Chullin 72b — la chehita purifie-t-elle l'organe sorti, et le contact caché (tumat beit ha-setarim)

Chullin 72b

Sougya : La michna oppose les Sages à Rabbi Meir sur l'organe d'un foetus qui sort du ventre puis est tranché après la chehita de la mère : les Sages purifient l'organe par un kal va-homer depuis la tereifa (dont la chehita purifie), Rabbi Meir refuse car l'organe n'est pas le corps de la mère. Suit la chaîne de raisonnement : d'où sait-on que la chehita de la tereifa la purifie de l'impureté de nevela ? on écarte la comparaison avec la bête impure par deux distinctions (le moment d'aptitude, puis l'existence de la chehita dans l'espèce), d'où l'on déduit qu'un ben chémona (huit mois) vivant n'est pas purifié.

La Guemara demande pourquoi le reste du foetus devient impur : le contact est en lieu caché (beit ha-setarim) et un contact caché ne transmet pas l'impureté — Rabbi Meir suit-il donc sa propre ligne ? On le prouve par la michna de Kelim : un vêtement de trois sur trois qui se fend reste impur du contact-midras selon Rabbi Meir, Rabbi Yossi le conteste, et Oulla puis Ravina réconcilient la michna avec Rabbi Yossi (le morceau reçoit l'impureté au moment de sa séparation, l'organe étant appelé à être coupé).

La chaîne de kal va-homer : la chehita purifie-t-elle l'organe ? Tana Kama (Sages) la chehita de la tereifa la purifie ; Rabbi Meir non : l'organe n'est pas du corps D'où sait-on que la chehita de la tereifa la purifie (de l'impureté de nevela) ? objection : bête impure interdite, tereifa interdite -> la chehita ne devrait pas purifier distinction 1 : la bête impure n'a pas eu de 'moment d'aptitude' (cheat ha-kocher) ; la tereifa, oui -> sa chehita garde son effet purificateur réfutation : et la bête née tereifa du ventre, sans moment d'aptitude ? distinction 2 : son espèce connaît la chehita -> ben choel(8 mois) vivant : pas de chehita dans son espèce, non purifié
La chaîne de kal va-homer de la michna (segments 0-6) : la chehita purifie-t-elle l'organe, et jusqu'où ?
Le problème de la Guemara : tumat beit ha-setarim (contact caché) le foetus (le reste, à l'intérieur) l'organe sorti (= nevela, impur) point de contact (caché, interne) Question le contact étant en lieu caché, il ne devrait pas transmettre l'impureté -> pourquoi impur ? Réponse : Rabbi Meir suit sa ligne (le contact caché transmet), prouvée par la michna du vêtement 3x3
Le problème soulevé par la Guemara (segment 7) : le contact caché entre l'organe et le foetus.
Le vêtement 3x3 fendu : Rabbi Meir vs Rabbi Yossi, puis Oulla et Ravina Rabbi Meir une fois fendu : pur du midras, mais impur du contact-midras (contact caché entre les morceaux : il transmet) Rabbi Yossi quel midras a-t-il touche ? impur seulement si le zav l'a touché (le contact caché ne transmet pas) Oulla Yossi ne diverge que pour 3x3 fendu (plus de mesure pour transmettre) ; 3x3 venant d'un grand vêtement : reçoit au moment de la séparation. idem : l'organe reçoit au moment de la coupe Ravina le vêtement n'est pas destiné à être coupé ; le foetus, son organe est destiné à être coupé, et tout ce qui est appelé à être coupé... (le raisonnement se poursuit au daf 73a)
La preuve par le vêtement 3x3 (segments 8-13) : Rabbi Meir, Rabbi Yossi, puis les réconciliations d'Oulla et de Ravina.
1
מה מצינו בטרפה ששחיטתה מטהרתה, אף שחיטת בהמה תטהר את האבר.

[Les Sages dirent :] de même que nous avons trouvé, pour la tereifa, que sa chehita (abattage rituel) la purifie, de même la chehita de la bête (mère) purifiera l'organe (du foetus).

📜 Rachi (2)
מה מצינו כדקתני לקמיה ומנין לטרפה ששחיטתה מטהרתה:
De même que nous avons trouvé — comme [le texte] l'enseigne plus loin : 'et d'où [sait-on], pour la tereifa, que sa chehita la purifie ?'.
אף שחיטת בהמה תטהר את האבר גרסי':
'De même la chehita de la bête purifiera l'organe' — telle est la leçon (la version) [que l'on retient].
💡 Explication

Fin de la michna (Houlin 4:5). Les Sages établissent un kal va-homer (à fortiori) : la chehita d'une tereifa (bête dont une lésion interdit la consommation) la purifie de l'impureté de charogne (nevela) — bien qu'elle reste interdite à manger. De même, disent-ils, la chehita de la mère doit purifier l'organe du foetus qui a passé la matrice, même si cet organe est interdit à la consommation.

2
אמר להם רבי מאיר: לא, אם טיהרה שחיטת טרפה אותה, דבר שגופה, תטהר את האבר דבר שאינו גופה?

Rabbi Meir leur dit : non ! Si la chehita de la tereifa l'a purifiée, [elle], une chose qui est son corps, purifiera-t-elle l'organe, une chose qui n'est pas son corps ?

📜 Rachi (1)
לא אם טיהרה שחיטת טרפה אותה שחיטתה מן הדין הוא שהרי דבר שגופה:
Non ! Si la chehita de la tereifa l'a purifiée — sa chehita [la purifie] de plein droit (de par la règle), car [c'est] une chose qui est son corps.
💡 Explication

Réfutation de Rabbi Meir : le kal va-homer ne tient pas. La chehita de la tereifa la purifie parce qu'elle s'exerce sur une chose qui est son propre corps (la gorge de la bête elle-même). Mais l'organe du foetus est une chose qui n'est pas le corps de la mère abattue — la chehita de la mère ne saurait donc le purifier.

3
מנין לטרפה ששחיטתה מטהרתה? בהמה טמאה אסורה באכילה, אף טרפה אסורה באכילה, מה בהמה טמאה – אין שחיטתה מטהרתה, אף טרפה – לא תטהרנה שחיטה!

D'où [sait-on], pour la tereifa, que sa chehita la purifie ? [On pourrait dire :] la bête impure est interdite à la consommation, [et] la tereifa aussi est interdite à la consommation ; de même que la bête impure — sa chehita ne la purifie pas, de même la tereifa — la chehita ne la purifiera pas !

