Chullin 73a — l'abattage de la mère purifie-t-il le membre sorti du foetus, et la mahloket sur le membre pendant

Chullin 73a

Sougya : Suite de la michna sur le foetus qui a sorti un membre avant l'abattage de sa mère : ce membre est interdit à manger, mais quelle impureté porte-t-il ? La Guemara achève d'abord l'explication de Ravina (le contact entre le membre et le foetus est 'comme coupé', les denrées liées étant 'comme séparées'), en la rattachant à Rabbi Meir puis aux Sages.

Vient ensuite le cœur du daf : pour Rabbi Meir, l'abattage de la mère ne purifie pas le membre du foetus (qui n'est pas son corps) ; pour les Sages, il le purifie, par analogie avec la tereifa (abattue, elle est pure de l'impureté de charogne sans être permise à manger). La braita reconstruit l'échange (Rava : 'chissoura mehassera', le texte est lacunaire), avec l'argument des Sages : l'abattage protège le non-corps plus que le corps.

Enfin Reich Lakich étend la mahloket au membre pendant de la bête elle-même, tandis que Rabbi Yo'hanan la restreint au foetus, l'abattage 'faisant tomber' (nipoul) le membre pendant de l'avis de tous ; Rabbi Yossi b. Rabbi Hanina dégage le motif : le membre du foetus a un remède par le retour, le membre pendant n'en a pas.

L'abattage de la mère purifie-t-il le membre sorti du foetus ? membre du foetus sorti avant l'abattage : interdit à manger, mais quelle impureté ? Rabbi Meir l'abattage NE purifie PAS le membre [du foetus] il rend impur comme charogne (ce n'est pas le corps de la mère) Les Sages l'abattage purifie le membre de l'impureté de charogne (comme la tereifa : abattue, elle est pure mais interdite) L'argument des Sages : l'abattage protège le non-corps plus que le corps on coupe du foetus dans le ventre puis on abat -> permis à manger ; on coupe de la rate ou des reins puis on abat -> interdit à manger.
Le coeur de la mahloket (segments 5-13) : Rabbi Meir vs les Sages sur l'effet purificateur de l'abattage, et l'argument du 'non-corps protège plus que le corps'.
Jusqu'où porte la mahloket ? Reich Lakich contre Rabbi Yo'hanan Reich Lakich comme la mahloket sur les foetus, ainsi la mahloket sur les membres (Meir vs Sages dans les deux cas) Rabbi Yo'hanan mahloket seulement sur le foetus ; sur le membre pendant : tous d'accord l'abattage 'fait tomber' (nipoul) Le motif de Rabbi Yo'hanan (Rabbi Yossi b. Hanina), selon les Sages membre du foetus : a un remède par le retour (on peut le remettre dans le ventre) -> purifie membre pendant de la bête : pas de remède par le retour (on ne le rattache pas) -> impur
L'extension de la mahloket (segments 14-16) : Reich Lakich l'étend au membre pendant, Rabbi Yohanan la restreint au foetus, avec le motif du 'remède par le retour'.
1
כחתוך דמי.

[Le foetus] est [tenu pour] comme coupé. [Dès lors le membre sorti et le corps du foetus sont considérés comme deux objets distincts qui se touchent, et l'impureté passe de l'un à l'autre.]

📜 Rachi (1)
כחתוך דמי והרי נוגעין זה בזה:
[Le foetus] est [tenu pour] comme coupé — or les voici se touchant l'un l'autre.
💡 Explication

Fin de l'explication de Ravina (commencée en 72b) sur le foetus dont un membre est sorti avant l'abattage. Le point de contact entre le membre [sorti, devenu charogne] et le corps du foetus est tenu pour comme coupé (ke-hatoukh) : ce n'est donc pas un contact en lieu caché (mga setarim, qui n'aurait pas transmis l'impureté), mais le contact de deux objets distincts qui se touchent — d'où la transmission de l'impureté.

2
כמאן? כרבי מאיר, דתנן: כל ידות הכלים שהן ארוכות ועתיד לקצצן – מטביל עד מקום מדה, דברי רבי מאיר.

