Chullin 7b — l'ânesse de R. Pinhas, le dîner chez Rabbi, les mules blanches, et les justes plus grands dans la mort

Chullin 7b

Sougya : L'ânesse de Rabbi Pinhas ben Yair refuse l'orge tant qu'il n'est pas dîme, illustrant que Dieu ne fait pas trébucher les bêtes des justes (la Guemara précise quand la nourriture du bétail est assujettie au demai). Rabbi invite Rabbi Pinhas à dîner : celui-ci explique pourquoi il décline d'ordinaire (l'hôte qui n'a pas les moyens, ou qui invite à contrecœur), mais accepte chez Rabbi.

À son retour, voyant des mules blanches ('l'ange de la mort'), il renonce ; Rabbi propose tour à tour de les vendre, les abandonner, leur arracher les sabots, les tuer — chaque solution est écartée (lifnei iver, accroissement du dommage, tzaar baalei 'hayim, bal tachhit), et une montagne les sépara. Rabbi pleure : les justes sont plus grands dans la mort (preuve d'Élisée ressuscitant un mort, II Rois 13:21 ; et la bénédiction d'Élie accomplie par la guérison de Naaman).

Suivent les enseignements de Rabbi Hanina : même la sorcellerie ne peut rien contre Dieu ('ein od milvado'), et nul ne se blesse le doigt sans décret d'en haut.

Que faire des mules dangereuses ? Rabbi propose, R. Pinhas bloque Proposition de Rabbi Objection de R. Pinhas Les vendre'devant l'aveugle' : interdit aussi à autrui Les déclarer sans maître (hefker)tu accrois le dommage (plus de gardien) Leur arracher les sabotssouffrance animale (tzaar baalei 'hayim) Les tuer'bal tachhit' (ne pas détruire ce qui sert)
Les quatre propositions de Rabbi pour les mules, toutes écartées (segments 7-8).
1
חַבְטִינְהוּ, לָא אָכַל. נַקְרִינְהוּ, לָא אָכַל. אֲמַר לְהוּ: דִּלְמָא לָא מְעַשְּׂרָן? עַשְּׂרִינְהוּ, וַאֲכַל. אָמַר: עֲנִיָּיה זוֹ הוֹלֶכֶת לַעֲשׂוֹת רְצוֹן קוֹנָהּ, וְאַתֶּם מַאֲכִילִין אוֹתָהּ טְבָלִים!

[Les hôtes] le secouèrent (criblèrent) [l'orge], [l'ânesse] ne mangea pas. Ils l'épucèrent (trièrent à la main), elle ne mangea pas.

Il leur dit : peut-être n'est-il pas dîme ? Ils le dîmèrent, et elle mangea.

Il dit : cette pauvre [bête] va accomplir la volonté de son Créateur, et vous, vous lui faites manger du tevel !

