'elle existe dans le monde, et que lorsque le Miséricordieux l'a enseignée à Moche, c'est dans le monde qu'Il la lui a enseignée — mais dans le ventre de sa mère elle est permise. Rav Yirmeya voulut agir en pratique selon l'avis de Chemouel. Rav Nahman lui dit : quelle est ta pensée ? (Agir) par rigueur (le-houmra) ? C'est une rigueur qui aboutit à une facilité (houmra qui amène une koula), car tu lui accorderais (à la femme) les jours de pureté (yemei tohar, en la considérant comme ayant accouché). Plutôt, agis selon Rav, car il est établi (dekayla) que la halakha suit Rav dans les questions d'interdit (issourim), aussi bien vers la facilité (koula) que vers la rigueur (houmra).
💡 Explication

Objection : si la permission du foetus dépend des sabots fendus, le clout (kalout, bête au sabot non fendu) trouvé dans le ventre d'une vache devrait être interdit — alors qu'on l'a permis (68b), même selon R. Chimon. Réponse : l'école de Rabbi Yichmael a enseigné, comme R. Chimon ben Yohai, que le mot 'parsa' (sabot) se lit aussi seul, désignant un sabot non fendu — donc soit 'parsa' soit 'parsot' suffit, et le clout est permis ; seul le pigeon (sans sabot d'aucune sorte) est exclu.

3
רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי אָמַר: לְעוֹלָם כִּדְקָאָמְרַתְּ מֵעִיקָּרָא, וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ ״אֵין מְמִירִין״, הָא מַנִּי? רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא, דְּמַקִּישׁ תְּמוּרָה לְמַעֲשֵׂר: מַה מַעֲשֵׂר אֵינוֹ נוֹהֵג בָּאֵבָרִים וְעֻובָּרִים, אַף תְּמוּרָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת בָּאֵבָרִים וְעֻובָּרִים.

Rav Chimi bar Achi a dit : en réalité [c'est] comme tu disais d'abord [que le foetus est appelé 'behema'] ; et ce qui te faisait difficulté, 'on ne substitue pas' [au foetus, dans Temoura], celle-ci, de qui [relève-t-elle] ? [Elle relève] de Rabbi Chimon, qui rapproche (makich) la substitution (temoura) de la dîme du bétail (maasser) : de même que la dîme ne s'applique ni aux membres ni aux foetus, de même la substitution ne s'applique ni aux membres ni aux foetus.

📜 Rachi (3)
כְּדַאֲמָרָן מֵעִיקָּרָא דְּעֻובָּר אִיקְּרִי בְּהֵמָה:
Comme nous l'avons dit d'abord — que le foetus est appelé 'behema'.
ר"ש הִיא טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם דְּעֻובָּר לָאו בְּהֵמָה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּמַקִּישׁ תְּמוּרָה לְמַעֲשֵׂר בְּמַסֶּכֶת תְּמוּרָה בפ"ק דִּתְנַן אָמַר ר"ש וַהֲלֹא מַעֲשֵׂר בִּכְלַל כָּל הַקֳּדָשִׁים הָיָה וְלָמָּה יָצָא דִּכְתִיב כָּל מַעְשַׂר בָּקָר וָצֹאן וְגוֹ' לֹא יְבַקֵּר בֵּין טוֹב לָרַע וְלֹא יְמִירֶנּוּ וְלָמָּה יָצָא לְהַקִּישׁ מַה מַעֲשֵׂר קָרְבַּן יָחִיד יָצָא קָרְבַּן צִבּוּר וּמַה מַעֲשֵׂר קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ יָצְאוּ קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִלְכָּךְ דּוֹק מִינָּהּ נָמֵי מַה מַּעֲשֵׂר אֵינוֹ בְּעוֹבְרִין וְאַבְּרִין דְּבָעֵינַן יַעֲבֹור תַּחַת הַשֵּׁבֶט (וַיִּקְרָא כז):
C'est Rabbi Chimon — le motif [n'est] pas que le foetus ne serait pas une bête, mais [parce] qu'il rapproche la substitution de la dîme, dans le traité Temoura, au premier chapitre, où nous avons appris : Rabbi Chimon a dit : mais la dîme n'était-elle pas comprise dans l'ensemble de tous les [animaux] consacrés ? et pourquoi est-elle sortie [à part] ? Comme il est écrit (Lev 27:33) 'toute dîme de gros et de petit bétail... il ne distinguera pas entre bon et mauvais et ne le substituera pas'. Et pourquoi est-elle sortie ? Pour [en] rapprocher [par hekech] : de même que la dîme [est] un sacrifice d'individu, sont exclus les sacrifices de communauté ; et de même que la dîme [relève des] consacrés de l'autel, sont exclus les consacrés pour l'entretien du Temple (kodchei bedek ha-bayit). Dès lors, infère aussi d'elle : de même que la dîme ne [s'applique] pas aux foetus et aux membres, puisque nous exigeons 'qu'il passe sous le bâton' (Lev 27).
אַף תְּמוּרָה אֲבָל לְמַאן דְּלָא מַקִּישׁ מְמִירִין דְּעֻובָּר אִיקְּרִי בְּהֵמָה:
Aussi la substitution — mais pour celui qui ne [fait] pas le rapprochement, on substitue, car le foetus est appelé 'behema'.
💡 Explication

Rav Chimi bar Achi maintient que le foetus est bien appelé behema (d'où sa permission). Et l'objection tirée de la michna de Temoura ('on ne substitue pas un profane au foetus d'une bête consacrée') se résout autrement : cette michna suit Rabbi Chimon, qui rapproche (hekech) la temoura du maasser du bétail. Le maasser ('tout ce qui passe sous le bâton', Lev 27:32) ne s'applique ni aux membres ni aux foetus (qui ne marchent pas) ; donc la temoura non plus. L'exclusion ne prouve donc pas que le foetus ne serait pas une behema.

4
וּמְנָא תִּימְרָא, דִּתְנַן: אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁים, הָאוֹמֵר: ״רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ עוֹלָה״ – כֻּולָּהּ עוֹלָה, אַף כְּשֶׁיֹּאמַר: ״רֶגֶל שֶׁל זוֹ תַּחַת זוֹ״ – תְּהֵא כֻּולָּהּ תְּמוּרָה תַּחְתֶּיהָ.

Et d'où dis-tu [que cette michna suit Rabbi Chimon] ? De ce que nous avons appris : Rabbi Yossei a dit : mais n'est-ce pas que, dans les [animaux] consacrés, celui qui dit 'la jambe de celle-ci [sera] holocauste' — toute [la bête] est [un] holocauste !

