Sougya : La michna pose le cas d'une bête dont le foetus est mort dans son ventre et que le berger touche en y plongeant la main : le premier Tana le déclare pur dans tous les cas, Rabbi Yossi HaGuelili distingue (impur dans une bête impure, pur dans une bête pure). La Guemara cherche les sources : pour le premier Tana, un kal va-homer de Rav Hisda purifie le foetus de la bête pure (si la matrice de la mère le permet à la consommation par son abattage, elle le purifie de la charogne), et un hekech ('quand mourra de la behema... celle qui vous est à manger') étend cela à la bête impure.
Pour Rabbi Yossi, Rabbi Yitzhak dérive du verset 'tout marcheur sur ses paumes parmi toute la haya' que le foetus impur enclos dans une bête vivante est impur. Suit une chaîne d'objections (kalot, vache, porc) sur les catégories marcheurs-sur-paumes / sur-quatre / sur-huit, que Rav Nahman bar Yitzhak résout en redérivant de 'nefech ki tiga' (Lev 5:2).
Enfin la braita de Rabbi Yonatan et ben Azzai cherche d'où l'on apprend que la charogne d'une haya pure transmet l'impureté, et oppose la lecture de ben Azzai à celle de Rabbi Yichmael (haya incluse dans behema, et behema incluse dans haya).
MICHNA. Une bête dont le foetus est mort à l'intérieur de ses entrailles, et [où] le berger a plongé sa main et l'a touché — que [ce soit] dans une bête impure ou dans une bête pure : [il est] pur.
Rabbi Yossi HaGuelili dit : dans une [bête] impure — impur ; et dans une [bête] pure — pur.
La michna pose le cas d'un foetus mort dans la matrice de sa mère encore vivante. Le berger y plonge la main et le touche : se rend-il impur par contact avec une charogne (nevela) ? Pour le premier Tana, le foetus enclos dans sa mère n'a jamais le statut de charogne — donc pur dans tous les cas. Rabbi Yossi HaGuelili distingue selon l'espèce de la mère : impure -> impur, pure -> pur (voir le schéma de synthèse).
GUEMARA. Quelle est la raison du premier Tana ?
Rav Hisda a dit : [c'est] un kal va-homer (à fortiori) — si [le fait d'être dans la matrice de] sa mère a été efficace pour le permettre à la consommation, ne sera-t-il pas efficace pour le purifier de [tout statut de] charogne (nevela) ?
Rav Hisda fonde le premier Tana sur un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : puisque le foetus, [même trouvé mort dans le ventre,] est permis à la consommation par l'abattage de sa mère — l'enclos dans la matrice (méhitsat imo) a donc déjà une force halakhique forte —, ce même enclos doit à plus forte raison le purifier de l'impureté de charogne.
Nous avons trouvé [la source pour] une bête pure ; une bête impure, d'où [la tenons-]nous ? Le verset dit : 'et quand mourra de la behema' (Lev 11:39) — ceci [vise] une bête impure ; 'celle qui vous est à manger' — ceci [vise] une bête pure.
La bête impure a été rapprochée (itkach) de la bête pure : de même que pour une bête pure, son foetus [est] pur, ainsi pour une bête impure, son foetus [est] pur.
Le kal va-homer ne vaut que pour la bête pure (dont le foetus est permis à la consommation). Pour la bête impure, la Guemara recourt à un hekech (rapprochement scripturaire) : le verset 'quand mourra de la behema, celle qui vous est à manger' (Lev 11:39) mentionne ensemble la behema impure ('quand mourra de la behema') et la behema pure ('celle qui vous est à manger'). Ce qui n'est pas nommé 'charogne' pour la pure ne l'est pas non plus pour l'impure : le foetus de la bête impure est donc, lui aussi, pur.
Et Rabbi Yossi HaGuelili, quelle est sa raison ? Rabbi Yitzhak a dit : car le verset dit 'et tout marcheur sur ses paumes parmi toute la haya (bête sauvage) qui marche [sur quatre], etc.' (Lev 11:27) — les marcheurs sur [les] paumes à l'intérieur d'une haya (bête vivante), je [les] ai rendus impurs pour toi.
Rabbi Yitzhak fonde Rabbi Yossi HaGuelili sur le verset 'tout marcheur sur ses paumes parmi toute la haya qui marche sur quatre' (Lev 11:27). Il lit be-khôl ha-haya non comme 'parmi toute bête sauvage' mais comme : à l'intérieur (be-) d'une haya = une bête vivante — donc un foetus impur (qui marche sur ses paumes, sans sabot fendu) enclos dans le ventre de sa mère vivante : la Torah l'a rendu impur.
