Chullin 77a — l'os cassé qui sort au-dehors (suite), et le placenta (shilya) trouvé dans la bête abattue

Chullin 77a

Sougya : Le daf achève d'abord la sougya de l'os cassé qui sort au-dehors : tant que cuir et chair couvrent la majorité de l'os, la bête reste cachere. Rav Papa objecte à Rabba que Resh Lakich tient les tendons qui finiront par durcir pour non-chair (donc l'os ne serait pas couvert) ; on répond que Rabbi Yo'hanan s'est rétracté en faveur de Resh Lakich, enseignant cette michna 'au nom d'un seul'.

Suivent des cas pratiques tranchés par Abaye puis Rava (os tombé = os en place), puis une série de doutes sur la chair couvrante : éparse (mitlaket), aplatie (meterosses), pourrie (nitmasmes), percée, détachée, fendue, tiers inférieur ôté, découpée en anneau — avec les avis d'Oula au nom de Rabbi Yo'hanan ('le cuir est comme la chair') et de Rav (entailler à l'os, non au fer). Puis vient la michna sur le placenta (shilya) : entièrement dedans, il est permis par l'abattage de la mère mais ne contracte ni impureté d'aliment ni impureté de charogne (sauf intention de le manger) ; sorti en partie, il est interdit, car c'est un signe de foetus ; le placenta d'une bête qui met bas son premier-né se jette aux chiens (profane) ou s'enterre (consacré), jamais selon les rites des Amoréens.

La guemara dérive l'inclusion du placenta de 'kol bivhema tochelou' et réduit le verset à un simple appui ; elle ouvre enfin la question de la peau d'âne bouillie.

Os cassé qui sort au-dehors : la chair couvre-t-elle la majorité ? règle de base (braita 76b) : si cuir et chair couvrent la majorité de l'os -> cachere Cas qui restent cacheres - l'os est tombé (nafal) ou en place : pareil (Rava) - mitlaket : chair éparse, mais majorité si réunie - nikrlaf : chair détachée mais entière (sans manque) - or = chair (Rabbi Yo'hanan), près du genou - nikdar en anneau : si l'os tient sa chair (Rav Papa) - soin : entailler à l'os, non au fer (qui enflamme) Cas douteux (teikou / en suspens) - meterosses : chair aplatie et très mince - nitmasmes : chair pourrie (médecin la découpe) - nikav : chair percée (petit trou, sans manque) - nisdak : chair fendue - nital chelich tahton : tiers inférieur ôté questions non tranchées : la chair protège-t-elle encore l'os ?
L'os cassé qui sort (segments 4-9) : cas où la couverture de chair reste suffisante, et cas laissés en doute.
Le placenta (shilya) trouvé dans la bête abattue Shilya entièrement dedans permise par l'abattage de la mère 'nefech hayafa' (estomac non dégoûté) la mange pas d'impureté d'aliment ni de charogne Shilya sortie en partie interdite à la consommation signe de naissance : la tête du foetus a peut-être déjà paru -> comme un né Bête qui met bas son premier-né profane : on la jette aux chiens consacré : on l'enterre jamais au carrefour ni dans un arbre (darkhei ha-emori) Source (guemara) 'kol bivhema tochelou' inclut la shilya 'otah' : elle, et non sa shilya [sortie] verset = simple appui (asmakhta)
La michna du placenta (segments 10-14) : statut selon qu'il est entièrement dedans, sorti en partie, ou expulsé par une primipare.
1
נִמְנִין עֲלֵיהֶן בְּפֶסַח, וְעוֹד, הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.

[...] on est compté pour eux à [l'agneau de] Pessa'h ; et de plus, la Torah a eu égard à l'argent d'Israël.

📜 Rachi (1)
נִמְנִין עֲלֵיהֶם דְּאַפֵּי' לֹא נִמְנָה אָדָם עִם הַחֲבוּרָה אֶלָּא לֶאֱכֹול מֵהֶן יָצָא יְדֵי אֲכִילַת פֶּסַח. אַלְמָא בָּשָׂר נִינְהוּ:
On est compté pour eux — car même [si] un homme ne s'est inscrit avec le groupe (havoura) que pour manger d'eux [ces tendons], il s'est acquitté de la consommation de [l'agneau de] Pessa'h. Cela [montre] qu'ils sont de la chair (bassar).
💡 Explication

Fin d'un raisonnement venu de 76b sur les tendons (gidin) qui finiront par durcir : Rabbi Yo'hanan les tient pour de la chair dès maintenant. Deux preuves : on peut s'inscrire au groupe de l'agneau pascal pour n'en manger que [ces tendons] — donc ils comptent comme chair ; et la Torah a eu égard à l'argent d'Israël [il faut donc pencher vers l'indulgence et ne pas déclarer la bête tereifa].

2
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרַבָּה: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, וְאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא, וְאַתְּ אָמַרְתָּ: מַאי לִיחוּשׁ לְהוּ?! אִישָּׁתֵיק.

Rav Papa dit à Rabba : [mais] Rabbi Chimon ben Lakich [tient le contraire], et [c'est] un interdit de la Torah, et tu dis 'quel souci y aurait-il pour eux' ?! Il [Rabba] se tut.

📜 Rachi (1)
ר"ל פְּלִיג עָלֶיהָ בִּפְסָחִים בְּכֵיצַד צוֹלִין (פְּסָחִים דַּף פד.) וְאָמַר אֵין נִמְנִין וְהָכָא לְאַכְשׁוֹרֵי טְרֵפָה קָאָתֵי וְאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא הִיא וְאַתְּ אָמְרַתְּ כו':
Resh Lakich — diverge de lui [Rabbi Yo'hanan] dans [le chapitre] Keitzad Tzolin (Pessahim 84a) et dit [qu']on ne s'inscrit pas [pour eux] ; or ici [Rabba] vient valider une [bête] tereifa, et [c'est] un interdit de la Torah, et tu dis [un tel raisonnement] etc.
💡 Explication

Objection de Rav Papa : Resh Lakich conteste Rabbi Yo'hanan et tient que les tendons appelés à durcir ne sont pas de la chair ; l'os cassé n'est donc pas couvert et la bête serait tereifa de par la Torah. Comment Rabba peut-il dire 'quel souci' [et valider la bête] ? Rabba se tut, sans répondre.

3
וְאַמַּאי אִישָּׁתֵיק? וְהָאָמַר רָבָא: הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ בְּהָנֵי תְּלָת!

Et pourquoi s'est-il tu ? Or Rava n'a-t-il pas dit : la halakha [suit] Rabbi Chimon ben Lakich dans [seulement] ces trois [cas] !

[Rabba aurait pu répondre que ce cas-ci n'en fait pas partie.]

📜 Rachi (1)
וְאַמַּאי אִישְׁתִּיק וְהָאָמַר רָבָא בִּיבָמוֹת בְּהַחוֹלֵץ הִלְכְתָא כְּרֵישׁ לָקִישׁ בְּהָנֵי תְּלָת וְתוּ לָא קִנְיַן פֵּירוֹת וְהַחוֹלֵץ לִמְעֻובֶּרֶת וּמַתָּנָה בְּאֶמְצַע כֻּולָּן בְּהַחוֹלֵץ אַלְמָא בְּהַךְ גִּידִין הָרַכִּין הִלְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן דאע"ג דְּסוֹפָן לְהַקְשׁוֹת הֲרֵי הֵן עַכְשָׁיו כְּבָשָׂר:
Et pourquoi s'est-il tu, or Rava n'a-t-il pas dit — dans Yevamot, [au chapitre] Ha-Holetz : la halakha [suit] Resh Lakich dans [seulement] ces trois [cas] et pas davantage : [le] gain de jouissance (kinyan peirot), et [la femme dont le mari est mort] enceinte qui fait la halitza, et [le don] placé au milieu — tous [exposés] dans Ha-Holetz. Cela [montre] que, pour ces tendons-ci, [encore] tendres, la halakha [suit] Rabbi Yo'hanan : bien que leur fin [soit] de durcir, ils sont des à présent comme de la chair.
💡 Explication

La guemara s'étonne du silence de Rabba : Rava a établi que la halakha ne suit Resh Lakich [contre Rabbi Yo'hanan] que dans trois cas précis (Yevamot 36a) ; or [le statut des tendons appelés à durcir] n'en fait pas partie. Rabba aurait donc pu répliquer que, dans ce cas-ci, la halakha suit Rabbi Yo'hanan [et que les tendons comptent comme chair].

