Sougya : Le daf poursuit la controverse de Rav Houna et Rabba sur le moment où la sainteté du premier-né (bekhor) prend effet lors d'un accouchement difficile : rétroactivement dès la sortie de la majorité (Rav Houna) ou seulement à partir de ce moment (Rabba). La Guemara confronte cela à la michna 'la premipare en travail découpe le foetus membre par membre et le jette aux chiens', distingue 'découpe-et-jette' de 'découpe-et-laisse', puis donne la règle 'si la majorité est sortie, on enterre et la bête est quitte du premier-né'.
Rava demande ensuite si l'on suit la majorité pour les membres (hilkhou ba-evarim), pour le cas où la moitié du foetus sort avec le gros d'un membre. Vient enfin une longue série de dilemmes sur ce qui consacre comme 'ouverture de la matrice' (peter rehem) : interpositions (liber, manteau, placenta étranger, main, fouine qui avalé et recraché), deux matrices accolées, et le statut des parois de la matrice élargies (Rav Aha), arrachées (Mar bar Rav Achi) ou amincies (Rabbi Yirmeya) — la question de fond étant si c'est l'air de la matrice ou son contact qui consacre.
La plupart restent en suspens (teikou).
Et si [la controverse] avait été énoncée à propos de ce[lui]-ci [seulement] : à propos de ce cas-ci Rabba parlerait, mais à propos de ce[lui]-là — dis [que] peut-être il concéderait à Rav Houna ; [donc] il était nécessaire [de l'énoncer dans les deux cas].
Fin (depuis 69b) de la discussion entre les énoncés de Rabba et Rav Houna. Si la divergence n'avait été dite que dans un des deux cas, on aurait pu croire que Rabba ne maintient sa position ('sainteté à partir de la sortie de la majorité' = mikan ou-lehaba) que là où cela aboutit à une rigueur (le foetus tombe sous le statut de premier-né) ; mais dans l'autre cas (un tiers sorti puis vendu à un non-Juif), où cela donne une indulgence, on aurait dit qu'il concède à Rav Houna. D'où la nécessité d'énoncer la divergence dans les deux cas.
Nous avons appris [dans la michna] : la [bête] premipare (mevakheret) qui peine à mettre bas — il découpe [le foetus] membre par membre et [le] jette aux chiens. N'est-ce pas [le sens] : il découpe et [le] laisse [dehors] ?
Or si tu dis [que la sainteté prend effet] rétroactivement (le-mafrea), il aurait fallu [dire] qu'on l'enterre !
Objection contre Rav Houna [qui dit la sainteté rétroactive]. La michna permet de jeter aux chiens les membres découpés. Si l'on comprend 'découpe et laisse [dehors]' — c'est-à-dire jette aux chiens seulement après que la majorité est déjà sortie — alors, selon Rav Houna, la sainteté remonterait au début et frapperait tous les membres : il aurait fallu prescrire de les enterrer (kevoura), non de les jeter aux chiens.
Non : ici, de quoi traitons-nous ? De [celui] qui découpe et [le] jette [aussitôt, membre par membre, avant que rien ne soit consacré].
Réponse [sauvant Rav Houna] : la michna parle de découper et jeter aussitôt (mehatekh ou-mashlikh), membre par membre. Chaque morceau est jeté avant que la sortie de la majorité ne survienne ; puisqu'au moment où il est jeté il était encore profane (houlin), la sainteté rétroactive ne peut le rattraper. Aussi n'y a-t-il pas d'objection contre Rav Houna.
Mais [s']il découpe et [le] laisse [dehors] — qu'[en est-il] ? On l'enterre !
[Alors,] plutôt que d'enseigner dans la clause finale 'si sa majorité est sortie, on l'enterre et elle est quitte du premier-né', qu'il distingue et enseigne dans le [cas] même [de la première clause] : en quel cas cela a-t-il été dit ? [Dans le cas où] il découpe et jette membre par membre ; mais [s']il découpe et [le] laisse — on l'enterre !
