Chullin 72a — l'impureté avalée du foetus mort, et le membre du foetus sorti avant l'abattage

Chullin 72a

Sougya : La Guemara conclut la sougya des deux anneaux avalés : le foetus mort rend la sage-femme impure (comme une impureté avalée transmise), tandis que la mère reste pure car le contact est en lieu caché (bet ha-setarim). Rabba et Rava cherchent la raison, et Rav Yossef au nom de Chmouel établit [que] cette impureté de la sage-femme [est] rabbinique et non de la Torah, valable même selon Rabbi Ishmael [pour qui le foetus est pur].

Rav Hochaya en donne le motif : un décret de peur que le foetus ne sorte la tête hors du vestibule (et soit alors comme né) sans que la sage-femme [ne] s'en aperçoive. La Guemara expose alors la mahloket Rabbi Ishmael / Rabbi Akiva sur le verset 'al pene ha-sade' (au champ) — exclusion du foetus pour l'un, inclusion du couvercle et de la paroi du tombeau pour l'autre — et leurs dérivations divergentes sur le quart de log de sang venu du mort.

S'ouvre enfin une nouvelle michna : une bête en travail dont le foetus a sorti un membre ; coupé avant l'abattage de la mère la chair [est] pure, coupé après elle [est] impure — contact de charogne pour Rabbi Meir, contact de tereifa égorgée pour les Sages.

Impureté avalée (tetel) et impureté cachée (bet ha-setarim) Pourquoi la sage-femme est impure mais la mère reste pure La sage-femme (hayya) touche le foetus mort au-dedans du ventre -> IMPURE 7 jours décret rabbinique (de peur que la tête soit déjà sortie) le foetus est comme deux anneaux : une impureté avalée transmet La mère (ha-icha) porte le foetus mort dans ses entrailles -> PURE contact en lieu caché (mgea bet ha-setarim) un contact caché ne rend pas impur ; elle sent si la tête sort, donc pas de décret
Segments 0-4 : pourquoi la sage-femme est impure (impureté avalée, décret) et la mère pure (contact en lieu caché).
Rabbi Yichmael vs Rabbi Akiva : le foetus mort dans le ventre est-il impur de la Torah ? Rabbi Yichmael Rabbi Akiva Le foetus PUR (de la Torah) IMPUR (de la Torah) 'al pene ha-sade' 'au champ' = à découvert : exclut le foetus (caché) inclut le couvercle (golel) et la paroi (dofek) du tombeau golel et dofek appris par tradition (halakha) appris du verset 'al pene ha-sade' 'be-nefech' le quart de log de sang le foetus dans le ventre (le sang = la vie) (le mort au-dedans d'une autre vie)
Segments 5-9 : Rabbi Ishmael contre Rabbi Akiva sur le foetus dans le ventre, et leurs deux lectures du verset 'be-nefech'.
La bête en travail : le membre sorti, coupé avant ou après l'abattage de la mère le foetus sort un membre (yad) hors du ventre, on le coupe puis on tranche 1) Coupe PUIS abat la mère le membre est coupé alors que le foetus est vivant au-dedans la chair est PURE (tahor) la bête ne contracte pas d'impureté de son vivant 2) Abat la mère PUIS coupe le membre dehors n'est pas rendu permis par l'abattage R. Meir : contact de nevela Sages : contact de tereifa égorgée (la nuance : le membre est-il charogne pleine, ou seulement interdit ?)
Segments 10-11 : la nouvelle michna sur le membre du foetus coupé avant ou après l'abattage de la mère.
1
וְהָא עֻובָּר וְחַיָּה, דְּכִשְׁתֵּי טַבָּעוֹת דָּמוֹ, וְקָא מְטַמֵּא לַהּ עֻובָּר לְחַיָּה?

Or voici [le cas] du foetus et de la sage-femme, qui sont semblables à deux anneaux [avalés l'un dans l'autre] — et [pourtant] le foetus rend la sage-femme impure ?!

📜 Rachi (2)
וְהָא עוֹבֵר וְחָיָה דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' הֶחָיָה טְמֵאָה שִׁבְעָה וְהָאִשָּׁה טְהוֹרָה:
Or voici [le cas] du foetus et de la sage-femme — [ce] qu'enseigne notre michna : la sage-femme [est] impure sept [jours] et la femme [est] pure.
וְקָמְטַמֵּי לָהּ עֻובָּר לַחַיָּה ש"מ דְּטַעֲמָא דְּאִשָּׁה טְהוֹרָה מִשּׁוּם מַגַּע בֵּית הַסְּתָרִים הוּא וְלֹא מִשּׁוּם בָּלוּעַ:
Et le foetus rend la sage-femme impure — apprends-en [que] la raison pour laquelle la femme [est] pure [tient] au contact en lieu caché (mgea bet ha-setarim), et non au [fait que l'impureté soit] avalée (baloua).
🗂️ Tossefot (1)
וַהֲרֵי חַיָּה וְעֻובָּר דְּכִשְׁתֵּי טַבָּעוֹת דָּמוֹ מַה שֶּׁפֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס אַלְמָא דְּטֻומְאָה בְּלוּעָה מְטַמְּאָה וְטַעֲמָא דְּאִשָּׁה טְהוֹרָה מִשּׁוּם בֵּית הַסְּתָרִים וְכֵן פִּי' בְּסָמוּךְ גַּבֵּי לָא תֵּימָא מַתְנֵי' ר' עֲקִיבָא הִיא וְקָשֶׁה נְהִי דְּמַגַּע בֵּית הַסְּתָרִים לֹא מְטַמֵּא בְּמַשָּׂא מְטַמֵּא אֶלָּא צ"ל כִּדְפֵירַשְׁנוּ דְּאִשָּׁה טְהוֹרָה מִשּׁוּם טֻומְאָה בְּלוּעָה הִיא וְחַיָּה הָוְיָא כִּשְׁתֵּי טַבָּעוֹת:
Or voici [le cas] de la sage-femme et du foetus qui sont semblables à deux anneaux — ce qu'a expliqué le commentateur (Rachi) : ainsi donc une impureté avalée rend impur, et la raison pour laquelle la femme [est] pure [tient] au lieu caché (bet ha-setarim) ; et de même a-t-il expliqué plus loin, à propos de 'ne dis pas [que] notre michna [est] de Rabbi Akiva' ; et [cela fait] difficulté : certes un contact en lieu caché ne rend pas impur, [mais] par portage (be-masa) il rend impur ! Plutôt il faut dire comme nous l'avons expliqué : la femme [est] pure parce que [c'est] une impureté avalée, et la sage-femme [est] comme deux anneaux.
💡 Explication

Objection (suite de 71b) contre le principe selon lequel une impureté avalée ne se transmet pas. La michna a enseigné [que] la sage-femme (hayya) qui touche un foetus mort dans le ventre est impure sept jours, tandis que la mère reste pure. Or foetus dans le ventre + sage-femme qui y plonge la main, c'est comme deux anneaux avalés l'un dans l'autre : si une impureté avalée ne transmettait pas, la sage-femme devrait rester pure. Donc une impureté avalée transmet bien — et si la mère est pure, c'est pour une autre raison (le contact en lieu caché).