Selon qui [cette règle] ? Selon Rabbi Meir, car nous avons appris (Mikvaot 10:5) : toutes les poignées des ustensiles (yedot ha-kelim) qui sont longues et [que l'on] est destiné à couper (atid leketzetzan), on [les] immerge [seulement] jusqu'à l'endroit de la mesure [utile] — [telles sont] les paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
עד מקום מדה שהוא עתיד לקיים ומה שעתיד לקוץ אין צריך טבילה דכקצוץ דמי:
Jusqu'à l'endroit de la mesure — [la longueur] qu'il est destiné à conserver ; et ce qu'il est destiné à couper ne requiert pas d'immersion, car [c'est] comme coupé (ke-katzouts dami).
🗂️ Tossefot (1)
מטביל עד מקום מדה ואם תאמר ואידך ליהוי חציצה דהוי מיעוטו המקפיד דמיעוטו המקפיד חוצץ בכלים כמו באדם כדמשמע במסכת מקואות (פ"ט מ"ז) ויש לומר דאיירי בידות הכלים העשויין כעין חוליות כאותן שלשלאות של ברזל העשויין בטבעות והא דקתני נמי סיפא במסכת מקואות (פ"י מ"ה) שלשלת דלי גדול ארבעה טפחים ושל קטן עשרה טפחים ומטביל עד מקום מדה ר' טרפון אומר עד שיטבול כל הטבעת מכלל דת"ק לא בעי כל הטבעת מיירי נמי כגון דאותה טבעת עצמה עשויה כחוליות מטבעות קטנות וליכא חציצה:
On [l']immerge jusqu'à l'endroit de la mesure — et si tu objectes : et l'autre [partie], qu'elle fasse interposition (hatzitsa), puisque c'est une minorité [à laquelle] on tient (miouto ha-makpid), or la minorité à laquelle on tient interpose dans les ustensiles comme [elle interpose] chez l'homme, ainsi qu'il ressort au traité Mikvaot (chap. 9, michna 7) ! On peut dire qu'il s'agit de poignées d'ustensiles faites en forme d'anneaux (haliot), comme ces chaînes de fer faites d'anneaux ; et ce qui est enseigné aussi dans la fin [du passage] au traité Mikvaot (chap. 10, michna 5) — 'la chaîne d'un grand seau, quatre tefahim, et celle d'un petit, dix tefahim, et il [l']immerge jusqu'à l'endroit de la mesure ; Rabbi Tarfon dit : jusqu'à ce qu'il immerge tout l'anneau' — d'où [il ressort] que le premier Tana ne requiert pas tout l'anneau — traite aussi du cas où cet anneau lui-même est fait d'anneaux, de petits maillons, et [où] il n'y a pas d'interposition.
💡 Explication

La Guemara rattache la règle de Ravina à Rabbi Meir : pour une poignée d'ustensile trop longue, destinée à être coupée (atid leketzetzan), l'immersion jusqu'à la longueur utile suffit à purifier l'ustensile — bien que le reste de la poignée n'ait pas été immergé. C'est donc que ce qui est destiné à être coupé est déjà tenu pour comme coupé (ke-katzouts), de la même manière que le membre sorti du foetus.

3
וחכמים אומרים: עד שיטביל את כולו.

Et les Sages disent : jusqu'à ce qu'il immerge la totalité [de l'ustensile, poignée comprise].

💡 Explication

Les Sages exigent l'immersion de la totalité de l'ustensile, poignée incluse : ils ne tiennent donc pas qu'une chose destinée à être coupée soit déjà 'comme coupée'. L'explication de Ravina ne s'accorderait ainsi qu'avec Rabbi Meir.

4
אפילו תימא רבנן, חבורי אכלין כמאן דמפרתי דמי, ונגיעי בהדדי.

[Tu peux] même dire [que c'est selon] les Sages : les liaisons des denrées (hibourei okhline) [sont tenues] comme séparées (ke-man de-mefarti dami), et elles [sont alors] en contact l'une avec l'autre.