📜 Rachi (2)
ומנין לטרפה ששחיטתה מטהרתה דשמא אינה מטהרתה ומן הדין אינה מטהרתה שבהמה טמאה אסורה באכילה וטרפה אסורה באכילה:
Et d'où [sait-on], pour la tereifa, que sa chehita la purifie — car peut-être ne la purifie-t-elle pas ; et de par la règle elle ne la purifie pas, car la bête impure est interdite à la consommation et la tereifa est interdite à la consommation.
ומה טמאה אין שחיטתה מטהרתה מלטמא דהכי תניא בתורת כהנים לכל הבהמה אשר היא מפרסת פרסה וגו' כל הנוגע בהם יטמא להביא בהמה טמאה שלא תטהרנה שחיטתה והלא דין הוא השרץ אסור באכילה ובהמה טמאה אסורה באכילה מה שרץ אין שחיטתו מטהרתו דכתיב בהו טמאים הם לכם אף בהמה טמאה לא תטהרנה שחיטתה או כלך לדרך זו בהמה טמאה אסורה באכילה וטרפה אסורה מה טרפה שחיטתה מטהרתה אף בהמה טמאה כן תלמוד לומר הנוגע בהם להביא בהמה טמאה שלא תטהרנה שחיטתה:
Et de même que [la bête] impure — sa chehita ne la purifie pas — de l'impureté ; car ainsi est-il enseigné dans le Torat Cohanim : 'pour toute bête qui a le sabot fendu etc., quiconque les touche sera impur' — [c'est] pour inclure la bête impure, [à savoir] que sa chehita ne la purifie pas. Or n'est-ce pas un raisonnement [à fortiori] ? le reptile (cherets) est interdit à la consommation et la bête impure est interdite à la consommation : de même que le reptile — sa chehita ne le purifie pas, comme il est écrit à leur sujet 'ils sont impurs pour vous' — de même la bête impure, sa chehita ne la purifiera pas. Ou bien va-t'en par ce chemin[-ci] : la bête impure est interdite à la consommation et la tereifa est interdite, [donc] de même que la tereifa — sa chehita la purifie, de même la bête impure [serait] ainsi ! [C'est pourquoi] le verset dit 'quiconque les touche' — pour inclure la bête impure, [à savoir] que sa chehita ne la purifie pas.
💡 Explication

La michna interroge le fondement même : d'où dérive-t-on que la chehita d'une tereifa la purifie de l'impureté de nevela ? On pourrait au contraire raisonner par analogie avec la bête impure (espèce non cachere) : elle est interdite à manger, la tereifa aussi ; or la chehita ne purifie pas la bête impure, donc elle ne devrait pas non plus purifier la tereifa.

4
לא, אם אמרת בבהמה טמאה שלא היתה לה שעת הכושר, תאמר בטרפה שהיתה לה שעת הכושר?

Non ! Si tu as dit cela de la bête impure, qui n'a [jamais] eu de moment d'aptitude (cheat ha-kocher), [le] diras-tu de la tereifa, qui a eu un moment d'aptitude ?

📜 Rachi (2)
שלא היתה לה שעת הכושר ליטהר מטומאתה ע"י שחיטה:
Qui n'a [jamais] eu de moment d'aptitude — pour être purifiée de son impureté par la chehita.
תאמר בטרפה שהיתה לה שעת הכושר וכיון דחל עלה תורת שחיטה תו לא פקעה מיניה והויא בכלל שאר צאן ובקר:
[Le] diras-tu de la tereifa, qui a eu un moment d'aptitude — et puisque la loi de la chehita s'est [une fois] imposée à elle, elle ne se retire plus d'elle, et elle est incluse dans l'ensemble du 'reste du petit et du gros bétail' [aptes à la chehita].
💡 Explication

La michna écarte l'analogie [première distinction] : non ! La bête impure n'a jamais eu de moment d'aptitude (cheat ha-kocher) — jamais sa chehita n'aurait pu la rendre permise. La tereifa, elle, a connu un moment d'aptitude [avant de devenir tereifa, la chehita la rendait permise] — la loi de la chehita s'étant une fois imposée à elle, elle ne s'en détache plus, et sa chehita garde son pouvoir de purifier.

5
טול לך מה שהבאת, הרי שנולדה טרפה מן הבטן, מנין?

Reprends-toi ce que tu as apporté (ton argument) : voici [le cas de] celle qui est née tereifa depuis le ventre — d'où [sait-on qu'elle est purifiée] ?

📜 Rachi (2)
טול לך מה שהבאת טול מכאן ראייה זו שהבאת:
Reprends-toi ce que tu as apporté — reprends d'ici cette preuve que tu as apportée.
הרי שנולדה טרפה מן הבטן מנין שתטהרנה:
Voici [le cas de] celle qui est née tereifa depuis le ventre — d'où [sait-on] qu'elle se purifie.
💡 Explication

La michna rejette cette distinction : reprends ton argument, il est insuffisant. Car que dire d'une bête née tereifa dès le ventre, qui n'a donc jamais eu de moment d'aptitude ? D'où saurait-on que sa chehita la purifie ?

6
לא, אם אמרת בבהמה טמאה שכן אין במינה שחיטה, תאמר בטרפה שיש במינה שחיטה?

Non ! Si tu as dit cela de la bête impure, dont l'espèce ne connaît pas la chehita, [le] diras-tu de la tereifa, dont l'espèce connaît la chehita ?

📜 Rachi (1)
שיש במינה שחיטה הלכך לא נפקא מכלל בקר וצאן אבל בן שמונה חי שנולד מבהמה חיה אין לנו במה לטהר אפי' נשחט לפי שאינו בכלל בקר וצאן:
Dont l'espèce connaît la chehita — c'est pourquoi elle ne sort pas de l'ensemble du 'gros et petit bétail'. Mais un [foetus de] huit [mois] vivant, né d'une bête vivante (apte) — nous n'avons rien par quoi le purifier, même [s']il a été abattu, parce qu'il n'est pas inclus dans l'ensemble 'gros et petit bétail'.
💡 Explication

La michna reformule la distinction [seconde distinction] : non ! La bête impure se distingue en ce que son espèce ne connaît pas de chehita (la Torah n'énonce la chehita qu'à propos des espèces cashères). La tereifa, elle, appartient à une espèce où la chehita existe [il y a des bêtes cashères non tereifa] — aussi, même née tereifa, elle reste incluse dans 'le bétail' apte à la chehita, et sa chehita la purifie.

7
בן שמנה חי, אין שחיטתו מטהרתו, לפי שאין במינו שחיטה.

[Donc] un [foetus de] huit [mois] vivant — sa chehita ne le purifie pas, parce que son espèce ne connaît pas la chehita.