📜 Rachi (2)
חַבְטִינְהוּ בְּנָפָה חַבְטִינְהוּ לְנַקּוֹתָם וויניר"א בְּלַעַ"ז. וְלֵיכָּא לְמֵימַר לְשׁוֹן דִּישָׁה דְּמֵעִיקָּרָא הָיוּ עוֹמְדִים בִּקְלִיפָּתָן דְּאִם כֵּן אַמַּאי לֹא אָכְלָה מֵעִיקָּרָא הֲרֵי לֹא נִתְחַייְּבוּ בְּמַעֲשֵׂר עַד שֶׁיִּתְמָרְחוּ בִּכְרִי דִּכְתִיב רֵאשִׁית דְּגָנְךָ וּתְנַן בְּהֶדְיָא (פֵּאָה פ"א מ"ו) מַאֲכִיל לַבְּהֵמָה לַחַיָּה וְלָעוֹפוֹת עַד אֲשֶׁר יְמָרֵחַ דְּכָל אֲכִילַת בְּהֵמָה חֲשִׁיב אֲכִילַת עֲרַאי:
Ils le secouèrent (havtinhou) — ils le secouèrent au crible pour le nettoyer ('vanner' en langue vernaculaire). Et l'on ne peut [l']entendre au sens de battage (dicha) [comme si l'orge était] d'abord dans sa balle, car alors pourquoi [l'ânesse] n'aurait-elle pas mangé d'emblée ? [Le grain] n'est assujetti à la dîme que lorsqu'il est aplani en tas (mirouah), comme il est écrit 'les prémices de ton grain', et nous avons appris explicitement (Pea 1:6) : 'on [en] donne à manger au bétail, aux bêtes et aux oiseaux jusqu'à ce qu'il soit aplani', car toute consommation par une bête est considérée comme occasionnelle.
נַקְרִינְהוּ בְּיָדַיִם מִן הָאֲבָנִים וְהַפְּסֹולֶת:
Ils l'épucèrent (nakrinhou) — à la main, [le débarrassant] des pierres et des déchets.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲנִיָּה זוֹ הוֹלֶכֶת לַעֲשׂוֹת רְצוֹן קוֹנָהּ, וְאַתֶּם מַאֲכִילִין אוֹתָהּ טְבָלִים. קְרָאָהּ עֲנִיָּה כִּי מִמַּעֲשֶׂיהָ נִרְאֶה שֶׁמְּגֻולְגֶּלֶת בָּהּ נֶפֶשׁ אָדָם וְהִיא אֲשֶׁר הָיְתָה מְעוֹרֶרֶת אוֹתָהּ בִּדְבָרִים שֶׁל חֲסִידוּת לַעֲשׂוֹתָם וְכֵיוָן דְּנֶפֶשׁ אָדָם מִתְגַּלְגֶּלֶת בִּבְהֵמָה וַדַּאי אֵין עֲנִיּוּת יוֹתֵר מִזֶּה וּלְכָךְ קְרָאָהּ עֲנִיָּה דְּקָאֵי עַל נֶפֶשׁ הַמְגֻולְגֶּלֶת שֶׁבָּהּ וְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל כָּתַב בְּשֵׁם הַמְקֻובָּלִים שֶׁהָיָה מְגֻולְגָּל בָּהּ נֶפֶשׁ יִשְׁמָעֵאל עַייֵּן שָׁם. וּבְדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת מְפֹורָשׁ עִנְיַן חֲמוּרָתוֹ שֶׁל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר שֶׁהָיָה בָּקִי בְּכָל אוֹתָם הַדְּבָרִים שֶׁסִּפְּרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל עָלָיו עַד שֶׁכִּמְעַט יִתְבַּהֵל הָאָדָם בַּדְּבָרִים הָהֵם וְיֵשׁ מֵהֶם מוֹצִיאִין הַדְּבָרִים מִפְּשָׁטָן שֶׁאֵינָן יוֹדְעִין לִדְרֹושׁ! אֲבָל דַּע שָׁורְשׁוֹ שֶׁל דָּבָר כִּי הַדְּבָרִים הֵם כִּפְשָׁטָן וְטַעַם הַדָּבָר הוּא כִּי הַחֲמוֹר הַהוּא הָיָה מְבֹורָר וּמְתֻוקָּן לְגַמְרֵי בְּכָל הַצָּרִיךְ לוֹ כְּפִי בְּחִינָתוֹ וְלֹא נִתְבָּרֵר כִּשְׁאָר הַבְּהֵמוֹת הַמִּתְבָּרְרוֹת עַל יְדֵי אָדָם אָמְנָם נִתְקַן מֵעַצְמוֹ עַל יְדֵי הֶמְשֵׁךְ הַזְּמַן וְעַל יְדֵי רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר בְּעָלָיו וְהֻובְרַר מַמָּשׁ כְּמוֹ שְׁאָר הַבְּהֵמוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית. וְדַע שֶׁאוֹתָם הַבְּהֵמוֹת שֶׁהֻובְרְרוּ מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית הָיוּ מְעֻולִּים יוֹתֵר מִמַּדְרֵגַת הָאָדָם שֶׁל עַתָּה אַחַר חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן וְלָכֵן אֵין לִתְמֹוהַּ מִן הַחֲמוֹר הַהוּא שֶׁהָיָה מַכִּיר מַה שֶׁלֹּא הָיוּ מַכִּירִין הַחֲכָמִים אֲשֶׁר בַּזְּמַן הַהוּא וְזֶהוּ מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת קיב:) עַל רַבִּי זְעֵירָא שֶׁאָמַר אֲנַחְנוּ כַּחֲמוֹרִים וְלֹא כַּחֲמוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר וּמִזֶּה תּוּכַל לְשַׁעֵר מַדְרֵגַת הָאָדָם אַחַר אֲשֶׁר יֻובְרַר וִיתֻוקַּן בְּכָל הַצָּרִיךְ לוֹ כַּמָּה מַעֲלָתוֹ גָּבוֹהַּ לְאֵין קֵץ וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. וְנִמְצָא לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל הַנִּזְכָּר חֲמוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר לֹא נִתְבָּרֵר כִּשְׁאָר בְּהֵמוֹת הַמִּתְבָּרְרוֹת עַל יְדֵי אָדָם כִּי אִם נִתְקַן מֵעַצְמוֹ עַל יְדֵי הֶמְשֵׁךְ הַזְּמַן וְעַל יְדֵי רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר בְּעָלָיו וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶׁאָמַר לָהֶם ' עֲנִיָּה זוֹ הוֹלֶכֶת לַעֲשׂוֹת רְצוֹן קוֹנָהּ ' הוֹלֶכֶת דַּיְיקָא שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְתִיקּוּן שֶׁל אֲחֵרִים כִּי הִיא מְתֻוקֶּנֶת מֵעַצְמָהּ לַעֲשׂוֹת רְצוֹן קוֹנֶה ' וְאַתֶּם מַאֲכִילִין אוֹתָהּ טְבָלִים ' אַתֶּם דַּיְיקָא שֶׁמַּדְרֵגַתְכֶם פְּחוּתָה מִמֶּנָּה כִּי מִדַּרְגָּתָהּ מְעֻולָּה מִמַּדְרֵגַתְכֶם מַאֲכִילִים אוֹתָהּ טְבָלִים דַּיְיקָא שֶׁהוּא דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְתֻוקָּן הֲלֹא בְּטֶבֶל אִי אֶפְשָׁר לְהִכָּשֵׁל אֶלָּא רַק אָדָם שֶׁאֵינוֹ מְבֹורָר וּמְתֻוקָּן דְּאָז אֶפְשָׁר שֶׁיִּכָּשֵׁל בְּטֶבֶל שֶׁאֵינִי מְתֻוקָּן מִפְּנֵי שֶׁהוּא עַצְמוֹ טֶבֶל אַךְ זוֹ כְּבָר מְתֻוקֶּנֶת וּמְבֹורֶרֶת, אֵיךְ תִּכָּשֵׁל לֶאֱכֹול טֶבֶל שֶׁאֵינוֹ מְתֻוקָּן? עַל כֵּן הִרְגִּישָׁה וְיָדְעָה זֹאת וְלֹא אָכְלָה. וּלְפִי זֶה מוּבָן שַׁפִּיר נָמֵי מַה שֶׁקָּרְאָה עֲנִיָּה כִּי מִדַּרְגָּתָהּ מְעֻולָּה וּמְתֻוקֶּנֶת יוֹתֵר מִשְּׁאָר בְּנֵי אָדָם וְדָא עָקָא שֶׁלְּמַרְאֵה עֵינַיִם נֶחְשֶׁבֶת כִּשְׁאָר בְּהֵמוֹת הַפְּחוּתִים מִבְּנֵי אָדָם.