📜 Rachi (1)
חבורי אוכלין שהן רכין אינו חשיב חבור וכמאן דמיפרתי דמו. ודאמרינן בעלמא (פסחים דף פה.) לרבינא חבורי אוכלין כמאן דמיפרתי דמו מהכא נפקא:
Les liaisons des denrées — qui sont molles, [leur liaison] ne compte pas comme un attachement, et [elles sont] comme séparées. Et ce que nous disons ailleurs (Pessahim 85a) [au nom de] Ravina, [que] les liaisons des denrées [sont] comme séparées — c'est d'ici que [cela] se déduit.
🗂️ Tossefot (1)
חבורי אוכלים כמאן דמפרתי דמו תימה דלא משני הכי בהעור והרוטב (לקמן חולין דף קכח:) גבי חישב עליו ואח"כ חתכו טמא ופריך טומאת בית הסתרים הוא ודוחק להעמידה כר' מאיר וי"ל דלא אמרינן כמאן דמפרתי דמו אלא היכא דעומד ליקצץ כמו הכא דאבר אסור והשאר מותר וכן בסוף כיצד צולין (פסחים דף פה.) גבי אבר שיצא מקצתו דמה שיצא אסור ומה שבפנים מותר אבל גבי אבר מן החי דהכל אסור ואין עומד ליחתך לא אמרינן כמאן דמיפרתי דמו:
Les liaisons des denrées [sont] comme séparées — [c'est] étonnant qu'il ne réponde pas ainsi dans [le chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 128b), à propos de [celui qui] a formé une intention sur [une denrée] puis l'a coupée, [où il est dit qu'elle est] impure, et [où] l'on objecte : c'est [pourtant] une impureté en lieu caché (toumat beit ha-setarim) ! et il est forcé de l'établir selon Rabbi Meir. On peut dire que l'on ne dit 'comme séparées' que là où [la chose] est destinée à être coupée (omed liketzets), comme ici, où le membre [est] interdit et le reste permis ; et de même à la fin de [Keitzad tzolin] (Pessahim 85a), à propos d'un membre [du sacrifice pascal] dont une partie est sortie [hors de son aire], [où] ce qui est sorti [est] interdit et ce qui [est] à l'intérieur [est] permis ; mais à propos d'un membre [pris] sur le vivant (ever min ha-haï), où le tout [est] interdit et [où rien] n'est destiné à être coupé, on ne dit pas 'comme séparées'.
💡 Explication

Réponse : l'explication de Ravina tient même selon les Sages. Leur divergence avec Rabbi Meir ne porte que sur les ustensiles ; mais pour les denrées (okhline), molles, même les Sages admettent que la liaison n'est pas un vrai attachement : c'est comme séparé (ke-man de-mefarti). Le foetus et son membre, tenus pour denrée, sont donc considérés comme deux pièces qui se touchent — d'où la transmission d'impureté.

5
בשלמא לעולא, היינו דקתני ״חתכה״, אלא לרבינא, מאי ״חתכה״? איידי דתנא רישא ״חתכה״, תנא נמי סיפא ״חתכה״.

Soit, selon Oulla, c'est [bien] ce qui est enseigné 'il [l']a coupé' ; mais selon Ravina, qu'est-ce que 'il [l']a coupé' [vient enseigner, puisque le contact suffirait sans coupé] ? — Du fait que [la michna] a enseigné dans la première clause (recha) 'il [l']a coupé', elle a enseigné aussi dans la clause finale (seifa) 'il [l']a coupé'.

📜 Rachi (4)
בשלמא לעולא דאמר טעמא משום פרישה הוא:
Soit, selon Oulla — qui a dit [que] le motif [est] à cause de la séparation (pericha).
היינו דקתני מתני' חתכו דאי לא חתכו אין טמא משום דמגע סתרים הוא:
C'est [bien] ce qui est enseigné — [dans] la michna, 'il [l']a coupé' ; car s'il ne [l']avait pas coupé, [le foetus] ne serait pas impur, puisque c'est un contact en lieu caché (mga setarim).
איידי דתנא רישא חתכו ואחר כך שחט את אמו הבשר טהור דדוקא חתכו קודם שחיטה דמשעה שנשחטה ונראית לטומאת אוכלין לא נגע הא לא חתכו טמא:
Du fait que [la michna] a enseigné dans la première clause 'il [l']a coupé' — et après [cela] il a abattu sa mère, la chair [est] pure ; car [c'est] précisément [s']il [l']a coupé avant l'abattage [que la chair est pure], puisque depuis l'instant où [la mère] a été abattue et [où le membre] est devenu apte à l'impureté des denrées, [le membre coupé] ne [l']a pas touché ; mais s'il ne [l']a pas coupé, le foetus [est] impur.
תנא סיפא חתכו ובלא חתכו נמי טמא העובר:
[La michna] a enseigné dans la clause finale 'il [l']a coupé' — et sans [même] qu'il [l']ait coupé, le foetus [est] aussi impur.
💡 Explication

