Chullin 78b — 'un taureau ou un agneau, lui et son fils' : le mot 'ou', le kilayim, et mâles contre femelles dans oto ve-et beno

Chullin 78b

Sougya : La sougya scrute les mots superflus du verset 'un taureau ou un agneau, lui et son fils, vous n'abattrez pas en un seul jour' (Lévitique 22:28). Le mot 'seh' (agneau / petit bétail) fonde un binyan av (paradigme) : partout où la Torah dit 'seh', elle exclut le kilayim (croisement brebis-chèvre), qui n'est ni brebis ni chèvre ; et le mot 'ou' (ô) vient au contraire inclure le kilayim dans l'interdit oto ve-et beno.

La Guemara objecte que 'ou' sert déjà à séparer (lehalek) les deux interdits, puis qu'il sert à la braita (taureau OU agneau, et non taureau ET agneau) ; on répond que la séparation se tire de 'beno' ('son fils', au singulier) ou de 'oto' ('lui'). Cela distingue les Rabbanan (pour qui 'oto' est superflu) de Hananya (qui tient comme Rabbi Yonatan : 'et' s'entend déjà comme 'ou', donc nul besoin de verset pour séparer).

La fin du daf démêle la mahloket : pour les Rabbanan, oto ve-et beno ne vaut que pour les femelles (déduit du renvoi du nid, am al ha-banim, ou 'la mère couve') ; pour Hananya, il vaut pour les mâles comme pour les femelles. La braita reconstruit le raisonnement par 'oto' ('un et non deux') puis par 'beno' ('celui dont le fils se serre contre lui', ce qui exclut le mâle).

Les trois charges du verset 'un taureau OU un agneau, lui et son fils' (Lev 22:28) le mot 'shor / seh' (le terme 'seh') binyan av : partout 'seh' = exclut le kilayim (croisement brebis-chèvre) ni brebis ni chèvre -> pas un 'seh' le mot 'OU' (ô) (superflu) selon les Rabbanan : INCLUT le kilayim dans l'interdit oto ve-et beno (car 'oto' suffit déjà à séparer les interdits) le mot 'oto' (lui) (superflu pour les Rabbanan) sépare (lehalek) on est passible pour un taureau et son fils OU un agneau et son fils 'un' et non 'deux' (echad ve-lo shenayim)
Les trois mots-clés du verset (segments 0-3) : 'seh' exclut le kilayim, 'ou' l'inclut, 'oto' sépare les deux interdits.
Oto ve-et beno : mâles ou seulement femelles ? (Rabbanan vs Hananya) Rabbanan (tana 1) vaut pour les FEMELLES, non pour les mâles on n'a cure de la semence du père : après avoir abattu le père, on peut abattre son fils le même jour déduit du nid (am al ha-banim) : 'la MÈRE qui couve' -> femelles Hananya vaut pour les mâles ET pour les femelles le kal va-homer du nid est réfuté : oto ve-et beno est plus grave (le préparé vaut le non-préparé) tient comme R. Yonatan : pas besoin de 'oto' pour séparer les interdits
La mahloket des segments 6-11 : oto ve-et beno vaut-il pour les mâles (Hananya) ou seulement pour les femelles (Rabbanan) ?
1
זה בנה אב – כל מקום שנאמר ״שה״ אינו אלא להוציא את הכלאים. אמר קרא ״או״ לרבות את הכלאים.

Ceci [le mot 'seh'] a constitué un paradigme (binyan av) : partout où est dit 'seh' (petit bétail), [ce] n'est que pour exclure le kilayim (croisement). [Mais comment alors le kilayim est-il inclus dans l'interdit oto ve-et beno ?] Le verset a dit 'ou' (ô) — pour inclure le kilayim.

