Chullin 79b — le koy, 'oto ve-et beno', la couverture du sang et les dons sacerdotaux : tient-on compte du père ?

Chullin 79b

Sougya : La sougya étudie le koy (croisement) et l'interdit d'abattre une bête et son petit le même jour (oto ve-et beno). La braita oppose Rabbi Eliezer aux Sages.

Rav Hisda précise [que] le koy en litige naît d'un bouc et d'une gazelle. La Guemara écarte deux lectures simples (père chèvre + mère gazelle : tous dispensent ; père cerf + mère chèvre : tous tiennent pour responsable) et fixe le vrai cas : une fille (koy) née d'un bouc et d'une gazelle, laquelle enfante un fils.

Le litige porte alors sur deux axes : tient-on compte de la semence du père (choshchin le-zera ha-av) et dit-on 'seh, même partiellement seh' (une part de chèvre suffit-elle à obliger). Les Sages appliquent par rigueur, Rabbi Eliezer non.

La Guemara confronte ensuite cette construction à deux autres lois — la couverture du sang d'un koy le jour de fête (qu'on n'abat pas, par doute) et les dons sacerdotaux (bras, mâchoire, caillette) — pour montrer que, dans les deux, les Sages comme Rabbi Eliezer demeurent dans le doute ; et la question 'en quoi divergent-ils alors' reste ouverte jusqu'à la réponse de Rav Papa, annoncée à la fin.

Le koy : croisements possibles et statut pour 'oto ve-et beno' teyach/ez = chèvre (behema) ; tzevi/tzeviya = cerf-gazelle (haya, bête sauvage) Père chèvre + mère gazelle mère = gazelle (sauvage) 'seh ve-beno' : pas de gazelle tous d'accord : DISPENSÉ Père cerf + mère chèvre mère = chèvre (seh) 'seh' = la mère ; beno = n'importe quoi tous d'accord : RESPONSABLE Le vrai litige : petite-fille puis petit-fils père chèvre + mère gazelle -> fille (koy) ; la fille enfante un fils Sages : on tient compte du père -> mikt[z]at seh -> RESPONSABLE R. Eliezer : on n'en tient pas compte -> DISPENSÉ
Les trois configurations du koy (segments 2-4) : les deux cas tranchés par tous, et le seul cas réellement en litige.
Deux axes qui commandent toute la sougya Axe 1 : tenir compte du père ? choshchin le-zera ha-av le petit a-t-il aussi la nature du père ? Axe 2 : 'seh même partiel' ? seh va-afilou miktzat seh une part de chèvre suffit-elle à obliger ? Application aux trois lois (cas père cerf + mère chèvre) Oto ve-et beno (abattre mère + petit) Sages : par rigueur applique (doute) R. Eliezer : n'applique pas Kisouy ha-dam (couvrir le sang, Yom Tov) Sages : doute -> n'abat pas ; abattu : ne couvre pas R. Eliezer : (certain ?) Matanot (zeroa, lehayayim, keva) Sages : demi-don (part de la mère chèvre) R. Eliezer : dispense
Les deux axes (tenir compte du père ; 'seh même partiel') et leur application aux trois lois examinées dans le daf.
Le partage des dons : qui supporte la charge du doute ? cas : père cerf + mère chèvre ; une moitié est chèvre par la mère Moitié de la mère (chèvre) part certaine : donnée au cohen -> demi-don (hatzi matanot) la chèvre oblige aux dons (seh ve-afilou miktzat seh) Moitié du père (cerf) part douteuse : le cohen réclame -> 'apporte une preuve et prends' qui réclame doit prouver (ha-motzi me-havero alav ha-raaya)
Le partage des dons sacerdotaux (segments 15-16) : moitié certaine donnée, moitié douteuse soumise à la charge de la preuve.
1
וְסִימָנִין דְּאוֹרָיְיתָא.

Et les signes [distinctifs] (simanim) [relèvent] de la Torah.

📜 Rachi (1)
וְסִימָנִין דְּאוֹרָיְיתָא מִדִּסְמִיךְ אַסִּימָנִין וְשָׁרֵי אִיסּוּרָא עֲלַייְהוּ ש"מ הָא דְּסָמְכִינַן אַסִּימָנִין בַּחֲזָרַת אֲבֵדָה כִּדְאָמְרִינַן בְּאֵלּוּ מְצִיאוֹת (בּ"מ דַּף כז.) דְּאוֹרָיְיתָא הִיא דְּאִי דְּרַבָּנָן נְהִי דַּעֲבוּד רַבָּנָן תַּקַּנְתָּא בְּמָמוֹנָא בְּאִיסּוּרָא מִי מָצוּ מְתַקְּנִי אֶלָּא ש"מ דְּאוֹרָיְיתָא הִיא וְהָתָם בְּאֵלּוּ מְצִיאוֹת מִיבַּעְיָא לַן סִימָנִין דְּאוֹרָיְיתָא אוֹ דְרַבָּנַן:
Et les signes [relèvent] de la Torah — du fait qu'il s'appuie sur les signes et lève un interdit à leur sujet, apprends-en que ceci, [à savoir] que nous nous appuyons sur les signes pour la restitution d'un objet perdu (hashavat aveda), comme nous [le] disons au [chapitre] Elou Metziot (Baba Metzia 27a), [relève] de la Torah ; car si [c'était] d'ordre rabbinique — certes les Sages ont institué une règle [touchant] l'argent, mais pour un interdit, peuvent-ils [vraiment] instituer [une telle règle] ? Plutôt, apprends-en que [c'est] de la Torah ; et là-bas, dans Elou Metziot, nous avons soulevé [la question] : les signes [relèvent-ils] de la Torah ou d'ordre rabbinique ?
💡 Explication

Fin d'un propos commencé en 79a : selon cet avis, on se fie aux simanim (signes distinctifs d'identification) au point de permettre un interdit, ce qui prouve qu'ils relèvent de la Torah (de-oraita) et non d'une simple institution rabbinique. La suite du daf ouvre un nouveau sujet : le koy et l'interdit d'abattre 'oto ve-et beno'.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בְּכִלְאַיִם וּבְכוֹי. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כִּלְאַיִם הַבָּא מִן הָעֵז וּמִן הָרָחֵל – אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ, כּוֹי – אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ. אָמַר רַב חִסְדָּא: אֵיזֶהוּ כּוֹי שֶׁנֶּחְלְקוּ בּוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים? זֶה הַבָּא מִן הַתַּיִישׁ וּמִן הַצְּבִיָּיה.

Nos Maîtres ont enseigné : [l'interdit d'abattre] une bête et son petit (oto ve-et beno) s'applique au croisement (kilayim) et au koy. Rabbi Eliezer dit : un croisement venu de la chèvre (ez) et de la brebis (rahel) — [l'interdit d']une bête et son petit s'y applique ; [pour] le koy — [l'interdit d']une bête et son petit ne s'y applique pas.

Rav Hisda a dit : quel est le koy au sujet duquel ont divergé Rabbi Eliezer et les Sages ? Celui qui vient du bouc (tayich) et de la gazelle (tzeviya).