Mais alors, un [foetus à] sabot plein (kalot) dans le ventre d'une vache, qu'il soit impur — car c'est un marcheur sur [les] paumes à l'intérieur d'une haya (bête vivante) ! [Réponse :] [il faut] des marcheurs sur paumes à l'intérieur de [bêtes] marchant sur quatre ; or celle-ci [la vache], marchant sur quatre, [marche en réalité] sur huit.
Première objection. Un foetus kalot (au sabot non fendu, donc 'marcheur sur paumes') dans une vache [bête pure] devrait, par le verset, être impur. Réponse : le verset exige un marcheur sur paumes à l'intérieur d'une bête marchant sur quatre ; or la vache, dont chaque sabot est fendu en deux, marche en réalité sur huit — elle n'est donc pas visée. Le foetus kalot dans une vache échappe au verset (voir le schéma).
[Mais alors] une vache dans le ventre d'un chameau, qu'elle ne soit pas impure, car c'est [un cas de bête] marchant sur huit à l'intérieur d'une [bête] marchant sur quatre ! [Réponse :] '[il] marche', 'et tout marcheur' (ve-khôl holekh) — [le surplus 've-khôl'] vient inclure une vache dans le ventre d'un chameau.
Objection inverse. Une vache [bête pure, marchant sur huit] dans le ventre d'un chameau [bête impure, marchant sur quatre] ne devrait pas être impure (huit dans quatre, hors du verset). Mais le verset dit 've-khôl holekh' ('et tout marcheur') alors qu'il aurait suffi de 'holekh' : ce surplus 'tout' vient inclure la vache dans le ventre du chameau — donc, ici, le foetus est impur, conformément à Rabbi Yossi qui tranche 'dans [une bête] impure, impur'.
[Mais alors] un [foetus à] sabot plein (kalot) dans le ventre d'une [bête à] sabot plein (kalota), qu'il soit impur, car c'est [un cas de bête] marchant sur quatre à l'intérieur d'une [bête] marchant sur quatre ! [Réponse :] c'est à cela qu'est efficace le kal va-homer de Rav Hisda.
Nouvelle objection. Un foetus kalot (marchant sur quatre) dans une mère kalota [d'espèce pure mais au sabot non fendu, donc marchant aussi sur quatre] devrait être impur par le verset (quatre dans quatre). Mais la mère est d'espèce pure ! Réponse : c'est précisément là qu'intervient le kal va-homer de Rav Hisda — qui purifie le foetus de toute bête d'espèce pure, même au sabot non fendu (voir le schéma).
Rav Ahadvoi bar Ami objecta : un porc dans le ventre d'une truie (hazirta), qu'il ne soit pas impur, car c'est [un cas de bête] marchant sur huit à l'intérieur d'une [bête] marchant sur huit !
Rav Ahadvoi bar Ami réfute l'explication précédente (selon laquelle le verset ne rend impur qu'un marcheur sur quatre dans un marcheur sur quatre). Un porc a le sabot fendu, donc 'marche sur huit' ; un porc dans une truie est un cas de huit dans huit — il échapperait alors au verset et serait pur. Or il devrait être impur (bête impure). L'explication par les catégories de pattes ne tient donc pas, ce qui amène une nouvelle source.
Plutôt, Rav Nahman bar Yitzhak a dit : [c'est] d'ici [qu'on le dérive] : 'une âme (nefech) qui touchera toute [chose] impure, ou la charogne d'une haya impure, ou la charogne d'une behema impure, ou la charogne d'un grouillant (cherets) impur' (Lev 5:2).
Devant l'objection, Rav Nahman bar Yitzhak abandonne le verset de 'marcheur sur paumes' comme source de Rabbi Yossi et dérive de Lev 5:2 (verset du sacrifice à échelle variable, korban oleh ve-yored) : 'une âme qui touchera... la charogne d'une haya impure, ou la charogne d'une behema impure, ou la charogne d'un grouillant impur'.
Or [se peut-il que] la charogne d'une behema impure transmette l'impureté et [que celle] d'une [behema] pure ne transmette pas l'impureté ? Plutôt, qu'est-ce [donc que ce cas distinguant impur et pur] ?
C'est le foetus (oubar) : qui, dans une [bête] impure [est] impur, et dans une [bête] pure [est] pur.
Difficulté sur le verset : il ne mentionne que la charogne impure, comme si la charogne pure ne transmettait pas l'impureté — ce qui est faux (toute charogne de behema transmet l'impureté) ! La Guemara conclut : le verset vise un cas particulier où impur et pur diffèrent — c'est le foetus mort, qui est impur dans une bête impure et pur dans une bête pure. Voilà la source scripturaire de Rabbi Yossi HaGuelili.