💡 Explication

Conclusion de la chaîne : un ben chémona (foetus de huit mois) né vivant — non viable selon la conception talmudique — n'a pas d'espèce où s'applique la chehita ; aussi sa chehita ne le purifie pas. La Torah ne rattache la chehita qu'aux bêtes nées à terme.

8
גמ׳ אמאי? טומאת בית הסתרים היא, וטומאת בית הסתרים לא מטמיא! לימא רבי מאיר לטעמיה?

GUEMARA. Pourquoi [le reste du foetus est-il impur] ?

C'est une impureté de lieu caché (tumat beit ha-setarim), et l'impureté d'un lieu caché ne rend pas impur ! Dirons-nous [que] Rabbi Meir [suit] sa ligne ?

📜 Rachi (3)
גמ' אמאי בשר העובר טמא והלא לא נגע האבר בבשר אלא ע"י חבורו אותו מגע חבור בית הסתרים הוא שאינו נראה:
GUEMARA. Pourquoi — la chair du foetus [serait-elle] impure ? mais l'organe n'a touché la chair que par leur jonction (hibour) : ce contact de jonction est un [contact de] lieu caché, qui n'est pas apparent.
וטומאת בית הסתרים קי"ל במס' נדה (דף מב:) דלא מטמיא:
Et l'impureté d'un lieu caché — il nous est établi, au traité Nidda (folio 42b), qu'elle ne rend pas impur.
לימא ר"מ לטעמיה דאית ליה טומאת בית הסתרים מטמיא:
Dirons-nous [que] Rabbi Meir [suit] sa ligne — lui qui tient que l'impureté d'un lieu caché rend impur.
💡 Explication

La Guemara revient sur l'avis de Rabbi Meir [dans la michna] : si un organe du foetus sort puis est tranché après la chehita de la mère, il est nevela (impur), et le reste du foetus devient impur à son contact. Pourquoi ce reste serait-il impur ? Le contact entre l'organe et le foetus existait déjà quand ils étaient unis : c'est un contact en lieu caché (beit ha-setarim, point non apparent) — or l'impureté d'un lieu caché ne se transmet pas ! Dira-t-on alors que Rabbi Meir suit sa propre ligne [selon laquelle, justement, le contact caché transmet] ?

9
דתנן: שלשה על שלשה שנחלק – טהור מן המדרס,

Comme nous avons appris : [un vêtement de] trois sur trois [mains] qui s'est fendu — [il est] pur du midras (de l'impureté par foulage),

📜 Rachi (3)
שלשה טפחים בגד שראוי למדרס והיה מדרס הזב שהוא אב הטומאה כדכתיב וכל אשר יגע במשכבו וגו':
Trois — mains : un vêtement apte au foulage, et [qui] était foulage du zav (medras ha-zav), lequel est père d'impureté, comme il est écrit 'et tout ce sur quoi il s'allonge etc.'.
שנחלק ואינו ראוי עוד למדרס אבל ראוי הוא לשאר טומאות דקי"ל שלש אצבעות על שלש חזי לעניים ולעשירים:
Qui s'est fendu — et [qui] n'est plus apte au foulage, mais [qui] est apte aux autres impuretés, car il nous est établi [qu'un morceau de] trois doigts sur trois est apte [à servir] aux pauvres comme aux riches.
טהור מן המדרס מלטמא אדם וכלים:
Pur du midras — de rendre impurs hommes et ustensiles.
🗂️ Tossefot (1)
טהור מן המדרס מתחלה כשנטמא מדרס צריך לומר דהיה שם פשוטי כלי עץ מפסיק בין רגלו לבגד דאי אין שם פשוטי כלי עץ לא הוה פליג ר' יוסי דהא בא לו מדרס ומגע זב ביחד אם היה יחף או מדרס ומגע מדרס אם היה נעול וכשבא בבת אחת מודה ר' יוסי כדמשמע בהקומץ רבה (מנחות דף כד:):
Pur du midras — au départ, lorsqu'il fut rendu impur par foulage, il faut dire qu'il y avait là un ustensile de bois plat (pechoutei keli ets) qui faisait séparation entre le pied [du zav] et le vêtement ; car s'il n'y avait pas là d'ustensile de bois plat, Rabbi Yossi ne divergerait pas [de Rabbi Meir], puisque le foulage (midras) et le contact du zav lui seraient venus ensemble — s'il [le zav] était nu-pied — ou [bien] le foulage et le contact du foulage [ensemble], s'il était chaussé ; et lorsque [les deux] viennent en même temps, Rabbi Yossi admet [qu'il est impur], comme [cela] ressort dans [le chapitre] Ha-kometz Rabba (Menahot 24b).
💡 Explication

Source [michna de Kelim 27:10] sur l'impureté par foulage (midras) : un zav (homme atteint d'un flux) qui s'assoit ou s'appuie sur un objet fait pour cela le rend ab ha-tumah (père d'impureté). Un vêtement de trois sur trois mains [la mesure minimale pour porter le midras], une fois fendu en morceaux plus petits, devient pur du midras : chaque morceau ne transmet plus l'impureté par foulage.

10
אבל טמא מגע מדרס, דברי רבי מאיר.

mais [il est] impur du contact du midras — [tels sont] les mots de Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
אבל טמא מגע מדרס טומאה הנוגע במדרס יש לו והוי ראשון לטומאה מפני שנגעו זה בזה בעודן מחוברין שהיו מדרס:
Mais impur du contact du midras — l'impureté de celui qui touche le midras, il l'a, et il est premier-degré d'impureté (richon le-toum'a), parce qu'ils se sont touchés l'un l'autre tant qu'ils étaient encore unis, alors qu'ils étaient [le] foulage.
💡 Explication

La michna poursuit : chaque morceau garde néanmoins l'impureté de contact avec le midras. Avant la déchirure, quand le vêtement transmettait encore le midras, chaque partie était au contact des autres ; par cette jonction, chaque morceau a reçu l'impureté de contact du midras. Une fois le vêtement fendu, les morceaux ne transmettent plus le midras, mais conservent l'impureté de contact acquise auparavant — mots de Rabbi Meir. Or ce contact entre morceaux unis est un contact en lieu caché : preuve que, pour Rabbi Meir, le contact caché transmet bien l'impureté.

11
ותניא, אמר רבי יוסי: וכי באיזה מדרס נגע זה? אלא שאם נגע בו זב, שיהא טמא מגע זב.

Et il est enseigné [dans cette même michna] : Rabbi Yossi dit : mais quel midras celui-ci a-t-il [donc] touché ? Plutôt, [il n'est impur que] si un zav l'a touché, [de sorte] qu'il soit impur du contact du zav.