📜 Rachi (3)
כּוֹי מִן הַתַּייִשׁ וּמִן הַצְּבִייָּה ואע"פ דְּשׁוֹר אוֹ כֶּשֶׂב כְּתִיב (וַיִּקְרָא כב) וְלָא כְּתִיב צְבִי וְאַיָּל:
Le koy [vient] du bouc et de la gazelle — et bien que [le verset] ait écrit 'taureau ou agneau' (Lévitique 22) et n'ait pas écrit 'cerf et gazelle'.
ה"ג רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר כִּלְאַיִם הַבָּא מִן הָעֵז וּמִן הָרָחֵל אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ מִן הַכּוֹי אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ וְכֵן הוּא בַּתּוֹסֶפְתָּא וְלָא גָּרְסִינַן מִן הַתַּיִישׁ וּמִן הַצְּבִייָּה אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ דְּא"כ מַאי אֲתָא רַב חִסְדָּא לְאַשְׁמוֹעִינַן:
Telle est la version : Rabbi Eliezer dit : un croisement venu de la chèvre et de la brebis — [l'interdit d']une bête et son petit s'y applique ; [venu] du koy — [l'interdit d']une bête et son petit ne s'y applique pas ; et ainsi [est-ce] dans la Tossefta ; et nous ne lisons pas '[venu] du bouc et de la gazelle, [l'interdit d']une bête et son petit ne s'y applique pas', car, s'il en était ainsi, qu'est-ce que Rav Hisda viendrait nous enseigner ?
אֵיזֶהוּ כּוֹי שֶׁנֶּחְלְקוּ בּוֹ כּוּ' לְאַפּוּקֵי מְמָאֵן דְּאָמַר כּוֹי בְּרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא:
Quel est le koy au sujet duquel ont divergé etc. — [c'est] pour exclure celui qui dit [que] le koy est une créature (beriya) à part entière.
💡 Explication

La braita pose que l'interdit d'abattre une mère et son petit le même jour (oto ve-et beno) vaut pour un croisement (kilayim) de bêtes domestiques et pour le koy (animal au statut incertain, entre domestique et sauvage). R. Eliezer distingue : pour un croisement chèvre + brebis (deux bêtes domestiques), l'interdit s'applique ; pour le koy, non. Rav Hisda précise [que] le koy en débat est né d'un bouc (domestique) et d'une gazelle (sauvage).

🖼️ Schéma
Le koy : croisements possibles et statut pour 'oto ve-et beno' teyach/ez = chèvre (behema) ; tzevi/tzeviya = cerf-gazelle (haya, bête sauvage) Père chèvre + mère gazelle mère = gazelle (sauvage) 'seh ve-beno' : pas de gazelle tous d'accord : DISPENSE Père cerf + mère chèvre mère = chèvre (seh) 'seh' = la mère ; beno = n'importe quoi tous d'accord : RESPONSABLE Le vrai litige : petite-fille puis petit-fils père chèvre + mère gazelle -> fille (koy) ; la fille enfante un fils Sages : on tient compte du père -> mikt[z]at seh -> RESPONSABLE R. Eliezer : on n'en tient pas compte -> DISPENSE
Le koy en litige (Rav Hisda) : croisement bouc x gazelle, et les configurations que la Guemara va distinguer.
3
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא בְּתַייִשׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה, וְיָלְדָה, וְקָא שָׁחֵיט לַהּ וְלִבְרַהּ – וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא: הַכֹּל מוֹדִים בְּהִיא צְבִיָּיה וּבְנָהּ תַּייִשׁ, שֶׁפָּטוּר! שֶׂה וּבְנוֹ אָמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא צְבִי וּבְנוֹ!

Quel est le cas (heychi dami) ? Si l'on dit [qu'il s'agit] d'un bouc qui vient sur une gazelle, [laquelle] enfante, et [qu']il abat celle-ci et son petit — mais Rav Hisda n'a-t-il pas dit : tous concèdent [que], dans [le cas] où elle [est] une gazelle et son petit [est] un bouc, [l'on est] dispensé [de châtiment] ! 'Un agneau (seh) et son petit' a dit le Miséricordieux, et non 'une gazelle (tzevi) et son petit'.

📜 Rachi (1)
וּבְנָהּ תַּיִישׁ שֶׁיָּלְדָה מִן הַתַּיִישׁ:
Et son petit [est] un bouc — car elle a enfanté du bouc.
🗂️ Tossefot (1)
אִילֵּימָא דִּשְׁחָטָהּ לַהּ וְלִבְרַהּ וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא הַכֹּל מוֹדִים בְּהִיא צְבִיָּיה כּוּ' תֵּימַהּ וְדִלְמָא דִּשְׁחִיט לֵיהּ לְתַייִשׁ וּבְנוֹ וּפְלִיגִי אִם חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וְנוֹהֵג בִּזְכָרִים אִי לֹא וְהָא דִּפְלִיגִי בְּכוֹי לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּבְנוֹ וַאֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ:
'Si l'on dit qu'il l'abat, elle et son petit — mais Rav Hisda n'a-t-il pas dit : tous concèdent [dans le cas] où elle [est] une gazelle etc.' — [c'est] étonnant : et peut-être [s'agit-il] de [celui] qui abat le bouc et son petit, et ils divergent [sur le point de savoir] si l'on tient compte de la semence du père et [si l'interdit] s'applique aux mâles ou non ; et ce sur quoi ils divergent dans le koy, [c'est] pour nous enseigner que [pour] son petit [il en va ainsi] même [quand il n'a] qu'une part [du père].
💡 Explication

Première lecture, écartée : si le koy naît d'un bouc (père) sur une gazelle (mère), la mère étant une gazelle, l'abattage de la mère et de son petit ne tombe pas sous l'interdit, car le verset dit 'seh (agneau) et son petit' et non 'gazelle et son petit'. Tous concèdent donc qu'on est dispensé : ce ne peut être le cas du litige.

4
אֶלָּא בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּיָישָׁה וְיָלְדָה, וְקָא שָׁחֵיט לַהּ וְלִבְרַהּ, וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא: הַכֹּל מוֹדִים בְּהִיא תְּיָישָׁה וּבְנָהּ צְבִי – שֶׁחַיָּיב, ״שֶׂה״ אֲמַר רַחֲמָנָא, וּבְנוֹ כָּל דְּהוּ!

Plutôt, [s'il s'agit] d'un cerf (tzevi) qui vient sur une chèvre (tiysha), [laquelle] enfante, et [qu']il abat celle-ci et son petit — mais Rav Hisda n'a-t-il pas dit : tous concèdent [que], dans [le cas] où elle [est] une chèvre et son petit [est] un cerf, [l'on est] responsable [de châtiment] ! 'Un agneau (seh)' a dit le Miséricordieux, et 'son petit' [de] n'importe quoi.

📜 Rachi (1)
שֶׂה אָמַר רַחֲמָנָא וּבְנוֹ כֹּל דְּהוּ עַל הָאֵם הִקְפִּיד שֶׁתְּהֵא בְּהֵמָה אֲבָל עַל הַבֵּן לֹא הִקְפִּיד וַאֲפִילּוּ הוּא חַיָּה:
'Un agneau a dit le Miséricordieux, et son petit [de] n'importe quoi' — c'est sur la mère qu'il a tenu [à ce] qu'elle soit une bête [domestique], mais sur le petit il n'a pas tenu, et [il l'interdit] même s'il est une bête sauvage (haya).
💡 Explication

Deuxième lecture, écartée : si le koy naît d'un cerf (père) sur une chèvre (mère), la mère étant une chèvre (seh), tous concèdent qu'on est responsable, car le verset exige seulement que la mère soit un 'seh' ; le petit, lui, peut être 'n'importe quoi' (même une bête sauvage). Ce cas non plus n'est donc pas l'objet du litige.

5
לְעוֹלָם, בְּתַייִשׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה, וְיָלְדָה בַּת, וּבַת יָלְדָה בֵּן, וְקָא שָׁחֵיט לַהּ וְלִבְרַהּ.

En réalité, [il s'agit] d'un bouc qui vient sur une gazelle, [laquelle] enfante une fille (bat), et la fille enfante un fils (ben), et [il] abat celle-ci et son petit.

📜 Rachi (1)
וּבַת יָלְדָה בֵּן הַאי בֵּן לָאו דַּוְקָא דְּה"ה לְבַת:
Et la fille enfante un fils — ce 'fils' n'[est] pas [à prendre] au sens strict, car il en va de même [pour] une fille.
💡 Explication

La Guemara fixe enfin le vrai cas : un bouc sur une gazelle donne une fille (koy) ; cette fille enfante à son tour un fils ; on abat alors la fille (koy) et son fils le même jour. La question devient : la part 'chèvre' transmise par le grand-père bouc suffit-elle à engager l'interdit ?