Difficulté sur le mot 'coupé' de la michna. Pour Oulla (qui explique l'impureté par la séparation, pericha), 'il [l']a coupé' est essentiel. Mais pour Ravina, le simple contact suffirait même sans coupé — alors pourquoi la michna dit-elle 'il [l']a coupé' ? Réponse : par simple uniformité de style — la première clause ayant dit 'il [l']a coupé', la clause finale le redit, sans que ce soit indispensable.

6
וחכמים אומרים: מגע טרפה שחוטה. טרפה שחוטה מי מטמיא? אין, כדאבוה דשמואל, דאמר אבוה דשמואל: טרפה ששחטה מטמאה במוקדשין.

Et les Sages disent : [c'est] un contact de tereifa abattue (mga tereifa chehouta). Une tereifa abattue rend-elle [donc] impur ?

Oui, conformément [à l'enseignement] du père de Chmouel, car le père de Chmouel a dit : une tereifa qu'on a abattue rend impur dans les [animaux] consacrés (mitamea be-moukdachine).

📜 Rachi (2)
מי מטמיא דקתני בה תורת מגע:
Rend-elle impur — puisqu'[on] enseigne à son sujet une règle de contact (torat mga).
מטמאה במוקדשין מדרבנן:
Rend impur dans les consacrés — [d'ordre] rabbinique.
💡 Explication

La michna rapporte l'avis des Sages : le foetus contracte l'impureté par contact d'une tereifa abattue. Objection : une tereifa abattue transmet-elle l'impureté ? Réponse : oui, selon le père de Chmouel — une tereifa abattue rend impur dans le domaine des consacrés (elle les disqualifie si elle les touche), [décret] rabbinique.

7
מה מצינו בטרפה ששחיטתה מטהרתה, אף שחיטת בהמה תטהר את העובר.

[Argument des Sages :] de même que nous trouvons pour la tereifa que son abattage la purifie [de l'impureté de charogne, sans la permettre à manger], de même l'abattage de la bête [mère] purifiera le foetus [c.-à-d. le membre sorti, bien qu'il reste interdit à manger].

💡 Explication

Le raisonnement des Sages, par analogie : la tereifa abattue est purifiée de l'impureté de charogne (selon la Torah) bien qu'elle reste interdite à la consommation. De même, l'abattage de la mère doit purifier le membre sorti du foetus, même s'il demeure interdit à manger.

8
תניא, אמר להן רבי מאיר: וכי מי טיהרו לאבר זה מידי נבלה? שחיטת אמו! אם כן, תתירנו באכילה!

Il est enseigné (tania) : Rabbi Meir leur dit : et qu'est-ce donc qui a purifié ce membre de [l'impureté de] charogne ? L'abattage de sa mère !

[Mais] s'il en est ainsi, qu'il [le] permette [aussi] à la consommation !

💡 Explication

Réponse de Rabbi Meir (version de la braita) : qu'est-ce qui purifierait ce membre de l'impureté de charogne (nevela) ? Vous direz : l'abattage de la mère. Mais alors, ce même abattage devrait aussi le rendre permis à la consommation [or il reste interdit] — preuve que l'abattage n'agit pas sur ce membre.

9
אמרו לו: הרבה מצלת על שאינו גופה יותר מגופה, שהרי שנינו: חותך מן העובר שבמעיה – מותר באכילה, מן הטחול ומן הכליות – אסור באכילה.