📜 Rachi (2)
וכי באיזה מדרס נגע זה מאחר שנחלק שהרי מגע חבירו אינו מגע לפי שהוא בית הסתרים אלא אם י"ל שיש כלום טומאה משמרת עליו לאו משום מגע מדרס:
Mais quel midras celui-ci a-t-il [donc] touché — dès lors qu'il s'est fendu ; car le contact de son compagnon n'est pas un [vrai] contact, étant en lieu caché. Plutôt, s'il faut dire qu'une impureté quelconque se conserve sur lui, [ce] n'est pas à cause d'un contact de midras.
אלא שאם נגע בו הזב ברגלו ערום כשדרס עליו או לאחר שדרס עליו והוי עליו שני טומאות טומאת מדרס שהיא אב הטומאה וטומאת מגע שהיא ראשונה ואינה אלא לטמא אוכלין ומשקין ונחלק טהור מטומאת מדרס ואינו אב הטומאה עוד אבל טמא מגע הזב כ"ז שלא טבל ונפחת מג' אצבעות:
Plutôt, si un zav l'a touché — de son pied nu lorsqu'il l'a foulé, ou après l'avoir foulé ; et il a alors sur lui deux impuretés : l'impureté de foulage (midras), qui est père d'impureté, et l'impureté de contact, qui est de premier degré et ne sert qu'à rendre impurs aliments et boissons. Et [une fois] fendu, il est pur de l'impureté de foulage et n'est plus père d'impureté, mais il est impur du contact du zav tant qu'il ne s'est pas immergé, [même] s'il s'est réduit à moins de trois doigts.
🗂️ Tossefot (1)
אלא שאם נגע בו הזב כו' שנגע בו מקמי מדרס איירי או שיחף דרס דהוה ליה מדרס ומגע הזב בבת אחת דאי לבסוף לא אתי מגע דקיל וחייל אמדרס החמור כדמשמע בהקומץ [רבה] (שם: ושם ד"ה כי) דקתני בברייתא מודה ר' יוסי בשני סדינים המקופלים ומונחים זה על זה וישב עליהן הזב שהעליון טמא מדרס והתחתון טמא מדרס ומגע מדרס פי' שיש אויר בין הסדינין שמונחין על גבי קונדסין זה למעלה מזה וישב זב על העליון עד שהכביד העליון שנגע בתחתון וכגון שפשוטי כלי עץ מפסיק בינו ולסדינים דבעליון קדם המדרס למגע ובתחתון באים בבת אחת שהכביד על העליון עד שהגיע לתחתון נטמא מדרס מחמת הזב ומגע מדרס מן הסדין העליון ושניהם באים בבת אחת ומעיקרא דקא הוה בעי למיפשט בעיא דעשרון שחלקו ונטמא אחד מהם והניחה בביסא וחזר טבול יום ונגע בטמא מי אמרינן שבע ליה טומאה או לא ויטמא גם חלק השני ע"י צירוף כלי ופשיט ממתני' דסדין טמא מדרס שעשאו וילון טהור מן המדרס אבל טמא מגע מדרס אמר ר' יוסי וכי באיזה מדרס נגע זה אלא שאם נגע בו הזב טמא מאי לאו אפי' לבסוף אכתי לא ידע ברייתא דשני סדינין דמוכח בהדיא דלא חייל לבסוף מגע מדרס דקיל אמדרס דחמור וא"ת דבשלהי העור והרוטב (לקמן חולין דף קכח:) תניא החותך כזית בשר מאבר מן החי חישב עליו ואח"כ חתכו טמא ופריך טומאת בית הסתרים היא ומשני ר"מ היא והשתא היכי חייל אחר המחשבה טומאת אוכלין דקיל אטומאת אבר מן החי דחמיר וי"ל דטומאת אוכלין חמיר שראוי להצטרף עם פחות מכביצה אוכלין אבל קודם שיחשב עליהם לא היה ראוי להצטרף והרב ר' שמשון אומר דשבע ליה טומאה לא שייך בדבר שהטומאה באה מגופו וחייל שפיר אפי' קל על חמור וכפירושו משמע בהקומץ רבה (מנחות דף כד:) דבעי למיפשט מההוא דב' סדינים דלא אמר שבע ליה טומאה שהרי תחתון טמא מדרס ומגע מדרס פי' אע"ג דעליון אינו טמא אלא מדרס היינו משום דלא חייל מגע דקיל אמדרס דחמור בזה אחר זה אבל מתחתון בעי למיפשט כיון דבבת אחת ודאי חל אפי' קל על החמור וא"כ בשניהם שוים כי ההיא דעשרון שחלקו חלים אפי' בזה אחר זה ומשני דבבת אחת ודאי חייל אפי' קל על חמור אבל בזה אחר זה אפי' שניהם שוין לא חייל האחרון והשתא לפי סברת הפושט אמאי לא פשיט מר"מ דאמר גבי סדין שעשאו וילון דטמא מגע מדרס אלמא דחל קל עם החמור בבת אחת אלא ודאי כשהטומאה באה מגופו לא אמרי' שבע ליה טומאה וחל אפי' קל על חמור אפי' בזה אחר זה ויש לדחות דלא בעי למפשט מר' מאיר דהא ר' יוסי פליג עליה מהאי טעמא ולהכי לא פשיט אלא מר' יוסי:
Plutôt, si un zav l'a touché etc. — [le cas est celui où] il l'a touché avant le foulage, ou [bien où] il a foulé nu-pied, de sorte que le foulage et le contact du zav [sont venus] en même temps ; car s'[ils venaient] à la fin, le contact, qui est léger (kal), ne viendrait pas se poser sur le foulage, qui est grave (hamour), comme [cela] ressort dans Ha-kometz [Rabba], [où] il est enseigné dans une braita : Rabbi Yossi admet, pour deux draps pliés et posés l'un sur l'autre, sur lesquels le zav s'est assis, que le [drap] supérieur est impur de foulage et le [drap] inférieur impur de foulage et de contact du foulage — c'est-à-dire qu'il y a de l'air entre les draps, posés sur des supports (kondassin) l'un au-dessus de l'autre, et que le zav s'est assis sur le supérieur jusqu'à ce que le supérieur appuie [assez] pour toucher l'inférieur, et dans le cas où un ustensile de bois plat fait séparation entre lui [le zav] et les draps — de sorte que, dans le supérieur, le foulage a précédé le contact, tandis que dans l'inférieur ils viennent en même temps (lorsqu'il a appuyé sur le supérieur jusqu'à atteindre l'inférieur, [celui-ci] a été rendu impur de foulage à cause du zav et de contact du foulage par le drap supérieur, les deux venant en même temps). Et au départ, [le Talmud] voulait résoudre la question [posée ailleurs] : un issaron (mesure de farine consacrée) que l'on a partagé et dont l'un [des morceaux] a été rendu impur, et [qu']on a placé dans un récipient (bisa), puis qu'un teboul yom (immergé le jour même) est venu toucher l'impur — disons-nous [qu']il est 'rassasié d'impureté' (sava lei toum'a) ou non, [au point] que le second morceau aussi soit rendu impur par la jonction de l'ustensile ? Et il [le] résout de notre michna : un drap impur de foulage dont on a fait un rideau (vilon) est pur du foulage mais impur du contact du foulage. Rabbi Yossi a dit : mais quel midras celui-ci a-t-il touche ? plutôt, si un zav l'a touché, [il est] impur. N'est-ce pas [vrai] même à la fin ? Or il ne connaissait pas encore la braita des deux draps, qui prouve clairement que le contact du foulage, qui est léger, ne vient pas à la fin se poser sur le foulage, qui est grave. Et si tu objectes : à la fin de [chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 128b), il est enseigné : 'celui qui coupe une olive de chair d'un membre [arraché] du vivant (ever min ha-haï), [et] qui a formé un projet à son sujet, puis l'a coupée — [c'est] impur', et [le Talmud] objecte : 'mais [c'est] une impureté de lieu caché !' et [le] résout : '[c'est] Rabbi Meir [qui] tient [que le lieu caché transmet]' — or comment, [la], après la pensée, l'impureté d'aliment, qui est légère, viendrait-elle se poser sur l'impureté de membre arraché du vivant, qui est grave ? On peut dire que l'impureté d'aliment est grave, car [l'aliment] est apte à se joindre (le-hitstaref) avec moins d'un œuf [d'autres] aliments ; mais avant qu'on n'ait formé de projet à son sujet, il n'était pas apte à se joindre. Et le Rav Rabbi Chimchon dit [que] 'il est rassasié d'impureté' ne s'applique pas à une chose dont l'impureté provient d'elle-même (mi-goufo), et [que celle-ci] se pose bel et bien, même [le] léger sur [le] grave. Et selon son explication, [cela] ressort dans Ha-kometz Rabba (Menahot 24b), [où le Talmud] voulait résoudre, depuis ce [cas] des deux draps, qu'on ne dit pas 'il est rassasié d'impureté', puisque l'inférieur est impur de foulage et de contact du foulage — c'est-à-dire que, bien que le supérieur ne soit impur que de foulage, c'est parce que le contact léger ne se pose pas sur le foulage grave [quand ils viennent] l'un après l'autre ; mais de l'inférieur [le Talmud] voulait résoudre [que], puisqu'[ils viennent] en même temps, [le contact] se pose assurément, même [le] léger sur [le] grave, et que dès lors, dans les deux [cas] égaux — comme celui de l'issaron partagé — [l'impureté] se pose même [quand ils viennent] l'un après l'autre. Et il [le] résout : [quand ils viennent] en même temps, [cela] se pose assurément, même [le] léger sur [le] grave ; mais [quand ils viennent] l'un après l'autre, même [s'ils sont] tous deux égaux, le dernier ne se pose pas. Et maintenant, selon le raisonnement de celui qui [voulait] résoudre, pourquoi ne [le] résout-il pas de Rabbi Meir, qui dit à propos d'un drap dont on a fait un rideau qu'il est impur du contact du foulage — [signe] que [le] léger se pose avec [le] grave en même temps ? Plutôt, assurément, lorsque l'impureté provient d'elle-même (de l'objet même), on ne dit pas 'il est rassasié d'impureté', et [elle] se pose même [le] léger sur [le] grave, [et] même l'un après l'autre. Et l'on peut repousser [cela] : [le Talmud] ne [voulait] pas résoudre de Rabbi Meir, parce que Rabbi Yossi diverge de lui pour cette [même] raison, et c'est pourquoi il ne [le] résout que de Rabbi Yossi.
💡 Explication