6
רַבָּנָן סָבְרִי: חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, וְשֶׂה – וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, ו״שה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה״ – לָא אָמְרִינַן.

Les Sages tiennent : on tient compte de la semence du père (choshchin le-zera ha-av), et 'agneau' — [cela vaut] même [pour] une part d'agneau (miktzat seh). Et Rabbi Eliezer tient : on ne tient pas compte de la semence du père (eyn choshchin le-zera ha-av), et 'agneau, même une part d'agneau' — nous ne [le] disons pas.

📜 Rachi (2)
חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וְיֵשׁ בְּאִם הַזֹּאת מִקְצָת שֶׂה וְשֶׂה דְּאָמַר רַחֲמָנָא אֲפִילּוּ בְּמִקְצָת שֶׂה מַשְׁמַע:
On tient compte de la semence du père — et il y a dans cette mère une part d'agneau ; et 'agneau' [que] le Miséricordieux a dit signifie [que cela vaut] même [pour] une part d'agneau.
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר אֵין חוֹשְׁשִׁין הִלְכָּךְ שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לָא אָמְרִינַן כְּלוֹמַר לֵיכָּא לְמֵימַר בָּהּ:
Et Rabbi Eliezer tient : on ne tient pas compte — c'est pourquoi 'agneau, même une part d'agneau', nous ne [le] disons pas, c'est-à-dire [qu']il n'y a pas lieu de [le] dire à son sujet.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר אֵין חוֹשְׁשִׁין כו' ה"מ לְמֵימַר לְכֻולֵּי עָלְמָא חוֹשְׁשִׁין וּבְשֶׂה אֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה פְּלִיגִי וַאֲפִילּוּ בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה שֶׁיָּלְדָה בַּת וּבַת יָלְדָה בֵּן אֶלָּא דְּנִיחָא לְאוֹקוֹמֵי פְּלוּגְתָּא בְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב דְּמָצִינוּ פְּלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי אֲבָל בְּשֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לָא אַשְׁכְּחַן פְּלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי:
'Et Rabbi Eliezer tient : on ne tient pas compte etc.' — il aurait pu dire [que] tous tiennent compte [du père], et [qu']ils divergent sur 'agneau, même une part d'agneau', et [cela] même [dans le cas] d'un cerf venu sur une chèvre [laquelle] a enfanté une fille, et [où] la fille a enfanté un fils ; mais il [est] préférable d'établir le litige sur 'on tient compte de la semence du père', car nous trouvons [là] un litige de Tanaim ; tandis que sur 'agneau, même une part d'agneau', nous ne trouvons pas de litige de Tanaim.
💡 Explication

Le cœur du litige, sur deux axes (voir le schéma). Pour les Sages : (1) on tient compte du père (choshchin le-zera ha-av), donc cette mère koy garde une part de chèvre venue du bouc ; (2) 'seh' inclut 'même une part de seh' (miktzat seh) — cette part suffit à engager l'interdit. Pour R. Eliezer : on ne tient pas compte du père, et l'on ne dit pas non plus 'même une part de seh'.

7
וְלִיפְלוֹג בְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, בִּפְלוּגְתָּא דַּחֲנַנְיָה וְרַבָּנָן?

Et qu'ils divergent [plutôt] sur 'on tient compte de la semence du père', dans le litige de Hanania et des Sages !

📜 Rachi (1)
וְלִיפְלְגוּ בְּחוֹשְׁשִׁין בִּפְלוּגְתָּא דַּחֲנַנְיָה וְנֵימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֵינוֹ נוֹהֵג בִּזְכָרִים וְנֵימְרוּ רַבָּנָן נוֹהֵג:
Et qu'ils divergent sur 'on tient compte' dans le litige de Hanania — et disons [que] Rabbi Eliezer [tient que l'interdit] ne s'applique pas aux mâles, et disons [que] les Sages [tiennent qu'il] s'applique.
💡 Explication

Objection : pourquoi ne pas dire que R. Eliezer et les Sages divergent uniquement sur le point 'on tient compte du père' — le même litige qui oppose Hanania aux Sages (touchant l'interdit 'oto ve-et beno' applique aussi à un père et son petit) — sans recourir au second axe 'même une part de seh' ?

8
אִי פְּלִיגִי בְּהַהִיא, הֲוָה אֲמִינָא: בְּהָא אֲפִילּוּ רַבָּנַן מוֹדוּ, ד״שה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה״ לָא אָמְרִינַן, קָא מַשְׁמָע לַן.

Si [c'était] sur cela qu'ils divergeaient, j'aurais dit : sur ceci, même les Sages concèdent que 'agneau, même une part d'agneau' nous ne [le] disons pas ; [c'est pourquoi le rédacteur] nous [l']a fait entendre [autrement].

📜 Rachi (1)
הֵ"א בְּהָא אֲפִילּוּ רַבָּנַן מוֹדוּ דאע"ג דְּחוֹשְׁשִׁין לֵיכָּא אֶלָּא מִקְצָת שֶׂה וְשֶׂה אֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לָא אָמְרִינַן:
J'aurais dit : sur ceci, même les Sages concèdent — car, bien qu'on tienne compte [du père], il n'y a [qu']une part d'agneau, et 'agneau, même une part d'agneau' nous ne [le] disons pas.
💡 Explication

Réponse : si le litige ne portait que sur 'tenir compte du père', on aurait pu croire que les Sages eux-mêmes concèdent qu'on ne dit pas 'même une part de seh'. La braita enseigne donc l'inverse : pour les Sages, non seulement on tient compte du père, mais 'seh' inclut bien 'même une part de seh'.

9
וְהָא דִּתְנַן: כּוֹי אֵין שׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב, וְאִם שָׁחֲטוּ – אֵין מְכַסִּין אֶת דָּמוֹ.

Et ce que nous avons appris [dans une michna] : un koy, on ne l'abat pas le jour de fête (yom tov), et [si] on l'a abattu — on ne couvre pas son sang.

📜 Rachi (1)
אֵין שׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ ביו"ט לְפִי שֶׁאֵין יָכוֹל לְכַסּוֹתוֹ וְלִדְחוֹת יו"ט מִסָּפֵק אִם שְׁחָטוֹ:
On ne l'abat pas le jour de fête — parce qu'on ne peut pas le couvrir [le sang] ni écarter [les interdits du] jour de fête pour un doute, [au cas] où il l'aurait abattu.
💡 Explication

Confrontation à une michna (83b). Le koy étant de statut douteux (bête sauvage ou domestique ?), on ne l'abat pas un jour de fête : couvrir son sang (kisouy ha-dam) serait un travail interdit qu'on n'autorise un jour de fête que pour une obligation certaine ; et s'il a déjà été abattu, on ne couvre pas le sang, par crainte d'accomplir un travail interdit pour une mitsva incertaine.

10
בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵּימָא בְּתַייִשׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה וְיָלְדָה, בֵּין לְרַבָּנַן בֵּין לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר – לִשְׁחֹוט וְלִיכְסֵי, צְבִי וַאֲפִילּוּ מִקְצָת צְבִי.

De quoi traitons-nous ? Si l'on dit [qu'il s'agit] d'un bouc qui vient sur une gazelle, [laquelle] enfante — que [ce soit] selon les Sages ou selon Rabbi Eliezer, qu'il abatte et qu'il couvre, [car c'est] un cerf, et même [s'il n'est qu']en partie cerf !