« Cette pauvre (aniya) [bête] va accomplir la volonté de son Créateur, et vous, vous lui faites manger du tevel. » Il l'a appelée « pauvre » (aniya) parce qu'à ses actes on voit qu'une nechama (âme) humaine est transmigrée (meguilgelet) en elle, et c'est elle qui l'éveillait à des choses de hassidout (piété) pour les accomplir ; et puisqu'une nechama humaine se transmigre (mitgalguelet) dans une bête, il n'est certes pas de pauvreté plus grande que celle-là. C'est pourquoi il l'a appelée « pauvre », car [le mot] vise la nechama transmigrée (meguilgelet) qui est en elle. Et le Rav Petah Einayim, de mémoire bénie, a écrit au nom des kabbalistes (mekoubalim) qu'était transmigrée en elle la nechama d'Ichmael — vois-y. Et dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, au Chaar Taamei ha-Mitsvot, est expliquée l'affaire de l'âne de Rabbi Pinhas ben Yair : [le Ari] était expert en toutes ces choses que nos Sages, de mémoire bénie, ont racontées à son sujet, au point que l'homme [ordinaire] est presque effrayé par ces choses ; et il en est qui sortent ces propos de leur sens littéral (pchat) parce qu'ils ne savent pas les interpréter (drosh) ! Mais sache que la racine de l'affaire est que les choses sont selon leur sens littéral, et la raison de la chose est que cet âne était clarifié (mevorar) et réparé (metoukan) entièrement en tout ce qui lui était nécessaire selon son niveau, et il n'a pas été clarifié comme les autres bêtes qui sont clarifiées par le moyen de l'homme ; il fut plutôt réparé (nitkan) de lui-même par l'écoulement du temps et par Rabbi Pinhas ben Yair son maître, et il fut clarifié réellement comme les autres bêtes qui furent créées aux six jours de la Genèse. Et sache que ces bêtes qui furent clarifiées [dès] les six jours de la Genèse étaient plus élevées que le niveau de l'homme d'à présent, après la faute d'Adam le premier ; c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner de cet âne qui connaissait ce que ne connaissaient pas les Sages d'alors. Et c'est ce qu'on a dit dans la Guemara (Chabbat 112b) au sujet de Rabbi Zeira, qui dit : « nous sommes comme des ânes, mais non comme l'âne de Rabbi Pinhas ben Yair » ; de cela tu peux mesurer le niveau de l'homme après qu'il aura été clarifié et réparé en tout ce qui lui est nécessaire — combien sa hauteur est élevée sans fin, etc. — vois-y. Il se trouve donc, selon les paroles de notre maître [le Ari], de mémoire bénie, mentionnées, que l'âne de Rabbi Pinhas ben Yair n'a pas été clarifié comme les autres bêtes clarifiées par le moyen de l'homme, mais qu'il fut réparé de lui-même par l'écoulement du temps et par Rabbi Pinhas ben Yair son maître. Et par cela se comprend ce qu'il leur a dit : « cette pauvre [bête] va (holekhet) accomplir la volonté de son Créateur » — « va » précisément, car elle n'a pas besoin de la réparation (tikoun) d'autrui, étant réparée (metoukenet) d'elle-même à faire la volonté de son Créateur ; « et vous, vous lui faites manger du tevel » — « vous » précisément, car votre niveau est inférieur au sien, parce que son niveau est plus élevé que le vôtre. « Vous lui faites manger du tevel » précisément, ce qui est une chose non réparée (metoukan) ; or sur du tevel il est impossible de trébucher, sauf [à] un homme qui n'est pas clarifié ni réparé — alors il est possible qu'il trébuche sur du tevel non réparé, parce que lui-même est [comme] du tevel ; mais celle-ci [l'ânesse] est déjà réparée et clarifiée : comment trébucherait-elle à manger du tevel non réparé ? C'est pourquoi elle a senti et su cela, et n'a pas mangé. Et selon cela se comprend bien aussi ce pour quoi il l'a appelée « pauvre » : parce que son niveau est plus élevé et plus réparé que celui des autres fils d'homme, et le malheur (da aka) est que, à la vue des yeux, elle est tenue pour [l'une des] autres bêtes inférieures aux fils d'homme.
💡 Explication