📜 Rachi (2)
אינו אלא להוציא את הכלאים דילפינן כולהו משה כשבים ושה עזים מדלא כתיב שה כשבים ועזים ש"מ דלא מיקרי שה עד שיהו אביו ואמו כבשים או שניהם עזים אבל אחד כשב ואחד עז לא הוי שה:
[Ce] n'est que pour exclure le kilayim — car nous [le] dérivons de tout 'seh de brebis et seh de chèvres' : de ce qu'il n'est pas écrit 'seh de brebis et [de] chèvres', déduis-en que [l'animal] n'est appelé 'seh' que si son père et sa mère [sont tous deux] brebis, ou [si] tous deux [sont] chèvres ; mais [si] l'un [est] brebis et l'autre chèvre, [ce] n'est pas un 'seh'.
או לרבות את הכלאים ותפשוט מהכא תרתי קושייתא:
'Ou' [vient] pour inclure le kilayim — et résous à partir d'ici les deux difficultés [posées plus haut].
🗂️ Tossefot (2)
זה בנה אב כל מקום שנאמר שה אינו אלא להוציא כלאים פירש בקונטרס דילפינן כולהו משה כשבים ושה עזים וקשה לפירושו דבמרובה (ב"ק עח.) מסיק דבנין אב דרבא איצטריך לפדיון פטר חמור כדתנן אין פודין לא בעגל ולא בכלאים ופריך התם ולר"א דמתיר בכלאים מפני שהוא שה למאי אתא ומשני לטמא שנולד מן הטהור ועבורו מן הטמא ודלא כר' יהושע דאי כר' יהושע משה כשבים ושה עזים נפקא משמע בהדיא דבנין אב דרבא לא הוה משה כשבים ושה עזים ונראה דמשה דפסח עביד בנין אב תדע מדמסיק במרובה דלפטר חמור אצטריך בנין אב דרבא ובסוף פ"ק דבכורות (דף יב.) יליף לה משה שה של פסח אבל קשה דמאי שנא דהכא קרי ליה בנין אב ובבכורות עביד ליה ג"ש נאמר כאן שה ונאמר להלן שה ועוד דמאי שנא דנקט רבא כלאים טפי מעגל וחיה טרפה ושחוטה דכולהו מפיק התם משה כדקאמר התם מה להלן פרט לכל השמות הללו וליכא למימר דטרפה ושחוטה נפקא ממשמעותיה דשה ולאו דוקא נקט פרט לכל השמות דה"נ עגל וחיה נקט התם אע"ג דודאי נפקי ממשמעותיה דשה אלא ניחא ליה לכלול כולם יחד דהא פר אפי' שחוט קרוי פר כדאמרי' בפרק הוציאו לו (יומא דף מט:) ושה נמי הוי נמנין עליו אפי' אחר שחיטה אי לאו דכתיב מהיות משה מחיותיה דשה כדאמר התם וטרפה נמי חשיבא שה דמחייב במרובה (דף עז:) במוכר טרפה בד' וה' אע"ג דשה כתיב התם והכי נמי תנא אותו ואת בנו נוהג בטרפה ואפי' ר"ש לא פליג אלא משום דהויא שחיטה שאינה ראויה וע"ק דבאותו ואת בנו ובתשלומי ד' וה' נמעט טרפה מבנין אב ונ"ל דטרפה ושחוטה נפקי מג"ש דשה שה מפסח כדאמר בבכורות (דף יב.) ועגל וחיה ממשמעות דשה וכלאים מבנין אב דרבא דמגזרה שוה לא מסתבר למעוטי כלאים כמו טרפה ושחוטה דאית לן למימר תפדה תפדה ריבה כיון דשה גמור הוא בין דאזלת בתר אב בין דאזלת בתר אם אבל מבנין אב ממעט שפיר דהכי כתיב שה תמים וגו' ומן העזים תקחו דמשמע עד שיהא אביו כבש ואמו כבשה ומיותר הוא דלגופיה לא איצטריך דמשאר קדשים נפקא דממעטינן כלאים מאו כשב אלא ללמד בעלמא אתי דכל מקום שנאמר שה אינו אלא להוציא כלאים ואע"ג דכתיב נמי בהאי קרא תמים דנפיק משאר קדשים לשום דרשא נכתב והא דלא ממעטינן באותו ואת בנו ובתשלומי ד' וה' טרפה בגזרה שוה דשה שה מפסח אפשר דאינו מופנה והשתא ניחא נמי כי בעי במרובה לר' אלעזר דמתיר בכלאים בנין אב דרבא למאי הלכתא לקדשים ולא קאמר לטרפה ושחוטה דהנהו מגזירה שוה נפקי וא"ת ובמרובה דקאמר ובנין אב דרבא למאי הלכתא אי לקדשים בהדיא כתיב בהו משמע דאי לא כתיב בהו כלאים בהדיא הוה ניחא והא עיקר בנין אב לא אייתר בפסח אלא משום דמקדשים נפקא וי"ל דכן דרך הש"ס שעושה כאילו קים ליה בפסח ממקום אחר וכענין זה יש בריש קדושין (דף ג:) ובפרק נערה (כתובות דף מו:) גבי קדושי הבת לאביה דקאמר וכי תימא נילף מבשת ופגם ואע"ג דבשת ופגם גופיה לא קים לן דהוי דאביה אלא מקדושין בפ' אלו נערות (כתובות דף מ: ושם ד"ה דאי):
Ceci a constitué un paradigme : partout où est dit 'seh', [ce] n'est que pour exclure le kilayim — Rachi a expliqué [que] nous [le] dérivons de tout 'seh de brebis et seh de chèvres' ; et [cela fait] difficulté à son explication, car dans [le chapitre] Ha-Marbé (Baba Kama 78a) [la Guemara] conclut [que] le binyan av de Rava était nécessaire pour le rachat du premier-né de l'âne (petter hamor), comme nous avons appris : on ne rachète [le premier-né de l'âne] ni avec un veau, ni avec un kilayim ; et là [la Guemara] objecte : 'et pour Rabbi Eliezer, qui permet [de racheter] avec un kilayim parce que c'est un seh, à quoi sert[-il] ?' et elle répond : [à inclure] un [animal] impur né d'un [parent] pur dont la gestation [vient] d'un [parent] impur, et [cela] non selon Rabbi Yehochoua, car selon Rabbi Yehochoua [cela] se tire de 'seh de brebis et seh de chèvres' — [ce qui] implique explicitement [que] le binyan av de Rava ne provenait pas de 'seh de brebis et seh de chèvres'. Et il semble [plutôt que] le binyan av se fait à partir du 'seh' du pessa'h (agneau pascal). Sache[-le] de ce que [la Guemara] conclut dans Ha-Marbé [que] le binyan av de Rava était nécessaire pour le premier-né de l'âne ; et à la fin du premier chapitre de Bekhorot (12a), [la Guemara] le dérive du 'seh', le 'seh' du pessa'h. Mais [il y a] une difficulté : pourquoi [la Guemara] l'appelle-t-elle ici 'binyan av', alors que dans Bekhorot elle en fait une guezera chava — 'il est dit ici seh et il est dit là-bas seh' ? Et encore : pourquoi Rava prend-il 'kilayim' plutôt que 'veau', 'bête sauvage', 'tereifa' et '[bête] abattue', que [la Guemara] dérive tous là-bas du 'seh', comme elle [le] dit là-bas : 'de même là-bas, à l'exception de tous ces noms' ? Et l'on ne peut dire [que] la tereifa et [la bête] abattue se tirent du sens [même] de 'seh' [et non du paradigme], et [que la Guemara] ne dit pas exactement 'à l'exception de tous ces noms' — car de même [la