📜 Rachi (1)
לִשְׁחֹוט וְלִיכְסֵי דְּהָא מִצַּד הָאֵם הוּא צְבִי וְהַכֹּל מוֹדִים דְּחוֹשְׁשִׁין לָאֵם וְאִי נָמֵי חוֹשְׁשִׁין לָאָב מִקְצָת צְבִי מִיהָא אִיכָּא וְהָא אֲמַרַן דְּדִבְרֵי הַכֹּל כִּי אִיכָּא מִקְצָת מִיחַייַּב בְּמִצְוֹת דְּשָׁיְיכִי בֵּיהּ כֵּיוָן דְּאָמַר רַחֲמָנָא צְבִי חַיָּיב בְּכִסּוּי אֲפִילּוּ מִקְצָת צְבִי בַּמַּשְׁמָע:
Qu'il abatte et qu'il couvre — car, du côté de la mère, il [est] un cerf, et tous concèdent qu'on tient compte de la mère ; et même si l'on tient [aussi] compte du père, il y a tout de même une part de cerf — et nous avons dit [que], de l'avis de tous, dès lors qu'il y a une part [d'une espèce], [la bête] est tenue aux commandements qui la concernent, puisque le Miséricordieux a dit 'cerf', [ce qui] inclut même une part de cerf [pour] la couverture.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּין לְרַבָּנַן בֵּין לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לִשְׁחוֹט וְלִיכַסֵּי צְבִי וַאֲפִילּוּ מִקְצָת צְבִי הִקְשָׁה הָרַב רַבִּי שְׁמוּאֵל מוורדו"ן הָא גַּבֵּי מַתָּנוֹת כִּי אָמְרִינַן שֶׂה וְאַפֵּי' מִקְצָת שֶׂה לָא חֲשִׁיב מִשּׁוּם הָכִי כֻּולּוֹ שֶׂה לְהִתְחַייֵּב בְּכָל הַמַּתָּנוֹת אִם כֵּן הָכָא נָמֵי לָא חֲשִׁיב כְּאִילּוּ הוּא כֻּולּוֹ דַּם צְבִי אֶלָּא חֶצְיוֹ וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף ח:) אָמְרִינַן לֹא כּוֹי בִּלְבַד אָמְרוּ אֶלָּא אֲפִילּוּ שָׁחַט בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף וְנִתְעָרְבוּ דָּמָם זֶה בָּזֶה אָסוּר לְכַסּוֹת ביו"ט וי"ל דְּאָמְרִינַן הָתָם בד"א בִּשְׁתֵּי דְּקִירוֹת אֲבָל בִּדְקִירָה אַחַת חַיָּיב לְכַסּוֹת וְהָכָא נָמֵי כֵּיוָן שֶׁכָּל מַשֶּׁהוּ שֶׁבּוֹ חֶצְיוֹ דַּם צְבִי חַיָּיב לְכַסּוֹת:
'Que [ce soit] selon les Sages ou selon Rabbi Eliezer, qu'il abatte et qu'il couvre, [car c'est] un cerf, et même [s'il n'est qu']en partie cerf' — Rabbi Chmouel de Verdun a objecté : voici que, pour les dons (matanot), lorsque nous disons 'agneau, même une part d'agneau', [ce] n'[est] pas [pour dire qu']il est de ce fait entièrement agneau [au point] d'être tenu à tous les dons ; si donc, ici aussi, [il n'est] pas considéré comme s'il était entièrement [du] sang de cerf, mais [seulement pour] sa moitié ! Et au chapitre premier de Betsa (8b) nous disons : non seulement [pour] le koy on l'a dit, mais même [si] l'on a abattu une bête domestique, une bête sauvage et un oiseau et [que] leurs sangs se sont mélangés l'un à l'autre, il est interdit de [les] couvrir le jour de fête. Et l'on peut dire [que] nous disons là-bas : en quel cas cela [vaut-il] ? [dans le cas] de deux perforations [distinctes] ; mais [pour] une seule perforation, [on est] tenu de couvrir. Et ici aussi, puisque chaque parcelle qui s'y trouve [est] pour moitié [du] sang de cerf, [on est] tenu de couvrir.
💡 Explication

La Guemara analyse le cas visé par cette michna. S'il s'agit d'un bouc sur une gazelle (mère gazelle, sauvage), le petit est une bête sauvage dont le sang requiert couverture : qu'on l'abatte donc et qu'on couvre, sans hésitation — même s'il n'est sauvage que partiellement, puisque tous concèdent que l'espèce suit la mère. Ce n'est donc pas ce cas.

11
אֶלָּא בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה וְיָלְדָה, אִי לְרַבָּנָן – לִשְׁחֹוט וְלִיכְסֵי, אִי לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר – לִשְׁחֹוט וְלָא לִיכְסֵי.

Plutôt, [s'il s'agit] d'un cerf qui vient sur une chèvre, [laquelle] enfante : si [c'est] selon les Sages — qu'il abatte et qu'il couvre ; si [c'est] selon Rabbi Eliezer — qu'il abatte et qu'il ne couvre pas.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא בִּצְבִי הַבָּא כו' דְּלֵית בֵּיהּ צָד צְבִי אֶלָּא מִן הָאָב אַמַּאי אֵין שׁוֹחֲטִין:
Plutôt [s'il s'agit] d'un cerf qui vient etc. — où il n'y a de côté 'cerf' que par le père : pourquoi ne l'abat-on pas ?
אִי לְרַבָּנָן דְּאָמְרִי חוֹשְׁשִׁין בַּר כִּסּוּי הוּא:
Si [c'est] selon les Sages — qui disent [qu']on tient compte [du père], il [est] sujet à couverture.
וְאִי לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּהֵמָה גְּמוּרָה הִיא וְאֵין כָּאן סָפֵק:
Et si [c'est] selon Rabbi Eliezer — c'[est] une bête domestique à part entière, et il n'y a là aucun doute.
💡 Explication

Autre lecture, elle aussi écartée : cerf sur chèvre, où la part 'cerf' ne vient que du père. Pour les Sages (qui tiennent compte du père) : c'est une bête sujette à couverture, donc qu'on abatte et qu'on couvre. Pour R. Eliezer (qui n'en tient pas compte) : c'est une bête pleinement domestique (par la mère chèvre), sans doute, donc qu'on abatte et qu'on ne couvre pas. Dans les deux cas, pas d'interdiction d'abattre le jour de fête — donc ce n'est pas non plus ce cas.

12
לְעוֹלָם בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה, וְרַבָּנַן סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לְהוּ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אִי אֵין חוֹשְׁשִׁין.

En réalité, [il s'agit] d'un cerf qui vient sur une chèvre, et les Sages sont [eux-mêmes] dans le doute [pour savoir] si l'on tient compte de la semence du père ou si l'on n'en tient pas compte.

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם הָא בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּיָישָׁה וְרַבָּנַן הִיא וְאע"ג דִּמְחַייְּבִי לְעֵיל מִשּׁוּם חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב לָאו מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לְהוּ אֶלָּא מְסַפְּקָא לְהוּ הִילְכָּךְ גַּבֵּי אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ בְּתַיִישׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה לְחוּמְרָא וְאָמְרִינַן חוֹשְׁשִׁין וְאִיכָּא מִקְצָת שֶׂה וְגַבֵּי כִּסּוּי נָמֵי לְחוּמְרָא בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּיָישָׁה נָמֵי לֹא יִשְׁחֹוט ביו"ט שֶׁמָּא חוֹשְׁשִׁין וַאֲנַן צְבִי וַאֲפִילּוּ מִקְצָת צְבִי קִים לָן וְצָרִיךְ כִּסּוּי וְהוּא אֵינוֹ יָכוֹל לְכַסּוֹת שֶׁמָּא אֵין חוֹשְׁשִׁין וּמְחַלֵּל יו"ט:
En réalité ceci [traite] d'un cerf qui vient sur une chèvre — et [c'est l'avis des] Sages ; et bien qu'ils [aient] tenu pour responsable plus haut au titre de 'on tient compte de la semence du père', [cela] ne leur [était] pas évident, mais ils [étaient] dans le doute ; c'est pourquoi, [pour] 'une bête et son petit', [dans le cas] d'un bouc venu sur une gazelle, [on agit] par rigueur (lehoumra) et nous disons 'on tient compte', et il y a [donc] une part d'agneau ; et [pour] la couverture aussi [on agit] par rigueur : [dans le cas] d'un cerf venu sur une chèvre, qu'il n'abatte pas non plus le jour de fête, [car] peut-être tient-on compte [du père], et nous tenons pour acquis 'cerf, et même une part de cerf', et [le sang] requiert couverture, et [pourtant] il ne peut pas couvrir, [car] peut-être n'en tient-on pas compte, et [il] profanerait [alors] le jour de fête.
💡 Explication

Conclusion : cette michna parle bien d'un cerf sur une chèvre, mais les Sages eux-mêmes sont dans le doute sur le point de savoir si l'on tient compte du père. C'est pourquoi, par précaution, ils enseignent qu'on n'abat pas le jour de fête ; et si l'on a abattu, on ne couvre pas le sang, pour ne pas transgresser un interdit au nom d'une mitsva incertaine.

