Chullin 77b — cuir d'âne bouilli et impureté, le placenta (shilya) sorti en partie, et les voies de l'Amorite

Chullin 77b

Sougya : La Guemara achève la question sur le cuir d'âne bouilli : de quelle impureté parlait-on ? Si [c'est] celle des aliments ou celle des charognes, [c'est] déjà enseigné (tanina) ; on conclut que le cuir d'âne, répugnant (meis), fait douter qu'il devienne un aliment même bouilli.

La sougya passe ensuite à la michna du placenta (shilya) sorti en partie avant l'abattage : par crainte qu'un autre foetus n'ait émis sa tête dans cette portion, sa consommation est interdite. Rabbi Elazar et Rabbi Yo'hanan divergent (première puis seconde version, retenue) sur le cas où un foetus se trouve dans la matrice : attaché au placenta — permis ; non attaché — Rabbi Elazar interdit, Rabbi Yo'hanan permet ; une braita appuie Rabbi Elazar.

Vient ensuite la primipare (mevakeret) qui a avorté : on jette le placenta aux chiens, car le premier-né consacré (mâle et de même espèce) n'est qu'une minorité une fois joints les nidme et les femelles. Pour les [animaux] consacrés on enterre (majorité consacrable).

Enfin Abaye et Rava : tout [procédé] qui a une vertu médicinale n'est pas 'voies de l'Amorite' ; ce qui n'en a pas l'est ; et l'on objecte par la braita de l'arbre qui perd ses fruits, qu'on peint en rouge et qu'on charge de pierres.

Le cuir bouilli de l'âne : de quelle impureté parle la question ? Impureté des aliments toumat okhlin braita : un cuir qu'on a bouilli contracte l'impureté des aliments déjà enseigné -> tanina mais le cuir de l'âne est répugnant (meis) : peut-être pas un aliment même bouilli -> la question subsiste Impureté des charognes toumat nevelot 'sa charogne' (Lv 11:39) et non le cuir, ni les os... déjà enseigné -> tanina Rabba bar Rav Hana : utile seulement pour le cas du brouet (tsiki kedera) -> déjà résolu
Segments 0-4 : les deux impuretés possibles de la question sur le cuir d'âne bouilli, et pourquoi seule celle des aliments reste ouverte.
Placenta (shilya) sorti en partie : permis ou interdit ? (version retenue) crainte : un autre foetus (avec son placenta) était là et est sorti -> ce placenta serait le sien Rabbi Elazar Rabbi Yo'hanan Aucun foetus dedans INTERDIT INTERDIT Foetus présent non attaché INTERDIT (peut venir d'un autre) PERMIS (on le rattache à ce foetus) Foetus présent attaché au foetus PERMIS (certainement le sien) PERMIS Rabbi Yirmeya : c'est Rabbi Elazar qui est le plus rigoureux (il interdit le cas 'présent non attaché')
Segments 5-10 (version retenue) : statut du placenta sorti en partie selon Rabbi Elazar et Rabbi Yohanan, par cas.
Placenta d'une primipare (mevakeret) : pourquoi 'on le jette aux chiens' le premier-né (bekhor) est consacré seulement s'il est mâle ET de même espèce que sa mère Moitié nuls (nekevot) femelles : un premier-né n'est jamais femelle -> non consacré Minorité : nidme mâle ressemblant à une autre espèce -> non consacré Reste : mâles nets mâle de même espèce -> MINORITÉ On joint nidme (minorité) à la moitié des femelles : le consacrable n'est plus qu'une minorité -> on néglige
Segments 11-12 : pourquoi le placenta d'une primipare se jette aux chiens — le premier-né consacrable est une minorité.
1
אִי לְטֻומְאַת נְבֵלוֹת – תְּנֵינָא.

Et si [la question portait] sur l'impureté des charognes (toumat nevelot) — nous [l']avons [déjà] apprise.

📜 Rachi (1)
לְטֻומְאַת נְבֵלוֹת אִם נַעֲשָׂה בָּשָׂר לְהֵחָשֵׁב כְּנִבְלַת הַחֲמוֹר עַצְמָהּ:
Sur l'impureté des charognes — si [ce cuir bouilli] est devenu une chair [au point] d'être compté comme la charogne de l'âne (nevelat ha-hamor) elle-même.
💡 Explication

Fin de la discussion (depuis 77a) sur le cuir d'âne qu'on a fait bouillir : Rabbi Yitzhak Nappaha avait demandé son statut. La Guemara examine sur quel point portait sa question. Si elle portait sur l'impureté des charognes (toumat nevelot) — à savoir si ce cuir bouilli devient comme la chair de la charogne elle-même — c'est déjà enseigné (tanina) ailleurs, donc la question n'aurait pas lieu d'être.

2
טֻומְאַת אֳכָלִין, דְּתַנְיָא: הָעוֹר וְהַשַּׁלְיָא – אֵין מְטַמְּאִין טֻומְאַת אֳכָלִין, עוֹר שֶׁשְּׁלָקוֹ, וְהַשָּׁלְיָא שֶׁחִישֵּׁב עָלֶיהָ – מְטַמְּאִין טֻומְאַת אֳכָלִין.

[Reste] l'impureté des aliments (toumat okhlin), car il est enseigné (tanya) : le cuir et le placenta (ha-or ve-ha-shilya) — ne contractent pas l'impureté des aliments ; un cuir qu'on a bouilli (or she-shalko), et le placenta sur lequel on a formé un projet [de consommation] (she-hishev aleha) — contractent l'impureté des aliments.

🗂️ Tossefot (1)
עוֹר שֶׁשְּׁלָקוֹ מְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין וא"ת א"כ יֹאכַל עוֹר בְּפֶסַח דְּהָא תְּנַן (פְּסָחִים דַּף פד.) כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר גָּדוֹל בְּשִׁלְקָא נֶאֱכָל בְּצָלִי בִּגְדִי הָרַךְ וי"ל דְּבָעֵינַן שֶׁיְּהֵא נֶאֱכָל בְּשִׁלְקָא שֶׁלֹּא ע"י הַדְּחָק:
Un cuir qu'on a bouilli contracte l'impureté des aliments — et si tu objectes : s'il en est ainsi, qu'on mange [donc] du cuir à Pessa'h, car nous avons appris (Pessahim 84a) [que] tout ce qui se mange dans un grand taureau [adulte] cuit (be-chilka) se mange [aussi] dans un chevreau tendre, rôti (be-tzli) — et l'on peut dire [que] nous exigeons [pour cela] qu'il soit mangeable cuit (be-chilka) sans [recourir à] un expédient (she-lo al yedei ha-dehak).
💡 Explication

On suppose alors que la question portait sur l'impureté des aliments (toumat okhlin). Mais cela aussi est déjà enseigné par une braita : cuir et placenta, normalement non comestibles, ne se rendent pas impurs comme aliments ; mais un cuir bouilli (or she-shalko) — donc devenu mangeable — et un placenta qu'on a destiné à la consommation par la pensée, oui.

3
טֻומְאַת נְבֵילוֹת נָמֵי תְּנֵינָא: ״בְּנִבְלָתָהּ״ – וְלֹא בְּעוֹר, וְלֹא בְּעַצְמוֹתָיו, וְלֹא בְּגִידִין, וְלֹא בַּקַּרְנַיִם, וְלֹא בִּטְלָפִים.