Guemara] prend la-bas 'veau' et 'bête sauvage' bien qu'ils se tirent assurément du sens de 'seh' ; [c'est] plutôt qu'il lui plaît de [les] englober tous ensemble. Car un taureau, même abattu, est encore appelé 'taureau', comme nous [le] disons au chapitre Hotzi'ou Lo (Yoma 49b) ; et un 'seh' aussi, on pourrait s'[y] associer même après l'abattage, n'était qu'il est écrit 'mihyot mi-seh' [à partir de la vie de l'agneau], [à savoir] de la vie de l'agneau, comme il est dit là-bas ; et la tereifa aussi est considérée comme 'seh', puisqu'on est tenu [à paiement] dans Ha-Marbé (77b) [pour] celui qui vend une [bête] tereifa au [titre du vol] à quatre et cinq [fois la valeur], bien que 'seh' soit écrit là ; et de même [la Guemara] enseigne [que] oto ve-et beno s'applique à une [bête] tereifa, et même Rabbi Chimon ne diverge que parce que c'est un abattage impropre [à la consommation]. Et une autre difficulté : à propos de oto ve-et beno et du paiement à quatre et cinq, nous excluerions [la bête] tereifa par le binyan av ! Et il me semble [que la bête] tereifa et [la bête] abattue se tirent de la guezera chava 'seh-seh' du pessa'h, comme [la Guemara] le dit dans Bekhorot (12a) ; le veau et la bête sauvage [se tirent] du sens de 'seh' ; et le kilayim [se tire] du binyan av de Rava. Car de la guezera chava il n'est pas raisonnable d'exclure le kilayim comme [la] tereifa et [la bête] abattue, car nous devons dire 'tifdeh tifdeh [tu rachèteras] inclut' [puisqu']il est un 'seh' complet, que tu suives le père ou que tu suives la mère ; mais du binyan av on exclut [le kilayim] à bon droit, car ainsi est-il écrit : 'un seh sans défaut... et des chèvres vous prendrez' (Ex 12:5), [ce qui] implique [qu'il faut] que son père [soit] un agneau et sa mère une brebis ; et [le mot] est superflu, car il n'était pas nécessaire pour lui-même — [cela] se tire des autres [animaux] consacrés, dont nous excluons le kilayim par 'ou un agneau (ô kessev)' ; [c'est] plutôt qu'il vient enseigner de manière générale [que] partout où est dit 'seh', [ce] n'est que pour exclure le kilayim. Et bien qu'il soit aussi écrit dans ce verset 'sans défaut (tamim)', qui se tire des autres [animaux] consacrés — [il est] écrit pour [servir à] une [autre] interprétation. Et [quant au fait] que nous n'excluons pas [la bête] tereifa, dans oto ve-et beno et dans le paiement à quatre et cinq, par la guezera chava 'seh-seh' du pessa'h — [c'est] peut-être [parce] qu'elle n'est pas disponible (moufneh). Et ainsi se comprend aussi [le passage] où [la Guemara] demande dans Ha-Marbé, selon Rabbi Eliezer qui permet [le rachat] avec un kilayim, le binyan av de Rava — pour quelle loi [sert-il] ? pour les [animaux] consacrés ; et elle ne dit pas 'pour [la bête] tereifa et [la bête] abattue', car celles-là se tirent de la guezera chava. Et si tu objectes : et dans Ha-Marbé, où [la Guemara] dit 'et le binyan av de Rava, pour quelle loi [sert-il] ? si [c'est] pour les [animaux] consacrés, [le kilayim] y est explicitement écrit' — [cela] implique [que], s'il n'y était pas explicitement écrit, [tout] irait bien ; or l'essentiel du binyan av n'est superflu dans le pessa'h que parce qu'il se tire des [animaux] consacrés ! On peut répondre [que] telle est la manière du Talmud, [qui] fait comme s'il [le] tenait pour acquis dans le pessa'h par ailleurs ; et il y a [un cas] de cette sorte au début de Kiddouchin (3b) et au chapitre Naara (Ketoubot 46b), à propos des fiançailles de la fille [qui reviennent] à son père, où [la Guemara] dit 'et si tu dis : dérivons[-le] de [l'amende pour] la honte et le dommage', bien que la honte et le dommage eux-mêmes, nous ne tenions pas qu'ils [reviennent] au père si ce n'est par les fiançailles, dans le chapitre Elou Naarot (Ketoubot 40b).
או לרבות את הכלאים אף על גב דמאו כשב ממעטינן כלאים התם מענין דקרא והכא מענין דקרא כדאמר במרובה (ב"ק עז:) וא"ת והיכי פריך לעיל ואימא במוקדשין אין בחולין לא היכי מצי למימר הכי א"כ אמאי איצטריך או לרבות כלאים דכלאים בקדשים ליכא כדקאמר אי מה כלאים בקדשים לא וי"ל דאי הוה מוקמינן קרא דאותו ואת בנו דוקא במוקדשים א"כ לא הוה דרשינן או לרבות כלאים אלא הוה מוקמינן לדרשא אחריתי:
'Ou' [vient] pour inclure le kilayim — bien que de 'ou un agneau (ô kessev)' nous excluions le kilayim : là[-bas, c'est] selon le contexte du verset, et ici [c'est] selon le contexte du verset, comme [la Guemara le] dit dans Ha-Marbé (Baba Kama 77b). Et si tu objectes : comment [la Guemara] objecte-t-elle plus haut 'dis [donc qu'il en va] des [animaux] consacrés [que] oui, [mais] des [bêtes] profanes non' — comment peut-elle dire ainsi ? S'il en [était] ainsi, pourquoi 'ou' serait-il nécessaire pour inclure le kilayim, alors qu'il n'y a pas de kilayim dans les [animaux] consacrés, comme [la Guemara le] dit '[de même que] le kilayim [n'a] pas [lieu] dans les consacrés' [?] — on peut répondre [que], si nous établissions le verset de oto ve-et beno [comme parlant] exclusivement des [animaux] consacrés, alors nous n'interpréterions pas 'ou' pour inclure le kilayim, mais nous l'établirions pour une autre interprétation.
💡 Explication