De même aussi, lorsqu'il dira 'la jambe de celle-ci [sera] substitut à la place de celle-là' — toute [la bête] sera substitut à sa place.

📜 Rachi (2)
וּמְנָא תִּימְרָא דְּהָא אֵין מְמִירִין ר"ש הִיא:
Et d'où dis-tu — que ce 'on ne substitue pas' [relève] de Rabbi Chimon.
דִּתְנַן בְּסֵיפָא דִּידֵהּ דִּפְלִיג ר' יוֹסֵי עֲלָהּ וְאָמַר מְמִירִין וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁין בִּתְחִלַּת הֶקְדֵּשׁ הָאוֹמֵר רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ עוֹלָה כֻּולָּהּ עוֹלָה כו' שְׁמַע מִינָּה מִדְּקָאָמַר וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁין דִּלְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַהְדַּר וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁין אַתָּה מוֹדֶה דְּהָאוֹמֵר רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ כּוּ' כְּדִלְקַמָּן וּבָזוֹ אַתָּה חָלוּק עָלַי דְּאִי ס"ד ת"ק אֵין מְמִירִים ר"מ הִיא כִּשְׁאָר סְתַם מִשְׁנָה:
Que nous avons appris — dans la fin (sefa) de cette [michna], où Rabbi Yossei diverge à son sujet et dit 'on substitue', et [en] explique le motif : 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, au début de la consécration, celui qui dit la jambe de celle-ci [sera] holocauste — toute [la bête est] holocauste, etc.' ; infère-[s'en] que, du fait qu'il dit 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés', [c'est] à Rabbi Chimon qu'il réplique 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, tu reconnais que celui qui dit la jambe de celle-ci [etc.]', comme plus loin, 'et en ceci tu diverges de moi' ; car si tu venais à dire [que] le tana anonyme [qui dit] 'on ne substitue pas' [est] Rabbi Meir, [il serait] comme le reste de la michna anonyme.
💡 Explication

Preuve de l'attribution à Rabbi Chimon, tirée de la suite de cette même michna (Temoura 10a), où Rabbi Yossei conteste le tana anonyme et soutient qu'on substitue. Son argument : dans les consacrés, dire 'la jambe de celle-ci [sera] holocauste' rend toute la bête holocauste ; de même, dire 'la jambe de celle-ci [sera] substitut' rend toute la bête substitut. Le fait que R. Yossei réplique 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés...' montre qu'il s'adresse à R. Chimon [qui l'admet].

5
לְמַאן קָא מַהְדַּר לֵיהּ? אִילֵּימָא לְרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה, מִי אִית לְהוּ הַאי סְבָרָא? וְהַתַּנְיָא: יָכוֹל הָאוֹמֵר ״רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ עוֹלָה״ תְּהֵא כֻּולָּהּ עוֹלָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כֹּל אֲשֶׁר יִתֵּן מִמֶּנּוּ לַה׳ יִהְיֶה קֹּדֶשׁ״ – מִמֶּנּוּ קֹדֶשׁ, וְלֹא כֻּולּוֹ קֹדֶשׁ.

À qui réplique-t-il ? Si tu dis [que c'est] à Rabbi Meir et Rabbi Yehouda — ont-ils ce raisonnement [que toute la bête devient holocauste] ?

Or n'a-t-il pas été enseigné : on pourrait [croire que] celui qui dit 'la jambe de celle-ci [sera] holocauste' — toute [la bête] sera holocauste ; [c'est pourquoi] le verset dit 'tout ce qu'il donnera de lui (mimenou) à l'Éternel sera sacré' (Lev 27:9) — 'de lui' [est] sacré, et non 'tout lui' [est] sacré.

📜 Rachi (1)
מִי אִית לְהוּ הַאי סְבָרָא בְּמֻוקְדָּשִׁין דְּכֻולָּהּ עוֹלָה דְּנֵימָא לְהוּ רַבִּי יוֹסֵי וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁין אַתֶּם מוֹדִים לִי וְהַתַּנְיָא כו':
Ont-ils ce raisonnement — dans les consacrés, [à savoir] que toute [la bête] serait holocauste, [au point] que Rabbi Yossei leur dirait 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, vous me [le] reconnaissez', alors qu'il a été enseigné [le contraire], etc.
💡 Explication

La Guemara vérifie à qui s'adresse R. Yossei. Pas à R. Meir et R. Yehouda : eux n'admettent pas que consacrer un membre consacre toute la bête. Preuve, une braita : on aurait pu croire que dire 'la jambe [sera] holocauste' rend toute la bête holocauste ; mais le verset 'tout ce qu'il donnera de lui (mimenou)' enseigne que seule la partie donnée est sacrée, non la bête entière.

6
יָכוֹל תֵּצֵא לְחֻולִּין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״יִהְיֶה״ – בַּהֲוָייָתָהּ תְּהֵא. הָא כֵיצַד? תִּמָּכֵר לְצָרְכֵי עוֹלוֹת, וְדָמֶיהָ חֻולִּין, חוּץ מִדְּמֵי אֵבֶר שֶׁבָּהּ – דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה.

On pourrait [croire qu'elle] sort au profane (hulin) [par rachat] ? Le verset dit 'sera (yihye)' — [le membre] demeurera dans son état [consacré].