4
שָׁאנֵי הָכָא, דַּהֲדַר בֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, דְּאָמַר לֵיהּ: אַל תַּקְנִיטֵנִי, בִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲנִי שׁוֹנֶה אוֹתָהּ.

Ici, c'est différent, car Rabbi Yo'hanan s'est rétracté en faveur de Rabbi Chimon ben Lakich, [comme l']atteste [le fait] qu'il lui a dit : 'ne me provoque pas, [car] c'est au nom d'un seul (be-lachon yahid) que je l'enseigne'.

📜 Rachi (2)
שָׁאנֵי הָכָא דַּהֲדַר בֵּיהּ ר' יוֹחָנָן מִגִּידִין הָרַכִּין וְאָמַר כָּל מִידֵּי דְּסוֹפָן לְהַקְשׁוֹת בָּתַר סוֹף אָזְלִינַן דְּמֵעִיקָּרָא הֲוָה סְמִיךְ ר' יוֹחָנָן אַהָא דִּתְנַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין קכב.) עוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ הָוֵי כְּבָשָׂר לְטֻומְאַת אוֹכְלִין וּנְבֵלוֹת ואע"ג דְּסוֹפוֹ לְהַקְשׁוֹת וְהָדַר בֵּיהּ וְאוֹקְמָה לְהַהִיא כִּיחִידָאָה:
Ici c'est différent, car Rabbi Yo'hanan s'est rétracté — [au sujet] des tendons tendres, et il a dit : tout ce dont la fin [est] de durcir, on s'en remet à la fin (batar sof azlinan). Car, au départ, Rabbi Yo'hanan s'appuyait sur ce que nous avons appris dans [le chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 122a) : 'la peau de la tête d'un veau tendre est comme de la chair' [pour l'impureté] des aliments et des charognes — bien que sa fin [soit] de durcir ; et [pourtant] il s'est rétracté, et a établi cette [michna] comme [l'avis] d'un seul (ke-yehidaa).
דְּאָמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן לְרֵישׁ לָקִישׁ בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב דְּקָבָעֵי מִינֵּיהּ עוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ מַהוּ שֶׁיְּטַמֵּא וְאָמַר לֵיהּ אֵינוֹ מְטַמֵּא הוֹאִיל וְסוֹפוֹ לְהַקְשׁוֹת וַאֲמַר לֵיהּ הֲרֵי שָׁנִינוּ וְאֵלּוּ שֶׁעוֹרוֹתֵיהֶן כִּבְשָׂרָן עוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ וַאֲמַר לֵיהּ אַל תַּקְנִיטֵנִי בָּהּ שֶׁבִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲנִי שׁוֹנֶה אוֹתָהּ כְּלוֹמַר יְחִידָאָה הִיא וְלָא סְבִירָא לַן כְּוָותֵיהּ:
[Comme] il lui a dit — Rabbi Yo'hanan à Resh Lakich, dans Ha-or ve-ha-rotev, lorsqu'[il] lui demanda : 'la peau de la tête d'un veau tendre, quoi [quant] à la rendre impure ?' et qu'il lui répondit 'elle ne devient pas impure, puisque sa fin [est] de durcir' ; et [Resh Lakich] lui dit : 'or nous avons appris [dans la michna] : et voici ceux dont les peaux [sont] comme leur chair — la peau de la tête d'un veau tendre' ; et [Rabbi Yo'hanan] lui dit : 'ne me provoque pas à son sujet, car c'est au nom d'un seul que je l'enseigne', c'est-à-dire [que] c'est [l'avis] d'un seul (yehidaa) et nous ne tenons pas comme lui.
🗂️ Tossefot (2)
אַל תַּקְנִיטֵנִי דְּאוֹתְבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְר' יוֹחָנָן מֵהַהִיא דְּאֵלּוּ שֶׁעוֹרוֹתֵיהֶן כִּבְשָׂרָן כּוּ' וְא"ת לְדִידֵיהּ גּוּפֵיהּ תִּקְשֶׁה לֵיהּ דְּהָא קָסָבַר דְּבָתַר בַּסּוֹף אָזְלִינַן בְּהַךְ גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת וי"ל דְּלָא דָּמֵי פֶּסַח דְּלַאֲכִילָה לְטֻומְאָה דְּאַפֵּי' עוֹר שֶׁשְּׁלָקוֹ מְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין כֵּיוָן דַּחֲזֵי לַאֲכִילָה כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ ואע"ג דְּוַדַּאי אֵין נִמְנִין עָלָיו בְּפֶסַח וְהָכִי נָמֵי גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת וְכֵן בְּפֶרֶק כֵּיצַד צוֹלִין (פְּסָחִים פד.) דְּפָרִיךְ מֵהַהִיא דְּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר עוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ אֵין מְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין אַהַהִיא דְּגִידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת מכ"ש פָּרִיךְ וּבַיְּרוּשַׁלְמִי אַהַהִיא דְּרֹאשׁוֹ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ א"ר יוֹחָנָן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְטֻומְאָה אֲבָל לִלְקוֹת לֹא ור"ל אָמַר מִשְׁנָה שְׁלֵמָה הִיא זוֹ בֵּין לְטֻומְאָה וּבֵין לִלְקוֹת וּמַסִּיק הָתָם מִיחַלַּף שִׁיטְתֵיהּ דר"ל תַּמָּן לָא עֲבִיד לָהּ בָּשָׂר גַּבֵּי גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת דְּאָמַר אֵין נִמְנִין וְכָאן עֲבִיד לֵיהּ בָּשָׂר א"ר בְּוַן טַעְמָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בָּשָׂר וְלֹא גִּידִין מַשְׁמַע לְפִי הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּבְכָל מָקוֹם אָזֵיל בָּתַר הַשְׁתָּא בַּר מִגַּבֵּי פֶּסַח דִּכְתִיב קְרָא:
'Ne me provoque pas' — car Resh Lakich avait objecté à Rabbi Yo'hanan à partir de cette [michna] 'et voici ceux dont les peaux [sont] comme leur chair' etc. Et si tu objectes : à [Resh Lakich] lui-même [la question] devrait faire difficulté, puisqu'il tient qu'on s'en remet à la fin pour ces tendons dont la fin [est] de durcir ! On peut dire que [le cas de] Pessa'h, [qui relève] de la consommation, n'est pas semblable à [celui de] l'impureté : car même une peau qu'on a bouillie (chelako) contracte l'impureté des aliments dès lors qu'elle est apte à la consommation, comme [on le] dit plus loin, et même si certes on ne s'inscrit pas pour elle à [l'agneau de] Pessa'h ; et de même pour les tendons dont la fin [est] de durcir. Et de même, dans le chapitre Keitzad Tzolin (Pessahim 84a), [le Talmud] objecte à partir de cette [michna] de Rabbi Yo'hanan, qui dit [que] la peau de la tête d'un veau tendre ne contracte pas l'impureté des aliments, contre celle des tendons dont la fin [est] de durcir — [et c'est] à fortiori (mi-kal va-homer) qu'il objecte. Et dans le Yerouchalmi, sur cette [michna] de la tête du veau tendre, Rabbi Yo'hanan a dit : 'on n'a enseigné [cela] que pour l'impureté, mais pour [recevoir] des coups (le-lakot), non' ; et Resh Lakich a dit : 'c'est une michna complète, [valant] tant pour l'impureté que pour les coups' ; et [le Yerouchalmi] conclut là [que] la position de Resh Lakich s'inverse : là-bas il n'en fait pas de la chair, à propos des tendons dont la fin [est] de durcir, puisqu'il dit 'on ne s'inscrit pas [pour eux]', et ici il en fait de la chair. [Et] Rabbi Boun a dit : la raison de Resh Lakich [est] 've-achlou et ha-bassar' (Ex 12:8) — 'la chair', et non les tendons, [voilà ce qu']implique [le verset, pour Pessa'h]. Il ressort, selon le Yerouchalmi, qu'en tout lieu il s'en remet à l'état présent (batar hachta), excepté à propos de Pessa'h, où un verset est écrit.
בִּלְשׁוֹן יָחִיד כּוּ' הָיָה שׁוֹנֶה בַּמִּשְׁנָה דִּבְרֵי ר"ש וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס מִשּׁוּם דְּאָתְיָא כִּיחִידָאָה דִּבְפֶרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מב:) פָּרִיךְ וְהָא א"ר יוֹחָנָן הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה אע"ג דְּאָתְיָא כְּר' יְהוּדָה וא"ת וּמִמַּאי דְּמֵהַהִיא דְּפֶסַח הָדַר בֵּיהּ וְדִלְמָא מֵהַהִיא דִּלְקַמָּן הָדַר בֵּיהּ וי"ל דְּמִסְּתָמָא הָדַר בֵּיהּ לְגַבֵּי חַבְרֵיהּ:
'Au nom d'un seul' etc. — il enseignait dans la michna les paroles de Rabbi Chimon [ben Yohai], et non comme l'a expliqué le Commentaire [de Rachi] que [c'est] parce qu'elle vient [comme l'avis] d'un seul. Car au chapitre Ha-Holetz (Yevamot 42b) [le Talmud] objecte : 'or Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit [que] la halakha [suit] une michna anonyme (stam michna), bien qu'elle vienne [selon] Rabbi Yehouda !'. Et si tu objectes : d'où [savons-nous] que c'[est] de cette [michna] de Pessa'h qu'il s'est rétracté ? peut-être [est-ce] de celle de plus loin [la tête du veau] qu'il s'est rétracté ! On peut dire que, [tout] simplement (mi-stama), il s'est rétracté en faveur de son collègue [Resh Lakich].
⚖️ Rosh (1)
