Chullin 79a — l'espèce se détermine-t-elle par la mère seule ou par les deux parents (zera ha-av) ?

Chullin 79a

Sougya : Transition de otho ve-et beno (la bête et son petit) vers les mélanges interdits (kilayim) chez les mulets. Selon Hanania, l'interdit 'la bête et son petit' vaut pour le mâle comme pour la femelle, car on se soucie du géniteur (hochechin le-zera ha-av) : l'espèce se détermine par le père aussi.

Chmouel tranche comme Hanania et rattache cela à la michna de Kilayim où Rabbi Yehouda, lui, ne se soucie pas du père : pour lui l'espèce suit la mère, donc tout ce qui naît d'une jument est 'cheval' (permis entre eux), mais né d'une ânesse contre né d'une jument est interdit. Les Sages (= Hanania) disent au contraire que tous les mulets sont une seule espèce.

La Guemara demande alors si Rabbi Yehouda tranche vraiment 'on ne se soucie pas du père' ou s'il est dans le doute (safek), avec pour enjeu pratique d'accoupler le mulet avec l'espèce de sa mère ; après plusieurs tentatives de preuve (mulets, mulette en chaleur, signes distinctifs : voix, oreilles, queue), Rav Houna fils de Rav Yehochoua conclut que tous admettent que le fruit avec la mère est interdit — donc Rabbi Yehouda est dans le doute. Enfin Rabbi Abba, par sa consigne à son serviteur, montre qu'il tient 'on ne se soucie pas du père'.

Détermine-t-on l'espèce par la mère seule ou par les deux parents ? On ne se soucie pas du père ein hochechin le-zera ha-av l'espèce = celle de la MÈRE tout ce qui naît d'une jument = cheval ; permis entre eux mais né d'une ânesse vs né d'une jument = interdits (kilayim) tient = Rabbi Yehouda (et l'autel : otho ve-et beno seulement la femelle) On se soucie du père hochechin le-zera ha-av l'espèce = mère ET père tout mulet (jument+âne ou ânesse+cheval) = une seule espèce tous les mulets permis entre eux (les deux côtés en chacun) tient = les Sages = Hanania (otho ve-et beno : mâle comme femelle)
Le coeur de la sougya : se soucie-t-on du géniteur (zera ha-av) ? Position de Rabbi Yehouda contre celle des Sages / Hanania, et leur lien avec otho ve-et beno.
Rabbi Yehouda : tranche-t-il, ou est-il dans le doute ? nafka mina : peut-on accoupler le mulet avec l'espèce de sa mère (le cheval) ? Il tranche (pachit) on ne se soucie pas du père le mulet né d'une jument EST un cheval -> accoupler avec la jument : PERMIS Il doute (mesappek) peut-être se soucie-t-on du père le mulet est peut-être mi-cheval mi-âne -> accoupler avec la jument : INTERDIT Conclusion (Rav Houna fils de Rav Yehochoua) : tous admettent que le fruit avec la mère est interdit -> il DOUTE
La question des segments 4-11 : Rabbi Yehouda tranche-t-il ou doute-t-il ? Enjeu pratique et conclusion (il doute).
1
וְלַחֲנַנְיָה, כְּתִיב ״אוֹתוֹ״ דְּמַשְׁמַע זָכָר, וּכְתִיב ״בְּנוֹ״ – מִי שֶׁבְּנוֹ כָּרוּךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע נְקֵבָה, הִלְכָּךְ נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵבוֹת.

Et selon Hanania [pourquoi l'interdit 'la bête et son petit' vaut-il pour le mâle aussi] ? [Parce qu']il est écrit 'lui' (otho), ce qui indique un mâle, et il est écrit 'son petit' (beno) — celui dont le petit s'attache derrière lui, ce qui indique une femelle ; dès lors [l'interdit] s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles.