La même michna enseigne l'avis contraire de Rabbi Yossi : quel midras ces morceaux ont-ils donc touché ? Il écarte le contact entre morceaux antérieur à la déchirure, car ce contact a le statut de jonction en lieu caché. La seule manière pour les morceaux d'être encore impurs, c'est qu'un zav les ait touchés directement [de sa peau, en plus de s'être assis dessus] : le vêtement aurait alors aussi reçu l'impureté de contact du zav, qui demeure après la déchirure. Il apparaît donc que l'avis de Rabbi Meir [ici] ne s'accorde qu'avec Rabbi Meir [de Kelim], et non avec Rabbi Yossi.

12
לאו איתמר עלה, אמר עולא: לא שנו אלא שלשה על שלשה שנחלק.

N'a-t-il pas été dit à son sujet [à propos de cette michna] ? Oulla a dit : ils n'ont enseigné [la divergence] que pour [un vêtement de] trois sur trois qui s'est fendu.

📜 Rachi (2)
לא שנו דנחלק ר' יוסי על ר' מאיר:
Ils n'ont enseigné — que Rabbi Yossi diverge de Rabbi Meir.
אלא בשלשה על שלשה שנחלק דליכא למימר בשעת פרישתן זה מזה קבלו טומאת מגע זה מזה שהרי בשעת פרישתן לא יש בזה כדי לטמא בגד ולא בזה כדי לטמא בגד שהרי אין בהם שיעור אב הטומאה:
Que pour [un vêtement de] trois sur trois qui s'est fendu — car [là], on ne peut pas dire qu'au moment de leur séparation l'un de l'autre ils auraient reçu l'impureté de contact l'un de l'autre, puisqu'au moment de leur séparation il n'y a, ni dans celui-ci ni dans celui-là, de quoi rendre [un autre] vêtement impur — car il n'y a pas en eux la mesure d'un père d'impureté.
💡 Explication

La Guemara répond [pour réconcilier la michna avec Rabbi Yossi] : à propos de cette michna de Kelim, Oulla a précisé que Rabbi Yossi ne diverge de Rabbi Meir que pour un vêtement de trois sur trois qui s'est fendu : une fois fendu, aucun morceau n'a la taille suffisante pour transmettre aux autres l'impureté par foulage [donc ici Rabbi Yossi nie l'impureté de contact].

13
אבל שלש על שלש הבאות מבגד גדול – בשעת פרישתן מאביהן, מקבלות טומאה מאביהן. הא נמי בשעת פרישתן מאבר, מקבל טומאה מאבר.