L'ânesse de R. Pinhas refuse l'orge tant qu'il n'est pas dîme ; une fois dîme, elle mange. D'où sa remarque : 'cette pauvre bête va accomplir la volonté de son Créateur, et vous lui donnez du tevel !' — l'exemple type des 'bêtes des justes'.

2
וּמִי מִיחַייְּבָא? וְהִתְנָן: הַלּוֹקֵחַ לְזֶרַע, וְלִבְהֵמָה, וְקֶמַח לְעוֹרוֹת, וְשֶׁמֶן לְנֵר, וְשֶׁמֶן לָסוּךְ בּוֹ אֶת הַכֵּלִים – פָּטוּר מֵהַדְּמַאי.

Mais est-[un tel aliment] assujetti [à la dîme] ?! Or nous avons appris (Demai 1:3) : celui qui achète [du grain] pour [le] semer, pour [le] bétail, de la farine pour [traiter] les peaux, de l'huile pour la lampe, de l'huile pour en oindre les ustensiles — est exempt du demai.

📜 Rachi (2)
וּמִי מִיחַייְּבָא מַאֲכַל בְּהֵמָה הַנִּלְקָח מֵעַם הָאָרֶץ כְּלוּם גָּזְרוּ עָלָיו מִשּׁוּם דְּמַאי ואע"פ שֶׁאִילּוּ וַדַּאי לֹא עִישְּׂרוּ הָיָה מְחַייֵּב לְעַשֵּׂר עַל סָפֵק מִיהָא לָא גְּזוּר דִּתְנַן הַלּוֹקֵחַ מֵעַם הָאָרֶץ פֵּירוֹת מִן הַשּׁוּק לְזֶרַע וְלַבְּהֵמָה אע"פ שֶׁהַזֶּרַע וּמַאֲכַל בְּהֵמָה בִּכְלַל שְׁאָר תְּבוּאָה הֵן וְחַיָּיבִין בַּמַּעַשְׂרוֹת לֹא גָּזְרוּ עֲלֵיהֶם מִשּׁוּם דְּמַאי דְּמִסְּתָמָא רֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין הֵן וְלֹא הֶחְמִירוּ חֲכָמִים עַל הַדְּמַאי כָּל כָּךְ:
Est-il assujetti — la nourriture du bétail achetée à un am ha-aretz, a-t-on décrété à son sujet au titre du demai ? Bien que, si elle était certainement non dîmée, on serait tenu de [la] dîmer, sur le doute en tout cas on n'a pas décrété ; car nous avons appris : 'celui qui achète d'un am ha-aretz des fruits au marché pour [les] semer ou pour le bétail' — bien que la semence et la nourriture du bétail soient incluses dans le reste du grain et assujetties aux dîmes, on n'a pas décrété à leur sujet au titre du demai, car d'ordinaire la majorité des am ha-aretz dîment, et les Sages n'ont pas tant aggravé à propos du demai.
לְעוֹרוֹת לָעַבְּדָן:
Pour les peaux — pour les tanner.
💡 Explication

Mais l'orge pour une bête est-il même assujetti au demai ? Une michna (Demai 1:3) exempte du demai ce qu'on achète pour le bétail, les semailles, les peaux, la lampe...