2
אָמַר רַבָּה: שָׁאנֵי עֻובָּר, הוֹאִיל וְסוֹפוֹ לָצֵאת. אָמַר רָבָא: עֻובָּר סוֹפוֹ לָצֵאת, טַבַּעַת אֵין סוֹפָהּ לָצֵאת? אֶלָּא אָמַר רָבָא: פֻּומְבְּדִיתָאֵי יָדְעִי טַעְמָא דְּהָא מִילְּתָא, וּמַנּוּ? רַב יוֹסֵף.

Rabba dit : un foetus est différent, puisqu'il finira par sortir. Rava dit : un foetus finira par sortir, [mais] un anneau [avalé], sa fin n'[est]-elle pas [aussi] de sortir ?!

Plutôt Rava dit : les gens de Poumbedita connaissent la raison de cette chose. Et qui [sont]-ils ?

Rav Yossef.

📜 Rachi (1)
טַבַּעַת אֵין סוֹפָהּ לָצֵאת בִּתְמִיהַּ:
[Mais] un anneau, sa fin n'[est]-elle pas de sortir — sur le ton de l'étonnement (bi-tmiya).
💡 Explication

Rabba distingue : le foetus, lui, finira par sortir du ventre (il n'est donc pas vraiment 'avalé' à demeure). Rava objecte qu'un anneau avalé finira lui aussi par sortir (il sera expulsé) : la distinction ne tient pas. Rava renvoie alors aux sages de Poumbedita, c'est-à-dire Rav Yossef, qui détient la vraie explication.

3
דְּאָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: טֻומְאָה זוֹ אֵינָהּ מִדִּבְרֵי תוֹרָה, אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. מַאי אֵינָהּ מִדִּבְרֵי תוֹרָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים? דְּלָא תֵּימָא אַלִּיבָּא דְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּאָמַר: ״עֻובָּר בִּמְעֵי אִשָּׁה טָמֵא״, אֶלָּא אֲפִילּוּ לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר: ״עֻובָּר בִּמְעֵי אִשָּׁה טָהוֹר״, גְּזַרוּ בַּהּ טֻומְאָה מִדְּרַבָּנַן.

Car Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : cette impureté n'[est] pas [tirée] des paroles de la Torah, mais des paroles des Scribes (mi-divre soferim). Que [signifie] 'elle n'[est] pas des paroles de la Torah mais des paroles des Scribes' [cette double formule] ?

[C'est] pour que tu ne dises pas [que la michna suit] l'avis de Rabbi Akiva, qui dit 'un foetus dans le ventre d'une femme [est] impur' ; [non,] mais même selon Rabbi Ishmael, qui dit 'un foetus dans le ventre d'une femme [est] pur', ils ont décrété à son sujet une impureté rabbinique.

📜 Rachi (4)
טֻומְאָה זוֹ דְּחִיָּה:
Cette impureté — [celle] de la sage-femme.
מַאי אֵינָהּ מִדִּבְרֵי תוֹרָה ל"ל לְמֵימַר כֻּולֵּי הַאי לֵימָא טֻומְאָה זוֹ דִּבְרֵי סוֹפְרִים מִשּׁוּם גְּזֵירָה כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ:
Que [signifie] 'elle n'[est] pas des paroles de la Torah' — pourquoi [Chmouel] a-t-il besoin de dire tout cela ? qu'il dise [simplement] 'cette impureté [est] des paroles des Scribes, en raison d'un décret', comme [le texte l']explique plus loin.
לָא תֵּימָא מַתְנֵי' ר"ע הִיא דְּאָמַר עֻובָּר מֵת שֶׁבִּמְעֵי אִשָּׁה טָמֵא הִלְכָּךְ מְטַמֵּא לַחַיָּה דְּטֻומְאָה בְּלוּעָה מְטַמְּאָה וְטָהֳרָה בְּלוּעָה מִיטַּמֵּא וְאִשָּׁה טְהוֹרָה מִשּׁוּם דְּמַגַּע בֵּית הַסְּתָרִים הוּא:
Ne dis pas — [que] notre michna [est] de Rabbi Akiva, qui dit [qu']un foetus mort dans le ventre d'une femme [est] impur ; dès lors il rend la sage-femme impure, car une impureté avalée rend impur et une [chose] pure avalée contracte l'impureté, et la femme [est] pure parce que [c'est] un contact en lieu caché.
אֶלָּא אֲפִי' לְר' יִשְׁמָעֵאל כּוּ' וּלְקַמָּן בָּעֵי מַאי ר' יִשְׁמָעֵאל וְר"ע:
Mais même selon Rabbi Ishmael etc. — et plus loin [la Guemara] demande [en quoi consiste l'avis] de Rabbi Ishmael et de Rabbi Akiva.
💡 Explication

Rav Yossef (de Poumbedita), au nom de Chmouel : l'impureté de la sage-femme n'est pas de la Torah mais des Scribes (rabbinique). Pourquoi cette insistance redoublée ? Pour qu'on ne croie pas que la michna ne vaut que selon Rabbi Akiva (foetus impur de la Torah) ; en réalité, même selon Rabbi Ishmael (foetus pur de la Torah), les Sages ont décrété une impureté rabbinique sur la sage-femme. La michna est donc valable pour tous.

4
מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב הוֹשַׁעְיָא: גְּזֵירָה שֶׁמָּא יוֹצִיא וָלָד רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר.

Quelle [en est] la raison ? Rav Hochaya dit : [c'est] un décret, de peur que le foetus ne sorte la tête hors du vestibule (prozdor).