Suite de 78a. Le mot 'seh' (Deut 14:4 : 'un agneau de brebis et un agneau de chèvres') fonde un binyan av (paradigme) : partout où la Torah dit 'seh', elle exclut le kilayim — le croisement brebis-chèvre, qui n'est ni l'un ni l'autre. Objection sous-jacente : alors comment le kilayim entre-t-il dans l'interdit oto ve-et beno (Lev 22:28) ? Réponse : le mot 'ou' (ô) y est superflu et vient justement inclure le kilayim.

🖼️ Schéma
Les trois charges du verset 'un taureau OU un agneau, lui et son fils' (Lev 22:28) le mot 'shor / seh' (le terme 'seh') binyan av : partout 'seh' = exclut le kilayim (croisement brebis-chèvre) ni brebis ni chèvre -> pas un 'seh' le mot 'OU' (ô) (superflu) selon les Rabbanan : INCLUT le kilayim dans l'interdit oto ve-et beno (car 'oto' suffit déjà à séparer les interdits) le mot 'oto' (lui) (superflu pour les Rabbanan) sépare (lehalek) on est passible pour un taureau et son fils OU un agneau et son fils 'un' et non 'deux' (echad ve-lo shenayim)
Les trois mots superflus du verset Lev 22:28 et ce que chacun vient enseigner.
2
האי ״או״ מיבעי ליה לחלק, דסלקא דעתך אמינא: עד דשחיט שור ובנו שה ובנו לא מיחייב, קא משמע לן. לחלק – מ״בנו״ נפקא.

Ce 'ou', il en a [pourtant] besoin pour séparer (lehalek) [les deux interdits] : car il pourrait te venir à l'esprit de dire [qu']on n'est passible que si l'on abat un taureau et son fils [ainsi qu']un agneau et son fils [ensemble] — [le mot 'ou'] nous enseigne [qu'il n'en est rien]. [Réponse :] séparer (lehalek) se tire de 'beno' ('son fils').

📜 Rachi (2)
לחלק לחייב על אחד מהם שישחוט או שור ובנו או שה ובנו:
Séparer — [pour] rendre passible pour l'un d'eux, [à savoir] qu'il abatte ou bien un taureau et son fils, ou bien un agneau et son fils.
בנו דחד משמע:
'Beno' ('son fils') — qui implique [un seul, car 'beno'] désigne un seul [animal].
💡 Explication

Objection : le mot 'ou' n'est pas vraiment superflu — il sert à séparer (lehalek) les interdits : sans lui, on aurait cru qu'on n'est passible qu'en abattant le même jour à la fois un taureau-et-son-fils et un agneau-et-son-fils. Le 'ou' enseigne qu'on est passible pour l'un ou l'autre. Réponse : cette séparation se tire déjà de 'beno' ('son fils', au singulier), donc 'ou' reste disponible pour inclure le kilayim.

3
ואכתי מיבעי ליה לכדתניא: אילו נאמר ״שור ושה ובנו״, הייתי אומר: עד שישחוט שור ושה ובנו, תלמוד לומר: ״שור או שה אותו ואת בנו״. מאי לאו מ״או״ נפקא ליה? לא, מ״אותו״.

Mais [le mot 'ou'] est encore nécessaire pour ce qui est enseigné [dans une braita] : si l'on avait dit 'un taureau et un agneau et son fils', j'aurais dit [qu']on n'est pas [passible] avant d'abattre un taureau et un agneau et son fils [ensemble] ; [c'est pourquoi] le verset dit 'un taureau ou un agneau, lui et son fils'. N'est-ce pas de 'ou' qu'il [le] tire ?

[Réponse :] non, de 'oto' ('lui').