L'impureté des charognes aussi, nous [l']avons [déjà] apprise : 'sa charogne' (be-nivlata) — et non son cuir, ni ses os, ni ses tendons, ni ses cornes, ni ses sabots.

🗂️ Tossefot (2)
בְּנִבְלָתָהּ וְלֹא בָּעוֹר וְלֹא בַּעֲצָמוֹת וא"ת אַמַּאי לָא מַייְתֵי מַתְנֵי' דְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין קיז:) דִּתְנַן בְּהֶדְיָא דְּהָעוֹר אֵינוֹ מִצְטָרֵף לְטַמֵּא טֻומְאַת נְבֵלוֹת וי"ל דְּמַייְתִי מֵהָכָא מִשּׁוּם דְּרַבָּה בַּר רַב חָנָא קָאָמַר עֲלָהּ לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא עֲשָׂאָן לְצִיקֵי קְדֵרָה דְּאַמַּתְנִי' לָא מָצֵי לְמֵימַר דְּמַתְנִי' אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן מִשּׁוּם צֵירוּף דְּאֵין מִצְטָרְפִין:
'Sa charogne' et non le cuir ni les os — et si tu objectes : pourquoi [la Guemara] n'apporte-t-elle pas la michna de [chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (Houlin 117b), où il est enseigné explicitement [que] le cuir ne se joint pas [à la chair] pour transmettre l'impureté des charognes ? Et l'on peut dire [qu']elle apporte d'ici parce que Rabba bar Rav Hana a dit à ce sujet 'cela n'a été nécessaire que [pour le cas] où l'on en a fait un brouet de marmite (tsiki kedera)', ce qu'on ne pourrait pas dire sur la michna [de Ha-or ve-ha-rotev], car cette michna a été nécessaire pour nous enseigner, au sujet de la jonction (tziroupf), qu'[ils] ne se joignent pas.
וְלֹא בְּעוֹר כְּשֶׁאֵין עָלָיו כַּזַּיִת בָּשָׂר דְּהָכִי אָמַר בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין קכו:) וְהָתָם נָמֵי דָּרְשִׁינַן בְּנִבְלָתָהּ וְלֹא בְּקוּלִית סְתוּמָה וְשֶׁקֻּולִּין הֵן:
Et non le cuir — quand il n'y a pas dessus un olive (ke-zayit) de chair, car ainsi est-il dit dans [le chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (Houlin 126b) ; et là aussi nous interprétons 'sa charogne' — et non un os [du fémur] bouche (koulit setouma), et [les deux] s'équivalent (chekoulin hen).
💡 Explication

De même pour l'impureté des charognes : une braita la déduit du verset 'sa charogne' (Lv 11:39) — le mot exclut le cuir, les os, les tendons, les cornes et les sabots : seul ce qui est chair transmet l'impureté de charogne. Donc, là encore, c'est déjà connu.

4
וְאָמַר רַבָּה בַּר רַב חָנָא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא שֶׁעֲשָׂאָן צִיקֵי קְדֵרָה.

Et Rabba bar Rav Hana a dit : cela n'a été nécessaire que [pour le cas] où l'on en a fait un brouet de marmite (tsiki kedera).

📜 Rachi (2)
לֹא נִצְרְכָה לְמַעוֹטִינְהוּ דְּהָא וַדַּאי לָאו בָּשָׂר נִינְהוּ:
Cela n'a été nécessaire — pour les exclure, car assurément [ce] n'est pas de la chair.
אֶלָּא שֶׁנַּעֲשָׂה צִיקֵי קְדֵרָה בִּשְּׁלָן הַרְבֵּה עִם תַּבְלִין:
Que [pour le cas] où l'on en a fait un brouet de marmite — on les a beaucoup cuits avec des épices.
💡 Explication

Rabba bar Rav Hana précise la portée de cette braita sur la charogne : l'exclusion 'et non son cuir...' n'était nécessaire que pour le cas où l'on a transformé ces parties en brouet de marmite (tsiki kedera) — une longue cuisson avec des épices — où l'on aurait pu les croire devenues chair comestible et donc transmettant l'impureté. La braita enseigne qu'il n'en est rien.

5
לְעוֹלָם טֻומְאַת אֳכָלִין, וְשָׁאנֵי עוֹר חֲמוֹר דִּמְאִיס.

[Réponse :] en réalité [la question portait] sur l'impureté des aliments, et le cuir de l'âne est différent, car il est répugnant (meis).

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם לְטֻומְאַת אוֹכְלִין וּמַתְנִי' לָא אִיפְּשִׁיט דְּהָתָם עוֹר שֶׁשְּׁלָקוֹ תַּנְיָא וּבְעוֹר בְּהֵמָה אַחֶרֶת קָמַיְירֵי אֲבָל עוֹר חֲמוֹר מְאִיס:
En réalité [la question portait] sur l'impureté des aliments — et la michna [= la braita] ne l'a pas résolue, car là est enseigné 'un cuir qu'on a bouilli', et [cela] traite du cuir d'une autre bête ; mais le cuir de l'âne est répugnant (meis).
💡 Explication

Résolution : la question de Rabbi Yitzhak Nappaha portait bien sur l'impureté des aliments, et la braita du segment 1 ne la tranche pas, car le cuir de l'âne est à part : il est répugnant (meis), si bien que, même bouilli, on peut douter qu'il devienne réellement un aliment. La question reste donc légitime.

6
שַׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין עִמָּהּ וָלָד, אֲבָל יֵשׁ עִמָּהּ וָלָד – אֵין חוֹשְׁשִׁין לְוָלָד אַחֵר. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: בֵּין אֵין עִמָּהּ וָלָד בֵּין יֵשׁ עִמָּהּ וָלָד – חוֹשְׁשִׁין לְוָלָד אַחֵר.

[La michna :] 'un placenta (shilya) qui est sorti [en partie est interdit à la consommation].' Rabbi Elazar a dit : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas] où il n'y a pas avec lui de foetus (vlad) [dans la matrice] ; mais [s']il y a avec lui un foetus — on ne craint pas un autre foetus. Et Rabbi Yo'hanan a dit : qu'il n'y ait pas avec lui de foetus, ou qu'il y ait avec lui un foetus — on craint un autre foetus.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא שֶׁאֵין עִמָּהּ וָלָד בְּאוֹתָהּ שֶׁבִּפְנִים:
Que [pour le cas] où il n'y a pas avec lui de foetus — dans celle [là matrice] qui est au-dedans.
אֲבָל יֵשׁ עִמָּהּ וָלָד וְרוֹאִים אָנוּ רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ לִפְנִים:
Mais [s']il y a avec lui un foetus — et [que] nous voyons sa tête et sa majeure partie au-dedans.
אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא עוֹד הָיָה וָלָד אַחֵר עִם זֶה וְיָצָא וְשָׁלְיָא זוֹ שֶׁלּוֹ הִיא וְזֶה שֶׁבִּפְנִים כְּבָר יָצְתָה שִׁלְיָתוֹ ומ"מ שָׁלְיָא זוֹ אֲסוּרָה דְּשֶׁמָּא שֶׁל וָלָד אַחֵר הָיְתָה:
On ne craint pas — qu'il y eût peut-être encore un autre foetus avec celui-ci, lequel serait sorti et [que] ce placenta serait le sien, tandis que celui qui est au-dedans, son placenta à lui est déjà sorti ; et néanmoins ce placenta[-ci] est interdit, car peut-être était-il [celui] d'un autre foetus.
💡 Explication

Retour à la michna : un placenta (shilya) qui est sorti en partie avant l'abattage est interdit, car on craint que la tête d'un foetus n'ait émergé dans cette portion. Première version du débat : Rabbi Elazar restreint l'interdit au cas où aucun foetus n'est trouvé dans la matrice ; si un foetus s'y trouve, le placenta lui est rattaché et l'on ne craint pas un autre foetus. Rabbi Yo'hanan : on craint un autre foetus dans tous les cas.