Mais [pour] des [morceaux de] trois sur trois [doigts] qui viennent d'un grand vêtement, au moment de leur séparation d'avec leur 'père' (le grand vêtement), ils reçoivent l'impureté de leur 'père'. Celui-ci aussi [le foetus] — au moment de la séparation d'avec l'organe, il reçoit l'impureté de l'organe.

📜 Rachi (1)
אבל ג' אצבעות הבאין מבגד גדול שהיה טמא מדרס וחתכו ממנו שלש אצבעות טהרה החתיכה הקטנה מן המדרס שאין בה כשיעור וטמאה מגע מדרס אפי' לר' יוסי דאמר אין מגע החבור מגע דהא בית הסתרים היא הכא מודה משום דבשעת פרישתו מאביו אי אפשר לצמצם שלא יגע מעט מעט ובשעת פרישה אינו בית הסתרים ומקבל טומאה מאביו שיש בו שיעור אב הטומאה. והכא גבי מתני' נמי אפי' ר' יוסי מודה דמגעו מגע משום שעת פרישה כשחותך האבר מן העובר:
Mais [pour] des [morceaux de] trois doigts qui viennent d'un grand vêtement — qui était impur de foulage, et dont on a coupé trois doigts : le petit morceau est pur du foulage, car il n'a pas la mesure [requise], mais [il est] impur du contact du foulage, [et cela] même selon Rabbi Yossi qui dit que le contact de la jonction n'est pas un [vrai] contact, [le contact entre parties unies] étant [en] lieu caché. Ici [Rabbi Yossi] admet, parce qu'au moment de sa séparation d'avec son 'père' il est impossible de mesurer [si finement] qu'il ne le touche un tout petit peu, et qu'au moment de la séparation [ce] n'est pas un lieu caché, [de sorte qu']il reçoit l'impureté de son 'père', qui a en lui la mesure d'un père d'impureté. Et ici aussi, à propos de notre michna, même Rabbi Yossi admet que son contact est un [vrai] contact, à cause du moment de la séparation, lorsqu'il coupe l'organe d'avec le foetus.
🗂️ Tossefot (2)
אבל שלש על שלש הבאות מבגד גדול בשעת פרישתן מאביהן מקבלות טומאה מאביהן דקודם שנחלק לגמרי נוגעות חתיכות זו לזו וה"ה דבשלשה על שלשה משכחת לה דמודה ר' יוסי כגון שלא הפסיק פשוטי כלי עץ בין רגלו לבגד דאתי מדרס ומגע בבת אחת ואפי' אם הפסיק נמי אם היה נכפל בשעה שדרס עליו ששני ראשיהן נוגעים זה בזה בגלוי דאין זה בית הסתרים ובבת אחת קאתו אלא ניחא ליה לאשכוחי טומאת מגע אפי' בבגד שיהיה עומד כל שעה מתוח והיה שם פשוטי כלי עץ המפסיק דומיא דרישא:
Mais [pour] des [morceaux de] trois sur trois qui viennent d'un grand vêtement, au moment de leur séparation d'avec leur 'père' ils reçoivent l'impureté de leur 'père' — car, avant de se fendre complètement, les morceaux se touchent l'un l'autre ; et il en va de même [qu']on peut trouver, pour [le vêtement de] trois sur trois, [un cas] où Rabbi Yossi admet [l'impureté] — par exemple lorsqu'un ustensile de bois plat ne faisait pas séparation entre le pied [du zav] et le vêtement, [de sorte] que le foulage et le contact viennent en même temps ; et même s'il y avait séparation, [cela vaut aussi] si [le vêtement] était replié au moment où [le zav] l'a foulé, [de sorte] que ses deux extrémités se touchent l'une l'autre à découvert (be-galouy), car [alors] ce n'est pas un lieu caché et [les deux] viennent en même temps. Mais [le Talmud] préfère trouver une impureté de contact même dans un vêtement qui demeurerait tout le temps tendu et où il y aurait un ustensile de bois plat faisant séparation, à l'image du début [de la michna].
בשעת פרישתן מקבלין טומאה מאביהן וא"ת ולקמן בהעור והרוטב (חולין דף קכח:) גבי החותך בשר מן החי דטמא ומוקי לה כר"מ דאמר טומאה דבית הסתרים מטמא לוקמה אפי' כר' יוסי דבשעת פרישתו מקבל טומאה מהאבר ודוחק לומר דמיירי כגון דבמשהו ראשון שנחתך לא היה באבר כדי לעלות ארוכה וי"ל דבעי לאוקמי אף בניתז בכל כחו דלא מקבל טומאה מאביהן בשעת פרישה מאביהן וכי האי גוונא משני בפ' אמרו לו (כריתות דף טו:) ומיהו בפ' כיצד צולין (פסחים דף פה. ושם ד"ה ולרבינא) גבי אבר שיצא מקצתו דחותך עד שמגיע לעצם וקולף עד שמגיע לפרק וחותך ודייק מינה דלא גזור טומאה על היוצא דא"כ היה מטמא מה שבפנים ומשני דטומאת בית הסתרים היא ומה בכך הא בשעת פרישתה מקבלת טומאה ולא מיתוקמא בניתז בכל כחו שהרי צריך לקלוף הבשר שבחוץ מעל העצם עד לפרק וי"ל דמיירי כגון שחותך בסכין רחבה שמפסקת הסכין בין מה שבחוץ למה שבפנים ואין נוגע זה בזה בשעת חתיכה וכן ההיא דהעור והרוטב (לקמן חולין דף קכח:) בעי לאוקומי אפי' בסכין רחבה ואם תאמר אמאי לא מקשה הכא לעולא כמו שמקשה לשמואל בכריתות (דף טו:) דאמר אהא דתנן בפ"ק דמס' מכשירין (משנה ה) המוסק את הכרישין מים שבתוכן אינן בכי יותן והיוצא מהן הרי הן בכי יותן אמר שמואל וכרישין עצמן הוכשרו מ"ט בשעת פרישתן מהן הכשירום ופריך עלה ממתני' דהתם דקתני ערב פסח הולך אצל רופא וחותך אבר המדולדל בו עד שיניח כשערה ותוחבו בסירא ונמשך ממנו והלה עושה פסחו והרופא עושה פסחו ואי בשעת פרישתן הוכשרו הכא נמי בשעת פרישתן מן האבר ליטמא לאדם ומשני בנתזין בכל כחו והשתא טפי הוה ליה לאקשויי הכא לעולא מטומאה אטומאה ממה דפריך התם מטומאה אהכשר ויש לומר דאעולא דהכא לא מצי למיפרך מהתם דלא דמי דהכא אפילו נתזין בכל כחו מקבלות טומאה בשעת פרישתן עד שלא הובדל לגמרי נוגע קצת באביו אבל התם גבי אבר מן החי כל זמן שלא הובדל לגמרי לא מטמא ואין לחוש אנגיעה קודם שהובדל לגמרי אבל לשמואל פריך שפיר דמיירי במים שנפלו על הכרישין שלא לרצון ולכך מוסק ומים הנבדלים ממנה לגמרי הם לרצון וכי הדרי ונגעי בכרישין מכשירין אע"ג דלא ניחא ליה כדתנן (מכשירין פ"א מ"א) כל משקה שאין תחילתו לרצון וסופו לרצון הרי הוא בכי יותן ודמיא לההוא דרופא לגמרי וא"ת דאמרינן בהעור והרוטב (לקמן חולין דף קכג.) טלית שהתחיל לקורעה כיון שנקרע רובה שוב אינו חבור וטהורה משמע טהורה לגמרי וכן משמע בפ' דם חטאת (זבחים דף צד:) דמייתי לה אבגד שיצא חוץ לקלעים ונטמא קורעו ומכניסו ומכבסו במקום קדוש ואם נשאר עליו שום טומאה היאך מכניסו והא אכתי טמא הוא והשתא אמאי אינה טמאה מגע מדרס כי הכא ובקונטרס תירץ שם דהיכא דאיכא עליו שתי טומאות מדרס ומגע הזב אהני חלוקה למדרס דתו לא חזיא ליה ואפילו הוא יותר משלשה על שלשה אפילו הכי טהורה מן המדרס כיון דלא חזיא למלאכה ראשונה להתעטף פשה ביה טומאת מגע דחזיא לג' אצבעות אבל התם איירי כשאין עליה מדרס אלא טומאת מגע בלבד וקריעה אהני לבטולי ותו לא פשה עליה מידי ואין נראה שום סברא לחלק דמ"מ כיון דיש בה שלש על שלש שהוא שיעור טומאה לא פקע מיניה טומאת מגע ומה שהביא שם בקונטרס ראיה דאע"ג דאית בו שיעור טומאה מ"מ בטלה ע"י קריעה דומיא דכלי חרס דשבירתו מטהרתו ושבריו מקבלין טומאה כדאמר באלו טרפות (לעיל חולין דף נד:) הן וקרקרותיהן ואין זו שום ראיה דהתם איירי כשייחד השברים אח"כ אבל בלא יחוד לא כמו שמפרש שם ויש מפרשים דטלית שם כלי עליה וכשנקרעה כיון דאזל שם כלי מינה טהורה לגמרי אבל הכא איירי בחתיכת בגד ולא טהרה ממגע מדרס אע"פ שטהור מן המדרס ועוד נראה לי דמיירי כשקורע בהרבה מקומות עד שלא ישאר בכל אחד רוחב שלש ולהכי קאמר דטהורה לגמרי דאע"פ שכל הקריעות מחוברות בסופן לאו חיבור הוא כיון דכל קרע וקרע נקרע עד רוב הטלית והוי כאילו נגמר כל קרע וקרע עד סופו וכגון שלא שייר בטלית באותו מיעוט שלא נקרע כדי מעפורת פי' סודר כדאמרינן התם דאי נשאר כדי מעפורת הויא טמא מדרבנן כדאמר בפרק דם חטאת (זבחים דף צד:):
