Sougya : La sougya scrute les mots superflus du verset 'un taureau ou un agneau, lui et son fils, vous n'abattrez pas en un seul jour' (Lévitique 22:28). Le mot 'seh' (agneau / petit bétail) fonde un binyan av (paradigme) : partout où la Torah dit 'seh', elle exclut le kilayim (croisement brebis-chèvre), qui n'est ni brebis ni chèvre ; et le mot 'ou' (ô) vient au contraire inclure le kilayim dans l'interdit oto ve-et beno.
La Guemara objecte que 'ou' sert déjà à séparer (lehalek) les deux interdits, puis qu'il sert à la braita (taureau OU agneau, et non taureau ET agneau) ; on répond que la séparation se tire de 'beno' ('son fils', au singulier) ou de 'oto' ('lui'). Cela distingue les Rabbanan (pour qui 'oto' est superflu) de Hananya (qui tient comme Rabbi Yonatan : 'et' s'entend déjà comme 'ou', donc nul besoin de verset pour séparer).
La fin du daf démêle la mahloket : pour les Rabbanan, oto ve-et beno ne vaut que pour les femelles (déduit du renvoi du nid, am al ha-banim, ou 'la mère couve') ; pour Hananya, il vaut pour les mâles comme pour les femelles. La braita reconstruit le raisonnement par 'oto' ('un et non deux') puis par 'beno' ('celui dont le fils se serre contre lui', ce qui exclut le mâle).
Ceci [le mot 'seh'] a constitué un paradigme (binyan av) : partout où est dit 'seh' (petit bétail), [ce] n'est que pour exclure le kilayim (croisement). [Mais comment alors le kilayim est-il inclus dans l'interdit oto ve-et beno ?] Le verset a dit 'ou' (ô) — pour inclure le kilayim.
Suite de 78a. Le mot 'seh' (Deut 14:4 : 'un agneau de brebis et un agneau de chèvres') fonde un binyan av (paradigme) : partout où la Torah dit 'seh', elle exclut le kilayim — le croisement brebis-chèvre, qui n'est ni l'un ni l'autre. Objection sous-jacente : alors comment le kilayim entre-t-il dans l'interdit oto ve-et beno (Lev 22:28) ? Réponse : le mot 'ou' (ô) y est superflu et vient justement inclure le kilayim.
Ce 'ou', il en a [pourtant] besoin pour séparer (lehalek) [les deux interdits] : car il pourrait te venir à l'esprit de dire [qu']on n'est passible que si l'on abat un taureau et son fils [ainsi qu']un agneau et son fils [ensemble] — [le mot 'ou'] nous enseigne [qu'il n'en est rien]. [Réponse :] séparer (lehalek) se tire de 'beno' ('son fils').
Objection : le mot 'ou' n'est pas vraiment superflu — il sert à séparer (lehalek) les interdits : sans lui, on aurait cru qu'on n'est passible qu'en abattant le même jour à la fois un taureau-et-son-fils et un agneau-et-son-fils. Le 'ou' enseigne qu'on est passible pour l'un ou l'autre. Réponse : cette séparation se tire déjà de 'beno' ('son fils', au singulier), donc 'ou' reste disponible pour inclure le kilayim.
Mais [le mot 'ou'] est encore nécessaire pour ce qui est enseigné [dans une braita] : si l'on avait dit 'un taureau et un agneau et son fils', j'aurais dit [qu']on n'est pas [passible] avant d'abattre un taureau et un agneau et son fils [ensemble] ; [c'est pourquoi] le verset dit 'un taureau ou un agneau, lui et son fils'. N'est-ce pas de 'ou' qu'il [le] tire ?
[Réponse :] non, de 'oto' ('lui').
Nouvelle objection : 'ou' sert encore à la braita. Sans 'ou', le verset 'un taureau et un agneau et son fils' aurait laissé croire qu'on n'est passible qu'en abattant les trois ensemble (taureau + agneau + le fils de l'un). Le 'ou' enseigne qu'on est passible pour l'un ou l'autre avec son fils. Donc 'ou' n'est pas disponible pour le kilayim ! Réponse : non, la braita tire cela de 'oto' ('lui'), pas de 'ou' — et 'ou' reste pour inclure le kilayim.
Cela convient pour les Rabbanan, chez qui 'oto' est superflu ; mais pour Hananya, chez qui 'oto' n'est pas superflu, d'où tire-t-il [la règle] de séparer [les interdits] ? Pour séparer, [il] n'a pas besoin de verset, car il tient comme Rabbi Yonatan.
La réponse précédente (séparation par 'oto') ne vaut que pour les Rabbanan, chez qui 'oto' est superflu (disponible). Mais pour Hananya, 'oto' n'est pas superflu — d'où tire-t-il alors la séparation des interdits ? Réponse : Hananya n'a pas besoin de verset pour séparer, car il tient comme Rabbi Yonatan (qui dit qu'une énumération 'X et Y' s'entend déjà comme 'X ou Y').
Car il est enseigné [dans une braita] : 'un homme qui maudira son père et sa mère' (Lev 20:9) — je n'ai [là] que son père et sa mère [ensemble] ; son père [mais] non sa mère, [et] sa mère [mais] non son père, d'où [le tire-t-on] ? Le verset dit 'son père et sa mère il a maudit' — [c'est-à-dire] son père il a maudit, [ou] sa mère il a maudit ; [tels sont] les propos de Rabbi Yochiya.