Reprise de l'objection. Puisque, selon cette lecture, 'découper-et-laisser' obligerait à enterrer, la michna aurait dû tracer cette distinction à l'intérieur de la première clause ('en quel cas...'), plutôt que de l'énoncer séparément dans la clause finale 'si la majorité est sortie...'. L'objection vise donc la structure même de la michna.
[La Guemara répond :] c'est bien ainsi qu'[elle] dit [il faut comprendre la clause finale comme cette distinction] : en quel cas cela a-t-il été dit ? [Dans le cas où] il découpe et jette ; mais [s']il découpe et [le] laisse — il devient comme [le cas où] sa majorité est sortie, et on l'enterre.
Réponse : la clause finale de la michna est précisément cette distinction. 'En quel cas peut-on jeter aux chiens ? Quand on découpe-et-jette aussitôt ; mais si l'on découpe-et-laisse, [le foetus accumule] devient comme si sa majorité était sortie [d'un coup]', et il faut alors enterrer. La michna est donc cohérente avec Rav Houna.
Rava a demandé : a-t-on suivi la majorité pour les membres (hilkhou ba-evarim ahar ha-rov), ou n'a-t-on pas suivi la majorité pour les membres ?
Nouvelle question de Rava (voir le schéma). Lorsqu'une partie d'un membre est sortie et que le reste du membre est encore dedans, rattache-t-on la partie sortie au gros du membre (et alors on suit la majorité du membre), ou non ? L'enjeu : déterminer si la majorité du foetus (qui consacre le premier-né) est sortie ou non.
Quelles sont les circonstances ? Si l'on dit [que c'est] par exemple [le cas] où la majorité est sortie avec une petite part d'un membre, et [où] il [se] demande : cette petite part qui est au-dehors, la rejetons-nous vers la majorité du membre, ou la rejetons-nous vers la majorité du foetus ? —
La Guemara cerne le cas. Première hypothèse : la majorité du foetus est déjà sortie, et il ne reste dehors qu'une petite part d'un membre [dont le gros est dedans]. Faut-il rattacher cette petite part au gros du membre (resté dedans), ou la laisser avec la majorité du foetus (déjà sortie) ? Cette hypothèse va être écartée au segment suivant.
[Mais cela] est évident [que] nous ne délaissons pas la majorité du foetus pour aller suivre la majorité du membre !
Rejet de la première hypothèse : il est évident qu'on ne renonce pas à la majorité du foetus (déjà sortie) au profit de la majorité d'un seul membre. Une fois la majorité du foetus dehors, le premier-né est consacré, point. Rava n'aurait pas posé une question si triviale ; le vrai dilemme doit être autre.
Plutôt [le dilemme porte sur le cas] où, par exemple, la moitié [du foetus] est sortie avec la majorité d'un membre, et [où] il [se] demande : cette petite part qui est au-dedans, qu'[en est-il] de la rejeter vers la majorité du membre ?
Le vrai dilemme (voir le schéma). La moitié du foetus est sortie, et cette moitié inclut le gros d'un membre [dont une petite part reste dedans]. Rattache-t-on la petite part restée dedans au gros du membre déjà sorti ? Si oui, ce membre compte tout entier comme sorti, et alors la majorité du foetus se trouve sortie — le premier-né serait consacré.
Viens [et] écoute : [la michna enseigne] 'si sa majorité est sortie, celui-ci, on l'enterre'. Qu'[entend-on par] 'sa majorité' ?
Si l'on dit [que c'est] sa majorité réelle (roubo mamach) — jusqu'à présent ne nous a-t-on pas [déjà] enseigné [que] sa majorité [est] comme son tout (roubo ke-koulo) ?
Tentative de résoudre le dilemme de Rava par la michna 'si sa majorité est sortie, on l'enterre'. Que signifie ici 'sa majorité' ? Si c'est la majorité réelle du foetus (sortie d'un coup), la michna n'apprend rien de neuf — le principe 'la majorité vaut le tout' (roubo ke-koulo) est déjà connu. Il doit donc viser un cas particulier.