Ils lui dirent : [l'abattage] protège bien plus ce qui n'est pas son corps que ce qui est son corps ! Car nous avons appris (Houlin 68a) : [si] l'on coupe du foetus qui est dans son ventre [puis l'on abat la mère] — [le morceau est] permis à la consommation ; [si l'on coupe] de la rate ou des reins — [c'est] interdit à la consommation.

📜 Rachi (1)
אמרו לו הרבה מצלת כו' לקמיה מפרש מאי קא מהדרי ליה:
Ils lui dirent : [l'abattage] protège bien plus etc. — plus loin [la Guemara] explique ce qu'ils lui répondent.
💡 Explication

Répartie des Sages : l'abattage protège le non-corps plus que le corps ! Preuve (michna 68a) : un morceau coupé du foetus dans le ventre, puis la mère abattue, est permis à manger ; mais un morceau coupé de la rate ou des reins de la bête [son propre corps], laissé à l'intérieur, est interdit. Donc l'abattage peut bien purifier le membre du foetus, qui n'est pas le corps de la mère.

10
מאי קאמר? אמר רבא, ואמרי לה כדי: חסורי מחסרא והכי קתני, אמר להן רבי מאיר: וכי מי טהרו לאבר זה מידי נבלה? שחיטת אמו, אם כן תתירנו באכילה! אמרו לו: טרפה תוכיח, ששחיטתה מטהרתה מידי נבלה ואינה מתירתה באכילה.

Que dit-il [donc, l'échange étant obscur] ? Rava a dit — et certains [l']énoncent sans attribution (kedi) : le texte est lacunaire (hassourei mehassera) et voici ce qu'il enseigne : Rabbi Meir leur dit : et qu'est-ce qui a purifié ce membre de [l'impureté de] charogne ?

L'abattage de sa mère ! S'il en est ainsi, qu'il [le] permette [aussi] à la consommation !

Ils lui dirent : la tereifa [le] prouvera (tereifa tokhiah), car son abattage la purifie de [l'impureté de] charogne et ne la permet pas à la consommation.

💡 Explication

Reconstruction du dialogue par Rava (ou anonyme, kedi) : le texte de la braita est lacunaire (hassourei mehassera) et doit se lire ainsi. Rabbi Meir : l'abattage de la mère purifie ? alors qu'il permette aussi à manger ! Les Sages répliquent : la tereifa le prouve (tereifa tokhiah) — son abattage la purifie de la charogne sans la permettre à manger. De même ici : l'abattage purifie le membre sans le permettre.

11
אמר להן: לא, אם טיהרה שחיטת טרפה אותה, דבר שהיא גופה, תטהר את האבר דבר שאינו גופה? אמרו לו: הרבה מצלת על שאינו גופה יותר מגופה, שהרי שנינו: חותך מן העובר שבמעיה – מותר באכילה, מן הטחול ומן הכליות – אסור באכילה.

Il leur dit : non ! si l'abattage de la tereifa l'a purifiée, [elle,] chose qui est son [propre] corps, purifiera-t-il [pour autant] le membre, chose qui n'est pas son corps ? Ils lui dirent : [l'abattage] protège bien plus ce qui n'est pas son corps que ce qui est son corps !

Car nous avons appris : [si] l'on coupe du foetus qui est dans son ventre — [c'est] permis à la consommation ; [si l'on coupe] de la rate ou des reins — [c'est] interdit à la consommation.

💡 Explication

Rabbi Meir réfute : la tereifa purifiée est son propre corps ; rien ne prouve que l'abattage purifie le membre du foetus, qui n'est pas son corps. Les Sages répondent de nouveau par l'argument du non-corps protège plus que le corps (le morceau du foetus permis, contre le morceau de rate ou de reins interdit).

12
תניא נמי הכי: אמר להן רבי מאיר: וכי מי טיהרו לאבר זה מידי נבלה? אמרו לו: שחיטת אמו. אם כן, תתירנו באכילה! אמרו לו: טרפה תוכיח, ששחיטתה מטהרתה מידי נבלה ואינה מתירתה באכילה.

Il est aussi enseigné ainsi (tania nami hakhi) : Rabbi Meir leur dit : et qu'est-ce qui a purifié ce membre de [l'impureté de] charogne ? Ils lui dirent : l'abattage de sa mère.