🗂️ Tossefot (1)
וְלַחֲנַנְיָה כְּתִיב אוֹתוֹ וּכְתִיב בְּנוֹ וא"ת וְלִשְׁתּוֹק מֵאוֹתוֹ וּמִבְּנוֹ וְלִכְתּוֹב בֵּן וי"ל דְּלָא מִדִּכְתִיב אֶת בְּנוֹ וְלָא כְּתִיב בֵּן קָדָרֵישׁ אֶלָּא בֵּן נָמֵי מַשְׁמַע דְּכָרוּךְ אַחֲרָיו:
Et selon Hanania [pourquoi] est-il écrit 'otho' et est-il écrit 'beno' — et si tu objectes : qu'il se taise sur 'otho' et sur 'beno', et qu'il écrive [seulement] 'fils' (ben) ! On peut dire [en réponse] : ce n'est pas de ce qu'il est écrit 'son petit' (et beno) et [qu']il n'est pas écrit 'fils' (ben) qu'il [le] dérive ; mais 'fils' (ben) aussi indiquerait [le sens] 'qui s'attache derrière lui'.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּנְקֵיבוֹת וְאֵין נוֹהֵג בִּזְכָרִים. חֲנַנְיָא אוֹמֵר נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵיבוֹת. מ"ט דְּרַבָּנַן דְּתַנְיָא יָכוֹל יְהֵא אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵיבוֹת וְדִין הוּא חִיֵּיב כָּאן וְחַייָּב בְּאֵם עַל הַבָּנִים מַה כְּשֶׁחִיֵּיב בְּאֵם עַל הַבָּנִים לֹא חַיָּיב אֶלָּא בִּנְקֵיבוֹת אַף כְּשֶׁחַייָּב בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ לֹא חַיָּיב אֶלָּא בִּנְקֵיבוֹת. לֹא אִם אָמַרְתָּ בְּאֵם עַל הַבָּנִים שֶׁכֵּן לֹא עָשָׂה בּוֹ מְזֻומָּן כְּשֶׁאֵינוֹ מְזֻומָּן. תֹּאמַר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הוֹאִיל וְעָשָׂה בּוֹ מְזֻומָּן כְּשֶׁאֵינוֹ מְזֻומָּן יָכוֹל יְהֵא נוֹהֵג בִּזְכָרִים וּבִנְקֵיבוֹת. ת"ל אוֹתוֹ אֶחָד וְלֹא שְׁנַיִם. וּמֵאַחַר שֶׁחָלַק הַכָּתוּב זָכִיתִי בַּדִּין. חַיָּיב כָּאן וְחַייָּב בְּאֵם עַל הַבָּנִים מַה כְּשֶׁחִיֵּיב בְּאֵם עַל הַבָּנִים בִּנְקֵיבוֹת וְלֹא בִּזְכָרִים אַף כְּשֶׁחִייֵּב בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בִּנְקֵיבוֹת וְאִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר אוֹתוֹ כְּתִיב דְּמַשְׁמַע זְכָרִים וְלֹא נְקֵיבוֹת הֲרֵי הוּא אוֹמֵר בְּנוֹ מִי שֶׁבְּנוֹ כָּרוּךְ אַחֲרָיו יָצָא זָכָר שֶׁאֵין בְּנוֹ כָּרוּךְ אַחֲרָיו וַחֲנַנְיָא כְּתִיב אוֹתוֹ דְּמַשְׁמַע זָכָר וּכְתִיב בְּנוֹ מִי שֵׁבֶט כָּרוּךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע נְקֵיבָה הִילְכָּךְ נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵיבוֹת: א"ר הוּנָא בַּר חִייָּא אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כַּחֲנַנְיָא. תְּנַן רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס אע"פ שֶׁאֲבִיהֶם חֲמוֹר מֻותָּרִים זֶה בָּזֶה הַנּוֹלָדִים מִן הַחֲמוֹר אע"פ שֶׁאֲבִיהֶם סוּס מֻותָּרִים זֶה בָּזֶה. אֲבָל הַנּוֹלָדִים מִן הַחֲמוֹר וְהַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס אֲסוּרִין זֶה בָּזֶה. אִיבַּעְיָא לְהוּ מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב. אוֹ דִּלְמָא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ. לְמַאי נ"מ לְמִשְׁרֵי פֵּירֵי עִם הָאֵם. אִי אָמְרַתְּ מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ פֵּירֵי עִם הָאֵם שָׁרִי. וְאִי אָמְרַתְּ מְסַפְּקָא לֵיהּ פֵּירֵי עִם הָאֵם אָסוּר. תָּא שְׁמַע דא"ר הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ הַכֹּל מוֹדִים שַׁפִּירֵי עִם הָאֵם אָסוּר. ש"מ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ שְׁמַע מִינַּהּ:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : [l'interdit] otho ve-et beno (la bête et son petit) s'applique aux femelles mais ne s'applique pas aux mâles. Hanania dit : il s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles. Quel est le motif (mai taama) des Sages ? Car il a été enseigné (de-tanya) : on pourrait penser que otho ve-et beno s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles, et [ce serait] un raisonnement [logique] (din) : [le verset] a rendu passible (hiyev) ici [pour otho ve-et beno] et a rendu passible pour [l'interdit d'égorger] la mère sur les petits (em al ha-banim, Deut 22:6) ; de même que, lorsqu'il a rendu passible pour la mère sur les petits, il n'a rendu passible que pour les femelles, de même, lorsqu'il a rendu passible pour otho ve-et beno, il n'a rendu passible que pour les femelles. [Réfutation :] non ! Si tu l'as dit pour la mère sur les petits, [c'est] qu'en cela il n'a pas rendu [un cas] déjà apprêté (mezouman) [semblable à un cas] non apprêté ; diras-tu [de même] pour otho ve-et beno, puisqu'il y a rendu [un cas] déjà apprêté [semblable à un cas] non apprêté ? [Donc] on pourrait penser [qu']il s'applique aux mâles et aux femelles. [C'est pourquoi] le verset enseigne (talmud lomar) 'otho' (lui) — un seul et non deux. Et puisque le verset a fait une distinction, j'ai [de nouveau] gagné par le raisonnement (zakhiti ba-din) : il a rendu passible ici et a rendu passible pour la mère sur les petits ; de même que, lorsqu'il a rendu passible pour la mère sur les petits, [c'est pour] les femelles et non pour les mâles, de même, lorsqu'il a rendu passible pour otho ve-et beno, [cela] ne s'applique qu'aux femelles. Et si tu tiens à dire (ve-im nafchekha lomar) : 'otho' est écrit, ce qui indique les mâles et non les femelles — [le verset] dit [aussi] 'beno' (son petit) : celui dont le petit s'attache derrière lui — [ce qui] exclut le mâle, dont le petit ne s'attache pas derrière lui. Et [selon] Hanania : il est écrit 'otho', ce qui indique un mâle, et il est écrit 'beno' — celui dont le petit s'attache derrière lui, ce qui indique une femelle ; dès lors [l'interdit] s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles. Rav Houna bar Hiya a dit au nom de Chmouel : la halakha [suit] Hanania. Nous avons appris [dans une michna] (tenan) : Rabbi Yehouda dit : ceux qui naissent d'une jument (min ha-sous), bien que leur père soit un âne, [sont] permis entre eux ; ceux qui naissent d'une ânesse (min ha-hamor), bien que leur père soit un cheval, [sont] permis entre eux ; mais ceux qui naissent de l'ânesse et ceux qui naissent de la jument [sont] interdits entre eux. Une question leur fut posée (ibaaya lehou) : Rabbi Yehouda tranche-t-il fermement (mifchat pechita lei) qu'on ne se soucie pas du géniteur mâle (zera ha-av), ou peut-être est-il dans le doute (safokei mesappeka lei) ? En quoi [cela fait-il] une différence [pratique] (le-mai nafka mina) ? Pour permettre [d'accoupler] le fruit (peiri) avec [l'espèce de] la mère. Si tu dis : il tranche fermement — le fruit avec [l'espèce de] la mère [est] permis (chari) ; et si tu dis : il est dans le doute — le fruit avec [l'espèce de] la mère [est] interdit (assour). Viens entendre (ta chema), car Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tous admettent (ha-kol modim) que le fruit avec [l'espèce de] la mère [est] interdit. Apprends-en (chema mina) [qu']il est dans le doute. Apprends-en [qu'il en est ainsi].
💡 Explication

Conclusion de la position de Hanania sur l'interdit otho ve-et beno (égorger 'la bête et son petit' le même jour, Lev 22:28). Le verset emploie 'otho' (lui, masculin) et 'beno' (son petit) — interprété comme 'celui dont le petit s'attache à lui', donc la mère. D'où : l'interdit vise mâle et femelle. Cela suppose qu'on tient compte du géniteur mâle (hochechin le-zera ha-av), pivot de toute la sougya.

2
אָמַר רַב הוּנָא בַּר חִייָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: הִלְכְתָא כַּחֲנַנְיָה, וְאַזְדָּא שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ, דִּתְנַן: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס, אַף עַל פִּי שֶׁאֲבִיהֶן חֲמוֹר – מֻותָּרִין זֶה בָּזֶה, אֲבָל הַנּוֹלָדִין מִן הַחֲמוֹר עִם הַנּוֹלָדִין מִן הַסּוּס – אֲסוּרִין.

Rav Houna bar Hiya a dit au nom de Chmouel : la halakha [suit] Hanania. Et Chmouel suit en cela sa propre ligne, car nous avons appris [dans une michna] : Rabbi Yehouda dit : ceux qui naissent d'une jument (sous, femelle) — bien que leur père soit un âne — [sont] permis entre eux ; mais ceux qui naissent d'une ânesse avec ceux qui naissent d'une jument — [sont] interdits.

📜 Rachi (4)
וְאַזְדָּא שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ דְּאִית לֵיהּ חוֹשְׁשִׁין בַּבְּהֵמוֹת לְזֶרַע הָאָב:
Et Chmouel suit en cela sa propre ligne — car il tient qu'on se soucie, pour les bêtes, du géniteur mâle (zera ha-av).
הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס נְקֵבָה:
Ceux qui naissent d'une jument — [d'une jument] femelle.
אע"פ שֶׁאֲבִיהֶן חֲמוֹר מֻותָּרִין פֶּרֶד זָכָר בֶּן סוּס נְקֵבָה עִם פִּרְדָּה נְקֵבָה בַּת סוּס נְקֵבָה וְלָא אָמְרִינַן אָתֵי צַד סוּס וּמִשְׁתַּמֵּשׁ בְּצַד חֲמוֹר שֶׁצַּד סוּס וַחֲמוֹר יֵשׁ בִּשְׁנֵיהֶם לְהָא לָא חָיְישִׁינַן מִמַּה נַפְשָׁךְ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב שְׁנֵיהֶם שָׁוִין שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם יֵשׁ צַד סוּס וַחֲמוֹר וְאִי אֵין חוֹשְׁשִׁין הֲרֵי כֻּולָּן מִין סוּס:
Bien que leur père soit un âne, [ils sont] permis — un mulet mâle, fils d'une jument femelle, avec une mulette femelle, fille d'une jument femelle ; et l'on ne dit pas [que] le 'côté cheval' [de l'un] vient s'unir au 'côté âne' [de l'autre] — car le 'côté cheval' et [le côté] âne existent dans les deux ; cela ne nous préoccupe pas, [et ce] dans tous les cas (mi-ma nafchakh) : si l'on se soucie du géniteur mâle, les deux sont semblables, puisqu'en chacun des deux il y a un côté cheval et un côté âne ; et si l'on ne s'en soucie pas, voici qu'ils sont tous de l'espèce cheval.
אֲבָל פְּרָדִים הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס נְקֵבָה אֲסוּרִים עִם פְּרָדִים הַנּוֹלָדִים מִן הַחֲמוֹר נְקֵבָה דְּשֶׁמָּא אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וְהָוֵי הַאי כּוּלֵּיהּ סוּס וְהַאי כּוּלֵּיהּ חֲמוֹר:
Mais — les mulets qui naissent d'une jument femelle [sont] interdits avec les mulets qui naissent d'une ânesse, car peut-être ne se soucie-t-on pas du géniteur mâle, et alors celui-ci [serait] tout entier cheval et celui-là tout entier âne.
💡 Explication

Chmouel tranche la halakha comme Hanania (on se soucie du père). Et il est cohérent avec lui-même, car dans la michna de Kilayim (mélanges) il commente Rabbi Yehouda. Pour Rabbi Yehouda, l'espèce suit la mère : tout ce qui naît d'une jument est 'cheval' et permis entre eux ; mais un mulet né d'une ânesse et un mulet né d'une jument sont d'espèces différentes (kilayim) et interdits l'un avec l'autre.