Comment cela [se fait-il alors] ? Elle [la bête] est vendue pour les besoins des holocaustes, et son prix [est] profane, hormis le prix du membre qui est en elle — [telles sont] les paroles de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (3)
יָכוֹל תְּהֵא יוֹצְאָהּ לְחֻולִּין בְּפִדְיוֹן שֶׁיִּפְדֶּה אוֹתוֹ אֵבֶר:
On pourrait [croire qu'elle] sort au profane — par un rachat où l'on rachètera ce membre.
תִּמָּכֵר בְּהֵמָה זוֹ לְצָרְכֵי עוֹלוֹת וְדָמֶיהָ חֻולִּין:
Elle est vendue — cette bête, pour les besoins des holocaustes, et son prix [est] profane.
חוּץ מִדְּמֵי אוֹתוֹ אֵבֶר וּמִמֶּנּוּ לֹא יִטֹּול הַדָּמִים לְפִי שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ. וּבִתְמוּרָה פָּרִיךְ וְהָא קָמַיְיתֵי אוֹתוֹ שֶׁקְּנָאָהּ עוֹלָה מְחֻוסַּר אֵבָר וְהוּא הָיָה מְחֻוייָּב עוֹלָה:
Hormis le prix de ce membre — et de celui-ci [le vendeur] ne prend pas le prix, car il n'est pas à lui. Et dans Temoura on objecte : mais voici que celui qui l'a achetée apporte un holocauste privé d'un membre, alors qu'il était [lui-même] tenu d'un holocauste !
🗂️ Tossefot (1)
תִּמָּכֵר לְצָרְכֵי עוֹלוֹת לָא דָּמֵי לִבְהֵמָה שֶׁל ב' שֻׁותָּפִים וְהִקְדִּישׁ חֶצְיָהּ וְחָזַר וּלְקָחָהּ וְהִקְדִּישׁ חֶצְיָהּ דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף ז.) דִּקְדוֹשָׁה וְאֵינָהּ קְרֵיבָה דַּחֲשִׁיבָה דְּחוּיָה מֵעִיקָּרָא דְּהָתָם לָא הֲוָה בְּיָדוֹ לְהַקְדִּישָׁהּ כֻּולָּהּ מִתְּחִלָּה אֲבָל הָכָא כְּשֶׁהִקְדִּישׁ רַגְלָהּ הָיָה יָכוֹל לְהַקְדִּישָׁהּ כֻּולָּהּ:
Elle est vendue pour les besoins des holocaustes — [cela] ne ressemble pas à [la bête] de deux associés dont [l'un] a consacré sa moitié, puis l'a rachetée et [en] a consacré [l'autre] moitié, [cas] dont nous disons au premier chapitre de Kiddouchin (page 7a) qu'elle [est] consacrée mais n'est pas offerte, étant tenue pour écartée dès l'origine (dehouya me-ikara) ; car là-bas il n'avait pas le pouvoir de la consacrer tout entière dès le début, tandis qu'ici, lorsqu'il a consacré sa jambe, il pouvait la consacrer tout entière.
💡 Explication

Suite de la braita. La bête entière ne pouvant être offerte (un seul membre est consacré), on pourrait croire qu'on rachète le membre pour le rendre profane ; mais 'yihye' (il sera) enseigne qu'il reste consacré. Solution pratique de R. Meir et R. Yehouda : on vend la bête à quelqu'un qui l'offrira tout entière en holocauste ; le prix est profane sauf celui du membre consacré.

7
רַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: מִנַּיִן לְאוֹמֵר ״רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ עוֹלָה״ – תְּהֵא כֻּולָּהּ עוֹלָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״יִהְיֶה״ – לְרַבּוֹת אֶת כֻּולָּהּ.

Rabbi Yossei et Rabbi Chimon disent : d'où [sait-on] que celui qui dit 'la jambe de celle-ci [sera] holocauste' — toute [la bête] sera holocauste ? Le verset dit 'sera (yihye)' — pour inclure toute [la bête].

📜 Rachi (1)
יִהְיֶה לְרַבּוֹת אֶת כֻּולָּהּ דה"ל לְמִיכְתַּב כֹּל אֲשֶׁר יִתֵּן מִמֶּנּוּ לַה' קֹדֶשׁ וּמִדִּכְתִיב יִהְיֶה רִיבּוּיָא הוּא דְּאַפֵּי' לֹא נָתַן לָה' אֶלָּא מִמֶּנּוּ דְּהַיְינוּ מִקְצָתָהּ יִהְיֶה קֹדֶשׁ כֻּולָּהּ:
'Yihye' pour inclure toute [la bête] — car il aurait fallu écrire 'tout ce qu'il donnera de lui à l'Éternel [sera] sacré' ; et du fait qu'il est écrit 'yihye' (sera), [c'est] une inclusion : même s'il n'a donné à l'Éternel que 'de lui', c'est-à-dire une partie d'elle, toute [la bête] sera sacrée.
💡 Explication

La même braita rapporte l'avis opposé de Rabbi Yossei et Rabbi Chimon : consacrer un seul membre consacre toute la bête. Ils lisent le surplus du mot 'yihye' comme une inclusion (ribouy) : même si l'on n'a donné 'de lui' (mimenou) qu'une partie, la bête entière devient sacrée.

8
לְמָאֵן? אִי לְרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה – מִי אִית לְהוּ הַאי סְבָרָא? אֶלָּא לָאו לְרַבִּי שִׁמְעוֹן!

À qui [réplique-t-il] ? Si [c'est] à Rabbi Meir et Rabbi Yehouda — ont-ils ce raisonnement ?

[Non.] N'est-ce donc pas à Rabbi Chimon !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לָאו ת"ק ר"ש הִיא וְכֵיוָן דִּשְׁמַעְתָּ לֵיהּ בְּעָלְמָא דְּמַקִּישׁ תְּמוּרָה לְמַעֲשֵׂר טַעְמָא בְּהָא נָמֵי מִשּׁוּם הֶקֵּישָׁא הוּא:
N'est-ce donc pas — [que] le tana anonyme [est] Rabbi Chimon ; et puisque tu l'as entendu, ailleurs, rapprocher la substitution de la dîme, le motif ici aussi [tient] au rapprochement [hekech].
💡 Explication

La Guemara conclut son raisonnement : puisque R. Meir et R. Yehouda n'admettent pas qu'un membre consacre toute la bête, c'est forcément à Rabbi Chimon que R. Yossei réplique ('mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, tu [me] reconnais...'). Donc le tana anonyme de 'on ne substitue pas' est bien R. Chimon — ce qui confirme l'explication de Rav Chimi bar Achi.

9
לֹא, רַבִּי יוֹסֵי טַעְמָא דְנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר.

Non, Rabbi Yossei donne son propre motif (taama de-nafcheih).