3
הָתָם הָא אִתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלְּקָחָן מִתְּחִלָּה לִבְהֵמָה, אֲבָל לְקָחָן מִתְּחִלָּה לְאָדָם וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶם לִבְהֵמָה – חַיָּיב לְעַשֵּׂר. וְהַתַּנְיָא: הַלּוֹקֵחַ פֵּירוֹת מִן הַשּׁוּק לַאֲכִילָה וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לִבְהֵמָה – הֲרֵי זֶה לֹא יִתֵּן לֹא לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ וְלֹא לִפְנֵי בֶּהֱמַת חֲבֵרוֹ אֶלָּא אִם כֵּן עִישֵּׂר.

Là-bas, il a [pourtant] été dit à ce sujet : Rabbi Yo'hanan dit : on n'a enseigné [l'exemption] que dans le cas où il les a achetés dès le départ pour le bétail ; mais s'il les a achetés dès le départ pour [la consommation] humaine puis s'est ravisé [pour les donner] au bétail — il est tenu de [les] dîmer. Et il est enseigné (braita) : celui qui achète des fruits au marché pour [la] consommation et s'est ravisé [pour les donner] au bétail — celui-ci ne [les] mettra ni devant sa bête ni devant la bête d'autrui, à moins qu'il n'ait dîme.

📜 Rachi (1)
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא. וְהָנָךְ שְׂעוֹרִים לָאָדָם לְקָחוּם מִתְּחִלָּה:
Et il est enseigné — [à lire] sur un ton affirmatif (apaisé). Et cet orge, on l'avait acheté des le départ pour [la consommation] humaine.
🗂️ Tossefot (1)
הָא אִתְּמַר עֲלַהּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כּוּ' בְּמַסֶּכֶת שְׁקָלִים (פ"ה הֵ"א) וּבְמַסֶּכֶת דְּמַאי בִּירוּשַׁלְמִי וּבִבְרֵאשִׁית רַבָּה (פ' ס') לָא מְשַׁנֵּי מִידִי אֶלָּא הֵשִׁיב לָהֶם דְּמֵחַמְרָא אַנַּפְשָׁהּ:
'Il a [pourtant] été dit à ce sujet : Rabbi Yo'hanan dit, etc.' — au traité Chekalim (Yerushalmi 5:1), au traité Demai (Yerushalmi) et dans Bereshit Rabba (ch. 60), on ne répond rien [de tel] ; [Rabbi Pinhas] leur répondit [simplement] qu'[son ânesse] s'imposait une rigueur à elle-même (mahméra a-nafcha).
💡 Explication

Mais R. Yo'hanan précise : l'exemption ne vaut que si l'on a acheté d'emblée pour la bête. Si on a acheté pour un humain puis qu'on s'est ravisé pour la bête, il faut dîmer (braita à l'appui). L'orge de R. Pinhas était donc soumis au dîme.

4
שְׁמַע רַבִּי, נְפַק לְאַפֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: רְצוֹנְךָ סְעוֹד אֶצְלִי? אֲמַר לוֹ: הֵן. צָהֲבוּ פָּנָיו שֶׁל רַבִּי.

Rabbi entendit [que Rabbi Pinhas arrivait], sortit à sa rencontre [et] lui dit : veux-tu te restaurer chez moi ? Il lui dit : oui.

Le visage de Rabbi resplendit (tzahavou).