Et puisqu'il le tire de [l'enseignement] de Rav Nahman bar Yitzhak, [le verset] de Rabbi Yitzhak, pourquoi m'[est-il nécessaire] ? [Réponse :] n'était[-ce le verset] de Rabbi Yitzhak, j'aurais dit : tout [ce verset] n'est venu que pour [l'enseignement] de Rabbi [Yehouda HaNassi] — [c'est pourquoi le verset de Rabbi Yitzhak] vient nous l'apprendre.
Si la source de Rabbi Yossi est désormais Lev 5:2 (Rav Nahman bar Yitzhak), à quoi sert encore la dérivation de Rabbi Yitzhak depuis 'marcheur sur paumes' (segment 3) ? Réponse : sans Rabbi Yitzhak, on aurait cru que tout ce verset ('marcheur sur paumes') ne sert qu'à l'enseignement de Rabbi [Yehouda HaNassi] [expliqué plus loin, 71a]. Rabbi Yitzhak nous apprend qu'il faut aussi l'interpréter comme l'a fait Rav Nahman bar Yitzhak — pour inclure le foetus.
Il est enseigné [dans une braita] : Rabbi Yonatan a dit : j'ai dit (namti) à ben Azzai : nous avons appris [que] la charogne d'une behema pure transmet l'impureté, et [que] la charogne d'une behema impure transmet l'impureté, [et que] la charogne d'une haya impure transmet l'impureté.
Début d'une braita. Rabbi Yonatan rapporte son échange avec ben Azzai. Il énumère ce qui est déjà acquis : la charogne d'une behema pure transmet l'impureté (Lev 11:39), de même que celle d'une behema impure et d'une haya impure (Lev 5:2). Reste un cas non encore démontré, qui fait l'objet de la suite.
[Mais] la charogne d'une haya pure, nous n'avons pas appris [qu'elle transmet l'impureté] — d'où [le sait-on] ? Il m'a dit (nam li) : 'tout marcheur sur ses paumes parmi toute la haya qui marche [sur quatre]' (Lev 11:27).
La question de la braita : d'où apprend-on que la charogne d'une haya pure transmet l'impureté ? Ben Azzai répond à Rabbi Yonatan ('nam li' = il m'a dit) : du verset 'tout marcheur sur ses paumes parmi toute la haya' (Lev 11:27) — le terme inclusif be-khôl ('parmi toute') vient inclure la haya pure parmi celles dont la charogne transmet l'impureté.
Je lui ai dit (namti lo) : est-il dit 've-khôl haya' (et toute haya) ? N'est-il dit que 'be-khôl ha-haya' (parmi toute la haya) !
[Cela] vient pour les marcheurs sur [les] paumes à l'intérieur d'une haya (bête vivante). Il m'a dit (nam li) : et que dit Yichmael (ton maître) en cette affaire ?
Rabbi Yonatan objecte à la lecture de ben Azzai : le verset ne dit pas 've-khôl haya' (qui inclurait la haya pure), mais 'be-khôl ha-haya' — ce be- signifie 'à l'intérieur de', et le verset vise donc les marcheurs sur paumes à l'intérieur d'une bête vivante (le foetus impur, comme plus haut), non l'inclusion de la haya pure. Ben Azzai demande alors à Rabbi Yonatan ce qu'enseigne sur ce point Rabbi Yichmael, le maître de Rabbi Yonatan.
Je lui ai dit (namti lo) : 'et quand mourra de la behema' (Lev 11:39) — ceci [vise] une behema impure ; 'celle qui vous est à manger' — ceci [vise] une behema pure : nous avons [ainsi] appris [que] la haya [est] dans la catégorie de la behema, et [que] la behema [est] dans la catégorie de la haya.
Rabbi Yonatan donne la position de Rabbi Yichmael : du verset 'quand mourra de la behema, celle qui vous est à manger' (Lev 11:39), qui vise à la fois la behema impure et la behema pure, on apprend un principe d'inclusion réciproque des catégories : la haya est comprise dans behema, et la behema est comprise dans haya. Le terme behema englobe donc aussi les bêtes sauvages, et inversement.
La haya pure [est] dans la catégorie de la behema pure, la haya impure [est] dans la catégorie de la behema impure,
La braita développe le principe d'inclusion, par paires : la haya pure est comprise dans la 'behema pure', la haya impure est comprise dans la 'behema impure' (et de même, plus loin, la behema impure dans la haya impure, la behema pure dans la haya pure). On peut ainsi transférer les lois d'une catégorie à l'autre selon le besoin. Le développement halakhique se poursuit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).