Sougya : Le daf poursuit la question du membre ร demi dรฉtachรฉ (aver medouldal) d'une bรชte : la mort hors abattage (mita) le rend 'comme dรฉjร tombรฉ' (osse nipoul), donc interdit de Torah au titre du membre d'une bรชte vivante (aver min ha-haรฏ), tandis que l'abattage (chehita) ne le rend pas tombรฉ โ il n'y a alors qu'une mitsva rabbinique de s'en abstenir (perichout). Deux versions de Rav circulent (fouette / ne fouette pas) ; Rav Yossef les concilie (mita vs chehita) devant Rav Houna.
Rava tire la rรจgle d'un verset sur les reptiles ('be-motam', ร leur mort), que Rav Adda bar Ahava conteste (les reptiles ne sont pas abattus) et que Rava รฉtend ร la bรชte par 'im eino inyan'. Suit la mahloket Rav Hisda / Rabba sur le membre du foetus (vivant ou mort) lors de l'abattage de la mรจre, le cas du foetus de huit mois nรฉ, et la rรจgle de Rav Yehuda au nom de Rav ('ki yamout min ha-behema' : la tereifa abattue ne transmet pas l'impuretรฉ).
Enfin le dilemme de Rav Hochaya โ abattre dans le ventre un foetus de neuf mois vivant โ laisse en suspens, puis la michna sur le foetus trouvรฉ dans la bรชte abattue.
Il n'y a ร leur sujet qu'une simple mitsva de s'en abstenir (perichout) [d'ordre rabbinique].
Conclusion de la sougya prรฉcรฉdente (73b) sur le membre ร demi dรฉtachรฉ (aver medouldal) lors de l'abattage de la bรชte. L'abattage ne le rend pas 'comme dรฉjร tombรฉ' : il n'y a donc pas d'interdit de la Torah de membre d'une bรชte vivante (aver min ha-haรฏ), mais seulement une mitsva rabbinique de s'en abstenir (perichout), le verset de la braita n'รฉtant qu'un appui (asmakhta).
Rav Yossef siรฉgeait devant Rav Houna ; il siรฉgeait et disait : Rav Yehouda a dit au nom de Rav : [celui qui] mange ce[-ci, le membre ร demi dรฉtachรฉ] โ est fouettรฉ (loke). Un certain [Sage] parmi les Maรฎtres lui dit : ne l'รฉcoutez pas ; ainsi a dit Rav Itshak bar Chmouel bar Marta au nom de Rav : [celui qui] mange ce[-ci] โ n'est pas fouettรฉ.
Deux traditions au nom de Rav s'opposent. Rav Yehouda rapporte : celui qui mange le membre ร demi dรฉtachรฉ est fouettรฉ (pour aver min ha-haรฏ). Mais un autre Sage rapporte, au nom de Rav Itshak bar Chmouel bar Marta : il n'est pas fouettรฉ โ car ce n'est qu'une mitsva rabbinique de s'en abstenir.
Rav Houna lui dit : sur lequel [des deux] nous appuierons-nous ? Rav Yossef dรฉtourna son visage [de colรจre] ; il lui dit : quelle [est la] difficultรฉ ?
Lorsque je [le] dis, moi โ [c'est] pour [la mort par] mort (mita), qui fait tomber (osse nipoul) ; lorsque lui [le] dit โ [c'est] pour [la mort par] abattage (chehita), qui ne fait pas tomber.
Rav Houna, perplexe, demande sur quelle version s'appuyer. Vexรฉ, Rav Yossef concilie les deux : 'fouettรฉ' vaut pour le membre pendant ร une bรชte morte autrement que par abattage (mita), car la mort le rend 'comme dรฉjร tombรฉ' ; 'pas fouettรฉ' vaut pour le membre pendant ร une bรชte abattue (chehita), qui ne le rend pas tombรฉ.
Rava a dit : d'oรน [vient] cette chose qu'ont dite les Maรฎtres, [ร savoir] : la mort fait tomber, l'abattage ne fait pas tomber ? De ce qu'il est รฉcrit : 'et tout [objet] sur lequel tombera quelque chose d'eux ร leur mort (be-motam) sera impur' (Lรฉvitique 11:32).
Pour exclure quoi [ce 'ร leur mort'] ? Si l'on dit [que c'est] pour exclure [le contact] de leur vivant โ [cela] rรฉsulte [dรฉjร ] de '[de] leur charogne (mi-nivlatam)' !
Plutรดt, apprends-en : la mort fait tomber, et l'abattage ne fait pas tomber.
Rava fonde le principe sur un verset traitant des reptiles (cheratsim) : 'tout objet sur lequel tombera quelque chose d'eux ร leur mort'. Pourquoi prรฉciser 'ร leur mort' ? Pas pour exclure le contact de leur vivant โ cela rรฉsulte dรฉjร de 'de leur charogne'. C'est donc pour enseigner que c'est la mort qui rend le membre 'tombรฉ' (et le transmet ร la bรชte), pas l'abattage.