הַגְּלוּדָה רַבִּי מֵאִיר מַכְשִׁיר וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין. תָּנוּ רַבָּנַן אִם נִשְׁתַּיֵּיר בָּהּ כְּסֶלַע כְּשֵׁירָה. הֵיכָא אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל עַל פְּנֵי כָּל הַשִּׁדְרָה כֻּולָּהּ וּפֵירֵשׁ רַב נְהוֹרַאי מִשְּׁמֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל בְּרֹחַב כְּסֶלַע עַל פְּנֵי כָּל הַשִּׁדְרָה. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן אַנְטִיגְנוֹס אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יַנַּאי עַל מְקוֹם טִיבּוּרוֹ. רַבָּה בב"ח אָמַר בְּרָאשֵׁי פְּרָקִים. בָּעֵי ר' יַנַּאי בַּר' יִשְׁמָעֵאל נִיטַּל מְקוֹם הַשִּׁדְרָה וְכֻולּוֹ קַייָּם מְקוֹם טִיבּוּרוֹ וְכֻולּוֹ קַיָּים נִיטְּלוּ רָאשֵׁי פְּרָקִים וְכֻולּוֹ קַייָּם מַאי. תֵּיקוּ. וּסְפֵיקָא דְּאַרָייְתָא לְחוּמְרָא. וְכֵן כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל כָּתַב הֲרֵי זוֹ סָפֵק וְיֵרָאֶה לִי שֶׁמַּתִּירִין אוֹתָהּ וְלָא יָדַעְנָא לָמָּה מַתִּיר מִסָּפֵק. אָמַר רַב כָּל הָעוֹר מַצִּיל בִּגְלוּדָה חוּץ מֵעוֹר בֵּית הַפְּרָסוֹת. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ עוֹר בֵּית הַפְּרָסוֹת מַצִּיל כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל בְּשֵׁם הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת דַּהֲלָכָה כְּרַב דְּאָמַר כָּל הָעוֹר מַצִּיל בִּגְלוּדָה חוּץ מֵעוֹר בֵּית הַפְּרָסוֹת. דְּהָא רַבִּי יוֹחָנָן הֲדַר בֵּיהּ לְגַבֵּי רַב. וְהוּא כָּתַב דְּלָא מָצִינוּ שֶׁחָזַר בּוֹ רַבִּי יוֹחָנָן. וְהוּא פְּסַק הֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל לְחוּמְרָא דְּבָעֵי כָּל מְקוֹם הַשִּׁדְרָה מִשּׁוּם דְּרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן לָא בָּעוּ מָקוֹם מְיֻוחָד לְשִׁיּוּר הָעוֹר. וְרַבִּי יַנַּאי וּשְׁמוּאֵל וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה שְׁלָשְׁתָּן בָּעוּ מָקוֹם מְיֻוחָד לְשִׁיּוּר הָעוֹר וְהָווּ לְהוּ רַב וְר' יוֹחָנָן לְגַבַּייְהוּ תְּרֵי לְגַבֵּי תְּלָת וַהֲלָכָה כְּרַבִּים. ואע"ג דִּשְׁמוּאֵל וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן. וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה נָמֵי הָיָה תַּלְמִידוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן. וְרַב וּשְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. הָא אִיכָּא ר' יַנַּאי שֶׁהָיָה רַבּוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן וּבְכָל מָקוֹם הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּאִיסּוּרֵי נֶגֶד ר' יוֹחָנָן וכ"ש כְּנֶגֶד רַב. וְכֵיוָן דְּבָעֵינַן מָקוֹם מְיֻוחָד נָקְטִינַן כִּשְׁמוּאֵל הַמַּחְמִיר טְפֵי. וּדְבָרָיו תְּמוּהִין כִּי הוּא דָּחָה דִּבְרֵי רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן בִּשְׁבִיל ר' יַנַּאי. וְאִלְמָלֵא ר' יַנַּאי הָיָה פּוֹסֵק כְּרַב וְר' יוֹחָנָן וְשׁוּב פָּסַק כִּשְׁמוּאֵל. אִם הוֹעִילוּ דִּבְרֵי ר' יַנַּאי לִדְחוֹת אֶת ר' יוֹחָנָן וְרַב לֹא יוֹעִילוּ לוֹ לִדְחוֹת דִּבְרֵי שְׁמוּאֵל וְרַבָּה בב"ח. וּבִסְפָרִים שֶׁלָּנוּ לֹא נִמְצָא ר' יַנַּאי אֶלָּא ר' אֶלְעָזָר בַּר יַנַּאי א"כ רְאָיוֹת רַב אִלְפָּס דְּחוּיִין. וְהִילְכְתָא כְּרַב וְר' יוֹחָנָן דְּלָא בָּעֵי מָקוֹם מְיֻוחָד לְשִׁיּוּר הָעוֹר. וְרַב וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן וְדִבְרֵי ר' יוֹחָנָן שֶׁאָמַר אַל תַּקְנִיטֵנִי בִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲנִי שׁוֹנֶה אַתָּה עִיקָּר הֵם. דְּמִכֹּחַ הַךְ מִילְּתָא פָּסַק רָבָא לְקַמָּן בְּפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עז.) כר"ל גַּבֵּי גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת מִשּׁוּם דְּהָדַר בֵּיהּ ר' יוֹחָנָן לְגַבֵּיהּ דר"ל וְאָמַר אַל תַּקְנִיטֵנִי בִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲנִי שׁוֹנֶה אוֹתָהּ. וּבַעַל הָעִיטּוּר פָּסַק כְּרַב וְלָא יָדַעְנָא טַעְמֵיהּ. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פָּסַק דְּבָעֵינַן מְקוֹם כָּל הַשִּׁדְרָה וּמְקוֹם רָאשֵׁי פְּרָקִים וּמְקוֹם טִיבּוּרוֹ וְלֹא מִסְתַּבֵּר כְּלָל דְּאִי גָּרֵיס ר' יַנַּאי וּמִכֹּחַ זֶה דּוֹחֶה דִּבְרֵי רַב וְר' יוֹחָנָן. א"כ יִפְסֹוק כַּר' יַנַּאי. וְאִם אֵין גּוֹרֵס ר' ינא א"כ מִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דַּהֲלָכָה כְּרַב וְר' יוֹחָנָן וְכֵן עִיקָּר:
[La bête] écorchée (ha-geludah, dont on a arraché toute la peau) : Rabbi Meir la déclare cachere et les Sages la déclarent passoul (impropre, tereifa). Nos Maîtres ont enseigné : s'il en est resté [de peau] la dimension d'un sela (une pièce), elle est cachere. Où [précisément] ? Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : sur toute l'étendue de la colonne vertébrale (chidra) entière. Et Rav Nehorai a expliqué au nom de Chemouel : sur la largeur d'un sela [en bande courant] sur toute la colonne vertébrale. Rabbi Eleazar ben Antignos dit au nom de Rabbi Yannai : à l'emplacement de son nombril (tibbur). Rabba bar bar Hana a dit : aux têtes des articulations (rachei perakim). Rabbi Yannai fils de Rabbi Yichmael s'est posé la question : [si] l'emplacement de la colonne vertébrale a été enlevé mais que tout le reste subsiste, [ou si] l'emplacement de son nombril [a été enlevé] mais que tout le reste subsiste, [ou si] les têtes des articulations ont été enlevées mais que tout le reste subsiste — quoi [quel est le statut] ? [La question reste] en suspens (teikou). Et un doute [portant sur un interdit] de la Torah [se tranche] vers la rigueur (le-houmra). Et de même a écrit l'auteur du Ha-Ittour. Et le Rambam, de mémoire bénie, a écrit : voici [que] c'est un doute, et il m'apparaît qu'on la permet ; mais je ne sais pas pourquoi il permet en cas de doute. Rav a dit : toute peau protège dans [le cas de la bête] écorchée, hormis la peau de l'emplacement des sabots (beit ha-perasot). Et Rabbi Yo'hanan a dit : même la peau de l'emplacement des sabots protège. Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie, a écrit au nom des Halakhot Guedolot que la halakha [suit] Rav qui dit : toute peau protège dans [le cas de la bête] écorchée, hormis la peau de l'emplacement des sabots — car Rabbi Yo'hanan s'est rétracté en faveur de Rav. Et lui [le Rif] a écrit que nous ne trouvons pas [de source attestant] que Rabbi Yo'hanan se soit rétracté. Et il a tranché la halakha comme Chemouel, vers la rigueur, qui exige [une peau intacte à] tout l'emplacement de la colonne vertébrale — parce que Rav et Rabbi Yo'hanan n'exigent pas un emplacement déterminé pour le reste de peau [subsistant], tandis que Rabbi Yannai, Chemouel et Rabba bar bar Hana, tous les trois, exigent un emplacement déterminé pour le reste de peau ; ainsi Rav et Rabbi Yo'hanan sont face à eux deux [voix] contre trois, et la halakha [suit] la majorité. Et bien que [dans une controverse entre] Chemouel et Rabbi Yo'hanan la halakha [suive] Rabbi Yo'hanan, et que Rabba bar bar Hana fût aussi un disciple de Rabbi Yo'hanan, et que [dans une controverse entre] Rav et Chemouel la halakha [suive] Rav en matière d'interdits (issourei) — [néanmoins] voici qu'il y a Rabbi Yannai, qui était le maître de Rabbi Yo'hanan, et en tout lieu la halakha [suit] comme lui en matière d'interdits contre Rabbi Yo'hanan, et à plus forte raison contre Rav. Et puisque nous exigeons un emplacement déterminé, nous retenons [l'avis de] Chemouel, le plus rigoureux. Mais ses propos [ceux du Rif] sont étonnants (temouhin) : car il a repoussé les paroles de Rav et de Rabbi Yo'hanan à cause de Rabbi Yannai ; or sans Rabbi Yannai il aurait tranché comme Rav et Rabbi Yo'hanan, et ensuite [malgré cela] il a tranché comme Chemouel. [Or] si les paroles de Rabbi Yannai ont servi à repousser Rabbi Yo'hanan et Rav, elles ne lui serviront pas à repousser les paroles de Chemouel et de Rabba bar bar Hana [qui exigent, eux aussi, un emplacement déterminé]. Et dans nos livres [de la guemara] on ne trouve pas 'Rabbi Yannai' mais 'Rabbi Eleazar bar Yannai' ; si [c'est] ainsi, les preuves de Rav Alfas sont réfutées (dehouyin). Et la halakha [suit] Rav et Rabbi Yo'hanan, qui n'exigent pas un emplacement déterminé pour le reste de peau ; et [dans la controverse entre] Rav et Rabbi Yo'hanan la halakha [suit] Rabbi Yo'hanan. Et les paroles de Rabbi Yo'hanan, qui a dit 'ne me provoque pas (al takniteni), c'est au nom d'un seul (be-lachon yahid) que je l'enseigne', sont [le] principe [décisif] — car c'est en vertu de cette chose-là que Rava a tranché plus loin, dans le chapitre Behema Ha-mekacha (Houlin 77a), comme Resh Lakich à propos des tendons dont la fin [est] de durcir (gidin che-sofan le-hakchot), parce que Rabbi Yo'hanan s'est rétracté en faveur de Resh Lakich et a dit 'ne me provoque pas, c'est au nom d'un seul que je l'enseigne'. Et l'auteur du Ha-Ittour a tranché comme Rav, et je ne connais pas sa raison. Et le Rambam, de mémoire bénie, a tranché que nous exigeons [une peau intacte à] l'emplacement de toute la colonne vertébrale, et l'emplacement des têtes des articulations, et l'emplacement de son nombril ; et cela n'est nullement plausible : car s'il lit 'Rabbi Yannai' [dans le texte] et repousse en vertu de cela les paroles de Rav et de Rabbi Yo'hanan, alors qu'il tranche comme Rabbi Yannai ; et s'il ne lit pas 'Rabbi Yannai', alors c'est chose évidente (mileta di-pchita) que la halakha [suit] Rav et Rabbi Yo'hanan ; et ainsi [est] le principal [c'est-à-dire l'essentiel à retenir].
💡 Explication