Plutôt, n'est-ce pas [le cas] où, par exemple, la moitié [du foetus] est sortie avec la majorité d'un membre [et c'est cela que la michna appelle 'sa majorité', résolvant ainsi le dilemme de Rava] !
Proposition de résolution : 'sa majorité' dans la michna désignerait justement le cas moitié sortie + gros d'un membre. La michna trancherait alors le dilemme de Rava en disant qu'on rattache la petite part interne au gros du membre — d'où 'majorité sortie', et donc enterrement.
Non : [il s'agit] par exemple [du cas] où sa majorité est sortie avec une petite part d'un membre, et [la michna] nous enseigne [précisément] que nous ne délaissons pas la majorité du foetus de la bête pour aller suivre [la majorité d']un membre.
Réfutation : la michna parle plutôt du cas majorité du foetus sortie + petite part d'un membre (le gros du membre étant encore dedans), et elle enseigne qu'on ne délaisse pas la majorité du foetus [déjà sortie] pour suivre la majorité du membre [restée dedans]. La michna ne tranche donc pas le dilemme de Rava, qui reste ouvert.
Rava a demandé : [s']il l'a enveloppé dans du liber (siv), qu'[en est-il] ? Dans son manteau (talito), qu'[en est-il] ?
Nouvelle série de dilemmes (voir le schéma). Le premier-né est consacré par le fait d'ouvrir la matrice (peter rehem). Rava demande : si l'on a enveloppé le foetus dans du liber [fibre végétale enroulée autour du palmier] ou dans un manteau, de sorte qu'il ne touche pas la matrice à sa sortie, cela constitue-t-il une interposition (hatzitsa) qui empêche la consécration ? Car c'est la matrice qui consacre, et l'Écriture en a fait dépendre [le statut].
[S']il [est sorti] dans son propre placenta (chilyato), qu'[en est-il] ? — Dans son propre placenta ? [Mais] c'est sa manière [naturelle] !
Plutôt, [s']il [est sorti] dans un autre placenta (chilya aheret), qu'[en est-il] ?
La Guemara écarte d'abord le cas du propre placenta du foetus : c'est sa manière naturelle de naître, ce n'est donc pas une interposition. Le vrai dilemme porte sur un placenta étranger (celui d'une autre bête) : est-ce une interposition empêchant la consécration, ou non ?
[Si la mère ?] l'a enveloppé, [l']a saisi et [l']a fait sortir, qu'[en est-il] ? Quelles sont les circonstances ?
Si [c'est le cas] où il sort par sa tête — [la tête] l'a [déjà] rendue quitte ! Plutôt, [le cas] où il sort par ses pattes [de derrière].
Cas de la main qui s'interpose : la mère [ou le berger] enveloppe le foetus, le saisit et le fait sortir, ses mains s'intercalant entre lui et la matrice. La Guemara précise les circonstances : si le foetus sort tête la première, la tête a déjà 'ouvert la matrice' et l'a rendue quitte — pas de dilemme. Le dilemme porte donc sur le cas où il sort par les pattes de derrière, enveloppé avant la sortie de sa majorité.
[Si] une fouine (houlda) l'a avalé et [l']a fait sortir, qu'[en est-il] ? — [L']a fait sortir ? [Mais] elle l'a [déjà] fait sortir [c'est la fouine qui l'a sorti, pas lui qui a ouvert la matrice] !
Plutôt, [si] elle l'a avalé et [l']a fait sortir, puis [l']a refait entrer et [l']a régurgité, et [qu']il est sorti de lui-même, qu'[en est-il] ?
Cas de la fouine qui avalé le foetus dans la matrice. La Guemara écarte le cas où la fouine le fait sortir dans son ventre : ce n'est pas lui qui a ouvert la matrice. Le vrai dilemme : la fouine l'avalé, le sort, le refait entrer, le régurgité dans la matrice, et il sort de lui-même — cette dernière sortie, spontanée, consacre-t-elle le premier-né ?