13
וּמִדִּלְרַבָּנָן מְסַפְּקָא לְהוּ, לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פְּשִׁיטָא לֵיהּ.

Et du fait que, pour les Sages, [la chose] est douteuse, pour Rabbi Eliezer elle [serait] évidente.

📜 Rachi (1)
וּפָרְכִינַן מִדִּלְרַבָּנָן מְסַפְּקָא לְהוּ מִכְּלָל דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר אֵין נוֹהֵג אֲפִילּוּ מְסַפְּקָא קָאָמַר דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין וְהָא דְּתַנְיָא כו':
Et nous objectons : du fait que, pour les Sages, [la chose] est douteuse, [il faut conclure que] pour Rabbi Eliezer — qui dit [que l'interdit] ne s'applique pas — [c'est] même dans le doute qu'il [le] dit ? [Non,] car [il tient pour] évident qu'on ne tient pas compte ; et ce qui est enseigné [dans la braita suivante] etc.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִדִּלְרַבָּנָן מְסַפְּקָא לְהוּ מִכְּלָל דִּלֵּר' אֱלִיעֶזֶר פְּשִׁיטָא לֵיהּ אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא כו' מַשְׁמַע מִשּׁוּם דִּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פְּשִׁיטָא לֵיהּ קָשֶׁה לֵיהּ מֵהַךְ בָּרַיְיתָא דְּמַתָּנוֹת וְתֵימַהּ דְּאַפֵּי' מְסַפְּקָא לֵיהּ נָמֵי יָכוֹל לְהַקְשׁוֹת כָּל כַּמָּה דְּלָא מוֹקְמִינַן פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּשֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה:
'Et du fait que, pour les Sages, [la chose] est douteuse, [il faut conclure que] pour Rabbi Eliezer [c'est] évident — or, ce qui est enseigné etc.' — [cela] implique [que c'est] parce que, pour Rabbi Eliezer, [la chose] est évidente [qu']il [y a] difficulté à partir de cette braita des dons (matanot) ; et [c'est] étonnant, car même [si] elle lui [était] douteuse, il pourrait [encore] objecter, tant que nous n'établissons pas leur litige sur 'agneau, même une part d'agneau'.
💡 Explication

Inférence : puisque les Sages restent dans le doute (et appliquent par rigueur l'interdit 'oto ve-et beno' au koy), il faut conclure que pour R. Eliezer — qui dit que l'interdit ne s'y applique pas — la chose est évidente : il tient pour certain qu'on ne tient pas compte du père. La Guemara va opposer à cela une autre braita.

14
וְהָא דְּתַנְיָא: הַזְּרוֹעַ וְהַלְּחָיַיִם וְהַקֵּבָה נוֹהֲגִים בְּכוֹי וּבְכִלְאַיִם. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כִּלְאַיִם הַבָּא מִן הָעֵז וּמִן הָרָחֵל – חַיָּיב בַּמַּתָּנוֹת, מִן הַכּוֹי – פָּטוּר מִן הַמַּתָּנוֹת.

Et ce qui est enseigné [dans une braita] : le bras (zeroa), les mâchoires (lehayayim) et la caillette (keva) s'appliquent au koy et au croisement. Rabbi Eliezer dit : un croisement venu de la chèvre et de la brebis — [il] est tenu aux dons (matanot) ; [venu] du koy — [il] est dispensé des dons.