🖼️ Schéma
Placenta (shilya) sorti en partie : permis ou interdit ? (version retenue) crainte : un autre foetus (avec son placenta) était là et est sorti -> ce placenta serait le sien Rabbi Elazar Rabbi Yo'hanan Aucun foetus dedans INTERDIT INTERDIT Foetus présent non attaché INTERDIT (peut venir d'un autre) PERMIS (on le rattache à ce foetus) Foetus présent attaché au foetus PERMIS (certainement le sien) PERMIS Rabbi Yirmeya : c'est Rabbi Elazar qui est le plus rigoureux (il interdit le cas 'présent non attaché')
Le tableau des cas selon la version retenue (segments 7-8). La première version (ce segment) est écartée au segment 6.
7
אֵינִי? וְהָא אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לְחֻומְרָא אַמְרַהּ רַבִּי אֶלְעָזָר!

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Yirmeya a dit : c'est par rigueur (le-houmra) que Rabbi Elazar [l']a dit !

📜 Rachi (1)
וְהָאָמַר ר' יִרְמְיָה לְחוּמְרָא אֲמָרָהּ ר' אֶלְעָזָר דָּבָר זֶה שֶׁהָיָה מַחְמִיר מַר' יוֹחָנָן:
Mais Rabbi Yirmeya a dit : c'est par rigueur que Rabbi Elazar [l']a dit — cette chose-là, [à savoir] qu'il était plus rigoureux que Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Objection à la première version : selon elle, c'est Rabbi Yo'hanan qui est rigoureux (il interdit toujours) et Rabbi Elazar qui est indulgent. Or Rabbi Yirmeya enseigne expressément que Rabbi Elazar est celui qui parle par rigueur (le-houmra) — plus rigoureux que Rabbi Yo'hanan. La première version est donc inversée.

8
אֶלָּא, אִי אִתְּמַר הָכִי אִתְּמַר, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה בַּוָּלָד, אֲבָל קְשׁוּרָה בַּוָּלָד – אֵין חוֹשְׁשִׁין לְוָלָד אַחֵר.

Plutôt, si [cela] a été énoncé, [c'est] ainsi [que cela] a été énoncé : Rabbi Elazar a dit : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas] où [le placenta] n'est pas attaché au foetus (keshoura ba-vlad) ; mais [s']il est attaché au foetus — on ne craint pas un autre foetus.

📜 Rachi (3)
לֹא שָׁנוּ דַּאֲסוּרָה בַּאֲכִילָה דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ יֵשׁ עִמָּהּ וָלָד בִּפְנִים:
On n'a enseigné — qu'il est interdit à la consommation, ce qui implique même [le cas] où il y a avec lui un foetus au-dedans.
אֶלָּא שֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה בּוֹ דְּהָתָם אִיכָּא לְמֵימַר לָזֶה שֶׁבִּפְנִים הָיְתָה שָׁלְיָא אַחֶרֶת וְנָמוֹחָה וְיָצְתָה וְשָׁלְיָא זוֹ שֶׁל וָלָד אַחֵר הָיְתָה וְנִמּוֹחַ וְיָצָא:
Que [pour le cas] où il [le placenta] ne lui est pas attaché — car là il y a lieu de dire [que], pour celui qui est au-dedans, il y avait un autre placenta, lequel s'est dissous (nimoha) et est sorti, et [que] ce placenta[-ci] était [celui] d'un autre foetus, lequel s'est dissous et est sorti.
אֲבָל קְשׁוּרָה בּוֹ וַדַּאי שַׁלְיָא זוֹ שֶׁלּוֹ הָיְתָה וּמֻותֶּרֶת בַּאֲכִילָה:
Mais [s']il lui est attaché — c'est assurément [que] ce placenta était le sien, et il est permis à la consommation.
💡 Explication

Nouvelle version, retenue. Rabbi Elazar : l'interdit (même quand un foetus est trouvé dedans) ne vaut que si le placenta n'est pas attaché au foetus présent — alors il pourrait venir d'un autre foetus déjà sorti, et il est interdit. Mais s'il est attaché au foetus présent, il est assurément le sien et donc permis. Rabbi Elazar est ici le plus rigoureux, conforme à Rabbi Yirmeya.

9
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אָנוּ אֵין לָנוּ אֶלָּא שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד, אֲבָל יֵשׁ עִמָּהּ וָלָד, בֵּין קְשׁוּרָה בַּוָּלָד בֵּין אֵין קְשׁוּרָה בַּוָּלָד – אֵין חוֹשְׁשִׁין לְוָלָד אַחֵר, וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לְחוּמְרָא אֲמָרָהּ ר׳ אֶלְעָזָר.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : nous n'avons [d'interdit] qu'un placenta sans foetus ; mais [s']il y a avec lui un foetus, qu'il soit attaché au foetus ou qu'il ne soit pas attaché au foetus — on ne craint pas un autre foetus. Et c'est [le sens de] ce que Rabbi Yirmeya a dit : c'est par rigueur que Rabbi Elazar [l']a dit.

📜 Rachi (3)
וְר' יוֹחָנָן אָמַר אָנוּ אֵין לָנוּ שֶׁתְּהֵא אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה:
Et Rabbi Yo'hanan a dit : nous n'avons — [de cas] où il serait interdit à la consommation.
אֶלָּא שַׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ וְאֵין עִמָּהּ וָלָד בִּפְנִים דְּהָתָם חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יָצָא מִיחוּי הַוָּלָד שָׁם:
Qu'un placenta — qui est sorti en partie et [pour lequel] il n'y a pas avec lui de foetus au-dedans, car là nous craignons que ne soit sorti là la dissolution (mihouy) du foetus.
אֲבָל יֵשׁ עִמָּהּ וָלָד אַפֵּי' אֵינָהּ קְשׁוּרָה בּוֹ מֻותֶּרֶת דִּבְדִידֵיהּ תָּלֵינַן לָהּ:
Mais [s']il y a avec lui un foetus — même [s']il ne lui est pas attaché, [le placenta] est permis, car nous le rattachons (talinan) à celui-là [= au foetus présent].
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan, dans cette version, est plus indulgent : le placenta n'est interdit que s'il est seul, sans foetus dans la matrice ; dès qu'un foetus s'y trouve — qu'il soit attaché ou non au placenta — on ne craint pas un autre foetus et le placenta est permis. Ainsi Rabbi Elazar (qui interdit le cas 'présent mais non attaché') est bien le plus rigoureux, comme l'a dit Rabbi Yirmeya.

10
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר: הַמַּפֶּלֶת מִין בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף, וְשָׁלְיָא עִמָּהֶן, בִּזְמַן שֶׁקְּשׁוּרָה בָּהֶן – אֵין חוֹשְׁשִׁין לְוָלָד אַחֵר, אֵינָהּ קְשׁוּרָה בָּהֶן – הֲרֵינִי מֵטִיל עָלֶיהָ חֹומֶר שְׁנֵי וְלָדוֹת.