📜 Rachi (1)
לָא ר' יוֹסֵי טַעְמָא דְנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר מֵהָא לָא תֵּימָא דת"ק ר"ש הִיא דִּלְעוֹלָם אֵימָא לָךְ דר"מ הִיא אוֹ ר' יְהוּדָה דְּלָא שָׁמְעִינַן לְהוּ דְּמִקְּשׁוּ וְטַעְמַיְיהוּ בְּהָא מִשּׁוּם דְּאֵבָרִים וְעוֹבְרִין לָאו בְּהֵמָה מִיקְּרוּ וּדְקַשְׁיָא לָךְ הֵיכִי מָצֵי ר' יוֹסֵי לְמֵימַר לְר' מֵאִיר וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁים כו' לָאו מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּנֵימָא וַהֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁים אַתָּה מוֹדֶה לִי אֶלָּא ה"ק לֵיהּ הֲלֹא בְּמֻוקְדָּשִׁין יוֹדֵעַ אֲנִי דְּהָאוֹמֵר רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ עוֹלָה כֻּולָּהּ עוֹלָה דְּנָפְקָא לֵיהּ מִיהֵיהּ קֹדֶשׁ אַף כְּשֶׁיֹּאמַר רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ תְּמוּרָה תְּהֵא כֻּולָּהּ תְּמוּרָה וְאִישְׁתְּכַח דְּהֵמִיר בְּהֵמָה כֻּולָּהּ וְקָרֵינָא בְּהֵמָה בִּבְהֵמָה:
Non, Rabbi Yossei donne son propre motif — de ceci ne déduis pas [que] le tana anonyme [est] Rabbi Chimon, car en réalité je peux te dire [que c'est] Rabbi Meir ou Rabbi Yehouda, dont nous n'avons pas entendu [qu']ils rapprochent [hekech], et leur motif en ceci [tient à ce] que membres et foetus ne sont pas appelés 'behema' ; et ce qui te faisait difficulté — comment Rabbi Yossei peut-il dire à Rabbi Meir 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, etc.' — [ce n']est pas parce qu'il tiendrait qu'on [puisse] dire 'mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, tu me [le] reconnais', mais voici ce qu'il leur dit : mais n'est-ce pas que, dans les consacrés, je sais que celui qui dit 'la jambe de celle-ci [sera] holocauste' — toute [la bête est] holocauste, [ce] qu'il déduit de 'yihye sera sacré' ; de même aussi, lorsqu'il dira 'la jambe de celle-ci [sera] substitut', toute [la bête] sera substitut, et il se trouve qu'il a substitué la bête entière, et nous lisons [alors] 'behema bi-behema' [une bête pour une bête].
💡 Explication

Réfutation de la preuve : il n'est pas certain que le tana anonyme soit R. Chimon. Rabbi Yossei expose son propre raisonnement, sans s'adresser à un avis précis. Il peut donc s'agir de R. Meir ou R. Yehouda, dont le motif d'exclure la substitution du foetus serait que membres et foetus ne sont pas appelés 'behema' — et non le hekech. L'attribution à R. Chimon reste donc indémontrée par cette michna.

10
מַתְנֵי׳ הַמְבַכֶּרֶת, הַמְקַשָּׁה לֵילֵד – מְחַתֵּךְ אֵבָר אֵבָר, וּמַשְׁלִיךְ לַכְּלָבִים. יָצָא רֻובּוֹ – הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר, וְנִפְטֶרֶת מִן הַבְּכוֹרָה.

MICHNA. [La bête] qui met bas pour la première fois (ha-mevakheret) [et] qui peine à enfanter (ha-makcha lelaled) : on coupe [le foetus] membre par membre et on [le] jette aux chiens.

[Si] la majorité est sortie — celui-ci sera enterré, et [la mère] est dispensée de [donner] le premier-né (bekhora).

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' הַמְבַכֶּרֶת הַמְקַשָּׁה לֵילֵד בְּפֶטֶר רֶחֶם שֶׁלָּהּ מֻותָּר לַחְתֹּוךְ אֵבֶר אֵבֶר כְּשֶׁהוּא יוֹצֵא רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן:
MICHNA. [La bête] qui met bas pour la première fois [et] qui peine à enfanter — par l'ouverture de sa matrice (peter rehem), il est permis de couper membre par membre [le foetus] à mesure qu'il sort, le premier [membre] d'abord.
וּמַשְׁלִיךְ לַכְּלָבִים דְּכָל כַּמָּה דְּלָא נְפַק רֻובֵּיהּ לָא קַדִּישׁ:
Et on [le] jette aux chiens — car tant que sa majorité n'est pas sortie, il n'est pas consacré.
יָצָא רֻובּוֹ כְּאַחַת וְחָתְכוּ:
[Si] la majorité est sortie — d'un seul coup, et qu'il l'a coupé.
ה"ז יִקָּבֵר דְּבִיצִיאַת הָרֹוב חָלָה קְדֻושָּׁה עָלָיו דְּקָרֵינָא בֵּיהּ אֲשֶׁר יִוָּלֵד:
Celui-ci sera enterré — car, à la sortie de la majorité, la consécration s'est posée sur lui, puisque nous lisons en lui 'qui sera enfanté' (acher youlad).
וּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה שֶׁהַבָּא אַחֲרָיו אֵינוֹ בְּכוֹר בֵּין שֶׁיָּצָא רִאשׁוֹן אֵבֶר אֵבֶר וּבֵין שֶׁיָּצָא רֹוב כְּאַחַת דְּהָא שֵׁנִי לָאו פֶּטֶר רֶחֶם הוּא:
Et [la mère] est dispensée du premier-né — car celui qui vient après lui n'est pas premier-né, que [le premier] soit sorti membre par membre, ou que la majorité soit sortie d'un coup, car le second n'ouvre pas la matrice.
🗂️ Tossefot (1)
יָצָא רֻובּוֹ הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר אע"ג דִּתְנַן בְּפֶרֶק כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לב:) דב"ה מַתִּירִין לְמַנּוֹת עוֹבֵד כּוֹכָבִים עַל הַבְּכוֹר הָכָא מוֹדוּ דְּאָסוּר לִמְכּוֹר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָא מוֹקְמִינַן לָהּ הָתָם כר"ע וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְר"ע בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קג:) דְּאָמַר מִדְּבָרָיו לָמַדְנוּ שֶׁהַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנִמְצָא טְרֵפָה שֶׁיֵּאוֹתוּ הַכֹּהֲנִים בְּעוֹרוֹ מַשְׁמַע דְּבָשָׂר אָסוּר בַּהֲנָאָה וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּהֵיכָא דְּשָׁרֵי לְיִשְׂרָאֵל הוּא דְּאִיתַּקַּשׁ לִצְבִי וְאַיִל וְשָׁרֵי אַפֵּי' לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים:
[Si] la majorité est sortie, celui-ci sera enterré — bien que nous ayons appris au chapitre Kol Pessoulei ha-Moukdachin (Bekhorot 32b) que Beit Hillel permettent de préposer un idolâtre sur le premier-né, ici ils reconnaissent qu'il est interdit de [le] vendre à un idolâtre ; car nous l'établissons là-bas selon Rabbi Akiva, et nous avons entendu Rabbi Akiva, au chapitre Tevoul Yom (Zevahim 103b), dire : de ses paroles nous avons appris que celui qui abat le premier-né et [qu'il] s'avère tereifa — les prêtres tirent profit de sa peau ; [cela] implique que la chair est interdite à tout profit. Et voici le motif : là où [c'est] permis à l'Israélite, [c'est] parce qu'il est rapproché [par hekech] du cerf et de la gazelle (tzvi ve-ayal), et [alors c'est] permis même aux idolâtres.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' מְבַכֶּרֶת שֶׁהִיא מַקְשֶׁה לֵילֵד מְחַתֵּךְ אֵבֶר אֵבֶר וּמַשְׁלִיךְ לִכְלָבִים. יָצָא רֻובּוֹ ה"ז יִקָּבֵר וְנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה:
Michna : une (behema) primipare (mevakeret, qui met bas pour la première fois) qui a des difficultés à mettre bas — on découpe membre par membre (le foetus) et on le jette aux chiens. Si la majeure partie (roubo) est sortie, celui-ci doit être enterré, et (la mère) est exemptée de (l'obligation du) premier-né (bekhora).
💡 Explication