📜 Rachi (3)
שָׁמַע רַבִּי דַּהֲוָה קָאָתֵי ר' פִּינְחָס:
Rabbi entendit — que Rabbi Pinhas venait.
רְצוֹנְךָ סְעוֹד אֶצְלִי יְהִי רְצוֹנְךָ לִסְעֹוד אֶצְלִי:
Veux-tu te restaurer chez moi — qu'il soit ta volonté de te restaurer chez moi.
צָהֲבוּ פָּנָיו שָׂמֵחַ מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה ר' פִּינְחָס רָגִיל לֵיהָנוֹת מִשֶּׁל אֲחֵרִים כְּדִלְקַמָּן:
Son visage resplendit — il se réjouit, parce que Rabbi Pinhas n'avait pas coutume de tirer profit du bien d'autrui, comme [il est dit] plus loin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁמַע רַבִּי, נְפַק לְאַפֵּיהּ. בְּסוֹף שַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים כָּתַב מהרש"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי שְׁמוּאֵל וִיטָאל] זַ"ל דִּתְרֵי רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר הָווּ וְהָרִאשׁוֹן נִפְטַר בְּחַיֵּי רַשְׁבִּ"י כַּנִּזְכָּר בְּרֵישׁ אִדְּרָא שֶׁל הַאֲזִינוּ וְהַשֵּׁנִי הָיָה בֶּן בְּנוֹ שֶׁל הָרִאשׁוֹן וְהוּא אֲשֶׁר נְפַק רַבִּי לְאַפֵּיהּ וְדִבֵּר עִמּוֹ בְּמַכֻלְתִּין עַיֵּין שָׁם וְזֶה אֱמֶת וּבָרוּר.
« Rabbi entendit, [et] sortit à sa rencontre. » À la fin du Chaar ha-Guilgulim, notre maître le Rav Rabbi Chmouel Vital, de mémoire bénie, a écrit qu'il y eut deux Rabbi Pinhas ben Yair : le premier mourut du vivant de Rachbi (Rabbi Chimon bar Yohai), comme il est mentionné au début de l'Idra de [la paracha] Haazinou ; et le second était le petit-fils du premier, et c'est lui dont Rabbi sortit à la rencontre et avec qui il s'entretint dans son entrée (be-makhultin) — vois-y. Et cela est vrai et clair.
💡 Explication

Rabbi sort accueillir R. Pinhas et l'invite à dîner. À sa réponse 'oui', le visage de Rabbi resplendit de joie — car R. Pinhas n'acceptait jamais d'invitation.

5
אָמַר לוֹ: כִּמְדֻומֶּה אַתָּה שֶׁמֻּודָּר הֲנָאָה מִיִּשְׂרָאֵל אֲנִי? יִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הֵן, יֵשׁ רוֹצֶה וְאֵין לוֹ, וְיֵשׁ שֶׁיֵּשׁ לוֹ וְאֵינוֹ רוֹצֶה, וּכְתִיב: ״אַל תִּלְחַם אֶת לֶחֶם רַע עָיִן וְאַל תִּתְאָיו לְמַטְעַמֹּתָיו כִּי כְּמוֹ שָׁעַר בְּנַפְשׁוֹ כֶּן הוּא אֱכֹול וּשְׁתֵה יֹאמַר לָךְ וְלִבּוֹ בַּל עִמָּךְ״, וְאַתָּה רוֹצֶה וְיֵשׁ לְךָ.

Il lui dit : penses-tu que je sois interdit par vœu de tirer profit d'Israël ? Israël sont saints !

Il en est qui veut [recevoir des hôtes] et n'a pas [les moyens], et il en est qui a [les moyens] et ne veut pas ; et il est écrit : 'ne mange pas le pain de l'homme à l'œil mauvais et ne convoite pas ses mets, car il est comme [quelqu'un qui] calcule en son âme ; mange et bois, te dit-il, mais son cœur n'est pas avec toi' (Prov 23:6-7) ; mais toi, tu veux et tu as [les moyens].