📜 Rachi (1)
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יוֹצִיא כּוּ' דְּאִי אָמְרַתְּ חַיָּה שֶׁפָּשְׁטָה יָדָהּ לִמְעֵי אִשָּׁה וְנָגְעָה בְּעֻובָּר מֵת טְהוֹרָה פְּעָמִים שֶׁהַוָּלָד מוֹצִיא רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר וַהֲרֵי הוּא כְּיָלוּד וּמְטַמֵּא וְכִסְבוּרָה חַיָּה שֶׁעֲדַיִין הוּא בְּמֵעֶיהָ וְאָתֵי לְטַהֲרָהּ אֲבָל בְּרוֹעֶה שֶׁהוֹשִׁיט יָדוֹ לִמְעֵי בְּהֵמָה דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' טָהוֹר לֵיכָּא לְמִיגְזַר הָכִי מִפְּנֵי שֶׁרֶחֶם שֶׁלָּהּ גָּלוּי דְּכִי מַפִּיק חָזֵי לֵיהּ:
[C'est] un décret, de peur qu'il [ne] sorte etc. — car si tu disais [qu']une sage-femme qui a tendu la main dans le ventre d'une femme et a touché un foetus mort [est] pure, [il arriverait] parfois [que] le foetus sorte la tête hors du vestibule, et le voici comme né, et il rend impur, tandis que la sage-femme croit qu'il [est] encore dans le ventre, et elle viendrait à [se] déclarer pure [à tort] ; mais pour un berger qui a tendu la main dans le ventre d'une bête, [à propos duquel] la michna enseigne [qu'il est] pur, il n'y a pas lieu de décréter ainsi, parce que sa matrice [à elle, la bête,] est à découvert : car lorsqu'[il] le sort, il [le] voit.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יוֹצִיא וָלָד רֹאשׁוֹ וְכוּ' פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס מִשּׁוּם דַּהֲרֵי הוּא כְּיָלוּד מַשְׁמַע דְּדַוְקָא נְקַט רֹאשׁוֹ וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶ' יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מב:) גַּבֵּי יוֹלֶדֶת מְטַמְּאָה בִּפְנִים כְּבַחוּץ דְּקָאָמַר כְּגוֹן שֶׁהוֹצִיא וָלָד רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר כְּדָר' אוֹשַׁעְיָא כו' מַשְׁמַע דר' אוֹשַׁעְיָא נְקַט דַּוְקָא רֹאשׁוֹ וְתֵימַהּ דְּאַמַּאי נְקַט רֹאשׁוֹ אַפֵּי' הוֹצִיא יָדוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר נָמֵי נִטְמְאָה הַחַיָּה שֶׁנָּגְעָה בּוֹ אוֹ הֵסִיטָה דְּתוּ לָאו טֻומְאָה בְּלוּעָה הִיא וְי"ל דִּגְזֵירַת הַכָּתוּב הִיא דְּעַד שֶׁיְּהֵא כְּיָלוּד לֹא מְטַמְּאָה כִּדְדָרֵישׁ מֵעַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּצָרִיךְ ר' יִשְׁמָעֵאל לְמִדְרַשׁ טַעְמָא מִקְּרָא דְּטַעְמֵיהּ פָּשׁוּט דְּטֻומְאָה בְּלוּעָה הִיא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא מְטַמֵּא בְּהוֹצִיא יָדוֹ עַד שֶׁיְּהֵא כְּיָלוּד וְר' עֲקִיבָא נַמֵּי לָא פְּלִיג אֶלָּא בְּהוֹצִיא אֶת יָדוֹ וְכֵן מַשְׁמַע דְּלָא תֵּימָא אַלִּיבָּא דר"ע מַשְׁמַע דכר"ע אָתְיָא מַתְנֵי' בִּפְשִׁיטוּת דִּטְמֵאָה הַחַיָּה מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים דְּגָזְרִינַן כֻּולּוֹ בִּמְעֵי אִשָּׁה אַטּוּ הוֹצִיא יָדוֹ אֲבָל אִי ר"ע מְטַמֵּא עֻובָּר בִּמְעֵי אִמּוֹ אַפֵּי' לֹא יָצָא לַחוּץ כְּלָל הֵיכִי מִתּוֹקְמָא מַתְנִיתָא אַלִּיבֵּיהּ דְּחַיָּה טְמֵאָה וְאִשָּׁה טְהוֹרָה:
[C'est] un décret, de peur que le foetus ne sorte la tête etc. — le commentateur (Rachi) explique [que c'est] parce qu'il est alors comme né ; [ce qui] implique [qu'on] a pris spécialement 'la tête', et de même [le] sous-entend-on au chapitre Yotse Dofen (Nidda 42b), à propos de '[la femme] qui enfante rend impur au-dedans comme au-dehors', où il dit 'par exemple [le cas] où il a sorti la tête du foetus hors du vestibule, selon Rabbi Hochaya etc.', [ce qui] implique [que] Rabbi Hochaya a pris spécialement 'la tête'. Et [c'est] étonnant : pourquoi a-t-il pris 'la tête' ? même [s'il] a sorti la main hors du vestibule, la sage-femme qui l'a touché ou déplacé [est] impure, car ce n'[est] plus une impureté avalée ! Et l'on peut dire [que] c'[est] un décret de l'Écriture (gezerat ha-katouv) : [tant] qu'il n'[est] pas comme né, il ne rend pas impur, comme [le texte] le dérive de 'al pene ha-sade'. Et à présent se comprend [le fait] que Rabbi Ishmael ait besoin de tirer la raison d'un verset, alors que sa raison [est] simple, [à savoir] que c'[est] une impureté avalée : c'[est] plutôt parce qu'[il] ne rend pas impur [quand] il a sorti la main, [tant] qu'il n'[est] pas comme né ; et Rabbi Akiva non plus ne diverge qu'[au cas] où il a sorti la main. Et de même [le] sous-entend [le fait] que [le texte dit] 'ne dis pas [que la michna suit] l'avis de Rabbi Akiva' : [cela] implique [que] selon Rabbi Akiva notre michna se comprend simplement, [à savoir] que la sage-femme [est] impure des paroles des Scribes, car nous décrétons [pour] tout [foetus] dans le ventre d'une femme à cause de [celui qui] a sorti la main ; mais si Rabbi Akiva rend impur un foetus dans le ventre de sa mère même [s']il n'est pas du tout sorti dehors, comment établir la braita selon son avis, [à savoir] que la sage-femme [est] impure et la femme [est] pure ?
💡 Explication

Le motif du décret rabbinique. Rav Hochaya : on craint que le foetus ne sorte la tête hors du vestibule (prozdor, l'orifice de la matrice) — il serait alors comme né, donc impur de la Torah ; puis la tête pourrait rentrer sans que la sage-femme [ne] le remarque, et elle se croirait pure à tort. Pour parer ce risque, les Sages la déclarent impure dans tous les cas. Pour le berger qui plonge la main dans une bête (michna antérieure), pas de tel décret, car la matrice de la bête est à découvert : à la sortie il [le] verrait.