Nouvelle michna. Une bête primipare (mevakheret, dont la portée serait un premier-né consacré) qui peine à mettre bas : tant que le foetus n'est pas né, il reste profane ; on peut donc le couper membre par membre (chaque membre sortant en premier) et le jeter aux chiens — pas d'enterrement requis. Mais si la majorité du foetus est sortie, il est tenu pour né et consacré : on doit alors l'enterrer, et la mère est dispensée du premier-né pour les portées suivantes (le second-ne n'ouvre plus la matrice).

11
גְּמ׳ אִתְּמַר: יָצָא שְׁלִישׁ וּמְכָרוֹ לְגוֹי, וְחָזַר וְיָצָא שְׁלִישׁ אַחֵר – רַב הוּנָא אָמַר: קָדוֹשׁ, רַבָּה אָמַר: אֵינוֹ קָדוֹשׁ.

GUEMARA. Il a été dit : [si] un tiers est sorti et qu'il l'a vendu à un idolâtre, puis qu'un autre tiers est sorti — Rav Houna a dit : [il est] consacré ; Rabba a dit : [il n']est pas consacré.

📜 Rachi (3)
גְּמ' וְחָזַר וְיָצָא שְׁלִישׁ אַחֵר וַהֲרֵי כָּאן רֹוב:
GUEMARA. Puis qu'un autre tiers est sorti — et voici qu'il y a [maintenant] la majorité.
רַב הוּנָא אָמַר קָדוֹשׁ בְּכוֹר זֶה וְקָרֵב לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ וְנִיתַּן לַכֹּהֵן:
Rav Houna a dit : [il est] consacré — ce premier-né, et il est offert sur l'autel et donné au prêtre.
אֵינוֹ קָדוֹשׁ וַהֲרֵי הוּא חֻולִּין כְּדִמְפָרְשִׁי טַעְמַיְיהוּ:
[Il n']est pas consacré — et il est profane (hulin), comme [le texte] en explique les motifs.
💡 Explication

La Guemara pose le cas-clé. Un tiers du premier-né sort, le propriétaire le vend à un idolâtre, puis un second tiers sort (la majorité est donc atteinte). La règle générale : un foetus en partie possédé par un idolâtre n'est pas consacré comme premier-né. Ici la vente intervient après une sortie partielle. Rav Houna : consacré ; Rabba : non consacré.

12
רַב הוּנָא אָמַר קָדוֹשׁ: קָסָבַר לְמַפְרֵעַ קָדוֹשׁ, וְכֵיוָן דִּנְפַק לֵיהּ רֻובֵּיהּ – אִיגַּלַּאי מִילְּתָא לְמַפְרֵעַ דְּמֵעִיקָּרָא הֲוָה קָדוֹשׁ, וּמַאי דְּזַבֵּין – לֹא כְּלוּם זָבִין.

Rav Houna a dit : [il est] consacré — il tient [que le premier-né est] consacré rétroactivement (lemafrea) ; et puisque sa majorité est sortie, l'affaire s'est dévoilée rétroactivement [qu']il était déjà consacré depuis le début, et ce qu'il a vendu — il n'a rien vendu du tout.