📜 Rachi (1)
זְרוֹעַ וּלְחָיַיִם וְקֵבָה אִם שׁוֹר אִם שֶׂה כְּתִיב בְּהוּ (דְּבָרִים יח) וּמַשְׁמַע דְּאֵין נוֹהֲגִין בְּחַיָּה:
Le bras, les mâchoires et la caillette — il est écrit à leur sujet 'que [ce soit] taureau [ou] agneau' (Deut 18), [ce qui] implique [qu']ils ne s'appliquent pas à une bête sauvage.
⚖️ Rosh (1)
תָּנוּ רַבָּנַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בְּכִלְאַיִם וּבְכוֹי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר כִּלְאַיִם הַבָּא מִן הָעֵז וּמִן הָרָחֵל אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ. בְּכוֹי אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ. וא"ר חִסְדָּא הַכֹּל מוֹדִים בִּצְבִיָּיה וּבְנָהּ תַּייִשׁ שֶׁפָּטוּר שֶׂה וּבְנוֹ אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא צְבִי וּבְנוֹ. הַכֹּל מוֹדִים בְּהִיא תְּיָישָׁה וּבְנָהּ צְבִי שֶׁחַייָּב שֶׂה אָמַר רַחֲמָנָא וּבְנוֹ כֹּל דְּהוּ וּפְלִיגִי בֵּין בְּתַיִישׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה בֵּין בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה וְיָלְדָה בַּת וְאוֹתָהּ בַּת יָלְדָה בֵּן וְשֶׁחַיָּט לָהּ וְלִבְרֵהּ וּבֵין לְרַבָּנָן וּבֵין לר"א מְסַפְּקָא לְהוּ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אִי אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וְקָמִיפַּלְגִי בְּשֶׂה וַאֲפִילּוּ בְּמִקְצָת שֶׂה. רַבָּנַן סָבְרִי שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה ור"א סָבַר שֶׂה וְלֹא מִקְצָת שֶׂה. וּפְלִיגִי בְּתַיִישׁ הַבָּא עַל הַצְּבִיָּיה וּלְאִיסּוּרָא. וּבִצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה וּלְמַלְקוּת. וַהֲלָכָה כְּרַבָּנָן. וְרַב אִלְפָּס זַ"ל לֹא הֵבִיא בַּהֲלָכוֹת מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן ב"ק דִּבְכוֹרוֹת דַּף ז. א"ר יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לְעוֹלָם אֵינָהּ מִתְעַבֶּרֶת טְמֵאָה מִן הַטְּהוֹרָה וְלֹא טְהוֹרָה מִן הַטְּמֵאָה. וְלֹא גַּסָּה מִן הַדַּקָּה וְלֹא דַּקָּה מִן הַגַּסָּה. וְלֹא בְּהֵמָה מִן הַחַיָּה וְלֹא חַיָּה מִן הַבְּהֵמָה. חוּץ מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּמַחְלֻוקְתּוֹ. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּלָא אַשְׁכְּחַן אָמוֹרָא דִּפְלִיג עָלֶיהָ. וְעוֹד דְּפָרִיךְ הָתָם מִמִּילְּתֵיהּ דְּרִיבָּ"ל אַהָא דְּקָאָמַר וְאֵיזוֹ זֶה טָמֵא שֶׁנּוֹלַד מִן הַטָּהוֹר וְעִבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא. וּמִי מִיעַבְּרָה וְהָאָמַר רִיבָּ"ל וְכוּ'. וּמְשַׁנֵּי רַבִּי יִרְמְיָה דְּאִיעַבַּר מִקָּלוּט בֶּן פָּרָה וְאַלִּיבָּא דר"ש. וָאָנָה רָאָה דְּבִטְמֵאָה וּטְהוֹרָה הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ אֲבָל לֹא בִּבְהֵמָה וְחַיָּה. כִּדְתַנְיָא הָתָם דַּף ח. כָּל שֶׁתַּשְׁמִישָׁן וְעִיבּוּרָן שָׁוִין יוֹלְדִין וּמְגַדְּלִין זֶה מִזֶּה. וּבְחַיָּה וּבִבְהֵמָה אֶפְשָׁר דַּהֲלָכָה כר"א וּמַחֲלֻוקְתּוֹ וְעִיזֵּי דִּבְאֶלָּא קַייְמָא לַן כְּאָמֵימָר דְּשָׁרֵי תַּרְבַּייְהוּ: תְּנַן כִּלְאַיִם פ"ח מ"ו שׁוֹר הַבָּר מִין בְּהֵמָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר מִין חַיָּה. וּפָסַק הָרַמְבַּ"ם זַ"ל כְּרַבָּנָן וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶם א"ל רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא וְדִלְמָא מִינָא דִּתְאוֹ נִינְהוּ. אַלְמָא דְּהָנֵי אָמוֹרָאֵי בָּתְרָא סָבְרִי דְּתָא דִּמְתַרְגְּמִינַן תּוּרְבָּלָא חַיָּה הוּא: אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּבְהֵמָה וְאֵינוֹ נוֹהֵג בְּחַיָּה וּבָעוֹף. דת"ר ת"כ פ' אֱמֹור שׁוֹר וְלֹא חַיָּה. וַהֲלֹא דִּין הוּא וּמָה אִם בְּהֵמָה שֶׁאֵין בְּמִצְוַת כִּסּוּי הֲרֵי הִיא בְּמִצְוַת אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ. חַיָּה שֶׁהִיא בְּמִצְוַת כִּסּוּי אינודין שֶׁתִּהְיֶה בְּמִצְוַת אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ ת"ל שׁוֹר וְלֹא חַיָּה. שֶׂה וְלֹא עוֹפוֹת. וַהֲלֹא דִּין הוּא וּמַה בְּהֵמָה שֶׁאֵין בָּאֵם עַל הַבָּנִים הֲרֵי בְּמִצְוַת אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ. עוֹפוֹת שֶׁהִיא בְּאֵם עַל הַבָּנִים אֵינוֹ דִּין שֶׁיִּהְיוּ בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ. תַּלְמוּד לוֹמַר שֶׂה וְלֹא עוֹפוֹת:
Nos Maîtres ont enseigné : [l'interdit d'abattre] une bête et son petit (oto ve-et beno) s'applique au croisement (kilayim) et au koy. Rabbi Eliezer dit : un croisement venu de la chèvre (ez) et de la brebis (rahel) — [l'interdit d']une bête et son petit s'y applique ; [pour] le koy — [l'interdit d']une bête et son petit ne s'y applique pas. Et Rav Hisda a dit : tous concèdent [que], [dans le cas d']une gazelle (tzeviya) dont le petit [est] un bouc (tayich), [l'on est] dispensé [de châtiment] ; [car] 'un agneau (seh) et son petit' a dit le Miséricordieux, et non 'une gazelle (tzevi) et son petit'. Tous concèdent [que], [dans le cas] où elle [est] une chèvre (tiysha) et son petit [est] un cerf (tzevi), [l'on est] responsable [de châtiment] ; [car] 'un agneau (seh)' a dit le Miséricordieux, et 'son petit' [de] n'importe quoi. Et ils divergent, [aussi bien dans le cas] d'un bouc venu sur une gazelle [que dans celui] d'un cerf venu sur une chèvre, [laquelle] a enfanté une fille (bat), et cette fille a enfanté un fils (ben), et [où] il abat celle-ci et son petit ; et tant selon les Sages que selon Rabbi Eliezer [la chose] leur [est] douteuse [pour savoir] si l'on tient compte de la semence du père (choshchin le-zera ha-av) ou si l'on ne tient pas compte de la semence du père, et ils divergent [alors] sur 'agneau, et même [pour] une part d'agneau (miktzat seh)'. Les Sages tiennent : 'agneau, et même une part d'agneau' [oblige] ; et Rabbi Eliezer tient : 'agneau' et non 'une part d'agneau'. Et ils divergent [dans le cas] d'un bouc venu sur une gazelle quant à l'interdit (le-issoura), et [dans le cas] d'un cerf venu sur une chèvre quant à la flagellation (le-malkout). Et la halakha [suit] les Sages. Et Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie, ne [l']a pas rapporté dans les Halakhot [le Rif], parce que nous disons au chapitre premier [Perek Kamma] de Bekhorot (page 7a) : Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : une [bête] impure (temeya) ne devient jamais grosse (enceinte) d'une [bête] pure (tehora), ni une pure d'une impure ; ni une [bête] de gros bétail (gassa) d'une [de] petit bétail (dakka), ni [une de] petit bétail d'une [de] gros bétail ; ni une bête domestique (behema) d'une bête sauvage (haya), ni une bête sauvage d'une bête domestique — hormis Rabbi Eliezer et ceux qui divergent avec lui. Et la halakha [suit] Rabbi Yehochoua ben Levi, car nous ne trouvons pas d'Amora qui diverge avec lui. Et de plus, [la Guemara] objecte là-bas à partir du propos de Ribal (Rabbi Yehochoua ben Levi) contre ce qu'il dit : 'et quel est celui-ci [l'animal] impur qui est né d'un [animal] pur et dont la gestation [vient] d'un impur ?' — mais devient-elle grosse [ainsi] ? Or Ribal n'a-t-il pas dit etc. ! Et Rabbi Yirmeya résout [en disant] qu'elle est devenue grosse d'un kalout (à sabots non fendus) fils d'une vache, et selon [l'avis de] Rabbi Chimon. Et [le Rif] a vu que, pour [une] impure et [une] pure, la halakha [suit] comme lui [Ribal], mais non pour [une] bête domestique et [une] bête sauvage, comme il est enseigné là-bas (page 8a) : tout [couple] dont l'accouplement et la gestation sont semblables (concordants) enfante et élève l'un de l'autre ; et [donc] pour [une] bête sauvage et [une] bête domestique il est possible que la halakha [suive] Rabbi Eliezer et ceux qui divergent avec lui. Et [pour] les chèvres du [cas introduit par] 'ella (plutôt)', nous tenons pour règle comme Amemar qui permet [la] graisse (allya/tarba) des deux. Nous avons appris [dans une michna] (Kilayim ch. 8, michna 6) : le bœuf sauvage (chor ha-bar) [est] une espèce de bête domestique (min behema) ; Rabbi Yossi dit : [c'est] une espèce de bête sauvage (min haya). Et le Rambam, de mémoire bénie, a tranché comme les Sages. Et il y a des livres [des versions] où il est écrit : Rav Aha fils de Rav Ika lui dit : et peut-être sont-ils une espèce de te'o (buffle/bison) ! — d'où [il ressort] que ces Amoraim postérieurs tiennent que le te'o, que nous traduisons [en araméen] tourbala, [est] une bête sauvage (haya). [L'interdit d']une bête et son petit (oto ve-et beno) s'applique à la bête domestique (behema) et ne s'applique pas à la bête sauvage (haya) ni à l'oiseau ('of). Car nos Maîtres ont enseigné dans le Torat Kohanim, parachat Emor : 'bœuf (chor)' — et non une bête sauvage. Or n'[est-ce] pas [ce qu'exigerait] un raisonnement (din) [à fortiori, kal va-homer] : si [même] la bête domestique, qui n'est pas soumise au commandement de la couverture [du sang] (kisouy), la voici soumise au commandement d'une bête et son petit — la bête sauvage, qui est soumise au commandement de la couverture, n'[est-il] pas [de] raison qu'elle soit soumise au commandement d'une bête et son petit ? [Aussi] l'enseignement [du verset] dit 'bœuf' — et non une bête sauvage. 'Un agneau (seh)' — et non les oiseaux. Or n'[est-ce] pas [ce qu'exigerait] un raisonnement : si [même] la bête domestique, qui n'est pas [visée par l'interdit] 'la mère sur les enfants' (em al ha-banim, [renvoi du nid]), la voici [soumise] au commandement d'une bête et son petit — les oiseaux, qui sont [visés par] 'la mère sur les enfants', n'[est-il] pas [de] raison qu'ils soient [soumis à] 'une bête et son petit' ? [Aussi] l'enseignement [du verset] dit 'un agneau' — et non les oiseaux.
💡 Explication

Troisième front : les dons sacerdotaux (matanot) — le bras (zeroa), les mâchoires (lehayayim) et la caillette (keva), à remettre au cohen sur une bête profane (Deut 18:3). Cette braita les impose au koy et au croisement, mais R. Eliezer dispense le koy. La Guemara va montrer que, ici aussi, R. Eliezer ne peut être 'certain'.