Réponse : ici c'est différent — Rabbi Yo'hanan s'est rétracté et s'est rallié à Resh Lakich [donc la halakha suit bien Resh Lakich, et l'os ne serait pas couvert : Rabba aurait dû valider la bête pour un autre motif, d'où son silence]. Preuve : pressé par Resh Lakich, Rabbi Yo'hanan lui dit 'ne me provoque pas [par tes objections], car cette [michna] je l'enseigne au nom d'un seul' — il admet que c'était l'avis d'un seul Sage, non la halakha.

5
הָהוּא נִשְׁבַּר הָעֶצֶם וְיָצָא לַחוּץ, דְּאִישְׁתְּקִיל קֻורְטִיתָא מִינֵּיהּ, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּאַבַּיֵּי, שְׁהִיָּיה תְּלָתָא רִיגְלֵי.

[Il y eut] un certain [cas] où l'os s'était cassé et sortait au-dehors, et où un petit fragment (kortita) s'en était détaché ; [le cas] vint devant Abaye, [qui] le tint en suspens pendant trois fêtes de pèlerinage.

📜 Rachi (2)
דְּאִישְׁתְּקִיל קֻורְטִיתָא לְשׁוֹן קֹורֶט כְּלוֹמַר מְעַט מִן הָעֶצֶם נֶעְכַּל וְנָפַל לָאָרֶץ:
Dont un petit fragment (kortita) s'était détaché — terme de 'kort' (parcelle), c'est-à-dire [qu']un peu de l'os s'est décomposé et est tombé à terre.
שְׁהִייָּה תְּלָתָא רִיגְלֵי לִשְׁאוֹל הֲלָכָה לַחֲכָמִים הַנֶּאֱסָפִים לָרֶגֶל:
Il le tint en suspens trois fêtes de pèlerinage — pour demander la halakha aux Sages qui se rassemblent à la fête (regel).
💡 Explication

Cas pratique : un os cassé qui sort au-dehors [couvert d'ailleurs par la majorité], mais dont un petit fragment (kortita) s'est détaché et perdu. Abaye hésite et ne tranche pas : il diffère sa réponse trois fêtes de pèlerinage [pour poser la question aux Sages réunis à Jérusalem].

6
אֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר מַתְנָא: זִיל קַמֵּיהּ דְּרָבָא בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף בַּר חָמָא, דַּחֲרִיפָא סַכִּינֶיהָ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ, אֲמַר: מִכְּדֵי ״נִשְׁבַּר הָעֶצֶם וְיָצָא לַחוּץ״ תְּנַן, מַה לִי נָפַל, מַה לִי אִיתֵיהּ?