[S']il a accolé deux matrices (hidbik chnei rehamim), et [que le foetus] est sorti de celle-ci et est entré dans celle-là, qu'[en est-il] ? La sienne [propre] le rend quitte, [mais] ce qui n'est pas le sien ne [le] rend pas quitte ; ou bien peut-être ce qui n'est pas le sien aussi [le] rend quitte ?
Cela reste [en suspens] (teikou).
Dernier dilemme du groupe de Rava : on accole les ouvertures de deux matrices ; le foetus sort de la première bête et entre dans la matrice de la seconde, dont il ressort. La seconde bête est-elle quitte du premier-né ? Une matrice n'est-elle 'ouverte' que par son propre foetus, ou bien même par un foetus étranger ? Teikou : non tranché.
Rav Aha a demandé : [si] les parois de la maison de la matrice (kotlei beit ha-rehem) se sont élargies, qu'[en est-il] ? L'air de la matrice (avir rehem) consacre — et il y en a [ici] ; ou bien peut-être [c'est] le contact de la matrice (negi'at rehem) qui consacre — et il n'y en a pas [ici] ?
Question de fond, posée par Rav Aha : si les parois de l'ouverture de la matrice se sont tellement élargies (niftéhou) que le foetus, en sortant, ne les touche pas — est-il consacré ? Tout dépend de ce qui consacre : est-ce l'air de la matrice (présent ici, le foetus passe dans l'espace de la matrice) ou son contact (absent ici) ?
Mar bar Rav Achi a demandé : [si] les parois de la maison de la matrice se sont arrachées, qu'[en est-il] ? — Arrachées ? [Mais alors] elles ne sont plus [là] !
Plutôt, [si] elles se sont arrachées et pendent à son cou (talou leih be-tzavaréih), qu'[en est-il] ? [Les parois] consacrent-elles à leur place, [mais] hors de leur place ne consacrent pas ; ou bien peut-être hors de leur place aussi elles consacrent ?
Variante de Mar bar Rav Achi : si les parois se sont arrachées (neekrou). La Guemara écarte le cas où elles sont tombées (plus rien pour consacrer). Le dilemme : elles se sont détachées et pendent au cou du foetus à sa sortie. Les parois consacrent-elles seulement à leur place [naturelle], ou même déplacées ?
Rabbi Yirmeya a demandé à Rabbi Zera : [si] les parois de la maison de la matrice se sont amincies (nigmemou), qu'[en est-il] ? Il lui dit : tu touches à un dilemme que nous avons [déjà] soulevé ; car Rabbi Zera a demandé — et certains disent [que c'est] Rabbi Zera [qui] a demandé à Rabbi Assi : [si la partie] qui reste debout (omed) est plus grande que la brèche (parouts) et [qu']il est sorti par la brèche, [ou si] la brèche est plus grande que [la partie] debout et [qu']il est sorti par [la partie] debout — qu'[en est-il] ?
Rabbi Yirmeya demande le statut des parois amincies (nigmemou : la couche interne ôtée, tout autour). Rabbi Zera renvoie à un dilemme déjà posé [par lui-même, ou devant Rabbi Assi] sur le rapport 'debout / brèche' (omed / parouts) : si la partie restée debout l'emporte sur la brèche et que le foetus sort par la brèche ; ou si la brèche l'emporte et qu'il sort par la partie debout — la matrice consacre-t-elle ?
Jusqu'ici [Rabbi Zera] n'a soulevé [le dilemme] que [pour le cas où] la brèche est plus grande que [la partie] debout, car il y a [encore quelque chose] qui tient debout au monde ; mais [pour le cas où] elles se sont amincies — il n'a pas soulevé [de dilemme] [c'est évident qu'il n'est pas consacré, rien ne restant pour consacrer].
Rabbi Zera explique comment son ancien dilemme résout celui de Rabbi Yirmeya. Il n'avait posé la question que là où la brèche l'emporte mais où il subsiste une part debout [donc une matrice partielle pouvant peut-être consacrer]. Mais des parois amincies [réduites] ne font même pas question : il est évident qu'elles ne consacrent pas, n'ayant plus de quoi le faire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).