Il est enseigné [une braita] conformément à Rabbi Elazar : celle qui expulse [un foetus] de l'espèce d'une bête domestique, d'une bête sauvage ou d'un oiseau (min behema, haya va-of), et [qu']un placenta [est] avec eux — au moment où il leur est attaché, on ne craint pas un autre foetus ; [s']il ne leur est pas attaché — voici que je lui impose la rigueur de deux foetus (homer shnei vlados).

📜 Rachi (4)
מִין בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף וְרַבָּנָן הִיא דְּאָמְרִי בְּמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף כא.) כֹּל שֶׁאֵין בּוֹ מִצּוּרַת אָדָם אֵינוֹ וָלָד:
De l'espèce d'une bête domestique, d'une bête sauvage ou d'un oiseau — et c'est [l'opinion des] Sages (rabbanan), qui disent au traité Nidda (21a) [que] tout [foetus] qui n'a pas en lui de la forme d'un homme (tzourat adam) n'est pas un foetus [requérant les jours d'impureté].
אֵין חוֹשְׁשִׁין לְוָלָד אַחֵר וְאִם נִפְתַּח הַקֶּבֶר בְּלֹא דָם דַּהֲוַאי לֵידָה יַבִּישְׁתָּא טְהוֹרָה:
On ne craint pas un autre foetus — et si la matrice s'est ouverte sans sang, ce qui serait une 'naissance sèche' (leida yeveshta), [la femme est] pure.
אֵינָהּ קְשׁוּרָה בָּהֶן הֲרֵינִי מֵטִיל עַל אִשָּׁה הַזֹּאת:
[S']il ne leur est pas attaché, voici que j'impose — sur cette femme-ci.
חֹומֶר שְׁתֵּי וְלָדוֹת דְּחוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא הָיָה בֻּשְׁלַיָּא זוֹ וָלָד גָּמוּר נְקֵבָה וְתֵשֵׁב עָלָיו לִנְקֵבָה וְאַפֵּי' בְּלֵידָה יַבִּישְׁתָּא טְמֵאָה שְׁבוּעַיִם כְּדִין נְקֵבָה מֵחֲמַת סָפֵק וָלָד אַחֵר וְגַם חָומְרוֹ שֶׁל זֶה נָטִיל עָלֶיהָ וְנֹאמַר וָלָד זֶה מְשַׁלְּיָא זוֹ וְלֹא הָיָה בָּהּ וָלָד אַחֵר וְזוֹ אֵינָהּ וָלָד וְאֵין לָהּ שׁוּם יְמֵי טֹוהַר וְהַיְינוּ חֹומֶר שֶׁאִם לֹא נִמְצָא זֶה עִמָּהּ קיי"ל בְּמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף כֹּד:) הַמַּפֶּלֶת שִׁלְיָא תֵּשֵׁב לְזָכָר וְלִנְקֵבָה וְנוֹתְנִין לָהּ מִיהָא יְמֵי טֹוהַר שֶׁל זָכָר דְּאֵין שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד אֲבָל לְזוֹ אֵין יְמֵי טָהֳרָה:
La rigueur de deux foetus — car nous craignons qu'il n'y eût dans ce placenta un foetus achevé, [une] femelle, et [qu']elle [doive] observer pour lui [le statut d'une] femelle ; et même dans une naissance sèche elle [serait] impure deux semaines, selon la loi de la femelle, en raison du doute [sur] un autre foetus ; et [pourtant] nous lui imposons aussi la rigueur de celui-ci [le foetus-bête] : nous disons [que] ce foetus[-bête] provient de ce placenta et qu'il n'y avait pas en lui d'autre foetus, [que] celui-ci [le foetus-bête] n'est pas un foetus [valide], et [qu']elle n'a aucun jour de pureté (yemei tohar) ; et c'est [là] la rigueur. Car, s'il n'avait pas été trouvé avec elle [le placenta], nous tenons (kayma lan) au traité Nidda (24b) [que] celle qui expulse un placenta s'assied [observe l'impureté] pour un mâle et pour une femelle, et on lui accorde tout de même les jours de pureté d'un mâle, car il n'y a pas de placenta sans foetus ; mais à celle-ci [le cas présent] il n'y a pas de jours de pureté.
🗂️ Tossefot (2)
הַמַּפֶּלֶת מִין בְּהֵמָה וְחַיָּה לָא הָוֵי מָצֵי לְמִינְקַט נֵפֶל מִשּׁוּם דְּתוֹךְ שְׁלֹשָׁה תּוֹלִין בּוֹ אֶת הַשַּׁלְיָא כִּדְאָמַר רָבָא בְּפֶ' הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כו:):
Celle qui expulse [un foetus] de l'espèce d'une bête domestique et sauvage — [le tana] n'aurait pas pu prendre [le cas d']un [foetus] avorté (nefel), parce que durant trois [jours] on rattache à lui [tout] le placenta, comme l'a dit Rava au chapitre Ha-mapelet (Nidda 26b).
הֲרֵינִי מֵטִיל עָלֶיהָ חֹומֶר ב' וְלָדוֹת בַּקּוּנְטְרֵס פִּי' דַּאֲתָא כְּרַבָּנָן אֲבָל מִתּוֹךְ הַלָּשׁוֹן דְּחֹומֶר שְׁנֵי וְלָדוֹת מַשְׁמַע כר"מ דְּחָשֵׁיב וְלָדוֹת בְּהֵמָה חַיָּה וְעוֹף וּכְגוֹן דְּהַךְ בְּהֵמָה הָוְיָא זָכָר דְּאִי הָוְיָא נְקֵבָה לָא נָפְקָא מִינַּהּ מִידִי בַּחֲשָׁשָׁא שֶׁל שַׁלְיָא אִם לֹא הֵיכָא דְּחַד קֹודֶם שְׁקִיעַת הַחַמָּה וְחַד לְאַחַר שְׁקִיעָה כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי סַנְדָּל בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כֹּה:) אִי נָמֵי י"ל דְּאָתְיָא מַתְנֵי' כְּרַבָּנָן דְּלָא חָשְׁבִינָא לֵיהּ וָלָד וְחֹומֶר שְׁנֵי וְלָדוֹת הָוֵי מִשּׁוּם שַׁלְיָא גּוּפָהּ וְלֹא מִשּׁוּם בְּהֵמָה וְנוֹתְנִין לָהּ חֹומֶר זָכָר וּנְקֵבָה וּמִיהוּ אִי כְּרַבָּנָן אָתְיָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר תֵּשֵׁב לְזָכָר וְלִנְקֵבָה וּלְנִדָּה דְּשֶׁמָּא אֵין כָּאן וָלָד אֶחָד וּלְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס אָתֵי שַׁפִּיר הָא דְּלָא קָאָמַר וּלְנִדָּה דְּהַיְינוּ חֹומֶר שְׁנֵי וְלָדוֹת דְּקָאָמַר וא"ת לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ דִּנְקַט בְּהֵמָה וְחַיָּה דַּוְקָא אֲבָל הִפִּילָה נֵפֶל לָא חָייְשִׁינַן לְוָלָד אַחֵר כֵּיוָן דְּיַלְדָּה כִּי אוֹרְחָא הָא מַתְנֵי' יַלְדָּה כִּי אוֹרְחָא וְחָיְישִׁינַן בְּאֵינֵהּ קְשׁוּרָה לְוָלָד אַחֵר וּמַאי סִיַּיעְתָּא מַייְתֵי לֵר' אֶלְעָזָר אַדְּרַבָּה קַשְׁיָא לֵיהּ מֵהַךְ בָּרַיְיתָא דִּנְקַט חַיָּה וְעוֹף