Source de la divergence Yochiya / Yonatan. Pour Rabbi Yochiya, 'son père ET sa mère' (Lev 20:9) s'entend strictement (les deux ensemble) ; pour rendre passible celui qui maudit l'un seulement, il faut un verset supplémentaire ('son père et sa mère il a maudit', lu en deux temps). Sans cette mention, 'et' resterait conjonctif.
Rabbi Yonatan dit : [le verset] implique [les] deux ensemble, et implique [aussi] chacun à part soi, [à moins] que le verset ne te précise expressément 'ensemble (yahdav)'.
Position de Rabbi Yonatan (dont se réclame Hananya) : 'son père et sa mère' implique à la fois les deux ensemble et chacun séparément. Une énumération vaut donc 'ou', sauf si le verset précise expressément 'ensemble' (yahdav) — comme 'tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne ensemble' (Deut 22:10). Dès lors, dans Lev 22:28, le 'ou' n'est pas requis pour séparer et reste disponible pour le kilayim.
Qu'[est-ce que] Hananya et qu'[est-ce que] les Rabbanan ? Car il est enseigné [dans une braita] : oto ve-et beno s'applique aux femelles et ne s'applique pas aux mâles.
Hananya dit : il s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles.
La Guemara identifie enfin les deux positions (voir le schéma). Selon les Rabbanan, l'interdit oto ve-et beno ne vaut que pour les femelles (une mère et son petit) — pas pour les mâles : ayant abattu le père, on peut abattre son fils le même jour. Selon Hananya, il vaut pour les mâles comme pour les femelles.
Quel est le raisonnement des Rabbanan ? Car il est enseigné [dans une braita] : on pourrait [croire qu']oto ve-et beno s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles ; et [c'est] un raisonnement [à fortiori] : il [y a] obligation ici [pour oto ve-et beno], et il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits' (am al ha-banim) ; de même que, là où il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits', [c'est] pour les femelles et non pour les mâles, de même, là où il [y a] obligation ici, [c'est] pour les femelles et non pour les mâles.
Le raisonnement des Rabbanan procède par kal va-homer (analogie). Deux mitsvot mettent en jeu mère et petits : oto ve-et beno (ne pas abattre les deux le même jour) et le renvoi du nid (am al ha-banim, Deut 22:6-7 : renvoyer la mère oiseau avant de prendre les petits). Or le renvoi du nid ne vaut que pour la femelle ('la mère qui couve', et non le père). Par analogie, oto ve-et beno aussi ne vaudrait que pour les femelles.
Non ! Si tu [le] dis pour 'la mère sur les petits' — où [la Torah] n'a pas rendu le préparé (mezoumman) semblable au non-préparé —, [le] diras-tu pour oto ve-et beno, où [la Torah] a rendu le préparé semblable au non-préparé ?
Réfutation du kal va-homer (cette réfutation servira ensuite Hananya). Le renvoi du nid ne s'applique pas à un nid préparé (mezoumman) — sous sa main, dans sa propriété — mais seulement à un nid rencontré par hasard ('si tu rencontres', Deut 22:6). Au contraire, oto ve-et beno vaut même pour des bêtes préparées (chez soi). Les deux mitsvot ne sont donc pas comparables : oto ve-et beno étant plus grave, il pourrait bien valoir aussi pour les mâles.
Le verset dit 'oto' — un et non deux. Après que le verset a séparé [les interdits], j'ai mérité [de revenir] au raisonnement : il [y a] obligation ici et il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits' — de même que, là où il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits', [c'est] pour les femelles et non pour les mâles, de même, là où il [y a] obligation ici, [c'est] pour les femelles et non pour les mâles.
Reprise du raisonnement. Le mot 'oto' ('lui') enseigne 'un et non deux' : l'interdit ne vaut que pour un des deux parents. Une fois que le verset a ainsi séparé (impossible de l'appliquer aux deux parents à la fois — c'est donc soit les mâles, soit les femelles), la réfutation précédente (sur le préparé) tombe : on ne peut plus en tirer que oto ve-et beno vaut pour les mâles. Le kal va-homer du nid revient donc en force : femelles seulement.
Et si tu tiens [encore] à [le] dire [à objecter] : 'beno' ('son fils') — [c'est] celui dont le fils se serre contre lui (karoukh aharav) ; [cela] exclut le mâle, dont le fils ne se serre pas contre lui.
Argument de renfort, au cas où l'on objecterait encore. Le mot 'beno' ('son fils') vise le parent dont le petit se serre contre lui (karoukh aharav) — qui le suit naturellement. Cela exclut le mâle, dont le petit ne se serre pas contre lui (le petit suit la mère). Donc oto ve-et beno ne vaut que pour les femelles.
Qu'[est-ce que] 'si tu tiens à [le] dire' ? Et si tu disais [que] 'oto' implique un mâle — voici qu'il est dit 'beno' ('son fils'), [c'est] celui dont le fils se serre contre lui ; [cela] exclut le mâle, dont le fils ne se serre pas contre lui.
La Guemara explicite à quelle objection répondait 'si tu tiens à le dire' (au segment 10). On aurait pu objecter que 'oto' (forme masculine, 'lui') implique justement un mâle — donc que l'interdit viserait les mâles ! Réponse : 'beno' ('son fils') montre qu'il s'agit du parent dont le petit se serre contre lui, ce qui exclut le mâle. L'interdit demeure pour les femelles seules.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).