Sougya : La Guemara conclut la sougya des deux anneaux avalés : le foetus mort rend la sage-femme impure (comme une impureté avalée transmise), tandis que la mère reste pure car le contact est en lieu caché (bet ha-setarim). Rabba et Rava cherchent la raison, et Rav Yossef au nom de Chmouel établit [que] cette impureté de la sage-femme [est] rabbinique et non de la Torah, valable même selon Rabbi Ishmael [pour qui le foetus est pur].
Rav Hochaya en donne le motif : un décret de peur que le foetus ne sorte la tête hors du vestibule (et soit alors comme né) sans que la sage-femme [ne] s'en aperçoive. La Guemara expose alors la mahloket Rabbi Ishmael / Rabbi Akiva sur le verset 'al pene ha-sade' (au champ) — exclusion du foetus pour l'un, inclusion du couvercle et de la paroi du tombeau pour l'autre — et leurs dérivations divergentes sur le quart de log de sang venu du mort.
S'ouvre enfin une nouvelle michna : une bête en travail dont le foetus a sorti un membre ; coupé avant l'abattage de la mère la chair [est] pure, coupé après elle [est] impure — contact de charogne pour Rabbi Meir, contact de tereifa égorgée pour les Sages.
Or voici [le cas] du foetus et de la sage-femme, qui sont semblables à deux anneaux [avalés l'un dans l'autre] — et [pourtant] le foetus rend la sage-femme impure ?!
Objection (suite de 71b) contre le principe selon lequel une impureté avalée ne se transmet pas. La michna a enseigné [que] la sage-femme (hayya) qui touche un foetus mort dans le ventre est impure sept jours, tandis que la mère reste pure. Or foetus dans le ventre + sage-femme qui y plonge la main, c'est comme deux anneaux avalés l'un dans l'autre : si une impureté avalée ne transmettait pas, la sage-femme devrait rester pure. Donc une impureté avalée transmet bien — et si la mère est pure, c'est pour une autre raison (le contact en lieu caché).
Rabba dit : un foetus est différent, puisqu'il finira par sortir. Rava dit : un foetus finira par sortir, [mais] un anneau [avalé], sa fin n'[est]-elle pas [aussi] de sortir ?!
Plutôt Rava dit : les gens de Poumbedita connaissent la raison de cette chose. Et qui [sont]-ils ?
Rav Yossef.
Rabba distingue : le foetus, lui, finira par sortir du ventre (il n'est donc pas vraiment 'avalé' à demeure). Rava objecte qu'un anneau avalé finira lui aussi par sortir (il sera expulsé) : la distinction ne tient pas. Rava renvoie alors aux sages de Poumbedita, c'est-à-dire Rav Yossef, qui détient la vraie explication.
Car Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : cette impureté n'[est] pas [tirée] des paroles de la Torah, mais des paroles des Scribes (mi-divre soferim). Que [signifie] 'elle n'[est] pas des paroles de la Torah mais des paroles des Scribes' [cette double formule] ?
[C'est] pour que tu ne dises pas [que la michna suit] l'avis de Rabbi Akiva, qui dit 'un foetus dans le ventre d'une femme [est] impur' ; [non,] mais même selon Rabbi Ishmael, qui dit 'un foetus dans le ventre d'une femme [est] pur', ils ont décrété à son sujet une impureté rabbinique.
Rav Yossef (de Poumbedita), au nom de Chmouel : l'impureté de la sage-femme n'est pas de la Torah mais des Scribes (rabbinique). Pourquoi cette insistance redoublée ? Pour qu'on ne croie pas que la michna ne vaut que selon Rabbi Akiva (foetus impur de la Torah) ; en réalité, même selon Rabbi Ishmael (foetus pur de la Torah), les Sages ont décrété une impureté rabbinique sur la sage-femme. La michna est donc valable pour tous.
Quelle [en est] la raison ? Rav Hochaya dit : [c'est] un décret, de peur que le foetus ne sorte la tête hors du vestibule (prozdor).
Le motif du décret rabbinique. Rav Hochaya : on craint que le foetus ne sorte la tête hors du vestibule (prozdor, l'orifice de la matrice) — il serait alors comme né, donc impur de la Torah ; puis la tête pourrait rentrer sans que la sage-femme [ne] le remarque, et elle se croirait pure à tort. Pour parer ce risque, les Sages la déclarent impure dans tous les cas. Pour le berger qui plonge la main dans une bête (michna antérieure), pas de tel décret, car la matrice de la bête est à découvert : à la sortie il [le] verrait.
Si [c'est] ainsi, la femme aussi [devrait être impure] ! La femme sent d'elle-même [si la tête est sortie].
Mais alors elle [le] dirait à la sage-femme ! Elle [est] préoccupée (trida).
Objection : si l'on craint que la tête soit sortie sans qu'on le voie, qu'on décrète aussi l'impureté sur la mère elle-même ! Réponse : la mère sent d'elle-même si la tête a paru. Réobjection : alors qu'elle avertisse la sage-femme ! Réponse : elle est préoccupée (trida) par les douleurs de l'enfantement, et ne pense pas à prévenir la sage-femme — d'où le décret la concernant.
Qu'[est-ce que l'avis de] Rabbi Ishmael, et qu'[est-ce que l'avis de] Rabbi Akiva ? Car il est enseigné : 'et quiconque touchera, au champ (al pene ha-sade), [un tué par l'épée...]' (Nombres 19:16) — [cela vient] exclure un foetus dans le ventre d'une femme ; [telles sont] les paroles de Rabbi Ishmael.