דַּוְוקָא וְסִייַּעְתָּא לְר' יוֹחָנָן וי"ל דְּאֵין הַדָּבָר תָּלוּי בְּכִי אוֹרְחֵיהּ אֶלָּא פְּשִׁיטָא לֵיהּ לִמְסַדֵּר הַשַּׁ"ס דִּבְצוּרַת הָאָדָם תָּלוּי הַטַּעַם שֶׁרְגִילָה שִׁלְיָתָהּ לְהִתְעַכֵּב אֲבָל אַחַר בְּהֵמָה וְחַיָּה וְעוֹף לָא שְׁנָא בִּמְעֵי אִשָּׁה וְלָא שְׁנָא בִּמְעֵי בְּהֵמָה אֵין הַשַּׁלְיָא רְגִילָה לְהִפָּרֵד מִן הַוָּלָד אַפֵּי' יָלְדָה הַבְּהֵמָה בַּר קְיָימָא וא"ת דְּהָכָא קָתָנֵי שֶׁמָּא נִימּוֹחַ מַשְׁמַע דְּסָפְקָא הוּא וא"כ אַמַּאי אֲסוּרָה הַשַּׁלְיָא בַּאֲכִילָה כְּשֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ וְיֵשׁ עִמָּהּ וָלָד וְהָא סְפֵק סְפֵיקָא הוּא שֶׁמָּא אֵין כָּאן וָלָד אַחֵר וְאַפֵּי' את"ל יֵשׁ כָּאן שֶׁמָּא אֵין בְּאוֹתוֹ מִקְצָת רֻובָּא וָלָד ובספ"ק דְּבָבָא קַמָּא (דַּף יא.) מַשְׁמַע דְּבִסְפֵק סָפְקָא שָׁרֵי דְּדָיְיקִינַן מִינֵּיהּ דְּאֵין מִקְצָת שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד הָא יֵשׁ מִקְצָת שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד הֲוָה לֵיהּ לְמִשְׁרֵי מִסְּפֵק סְפֵיקָא וי"ל דְּבַבָּרַיְיתָא דְּקָתָנֵי שֶׁמָּא הַייְנוּ בְּשִׁלְיָא הַבָּאָה אַחַר הַוָּלָד וּלְעֵיל אַיְירֵי בֻּשְׁלַיָּא הַבָּאָה קֹודֶם וָלָד אִי נָמֵי אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה מִשּׁוּם דְּגָזְרִינַן מִקְצָתָהּ אַטּוּ רֻובָּא כִּדְמַסִּיק בב"ק:
Voici que je lui impose la rigueur de deux foetus — dans [le commentaire de] notre maître [Rachi], il a expliqué [que la braita] vient selon les Sages (rabbanan) ; mais d'après la formulation 'rigueur de deux foetus', [cela] implique [plutôt] selon Rabbi Meir, qui compte [comme] foetus [les formes de] bête, fauve et oiseau, et [le cas serait] par exemple où cette bête[-foetus] est un mâle — car si c'était une femelle, il n'en résulterait rien quant à la crainte [liée] au placenta, sauf [dans le cas] où l'un [est né] avant le coucher du soleil et l'autre après le coucher, comme nous [le] disons à propos du sandal (sandal) au chapitre Ha-mapelet (Nidda 25b). Ou bien l'on peut dire [que] notre michna [= la braita] vient selon les Sages, qui ne le comptent pas [comme] foetus, et [que] la 'rigueur de deux foetus' provient du placenta lui-même et non de la bête : on lui accorde la rigueur d'un mâle et d'une femelle ; toutefois, si [la braita] vient selon les Sages, il aurait fallu dire 'elle s'assied pour un mâle, pour une femelle et pour une niddah', car peut-être n'y a-t-il pas ici un seul foetus [valide] ; et selon l'explication de notre maître [Rachi] cela va bien, [savoir] ce qu'[on] ne dit pas '[et] pour une niddah', car c'est [précisément] la 'rigueur de deux foetus' qu'il énonce. Et si tu objectes : selon ce qu'il a expliqué [que la braita] prend spécifiquement [le cas d'un foetus de forme de] bête et fauve, mais [que] si elle a expulsé un [foetus] avorté [de forme humaine] on ne craint pas un autre foetus puisqu'elle a enfanté selon le cours ordinaire (ki orheih) — or notre michna [traite du cas où] elle a enfanté selon le cours ordinaire, et nous craignons, [le placenta] n'étant pas attaché, un autre foetus ! et quel appui apporte-t-on [alors] à Rabbi Elazar ? au contraire, [cela] fait difficulté pour lui depuis cette braita qui prend spécifiquement [la forme de] fauve et d'oiseau, et [c'est plutôt] un appui pour Rabbi Yo'hanan ! Et l'on peut dire [que] la chose ne dépend pas du cours ordinaire, mais [qu']il est évident pour le rédacteur du Talmud [que c'est] de la forme humaine que dépend la raison pour laquelle le placenta a coutume de tarder [à sortir] ; mais pour [un foetus] de [forme de] bête, fauve et oiseau, [il n'y a] pas de différence [qu'il soit] dans le ventre d'une femme [ou] dans le ventre d'une bête : le placenta n'a pas coutume de se séparer du foetus, même [si] la bête à enfanté un [petit] viable (bar kayama). Et si tu objectes : ici [la braita] enseigne 'peut-être s'est-il dissous', ce qui implique [que c'est] un doute, et s'il en est ainsi, pourquoi le placenta est-il interdit à la consommation quand il est sorti en partie et qu'il y a avec lui un foetus — n'est-ce pas un double doute (sfek sfeka) : peut-être n'y a-t-il pas ici d'autre foetus, et même si tu dis [qu']il y en a [un], peut-être la majeure partie du foetus n'était-elle pas dans cette portion[-là] ? Et au [chapitre] premier de Baba Kamma (11a) il ressort que [dans] un double doute on permet, car nous en déduisons qu'il n'y a pas de partie de placenta sans foetus — [or] s'il y avait [parfois] une partie de placenta sans foetus, on aurait dû permettre [le cas présent] par double doute ! Et l'on peut dire [que] dans la braita où il est enseigné 'peut-être', [il s'agit] du placenta qui vient après le foetus, tandis que plus haut [la michna] traite du placenta qui vient avant le foetus. Ou bien [le placenta] est interdit à la consommation parce que nous décrétons [l'interdit sur le cas où il sort] en partie à cause [du cas où il sort en] majeure partie, comme [la Guemara] le conclut dans Baba Kamma.
💡 Explication