Rav Adda bar Matna lui [au propriétaire de la bête] dit : va devant Rava fils de Rav Yossef bar Hama, dont le couteau est aiguisé. Il [le propriétaire] vint devant lui, [et Rava] dit : puisque nous avons appris [dans la braita] 'l'os s'est cassé et sort au-dehors', que m'importe [qu']il soit tombé, que m'importe [qu']il soit [encore] là ?

📜 Rachi (4)
א"ל רַב אַדָּא בַּר מַתְנָה לְבַעַל הַבְּהֵמָה:
Rav Adda bar Matna lui dit — au propriétaire de la bête.
רָבָא בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף בַּר חָמָא הוּא רָבָא בַּר פְּלֻוגְתֵּיהּ דְּאַבַּיֵּי:
Rava fils de Rav Yossef bar Hama — c'est Rava, le contradicteur (bar plougteh) d'Abaye.
דַּחֲרִיפָא סַכִּינֶיהָ לֵב פָּתוּחַ לוֹ בִּסְבָרָא:
Dont le couteau est aiguisé — [il a] le cœur ouvert au raisonnement (sevara).
מִכְּדֵי נִשְׁבַּר הָעֶצֶם וְיָצָא לַחוּץ תְּנַן בַּבָּרַייְתָא דִּלְעֵיל מַה לִי נָפַל מִינֵּיהּ מַה לִי אִיתֵיהּ הוֹאִיל וְעוֹר וּבָשָׂר חוֹפִין אֶת רֻובּוֹ כְּשֵׁרָה:
Puisque nous avons appris 'l'os s'est cassé et sort au-dehors' — dans la braita ci-dessus : que m'importe [qu']il en soit tombé, que m'importe [qu']il soit là, dès lors que cuir et chair en couvrent la majorité, [elle est] cachere.
💡 Explication

Rav Adda bar Matna oriente le propriétaire vers Rava fils de Rav Yossef bar Hama, 'dont le couteau est aiguisé' [un esprit pénétrant en raisonnement, qui tranche vite]. Rava résout aussitôt : la braita (76b) statue sur 'l'os cassé qui sort au-dehors' [pourvu que cuir et chair en couvrent la majorité] ; des lors peu importe que le fragment soit tombé ou encore en place — la bête reste cachere.

7
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרָבָא: מִתְלַקֵּט מַהוּ? מִתְרוֹסֵס מַהוּ? מִתְמַסְמֵס מַהוּ? הֵיכִי דָמֵי מִתְמַסְמֵס? אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: כֹּל שֶׁהָרוֹפֵא קֻודְּרוּ.

Ravina dit à Rava : [chair qui se] ramasse (mitlaket) — quoi ? [chair] aplatie (meterosses) — quoi ?

[chair] décomposée (metmasmes) — quoi ? Comment est [le cas] 'metmasmes' ?

Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : tout [cas] où le médecin la découpe (kodro).

📜 Rachi (4)
מִתְלַקֵּט מַהוּ בָּשָׂר הַנּוֹתָר לְכַסּוֹת הָרֹוב אֵינוֹ יַחַד אֶלָּא כָּאן מְעַט וְכָאן מְעַט סְבִיב הָעֶצֶם וְאִם תִּצְרְפֵהוּ הֲרֵי רֹוב הֶקֵּיפוֹ נִכְסֶה:
[Chair qui se] ramasse (mitlaket) — quoi ? La chair qui reste pour couvrir la majorité n'est pas d'un seul tenant, mais un peu ici et un peu là autour de l'os ; et si tu la réunis, voici [que] la majorité de sa circonférence est couverte.
מִתְרוֹסֵס מַהוּ שֶׁהָיָה הַבָּשָׂר מְרֻודָּד וְקָלוּשׁ וְחוֹפֶה אֶת רֹוב הָעֶצֶם:
[Chair] aplatie (meterosses) — quoi ? Que la chair était laminée et très mince, et couvre la majorité de l'os.
נִתְמַסְמֵס בָּשָׂר הַנִּשְׁאָר לְכִסּוּי נִרְקַב:
Décomposée (nitmasmes) — la chair restée pour la couverture s'est pourrie.
קֻודְּרוּ נוֹטְלוֹ בְּסַכִּין כִּקְדֵירַת אֲרֻובָּה:
[Le médecin] la découpe (kodro) — il la prend avec un couteau, comme [on creuse] le pourtour (kedeira) d'une lucarne.
🗂️ Tossefot (1)
נִתְמַסְמֵס מַהוּ הָא דְּאָמַר בְּאֵלּוּ טְרֵפוֹת (לְעֵיל חֻולִּין נג:) נִתְמַסְמֵס הַבָּשָׂר רוֹאִין אוֹתוֹ כְּאִילּוּ הוּא אֵינוֹ הַייְנוּ כְּגוֹן בְּרִיאָה וּבְגִידִין שֶׁהַטְּרֵפוֹת תָּלוּי בָּהֶן אֲבָל הָכָא שֶׁהַטְּרֵפוֹת תָּלוּי בָּעֶצֶם אע"ג דְּנִתְמַסְמֵס הַבָּשָׂר שֶׁמָּא עֲדַיִין מֵגֵין:
'[Chair] décomposée (nitmasmes), quoi ?' — ce qu'on dit dans [le chapitre] Elou Tereifot (plus haut, Houlin 53b) : '[si] la chair s'est décomposée, on la regarde comme si elle n'était pas [là]' — cela vise par exemple le poumon (réa) et les tendons, dont la tereifout dépend ; mais ici, où la tereifout dépend de l'<b>os</b>, bien que la chair se soit décomposée, peut-être protège-t-elle encore (megina).
💡 Explication

Ravina interroge Rava sur trois états de la chair couvrante : mitlaket — la chair n'est pas d'un seul tenant mais éparse autour de l'os, [bien que], réunie, elle en couvrirait la majorité ; meterosses — chair aplatie et très mince ; metmasmes — chair pourrie. Et qu'est-ce que 'metmasmes' ? Rav Houna fils de Rav Yehochoua : toute [chair] que le médecin découpe [pour faire cicatriser la plaie].

8
אִיבַּעְיָא לְהוּ: נִיקַּב מַהוּ? נִקְלַף מַהוּ? נִסְדַּק מַהוּ? נִיטַּל שְׁלִישׁ הַתַּחְתּוֹן מַהוּ?

On leur a demandé : [chair] percée (nikav) — quoi ? [chair] détachée (niklaf) — quoi ?

[chair] fendue (nisdak) — quoi ? [si] le tiers inférieur a été ôté — quoi ?

📜 Rachi (5)
אִיבַּעְיָא לְהוּ נִיקַּב אוֹתוֹ בָּשָׂר הַחוֹפֶה נֶקֶב קָטָן בְּלֹא חִסָּרוֹן:
On leur a demandé : [chair] percée (nikav) — cette chair couvrante [a reçu] un petit trou, sans manque [de matière].
מַהוּ מִי הָוֵי רֵיעוּתָא אוֹ לָא:
Quoi ? — est-ce un défaut (ré'outa) ou non ?
נִקְלַף מֵעַל הָעֶצֶם אוֹתוֹ בָּשָׂר הַחוֹפֶה וְאֵינוֹ דָּבוּק בְּעֶצֶם מַהוּ. את"ל נִקְלַף בְּלֹא חִסָּרוֹן הַבָּשָׂר כָּשֵׁר:
Détachée (niklaf) de l'os — cette chair couvrante, [qui] n'adhère plus à l'os, quoi ? [Et même] si tu dis [que], détachée sans manque de la chair, [elle est] cachere [...].
נִסְדַּק הַבָּשָׂר הַנּוֹתָר לְכִסּוּי מַהוּ:
Fendue (nisdak) — la chair restée pour la couverture, quoi ?
נִיטַּל שְׁלִישׁ הַתַּחְתּוֹן שֶׁל עֳובִי הַבָּשָׂר סָמוּךְ לָעֶצֶם הֲרֵי שְׁנֵי שְׁלִישֵׁי עֶלְיוֹנִים עוֹמְדִים בָּאֲוִיר מַהוּ:
[Si] le tiers inférieur a été ôté — de l'épaisseur de la chair, [celui] proche de l'os ; voici [que] les deux tiers supérieurs se tiennent en l'air — quoi ?
💡 Explication

Quatre nouveaux doutes sur la chair couvrante : nikav — un petit trou sans manque de matière ; niklaf — la chair détachée de l'os [sans en être ôtée] ; nisdak — la chair fendue ; nital chelich tahton — le tiers inférieur de l'épaisseur de la chair, celui qui touche l'os, a été ôté [les deux tiers supérieurs restant en l'air].