S'il en est ainsi, qu'il [le] permette [aussi] à la consommation ! Ils lui dirent : la tereifa [le] prouvera, car son abattage la purifie de [l'impureté de] charogne et ne la permet pas à la consommation.

💡 Explication

Une braita confirme explicitement la reconstruction de Rava (tania nami hakhi) : Rabbi Meir demande ce qui purifie le membre ; les Sages répondent 'l'abattage de la mère' ; Rabbi Meir objecte 'alors qu'il permette aussi à manger' ; les Sages répliquent 'la tereifa le prouve' (purifiée sans être permise).

13
אמר להן: אם טיהרה שחיטת טרפה אותה ואת האבר המדולדל בה, דבר שגופה, תטהר את העובר שאינו גופה?

Il leur dit : si l'abattage de la tereifa l'a purifiée, elle et le membre pendant en elle (ha-ever ha-medouldal ba), chose qui est son [propre] corps, purifiera-t-il [pour autant] le foetus, chose qui n'est pas son corps ?

📜 Rachi (2)
ואת האבר המדולדל בה בשום בהמה שנחתך ממנו אבר ומעורה ותלוי במקצת דאמרי' בהעור והרוטב (לקמן חולין דף קכז:) האבר המדולדל בבהמה ונשחטה מטמאה טומאת אוכלין ולא טומאת נבלות מדקתני הוכשרו בדמיה ואי נבלה מאי הכשר איכא למימר ואע"פ שאסורין באכילה כדקתני לקמן בשמעתין להביא האבר והבשר המדולדלים:
Et le membre pendant en elle — dans toute bête dont un membre a été sectionné et [qu'il] reste rattaché et pendant en partie ; car nous disons dans [le chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 127b) : le membre pendant d'une bête, lorsqu'elle a été abattue, rend impur de l'impureté des denrées (toumat okhline) et non de l'impureté des charognes (toumat nevelot) — du fait qu'[on] enseigne '[ces choses] ont été rendues aptes [à l'impureté] par son sang', or si [c'était] une charogne, quelle aptitude (hekhcher) y aurait-il ? Et [cela bien] qu'elles soient interdites à la consommation, comme [on l']enseigne plus loin dans notre passage 'pour inclure le membre et la chair pendants'.
דבר שגופה כלומר דין הוא שתטהרנו שהיא גופה:
Chose qui est son corps — c'est-à-dire : il est juste qu'il la purifie, puisque c'est son [propre] corps.
💡 Explication

Rabbi Meir affine son objection : l'abattage purifie certes la tereifa elle-même, et même un membre pendant (ever medouldal — à demi sectionné mais encore attaché) de la bête, car cela fait partie de son corps. Mais le foetus [son membre sorti] n'est pas son corps : pourquoi l'abattage le purifierait-il ?

14
אמרו לו: הרבה מצלת על שאינו גופה יותר מגופה, שהרי שנינו: חותך מן העובר שבמעיה – מותר באכילה, מן הטחול ומן הכליות – אסור באכילה.

Ils lui dirent : [l'abattage] protège bien plus ce qui n'est pas son corps que ce qui est son corps ! Car nous avons appris : [si] l'on coupe du foetus qui est dans son ventre — [c'est] permis à la consommation ; [si l'on coupe] de la rate ou des reins — [c'est] interdit à la consommation.

💡 Explication

Réponse finale des Sages, reprenant l'argument décisif : l'abattage protège le non-corps plus que le corps — le morceau du foetus (non-corps) est permis, le morceau de rate ou de reins (corps) est interdit. Donc l'abattage de la mère peut bien purifier le membre du foetus.

15
אמר רבי שמעון בן לקיש: כמחלוקת בעוברין, כך מחלוקת באיברין.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : telle [est] la mahloket pour les foetus, telle [est] la mahloket pour les membres [pendants de la bête elle-même].