Au moment de leur séparation ils reçoivent l'impureté de leur 'père' — et si tu objectes : plus loin, dans Ha-or ve-ha-rotev (Houlin 128b), à propos de 'celui qui coupe de la chair du vivant', [qui est déclaré] impur, et [que le Talmud] établit selon Rabbi Meir qui dit que l'impureté de lieu caché rend impur — qu'il l'établisse même selon Rabbi Yossi, [puisque] au moment de sa séparation [la chair] reçoit l'impureté de l'organe ! Et il est forcé de dire [qu'on parle] par exemple d'un cas où, dans la première parcelle infime coupée, il n'y avait pas dans l'organe de quoi [le faire] cicatriser (la'alot aroukha) ; [aussi] peut-on dire [que le Talmud] voulait [l']établir même [dans le cas] où [la chair] a été projetée de toute [sa] force, [de sorte] qu'elle ne reçoit pas l'impureté de son 'père' au moment de sa séparation d'avec son 'père'. Et de cette manière [le Talmud] répond dans [le chapitre] Amrou Lo (Keritot 15b). Toutefois, dans [le chapitre] Keitsad Tsolin (Pessahim 85a), à propos d'un membre qui est sorti en partie [hors de l'enceinte], [où l'on enseigne] qu'il coupe jusqu'à parvenir à l'os, et il pèle jusqu'à parvenir à l'articulation, et il coupe — et l'on en déduit qu'on n'a pas décrété l'impureté sur la [partie] sortie, car si [c'était le cas] elle rendrait impur ce qui est à l'intérieur — et [le Talmud] répond : [c'est] une impureté de lieu caché. Et qu'importe ? voici qu'au moment de sa séparation elle reçoit l'impureté ! Et [cela] ne peut s'établir [dans le cas] où [elle] a été projetée de toute [sa] force, puisqu'il faut peler la chair du dehors de dessus l'os jusqu'à l'articulation. On peut dire [qu']on parle par exemple [du cas] où il coupe avec un couteau large, [de sorte] que le couteau fait séparation entre ce qui est au-dehors et ce qui est au-dedans, et que l'un ne touche pas l'autre au moment de la coupe ; et de même, ce [passage] de Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 128b) [le Talmud] veut l'établir même avec un couteau large. Et si tu objectes : pourquoi [le Talmud] n'objecte-t-il pas ici à Oulla comme il objecte à Chmouel dans Keritot (15b) ? [Car Chmouel] dit, à propos de ce que nous avons appris au premier chapitre du traité Makhchirin (michna 5) : 'celui qui cueille les poireaux, l'eau qui est dedans n'est pas [susceptible de rendre apte] par 'ki youtan', mais ce qui en sort, voici qu'il [l']est', Chmouel dit : 'et les poireaux eux-mêmes ont été rendus aptes (houkhcheirou) ; pourquoi ? au moment de leur séparation [l'eau] les a rendus aptes' — et [le Talmud] lui objecte de la michna [de] là-bas, [où] il est enseigné : 'la veille de Pessa'h, [un homme] va chez le médecin, qui coupe le membre ballant (ever ha-medouldal) sur lui jusqu'à [n'en] laisser [tenir que] comme un cheveu, [puis] le pique sur une épine (sira), [l'homme] s'en dégage, celui-ci fait son [offrande de] Pessa'h et le médecin [aussi] fait son Pessa'h' ; or si, au moment de leur séparation, [les poireaux] ont été rendus aptes, ici aussi, au moment de sa séparation d'avec le membre, [l'homme] devrait être rendu impur ! Et [le Talmud] répond : [dans le cas] où [le membre] est projeté de toute [sa] force. Et maintenant, il aurait [encore] mieux valu objecter ici à Oulla, [en passant] d'une impureté à une impureté, qu'objecter là, [en passant] d'une impureté à une aptitude (hekhcher) ! On peut dire qu'à Oulla d'ici, [le Talmud] ne pouvait pas objecter de là-bas, car [les cas] ne se ressemblent pas : ici, même [si les morceaux] sont projetés de toute [leur] force, ils reçoivent l'impureté au moment de leur séparation — tant qu'[un morceau] n'a pas été complètement séparé, il touche un peu son 'père' ; mais là, à propos du membre arraché du vivant, tant qu'il n'a pas été complètement séparé il ne rend pas impur, et il n'y a pas à s'inquiéter d'un contact avant la séparation complète. Mais à Chmouel [le Talmud] objecte à bon droit, [puisqu']on parle d'une eau tombée sur les poireaux non à [son] gré, [aussi] là cueille-t-il ; et l'eau qui s'en sépare complètement [l'est] à [son] gré, et lorsque [ces gouttes] reviennent toucher les poireaux, [elles] les rendent aptes, bien que [cela] ne lui plaise pas — comme nous avons appris (Makhchirin 1:1) : 'toute eau dont le début n'est pas à [son] gré et la fin est à [son] gré, voici qu'elle est [apte] par ki youtan' — et [ce cas] ressemble tout à fait à celui du médecin. Et si tu objectes : nous disons dans Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 123a) : 'un manteau (talit) que l'on a commencé à déchirer, dès lors que sa plus grande part est déchirée n'est plus une jonction et [il est] pur' — [ce qui] implique [qu'il est] pur complètement ; et de même [cela] ressort dans [le chapitre] Dam Hatat (Zevahim 94b), [où le Talmud] l'apporte à propos d'un vêtement qui est sorti hors des tentures [du parvis] et a été rendu impur : 'il le déchire, le fait rentrer, et le lave (mekhabsso) en lieu saint' ; or s'il restait sur lui quelque impureté, comment le ferait-il rentrer, puisqu'il est encore impur ? Et maintenant, pourquoi [ce manteau] ne serait-il pas impur du contact du foulage, comme ici ? Et dans le commentaire (Rachi), il [le] résout la-bas [en disant que], lorsqu'il y a sur lui deux impuretés, foulage et contact du zav, la division (la déchirure) est efficace pour le foulage, [de sorte] qu'il n'[y] est plus apte ; et même [s'il fait] plus de trois sur trois, malgré cela il est pur du foulage, dès lors qu'il n'est plus apte au travail premier [pour lequel] on s'enveloppe[ait] [de lui], [et] l'impureté de contact s'est étendue en lui, [puisqu'il] est apte [à la mesure de] trois doigts ; mais là-bas on parle [du cas] où il n'y a pas sur lui de foulage, mais seulement une impureté de contact, et la déchirure est efficace pour [l']annuler, et plus rien ne s'étend sur lui. Mais [cela] ne paraît [pas convaincant] : aucun raisonnement ne [permet] de distinguer, car de toute façon, dès lors qu'il y a en lui [un morceau de] trois sur trois, qui est la mesure d'impureté, l'impureté de contact ne se retire pas de lui. Et ce que le commentaire (Rachi) a apporté là comme preuve — que, bien qu'il y ait en lui la mesure d'impureté, [celle-ci] est néanmoins annulée par la déchirure, à l'image d'un ustensile de terre cuite (keli hères) dont le brisement le purifie, et dont les tessons reçoivent [à nouveau] l'impureté, comme il est dit dans Elou Tereifot (plus haut, Houlin 54b) 'eux et leurs fonds' — ce n'est aucunement une preuve, car là-bas on parle [du cas] où l'on a [re]désigné les tessons [à un usage] ensuite ; mais sans [nouvelle] désignation, non, comme [Rachi] l'explique là-bas. Et certains expliquent [que], pour un manteau, [le] nom d'ustensile (chem keli) est sur lui, et lorsqu'il a été déchiré, dès lors que le nom d'ustensile s'en est allé, il est pur complètement ; mais ici on parle d'un morceau de vêtement, [et] il n'est pas pur du contact du foulage, bien qu'il soit pur du foulage. Et il me paraît encore [qu']on parle [du cas] où il [le] déchire en plusieurs endroits, jusqu'à ce qu'il ne reste dans chaque [morceau] une largeur de trois ; et c'est pourquoi il dit [qu'il est] pur complètement, car, bien que toutes les déchirures soient reliées à leur extrémité, ce n'est pas une jonction, dès lors que chaque déchirure a été déchirée jusqu'à la plus grande part du manteau, et [que c'est] comme si chaque déchirure avait été achevée jusqu'à son bout ; et [cela] dans le cas où il n'a pas laissé au manteau, dans cette petite part non déchirée, de quoi [faire] une coiffe (maaforet) — c'est-à-dire un foulard (soudar) — comme nous disons là-bas [que], s'il est resté de quoi [faire] une coiffe, [le manteau] est impur de par les Sages (mi-derabbanan), comme il est dit dans le chapitre Dam Hatat (Zevahim 94b).
💡 Explication