🖼️ Schéma
Détermine-t-on l'espèce par la mère seule ou par les deux parents ? On ne se soucie pas du père ein hochechin le-zera ha-av l'espèce = celle de la MÈRE tout ce qui naît d'une jument = cheval ; permis entre eux mais né d'une ânesse vs né d'une jument = interdits (kilayim) tient = Rabbi Yehouda (et l'autel : otho ve-et beno seulement la femelle) On se soucie du père hochechin le-zera ha-av l'espèce = mère ET père tout mulet (jument+âne ou ânesse+cheval) = une seule espèce tous les mulets permis entre eux (les deux côtés en chacun) tient = les Sages = Hanania (otho ve-et beno : mâle comme femelle)
Les deux positions : 'on ne se soucie pas du père' (l'espèce suit la mère, position de Rabbi Yehouda) contre 'on se soucie du père' (mère et père, position des Sages / Hanania).
3
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: כָּל מִינֵי פְּרָדוֹת אַחַת הֵן.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : ceci [est] la parole de Rabbi Yehouda, qui dit [qu']on ne se soucie pas du géniteur mâle ; mais les Sages disent : toutes les espèces de mulets [ne] sont [qu']une seule [espèce].

📜 Rachi (2)
זוֹ דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה דְּאָמַר (שֶׁמָּא) אֵין חוֹשְׁשִׁין לְפִיכָךְ אֲסוּרִים:
Ceci [est] la parole de Rabbi Yehouda, qui dit (peut-être) [qu']on ne se soucie pas — c'est pourquoi [ils sont] interdits.
אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים כֻּולָּן מֻותָּרִים שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם יֵשׁ ב' צְדָדִין. וּמִדְּקָרֵי שְׁמוּאֵל לַחֲנַנְיָה בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים ש"מ סְבִירָא לֵיהּ דְּהִלְכְתָא כַּחֲנַנְיָה:
Mais les Sages disent — tous [sont] permis, car en chacun des deux il y a deux côtés. Et de ce que Chmouel appelle Hanania du nom des 'Sages', apprends-en qu'il tient [que] la halakha [suit] Hanania.
💡 Explication

Chmouel précise la portée de la michna : la position 'né d'une ânesse contre né d'une jument = interdits' n'est que celle de Rabbi Yehouda, qui ne se soucie pas du géniteur. Les Sages, eux, tiennent que tous les mulets sont une seule espèce (donc permis entre eux). Or Chmouel nomme les Sages 'Hanania' — preuve qu'il tranche comme Hanania.

4
מַאן חֲכָמִים? חֲנַנְיָה הוּא, דְּאָמַר חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, וְהַאי בַּר סוּסְיָא וַחֲמָרָא, וְהַאי בַּר חֲמָרָא וְסוּסְיָא – כֻּולְּהוּ חֲדָא מִינָא נִינְהוּ.

Qui [sont] les Sages ? C'est Hanania, qui dit [qu']on se soucie du géniteur mâle ; et celui-ci [est] fils d'une jument et d'un âne, et celui-là [est] fils d'une ânesse et d'un cheval — tous [sont] une seule espèce.

💡 Explication

Identification : les 'Sages' de Chmouel sont Hanania. Puisqu'on se soucie du géniteur, chaque mulet porte 'en lui' les deux côtés (cheval et âne) : qu'il soit né d'un cheval+ânesse ou d'un âne+jument, ils relèvent tous d'une seule espèce et sont donc permis entre eux.

5
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מִי פְּשִׁיט לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, אוֹ דִּלְמָא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ? לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ?

Une question fut posée [aux Sages] : Rabbi Yehouda tranche-t-il [fermement] qu'on ne se soucie pas du géniteur mâle, ou peut-être est-il dans le doute [à ce sujet] ? En quoi [cela fait-il] une différence pratique (nafka mina) ?

💡 Explication

Nouvelle question (voir le second schéma). Lorsque Rabbi Yehouda dit 'on ne se soucie pas du père', est-ce une certitude (pachit) ou seulement un doute (safek) ? La Guemara demande quel est l'enjeu pratique de cette alternative.

6
לְמִישְׁרֵא פְּרִי עִם הָאֵם, אִי אָמְרַתְּ: מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ – פְּרִי עִם הָאֵם שְׁרֵי, אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ: סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ – פְּרִי עִם הָאֵם אָסוּר.

[L'enjeu, c'est] de permettre [d'accoupler] le fruit avec [l'espèce de] la mère. Si tu dis : il tranche fermement — le fruit avec [l'espèce de] la mère [est] permis ; mais si tu dis : il est dans le doute — le fruit avec [l'espèce de] la mère [est] interdit.

📜 Rachi (4)
מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ וּמִשּׁוּם הָכִי אָסַר:
Il tranche fermement — et c'est pour cela qu'il interdit.
אוֹ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ ומשו"ה אָסַר:
Ou peut-être est-il dans le doute — et c'est pour cela qu'il interdit.
נָפְקָא מִינֵּיהּ לְמִישְׁרֵי פְּרִי עִם הָאֵם פֶּרֶד בֶּן סוּס נְקֵבָה לְהַרְבִּיעַ עַל סוּס נְקֵבָה:
L'enjeu pratique [est] de permettre le fruit avec [l'espèce de] la mère — [accoupler] un mulet, fils d'une jument femelle, en saillie sur une jument femelle.
פְּרִי עִם הָאֵם אָסוּר מִשּׁוּם דִּלְמָא חוֹשְׁשִׁין:
Le fruit avec [l'espèce de] la mère [est] interdit — parce que peut-être se soucie-t-on [du géniteur mâle].
💡 Explication

La nafka mina : peut-on accoupler le mulet (le 'fruit', né d'une jument) avec l'espèce de sa mère, c'est-à-dire une jument ? Si Rabbi Yehouda tranche que le mulet est purement 'cheval', c'est permis. S'il doute (le mulet est peut-être mi-âne), c'est interdit par précaution.

7
מַאי תָּא שְׁמַע: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כָּל הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס, אַף עַל פִּי שֶׁאֲבִיהֶן חֲמוֹר – מֻותָּרִין זֶה בָּזֶה. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דַּאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר וַאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר – צְרִיכָא לְמֵימַר? אֶלָּא לָאו דַּאֲבוּהּ דְּהַאי סוּס וַאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר;

Qu'[apprend-on] : viens entendre [une preuve]. Rabbi Yehouda dit : tous ceux qui naissent d'une jument — bien que leur père soit un âne — [sont] permis entre eux.

Quel est le cas ? Si l'on dit [que c'est le cas] où le père de celui-ci [est] un âne et le père de celui-là [est] un âne — [cela] faut-il le dire ?