Rabbi Akiva dit : [cela vient] inclure le couvercle (golel) et la paroi (dofek).
La Guemara expose la mahloket (voir le schéma). Le verset 'quiconque touchera au champ (al pene ha-sade) un tué' enseigne qu'on ne contracte l'impureté que d'un mort à découvert. Pour Rabbi Ishmael, ce 'au champ' vient exclure le foetus dans le ventre (caché, donc pur). Pour Rabbi Akiva, ce verset vient au contraire inclure le golel (le couvercle du cercueil) et le dofek (la paroi-support) comme sources d'impureté.
Et Rabbi Ishmael, le golel et le dofek — il les a [appris] par tradition (hilkheta gemiri la). Et Rabbi Akiva, un foetus dans le ventre d'une femme [est] impur de la Torah — d'où [le tient]-il ?
Rabbi Hochaya dit : le verset dit 'celui qui touche un mort, dans la vie (be-nefech) [d'un homme...]' (Nombres 19:13) — quel [est] le mort qui [est] dans la vie (be-nefech) d'un homme ? Dis [que] c'[est] le foetus dans le ventre d'une femme.
Mais alors, d'où chacun tire-t-il ce que l'autre tire du verset ? Rabbi Ishmael sait le golel et le dofek par tradition (halakha), pas du verset. Et Rabbi Akiva tire l'impureté du foetus d'un autre verset : 'celui qui touche un mort be-nefech (dans la vie) d'un homme' — le mot 'be-nefech' se lit 'au-dedans de la vie [d'autrui]', et quel mort est au-dedans d'une autre vie ? Le foetus dans le ventre maternel.
Et Rabbi Ishmael, ce [verset], il en a besoin pour le quart de log de sang qui vient du mort, [enseignant] qu'il rend impur ; car il est dit 'celui qui touche un mort, dans la vie (be-nefech) de l'homme' — quelle [est] la vie (nefech) de l'homme qui rend impur ? Dis [que] c'[est] le quart de log de sang.
Mais Rabbi Ishmael a besoin de ce même verset 'be-nefech' pour autre chose : enseigner qu'un quart de log de sang (revi'it ha-log) venu du mort rend impur. Le mot 'nefech' (la vie) désigne ici le sang, car 'le sang est la vie' (Deut 12:23), et un homme vit grâce à un minimum d'un quart de log de sang. Rabbi Ishmael ne dispose donc pas de ce verset pour le foetus — d'où son recours à 'al pene ha-sade'.
Et Rabbi Akiva [suit] son raisonnement, lui qui dit : même un quart de log de sang qui vient de deux morts rend impur sous une tente (ohel) ; car il est enseigné — Rabbi Akiva dit : d'où [sait-on] qu'un quart de log de sang venu de deux morts rend impur sous une tente ?
Et Rabbi Akiva, lui, n'a pas besoin de 'be-nefech' pour le sang : conformément à son propre avis, il tient que même un quart de log de sang venu de deux morts [réunis] rend impur sous une tente (ohel) ; il tire cela d'un autre verset. Le verset 'be-nefech' lui reste donc libre pour enseigner l'impureté du foetus.
[Rabbi Akiva continue :] car il est dit 'et sur toutes les vies (nafchot) d'un mort, il ne viendra point' (Lévitique 21:11) — deux vies (nefachot) [le mot au pluriel] et une seule mesure (chiour ehad) [le mot 'mort' au singulier].
La preuve de Rabbi Akiva : 'sur toutes les nafchot (vies, pluriel) d'un mort (singulier) il ne viendra point' (Lev 21:11, sur le grand prêtre). Le pluriel 'nafchot' indique [que le sang impur peut provenir] de deux personnes (le sang est appelé nefech) ; et le singulier 'met' (mort) indique qu'il faut une seule mesure réunie — le minimum d'un quart de log.
MICHNA. Une bête qui peine à enfanter (ha-makcha lileld), et [dont] le foetus a sorti son membre (yado), et [qu']on a coupé (hatakha), puis ensuite on a abattu sa mère — la chair [est] pure (tahor).
[Si] on a abattu sa mère puis ensuite on l'a coupé [le membre] — la chair [est] contact de charogne (mgea nevela) ; [telles sont] les paroles de Rabbi Meir.
Nouvelle michna (voir le schéma). Une bête en travail difficile dont le foetus sort un membre (yad) hors du ventre. Cas 1 : on coupe le membre, puis on abat la mère — la chair [du foetus] est pure, car la bête ne contracte pas l'impureté de son vivant. Cas 2 : on abat la mère d'abord, puis on coupe le membre — pour Rabbi Meir, ce membre est contact de charogne (mgea nevela) : n'ayant pas été rendu permis par l'abattage, il est tenu pour charogne, et la chair qu'il a touchée devient impure.
Et les Sages disent : [c'est] contact de tereifa égorgée (mgea terefa chehouta).
Les Sages divergent de Rabbi Meir sur le cas 2 : le membre coupé après l'abattage est un contact de tereifa égorgée (mgea terefa chehouta). L'abattage de la mère, sans rendre le membre permis à la consommation, le tire néanmoins du statut de charogne ; il devient comme une tereifa égorgée, laquelle ne rend pas impur de la Torah, mais [seulement] rabbiniquement pour les [aliments] consacrés (mukdachin).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).