📜 Rachi (1)
לְמַפְרֵעַ הוּא קָדוֹשׁ אע"ג דִּבְלֵידָה תְּלָא רַחֲמָנָא וּבְרֻובָּא הוּא דְּהָוְיָא לֵידָה מִיהוּ כִּי נָפֵיק רֻובָּא מְשַׁוֵּי לֵיהּ לֵידָה מִתְּחִלָּה וְאִגַּלַּאי מִלְּתָא דְּכִי זָבִין לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָאו כְּלוּם זַבֵּין דְּאֵין לוֹ חֵלֶק בּוֹ:
[Il est] consacré rétroactivement — bien que le Miséricordieux ait fait dépendre [le statut] de la naissance, et que la naissance [se réalise] par la majorité, néanmoins, lorsque la majorité sort, elle constitue [la chose en] naissance dès le début, et l'affaire se dévoile [qu']au moment où il a vendu à l'idolâtre il n'a rien vendu, car [le vendeur] n'y a aucune part.
🗂️ Tossefot (1)
רַב הוּנָא אָמַר קָדוֹשׁ קָסָבַר לְמַפְרֵעַ הוּא קָדוֹשׁ הָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה בְּפֶ' כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת לה.) דְּמֻותָּר לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם וּמְפָרֵשׁ גַּדְיָא בְּאָזְנֶיהָ אִימְּרָא בְּשִׁיפּוּוָתֶיהָ אֲבָל אִימְּרָא בְּאָזְנֶיהָ לָא דְּחָייְשִׁינַן כִּי חֲזִי לֵיהּ לְאָזְנֶיהָ שֶׁמָּא יָצָא רֹוב הָרֹאשׁ וְחָזַר אֲבָל בִּגְדִי אֵין לָחוּשׁ דְּמִתּוֹךְ דְּאָזְנָיו גְּדוֹלוֹת דַּרְכּוֹ לָצֵאת בְּמִיעוּט הָרֹאשׁ וְהַייְנוּ דְּלָא כְּרַב הוּנָא דִּלְדִידֵיהּ כֵּיוָן דִּלְמַפְרֵעַ קָדוֹשׁ אַפֵּי' לֹא יָצָא רֹוב הָרֹאשׁ אָסוּר לְהַטִּיל בּוֹ מוּם דִּכְשֶׁיָּצָא אַחַ"כּ הָרֹוב אִיגַּלַּאי מִילְּתָא לְמַפְרֵעַ דְּקָדוֹשׁ הֲוָה כִּדְאָמְרִי' הָכָא גַּבֵּי מְכִירָה וּמִיהוּ אִיכָּא לְאוֹקְמֵי הַאי דְּרַב יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּרַב הוּנָא וּמִכִּי חָזֵי לְאָזְנוֹ דְּגַדְיָא בִּפְנִים שָׁרִי לְהַטִּיל בּוֹ מוּם דְּאַכַּתִּי לֹא יָצָא כְּלָל אֲבָל אִימְּרָא אִיכָּא לְמֵיחַשׁ מִכִּי חֲזִי לְאָזְנֶיהָ בִּפְנִים שֶׁכְּבָר יָצָא רֹוב הָרֹאשׁ וְחָזַר וְסֻוגְיָא דְּרֵישׁ כֵּיצַד מַעֲרִימִין (תְּמוּרָה דַּף כֹּד:) דְּמוּקֵי דְּרַב יְהוּדָה בִּזְמַן הַזֶּה דְּלָא חֲזֵי לְהַקְרָבָה וּפָרִיךְ מַאי לְמֵימְרָא וּמְשַׁנֵּי מַהוּ דְתֵימָא נִגְזוֹר אַטּוּ דִּלְמָא נָפֵיק רֹוב הָרֹאשׁ הַהִיא סֻוגְיָא דְּלָא כְּרַב הוּנָא דִּלְרַב הוּנָא בְּמִיעוּט רֹאשׁוֹ נָמֵי אִיכָּא אִיסּוּר וְכֵן הָא דא"ל רַב עַמְרָם לְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר עַל הַבְּכוֹר עִם יְצִיאַת רֻובּוֹ יְהֵא עוֹלָה עוֹלָה הוּא אוֹ בְּכוֹר הָוֵי הַהִיא נָמֵי דְּלָא כְּרַב הוּנָא דְּמַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּקֹודֶם יְצִיאַת רֻובּוֹ יָכוֹל לְהַפְקִיעַ מִמֶּנּוּ קְדֻושַּׁת בְּכוֹר אִם לֹא נְחַלֵּק בֵּין מְכִירָה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לְהָנָךְ:
Rav Houna a dit : [il est] consacré — il tient [qu'il est] consacré rétroactivement — ce que dit Rav Yehouda au chapitre Kol Pessoulei ha-Moukdachin (Bekhorot 35a), [à savoir] qu'il est permis d'infliger un défaut (moum) au premier-né avant qu'il ne sorte à l'air du monde, et qu'il [l']explique [ainsi] : pour un chevreau (guedi) par son oreille, pour un agneau (imra) par ses lèvres ; mais pour un agneau par son oreille, non, car nous craignons [que], lorsqu'il [en] verra l'oreille, peut-être la majorité de la tête est-elle [déjà] sortie puis rentrée ; tandis que pour un chevreau il n'y a pas à craindre, car, ses oreilles étant grandes, son usage [est] de sortir avec une partie [seulement] de la tête — [tout cela] n'[est] pas selon Rav Houna, car pour lui, puisqu'[il est] consacré rétroactivement, même [si] la majorité de la tête n'est pas [encore] sortie, il est interdit de lui infliger un défaut, car lorsque la majorité sortira ensuite, l'affaire se dévoilera rétroactivement [qu']il était consacré, comme nous disons ici à propos de la vente. Toutefois, on peut établir ce [propos] de Rav Yehouda selon Rav Houna : dès qu'il voit l'oreille du chevreau à l'intérieur, il est permis de lui infliger un défaut, car rien n'est encore sorti ; mais pour un agneau il y a à craindre, dès qu'il en voit l'oreille à l'intérieur, que la majorité de la tête soit déjà sortie puis rentrée. Et la sougya du début de [chapitre] Keitsad Maarimin (Temoura 24b), qui établit ce [propos] de Rav Yehouda au temps présent (où il n'est pas apte à l'offrande), et objecte 'qu'y a-t-il à dire [de neuf] ?' et répond 'tu aurais pu croire qu'on décrète [par crainte] que peut-être la majorité de la tête ne sorte' — cette sougya[-là] n'[est] pas selon Rav Houna, car pour Rav Houna, dès [la sortie d']une partie de sa tête aussi il y a interdit. De même, ce que Rav Amram dit à Rav Chechet : [si] l'on a dit, sur le premier-né, lors de la sortie de sa majorité : 'qu'il soit holocauste' — est-il holocauste ou premier-né ? — cela aussi n'[est] pas selon Rav Houna, car [cela] implique qu'il [tenait] pour évident [qu']avant la sortie de sa majorité on peut lui faire perdre la sainteté de premier-né — à moins de distinguer entre la vente à un idolâtre et ces [cas]-là.
💡 Explication

Le raisonnement de Rav Houna : la consécration agit rétroactivement (lemafrea). Dès que la majorité est sortie, on dévoile que le premier-né était déjà consacré dès la sortie du premier tiers. Donc, au moment de la vente à l'idolâtre, la bête appartenait déjà à Dieu : le propriétaire n'a rien vendu, la vente est nulle, et le premier-né est bien consacré.

13
רַבָּה אָמַר אֵינוֹ קָדוֹשׁ: קָסָבַר מִכָּאן וּלְהַבָּא קָדוֹשׁ, וּמַאי דְּזַבֵּין – שַׁפִּיר זָבִין.

Rabba a dit : [il n']est pas consacré — il tient [que le premier-né est] consacré à partir de là (mikan ou-lehaba) ; et ce qu'il a vendu — il a bien vendu.

📜 Rachi (1)
מִכָּאן וּלְהַבָּא מִיְּצִיאַת רֹוב וְאֵילָךְ הוּא קָדוֹשׁ וּבִתְחִילַּת לֵידָתוֹ חֻולִּין הֲוָה וְיָכוֹל לְמָוכְרוֹ כְּאִילּוּ הוּא בִּמְעֵי אִמּוֹ שֶׁהֲרֵי קְדֻושָּׁתוֹ תָּלוּי בְּלֵידָה וְכֵיוָן דִּמְכִירָתוֹ מְכִירָה ה"ל יַד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּאֶמְצַע וְתוּ לָא קַדִּישׁ בָּב' שְׁלִישִׁי אַחֲרוֹנִים:
À partir de là — de la sortie de la majorité et au-delà, il est consacré ; et au début de sa naissance il était profane, et l'on peut le vendre comme s'il était dans le ventre de sa mère, puisque sa consécration dépend de la naissance ; et dès lors que sa vente [est] une vente, [il se trouve qu']il y a eu la main de l'idolâtre au milieu, et il n'est plus consacré lors des deux derniers tiers.
💡 Explication

Le raisonnement de Rabba : la consécration agit à partir de là (mikan ou-lehaba), c'est-à-dire seulement au moment où la majorité sort, sans effet rétroactif. Au moment de la vente, le foetus n'était pas encore consacré ; le propriétaire l'a donc valablement vendu. Quand la majorité sort, la bête est déjà en partie possédée par un idolâtre, ce qui empêche la consécration.