5
אִי הָכִי, אִשָּׁה נָמֵי? אִשָּׁה מַרְגֶּשֶׁת בְּעַצְמָהּ. וְתֵימָא לָהּ לַחַיָּה! טְרִידָא.

Si [c'est] ainsi, la femme aussi [devrait être impure] ! La femme sent d'elle-même [si la tête est sortie].

Mais alors elle [le] dirait à la sage-femme ! Elle [est] préoccupée (trida).

📜 Rachi (1)
טְרִידָא עֲסוּקָה הִיא בַּחֲבָלֶיהָ וְצִירֵיהּ וּטְרִידָא מִלּוֹמַר לַחַיָּה אַל תִּגְעִי:
Elle [est] préoccupée — elle est occupée par ses douleurs et ses contractions, et préoccupée au point de [ne pas] dire à la sage-femme 'ne [me] touche pas'.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' שָׁחַט מֵאָה חַיּוֹת בְּמָקוֹם אֶחָד כִּסּוּי אֶחָד לְכֻולָּן. מֵאָה עוֹפוֹת בְּמָקוֹם אֶחָד כִּיסּוּי אֶחָד לְכֻולָּן חַיָּה וָעוֹף בְּמָקוֹם אֶחָד כִּיסּוּי אֶחָד לְכֻולָּן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר שָׁחַט חַיָּה יְכַסֶּנָּה וְאַחַר כָּךְ יִשְׁחֹוט אֶת הָעוֹף:
MICHNA. [Celui qui] a abattu cent bêtes sauvages (hayyot) en un seul endroit — un seul recouvrement (kissui) [du sang] pour toutes. Cent volatiles (ofot) en un seul endroit — un seul recouvrement pour tous. Une bête sauvage et un volatile en un seul endroit — un seul recouvrement pour les deux. Rabbi Yehouda dit : [s']il a abattu une bête sauvage, qu'il la recouvre [d'abord], et ensuite [seulement] qu'il abatte le volatile.
💡 Explication

Objection : si l'on craint que la tête soit sortie sans qu'on le voie, qu'on décrète aussi l'impureté sur la mère elle-même ! Réponse : la mère sent d'elle-même si la tête a paru. Réobjection : alors qu'elle avertisse la sage-femme ! Réponse : elle est préoccupée (trida) par les douleurs de l'enfantement, et ne pense pas à prévenir la sage-femme — d'où le décret la concernant.

6
מַאי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, וּמַאי רַבִּי עֲקִיבָא? דְּתַנְיָא: ״וְכֹל אֲשֶׁר יִגַּע עַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה״ – לְהוֹצִיא עֻובָּר בִּמְעֵי אִשָּׁה, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: לְרַבּוֹת גּוֹלֵל וְדוֹפֵק.

Qu'[est-ce que l'avis de] Rabbi Ishmael, et qu'[est-ce que l'avis de] Rabbi Akiva ? Car il est enseigné : 'et quiconque touchera, au champ (al pene ha-sade), [un tué par l'épée...]' (Nombres 19:16) — [cela vient] exclure un foetus dans le ventre d'une femme ; [telles sont] les paroles de Rabbi Ishmael.

Rabbi Akiva dit : [cela vient] inclure le couvercle (golel) et la paroi (dofek).