📜 Rachi (6)
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי פִּינְחָס וְכִי סָבוּר הָיִיתָ שֶׁמֻּודָּר הֲנָאָה מִיִּשְׂרָאֵל אֲנִי:
Il lui dit — Rabbi Pinhas : penserais-tu que je sois interdit par vœu de tirer profit d'Israël ?
יִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הֵם וּרְאוּיִין לֵיהָנוֹת מֵהֶם:
Israël sont saints — et il convient de tirer profit d'eux.
אֲבָל יֵשׁ רוֹצֶה לְהַהֲנוֹת אֲחֵרִים מִשֶּׁלּוֹ וְאֵין יְכֹולֶת בְּיָדוֹ וּמִמֶּנּוּ אֵינִי רוֹצֶה לֵיהָנוֹת שֶׁלֹּא אַכְבִּיד עָלָיו:
Mais il en est qui veut — faire profiter autrui de son bien sans en avoir les moyens ; de celui-là je ne veux pas tirer profit, pour ne pas l'accabler.
וְיֵשׁ שֶׁיֵּשׁ יְכֹולֶת בְּיָדוֹ וְאֵינוֹ רוֹצֶה לְהַהֲנוֹת אֲחֵרִים ואע"פ שֶׁאוֹמֵר בֹּא וּסְעוֹד אֵין לִבּוֹ חָפֵץ וְאֵינִי נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ מִשּׁוּם דִּכְתִיב אַל תִּלְחַם לֶחֶם רַע עַיִן:
Et il en est qui a — les moyens et ne veut pas faire profiter autrui ; et bien qu'il dise 'viens te restaurer', son cœur n'y consent pas, et je ne tire pas profit de lui, comme il est écrit 'ne mange pas le pain de l'œil mauvais'.
אַל תִּלְחַם אַל תִּסְעוֹד. לֶחֶם לְשׁוֹן סְעוּדָה כְּדִכְתִיב (שְׁמוּאֵל א כ) לֹא בָּא אֶל הַלֶּחֶם וּכְתִיב (דָּנִיֵּאל ה) בֵּלְשַׁאצַּר מַלְכָּא עֲבַד לְחֶם רַב:
Ne mange pas (al tilham) — ne te restaure pas. 'Le'hem' au sens de repas, comme il est écrit (I Sam 20) 'il n'est pas venu au repas (le'hem)' et (Dan 5) 'le roi Belchatsar fit un grand festin (le'hem)'.
כְּמוֹ שַׁעַר כְּאִילּוּ אַתָּה פּוֹתֵחַ שֵׂעָר בְּבִטְנוֹ. וי"א לְשׁוֹן מְרִירוּת כְּמוֹ (יִרְמְיָהוּ כט) כִּתְאֵנִים הַשּׁוֹעֲרִים:
Comme 'chaar' — comme si tu ouvrais une porte (chaar) dans son ventre. Et certains [l'entendent] au sens d'amertume, comme (Jer 29) 'comme les figues abjectes (ha-cho'arim)'.
🗂️ Tossefot (1)
וְיֵשׁ שֶׁיֵּשׁ לוֹ וְאֵינוֹ רוֹצֶה וְאַפֵּ"ה אִיַּקַּרוּ קְדוֹשִׁים שֶׁמְּזַמֵּן אֶת חֲבֵירוֹ לֶאֱכֹול אֶצְלוֹ מִפְּנֵי הַבֹּושֶׁת:
Et il en est qui a [les moyens] et ne veut pas — et pourtant ils sont [encore] appelés 'saints', car il invite son compagnon à manger chez lui par [souci de] la honte [des convenances].
🪔 Ben Yehoyada (1)
יִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הֵם. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת שָׁכַח שֶׁל קְדוֹשִׁים הוּא מִצַּד עֶרְוָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (וַיִּקְרָא רַבָּה כד, ו) כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא גֶּדֶר עֶרְוָה אַתָּה מוֹצֵא קְדֻושָּׁה וּמַה שַׁייָּכוּת לָזֶה הָכָא בְּעִנְיַן אוֹרְחִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר אַל תַּחְשֹׁוב שֶׁאֲנִי נִמְנָע לְבִלְתִּי הִתְאָרֵחַ אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת מִפְּנֵי שֶׁחוֹשֵׁשׁ אֲנִי פֶּן תָּבֹא אִשְׁתּוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת וּתְדַבֵּר עִמִּי אוֹ תֵּלֵךְ לְפָנַי וְאַבָּא לִידֵי הִרְהוּר ח"ו זֶה אֵינוֹ כִּי יִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הֵם וְיֵשׁ לָהֶם צְנִיעוּת גְּדוֹלָה לְנָשִׁים שֶׁהוּא גֶּדֶר עֶרְוָה וּבָרוּר לִי שֶׁלֹּא תִּתְרָאֶה לְפָנַי וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא תְּדַבֵּר עִמִּי. וְדַע כִּי מַה שֶּׁאָמַר לוֹ 'רְצוֹנְךָ סַעַד אֶצְלִי' וְאָמַר לוֹ 'הֵן' הֱשִׁיבוֹ הֵן עַל הָרָצוֹן רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיֵּשׁ לוֹ רָצוֹן בְּכָךְ אֲבָל אִין הָכִי נָמֵי הוּא אֵינוֹ יָכוֹל לְקַיֵּים אוֹתָהּ שָׁעָה אֶת הָרָצוֹן הַזֶּה בְּפֹועַל מִפְּנֵי שֶׁהָיָה טָרוּד בַּמִּצְוָה.
« Israël sont saints. » Vois le commentaire de Rachi, de mémoire bénie. Et il y a à objecter : la [notion de] « saints » relève [d'ordinaire] du domaine de la nudité (erva), comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Vayikra Rabba 24:6) : « En tout lieu où tu trouves une clôture [protégeant] de la nudité (gder erva), tu trouves la sainteté (kedoucha) » ; et quel rapport y a-t-il à cela ici, dans l'affaire des hôtes ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que son intention est de dire : ne pense pas que je m'abstienne de me faire héberger chez un maître de maison parce que je craindrais que ne survienne l'épouse du maître de maison, qu'elle ne s'entretienne avec moi ou qu'elle ne passe devant moi, et que je n'en vienne à une pensée [impure], à Dieu ne plaise ; il n'en est rien, car Israël sont saints et ont une grande pudeur (tzniut) pour [ce qui est de] leurs femmes — ce qui est la clôture [protégeant] de la nudité (gder erva) — et il m'est clair qu'[elle] ne se montrera pas devant moi, et à plus forte raison qu'elle ne s'entretiendra pas avec moi. Et sache que ce qu'[Rabbi] lui a dit, « veux-tu te restaurer chez moi », et [ce qu']il lui a répondu, « oui » — il lui a répondu « oui » quant à la volonté (ratzon), c'est-à-dire qu'il en avait bien le désir ; mais, en vérité, il ne pouvait à cette heure-là accomplir ce désir en acte, parce qu'il était occupé (taroud) par la mitsva.
💡 Explication