15
בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵּימָא בְּתַייִשׁ הַבָּא עַל הַצְּבִייָּה וְיָלְדָה, בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּפָטַר, קָסָבַר ״שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה״ לָא אָמְרִינַן.

De quoi traitons-nous ? Si l'on dit [qu'il s'agit] d'un bouc qui vient sur une gazelle, [laquelle] enfante — soit [d'accord] selon Rabbi Eliezer qui dispense, [car] il tient [que] 'agneau, même une part d'agneau' nous ne [le] disons pas.

📜 Rachi (2)
אִי נֵימָא בְּתַייִשׁ הַבָּא עַל הַצְּבִיָּיה וְיָלְדָה דְּאִי אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לֵיכָּא:
Si l'on dit [qu'il s'agit] d'un bouc qui vient sur une gazelle, [laquelle] enfante — car, si l'on ne tient pas compte de la semence du père, il n'y a même pas une part d'agneau.
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּפָטַר קָסָבַר שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לָא אָמְרִינַן בֵּיהּ בְּהַאי כְּדַאֲמָרָן דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב הִילְכָּךְ אֲפִילּוּ מִקְצָתוֹ לֵיכָּא:
Soit [d'accord] selon Rabbi Eliezer qui dispense, [car] il tient [que] 'agneau, même une part d'agneau' nous ne [le] disons pas — à son sujet, comme nous [l']avons dit, car [il tient pour] évident qu'on ne tient pas compte de la semence du père ; c'est pourquoi il n'y a même pas une part [d'agneau] en lui.
💡 Explication

Analyse de la braita des dons. Si le koy naît d'un bouc sur une gazelle (la part 'chèvre' venant seulement du père), la dispense de R. Eliezer se comprend : il tient qu'on ne dit pas 'même une part de seh', donc — le père étant ignoré — ce koy est tenu pour pure progéniture de gazelle, exempte des dons.

16
אֶלָּא לְרַבָּנָן, נְהִי דְּקָסָבְרִי ״שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה״, בִּשְׁלָמָא פַּלְגָא לָא יָהֵיב לֵיהּ, אִידַּךְ פַּלְגָא לֵימָא לֵיהּ: אַייְתִי רְאָייָה דְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, וּשְׁקֹול.

Mais selon les Sages — quand bien même ils tiendraient [que] 'agneau, même une part d'agneau' [oblige], soit [d'accord qu']il ne lui donne pas la moitié [des dons] ; mais [pour] l'autre moitié, qu'il lui dise : apporte une preuve qu'on tient compte de la semence du père, et prends !

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְרַבָּנַן נְהִי נָמֵי דְּקָסָבְרִי שֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה אָמְרִינַן הֵיכָא דְּצַד שֵׂיוֹת מִן הָאֵם מִיהוּ הָכָא דְּאֵין צַד שֵׂיוֹת אֶלָּא מִן הָאָב וְאוֹקֵימְנָא דִּלְרַבָּנָן מְסַפְּקָא לְהוּ אִי חוֹשְׁשִׁין אִי לֹא:
Mais selon les Sages, quand bien même ils tiendraient [que] 'agneau, même une part d'agneau' — nous [le] disons [là] où il y a un côté d'agneau du fait de la mère ; or ici, il n'y a de côté d'agneau que du fait du père, et nous avons établi [que], pour les Sages, [la chose] est douteuse : tiennent-ils compte [du père] ou non.
בִּשְׁלָמָא פַּלְגָא לָא יָהֵיב לֵיהּ גָּרְסִינַן כְּלוֹמַר בִּשְׁלָמָא פַּלְּגָא דְּמַתָּנוֹת לָא פָּרְכִינַן עֲלַיְיהוּ מִידֵּי דְּוַדַּאי פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּלָא יָהֵיב לֵיהּ דְּאִי נָמֵי חוֹשְׁשִׁין וְשֶׂה וַאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לָא מִיחַייַּב אֶלָּא פַּלְּגָא דְּצַד שֵׂיוֹת דְּכֵיוָן דְּאֶפְשָׁר לְמִיפְלְגִינְהוּ יָהֵיב פַּלְּגָא דְּשֵׂיוֹת וּמְעַכֵּב פַּלְּגָא דְּצַד צְבִי דְּאִיכָּא לָמֶ"ד הָכִי בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף קלב.) וְהַאי דְּקָתָנֵי לְרַבָּנָן נוֹהֲגִין בְּפַלְּגָא מַתָּנוֹת קָאָמְרִי וּמִשּׁוּם דִּילְמָא חוֹשְׁשִׁין אֶלָּא הָא קַשְׁיָא לָן אִידָךְ פַּלְּגָא גּוּפֵיהּ דְּקָא מְחַייְּבִי רַבָּנָן לִמְיַתְּבֵיהּ לְכֹהֵן אַמַּאי וְהָא כֹּהֵן מוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ הוּא וקי"ל בְּכָל דָּבָר סָפֵק הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וְנֵימָא הַאי יִשְׂרָאֵל לַכֹּהֵן אַייְתִי רְאָיָה דְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב וּשְׁקוֹל פַּלְּגָא דְּצַד שֵׂיוֹת וְכָל כַּמָּה דְּלָא אַיְיתֵית רְאָיָה אֲפִילּוּ פַּלְגָא לֵית לָךְ דַּאֲפִילּוּ מִקְצָת שֶׂה לֵיכָּא:
Telle est la version : 'soit [d'accord qu']il ne lui donne pas la moitié' — c'est-à-dire : soit, [pour] la moitié des dons, nous ne leur objectons rien, car assurément il leur est évident qu'il ne la lui donne pas ; car, même [si] l'on tient compte [du père] et [que] 'agneau, même une part d'agneau' [vaut], il n'[est] tenu qu'à la moitié, [celle] du côté d'agneau ; puisqu'il est possible de [les] partager, il donne la moitié [du côté] d'agneau et retient la moitié du côté de cerf — car il y a [un Tana] qui dit ainsi au chapitre Ha-Zeroa (plus loin, Houlin 132a) ; et ce qui est enseigné 'pour les Sages [les dons] s'appliquent', [c'est] de la moitié des dons qu'ils parlent, et [c'est] en raison du peut-être 'on tient compte [du père]'. Mais voici ce qui nous [fait] difficulté : l'autre moitié elle-même, que les Sages obligent à donner au cohen — pourquoi ? car le cohen [est] celui qui réclame à son prochain [me-havero], et nous tenons pour règle [que], dans toute chose douteuse, celui qui réclame à son prochain (ha-motzi me-havero), sur lui [pèse] la preuve (alav ha-raaya) ; et que cet Israélite dise au cohen : apporte une preuve qu'on tient compte de la semence du père, et prends la moitié du côté d'agneau ; et tant que tu n'apportes pas de preuve, tu n'as même pas la moitié, car il n'y a même pas une part d'agneau.
🗂️ Tossefot (1)
לֵימָא לֵיהּ אַייְתִי רְאָיָה ואע"ג דְּרַב אַסִּי קָאָמַר בפ"ק דב"ק (דַּף ט.) וּבְפֶרֶק בֵּית כּוֹר (ב"ב קז.) גַּבֵּי אַחִין שֶׁחָלְקוּ וּבָא ב"ח וְטָרַף חֶלְקוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶם דְּנוֹטֵל רְבִיעַ בְּקַרְקַע וּרְבִיעַ בְּמָעוֹת מִשּׁוּם דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי יוֹרְשִׁין הָווּ אִי לָקוֹחוֹת הָווּ וְנוֹטֵל מִסְּפֵיקָא מֶחֱצָה מִמַּה שֶׁהָיָה לוֹ לִיטֹּול וְלָא מָצֵי אָמַר לֵיהּ אַייְּתִי רְאָיָה דְּיוֹרְשִׁין הָווּ וּשְׁקוֹל יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים מֵחֲמַת הַסָּפֵק שֶׁיִּטֹּול מֶחֱצָה וּבְהַמּוֹכֵר אֶת הַבַּיִת (שָׁם ע.) מְפֹורָשׁ בְּאֹורֶךְ:
Qu'il lui dise : apporte une preuve — et bien que Rav Assi dise, au chapitre premier de Baba Kama (9a) et au chapitre Beit Kor (Baba Batra 107a), à propos de frères qui ont partagé [un héritage] puis [qu']un créancier (baal hov) est venu saisir la part de l'un d'eux, [qu']il prend un quart en terre et un quart en argent — parce qu'il [est] dans le doute [pour savoir] s'ils sont [tenus comme] héritiers (yorshin) ou [comme] acquéreurs (lekohin), et il prend, du fait du doute, la moitié de ce qu'il aurait dû prendre, et il ne peut [lui] dire 'apporte une preuve qu'ils sont [tenus comme] héritiers et prends' — [il y a] des endroits où les Sages ont institué, en raison du doute, qu'il prenne la moitié ; et au [chapitre] Ha-Mokher et ha-Bayit (là, 70a) [cela] est expliqué au long.
💡 Explication