Plutôt, n'[est-ce] pas [le cas] où le père de celui-ci [est] un cheval et le père de celui-là [est] un âne ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לָאו דַּאֲבוּהּ דְּהַאי סוּס וַאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר וְהָכִי קָאָמַר ר' יְהוּדָה דְּמַרְבִּיעִים סוּס גָּמוּר עַל פֶּרֶד בֶּן סוּסְיָא וּמַאי שֶׁאֲבִיהֶן חֲמוֹר אָבִיו שֶׁל פֶּרֶד קָאָמַר:
Plutôt, n'[est-ce] pas [le cas] où le père de celui-ci [est] un cheval et le père de celui-là [est] un âne — et voici ce que dit Rabbi Yehouda : on fait sailler un cheval entier sur un mulet fils d'une jument ; et que veut dire 'bien que leur père soit un âne' ? [Il parle] du père du mulet.
💡 Explication

Première tentative de preuve. La michna ('tous ceux qui naissent d'une jument, bien que le père soit un âne, sont permis entre eux') ne peut viser le cas évident où les deux ont un père âne (deux fois 'cheval' par la mère). Donc elle vise le cas où l'un a un père cheval et l'autre un père âne — et pourtant elle les déclare permis.

8
וְקָתָנֵי מֻותָּרִים זֶה עִם זֶה, אַלְמָא מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ!

Et il enseigne [qu'ils sont] permis entre eux — donc [Rabbi Yehouda] tranche fermement [qu'on ne se soucie pas du géniteur mâle] !

💡 Explication

Déduction : puisque la michna les permet alors même que l'un a un père cheval et l'autre un père âne, c'est que Rabbi Yehouda tranche fermement 'on ne se soucie pas du père'. S'il doutait, il les interdirait (l'un pourrait être mi-âne, l'autre mi-cheval).

9
לֹא, לְעוֹלָם דַּאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר, וְאַבֹּוהַּ דְּהַאי חֲמוֹר. וּדְקָאָמְרַתְּ: צְרִיכָא לְמֵימַר? מַהוּ דְתֵימָא: אָתֵי צַד דְּסוּס מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּצַד חֲמוֹר, וְצַד חֲמוֹר מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּצַד סוּס, קָא מַשְׁמָע לַן.

Non ; en réalité [c'est le cas] où le père de celui-ci [est] un âne et le père de celui-là [est] un âne. Et quant à ce que tu dis : '[cela] faut-il le dire ?' — [oui, car] tu aurais pu dire : le 'côté cheval' [de l'un] vient s'unir au 'côté âne' [de l'autre], et le 'côté âne' [de l'un] s'unit au 'côté cheval' [de l'autre] ; [c'est pourquoi la michna] nous enseigne [qu'ils sont permis].

📜 Rachi (3)
לָא לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ וּמִשּׁוּם הָכִי הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס וּמִן הַחֲמוֹר מֻותָּרִין זֶה בָּזֶה כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל מִמַּה נַפְשָׁךְ:
Non, en réalité — je peux te dire [qu']il est dans le doute, et c'est pour cela [que] ceux qui naissent de la jument et de l'ânesse [sont] permis entre eux, comme je l'ai expliqué plus haut, dans tous les cas (mi-ma nafchakh).
מַהוּ דְּתֵימָא אָתֵי צַד סוּס וְכוּ' מַהוּ דְתֵימָא לִיתַּסְרוּ הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס אוֹ מִן הַחֲמוֹר נָמֵי זֶה עִם זֶה מִשּׁוּם דְּדִלְמָא חָיְישִׁינַן לְזֶרַע הָאֵם וְאָתֵי צַד סוּס וְכוּ':
Tu aurais pu dire : le 'côté cheval' vient etc. — tu aurais pu dire [que] ceux qui naissent de la jument, ou aussi de l'ânesse, [soient] interdits entre eux, parce que peut-être se soucie-t-on du géniteur de la mère, et [alors] le 'côté cheval' vient [s'unir, etc.].
קמ"ל דְּהָא לָא אָמְרִי' שֶׁאֵין כָּאן צַד סוּס מְיֻוחָד וְצַד חֲמוֹר מְיֻוחָד הִילְכָּךְ אֵין מַזְכִּירִין כָּאן צְדָדִים דְּהָא מְבַלְבֵּל זַרְעֵיהּ וּמִינָא בְּאַפֵּי נַפְשֵׁיהּ הוּא דְּמִקְּרֵי וְהוּא מִין בִּפְנֵי עַצְמוֹ מֵעֵין סוּס וַחֲמוֹר:
[La michna] nous enseigne — que nous ne disons pas [cela] ; car il n'y a pas ici de 'côté cheval' distinct ni de 'côté âne' distinct ; dès lors on ne mentionne pas ici de 'côtés', car son géniteur est brouillé [mélangé] et [le mulet] est appelé une espèce à part entière, une espèce en soi, [un] genre de cheval-et-âne.
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ דְּתֵימָא אָתֵי צַד סוּס וּמִשְׁתַּמֵּשׁ כו' קמ"ל לָא דָּמֵי לְחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין (חֲגִיגָה דַּף ב:) דְּאָסוּר בְּחֶצְיָהּ שִׁפְחָה וְחֶצְיָהּ בַּת חוֹרִין מִשּׁוּם דְּאָתֵי צַד עַבְדוּת וּמְשַׁמֵּשׁ בְּצַד חֵירוּת דְּהָכָא כִּלְאַיִם אֲמַר רַחֲמָנָא דַּוְקָא תְּרֵי מִינֵי וְכָל פְּרָדוֹת הַבָּאִין מְסוֹס וַחֲמוֹר מִין אֶחָד הוּא:
Tu aurais pu dire : le 'côté cheval' vient s'unir etc. ; [la michna] nous enseigne — [ce cas] ne ressemble pas à [celui de] 'à moitié esclave et à moitié homme libre' (Haguiga 2b), qui [lui] est interdit [d'épouser] une [femme] à moitié servante et à moitié [fille] libre, parce que le 'côté servitude' vient s'unir au 'côté liberté' ; car ici [le verset] dit 'mélange' (kilayim) — [c'est interdit] uniquement [pour] deux espèces [distinctes], or tous les mulets qui proviennent d'un cheval et d'un âne [ne] sont [qu']une seule espèce.
💡 Explication

Réfutation de la preuve : la michna peut viser le cas où les deux ont un père âne. Et ce n'est pas superflu, car on aurait pu craindre que le côté cheval de l'un s'unisse au côté âne de l'autre (et inversement), constituant ainsi un mélange interdit ; la michna nous apprend que non — le mulet est une espèce propre, sans 'côtés' distincts à apparier. Donc rien ne prouve que Rabbi Yehouda tranche.

10
תָּא שְׁמַע: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, פִּרְדָּה שֶׁתָּבְעָה – אֵין מַרְבִּיעִין עָלֶיהָ לֹא סוּס וְלֹא חֲמוֹר, אֶלָּא מִינָהּ. וְאִי אָמְרַתְּ מִפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ לַרְבַּע עֲלַהּ מִינָא דְּאִמַּהּ! דְּלָא יָדְעִינַן מִינָא דְּאִמַּהּ מַאי נִיהוּ.

Viens entendre [une autre preuve] : Rabbi Yehouda dit [qu']une mulette qui réclame [le mâle, en chaleur] — on ne fait sailler sur elle ni un cheval ni un âne, mais [seulement un mâle] de son espèce. Or si tu dis [qu']il tranche fermement, qu'on fasse donc sailler sur elle [un mâle] de l'espèce de sa mère !

[Réponse :] [c'est le cas] où nous ne savons pas quelle est l'espèce de sa mère.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מִינָּהּ פֶּרֶד:
Mais [un mâle] de son espèce — un mulet.
💡 Explication

Seconde tentative. Une braita : une mulette en chaleur, on ne lui présente ni cheval ni âne, mais seulement un mâle de son espèce (un mulet). Si Rabbi Yehouda tranchait, il devrait permettre un mâle de l'espèce de la mère (la jument) ! Réponse : la braita parle du cas où l'on ignore l'espèce de la mère du mulet.