9
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר עֻולָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עוֹר הֲרֵי הוּא כְּבָשָׂר, דִּלְמָא דִּקְנָה מַשְׁכָּא דִּידֵיהּ.

Viens et entends : car Oula a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le cuir (or), il est comme la chair. [Réfute :] peut-être [parle-t-il du cas] où [le cuir] tient sa propre [place] (de-kana machka didheh).

📜 Rachi (2)
ת"ש חֲדָא מֵהָנָךְ בַּעְיֵי דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן עוֹר הֲרֵי הוּא כְּבָשָׂר אַלְמָא נִיטַּל שְׁלִישׁ הַתַּחְתּוֹן וְנִשְׁאַר הָעוֹר וּשְׁנֵי שְׁלִישִׁי עוֹמְדִים כָּל שֶׁכֵּן דְּכָשֵׁר:
Viens et entends — l'une de ces questions[-ci] : car Rabbi Yo'hanan a dit 'le cuir est comme la chair' ; cela [montre que], [si] le tiers inférieur a été ôté et [qu']il reste le cuir et [que] les deux tiers se tiennent [en l'air], à plus forte raison [est-ce] cachere.
דִּלְמָא הָתָם דְּקָנָה מַשְׁכָּא דִּידֵיהּ שֶׁהֶחֱזִיק הָעוֹר בְּשֶׁלּוֹ כְּלוֹמַר הָתָם לָאו בְּנִיטַּל הַבָּשָׂר מִתַּחְתָּיו וְהָעוֹר עוֹמֵד בָּאֲוִיר קָאָמַר אֶלָּא כְּגוֹן שֶׁנִּשְׁבַּר הָעֶצֶם בְּשִׁיפּוּלוֹ שֶׁהוּא עָרֹום מִבָּשָׂר סָמוּךְ לָאַרְכֻּובָּה שֶׁאֵין שָׁם אֶלָּא עוֹר וְהָעוֹר דָּבוּק יָפֶה בְּעֶצֶם וּמַחֲזִיקוֹ:
Peut-être [parle-t-il du cas] où le cuir tient sa propre [place] (de-kana machka didheh) — où le cuir a saisi le sien, c'est-à-dire : là, [il] ne parle pas d'un [cas] où la chair a été ôtée de dessous [lui] et [où] le cuir se tient en l'air, mais par exemple [d'un cas] où l'os s'est cassé à son extrémité (chipoulo), [là] où il est nu de chair, près du genou (arkouva), où il n'y a que du cuir, et [où] le cuir adhère bien à l'os et le maintient.
🗂️ Tossefot (1)
דְּקָנָה מַשְׁכָּא דִּידֵיהּ בַּקּוּנְטְרֵס גָּרַס בדלי"ת ור"ח ור"ת גָּרְסִי בְּרֵי"שׁ פִּי' רִירִים לֵיחָה שֶׁלּוֹ שֶׁאָז מְדַבֵּק בּוֹ הָעוֹר וּמַעֲלֶה בּוֹ אֲרוּכָה:
'[Cas] où le cuir tient sa propre [place] (de-kana machka didheh)' — le Commentaire [de Rachi] lit avec un dalet (kana) ; mais Rabbenou Hananel et Rabbenou Tam lisent avec un rech (rira) : [c'est-à-dire qu'il y a là] des humeurs (ririm), [une] sécrétion sienne, de sorte que le cuir y adhère et [y] fait monter une cicatrisation (aroukha).
💡 Explication

Tentative de preuve [pour le cas du tiers inférieur ôté] : Oula au nom de Rabbi Yo'hanan : 'le cuir est comme la chair' [donc, à fortiori, si le tiers inférieur de chair est ôté mais qu'il reste le cuir et les deux tiers, c'est cachere]. Réfutation : peut-être parle-t-il d'un cas où le cuir tient solidement sa propre place [collé à l'os, près du genou, où il n'y avait jamais de chair] — non d'un cuir suspendu en l'air après retrait de la chair.

10
אָמַר רַב אַשִּׁי: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב פַּפֵּי, אִיבַּעְיָא לַן: נִקְדַּר כְּמִין טַבַּעַת, מַהוּ? וּפְשַׁטְנָא מֵהָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: דָּבָר זֶה שָׁאַלְתִּי לַחֲכָמִים וְלָרוֹפְאִים, וְאָמְרוּ: מְסָרְטוֹ בְּעֶצֶם וּמַעֲלֶה אֲרוּכָה, אֲבָל פַּרְזְלָא מִזְרָף זָרֵיף. אָמַר רַב פָּפָּא: וְהוּא דִּקְנָה גַּרְמָא דִּידֵיהּ.

Rav Achi dit : quand nous étions à la maison [d'étude] de Rav Papi, on nous a demandé : [chair] découpée en forme d'anneau (nikdar ke-min taba'at) — quoi ? Et nous [l']avons résolu à partir de ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav : 'cette chose-là, je [l']ai demandée aux Sages et aux médecins, et ils ont dit : on l'entaille (mesarto) avec un os et [cela] fait monter une cicatrisation, mais le fer (parzla) [la] cautérise [et] enflamme (mazrif zarif)'.

Rav Papa dit : et [c'est] lorsque l'os tient le sien (de-kana garma didheh).

📜 Rachi (5)
נִקְדַּר הַבָּשָׂר בְּסַכִּין מֵעַל הַשֶּׁבֶר בְּעִגּוּל כְּמִין טַבַּעַת וְרֹוב הֶקֵּיפוֹ מְכֻוסֶּה:
[Chair] découpée (nikdar) — la chair, au couteau, au-dessus de la cassure, en cercle, en forme d'anneau, et [pourtant] la majorité de sa circonférence [est] couverte.
מַהוּ מִי אָמְרִינַן כֵּיוָן דְּנִקְדַּר בְּעִגּוּל שׁוּב אֵינוֹ מַעֲלֶה אֲרוּכָה אוֹ לָא אָמְרִינַן:
Quoi ? — disons-nous [que], dès lors qu'elle a été découpée en cercle, elle ne fait plus monter de cicatrisation [et c'est un défaut] ; ou bien ne [le] disons-nous pas ?
מִסִּרְטוֹ בְּעֶצֶם דְּעָלְמָא וּמִתּוֹךְ שֶׁהוּא מוֹצִיא דָּם מִתְחַבֵּר הַבָּשָׂר וְנִמְשָׁךְ זֶה אֵצֶל זֶה וּמַעֲלָה אֲרוּכָה וְכֵן דֶּרֶךְ הָרוֹפְאִים:
On l'entaille avec un os — quelconque ; et du fait qu'il fait sortir du sang, la chair se rejoint et se rapproche l'une de l'autre et fait monter une cicatrisation ; et telle [est] la manière des médecins.
מִזְרָף זְרִיף עוֹשֶׂה חֲרִיצִים בַּבָּשָׂר וּמַכְאִיב הַמַּכָּה:
Le fer enflammé (mazrif zarif) — il fait des sillons (haritzim) dans la chair et fait souffrir la plaie.
וְהוּא דִּקְנָה גַּרְמָא דִּידֵיהּ שֶׁאָנוּ רוֹאִים שֶׁהָעֶצֶם מַחֲזִיק בְּשֶׁלּוֹ סְבִיבוֹת הַקְּדֵירָה מִידַּבֵּק הָעֶצֶם לַבָּשָׂר וְסִימָן הַתְחָלַת עֲלוֹת אֲרֻוכָּה הוּא:
Et [c'est] lorsque l'os tient le sien (de-kana garma didheh) — que nous voyons [que] l'os maintient le sien autour de la découpe : l'os adhère à la chair, et [c'est] le signe du commencement de la montée de la cicatrisation.
💡 Explication

Rav Achi rapporte un autre cas : la chair découpée en anneau (nikdar ke-min taba'at) autour de la cassure [la majorité restant couverte] — est-ce un défaut ? Résolu par un dire de Rav : interrogés, Sages et médecins ont dit qu'on entaille [la plaie] avec un os [pour faire sourdre le sang et réunir la chair], ce qui fait cicatriser ; mais le fer enflammé [la blessure, sans guérir]. Rav Papa précise : [la chair recoud] seulement lorsque l'os tient sa propre [chair] [signe que la cicatrisation commence].