📜 Rachi (3)
עד שישחוט שור ושה ובנו של א' מהם ת"ל שור או וגו':
[Avant] d'abattre un taureau et un agneau et son fils — de l'un d'eux ; [c'est pourquoi] le verset dit 'un taureau ou etc.'.
מאי לאו מאו נפקא ליה וה"ק אילו נאמר שור ושה ולא נאמר או הייתי אומר כו':
N'est-ce pas de 'ou' qu'il [le] tire — et voici ce qu'il [veut] dire : si l'on avait dit 'un taureau et un agneau' et [qu']on n'avait pas dit 'ou', j'aurais dit etc.
לא מאותו נפקא ליה וה"ק אילו נאמר שור ושה ובנו ולא כתיב אותו ה"א עד דשחיט תרי ובריה דחד מינייהו ת"ל אותו ואת בנו חד אב וחד בן אבל או לכלאים אתא:
Non, de 'oto' — il [le] tire, et voici ce qu'il [veut] dire : si l'on avait dit 'un taureau et un agneau et son fils' et [qu']il n'était pas écrit 'oto', j'aurais dit [qu']on n'est [passible] avant d'abattre deux et le fils de l'un d'eux — [c'est pourquoi] le verset dit 'lui (oto) et son fils', un père et un fils ; mais 'ou' est venu pour le kilayim.
💡 Explication

Nouvelle objection : 'ou' sert encore à la braita. Sans 'ou', le verset 'un taureau et un agneau et son fils' aurait laissé croire qu'on n'est passible qu'en abattant les trois ensemble (taureau + agneau + le fils de l'un). Le 'ou' enseigne qu'on est passible pour l'un ou l'autre avec son fils. Donc 'ou' n'est pas disponible pour le kilayim ! Réponse : non, la braita tire cela de 'oto' ('lui'), pas de 'ou' — et 'ou' reste pour inclure le kilayim.

4
הניחא לרבנן, דמייתר להו ״אותו״, אלא לחנניה, דלא מייתר ליה ״אותו״, לחלק מנא ליה? לחלק לא צריך קרא, דסבר לה כרבי יונתן.

Cela convient pour les Rabbanan, chez qui 'oto' est superflu ; mais pour Hananya, chez qui 'oto' n'est pas superflu, d'où tire-t-il [la règle] de séparer [les interdits] ? Pour séparer, [il] n'a pas besoin de verset, car il tient comme Rabbi Yonatan.

📜 Rachi (2)
הניחא לרבנן לקמן בעי מאי חנניה ומאי רבנן:
Cela convient pour les Rabbanan — plus loin [la Guemara] demande : qui [est] Hananya et qui [sont] les Rabbanan ?
כר' יונתן דאמר אע"ג דלא כתיב או כמאן דכתיב או דמי וכל היכא דכתיב פלוני ופלוני או האי או האי משמע:
Comme Rabbi Yonatan — qui dit [que], bien que 'ou' ne soit pas écrit, [c'est] comme s'il était écrit 'ou' ; et partout où est écrit 'tel et tel', '[soit] celui-ci [soit] celui-là' [s']entend.
💡 Explication

La réponse précédente (séparation par 'oto') ne vaut que pour les Rabbanan, chez qui 'oto' est superflu (disponible). Mais pour Hananya, 'oto' n'est pas superflu — d'où tire-t-il alors la séparation des interdits ? Réponse : Hananya n'a pas besoin de verset pour séparer, car il tient comme Rabbi Yonatan (qui dit qu'une énumération 'X et Y' s'entend déjà comme 'X ou Y').

5
דתניא: ״איש אשר יקלל את אביו ואת אמו״, אין לי אלא אביו ואמו, אביו שלא אמו ואמו שלא אביו מנין? תלמוד לומר: ״אביו ואמו קלל״ – אביו קלל, אמו קלל, דברי רבי יאשיה.

Car il est enseigné [dans une braita] : 'un homme qui maudira son père et sa mère' (Lev 20:9) — je n'ai [là] que son père et sa mère [ensemble] ; son père [mais] non sa mère, [et] sa mère [mais] non son père, d'où [le tire-t-on] ? Le verset dit 'son père et sa mère il a maudit' — [c'est-à-dire] son père il a maudit, [ou] sa mère il a maudit ; [tels sont] les propos de Rabbi Yochiya.

📜 Rachi (3)
דתניא איש אשר יקלל את אביו ואת אמו אין לי אלא קלל שניהם אחד מהם מנין:
Car il est enseigné : 'un homme qui maudira son père et sa mère', je n'ai [là] que [s'il les] a maudits tous deux — [s'il en] a maudit un [seul] d'entre eux, d'où [le tire-t-on] ?
ת"ל בסיפיה אביו ואמו קלל:
Le verset dit — à sa fin : 'son père et sa mère il a maudit'.
אביו קלל ואמו קלל כלומר בתחלת המקרא סמך קללה לאביו ובסוף המקרא סמך קללה לאמו למימרא דאו האי או האי:
Son père il a maudit [ou] sa mère il a maudit — c'est-à-dire qu'au début du verset il a accolé la malédiction à son père, et à la fin du verset il a accolé la malédiction à sa mère, pour dire '[soit] celui-ci [soit] celui-là'.
💡 Explication

Source de la divergence Yochiya / Yonatan. Pour Rabbi Yochiya, 'son père ET sa mère' (Lev 20:9) s'entend strictement (les deux ensemble) ; pour rendre passible celui qui maudit l'un seulement, il faut un verset supplémentaire ('son père et sa mère il a maudit', lu en deux temps). Sans cette mention, 'et' resterait conjonctif.