11
וְהָא ״אֶלָּא מִינָהּ״ קָתָנֵי? הָכִי קָאָמַר: אֵין מַרְבִּיעִין עָלֶיהָ לֹא מִין סוּס וְלֹא מִין חֲמוֹר, לְפִי שֶׁאֵין יוֹדְעִין בְּמִינָהּ. וְלִיבְדּוֹק בְּסִימָנִין? דְּאָמַר אַבַּיֵּי: עָבֵי קָלֵיהּ – בַּר חַמְרָא, צָנִיף קָלֵיהּ – בַּר סוּסְיָא. וְאָמַר רַב פָּפָּא: רַבְרְבָן אֻודְנֵיהּ וְזוּטְרָא גְּנוּבְתֵיהּ – בַּר חֲמָרָא, זוּטְרָן אֻודְנֵיהּ וְרַבָּה גְּנוּבְתֵיהּ – בַּר סוּסְיָא. הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּאִלֶּמֶת וְגִידֶּמֶת.

Mais [la braita] enseigne [bien] 'mais [un mâle] de son espèce' ! [Réponse :] voici ce qu'elle dit : on ne fait sailler sur elle ni [un mâle de] l'espèce cheval ni [un mâle de] l'espèce âne, parce qu'on ne connaît pas son espèce.

Mais qu'on l'examine par ses signes (simanim) ! Car Abaye a dit : [si] sa voix [est] grave (épaisse) — [c'est un] fils d'ânesse ; [si] sa voix [est] claire (hennissante) — [c'est un] fils de jument.

Et Rav Papa a dit : [si] ses oreilles [sont] grandes et sa queue petite — [c'est un] fils d'ânesse ; [si] ses oreilles [sont] petites et sa queue grande — [c'est un] fils de jument. [Réponse :] ici, de quoi traitons-nous ?

D'une [mulette] muette et tronquée [d'oreilles et de queue].

📜 Rachi (7)
וְהָא אֶלָּא מִינַּהּ קָתָנֵי וְאִי לָא יָדְעִינַן אִי בַּת סוּסְיָא וְאִי בַּת חֲמוּרָה מַאי פֶּרֶד מְרַבְּעִינַן עֲלָהּ הָאָמַר ר' יְהוּדָה הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּסְיָא אֲסוּרִין בַּנּוֹלָדִין מִן הַחֲמוּרָה:
Mais [la braita] enseigne [bien] 'mais [un mâle] de son espèce' — or si nous ne savons pas si [la mulette est] fille de jument ou fille d'ânesse, quel mulet lui fait-on donc sailler ? car Rabbi Yehouda a dit [que] ceux qui naissent de la jument [sont] interdits avec ceux qui naissent de l'ânesse !
לֹא מִין סוּס לֹא סוּס גָּמוּר וְלֹא פֶּרֶד בֶּן סוּסְיָא:
Ni [un mâle de] l'espèce cheval — ni un cheval entier, ni un mulet fils de jument.
אֶלָּא מִינָּהּ כְּלוֹמַר עַד שֶׁיִּוָּדַע לְךָ מֵאֵיזֶה מִין הוּא:
Mais [un mâle] de son espèce — c'est-à-dire jusqu'à ce que te soit connu de quelle espèce elle est.
בַּר חַמְרָא אִמּוֹ הָיְתָה חֲמוּרָה:
Fils d'ânesse — sa mère était une ânesse.
צָנִיף צָלוּל וְהוּא לְשׁוֹן צַעֲקַת הַסּוּס:
Claire (tsanif) — limpide ; et c'est un terme [désignant] le cri du cheval.
גְּנוּבְתֵיהּ זְנָבוֹ:
Sa queue (genouvtei) — sa queue.
גִּידֶּמֶת מִזְּנַב וּמֹאזְנַיִם:
Tronquée (guidemet) — [coupée] de la queue et des oreilles.
💡 Explication

Objection : la braita dit 'de son espèce', donc on connaît l'espèce. Réponse : elle veut dire qu'on ne lui présente ni cheval ni âne parce qu'on ne connaît pas l'espèce de la mère. Nouvelle objection : qu'on la détermine par ses signes (simanim) ! Abaye : la voix (grave = ânesse, claire = jument). Rav Papa : oreilles et queue (grandes oreilles + petite queue = ânesse ; petites oreilles + grande queue = jument). Réponse : il s'agit d'une mulette muette et tronquée d'oreilles et de queue — ses signes sont indéterminables.

🖼️ Schéma
Reconnaître l'espèce de la mère du mulet par ses signes (simanim) Né d'une ânesse (bar hamara) voix grave / épaisse (Abaye) grandes oreilles (Rav Papa) petite queue (Rav Papa) l'âne a de grandes oreilles, une courte queue Né d'une jument (bar sosya) voix claire / hennit (Abaye) petites oreilles (Rav Papa) grande queue (Rav Papa) le cheval a de petites oreilles, une longue queue
Les signes distinctifs (Abaye et Rav Papa) pour reconnaître l'espèce de la mère : voix, oreilles et queue.
12
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: הַכֹּל מוֹדִין בִּפְרִי עִם הָאֵם שֶׁאָסוּר. שְׁמַע מִינַּהּ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ, שְׁמַע מִינָּה.

Qu'en est-il [conclu] à ce sujet ? Viens entendre, car Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tous admettent, au sujet du fruit avec [l'espèce de] la mère, que [c'est] interdit.

Apprends-en [donc qu'il] est dans le doute. Apprends-en [qu'il en est ainsi].

💡 Explication

Conclusion de la sougya. Rav Houna fils de Rav Yehochoua tranche : tous admettent que [d'accoupler] le fruit (le mulet) avec l'espèce de sa mère est interdit. Or si Rabbi Yehouda était certain qu'on ne se soucie pas du père, il le permettrait. Donc Rabbi Yehouda est dans le doute (safek).

13
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְשַׁמָּעֵיהּ: אִי מְעַייְּלַתְּ לִי כּוּדַנְיָיתָא בְּרִיסְפַּק, עַייֵּן לְהָנָךְ דְּדָמְיָין לַהֲדָדֵי, וְעָייֵל לִי. אַלְמָא קָסָבַר: אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב.

Rabbi Abba dit à son serviteur : si tu m'attèles des mulets à [mon] chariot (rispak), regarde ceux qui se ressemblent entre eux, et attelle-les-moi. [Cela] montre qu'il tient [qu']on ne se soucie pas du géniteur mâle.