14
וְאַזֵּדוֹ לְטַעְמַייְהוּ, דְּאִתְּמַר: יָצָא שְׁלִישׁ דֶּרֶךְ דֹּופֶן, וּשְׁנֵי שְׁלִישֵׁי דֶּרֶךְ רֶחֶם – רַב הוּנָא אָמַר: אֵינוֹ קָדוֹשׁ, רַבָּה אָמַר: קָדוֹשׁ.

Et [ils] vont [chacun] selon leur [propre] raisonnement (azdou le-taamaihou), car il a été dit : [si] un tiers est sorti par la paroi (derech dofen) [du flanc] et [les] deux tiers par la matrice (derech rehem) — Rav Houna a dit : [il n']est pas consacré ; Rabba a dit : [il est] consacré.

📜 Rachi (1)
יָצָא שְׁלִישׁ דֶּרֶךְ דֹּופֶן תְּחִילָּה ע"י סַם וְסַכִּין וּבִגְמַר לֵידָה נִפְתַּח רֶחֶם וְיָצְאוּ שְׁנֵי שְׁלִישִׁים:
[Si] un tiers est sorti par la paroi — d'abord, au moyen d'une drogue (sam) et d'un couteau (sakin), puis, en fin de naissance, la matrice s'est ouverte et les deux tiers sont sortis.
💡 Explication

La Guemara montre que les deux maîtres sont cohérents (azdou le-taamaihou) : leur principe explique aussi un second cas, inverse. Un tiers sort par la paroi (dofen, césarienne) — sortie qui ne consacre pas — puis les deux tiers par la matrice (rehem) — la voie normale. Rav Houna : non consacré ; Rabba : consacré — l'inverse du premier cas.

15
רַב הוּנָא אָמַר: אֵינוֹ קָדוֹשׁ. רַב הוּנָא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: לְמַפְרֵעַ קָדוֹשׁ, וְרֻובָּא קַמָּא לֵיתֵיהּ בְּרֶחֶם. רַבָּה אָמַר: קָדוֹשׁ. רַבָּה לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: מִכָּאן וּלְהַבָּא קָדוֹשׁ, וְרֻובָּא דֶּרֶךְ רֶחֶם נָפֵיק.

Rav Houna a dit : [il n']est pas consacré — Rav Houna [reste fidèle] à son raisonnement, lui qui dit [qu'il est] consacré rétroactivement, et la première majorité n'est pas [sortie] par la matrice. Rabba a dit : [il est] consacré — Rabba [reste fidèle] à son raisonnement, lui qui dit [qu'il est] consacré à partir de là, et la majorité sort par la matrice.