📜 Rachi (2)
כמחלוקת באבר דעוברין:
Telle [est] la mahloket — pour le membre des foetus.
כך מחלוקת באבר המדולדל בבהמה דלרבי מאיר אין שחיטתו מטהרתו ולרבנן שחיטתו מטהרתו:
Telle [est] la mahloket pour le membre — pendant dans la bête : car pour Rabbi Meir son abattage ne le purifie pas, et pour les Sages son abattage le purifie.
💡 Explication

Reich Lakich étend la divergence : de même que Rabbi Meir et les Sages s'opposent sur le membre du foetus (l'abattage le purifie-t-il ?), de même ils s'opposent sur le membre pendant (ever medouldal) de la bête elle-même — pour Rabbi Meir l'abattage ne le purifie pas, pour les Sages il le purifie.

16
ורבי יוחנן אמר: מחלוקת באבר דעובר, אבל באבר דבהמה – דברי הכל שחיטה עושה ניפול.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : la mahloket [porte] sur le membre du foetus ; mais sur le membre de la bête [elle-même] — de l'avis de tous (divrei ha-kol), l'abattage fait tomber (osa nipoul).

📜 Rachi (2)
עושה ניפול בשעת שחיטה הרי הוא כנופל ממנה ואין שחיטתו מועלת לו. ומשום לישנא דקרא דילפינן לקמן מיתה עושה ניפול נקט לה:
Fait tomber — au moment de l'abattage, le voici comme tombant d'elle, et son abattage ne lui sert de rien. Et c'est à cause de la formulation du verset, dont nous déduisons plus loin que la mort 'fait tomber', qu'[il] emploie [ce terme].
ניפול גמר נפילה:
Nipoul — [signifie] achèvement de la chute (gemar nefila).
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan restreint la mahloket : elle ne porte que sur le membre du foetus. Sur le membre pendant de la bête elle-même, tous s'accordent : l'abattage le rend comme tombé (osa nipoul) avant l'abattage — il ne le sauve pas, et le membre garde l'impureté de charogne.

17
אמר רבי יוסי ברבי חנינא: מאי טעמא דרבי יוחנן אליבא דרבנן? האי אית ליה תקנתא בחזרה, והא לית ליה תקנתא בחזרה.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : quel [est] le motif de Rabbi Yo'hanan selon les Sages ? Celui-ci (le membre du foetus) a un remède par le retour (takanta be-hazara), et celui-là (le membre pendant) n'a pas de remède par le retour.

📜 Rachi (2)
אליבא דרבנן דבאבר דעובר מטהרי ובאבר המדולדל בה מטמאין:
Selon les Sages — qui, pour le membre du foetus, purifient, et pour le membre pendant en elle, rendent impur.
בחזרה כדאמר ר' יוחנן בריש פירקין (לעיל חולין דף סח:) אבר עצמו מותר באכילה אם החזיר:
Par le retour — comme l'a dit Rabbi Yo'hanan au début de notre chapitre (plus haut, Houlin 68b) : le membre lui-même [est] permis à la consommation s'il [l']a remis [dans le ventre].
💡 Explication

Rabbi Yossi b. Rabbi Hanina dégage le motif de Rabbi Yo'hanan (selon les Sages, qui purifient le membre du foetus mais non le membre pendant) : le membre du foetus a un remède par le retour (takanta be-hazara) — on peut le remettre dans le ventre, et il sera alors permis par l'abattage. Le membre pendant de la bête, lui, n'a pas de remède par le retour — on ne peut le rattacher au corps.

18
מיתיבי: אמר להם רבי מאיר: לא, אם טיהרה שחיטת טרפה אותה ואת האבר המדולדל בה – דבר שגופה, תטהר את העובר – דבר שאינו גופה?

On objecte (meitivi) : Rabbi Meir leur dit : non ! si l'abattage de la tereifa l'a purifiée, elle et le membre pendant en elle — chose qui est son [propre] corps, purifiera-t-il [pour autant] le foetus — chose qui n'est pas son corps ?

💡 Explication

Objection contre Rabbi Yo'hanan, tirée de la braita ci-dessus (segment 12) : Rabbi Meir y met sur le même plan la tereifa et le membre pendant ('elle et le membre pendant en elle'), comme deux cas où l'abattage purifie — ce qui suppose une mahloket aussi sur le membre pendant (contre Rabbi Yo'hanan, pour qui tous s'accordent à ne pas le purifier). [La résolution se poursuit au daf suivant.]

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).