📜 Rachi (3)
עַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה מַשְׁמַע גָּלוּי:
Au champ — [cela] signifie [un mort] à découvert (galouy).
לְהוֹצִיא עֻובָּר שֶׁהוּא טָמוּן:
[Cela vient] exclure un foetus — qui est dissimulé (tamoun).
גּוֹלֵל כִּיסּוּי הָאָרוֹן שֶׁל מֵת:
Golel — le couvercle du cercueil d'un mort.
🗂️ Tossefot (1)
גּוֹלֵל וְדוֹפֵק מְפֹורָשׁ בפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ד: ד"ה עַד):
Golel et dofek — [c'est] expliqué au premier chapitre de Ketoubot (4b, [dans le commentaire] commençant par 'jusqu'à').
⚖️ Rosh (2)
גְּמ' ת"ר אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּנְקֵיבוֹת וְאֵין נוֹהֵג בִּזְכָרִים. חֲנַנְיָא אוֹמֵר נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵיבוֹת. מ"ט דְּרַבָּנַן דְּתַנְיָא יָכוֹל יְהֵא אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵיבוֹת וְדִין הוּא חִיֵּיב כָּאן וְחַייָּב בְּאֵם עַל הַבָּנִים מַה כְּשֶׁחִיֵּיב בְּאֵם עַל הַבָּנִים לֹא חַיָּיב אֶלָּא בִּנְקֵיבוֹת אַף כְּשֶׁחַייָּב בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ לֹא חַיָּיב אֶלָּא בִּנְקֵיבוֹת. לֹא אִם אָמַרְתָּ בְּאֵם עַל הַבָּנִים שֶׁכֵּן לֹא עָשָׂה בּוֹ מְזֻומָּן כְּשֶׁאֵינוֹ מְזֻומָּן. תֹּאמַר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הוֹאִיל וְעָשָׂה בּוֹ מְזֻומָּן כְּשֶׁאֵינוֹ מְזֻומָּן יָכוֹל יְהֵא נוֹהֵג בִּזְכָרִים וּבִנְקֵיבוֹת. ת"ל אוֹתוֹ אֶחָד וְלֹא שְׁנַיִם. וּמֵאַחַר שֶׁחָלַק הַכָּתוּב זָכִיתִי בַּדִּין. חַיָּיב כָּאן וְחַייָּב בְּאֵם עַל הַבָּנִים מַה כְּשֶׁחִיֵּיב בְּאֵם עַל הַבָּנִים בִּנְקֵיבוֹת וְלֹא בִּזְכָרִים אַף כְּשֶׁחִייֵּב בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בִּנְקֵיבוֹת וְאִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר אוֹתוֹ כְּתִיב דְּמַשְׁמַע זְכָרִים וְלֹא נְקֵיבוֹת הֲרֵי הוּא אוֹמֵר בְּנוֹ מִי שֶׁבְּנוֹ כָּרוּךְ אַחֲרָיו יָצָא זָכָר שֶׁאֵין בְּנוֹ כָּרוּךְ אַחֲרָיו וַחֲנַנְיָא כְּתִיב אוֹתוֹ דְּמַשְׁמַע זָכָר וּכְתִיב בְּנוֹ מִי שֵׁבֶט כָּרוּךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע נְקֵיבָה הִילְכָּךְ נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵיבוֹת: א"ר הוּנָא בַּר חִייָּא אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כַּחֲנַנְיָא. תְּנַן רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס אע"פ שֶׁאֲבִיהֶם חֲמוֹר מֻותָּרִים זֶה בָּזֶה הַנּוֹלָדִים מִן הַחֲמוֹר אע"פ שֶׁאֲבִיהֶם סוּס מֻותָּרִים זֶה בָּזֶה. אֲבָל הַנּוֹלָדִים מִן הַחֲמוֹר וְהַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס אֲסוּרִין זֶה בָּזֶה. אִיבַּעְיָא לְהוּ מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב. אוֹ דִּלְמָא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ. לְמַאי נ"מ לְמִשְׁרֵי פֵּירֵי עִם הָאֵם. אִי אָמְרַתְּ מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ פֵּירֵי עִם הָאֵם שָׁרִי. וְאִי אָמְרַתְּ מְסַפְּקָא לֵיהּ פֵּירֵי עִם הָאֵם אָסוּר. תָּא שְׁמַע דא"ר הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ הַכֹּל מוֹדִים שַׁפִּירֵי עִם הָאֵם אָסוּר. ש"מ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ שְׁמַע מִינַּהּ:
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : [l'interdit d'abattre] une [bête] et son petit (oto ve-et beno [le même jour]) s'applique aux femelles et ne s'applique pas aux mâles. Hananya dit : il s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles. Quelle [est] la raison des Sages [qui l'excluent des mâles] ? Car il est enseigné : on aurait pu penser [que l'interdit d']une [bête] et son petit s'appliquerait aussi bien aux mâles qu'aux femelles, et [c'est] un raisonnement (din) [kal va-homer / à fortiori] : [la Torah] a rendu passible [de peine] ici [pour oto ve-et beno] et a rendu passible [pour] la mère sur les petits [le renvoi du nid, chilouah ha-ken] ; de même que, [là où elle] a rendu passible [pour] la mère sur les petits, elle n'a rendu passible que [pour] les femelles, de même, [là où elle] a rendu passible [pour] une [bête] et son petit, elle n'aurait rendu passible que [pour] les femelles. [Non !] Si tu as dit [ainsi] pour la mère sur les petits — [c'est] parce qu'elle n'y a pas rendu le [mâle] préparé (mezoumman) [égal] au non-préparé [c'est-à-dire que l'interdit ne vise que la mère qui couve, non le père] — diras-tu [de même] pour une [bête] et son petit, puisqu'elle y a rendu le préparé [égal] au non-préparé ? [Dès lors] on aurait pu penser [que l'interdit] s'appliquerait aux mâles et aux femelles ; [c'est pourquoi] l'Écriture enseigne 'oto' (lui) — un seul et non deux [c'est-à-dire un seul parent, non les deux]. Et du moment que l'Écriture a distingué, j'ai [de nouveau] gagné par le raisonnement (din) : [la Torah] a rendu passible ici et a rendu passible [pour] la mère sur les petits ; de même que, [là où elle] a rendu passible [pour] la mère sur les petits, [c'est] pour les femelles et non pour les mâles, de même, [là où elle] a rendu passible [pour] une [bête] et son petit, cela ne s'applique qu'aux femelles. Et si tu tiens à dire [le contraire] : 'oto' est écrit, ce qui signifie [au masculin] les mâles et non les femelles [donc l'interdit viserait le père] ! [Réponse :] voici qu'[elle] dit 'beno' (son petit) — [c'est-à-dire] celui dont le petit s'attache à lui [le suit]. Exclus [donc] le mâle, dont le petit ne s'attache pas à lui. Et Hananya [tient] : 'oto' est écrit, ce qui signifie [le] mâle, et 'beno' est écrit, [c'est-à-dire] celui dont [le petit] s'attache à lui, ce qui signifie [la] femelle ; dès lors [l'interdit] s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles. Rabbi Houna bar Hiyya dit au nom de Chmouel : la halakha [suit] Hananya. Nous avons appris [dans une michna] : Rabbi Yehouda dit : ceux qui naissent d'une jument (sous), bien que leur père [soit] un âne, sont permis [d'atteler] l'un avec l'autre [pas de kilayim] ; ceux qui naissent d'une ânesse, bien que leur père [soit] un cheval, sont permis l'un avec l'autre ; mais ceux qui naissent de l'âne [par la mère] et ceux qui naissent de la jument [par la mère] sont interdits l'un avec l'autre. On [se l']est demandé : est-il [clairement] évident (pachit) pour Rabbi Yehouda qu'on ne se soucie pas de la semence du père (zera ha-av) ? ou bien peut-être est-ce un doute pour lui ? Quelle [en est] la portée pratique (nafka mina) ? [Savoir s'il est permis d']atteler le rejeton (péri) avec la mère. Si tu dis [que] c'[est clairement] évident pour lui [qu'on ne considère pas le père], le rejeton avec la mère [est] permis ; et si tu dis [que] c'[est] un doute pour lui, le rejeton avec la mère [est] interdit. Viens écouter [une preuve], car Rabbi Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tous conviennent [que] le rejeton avec la mère [est] interdit. Apprends-en [que] c'[est] un doute pour lui. Apprends-en [effectivement ainsi].
גְּמ' הוֹרָה רַבִּי כר"מ וְהוֹרָה ר' כַּחֲכָמִים הֵי מִינַּייְהוּ דְּאַחֲרָנְייָתָא. ת"ש דְּשָׁלַח ר' אֶלְעָזָר לַגּוֹלָה הוֹרָה רַבִּי כר"מ. אַטּוּ כְּרַבָּנָן לָא אוֹרִי אֶלָּא ש"מ דְּאַחֲרָנְיָיתָא הוּא שְׁמַע מִינָּה:
GUEMARA. Rabbi [Yehouda ha-Nassi] a enseigné [une décision] selon Rabbi Meir, et Rabbi a enseigné [une décision] selon les Sages ; laquelle des deux [est] la plus récente [et donc retenue] ? Viens écouter [une preuve], car Rabbi Eleazar a envoyé à la Diaspora (gola) : Rabbi a enseigné selon Rabbi Meir. [Objection :] est-ce à dire qu'il n'a pas [aussi] enseigné selon les Sages ? [Il l'a fait aussi.] Plutôt, apprends-en [que celle-là, la décision selon Rabbi Meir,] est la plus récente. Apprends-en [ainsi].
💡 Explication