6
רבי יונתן אומר: משמע שניהם כאחד, ומשמע אחד בפני עצמו, עד שיפרוט לך הכתוב ״יחדו״.

Rabbi Yonatan dit : [le verset] implique [les] deux ensemble, et implique [aussi] chacun à part soi, [à moins] que le verset ne te précise expressément 'ensemble (yahdav)'.

📜 Rachi (2)
ר' יונתן אומר אביו ואמו משמע נמי או האי או האי וסיפיה דקרא לדרשא אחרינא להביא את המקלל לאחר מיתה שחייב:
Rabbi Yonatan dit — 'son père et sa mère' implique aussi '[soit] celui-ci [soit] celui-là' ; et la fin du verset [sert] à une autre interprétation : [à savoir] inclure celui qui maudit [son parent] après [sa] mort, [pour enseigner] qu'il est passible.
בפני עצמו כלומר או זה או זה:
Chacun à part soi — c'est-à-dire [soit] celui-ci [soit] celui-là.
🗂️ Tossefot (1)
עד שיפרוט לך הכתוב יחדו וא"ת ולר' יאשיה אמאי כתיב קרא (דברים כב) יחדו בלא תחרוש וי"ל דאיצטריך דה"א דאסור אע"פ שאינם קשורים וכן גבי לבישת כלאים אי לא כתיב יחדו ה"א דאפי' מלבושים אחד של צמר ואחד של פשתים לא ילבש אע"פ שאינם תפורים יחד דמיחדו דרשינן דתוכף תכיפה אחת אינו חבור ור' יונתן לא משום דפרט הכתוב יחדו בהני דריש דהא אצטריך כדפי' אלא מסברא דנפשיה קאמר הכי ולהכי לא קאמר כדרך שפרט לך הכתוב בכלאים כדאמרינן בפרק כל שעה (פסחים דף כא:) כדרך שפרט לך הכתוב בנבלה:
[À moins] que le verset ne te précise expressément 'ensemble' — et si tu objectes : et pour Rabbi Yochiya, pourquoi le verset (Deut 22) écrit-il 'ensemble' à propos de 'tu ne laboureras pas' ? On peut répondre [que cela] était nécessaire, car j'aurais dit [que c'est] interdit même [s'ils] ne sont pas attachés [l'un à l'autre] ; et de même à propos du port de kilayim [d'étoffes], si 'ensemble' n'était pas écrit, j'aurais dit [qu']on ne porte même pas des vêtements [dont] l'un [est] de laine et l'autre de lin, bien qu'ils ne soient pas cousus ensemble — car de 'ensemble' nous interprétons [qu']un point de couture isolé n'est pas une jonction. Et Rabbi Yonatan, [ce] n'est pas parce que le verset a précisé 'ensemble' à propos de ceux-là qu'il interprète [ainsi] — car [le mot] est nécessaire comme [on l']a expliqué — mais c'est de son propre raisonnement qu'il parle ainsi ; et c'est pourquoi il ne dit pas 'de la manière dont le verset t'a précisé à propos du kilayim', comme nous [le] disons au chapitre Kol Chaa (Pessahim 21b) 'de la manière dont le verset t'a précisé à propos de la nevela (charogne)'.
💡 Explication

Position de Rabbi Yonatan (dont se réclame Hananya) : 'son père et sa mère' implique à la fois les deux ensemble et chacun séparément. Une énumération vaut donc 'ou', sauf si le verset précise expressément 'ensemble' (yahdav) — comme 'tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne ensemble' (Deut 22:10). Dès lors, dans Lev 22:28, le 'ou' n'est pas requis pour séparer et reste disponible pour le kilayim.

7
מאי חנניה, ומאי רבנן? דתניא: אותו ואת בנו נוהג בנקבות, ואינו נוהג בזכרים. חנניה אומר: נוהג בין בזכרים ובין בנקבות.

Qu'[est-ce que] Hananya et qu'[est-ce que] les Rabbanan ? Car il est enseigné [dans une braita] : oto ve-et beno s'applique aux femelles et ne s'applique pas aux mâles.

Hananya dit : il s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles.

📜 Rachi (2)
בנקבות האם ובנה:
Aux femelles — la mère et son fils.
ואינו נוהג בזכרים דאין חוששין לזרע האב ואם שחט זכר מותר לשחוט בנו ובתו:
Et ne s'applique pas aux mâles — car on n'a cure de la semence du père ; et [si] l'on a abattu un mâle, il est permis d'abattre son fils et sa fille.
💡 Explication

La Guemara identifie enfin les deux positions (voir le schéma). Selon les Rabbanan, l'interdit oto ve-et beno ne vaut que pour les femelles (une mère et son petit) — pas pour les mâles : ayant abattu le père, on peut abattre son fils le même jour. Selon Hananya, il vaut pour les mâles comme pour les femelles.

🖼️ Schéma
Oto ve-et beno : mâles ou seulement femelles ? (Rabbanan vs Hananya) Rabbanan (tana 1) vaut pour les FEMELLES, non pour les mâles on n'a cure de la semence du père : après avoir abattu le père, on peut abattre son fils le même jour déduit du nid (am al ha-banim) : 'la MÈRE qui couve' -> femelles Hananya vaut pour les mâles ET pour les femelles le kal va-homer du nid est réfuté : oto ve-et beno est plus grave (le préparé vaut le non-préparé) tient comme R. Yonatan : pas besoin de 'oto' pour séparer les interdits
Les deux positions sur le champ d'application de oto ve-et beno (mâles et/ou femelles).
8
מאי טעמא דרבנן? דתניא: יכול יהא אותו ואת בנו נוהג בין בזכרים ובין בנקבות? ודין הוא: חייב כאן, וחייב באם על הבנים; מה כשחייב באם על הבנים – בנקבות ולא בזכרים, אף כשחייב כאן – בנקבות ולא בזכרים.