Distinction d'Oulla : si les morceaux de trois sur trois proviennent d'un grand vêtement [qui, lui, avait la taille d'un père d'impureté], alors au moment même de leur séparation — avant détachement complet — ils reçoivent l'impureté de leur 'père' [le grand vêtement], et cela même si le contact final est en lieu caché, car la séparation expose le point de contact. De même ici : le reste du foetus reçoit l'impureté au moment de sa séparation d'avec l'organe coupé. Ainsi la michna s'accorde aussi avec Rabbi Yossi.

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רבינא אמר: בגד – לאו לחתיכה קאי, עובר – לחתיכה קאי, וכל העומד לחתוך

Ravina a dit : un vêtement n'est pas [destiné] à la coupe ; un foetus est [destiné] à la coupe ; et tout ce qui est appelé à être coupé...

💡 Explication

Autre réconciliation, par Ravina : un vêtement n'est pas destiné à être coupé [mieux vaut le garder entier] — aussi la jonction entre ses parties est-elle un lieu caché qui ne transmet pas. Mais le foetus qui sort un organe : cet organe est appelé à être coupé [interdit à la consommation alors que le reste est permis], et le principe est que tout ce qui est destiné à être coupé [est considéré comme déjà coupé — la suite du raisonnement se poursuit au daf 73a].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).