La Guemara expose la mahloket (voir le schéma). Le verset 'quiconque touchera au champ (al pene ha-sade) un tué' enseigne qu'on ne contracte l'impureté que d'un mort à découvert. Pour Rabbi Ishmael, ce 'au champ' vient exclure le foetus dans le ventre (caché, donc pur). Pour Rabbi Akiva, ce verset vient au contraire inclure le golel (le couvercle du cercueil) et le dofek (la paroi-support) comme sources d'impureté.

7
וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, גּוֹלֵל וְדוֹפֵק – הִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ. וְרַבִּי עֲקִיבָא, עֻובָּר בִּמְעֵי אִשָּׁה טָמֵא מִדְּאוֹרָיְיתָא – מְנָא לֵיהּ? אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא, אֲמַר קְרָא: ״הַנֹּוגֵעַ בְּמֵת בַּנֶּפֶשׁ״, אֵיזֶהוּ מֵת שֶׁבְּנֶפֶשׁ שֶׁל אָדָם? הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֻובָּר שֶׁבִּמְעֵי אִשָּׁה.

Et Rabbi Ishmael, le golel et le dofek — il les a [appris] par tradition (hilkheta gemiri la). Et Rabbi Akiva, un foetus dans le ventre d'une femme [est] impur de la Torah — d'où [le tient]-il ?

Rabbi Hochaya dit : le verset dit 'celui qui touche un mort, dans la vie (be-nefech) [d'un homme...]' (Nombres 19:13) — quel [est] le mort qui [est] dans la vie (be-nefech) d'un homme ? Dis [que] c'[est] le foetus dans le ventre d'une femme.

📜 Rachi (5)
דּוֹפֵק דַּף שֶׁנּוֹתְנִין בְּצִדּוֹ:
Dofek — la planche que l'on place à son côté.
וְר' יִשְׁמָעֵאל סָבַר גּוֹלֵל וְדוֹפֵק הִלְכְתָא הִיא וְכִי אֲתָא קְרָא לְהוֹצִיא עוֹבֵר:
Et Rabbi Ishmael tient [que] le golel et le dofek [sont une] tradition (hilkheta) — et [que] le verset vient exclure le foetus.
ור"ע סָבַר עֻובָּר בִּמְעֵי אִשָּׁה טָמֵא וְכִי אֲתָא קְרָא לַגּוֹלֵל וְדוֹפֵק וְקָסָבַר לָאו הִלְכְתָא הִיא:
Et Rabbi Akiva tient [qu']un foetus dans le ventre d'une femme [est] impur — et [que] le verset vient [pour] le golel et le dofek, et il tient [que] ce n'[est] pas une tradition (hilkheta).
מִדְּאוֹרַייְתָּא מְנָא לֵיהּ דְּטָמֵא דְּלָא מְטַהֵר לֵיהּ מְמֻשְׁמְעוֹתֶיהָ דְּעַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה וְאַפֵּי' לָא מְיַיתַּר:
De la Torah, d'où [le tient]-il — [d'où tient-il] qu'il [est] impur, [du fait] qu'il ne le purifie pas par [le sens implicite] de 'au champ', et même [si le verset] n'est pas en surplus (mityater).
בְּמֵת בְּנֶפֶשׁ מֵת שֶׁהוּא בְּתוֹךְ נֶפֶשׁ הָאַחֶרֶת:
Un mort dans la vie (be-nefech) — un mort qui [est] à l'intérieur d'une autre vie (nefech aheret).
💡 Explication

Mais alors, d'où chacun tire-t-il ce que l'autre tire du verset ? Rabbi Ishmael sait le golel et le dofek par tradition (halakha), pas du verset. Et Rabbi Akiva tire l'impureté du foetus d'un autre verset : 'celui qui touche un mort be-nefech (dans la vie) d'un homme' — le mot 'be-nefech' se lit 'au-dedans de la vie [d'autrui]', et quel mort est au-dedans d'une autre vie ? Le foetus dans le ventre maternel.

8
וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, הַאי מִיבְּעֵי לֵיהּ לִרְבִיעִית דָּם הַבָּאָה מִן הַמֵּת, שֶׁמְּטַמְּאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּגֵעַ בְּמֵת בְּנֶפֶשׁ הָאָדָם״, אֵיזֶהוּ נֶפֶשׁ שֶׁל אָדָם שֶׁמְּטַמֵּא? הֱוֵי אוֹמֵר זוֹ רְבִיעִית דָּם.

Et Rabbi Ishmael, ce [verset], il en a besoin pour le quart de log de sang qui vient du mort, [enseignant] qu'il rend impur ; car il est dit 'celui qui touche un mort, dans la vie (be-nefech) de l'homme' — quelle [est] la vie (nefech) de l'homme qui rend impur ? Dis [que] c'[est] le quart de log de sang.