Quel est le raisonnement des Rabbanan ? Car il est enseigné [dans une braita] : on pourrait [croire qu']oto ve-et beno s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles ; et [c'est] un raisonnement [à fortiori] : il [y a] obligation ici [pour oto ve-et beno], et il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits' (am al ha-banim) ; de même que, là où il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits', [c'est] pour les femelles et non pour les mâles, de même, là où il [y a] obligation ici, [c'est] pour les femelles et non pour les mâles.

📜 Rachi (2)
באם על הבנים שלוח הקן שהוזהר (דברים כב) שלא ליקח שניהם:
'La mère sur les petits' — le renvoi du nid (chilouah ha-ken), [pour] lequel on a été averti (Deut 22) de ne pas prendre les deux [ensemble].
בנקבות דכתיב (שם) והאם רובצת ולא האב רובץ:
Aux femelles — car il est écrit (là-bas) 'et la mère couvant' et non 'le père couvant'.
🗂️ Tossefot (1)
מה כשחייב באם על הבנים בנקבות ולא בזכרים דאם דקרא משמע ליה דוקא ולא משום שאורחה להיות רובצת מדכתיב (דברים כב) שלח תשלח את האם דה"ל למכתב שלח תשלחנה כיון דכתיב כבר לא תקח האם לכך משמע ליה דוקא:
De même que, là où il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits', [c'est] pour les femelles et non pour les mâles — car 'la mère' du verset s'entend pour lui au [sens] strict, et non parce que sa coutume est de couver ; de ce qu'il est écrit (Deut 22) 'tu renverras la mère (chalea'h techalea'h et ha-em)', alors qu'il aurait dû écrire 'tu la renverras (chalea'h techalehena)' puisqu'il est déjà écrit 'tu ne prendras pas la mère' — pour cela [le mot] s'entend pour lui au [sens] strict.
💡 Explication

Le raisonnement des Rabbanan procède par kal va-homer (analogie). Deux mitsvot mettent en jeu mère et petits : oto ve-et beno (ne pas abattre les deux le même jour) et le renvoi du nid (am al ha-banim, Deut 22:6-7 : renvoyer la mère oiseau avant de prendre les petits). Or le renvoi du nid ne vaut que pour la femelle ('la mère qui couve', et non le père). Par analogie, oto ve-et beno aussi ne vaudrait que pour les femelles.

9
לא, אם אמרת באם על הבנים, שכן לא עשה בה מזומן כשאינו מזומן, תאמר באותו ואת בנו, שעשה בו מזומן כשאינו מזומן?

Non ! Si tu [le] dis pour 'la mère sur les petits' — où [la Torah] n'a pas rendu le préparé (mezoumman) semblable au non-préparé —, [le] diras-tu pour oto ve-et beno, où [la Torah] a rendu le préparé semblable au non-préparé ?

📜 Rachi (2)
לא עשה בה מזומן דתניא (לקמן חולין דף קלט:) כי יקרא פרט למזומן כלומר עוף שלו אינו חייב בשילוח:
[La Torah] n'a pas rendu le préparé [semblable au non-préparé] — car il est enseigné (plus loin, Houlin 139b) : 'si se rencontre (ki yikare)' — [cela] exclut le préparé, c'est-à-dire [que pour] un oiseau à soi [dans sa propriété] on n'est pas tenu au renvoi.
תאמר באותו ואת בנו כו' והואיל וחמור הוא ינהוג בשניהם:
[Le] diras-tu pour oto ve-et beno etc. — et puisqu'il est plus grave, qu'il s'applique aux deux [mâles et femelles].
💡 Explication

Réfutation du kal va-homer (cette réfutation servira ensuite Hananya). Le renvoi du nid ne s'applique pas à un nid préparé (mezoumman) — sous sa main, dans sa propriété — mais seulement à un nid rencontré par hasard ('si tu rencontres', Deut 22:6). Au contraire, oto ve-et beno vaut même pour des bêtes préparées (chez soi). Les deux mitsvot ne sont donc pas comparables : oto ve-et beno étant plus grave, il pourrait bien valoir aussi pour les mâles.

10
תלמוד לומר: ״אותו״ – אחד ולא שנים. אחר שחלק הכתוב, זכיתי לדין: חייב כאן וחייב באם על הבנים – מה כשחייב באם על הבנים – בנקבות ולא בזכרים, אף כשחייב כאן – בנקבות ולא בזכרים.

Le verset dit 'oto' — un et non deux. Après que le verset a séparé [les interdits], j'ai mérité [de revenir] au raisonnement : il [y a] obligation ici et il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits' — de même que, là où il [y a] obligation pour 'la mère sur les petits', [c'est] pour les femelles et non pour les mâles, de même, là où il [y a] obligation ici, [c'est] pour les femelles et non pour les mâles.