Appui de Rabbi Elazar par une braita sur les lois d'impureté de la femme après une fausse couche. Une femme qui expulse une forme de bête, de fauve ou d'oiseau (et non une forme humaine) avec un placenta : si le placenta y est attaché, on ne craint pas un autre foetus [de forme humaine] ; s'il n'y est pas attaché, on lui impose la rigueur de deux foetus — à la fois la longue impureté de la naissance d'une fille et l'absence de jours de pureté. La distinction attaché / non attaché appuie Rabbi Elazar.

11
שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: שֶׁמָּא נִימּוֹחַ שָׁפִיר שֶׁל שִׁלְיָא, שֶׁמָּא נִימּוֹחָה שִׁלְיָתוֹ שֶׁל שָׁפִיר.

Car je dis : peut-être s'est dissous (nimoha) l'embryon (shafir) de ce placenta, peut-être s'est dissous le placenta de cet embryon[-ci].

📜 Rachi (2)
שֶׁמָּא נִימּוֹחַ שָׁפִיר שֶׁל שִׁלְיָא זוֹ וְהוּא הָיָה וָלָד גָּמוּר:
Peut-être s'est dissous l'embryon de ce placenta — et il était un foetus achevé (vlad gamour).
וְשֶׁמָּא נִימּוֹחָה שִׁלְיָתָהּ שֶׁל שָׁפִיר זֶה וְשָׁלְיָא זוֹ לָאו שֶׁלּוֹ הָיְתָה. אַלְמָא שָׁאנֵי לָן בֵּין קְשׁוּרָה לְשֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה:
Et peut-être s'est dissous le placenta de cet embryon[-ci] — et ce placenta n'était pas le sien. Il appert [donc] que nous distinguons entre attaché et non attaché.
💡 Explication

Justification de la rigueur 'non attaché'. Deux dissolutions possibles : (1) l'embryon (shafir) auquel appartenait ce placenta — un foetus achevé de forme humaine — s'est dissous, si bien que ce placenta exige le statut de naissance ; (2) le placenta de l'embryon présent [le foetus-bête] s'est dissous, si bien que ce placenta-ci n'est pas le sien. Cette double crainte montre qu'on distingue bien attaché et non attaché.

12
הַמְבַכֶּרֶת שֶׁהִפִּילָה. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב אִיקָא בְּרֵיהּ דְּרַב אַמֵּי: רֹוב בְּהֵמוֹת יוֹלְדוֹת דָּבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה, וּמִיעוּט בְּהֵמוֹת דָּבָר שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה, וּמַאי נִיהוּ? נִדְמֶה.

[La michna :] 'la primipare (mevakeret) qui a avorté [— on jette le placenta aux chiens].' Quelle [en est] la raison ? Rav Ika fils de Rav Ami a dit : la majorité des bêtes enfantent une chose consacrable par la primogéniture (davar ha-kadoch bi-vekhora), et une minorité de bêtes [enfantent] une chose non consacrable par la primogéniture ; et qu'est-ce donc ?

[le] nidme.

📜 Rachi (3)
מ"ט יַשְׁלִיכֶנָּה לַכְּלָבִים וְלָא מְסַפְּקִינַן לָהּ בְּשִׁלְיַת הַבְּכוֹר:
Quelle [en est] la raison — [pour] qu'on le jette aux chiens et qu'on ne doute pas à son sujet [qu'il soit] le placenta du premier-né (bekhor).
דָּבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה אִם הָיָה זָכָר:
Une chose consacrable par la primogéniture — s'il était un mâle.
נִדְמֶה קונטרפייט"א. רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז אוֹ עֵז שֶׁיָּלְדָה דּוֹמֶה לְרָחֵל וְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (דַּף יב.) דְּלָא קַדִּישׁ דִּכְתִיב אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר עַד שֶׁיְּהֵא הוּא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר:
Nidme — 'contrefait' (kontrefayta). Une brebis qui a enfanté [un petit] de l'espèce de la chèvre, ou une chèvre qui a enfanté [un petit] ressemblant à une brebis ; et nous disons dans Bekhorot (12a) qu'il n'est pas consacré, car il est écrit 'mais le premier-né d'un bovin (ach bekhor chor)' — jusqu'à ce que lui soit un bovin et son premier-né un bovin.
💡 Explication

La michna : une primipare (mevakeret) qui a avorté — on jette le placenta aux chiens (au lieu de craindre que le premier-né, consacré, n'y soit). Pourquoi ne pas craindre ? Rav Ika fils de Rav Ami : la majorité des bêtes enfantent une chose consacrable par la primogéniture (un mâle de même espèce), une minorité non — à savoir le nidme, un petit ressemblant à une autre espèce, qui n'est pas saisi par la sainteté du premier-né.

🖼️ Schéma
Placenta d'une primipare (mevakeret) : pourquoi 'on le jette aux chiens' le premier-né (bekhor) est consacré seulement s'il est mâle ET de même espèce que sa mère Moitié nuls (nekevot) femelles : un premier-né n'est jamais femelle -> non consacré Minorité : nidme mâle ressemblant à une autre espèce -> non consacré Reste : mâles nets mâle de même espèce -> MINORITÉ On joint nidme (minorité) à la moitié des femelles : le consacrable n'est plus qu'une minorité -> on néglige
Le calcul des proportions : mâle net (consacrable) contre femelles et nidme (non consacrables).
13
וְכָל הַיּוֹלְדוֹת יוֹלְדוֹת מֶחֱצָה זְכָרִים וּמֶחֱצָה נְקֵבוֹת, סְמוֹךְ מִיעוּטָא דְּנִדְמֶה לְמֶחֱצָה דִּנְקֵבוֹת, וְהָווּ לְהוּ זְכָרִים מִיעוּטָא.

Et toutes celles qui enfantent enfantent moitié mâles et moitié femelles ; joins la minorité des nidme à la moitié des femelles, et voici que les mâles sont [réduits à] une minorité.

📜 Rachi (2)
וְכָל הַיּוֹלְדוֹת דַּרְכָּן לֵילֵד מֶחֱצָה זְכָרִים וּמֶחֱצָה נְקֵבוֹת הִלְכָּךְ וָלָד זֶה סְפֵק זָכָר סְפֵק נְקֵבָה וּנְקֵבָה לֹא קִדְּשָׁה ואת"ל זָכָר הוּא שֶׁמָּא נִדְמֶה הוּא:
Et toutes celles qui enfantent ont coutume d'enfanter moitié mâles et moitié femelles — dès lors, ce foetus[-ci est] un doute [entre] mâle et femelle, et une femelle n'est pas consacrée ; et si tu dis [que] c'est un mâle, peut-être est-il un nidme.
הָווּ לְהוּ זְכָרִים מִיעוּטָא וּלְמִיעוּטָא לָא חָיְישִׁינַן:
Voici que les mâles sont [réduits à] une minorité — et à une minorité nous ne craignons pas.
🗂️ Tossefot (1)
סְמוֹךְ מִיעוּטָא דְּנִדְמֶה לְמֶחֱצָה דִּנְקֵבוֹת כּוּ' וְהָא דִּתְנַן בפ"ג דִּבְכוֹרוֹת (דַּף כא:) בְּהֵמָה גַּסָּה שֶׁשָּׁפְעָה חֲרָרַת דָּם הֲרֵי זֶה תִּקָּבֵר וְנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה וְלָא אָמְרִינַן יַשְׁלִיכֶנָּה לַכְּלָבִים מֵהַאי טַעְמָא דְּהָכָא דְּהָתָם לָא אָמְרִינַן תִּקָּבֵר אֶלָּא כְּדֵי לְפַרְסֵם דְּנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה כִּדְאָמַר הָתָם וּמַה שֶׁאֵין דּוֹחֶה לוֹמַר שָׁם כֵּן אֶלָּא מִשּׁוּם קֻושְׁיָא דְּפָרִיךְ אַר' חַייָּא דְּאָמַר וְכִי מֵאַחַר דְּאֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא אַמַּאי תִּקָּבֵר וּמְשַׁנֵּי כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ כו' בְּלָאו הָכִי נָמֵי הָיָה צָרִיךְ לְטַעַם פִּרְסוּם אֶלָּא דְּאַדְּרַבִּי חַיָּיא לָא נִיחָא לֵיהּ כָּל כָּךְ שֶׁתִּקָּבֵר מִטַּעַם פִּרְסוּם כֵּיוָן דַּאֲפִילּוּ יָלְדָה דְּבַר הַקָּדוֹשׁ לָא בָּעֵי קְבוּרָה מִשּׁוּם דְּבָטֵל:
Joins la minorité des nidme à la moitié des femelles, etc. — et ce que nous avons appris au chapitre 3 de Bekhorot (21b) : 'une grosse bête (behema gassa) qui a expulse une masse de sang (hararat dam), celle-ci doit être enterrée et [la bête] est exemptée de la primogéniture' — et l'on n'y dit pas 'on la jette aux chiens' pour cette raison-ci [la majorité] qui [vaut] ici — [c'est] parce que là on ne dit 'qu'elle soit enterrée' que pour rendre notoire (le-farsem) qu'[elle] est exemptée de la primogéniture, comme il est dit là-bas. Et ce qui fait qu'[on] n'est pas forcé de dire là-bas ainsi [= aux chiens], si ce n'est en raison de la difficulté qu'on oppose à Rabbi Hiyya, qui dit 'et puisqu'elle ne transmet pas l'impureté par contact ni par portage, pourquoi serait-elle enterrée ?' et [la Guemara] répond 'afin de la rendre notoire, etc.' — [c'est qu'] en tout état de cause on avait besoin de la raison de la notoriété, sinon [que] cela ne convient pas tellement à Rabbi Hiyya qu'elle soit enterrée pour cause de notoriété, puisque, même [si] elle a enfanté une chose consacrée, [celle-ci] ne requiert pas d'enterrement parce qu'elle se neutralise (batel).
💡 Explication