📜 Rachi (1)
רְבִיעִית הַלֹּוג דַּם חַיֵּי הָאָדָם תְּלוּיִין בּוֹ שֶׁבְּכָךְ הוּא מִתְקַיֵּים:
Un quart de log de sang — la vie de l'homme dépend de lui, car par cette [quantité] il subsiste.
💡 Explication

Mais Rabbi Ishmael a besoin de ce même verset 'be-nefech' pour autre chose : enseigner qu'un quart de log de sang (revi'it ha-log) venu du mort rend impur. Le mot 'nefech' (la vie) désigne ici le sang, car 'le sang est la vie' (Deut 12:23), et un homme vit grâce à un minimum d'un quart de log de sang. Rabbi Ishmael ne dispose donc pas de ce verset pour le foetus — d'où son recours à 'al pene ha-sade'.

9
וְרַבִּי עֲקִיבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: אַף רְבִיעִית דָּם הַבָּאָה מִשְּׁנֵי מֵתִים מְטַמֵּא בְּאֹהֶל, דְּתַנְיָא: רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מִנַּיִן לִרְבִיעִית דָּם הַבָּאָה מִשְּׁנֵי מֵתִים שֶׁמְּטַמְּאָה בְּאֹהֶל?

Et Rabbi Akiva [suit] son raisonnement, lui qui dit : même un quart de log de sang qui vient de deux morts rend impur sous une tente (ohel) ; car il est enseigné — Rabbi Akiva dit : d'où [sait-on] qu'un quart de log de sang venu de deux morts rend impur sous une tente ?

📜 Rachi (1)
אַף רְבִיעִית דָּם הַבָּא מִשְּׁנֵי מֵתִים הִלְכָּךְ הַאי קְרָא דִּכְתִיב בֵּיהּ חַד נֶפֶשׁ לָאו לִרְבִיעִית דָּם אֲתָא:
Même un quart de log de sang venu de deux morts — dès lors, ce verset, où [le mot] 'une [seule] vie' (nefech) est écrit, ne vient pas [enseigner] le quart de log de sang.
💡 Explication

Et Rabbi Akiva, lui, n'a pas besoin de 'be-nefech' pour le sang : conformément à son propre avis, il tient que même un quart de log de sang venu de deux morts [réunis] rend impur sous une tente (ohel) ; il tire cela d'un autre verset. Le verset 'be-nefech' lui reste donc libre pour enseigner l'impureté du foetus.

10
שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַל כָּל נַפְשֹׁת מֵת לֹא יָבֹא״, שְׁתֵּי נְפָשׁוֹת וְשִׁיעוּר אֶחָד.

[Rabbi Akiva continue :] car il est dit 'et sur toutes les vies (nafchot) d'un mort, il ne viendra point' (Lévitique 21:11) — deux vies (nefachot) [le mot au pluriel] et une seule mesure (chiour ehad) [le mot 'mort' au singulier].

📜 Rachi (2)
נְפָשׁוֹת מַשְׁמַע שְׁתַּיִם:
Nafchot (vies) — [le pluriel] signifie deux.
מֵת דָּבָר שֶׁמִּיתָה בָּאָה עַל יָדוֹ דְּהַיְינוּ רְבִיעִית:
Met (mort) — une chose par laquelle la mort survient, c'est-à-dire un quart de log.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁתֵּי נְפָשׁוֹת וְשִׁיעוּר אֶחָד וְר' יִשְׁמָעֵאל סָבַר דְּיֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת וְנָפְשַׁתְּ כְּתִיב כִּדְאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין בפ"ק (דַּף ד.) וְקָשֶׁה דִּתְרֵי קְרָאֵי בִּרְבִיעִית דָּם ל"ל בְּמֵת בְּנֶפֶשׁ וְנֶפֶשׁ:
Deux vies et une seule mesure — et Rabbi Ishmael tient [qu']il y a [le principe] 'la mère [pour] la tradition [écrite] (yech em la-mesoret)', et [que] 'nafchot' [est] écrit [défectivement, sans waw, donc lisible au singulier], comme [il est] dit dans Sanhédrin, au premier chapitre (4a) ; et [cela fait] difficulté : pourquoi [a-t-il besoin de] deux versets pour le quart de log de sang, 'be-met be-nefech' et 'nefech' [à la fois] ?
💡 Explication

La preuve de Rabbi Akiva : 'sur toutes les nafchot (vies, pluriel) d'un mort (singulier) il ne viendra point' (Lev 21:11, sur le grand prêtre). Le pluriel 'nafchot' indique [que le sang impur peut provenir] de deux personnes (le sang est appelé nefech) ; et le singulier 'met' (mort) indique qu'il faut une seule mesure réunie — le minimum d'un quart de log.

11
מַתְנִי׳ בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה לֵילֵד, וְהוֹצִיא עֻובָּר אֶת יָדוֹ, וַחֲתָכָהּ, וְאַחַר כָּךְ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ – הַבָּשָׂר טָהוֹר. שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְאַחַר כָּךְ חֲתָכָהּ – הַבָּשָׂר מַגַּע נְבֵלָה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

MICHNA. Une bête qui peine à enfanter (ha-makcha lileld), et [dont] le foetus a sorti son membre (yado), et [qu']on a coupé (hatakha), puis ensuite on a abattu sa mère — la chair [est] pure (tahor).

[Si] on a abattu sa mère puis ensuite on l'a coupé [le membre] — la chair [est] contact de charogne (mgea nevela) ; [telles sont] les paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הַבָּשָׂר טָהוֹר שֶׁאֵין בְּהֵמָה מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה מֵחַיִּים:
MICHNA. La chair [est] pure — car une bête ne contracte pas l'impureté de son vivant (me-haim).
הַבָּשָׂר מַגַּע נְבֵלָה בְּשַׂר הָעֻובָּר מַגַּע אֵבֶר מִן הַחַי שֶׁהוּא מְטַמֵּא כִּנְבֵלָה בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף קכט:). אִי נָמֵי אִם יָצָא עֻובָּר מֵת נְבֵלָה גְּמוּרָה הָוֵי הָאֵבֶר מֵאַחַר שֶׁלֹּא טָהֳרָתוֹ שְׁחִיטַת אִמּוֹ:
La chair [est] contact de charogne — la chair du foetus [est] contact d'un membre [pris] sur le vivant (ever min ha-hay), lequel rend impur comme une charogne, [comme exposé] dans [le chapitre] Ha-'or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 129b). Ou bien [autrement] : si le foetus est sorti mort, le membre est une charogne complète (nevela gemoura), du moment que l'abattage de sa mère ne l'a pas rendu pur.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹצִיא עֻובָּר אֶת יָדוֹ וַחֲתָכָהּ וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ הַבָּשָׂר טָהוֹר דְּעֻובָּר שֶׁבִּפְנִים אַפִּי' מֵת חֲשִׁיב כֹּחִי דְּהָא קָא מְהַנֵּי לֵיהּ שְׁחִיטַת אִמּוֹ לְהַתִּירוֹ אַף בַּאֲכִילָה:
[Dont] le foetus a sorti son membre, et [qu']on a coupé puis abattu sa mère — la chair [est] pure — car un foetus qui [est] au-dedans, même mort, est tenu pour vivant, puisque l'abattage de sa mère lui profite [au point de] le rendre permis même à la consommation.
💡 Explication