📜 Rachi (2)
לְמַפְרֵעַ הוּא קָדוֹשׁ הָרֹוב הָרִאשׁוֹן קְדֻושָּׁתוֹ תְּלוּיָה שֶׁבִּתְחִלַּת לֵידָה הוּא צָרִיךְ לִיקָּדֵשׁ:
[Il est] consacré rétroactivement — la première majorité, sa consécration en dépend, car c'est au début de la naissance qu'il doit être consacré.
מִכָּאן וּלְהַבָּא מִשֶּׁיִּוָּלֵד רֻובּוֹ אוֹ בַּתְּחִילָּה אוֹ בַּסּוֹף:
À partir de là — dès lors que sa majorité est enfantée, soit au début soit à la fin.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִיתְּמַר יָצָא שְׁלִישׁ וּמְכָרוֹ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְחָזַר וְיָצָא שְׁלִישׁ אַחֵר רַב הוּנָא אָמַר קָדוֹשׁ. רַבָּה אָמַר אֵינוֹ קָדוֹשׁ. רַב הוּנָא אָמַר קָדוֹשׁ קָסָבַר לְמַפְרֵעַ הוּא קָדוֹשׁ וְכֵיוָן דְּנָפְקָא לֵיהּ רֻובָּא אִיגַּלַּאי מִילְּתָא לְמַפְרֵעַ דְּמֵעִיקָּרָא הָוֵי קָדוֹשׁ וּמַאי דִּזְבַן לָאו כְּלוּם זְבַן. רַבָּה אָמַר אֵינוֹ קָדוֹשׁ קָסָבַר מִכָּאן וּלְהַבָּא הוּא קָדוֹשׁ מַאי דְּזַבֵּין שַׁפִּיר זָבִין. נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַבָּה. דְּפָרִיךְ דַּף ע. לְרַב הוּנָא מִמַּתְנִיתִין דִּתְנַן הַמְבַכֶּרֶת הַמְקַשָּׁה לֵילֵד מְחַתֵּךְ אֵבֶר אֵבֶר וּמַשְׁלִיךְ לִכְלָבִים מַאי לָאו מְחַתֵּךְ וּמַנִּיחַ וְאִי אָמְרַתְּ לְמַפְרֵעַ הוּא קָדוֹשׁ אַמַּאי מַשְׁלִיךְ לַכְּלָבִים הָא קַדִּישׁ. וּדְחֵיק לְשַׁנּוֹיֵי לֹא בִּמְחַתֵּךְ וּמַשְׁלִיךְ. וְסֵיפָא דְּקָתָנֵי יָצָא רֻובּוֹ יִקָּבֵר מַשְׁמַע דַּוְקָא יָצָא רֻובּוֹ כְּאַחַת דָּחֵיק לְשַׁנּוֹיֵי בד"א בִּמְחַתֵּךְ וּמַשְׁלִיךְ אֲבָל מְחַתֵּךְ וּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁיָּצָא רֻובּוֹ וְיִקָּבֵר. וְעוֹד מִדְּקָאָמַר סְתָמָא דִּגְמָרָא ת"ש יָצָא רֻובּוֹ הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר מַאי רֻובּוֹ אִילֵּימָא רֻובּוֹ מַמָּשׁ עַד הַשְׁתָּא לָא אַשְׁמוֹעִינַן דְּרֻובּוֹ כְּכֻולּוֹ. וְהַיְינוּ אַלִּיבָּא דְּרַבָּה דְּאִי לְרַב הוּנָא טוּבָא קמ"ל דִּמְחַתֵּךְ וּמַנִּיחַ הָוֵי כְּיָצָא רֻובּוֹ בְּבַת אַחַת : בָּעֵי רָבָא הָלְכוּ בְּאֵיבָרִים אַחַר הָרֹוב אוֹ לֹא. וּמַסִּיק דְּאִם יָצָא רֻובּוֹ בְּמִיעוּט אֵבֶר פְּשִׁיטָא דְּהָוֵי כְּיָלוּד דְּלָא שָׁבְקִינַן רֻובָּא דְּעֻובָּר וְאָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא דְּאֵבֶר. וּמִיבַּעְיָא לֵיהּ בְּיָצָא חֶצְיוֹ בְּרוֹב אֵבֶר אִי שָׁדֵינַן הַהוּא מִיעוּט אֵבֶר דְּגַוַּאי בָּתַר רֹוב אֵבֶר וְהָוֵי כְּיָלוּד אוֹ לֹא. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וְאָזְלִינַן לְחוּמְרָא :
Guemara : il a été dit — (si) un tiers (du foetus) est sorti et qu'il l'a vendu à un idolâtre (oved kokhavim), puis qu'un autre tiers est sorti : Rav Houna dit — il est saint (kadoch, il est consacré comme premier-né). Rabba dit — il n'est pas saint. Rav Houna dit — il est saint : il estime que c'est rétroactivement (le-mafrea) qu'il est saint ; et puisque sa majeure partie (ruba) est sortie, la chose est révélée rétroactivement, à savoir que dès le début (me-ikara) il était saint, et que ce qu'il a vendu, il n'a rien vendu (la vente est nulle). Rabba dit — il n'est pas saint : il estime que c'est désormais (mi-kan ou-le-haba, à partir de maintenant) qu'il est saint ; ce qu'il a vendu, il l'a bien vendu (vente valide). Il apparaît que la halakha suit Rabba. Car (la guemara) objecte, au folio 70a, contre Rav Houna, à partir de notre michna, comme il est enseigné : la (behema) primipare qui a des difficultés à mettre bas — on découpe membre par membre et on jette aux chiens ; n'est-ce pas (que cela signifie) : on découpe et on dépose (mehatekh ou-maniah, membre par membre au fur et à mesure) ? Or, si tu dis que c'est rétroactivement qu'il est saint, pourquoi jette-t-on aux chiens ? il est déjà saint (consacré) ! Et (la guemara) se contraint (est acculée, dehik) à répondre : non, (il s'agit) de (celui) qui découpe et jette (immédiatement). Et la fin (de la michna) qui enseigne : « si sa majeure partie est sortie, il doit être enterré », ce qui implique spécifiquement que sa majeure partie soit sortie d'un seul coup — elle se contraint à répondre : en quel cas cela est-il dit ? lorsqu'il découpe et jette ; mais s'il découpe et dépose, cela devient comme (le cas où) sa majeure partie est sortie, et il doit être enterré. Et de plus, du fait que l'énoncé anonyme de la guemara (setama di-guemara) dit : « viens et écoute : si sa majeure partie est sortie, celui-ci doit être enterré — qu'est-ce que 'sa majeure partie' ? si l'on dit 'sa majeure partie' au sens propre (ruba mamach), jusqu'à présent ne nous a-t-il pas déjà enseigné que 'sa majeure partie est comme sa totalité' (ruba ke-koulo) ? » — et cela va précisément selon (l'avis de) Rabba ; car selon Rav Houna, il nous enseigne quelque chose de considérable (touba kamachma lan), à savoir que 'découper et déposer' est comme si sa majeure partie était sortie d'un seul coup. Rava a posé la question : suit-on, pour les membres, la majorité (rov) ou non ? Et il conclut que si sa majeure partie est sortie par une partie minoritaire d'un membre (be-mi'out ever), il est évident (pechita) qu'il est comme né (yaloud), car nous ne délaissons pas la majeure partie du foetus (ruba de-oubar) pour aller après la majeure partie du membre (ruba de-ever). Et sa question porte (sur le cas) où la moitié (du foetus) est sortie par la majeure partie d'un membre (be-rov ever) : jette-t-on (chadinan) cette partie minoritaire du membre qui est à l'intérieur (de-gavai) après (avec) la majeure partie du membre, de sorte qu'il soit comme né, ou non ? Et cela n'a pas été tranché (lo ipchita), aussi allons-nous vers la rigueur (le-houmra).
💡 Explication

Application cohérente. Pour Rav Houna (rétroactif), c'est la première sortie qui consacre — or elle s'est faite par la paroi, voie qui ne consacre pas : donc non consacré. Pour Rabba (à partir de là), c'est la sortie de la majorité au moment où elle se réalise qui consacre — or cette majorité (les deux tiers) sort par la matrice : donc consacré. Chacun renverse sa conclusion du premier cas, fidèle à son principe.

16
וּצְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן בְּהָא: בְּהָא קָאָמַר רַב הוּנָא מִשּׁוּם דִּלְקֻולָּא, אֲבָל בְּהַךְ דִּלְחֻומְרָא – אֵימָא מוֹדֵי לֵיהּ לְרַבָּה.

Et [les deux cas sont] nécessaires (ou-tzricha) ; car s'il nous avait enseigné celui-ci [seul], [on aurait dit que] dans ce [cas-ci] Rav Houna dit [comme il dit] parce que [c'est] vers l'indulgence (le-koula) ; mais dans celui-là, où [son avis] [serait] vers la rigueur (le-houmra), je dirais [qu']il reconnaît à Rabba.

📜 Rachi (3)
דְּאִי אַשְׁמְעִינַן בְּהָךְ קַמַּייְתָא:
Car s'il nous avait enseigné celui-ci [seul] — le premier.
בְּהָא קָאָמַר רַב הוּנָא לְמַפְרֵעַ הוּא קָדוֹשׁ:
Dans ce [cas-ci] Rav Houna dit — [qu'il est] consacré rétroactivement.
מִשּׁוּם דִּלְקֻולָּא כְּלוֹמַר דְּאִי אָמַר מִכָּאן וּלְהַבָּא קֻולָּא הוּא דְּמַפְקְעִינַן לַבְּכוֹר מִקְּדֻושָּׁתוֹ:
Parce que [c'est] vers l'indulgence — c'est-à-dire que, s'il disait 'à partir de la', [ce serait] une indulgence, car nous ferions perdre au premier-né sa consécration.
💡 Explication

Pourquoi énoncer les deux cas (où-tzricha) ? Si l'on n'avait que le premier, on aurait pu croire que Rav Houna y dit 'consacré' parce que cela aboutit à une indulgence (le-koula) — affirmer 'non consacré' libérerait le premier-né de sa sainteté, ce que Rav Houna refuse. Mais dans le second cas, où son principe (rétroactif) mène à une rigueur ('non consacré' prive le prêtre de la bête), on aurait pu croire qu'il se range à l'avis de Rabba. Les deux cas sont donc indispensables pour montrer que Rav Houna maintient son principe même quand il aboutit à la rigueur.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).