Difficulté du cas précédent selon les Sages. Même s'ils disent 'même une part de seh oblige', pourquoi le propriétaire devrait-il donner les dons ? La moitié (part de la gazelle, sauvage) n'est certes pas due ; mais pour l'autre moitié (la part 'chèvre' incertaine, venue du père), le propriétaire peut dire au cohen : 'apporte la preuve qu'on tient compte du père, et alors prends' — car celui qui réclame doit prouver. Ce cas pose donc problème, signe qu'il ne s'agit pas de lui.

17
אֶלָּא, בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה וְיָלְדָה. בִּשְׁלָמָא לְרַבָּנָן, מַאי ״חַיָּיב״ – בַּחֲצִי מַתָּנוֹת; אֶלָּא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, לִיחַייֵּב בְּכֻולְּהֵי מַתָּנוֹת?

Plutôt, [s'il s'agit] d'un cerf qui vient sur une chèvre, [laquelle] enfante. Soit [d'accord] selon les Sages, qu'est-ce que '[il] est tenu' ? — [tenu] à la moitié des dons.

Mais selon Rabbi Eliezer, qu'il soit tenu à tous les dons !

📜 Rachi (3)
אֶלָּא בִּצְבִי הַבָּא כו' דְּאִיכָּא צַד שֵׂיוֹת מִן הָאֵם:
Plutôt [s'il s'agit] d'un cerf qui vient etc. — où il y a un côté d'agneau du fait de la mère.
בִּשְׁלָמָא לְרַבָּנָן אַף עַל גַּב דִּמְסַפְּקָא לָן שֶׁמָּא חוֹשְׁשִׁין וְלָא הָוֵי כּוּלֵּיהּ שֶׂה וְאִיכָּא לְמִיפְרַךְ אַמַּאי יָהֵיב לֵיהּ כּוּלֵּיהּ אִיכָּא לְתָרוּצֵי מַאי חַיָּיב דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן חַייָּב בַּחֲצִי מַתָּנוֹת מִשּׁוּם צַד שֵׂיוֹת דְּאֵם וְאִידָךְ פַּלְּגָא אָמְרִינַן לֵיהּ אַייְתִי רְאָיָה דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין וְהָוֵי כּוּלֵּיהּ שֶׂה וּשְׁקוֹל:
Soit [d'accord] selon les Sages — bien que nous soyons dans le doute, peut-être tient-on compte [du père] et [le koy] n'est pas entièrement agneau, et [bien qu']il y ait lieu d'objecter 'pourquoi lui donne-t-il le tout ?', il y a [de quoi] répondre : qu'est-ce que '[il] est tenu' que disent les Sages ? Tenu à la moitié des dons, en raison du côté d'agneau de la mère ; et [pour] l'autre moitié, nous lui disons : apporte une preuve qu'on ne tient pas compte [du père], [auquel cas il serait] entièrement agneau, et prends.
לִיחַייֵּב בְּכוּלְּהוּ דְּהָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין וְכוּלֵּיהּ שֶׂה הוּא:
Qu'il soit tenu à tous [les dons] — car [il tient pour] évident qu'on ne tient pas compte [du père], et il [est] entièrement agneau.
💡 Explication

Autre lecture : cerf sur chèvre (la part 'chèvre' venant de la mère). Pour les Sages, '[il] est tenu' signifie tenu à la moitié des dons (la part certaine de la mère ; pour l'autre moitié, le cohen doit prouver). Mais pour R. Eliezer, qui ignore le père et tient le koy pour pleinement chèvre (par la mère), il devrait être tenu à tous les dons — pourquoi alors le dispense-t-il ?

🖼️ Schéma
Le partage des dons : qui supporte la charge du doute ? cas : père cerf + mère chèvre ; une moitié est chèvre par la mère Moitié de la mère (chèvre) part certaine : donnée au cohen -> demi-don (hatzi matanot) la chèvre oblige aux dons (seh ve-afilou miktzat seh) Moitié du père (cerf) part douteuse : le cohen réclame -> 'apporte une preuve et prends' qui réclame doit prouver (ha-motzi me-havero alav ha-raaya)
Cas cerf x chèvre pour les dons : pour les Sages, demi-don certain donné, demi-don douteux soumis à la charge de la preuve.
18
לְעוֹלָם בִּצְבִי הַבָּא עַל הַתְּייָשָׁה וְיָלְדָה, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָמֵי סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אוֹ לָא, וְכֵיוָן דִּלְרַבָּנַן מְסַפְּקָא לְהוּ וּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְסַפְּקָא לֵיהּ, בְּמַאי פְּלִיגִי?

En réalité, [il s'agit] d'un cerf qui vient sur une chèvre, [laquelle] enfante, et Rabbi Eliezer aussi est dans le doute [pour savoir] si l'on tient compte de la semence du père ou non ; et puisque, pour les Sages, [la chose] est douteuse, et [que] pour Rabbi Eliezer [elle] est douteuse — sur quoi divergent-ils ?

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן לְעוֹלָם בִּצְבִי הַבָּא כו':
Telle est la version : 'en réalité [il s'agit] d'un cerf qui vient etc.'.
סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ כּוּ' וּלְקַמֵּיהּ מְתָרֵץ רַב פָּפָּא לְכוּלְּהוּ מַתְנְיָיתָא בֵּין דְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וּבֵין דְּכִסּוּי וּבֵין דְּמַתָּנוֹת:
Il est dans le doute etc. — et plus loin, Rav Papa résout toutes les braitot, [aussi bien] celle d'une bête et son petit, que celle de la couverture, que celle des dons.
💡 Explication

Conclusion : la braita des dons traite d'un cerf sur une chèvre, et R. Eliezer aussi est dans le doute sur le fait de tenir compte du père. Mais alors surgit la difficulté centrale : si les deux partis demeurent dans le doute, sur quoi divergent-ils au point que R. Eliezer dispense entièrement ? La réponse viendra de Rav Papa (au-delà de ce passage).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).