Nouvelle michna (voir le schéma). Une bête en travail difficile dont le foetus sort un membre (yad) hors du ventre. Cas 1 : on coupe le membre, puis on abat la mère — la chair [du foetus] est pure, car la bête ne contracte pas l'impureté de son vivant. Cas 2 : on abat la mère d'abord, puis on coupe le membre — pour Rabbi Meir, ce membre est contact de charogne (mgea nevela) : n'ayant pas été rendu permis par l'abattage, il est tenu pour charogne, et la chair qu'il a touchée devient impure.

🖼️ Schéma
La bête en travail : le membre sorti, coupé avant ou après l'abattage de la mère le foetus sort un membre (yad) hors du ventre, on le coupe puis on tranche 1) Coupe PUIS abat la mère le membre est coupé alors que le foetus est vivant au-dedans la chair est PURE (tahor) la bête ne contracte pas d'impureté de son vivant 2) Abat la mère PUIS coupe le membre dehors n'est pas rendu permis par l'abattage R. Meir : contact de nevela Sages : contact de tereifa égorgée (la nuance : le membre est-il charogne pleine, ou seulement interdit ?)
Membre coupé avant l'abattage de la mère (chair pure) contre membre coupé après (impur).
12
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַגַּע טְרֵפָה שְׁחוּטָה,

Et les Sages disent : [c'est] contact de tereifa égorgée (mgea terefa chehouta).

📜 Rachi (1)
מַגַּע טְרֵפָה שְׁחוּטָה שֶׁהַשְּׁחִיטָה אע"פ שֶׁאֵינָהּ מֻתֶּרֶת הָאֵבֶר בַּאֲכִילָה מְטַהַרְתּוֹ מִידֵי נְבֵלָה וְהָוְיָא כִּטְרֵפָה שְׁחוּטָה שֶׁאֵינָהּ מְטַמְּאָה מִן הַתּוֹרָה כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן בְּמֻוקְדָּשִׁין:
Contact de tereifa égorgée — car l'abattage, bien qu'il ne rende pas le membre permis à la consommation, le tire de [son statut de] charogne, et il [est] comme une tereifa égorgée, qui ne rend pas impur de la Torah, comme [le texte] l'explique à la suite, mais [seulement] rabbiniquement pour les [aliments] consacrés.
🗂️ Tossefot (1)
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מַגַּע טְרֵפָה שְׁחוּטָה בִּשְׁחִיטָה עוֹשָׂה נִיפּוּל פְּלִיגִי כִּדְאָמַר בגמ' וְקֹודֶם שְׁחִיטָה לכ"ע אָדָם שֶׁנּוֹגֵעַ בְּאֵבֶר שֶׁבַּחוּץ טָהוֹר דְּאִי מֵחַיִּים מְטַמֵּא הֵיכִי הֲוָה מְהַנֵּי שְׁחִיטָה לְרַבָּנָן לְהַפְקִיעַ הַטֻּומְאָה לִטְהָרוֹת וּלְעֵיל דְּקָתָנֵי הוֹשִׁיט רוֹעֶה אֶת יָדוֹ וְנָגַע בּוֹ טָהוֹר לָאו דַּוְקָא לְפִי שֶׁהוּא בִּפְנִים דְּאַפֵּי' הוֹצִיא עוֹבֵר יָדוֹ לַחוּץ וְנָגַע בּוֹ הָרוֹעֶה טָהוֹר אֶלָּא לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאַפֵּי' הָכֵי בִּטְמֵאָה טָמֵא א"נ מוֹדוּ רַבָּנָן בְּהוֹצִיא יָדוֹ לַחוּץ וְנָגַע בּוֹ דְּבַטְּמֵאָה טָמֵא דִּלְעִנְיַן מַה שֶּׁבִּפְנִים הוּא דְּמַקְשִׁינַן טְמֵאָה לִטְהוֹרָה וְלֹא לְעִנְיַן מַה שֶׁבַּחוּץ:
Et les Sages disent : contact de tereifa égorgée — [c'est] sur [le point de savoir si] l'abattage produit un 'tombé' (nipol) qu'ils divergent, comme [il est] dit dans la Guemara ; mais avant l'abattage, de l'avis de tous, un homme qui touche le membre [qui est] au-dehors [est] pur — car si de son vivant il rendait impur, comment l'abattage aurait-il pu profiter aux Sages [au point] de retirer l'impureté pour les [choses] pures ? Et [pour] ce qui [a été enseigné] plus haut, [à savoir que] 'le berger a tendu sa main et l'a touché, [il est] pur', [ce] n'[est] pas exclusivement parce qu'il [est] au-dedans — car même [si] le foetus a sorti sa main au-dehors et [que] le berger l'a touché, [il est] pur — mais [c'est] pour t'enseigner la force de Rabbi Yossei le Galiléen, [qui tient que] même ainsi, [s'il s'agit] d'une [bête] impure, [le contact est] impur. Ou bien [autrement] : les Sages admettent [que], [s']il a sorti la main au-dehors et [que] le berger l'a touché, [s'il s'agit] d'une [bête] impure [le contact est] impur — car c'[est] pour ce qui [est] au-dedans que nous comparons [par hekech] l'impure à la pure, et non pour ce qui [est] au-dehors.
💡 Explication

Les Sages divergent de Rabbi Meir sur le cas 2 : le membre coupé après l'abattage est un contact de tereifa égorgée (mgea terefa chehouta). L'abattage de la mère, sans rendre le membre permis à la consommation, le tire néanmoins du statut de charogne ; il devient comme une tereifa égorgée, laquelle ne rend pas impur de la Torah, mais [seulement] rabbiniquement pour les [aliments] consacrés (mukdachin).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).