Le calcul achève l'argument : sur l'ensemble des naissances, moitié mâles, moitié femelles. Or une femelle ne peut être un premier-né consacré. En joignant la minorité des nidme à la moitié des femelles, le groupe des mâles nets et de même espèce — seuls consacrables — devient une minorité ; on ne craint pas une minorité, d'où l'on jette le placenta aux chiens.

14
וּבְמֻוקְדָּשִׁין תִּקָּבֵר. מַאי טַעְמָא? רֻובָּא בַּר מִיקְדָּשׁ הוּא.

[La michna :] 'et pour les [animaux] consacrés (mukdachin) [le placenta] doit être enterré.' Quelle [en est] la raison ? La majorité [d'entre eux] est consacrable (rouba bar mikdash hou).

📜 Rachi (1)
רֻובָּא בַּר מִיקְדָּשׁ הוּא בֵּין זָכָר וּבֵין נְקֵבָה חוּץ מִנִּדְמֶה:
La majorité est consacrable — qu'il soit mâle ou femelle, hormis le nidme.
🗂️ Tossefot (1)
רֻובָּא בַּר מִיקְדָּשׁ הוּא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא נִדְמֶה דְּלָא קַדִּישׁ קָאָמַר רֻובָּא וְלֹא כֻּולָּהּ וא"ת וְהָא בִּוְלַד קָדָשִׁים הַכֹּל קָדוֹשׁ כִּדְמוֹכַח בִּתְמוּרָה בְּסוֹף פֶּרֶק (כָּל הַקָּרְבָּנוֹת) (דַּף יז.) דְּקָאָמַר אֲבָל כִּלְאַיִם טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס אִי אַתָּה מוֹצֵא אֶלָּא בְּוַלְדוֹת קָדָשִׁים אַלְמָא כִּלְאַיִם הַנּוֹלָד מִבְּהֵמָה קְדוֹשָׁה קַדִּישׁ וכ"ש נִדְמֶה כִּדְמוֹכַח בִּמְרֻובָּה (ב"ק עח.) דְּקָאָמַר הַשְׁתָּא כִּלְאַיִם מַרְבֶּה לֵיהּ נִדְמֶה מִבַּעְיָא וי"ל דְּסֻוגְיָא דְּהָתָם כְּמַאן דְּאָמַר וַלְדוֹת קָדָשִׁים בִּמְעֵי אִמָּן הֵן קְדוֹשִׁים וְהָכָא לְמָאֵן דְּאָמַר בַּהֲוָיָתָן הֵן קְדוֹשִׁים וְהָא דְּנֵפֶל קָדוֹשׁ הָכָא הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּיָלְפִינַן מִבְּכוֹר דְּקָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה כִּדְדָרְשִׁינַן בִּכְרִיתוֹת מִדִּכְתִיב שֶׁגֶר אִי נָמֵי אֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר בִּמְעֵי אִמָּן הֵן קְדוֹשִׁים נְקַט הָכָא רֻובָּא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא דְּמוּת דְּיוֹנָה דְּלָא קַדִּישׁ [וְעַ' הֵיטֵב תּוֹסְפוֹת זְבָחִים פד: בד"ה וּמוֹצִיא וְעוֹד שָׁם קיד. סד"ה וְקָסָבַר]:
La majorité est consacrable — c'est à cause du nidme, qui n'est pas consacré, qu'il dit 'la majorité' et non 'la totalité'. Et si tu objectes : mais pour le foetus des [bêtes] consacrées (vlad kodashim), tout est consacré, comme il ressort dans Temoura, à la fin du chapitre (17a), où il dit 'mais [un cas de] croisement (kilayim), de [bête] indéterminée (tumtum) ou d'hermaphrodite (androginos), tu ne le trouves que dans les foetus des [bêtes] consacrées' — il appert [donc] qu'un croisement né d'une bête consacrée est consacré, et à plus forte raison un nidme, comme il ressort dans [le chapitre] Merubeh (Baba Kamma 78a) où il dit 'maintenant [que] le croisement, [l'Écriture] l'inclut, le nidme, est-il besoin [de le dire] ?' Et l'on peut dire [que] la sougya de là-bas [suit] celui qui dit [que] les foetus des [bêtes] consacrées sont consacrés [dès] le ventre de leur mère, et [qu']ici [c'est] selon celui qui dit [qu']ils sont consacrés [seulement] à leur formation (be-havayatan) ; et le fait qu'ici un [foetus] avorté (nefel) [soit] consacré, c'est parce que nous le déduisons du premier-né, [lequel est] consacré par la primogéniture, comme nous l'exposons dans Keritot à partir de ce qui est écrit 'sheger' [le produit du bétail]. Ou bien, même selon celui qui dit [qu'ils sont consacrés dès] le ventre de leur mère, [le tana] a pris ici 'la majorité' à cause [du cas] de [la forme de] la colombe (demout yona), qui n'est pas consacré. [Vois bien Tossefot Zevahim 84b, dibour 'ou-motzi', et encore là, 114a, fin du dibour 've-kasavar'.]
💡 Explication

Suite de la michna : pour les animaux consacrés (mukdachin), au contraire, le placenta doit être enterré [par respect]. Pourquoi ? Parce que, pour les consacrés, la majorité est consacrable (rouba bar mikdash) : à la différence du premier-né, la sainteté du sacrifice atteint aussi bien les femelles que les mâles ; seul le nidme échappe. On doit donc craindre que le foetus et son placenta n'aient été sacrés.