📜 Rachi (2)
אותו אחד ולא שנים באחד הוא נוהג ולא בשנים. ומעתה שחלק הכתוב וא"א לומר שינהוג בשניהם אלא או בזכרים או בנקבות:
'Oto', un et non deux — [l'interdit] s'applique à un [seul] et non à deux. Et dès lors que le verset a séparé [les interdits] et qu'il est impossible de dire qu'il s'applique aux deux, [c'est] donc ou bien aux mâles ou bien aux femelles.
זכיתי לדין מעתה אני רשאי ללמוד מדין הראשון באי זו ינהוג דהשתא ליכא למיפרך תאמר באותו ואת בנו שעשה בו מזומן כשאינו מזומן לפיכך ינהוג בזכרים ולא בנקבות דמאי חומרא היא זו לומר כן מה לי זכרים ומה לי נקבות:
J'ai mérité [de revenir] au raisonnement — désormais je suis fondé à apprendre, du premier raisonnement, auquel [des deux il s'applique] ; car à présent il n'y a plus à réfuter '[le] diras-tu pour oto ve-et beno, ou [la Torah] a rendu le préparé semblable au non-préparé, c'est pourquoi il s'appliquera aux mâles et non aux femelles' — car quelle gravité y a-t-il à dire cela ? que m'importe les mâles, que m'importe les femelles [?].
💡 Explication

Reprise du raisonnement. Le mot 'oto' ('lui') enseigne 'un et non deux' : l'interdit ne vaut que pour un des deux parents. Une fois que le verset a ainsi séparé (impossible de l'appliquer aux deux parents à la fois — c'est donc soit les mâles, soit les femelles), la réfutation précédente (sur le préparé) tombe : on ne peut plus en tirer que oto ve-et beno vaut pour les mâles. Le kal va-homer du nid revient donc en force : femelles seulement.

11
ואם נפשך לומר, ״בנו״ – מי שבנו כרוך אחריו, יצא זכר שאין בנו כרוך אחריו.

Et si tu tiens [encore] à [le] dire [à objecter] : 'beno' ('son fils') — [c'est] celui dont le fils se serre contre lui (karoukh aharav) ; [cela] exclut le mâle, dont le fils ne se serre pas contre lui.

📜 Rachi (2)
ואם נפשך לומר ולהשיב תשובה על דין זה יש לי טעם אחר הרי הוא אומר בנו משמע שנראה לו כבן:
Et si tu tiens [encore] à [le] dire — et [pour] objecter une réponse à ce raisonnement, j'ai un autre motif : voici qu'il est dit 'beno' ('son fils'), [ce qui] implique [celui] qui lui apparaît comme un fils.
שכרוך ודבוק תמיד לילך אחריו ודרך הולד להיות כרוך אחר האם:
Qui se serre [contre lui] — et [se] colle à lui constamment pour aller derrière lui ; et la coutume du petit est de se serrer contre la mère.
🗂️ Tossefot (1)
מי שבנו כרוך אחריו וא"ת א"כ ל"ל דמייתר קרא גבי שלוח הקן נילף ק"ו מאותו ואת בנו שעשה בו מזומן כשאינו מזומן ויש לומר דאי לאו דחזינן בשלוח הקן דאם דוקא לא הוי דרשינן באותו ואת בנו שבנו כרוך אחריו:
[Celui] dont le fils se serre contre lui — et si tu objectes : s'il en [est] ainsi, pourquoi [le] verset est-il superflu à propos du renvoi du nid [pour exclure les mâles] ? Dérivons[-le] par un kal va-homer de oto ve-et beno, ou [la Torah] a rendu le préparé semblable au non-préparé [et qui est donc plus grave] ! On peut répondre [que], si nous ne voyions pas dans le renvoi du nid [que 'la mère' s'entend] au [sens] strict, nous n'interpréterions pas, à propos de oto ve-et beno, '[celui] dont le fils se serre contre lui'.
💡 Explication

Argument de renfort, au cas où l'on objecterait encore. Le mot 'beno' ('son fils') vise le parent dont le petit se serre contre lui (karoukh aharav) — qui le suit naturellement. Cela exclut le mâle, dont le petit ne se serre pas contre lui (le petit suit la mère). Donc oto ve-et beno ne vaut que pour les femelles.

12
מה אם נפשך לומר? וכי תימא ״אותו״ זכר משמע, הרי הוא אומר ״בנו״ – מי שבנו כרוך אחריו, יצא זכר שאין בנו כרוך אחריו.

Qu'[est-ce que] 'si tu tiens à [le] dire' ? Et si tu disais [que] 'oto' implique un mâle — voici qu'il est dit 'beno' ('son fils'), [c'est] celui dont le fils se serre contre lui ; [cela] exclut le mâle, dont le fils ne se serre pas contre lui.

📜 Rachi (1)
מאי אם נפשך לומר מה היה לו להשיב על בנין אב הראשון:
Qu'[est-ce que] 'si tu tiens à [le] dire' — qu'avait-il à objecter contre le premier paradigme (binyan av) [?].
💡 Explication

La Guemara explicite à quelle objection répondait 'si tu tiens à le dire' (au segment 10). On aurait pu objecter que 'oto' (forme masculine, 'lui') implique justement un mâle — donc que l'interdit viserait les mâles ! Réponse : 'beno' ('son fils') montre qu'il s'agit du parent dont le petit se serre contre lui, ce qui exclut le mâle. L'interdit demeure pour les femelles seules.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).