11
מַתְנִי׳ הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּהֵמָה וּמָצָא בָּהּ שִׁלְיָא – נֶפֶשׁ הַיָּפָה תֹּאכְלֶנָּה, וְאֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא טֻומְאַת אֳכָלִין וְלֹא טֻומְאַת נְבֵלוֹת. חִישֵּׁב עָלֶיהָ – מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳכָלִין, אֲבָל לֹא טֻומְאַת נְבֵלוֹת.

MICHNA. Celui qui abat la bête et trouve en elle un placenta (shilya) : que celui dont l'estomac [est] sain (nefech hayafa) le mange ; et il ne contracte ni l'impureté des aliments ni l'impureté des charognes.

[Si] l'on a formé [l'intention] à son sujet [de le manger], il contracte l'impureté des aliments, mais non l'impureté des charognes.

📜 Rachi (7)
מַתְנֵי' נֶפֶשׁ הַיָּפָה שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ קָצָה בָּהּ מֵחֲמַת מֵיאוּס:
MICHNA. Celui dont l'estomac [est] sain (nefech hayafa) — dont l'esprit ne se rebute pas à son sujet par dégoût.
תֹּאכְלֶנָּה וְלָא אָמְרִינַן אֵבֶר מִן הַחַי הִיא שֶׁגַּם הִיא נִיתָּר בִּשְׁחִיטַת הָאֵם:
Le mange — et nous ne disons pas [que] c'est un membre [pris] sur le vivant (ever min ha-haï), car lui aussi [le placenta] est rendu permis par l'abattage de la mère.
וְאֵינָהּ מְטַמְּאָה דְּלָא חֲשִׁיבָא אֹוכֶל:
Et il ne contracte pas l'impureté — car il n'est pas considéré comme un aliment.
וְלֹא טֻומְאַת נְבֵלוֹת אִם מֵתָה הַבְּהֵמָה:
Ni l'impureté des charognes — si la bête est morte.
חִישֵּׁב עָלֶיהָ לַאֲכִילָה:
[Si] l'on a formé [l'intention] à son sujet — de [le] manger.
מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִין אִם נָגְעָה בְּטֻומְאָה דְּמַחֲשָׁבָה מְשַׁוְּיָא לֵיהּ אֹוכֶל:
Il contracte l'impureté des aliments — s'il a touché une impureté, car l'intention (mahachava) en fait un aliment.
אֲבָל לֹא טֻומְאַת נְבֵלוֹת דְּלָאו בָּשָׂר הוּא אֶלָּא כִּשְׁאָר אֹוכֶל בְּעָלְמָא הוּא:
Mais non l'impureté des charognes — car [ce] n'est pas de la chair, mais [il] est comme un autre aliment quelconque.
💡 Explication

Nouvelle michna (voir le schéma). Trouve un placenta (shilya) dans la bête abattue : il est permis par l'abattage de la mère [ce n'est pas un membre arraché au vivant] ; celui dont l'estomac est sain [qui n'en est pas dégoûté] peut le manger. Mais, comme on n'en mange pas d'ordinaire, il n'est pas un aliment : il ne contracte ni impureté d'aliment ni impureté de charogne. Si l'on a formé l'intention de le manger, on en fait un aliment : il contracte alors l'impureté des aliments, mais jamais celle des charognes [ce n'est pas de la chair].

12
שָׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ – אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה, סִימַן וָלָד בָּאִשָּׁה וְסִימַן וָלָד בַּבְּהֵמָה.

Un placenta dont une partie est sortie [avant l'abattage] est interdit à la consommation : [c'est] un signe de foetus chez la femme et un signe de foetus chez la bête.

📜 Rachi (2)
אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה ואע"ג דְּלָא נְפַק אֶלָּא פּוּרְתָּא וְלֵיכָּא לְמֵימַר כָּל מִיחוּי הַוָּלָד הָיָה שָׁם שֶׁמָּא בְּאוֹתוֹ מִקְצָת יָצָא רֹאשׁ הַוָּלָד וַהֲרֵי הוּא כְּיָלוּד:
Interdit à la consommation — et bien qu'il n'en soit sorti qu'un peu, et [qu']on ne puisse dire [que] toute la matière du foetus s'y trouvait, [néanmoins] peut-être est-ce dans cette partie-là qu'est sortie la tête du foetus, [et] le voici comme un nouveau-né (yaloud).
ה"ג סִימַן וָלָד בָּאִשָּׁה וְסִימַן וָלָד בַּבְּהֵמָה:
Ainsi lit-on (ha gorsinan) : 'signe de foetus chez la femme et signe de foetus chez la bête'.
💡 Explication

Si une partie du placenta est sortie de la matrice avant l'abattage, il est interdit à la consommation [même après l'abattage de la mère] : l'émergence du placenta est un signe de foetus, chez la femme comme chez la bête. On craint que la tête du foetus n'ait paru dans cette partie sortie — il serait alors comme un nouveau-né (yaloud), que l'abattage de la mère ne permet plus.

13
הַמְבַכֶּרֶת שֶׁהִפִּילָה שַׁלְיָא – יַשְׁלִיכֶנָּה לַכְּלָבִים, וּבְמֻוקְדָּשִׁין תִּקָּבֵר, וְאֵין קוֹבְרִין אוֹתָהּ בְּפָרָשַׁת דְּרָכִים, וְאֵין תּוֹלִין אוֹתָהּ בְּאִילָן, מִפְּנֵי דַּרְכֵי הָאֱמוֹרִי.

[La bête] qui met bas son premier-né (ha-mevakeret) [et] qui a expulsé un placenta — qu'on le jette aux chiens ; et pour les [bêtes] consacrées, qu'on l'enterre ; et on ne l'enterre pas à un carrefour, et on ne le suspend pas à un arbre, en raison des coutumes des Amoréens (darkhei ha-emori).

📜 Rachi (6)
הַמְבַכֶּרֶת זֶהוּ פֶּטֶר רֶחֶם שֶׁלָּהּ:
[La bête] qui met bas son premier-né (ha-mevakeret) — c'est ce qui ouvre sa matrice (peter rehem) [son premier-né].
יַשְׁלִיכֶנָּה לַכְּלָבִים שֶׁאֵין בָּהּ קְדֻושָּׁה דְּאע"ג דְּאֵין שָׁלְיָא בְּלֹא וָלָד הָכָא רֻובָּהּ לָאו בַּת מִיקַּדְּשָׁה הִיא דְּדִלְמָא נְקֵבָה הֲוָה כְּדִלְקַמָּן בַּגְּמָרָא:
Qu'on le jette aux chiens — car il n'y a pas de sainteté en lui ; bien qu'il n'y ait pas de placenta sans foetus, ici sa majorité [des cas] n'est pas apte à être consacrée, car peut-être était-ce une femelle, comme [il est dit] plus loin dans la guemara.
וּבַמֻּוקְדָּשִׁין כְּגוֹן בֶּהֱמַת שְׁלָמִים שֶׁהִפִּילָה שַׁלְיָא:
Et pour les [bêtes] consacrées — par exemple une bête [destinée aux] sacrifices de paix (chelamim) qui a expulsé un placenta.
תִּקָּבֵר דְּכֵיוָן דְּאֵין שַׁלְיָא בְּלֹא וָלָד קִדְּשָׁה דְּבֵין זָכָר וּבֵין נְקֵבָה דְּנָפֵיק מִבֶּהֱמַת הֶקְדֵּשׁ קַדִּישׁ:
Qu'on l'enterre — car, puisqu'il n'y a pas de placenta sans foetus, [le foetus] est sanctifié : que ce soit un mâle ou une femelle, dès lors qu'il sort d'une bête consacrée (hekdech), il est saint.
בְּפָרָשַׁת דְּרָכִים מָקוֹם שֶׁהַדְּרָכִים מִתְפָּרְשִׁים לִשְׁנַיִם וְדֶרֶךְ הַמְנַחֲשִׁים לְקָובְרָהּ שָׁם שֶׁלֹּא תַּפִּיל עוֹד:
À un carrefour — un endroit où les chemins se séparent en deux ; et la manière des devins (menachachim) [est] de l'y enterrer pour qu'[elle] ne fasse plus de fausse couche.
דַּרְכֵי הָאֱמוֹרִי נִיחוּשׁ וּכְתִיב (שְׁמוֹת כג) וְלֹא תַּעֲשֶׂה כְּמַעֲשֵׂיהֶם:
Coutumes des Amoréens — [c'est] de la divination (nihouch), et il est écrit (Exode 23) 'et tu ne feras pas selon leurs actes'.
💡 Explication