📜 Rachi (3)
בְּרֵיסְפְּק עֲגָלָה שֶׁהָיָה רוֹכֵב בָּהּ:
Au chariot (be-rispak) — un char sur lequel il avait coutume de monter.
דְּדָמְייָן לְהָדְדִי בָּאָזְנַיִם וּבִזְנַב מִשּׁוּם מַנְהִיג בְּכִלְאַיִם:
Qui se ressemblent entre eux — par les oreilles et par la queue, à cause de [l'interdit de] mener [un attelage] de mélanges (kilayim).
קָסָבַר אֵין חוֹשְׁשִׁין וְהָוֵי כִּלְאַיִם בְּנֵי הַחֲמוּרָה וּבְנֵי הַסּוּסְיָא דְּאִי חוֹשְׁשִׁין כֻּולָּן שָׁוִין שֶׁבְּכֻולָּן יֵשׁ ב' צְדָדִים:
Il tient [qu']on ne se soucie pas — et [pourtant ce serait] un mélange [d'atteler ensemble] les fils de l'ânesse avec les fils de la jument ; car si l'on se souciait [du géniteur], tous seraient semblables, puisqu'en tous il y a les deux côtés [et il n'y aurait alors aucun mélange à craindre].
🗂️ Tossefot (1)
עָייֵל הָנָךְ דְּדָמְיָין לְהָדְדִי מַשְׁמַע דְּרַבִּי אַבָּא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה וְכֵן אַבַּיֵּי דְּאָמַר עָבֵי קָלֵיהּ בַּר חַמָּרָא וְכֵן רַב פָּפָּא דְּאָמַר רַבְרְבָן אֻודְנֵיהּ וְזוּטְרָא גְּנוּבְתֵיהּ בַּר חַמָּרָא כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ כְּרַבִּי יְהוּדָה וּבְפֶרֶק ב' דַּיָּינֵי גְּזֵרוֹת (כְּתֻובּוֹת דַּף קיא:) אָמְרִינַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בִּפְרָדוֹת וְשׁוֹר אוֹ שֶׂה דְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ מְתַרְגְּמִינַן תּוֹרְתָא אוֹ שִׁיתָּא (וַיִּקְרָא כב) מַשְׁמַע דְּאֵין נוֹהֵג בִּזְכָרִים וְהַייְנוּ דְּלָא כַּחֲנַנְיָה וּמִיהוּ שְׁמוּאֵל פָּסַק כַּחֲנַנְיָה וְעוֹד דִּסְתָם מַתְנִיתִין דְּסוֹף פֶּרֶק אֵלּוּ מוּמִין (בְּכוֹרוֹת מה:) אֵלּוּ כְּשֵׁרִים בְּאָדָם וּפְסוּלִים בַּבְּהֵמָה אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ מוּקֵי לָהּ הָתָם כַּחֲנַנְיָה וְעוֹד דַּחֲנַנְיָה כְּרַבִּי יוֹנָתָן וּבְפֶרֶק הַשּׁוֹאֵל (בּ"מ דַּף צה:) אָמַר דְּאַבַּיֵּי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה. וְרָבָא סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹנָתָן וקי"ל כְּרָבָא לְגַבֵּי דְּאַבַּיֵּי וּמִיהוּ אֲפִילּוּ קַיְימָא לַן כְּרַבִּי יְהוּדָה בִּפְרָדוֹת כְּדִפְסִיק בס"פ בָּתְרָא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף קיא:) אֵין לְהַתִּיר אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ בִּזְכָרִים דְּהָא מַסְּקִינַן הָכָא דְּרַבִּי יְהוּדָה סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ וא"ת דְּמַסְּקִינַן בִּשְׁמַעְתִּין בְּסָמוּךְ דְּבֵין לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּבֵין לְרַבָּנָן סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לְהוּ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אִי לָאו וְאַמַּאי מְסַפְּקָא לְהוּ וְהָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין דַּף קלב.) גַּבֵּי מַתָּנוֹת לְר' אֱלִיעֶזֶר מִבָּעֵי לֵיהּ אִם שׁוֹר אִם שֶׂה לְחַלֵּק וְרַבָּנָן נָפְקָא לְהוּ לְחַלֵּק מֵאֵת זוֹבְחֵי הַזֶּבַח וְלֵר' אֱלִיעֶזֶר מֵאֵת זוֹבְחֵי הַזֶּבַח אֲתָא לְכִדְרָבָא דְּהַדִּין עִם הַטַּבָּח וא"כ מִדְּבָעֵי לְהוּ קְרָא לְחַלֵּק מִכְּלָל דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב כִּדְמַשְׁמַע לְעֵיל וְי"ל דְּוַדַּאי אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב לֹא צָרִיךְ קְרָא לְחַלֵּק אֲבָל מִשּׁוּם דִּמְסַפְּקָא לְהוּ שֶׁמָּא אֵין חוֹשְׁשִׁין קָבָעֵי קְרָא לְחַלֵּק מִשּׁוּם דִּילְמָא אֵין חוֹשְׁשִׁין וַאֲתָא קְרָא לְחַלֵּק וְאִי חוֹשְׁשִׁין לְרַבָּנָן אֲתָא קְרָא דִּמְאַת זוֹבְחֵי הַזֶּבַח לְכִדְרָבָא דְּהַדִּין עִם הַטַּבָּח וְלֵר' אֱלִיעֶזֶר אֲתָא אִם שֶׂה לְחַיֵּיב בְּמַתָּנוֹת כִּדְדָרְשִׁי רַבָּנָן וּמִשּׁוּם דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אִי אֲתָא לְחַלֵּק אוֹ לְחַיֵּיב בְּמַתָּנוֹת פָּטַר ר' אֱלִיעֶזֶר דְּהַמּוֹצִיא מֵחֲבֵרוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וא"ת הָא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָתָם דְּדָרְשִׁי רַבָּנָן אִם שֶׂה לְרַבּוֹת אֶת הַכּוֹי דְּחַיָּיב בַּמַּתָּנוֹת הֵיכִי דָמֵי אִי בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה כִּדְמַסִּיק בִּשְׁמַעְתִּין דִּבְהָכִי פְּלִיגִי וְהָתָם נָמֵי בְּרֵישׁ הַהוּא שְׁמַעְתָּא אָמְרִינַן הָכִי א"כ סָבְרִי דְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וַאֲתָא קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּחַיָּיב בְּכָל הַמַּתָּנוֹת דְּאִי אֵין חוֹשְׁשִׁין א"כ לֹא צָרִיךְ רִבּוּי וא"כ לֹא צָרִיךְ קְרָא לְחַלֵּק וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן כּוֹי דְּהָתָם לָא מִיתּוֹקַם אֶלָּא בְּתַייִשׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה וּבֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וּבֵין אֵין חוֹשְׁשִׁין אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְחַייֵּב בְּכָל הַמַּתָּנוֹת וא"ת דְּמַשְׁמַע הָתָם דְּלָא פָּטַר ר' אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא מִמַּתָּנוֹת וְכִסּוּי אֲבָל אַהָא דְּאָמְרוּ רַבָּנָן חֶלְבּוֹ אָסוּר כַּחֲלֵב בְּהֵמָה לָא פְּלִיג מִדְּלָא קָאָמַר נָמֵי מֻותָּר וְאַמַּאי וְהָא אֲפִילּוּ חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב הָא אִית לֵיהּ לר"א דְּשֶׂה וְלֹא מִקְצָת שֶׂה וא"כ תַּיִישׁ הַבָּא עַל הַצְּבִיָּיה לִישְׁתְּרֵי חֶלְבּוֹ וְכִי תֵּימָא דְּקָסָבַר ר' יוֹחָנָן דִּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָמֵי אָמְרִינַן שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה א"כ אַמַּאי פָּטַר הָכָא בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וְי"ל דְּסָבַר ר' יוֹחָנָן דִּפְלִיגִי הָכָא בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ לְמַלְקוּת וּבִצְבִי הַבָּא עַל הַתְּיָישָׁה דִּלְרַבָּנָן אֲפִילּוּ לְמַלְקוֹת אָמְרִינַן שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה ור"א פָּטַר מִמַּלְקוּת דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי אָמְרִינַן שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה אֲבָל מוֹדֶה דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא אִי נָמֵי לְעוֹלָם סְבִירָא לֵיהּ דְּשֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לָא אָמְרִינַן וְשָׁאנֵי חֵלֶב דְּרַבִּי קְרָא כִּדְדָרְשִׁינַן בְּרֵישׁ פֶּרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עַד.) כָּל חֵלֶב לְרַבּוֹת כּוֹי וַחֲצִי שִׁיעוּר וּמִיהוּ קָשֶׁה בְּתַיִישׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה אַמַּאי פָּטַר ר' אֱלִיעֶזֶר מִכִּסּוּי וְהָא דִּלְמָא אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וְהָוֵי כֻּולּוֹ צְבִי וצ"ל דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹטֵר לָא קָאֵי אֶלָּא אַמַּתָּנוֹת וְכֵן מַשְׁמַע לְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה בְּמַסֶּכֶת בִּכּוּרִים (פ"ב מ"י) דִּתְנַן ר' אֱלִיעֶזֶר פּוֹטֵר שֶׁהַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וְכֵן כָּתַב רַבֵּינוּ תָּם בִּפְרָדוֹת כְּרַבִּי יְהוּדָה וְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּזְכָרִים לְאִיסּוּרָא וְלֹא לְמַלְקוּת:
Attelle ceux qui se ressemblent entre eux — [cela] indique que Rabbi Abba tient comme Rabbi Yehouda ; de même Abaye, qui dit '[si] sa voix [est] grave, [c'est un] fils d'ânesse', et de même Rav Papa, qui dit '[si] ses oreilles [sont] grandes et sa queue petite, [c'est un] fils d'ânesse' — tous tiennent comme Rabbi Yehouda. Et au chapitre 'Chnei Dayanei Guezerot' (Ketoubot 111b) nous disons : la halakha [suit] Rabbi Yehouda pour les mulets ; et 'un taureau ou un agneau' (chor o sse) de [l'interdit] otho ve-et beno, nous [le] traduisons [en araméen] 'une vache ou une brebis (tourta o sita)', ce qui indique qu'[il] ne s'applique pas aux mâles — et cela [est] contre Hanania. Toutefois Chmouel tranche comme Hanania. De plus, la michna anonyme (setam) de la fin du chapitre 'Elou Moumin' (Bekhorot 45b) — 'voici [ceux qui sont] aptes chez l'homme et inaptes chez la bête' — y rapporte otho ve-et beno selon Hanania. De plus, Hanania [tient] comme Rabbi Yonatan ; et au chapitre 'Ha-Choel' (Baba Metsia 95b) il est dit qu'Abaye tient comme Rabbi Yochia et que Rava tient comme Rabbi Yonatan, et nous tenons [la halakha] comme Rava contre Abaye. Néanmoins, même si nous tenons [la halakha] comme Rabbi Yehouda pour les mulets, comme [cela] est tranché à la fin du dernier chapitre de Ketoubot (111b), il n'y a pas lieu de permettre otho ve-et beno pour les mâles, car nous concluons ici que Rabbi Yehouda est dans le doute. Et si tu objectes : nous concluons plus loin dans notre sougya que, tant selon Rabbi Eliezer que selon les Sages, ils sont dans le doute [sur le point de savoir] si l'on se soucie ou non du géniteur mâle — et pourquoi sont-ils dans le doute ? car nous disons plus loin, au chapitre 'Ha-Zeroa' (Houlin 132a), au sujet des dons [sacerdotaux], que selon Rabbi Eliezer il faut [le verset] 'que ce soit un taureau, que ce soit un agneau' (im chor im sse) pour [enseigner que l'obligation se] divise [entre les associés], et [que] les Sages le dérivent par 'de la part des sacrificateurs' (me-et zovhei ha-zevah) ; et selon Rabbi Eliezer, 'de la part des sacrificateurs' vient pour [l'enseignement] de Rava [à savoir] qu'il a un droit envers le boucher ; et si donc le verset est requis pour 'diviser', cela implique qu'on ne se soucie pas du géniteur mâle, comme [cela] ressort plus haut. On peut dire [en réponse] : certes, si l'on se souciait du géniteur mâle, il ne faudrait pas de verset pour 'diviser' ; mais parce qu'ils doutent [du point de savoir si] peut-être on ne s'en soucie pas, le verset est requis pour 'diviser', au cas où l'on ne s'en soucierait pas, et [c'est] le verset [qui] vient 'diviser'. Et si l'on se soucie, selon les Sages le verset 'de la part des sacrificateurs' vient pour [l'enseignement] de Rava qu'il a un droit envers le boucher, et selon Rabbi Eliezer 'que ce soit un agneau' (im sse) vient pour obliger aux dons, comme l'exposent les Sages ; et parce que Rabbi Eliezer doute [du point de savoir] s'il vient pour 'diviser' ou pour obliger aux dons, Rabbi Eliezer exempte, car celui qui veut extorquer à son prochain [doit] apporter la preuve (ha-motzi me-havero alav ha-reaya). Et si tu objectes : ce que dit Rabbi Yo'hanan la, que les Sages exposent 'que ce soit un agneau' pour inclure le koy [hybride] qui est tenu aux dons — quel est le cas ? si [c'est] dans [le cas d']une gazelle venue sur une chèvre [domestique], comme [le Talmud le] conclut dans notre sougya [en disant] que c'est en cela qu'ils divergent (et là-bas aussi, au début de cette sougya, nous disons ainsi), alors ils tiennent qu'on se soucie du géniteur mâle, et le verset vient inclure [le koy comme] tenu à tous les dons — car si l'on ne s'en souciait pas, alors point n'est besoin d'inclusion [ribouy], et donc point n'est besoin de verset pour 'diviser'. Et il paraît [juste] d'expliquer que, pour Rabbi Yo'hanan, le koy de là-bas ne se conçoit que [dans le cas d']un bouc venu sur une gazelle, et tant qu'on se soucie du géniteur mâle que tant qu'on ne s'en soucie pas, le verset est requis pour [l']obliger à tous les dons. Et si tu objectes : il ressort là que Rabbi Eliezer n'exempte que des dons et de la couverture [du sang], mais que sur ce que disent les Sages — [que] sa graisse [du koy est] interdite comme la graisse d'une bête — [Rabbi Eliezer] ne diverge pas, puisqu'il ne dit pas non plus 'permise' ; et pourquoi ? car même si l'on se soucie du géniteur mâle, Rabbi Eliezer tient [le principe] 'un agneau (sse) et non une partie d'agneau', et donc, [dans le cas d']un bouc venu sur une gazelle, que sa graisse soit permise ! Et si tu dis que Rabbi Yo'hanan tient que, selon Rabbi Eliezer aussi, on dit 'un agneau, et même une partie d'agneau' — alors pourquoi [Rabbi Eliezer] exempte-t-il ici pour otho ve-et beno ? On peut dire [en réponse] que Rabbi Yo'hanan tient qu'ils divergent ici, [au sujet de] otho ve-et beno, quant aux coups [de flagellation, malkout], et que [dans le cas d']une gazelle venue sur une chèvre, selon les Sages on dit, même quant aux coups, 'un agneau, et même une partie d'agneau', tandis que Rabbi Eliezer exempte des coups parce qu'il doute si l'on dit 'un agneau, et même une partie d'agneau' — mais il admet qu'il y a [là] un interdit. Ou bien [encore] : en réalité il tient [le principe] 'un agneau, et non une partie d'agneau', et la graisse est différente, car le verset l'a incluse, comme nous l'exposons au début du dernier chapitre de Yoma (74a) : 'toute graisse' (kol helev) [vient] inclure le koy et la demi-mesure. Toutefois c'est difficile : [dans le cas d']un bouc venu sur une gazelle, pourquoi Rabbi Eliezer exempte-t-il de la couverture [du sang] ? car peut-être ne se soucie-t-on pas du géniteur mâle, et [alors le koy serait] tout entier gazelle [et la couverture serait due] ! Et il faut dire que [le fait que] Rabbi Eliezer exempte ne porte que sur les dons ; et ainsi l'indique la formulation de la michna au traité Bikourim (2:10), où nous avons appris : 'Rabbi Eliezer exempte, car celui qui veut extorquer à son prochain [doit] apporter la preuve'. Et ainsi a écrit Rabbenou Tam : pour les mulets, [la halakha suit] Rabbi Yehouda ; et otho ve-et beno s'applique aux mâles [seulement] quant à l'interdit, mais non quant aux coups [de flagellation].