15
וְאֵין קוֹבְרִים אוֹתָהּ. אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: כָּל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רְפוּאָה – אֵין בּוֹ מִשּׁוּם דַּרְכֵי הָאֱמוֹרִי, אֵין בּוֹ רְפוּאָה – יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם דַּרְכֵי הָאֱמוֹרִי.

[La michna :] 'mais on ne l'enterre pas [à un carrefour ni on ne la suspend à un arbre, à cause des voies de l'Amorite].' Abaye et Rava ont dit tous deux : toute chose qui comporte une vertu médicinale (refoua) — il n'y a pas à son sujet de 'voies de l'Amorite' (darkhei ha-Emori) ; [ce qui] n'a pas en lui de vertu médicinale — il y a à son sujet de 'voies de l'Amorite'.

📜 Rachi (2)
יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם רְפוּאָה כְּגוֹן מַשְׁקֶה אוֹ סַם אוֹ לַחַשׁ שֶׁלּוֹחֵשׁ עַל הַמַּכָּה:
[Ce qui] comporte une vertu médicinale — par exemple une boisson, un remède (sam) ou une incantation (lahach) qu'on murmure sur la plaie.
אֵין בּוֹ מִשּׁוּם רְפוּאָה כְּגוֹן שֶׁעוֹשִׂין שֶׁלֹּא עַל הַחֹולִי כְּגוֹן קְבוּרַת שַׁלְיָא בְּפָרָשַׁת דְּרָכִים וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם שֶׁדּוֹמִין לְנִיחוּשׁ:
[Ce qui] n'a pas en lui de vertu médicinale — par exemple ce qu'on fait non pas pour [traiter] la maladie, comme enterrer un placenta à un carrefour (parashat derakhim) et choses semblables, qui ressemblent à de la divination (nihouch).
💡 Explication

Fin de la michna : on n'enterre pas le placenta à un carrefour et on ne le suspend pas à un arbre, car ce serait suivre les voies de l'Amorite (darkhei ha-Emori) — pratiques superstitieuses interdites. Abaye et Rava posent le critère : tout procédé ayant une vertu médicinale réelle (ou une raison logique) n'est pas 'voies de l'Amorite' ; ce qui n'en a pas l'est et est interdit.

16
וְהַתַּנְיָא: אִילָן שֶׁמַּשִּׁיר פֵּירוֹתָיו, סוֹקְרוֹ בְּסִיקְרָא וְטוֹעֲנוֹ בַּאֲבָנִים. בִּשְׁלָמָא טוֹעֲנוֹ בַּאֲבָנִים – כִּי הֵיכִי

Mais n'est-il pas enseigné : un arbre qui perd ses fruits (mashir peirotav) — on le peint en rouge (sokro be-sikra) et on le charge de pierres ? Soit, on le charge de pierres — afin que

🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּנְיָא אִילָן שֶׁמַּשִּׁיר פֵּרוֹתָיו סוֹקְרוֹ בְּסִיקְרָא, וְטוֹעֲנוֹ בַּאֲבָנִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דֶּרֶךְ רֶמֶז אִילָן רֶמֶז לְלָשׁוֹן שֶׁהוּא עִיקָּרוֹ שֶׁל גּוּף הַנִּקְרָא אִילָן דִּכְתִיב 'כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה' (דְּבָרִים כ, יט) שֶׁמַּשִּׁיר פֵּרוֹתָיו רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁמְּדַבֵּר לָשׁוֹן הָרַע שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ לוֹקְחִים מִמֶּנּוּ תּוֹרָה וּמִצְוֹת שֶׁלּוֹ וְנוֹתְנִים לְאוֹתוֹ שֶׁסִּיפֵּר עָלָיו וּכְמוֹ שְׁאֵיתָא בְּסֵפֶר חֲסִידִים בְּאוֹתוֹ חָסִיד שֶׁבְּזֶהוּ אֶחָד בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וּכְשֶׁהָלַךְ לְבֵיתוֹ שָׁלַח לוֹ מִנְחָה כַּלְכָּלָה שֶׁל תְּאֵנִים בְּאוֹמְרוֹ זֶהוּ תְּמוּרַת הַדּוֹרוֹן שֶׁקִּבַּלְתִּי מִמְּךָ שֶׁהוּא תּוֹרָה וּמִצְוֹת שֶׁלְּךָ, זֶה הוּא תַּקָּנָתוֹ וּרְפוּאָתוֹ סוֹקְרוֹ בִּסְקִירָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר מְיַיפֵּהוּ בַּתּוֹרָה וּסְקִירָה לְשׁוֹן יִפּוּי כְּמוֹ מִסִּקְרוֹת עֵינַיִם (יְשַׁעְיָה ג, טז) וְהוּא מְייַפֵּהוּ בַּתּוֹרָה דִּכְתִיב מַרְפֵּא לָשׁוֹן עֵץ חַיִּים (מִשְׁלֵי טו, ד) וְטוֹעֲנוֹ בַּאֲבָנִים אֵלּוּ הַתְּפִילּוֹת שֶׁנִּקְרָאִים אֲבָנִים וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר עַל פִּי אֲבָנִים שְׁלֵמוֹת תִּבְנֶה (דְּבָרִים כז, ו) שֶׁיִּהְיוּ תְּפִילּוֹת שְׁלֵמִים.
« Il est enseigné : un arbre qui perd ses fruits (mashir peirotav), on le peint en rouge (sokro be-sikra) et on le charge de pierres. » Et il me semble, avec l'aide du Ciel, par voie d'allusion (derech remez, lecture allusive) : l'« arbre » (ilan) est une allusion à la langue, la parole (lashon), qui est l'essentiel du corps, lequel est appelé « arbre », ainsi qu'il est écrit : « car l'homme est l'arbre des champs » (Dt 20, 19). « Qui perd ses fruits » veut dire qu'il profère de la médisance (lashon hara) : par cela on lui retire sa Torah et ses mitsvot (commandements) pour les donner à celui dont il a médit, comme il est rapporté dans le Sefer Hassidim, au sujet de ce hassid qui en avait humilié un autre à la synagogue, et qui, lorsque [l'autre] rentra chez lui, lui envoya en présent un panier de figues, en disant : « Ceci est en échange du don que j'ai reçu de toi, à savoir ta Torah et tes mitsvot. » Voici sa réparation (tikoun, redressement) et son remède (refoua) : « on le peint » (sokro be-sikra) veut dire qu'on l'embellit par la Torah — sekira est un terme d'embellissement, comme dans « avec les yeux fardés (mesakrot einayim) » (Is 3, 16) — et on l'embellit par la Torah, ainsi qu'il est écrit : « la guérison de la langue est un arbre de vie » (Pr 15, 4). « Et on le charge de pierres » (avanim) : ce sont les prières, qui sont appelées « pierres », comme il est dit dans le Zohar sur [le verset] « tu bâtiras [l'autel] de pierres entières (avanim shelemot) » (Dt 27, 6) — que les prières soient entières, complètes (shelemim).
💡 Explication

Objection au critère d'Abaye et Rava, depuis une braita : un arbre qui laisse tomber ses fruits avant maturité, on le peint en rouge (sokro be-sikra) et on le charge de pierres — bien que cela paraisse une pratique amorite. La Guemara concède : charger de pierres à une raison logique (alléger l'arbre de sa vigueur), 'afin que...' [la suite, et la difficulté sur le fait de peindre en rouge, se poursuivent au daf suivant].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).