Rav Adda bar Ahava dit ร Rava : mais ce verset est รฉcrit ร propos des reptiles [qui ne sont pas abattus] ! Il lui dit : s'il ne se rapporte pas ร la matiรจre des reptiles, qui ne sont pas susceptibles d'abattage (bnei chehita) โ rapporte-le ร la matiรจre de la bรชte [domestique], [qui l'est].
Objection de Rav Adda bar Ahava : le verset parle de reptiles, auxquels la chehita ne s'applique pas โ comment en dรฉduire une rรจgle sur l'abattage ? Rรฉponse de Rava par le procรฉdรฉ 'im eino inyan' : si le mot 'ร leur mort' est superflu pour les reptiles (qui de toute faรงon ne s'abattent pas), applique-le ร la bรชte, pour laquelle l'abattage existe.
Mais encore [ce 'ร leur mort'] lui est-il nรฉcessaire [pour enseigner] : ร l'instar de la mort โ humides (lahin), ils transmettent l'impuretรฉ ; secs (yevechin), ils ne la transmettent pas ! [Rรฉponse :] deux [fois] 'ร leur mort' sont รฉcrits.
Objection : 'ร leur mort' est encore nรฉcessaire pour un autre enseignement โ les reptiles ne transmettent l'impuretรฉ que tant qu'ils sont dans l'รฉtat de leur mort, c'est-ร -dire humides ; secs, ils ne la transmettent plus. Rรฉponse : l'expression 'ร leur mort' figure deux fois (Lรฉvitique 11:31 et 11:32), l'une pour chaque enseignement.
Rav Hisda a dit : la divergence (mahloket) [porte] sur le membre d'un foetus vivant (oubar haรฏ) ; mais sur le membre d'un foetus mort (oubar met) โ de l'avis de tous (divrei ha-kol), l'abattage fait tomber. Et Rabba a dit : comme [il y a] divergence dans ce [cas], ainsi [y a-t-il] divergence dans ce [cas].
Retour ร la michna (72a) : un foetus a sorti un membre, puis la mรจre a รฉtรฉ abattue. R. Meir tient le membre pour impur (comme charogne), les Sages pour pur. Rav Hisda : cette mahloket ne vaut que si le foetus รฉtait vivant ร l'abattage ; s'il รฉtait mort, tous conviennent que l'abattage fait tomber le membre (impur, comme membre d'une bรชte vivante). Rabba : la mahloket subsiste dans les deux cas โ vivant comme mort.
[La michna dit :] un [foetus] de huit [mois] vivant [n'est pas rendu pur par l'abattage, car il n'existe pas d'abattage dans son espรจce]. Mais n'est-il pas enseignรฉ [dans une braita] : un [foetus] de huit [mois] vivant le prouvera (yokhiah) โ car, bien qu'il existe un abattage dans son espรจce (yech be-mino chehita), son abattage ne le rend pas pur !
La michna (72b) : un foetus de huit mois nรฉ et vivant n'est pas rendu pur par l'abattage, motif : 'il n'existe pas d'abattage dans son espรจce' (un huit-mois n'est jamais viable). Objection d'une braita (sur la tereifa) : le huit-mois 'le prouvera' โ preuve que, mรชme lorsqu'un abattage existe dans l'espรจce, il peut ne pas purifier. La braita admet donc 'yech be-mino chehita' pour le huit-mois, contre la michna.
Rav Kahana a dit : il existe [pour le huit-mois] un abattage dans son espรจce [par l'intermรฉdiaire] de sa mรจre (agav imo) [pour le Tana de la braita] ; mais le Tana de notre [michna] โ l'espรจce de sa mรจre, il ne [la] tient pas pour une objection.
Rav Kahana concilie : pour le Tana de la braita, on peut dire du huit-mois qu'il existe un abattage dans son espรจce, par l'abattage de sa mรจre (agav imo) โ d'oรน son usage comme preuve. Mais le Tana de notre michna ne considรจre pas l'abattage 'via la mรจre' comme constituant un vรฉritable 'abattage dans l'espรจce' ; il dit donc, lui, qu'il n'en existe pas pour le huit-mois.
Et selon ce Tana qui objecte [par le huit-mois], la tereifa dont l'abattage la rend pure โ d'oรน [le tient-il] ? Il le tire de [l'enseignement] de Rav Yehouda au nom de Rav ; car Rav Yehouda a dit au nom de Rav โ et certains [le] disent : [c'est] dans une braita [qu']il a รฉtรฉ enseignรฉ : le verset dit 'et lorsque mourra [une bรชte] de [parmi] la bรชte (ki yamout min ha-behema)' (Lรฉvitique 11:39) โ une partie de la bรชte (miktsat behema) transmet l'impuretรฉ et une partie de la bรชte ne transmet pas l'impuretรฉ ; et laquelle [est-ce] ? c'est la tereifa qu'on a abattue.
Si le Tana de la braita admet 'yech be-mino chehita' pour le huit-mois, d'oรน tient-il que la tereifa abattue ne transmet pas l'impuretรฉ ? De Rav Yehouda au nom de Rav : 'ki yamout min ha-behema' ('lorsque mourra de la bรชte') โ le mot 'min' (une partie de) enseigne qu'une partie des bรชtes mortes transmet l'impuretรฉ de charogne et une autre non : c'est la tereifa abattue, qui meurt mais ne transmet pas l'impuretรฉ.