⚖️ Rosh (1)
א"ל רַבִּי אַבָּא לְשַׁמָּעֵיהּ כִּי מְעַייְּלַתְּ לִי כּוּדַנְיָיתָא לְרִיסְפָּקֵי עַייֵּן בְּהָנָךְ דְּדָמְיָין לְהָדְדִי וְעָייֵל. אַלְמָא קָסָבַר אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וְסִימָנִין דְּאוֹרָיְיתָא. מַאי סִימָנֵי'. כִּי הָא דְּאָמַר אַבָּיֵי עָבֵי קָלֵיהּ בַּר חַמָּרָא צָייֵל קָלֵיהּ בַּר סוּסְיָא. וא"ר פָּפָּא רַבָּה אֻדְנֵיהּ וְזוּטְרָא גְּנוּבְתֵיהּ בַּר חַמָּרָא. זוּטְרָא אֻדְנֵיהּ וְרַבָּה גְּנוּבְתֵיהּ בַּר סוּסְיָא. כָּל הָנֵי אָמוֹרָאֵי דְּיָהֲבִי בְּהוּ סִימָנָא וְכֵן רַבִּי אַבָּא סָבְרִי כְּרַבִּי יְהוּדָה. וְכֵן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּכְתֻובּוֹת דַּף קיא: קָאָמַר יִצְחָק וְשִׁמְעוֹן וְאוֹשַׁעְיָא אָמְרוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בִּפְרִידוֹת. וְגַם מִדִּמְתַרְגְּמִינַן וְשׁוֹר אוֹ שֶׂה וְתוֹרְתָא אוֹ שִׁיתָּא לָהּ וְלִבְרָהּ מַשְׁמַע דְּאֵינוֹ נוֹהֵג בִּזְכָרִים וּמִיהוּ אַשְׁכְּחַן סְתַם מִשְׁנָה כַּחֲנַנְיָא בִּבְכוֹרוֹת בְּסוֹף אֵלּוּ מוּמִין מוּמִין אֵלּוּ דמ"ה: דִּתְנַן וְאֵלּוּ כְּשֵׁרִים בָּאָדָם וּפְסוּלִין בַּבְּהֵמָה אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וּמוּקֵי לָהּ בגמ' כַּחֲנַנְיָא וּשְׁמוּאֵל פּוֹסֵק בִּשְׁמַעְתִּין כַּחֲנַנְיָא. וְעוֹד דִּבְפֶרֶק הַשּׁוֹאֵל דַּף צה: פְּלִיגִי אַבַּיֵּי וְרָבָא אַבַּיֵּי סָבַר כְּרַבִּי בְּאִשַּׁעְיָא וּמְתָרֵץ קְרָאֵי כְּרַבִּי אַשַּׁעְיָא. רָבָא סָבַר כַּר' יוֹנָתָן וּמְתָרֵץ קְרָאֵי כְּרַבִּי יוֹנָתָן. אַלְמָא הִילְכְתָא כְּרַבִּי יוֹנָתָן דְּהִילְכְתָא כְּרָבָא לְגַבֵּי אַבַּיֵּי. וּלְעֵיל אוֹקֵימְנָא דַּחֲנַנְיָא כְּרַבִּי יוֹנָתָן מִיהוּ אֲפִילּוּ אָס הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה כִּדְפָסְקִינַן בִּכְתֻובּוֹת הָא מַסְּקִינַן דִּלְרַבִּי יְהוּדָה מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אִי לֹא. הִילְכָּךְ אִם בָּרוּר לָן שֶׁהוּא אָבִיו וַדַּאי אֵין שׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ בְּיוֹם אֶחָד. וְהַאי דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין אַמָּה מָכַרְתִּי לִשְׁחוּטָה אָרְחָא דְּמִילְּתָא קָתָנֵי דְּהָאֵם יָדוּעַ אֲבָל הָאָב אֵינוֹ מָצוּי כָּל כָּךְ שֶׁיְּהֵא יָדוּעַ וּבַעַל הֲלָכוֹת פָּסַק דְּלֵיתָא לְדַחֲנַנְיָא בְּעִנְיַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וְכֵן בִּשְׁאִלְתּוֹת וְכֵן רַב אִלְפָּס זִכְרוֹנוֹ לִבְרָכָה. וּמִסְתַּבְּרָא כִּדְפָרֵישִׁית כֵּיוָן דְּמַסְּקִינַן דִּלְרַבִּי יְהוּדָה מְסַפְּקָא לֵיהּ:
Rabbi Abba dit à son serviteur (chammaei) : quand tu m'attèles des mulets (koudnayata) au chariot (rispakei), regarde ceux qui se ressemblent entre eux (de-damyan la-hadadei) et attelle[-les]. [Cela] montre (alma) qu'il tient (kasavar) [qu']on ne se soucie pas du géniteur mâle (zera ha-av), et [que] les signes [distinctifs] (simanim) [sont valides] de la Tora (de-oraita). Quels sont [ces] signes ? Comme ce qu'a dit Abaye : [si] sa voix [est] grave (épaisse) — [c'est un] fils d'ânesse (bar hamara) ; [si] sa voix [est] claire (hennissante, tsayel) — [c'est un] fils de jument (bar sousya). Et Rav Papa a dit : [si] ses oreilles [sont] grandes et sa queue petite — [c'est un] fils d'ânesse ; [si] ses oreilles [sont] petites et sa queue grande — [c'est un] fils de jument. Tous ces Amoraim qui donnent à leur sujet un signe [distinctif], et de même Rabbi Abba, tiennent comme Rabbi Yehouda. Et de même, au dernier chapitre de Ketoubot (page 111b), Yitshak, Chimon et Ochaaya ont dit : la halakha [suit] Rabbi Yehouda pour les mulets (péridot). Et aussi, de ce que nous traduisons [en araméen] 'un taureau ou un agneau' (chor o sse) [par] 'une vache ou une brebis' (tourta o sita) 'elle et son petit' — [cela] indique qu'[il] ne s'applique pas aux mâles. Toutefois, nous trouvons une michna anonyme (setam michna) [conforme] à Hanania, dans [le traité] Bekhorot, a la fin [du chapitre] 'Elou Moumin' (page 45b), où nous avons appris : 'et voici [ceux qui sont] aptes (kecherim) chez l'homme et inaptes (pessoulim) chez la bête : otho ve-et beno' ; et la Guemara la rapporte selon Hanania. Et Chmouel tranche dans notre sougya comme Hanania. De plus, au chapitre 'Ha-Choel' (page 95b), Abaye et Rava divergent : Abaye tient comme Rabbi Ochaaya et résout les versets selon Rabbi Ochaaya ; Rava tient comme Rabbi Yonatan et résout les versets selon Rabbi Yonatan. [Cela] montre que la halakha [suit] Rabbi Yonatan, car la halakha [suit] Rava contre Abaye. Et plus haut nous avons établi que Hanania [tient] comme Rabbi Yonatan. Néanmoins, même si la halakha [suit] Rabbi Yehouda, comme nous [le] tranchons dans Ketoubot, voici que nous concluons (maskinan) que, pour Rabbi Yehouda, il est dans le doute [de savoir] si l'on se soucie du géniteur mâle ou non. Dès lors, s'il nous est clair (baror lan) qu'il est certainement son père, on n'égorge pas [la bête] et son petit (otho ve-et beno) le même jour. Et ce qui est enseigné dans la michna : 'ma mère, je [l']ai vendue pour l'abattage', [la michna] enseigne selon la manière [ordinaire] de la chose (arha de-milta), car la mère est connue, mais le père n'est pas assez fréquent (matsoui) pour être connu. Et le Baal Halakhot (Bahag) a tranché qu'il n'y a pas [lieu de tenir compte] de Hanania en matière de otho ve-et beno ; et de même dans les Cheiltot ; et de même Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie. Et il est logique [de trancher] comme je l'ai expliqué, puisque nous concluons que, pour Rabbi Yehouda, il est dans le doute.
💡 Explication

Récit final. Rabbi Abba ordonne à son serviteur de n'atteler ensemble que des mulets qui se ressemblent (par les oreilles et la queue) — pour ne pas mener ensemble des espèces mélangées (manhig be-kilayim). Ces signes ne révèlent que l'espèce de la mère ; s'en contenter montre que Rabbi Abba tient 'on ne se soucie pas du géniteur'.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).