Une primipare (mevakeret) [première mise bas] expulse un placenta sans foetus visible : profane, on le jette aux chiens [il n'a pas de sainteté : le foetus était peut-être une femelle, non consacrée comme premier-né]. Mais d'une bête consacrée (ex. un sacrifice de paix), on l'enterre [tout produit d'une bête sacrée, mâle ou femelle, est saint]. On ne l'enterre pas à un carrefour et on ne le suspend pas à un arbre [rites superstitieux pour empêcher de nouvelles fausses couches] : c'est interdit comme 'coutumes des Amoréens' (darkhei ha-emori).

14
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״כָּל (בְּהֵמָה) [בִּבְהֵמָה] תֹּאכְלוּ״ – לְרַבּוֹת אֶת הַשַּׁלְיָא. יָכוֹל אֲפִילּוּ יָצְתָה מִקְצָתָהּ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתָהּ״ – אוֹתָהּ וְלֹא שִׁלְיָתָהּ.

GUEMARA. D'où [viennent] ces choses ?

Car nos Maîtres ont enseigné : 'tout [animal] parmi la bête, vous [le] mangerez' (Deut 14:6) — [c'est] pour inclure le placenta. [Pourrait-on croire qu'il est permis] même [s']il en est sorti une partie ?

L'enseignement [vient] dire : 'elle' (otah) — elle, et non son placenta [s'il est sorti].

💡 Explication

Guemara. D'où la michna tire-t-elle ses règles ? D'une braita : le mot 'tout' (kol) dans 'tout [animal] parmi la bête, vous [le] mangerez' (Deut 14:6) vient inclure le placenta [permis par l'abattage de la mère]. Pourrait-on l'étendre même au placenta sorti en partie ? Le verset précise 'elle' (otah) — elle [la bête abattue est permise], et non son placenta [s'il est déjà sorti].

15
מִכְּדִי אֵין שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד, לָמָּה לִי קְרָא? קְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא.

Or [puisqu']il n'y a pas de placenta sans foetus, pourquoi me faut-il un verset ? Le verset [n'est] qu'un simple appui (asmakhta).

📜 Rachi (2)
גְּמ' לָמָּה לִי קְרָא לְמֵימַר וְלֹא שִׁלְיָתָהּ פְּשִׁיטָא דַּאֲסוּרָה דְּשֶׁמָּא יָצָא הַוָּלָד וַהֲרֵי הוּא כְּיָלוּד וְשָׁלְיָא בָּתְרֵיהּ אָזְלָא וְלָא שֶׁרִיתָּה שְׁחִיטָה:
GUEMARA. Pourquoi me faut-il un verset — pour dire 'et non son placenta' ? Il est évident qu'[il est] interdit, car peut-être le foetus est-il sorti, et le voici comme un nouveau-né, et le placenta le suit, et l'abattage ne l'a pas permis.
אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא וְלִדְרָשָׁא אַחֲרִיתִי אֲתָא עִיקַּר קְרָא לְחוֹתֵךְ מִן הַטְּחוֹל וּמִן הַכְּלָיוֹת כִּדְאָמַר לְעֵיל בְּפִירְקִין (חוֹלִין דַּף סט.):
Un simple appui (asmakhta) — et [le verset] est venu [en réalité] pour une autre exégèse : le sens premier du verset [vise] celui qui tranche [le foetus] depuis la rate (tehol) ou depuis les reins (kelayot), comme [on l']a dit plus haut dans notre chapitre (Houlin 69a).
💡 Explication

Objection : il n'y a pas de placenta sans foetus ; il va donc de soi qu'un placenta sorti en partie est interdit [la tête du foetus a pu paraître -> comme un nouveau-né]. Pourquoi un verset ? Réponse : le verset n'est qu'un simple appui (asmakhta) ; son sens premier sert à une autre exégèse [celui qui tranche depuis la rate ou les reins, vue plus haut, 69a].

16
וְאֵינָהּ מְטַמְּאָה. בָּעֵי רַבִּי יִצְחָק בַּר נַפָּחָא: עוֹר חֲמוֹר שֶׁשְּׁלָקוֹ מַהוּ? לְמַאי? אִי לְטֻומְאַת אֳכָלִין – תְּנֵינָא,

'Et il ne contracte pas l'impureté'. Rabbi Yitzhak bar Nafha a demandé : une peau d'âne qu'on a bouillie (or hamor che-chalko) — quoi [son statut] ?

Pour quoi [la question] ? Si [c'est] pour l'impureté des aliments — nous [l']avons [déjà] apprise [par enseignement] ;

📜 Rachi (3)
עוֹר חֲמוֹר שֶׁהוּא קָשֶׁה וּמָאוּס:
Une peau d'âne — qui est dure et répugnante.
שֶׁשָּׁלְקוּ בְּשֶׁלּוֹ הַרְבֵּה מְאֹד:
Qu'on a bouillie (che-chalko) — il l'a très longuement cuite.
אִי לְטֻומְאַת אוֹכְלִין אִם נַעֲשָׂה אֹוכֶל לְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין:
Si [c'est] pour l'impureté des aliments — si elle est devenue un aliment [de nature] à contracter l'impureté des aliments.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּהֵמָה וּמָצָא בָּהּ שִׁלְיָא נֶפֶשׁ הַיָּפֶה תֹּאכְלֶנָּה. וְאֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא טֻומְאַת אֳוכָלִין וְלֹא טֻומְאַת נְבֵילוֹת. חִישֵּׁב עָלֶיהָ מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִין אֲבָל לֹא טֻומְאַת נְבֵילָה. שִׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה. סִימָן וָלָד בָּאִשָּׁה כָּךְ סִימָן וָלָד בַּבְּהֵמָה. מְבַכֶּרֶת שֶׁהִפִּילָה שִׁלְיָא יַשְׁלִיכֶנָּה לִכְלָבִים. וּבְמֻוקְדָּשִׁין תִּקָּבֵר. אֵין קוֹבְרִין אוֹתָהּ בְּפָרָשַׁת דְּרָכִים וְאֵין תּוֹלִין אוֹתָהּ בְּאִילָן מִשּׁוּם דַּרְכֵי הָאֱמוֹרִי:
MICHNA. Celui qui abat la bête et trouve en elle un placenta (shilya) : que celui dont l'estomac [est] sain (nefech hayafa) le mange ; et il ne contracte ni l'impureté des aliments (toumat okhalin) ni l'impureté des charognes (toumat nevelot). [Si] l'on a formé [l'intention] à son sujet [de le manger], il contracte l'impureté des aliments, mais non l'impureté de charogne. Un placenta dont une partie est sortie est interdit à la consommation : [comme] un signe de foetus chez la femme, tel [est] un signe de foetus chez la bête. [La bête] qui met bas son premier-né (mevakeret) [et] qui a expulsé un placenta — qu'on le jette aux chiens ; et pour les [bêtes] consacrées (moukdachin), qu'on l'enterre. On ne l'enterre pas à un carrefour (parachat derakhim) et on ne le suspend pas à un arbre, en raison des coutumes des Amoréens (darkhei ha-emori).
💡 Explication

Retour sur la michna ('il ne contracte pas l'impureté'). Rabbi Yitzhak bar Nafha demande : une peau d'âne [chose dure et répugnante] qu'on a longuement bouillie [au point de l'attendrir] — quel est son statut ? Mais à propos de quoi ? Si c'est pour l'impureté des aliments, cela a déjà été enseigné [la question reste donc ouverte ; sa suite est au daf suivant].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).