Rav Hochaya a demandรฉ : [si] l'on a introduit sa main dans la matrice de la bรชte (mei behema) et [qu']on a abattu un [foetus] de neuf [mois] vivant โ quoi [le statut] ? La question se pose pour Rabbi Meir, et la question se pose pour les Sages.
Nouveau dilemme de Rav Hochaya : on introduit la main dans la matrice d'une bรชte (dรฉjร abattue, ou bien on abat ainsi) et on abat le foetus de neuf mois vivant lui-mรชme โ cet abattage du foetus dans le ventre le rend-il permis ? La question vaut tant pour R. Meir que pour les Sages.
La question se pose pour Rabbi Meir : Rabbi Meir n'a dit qu'un [foetus] de bรชte fendue (ben pekoua) [de neuf mois] requiert l'abattage que lร โ [c'est-ร -dire] dans le cas oรน il est sorti ร l'air du monde ; mais dans la matrice de sa mรจre โ l'abattage ne le permet pas.
Cรดtรฉ R. Meir : il enseigne (plus loin) qu'un ben pekoua de neuf mois (foetus trouvรฉ vivant dans une bรชte abattue) requiert son propre abattage โ mais peut-รชtre seulement une fois sorti ร l'air libre ; dans le ventre, son abattage ne le permettrait pas [le doute demeure].
Ou peut-รชtre, mรชme pour les Sages, le Misรฉricordieux l'a rendu apte [par] quatre simanim.
Autre branche du doute : peut-รชtre mรชme les Sages conviennent que son abattage dans le ventre le permet โ car le Misรฉricordieux a rendu aptes quatre simanim (la trachรฉe et l'oesophage de la mรจre, et ceux du foetus) : on peut le permettre en coupant l'une ou l'autre paire de simanim. ร plus forte raison pour R. Meir, qui tient que l'abattage le concerne.
Rav Hanania a dit : viens [et] entends [une preuve] : 'voici, [une bรชte] qui est nรฉe tereifa depuis le ventre [d'oรน sait-on qu'elle ne transmet pas l'impuretรฉ par sa chair ?]' ; or, s'il en est ainsi [que l'abattage dans le ventre vaut], on lui trouve [un cas oรน] elle a eu un temps d'aptitude (cheat ha-kocher) โ car, s'il [le] voulait, il introduirait sa main et l'abattrait !
Rav Hanania veut trancher par la michna (72b) sur la bรชte nรฉe tereifa depuis le ventre, traitรฉe comme n'ayant jamais eu de temps d'aptitude (cheat ha-kocher) ร l'abattage. Or, si l'abattage dans le ventre รฉtait valide, une telle bรชte aurait bien eu un moment d'aptitude โ on aurait pu y introduire la main et l'abattre avant qu'elle ne devienne tereifa. [Preuve, donc, que l'abattage dans le ventre ne vaut pas.]
Rava lui dit : enseigne [plutรดt] : 'qui s'est formรฉe (notsra) tereifa depuis le ventre' ; et tu lui trouves [un cas tel] : [une bรชte] ร cinq pattes (baalat hamech raglaim).
Rรฉfutation de Rava : la michna ne parle pas d'une bรชte devenue tereifa dans le ventre, mais formรฉe (notsra) tereifa dรจs l'origine โ un cas tel que la bรชte a cinq pattes, dont la malformation existait depuis sa formation. Il n'y a jamais eu de temps oรน l'on aurait pu l'abattre saine ; la preuve de Rav Hanania tombe.
MICHNA. Celui qui abat la bรชte et trouve en elle un [foetus] de huit [mois], vivant ou mort, ou un [foetus] de neuf [mois] mort โ il le dรฉchire (koreo) et fait sortir son sang.
Nouvelle michna. Un foetus trouvรฉ dans la bรชte abattue est permis par l'abattage de sa mรจre (il en fait partie), dans trois cas : huit mois vivant ou mort, ou neuf mois mort. Comme son sang fait partie du sang de la mรจre [interdit], on doit le dรฉchirer et en faire sortir le sang avant de le consommer.
[S']il trouve un [foetus] de neuf [mois] vivant โ il requiert l'abattage, et l'on est passible au titre de '[une bรชte] et son fils (oto ve-et beno)' [de ne pas l'abattre le mรชme jour que sa mรจre] ; [telles sont] les paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : l'abattage de sa mรจre le rend pur (permis).
Cas litigieux : un foetus de neuf mois trouvรฉ vivant. Pour R. Meir, l'achรจvement des mois en fait une bรชte ร part entiรจre : il requiert son propre abattage, et l'on transgresse l'interdit 'oto ve-et beno' (ne pas abattre la mรจre et le petit le mรชme jour). Pour les Sages, l'accomplissement des mois et la naissance comptent ensemble : il reste inclus par le verset, et l'abattage de la mรจre le rend permis.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).