R. Pinhas explique pourquoi il décline d'ordinaire : non par vœu (Israël est saint), mais parce qu'il en est qui invite sans avoir les moyens (il ne veut pas l'accabler), et il en est qui a les moyens mais invite à contrecœur (Prov 23:6-7, l'œil mauvais). Mais toi, Rabbi, tu veux sincèrement et tu as les moyens — donc j'accepte.

🖼️ Schéma
Pourquoi R. Pinhas décline d'ordinaire une invitation Veut, mais n'a pas les moyens je n'accepte pas (pour ne pas l'accabler) A les moyens, mais invite à contrecœur je n'accepte pas ('œil mauvais', Prov 23:6) Veut ET a les moyens (toi, Rabbi) j'accepte !
Les trois types d'hôte.
6
מִיהָא הַשְׁתָּא מְסַרְהִיבְנָא, דִּבְמִלְּתָא דְּמִצְוָה קָא טָרַחְנָא, כִּי הָדַרְנָא אָתֵינָא עָיֵילְנָא לְגַבָּךְ.

Mais à présent je suis pressé (mesarheivna), car je m'affaire à une affaire de mitsva ; quand je reviendrai, j'entrerai chez toi.

📜 Rachi (1)
מַסְרָהִיבָנָא לְשׁוֹן בֶּהָלָה וּמְהִירוּת כְּלוֹמַר צָרִיךְ לְמַהֵר וְלֵילֵךְ לִדְבַר מִצְוָה וְאֵין פְּנַאי לִסְעֹוד:
Mesarheivna — terme de hâte et de promptitude ; c'est-à-dire : je dois me hâter et aller à une affaire de mitsva, et il n'y a pas de loisir pour me restaurer.
🗂️ Tossefot (1)
מְסַרְהַבְּנָא מְמַהֵר אֲנִי כְּדִמְתַרְגְּמִינַן וִימַהֲרוּ לִשְׁפֹּוךְ דָּם (מִשְׁלֵי א) וִיסַרְהֲבוּן:
Mesarheivna — je me hâte, comme on traduit [en araméen] 'ils se hâtent de verser le sang' (Prov 1) : 'visarhevoun'.
💡 Explication

R. Pinhas diffère : il est pressé par une mitsva ; il dînera à son retour.

7
כִּי אֲתָא, אִיתְרְמִי עָל בְּהָהוּא פִּיתְחָא דַּהֲווֹ קָיְימִין בֵּיהּ כּוּדַנְיָיתָא חִווָּרָתָא, אָמַר: מַלְאַךְ הַמָּוֶת בְּבֵיתוֹ שֶׁל זֶה וַאֲנִי אֶסְעֹוד אֶצְלוֹ?

Lorsqu'il revint, il lui arriva d'entrer par cette porte où se tenaient des mules blanches (koudnayata hivarata). Il dit : l'ange de la mort est dans la maison de celui-ci, et je me restaurerais chez lui ?!

📜 Rachi (2)
כּוּדַנְיָיתָא פְּרָדוֹת וְשֶׁל רַבִּי הָיוּ:
Koudnayata — des mules ; elles étaient à Rabbi.
מַלְאַךְ הַמָּוֶת שֶׁמַּכֶּה וְשׁוּב אֵין הַמַּכָּה חַיָּה כְּדִלְקַמָּן:
L'ange de la mort — car [la mule blanche] frappe, et le frappé ne survit plus, comme [il est dit] plus loin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי אֲתָא אִיתְרְמִי עָל בְּהָהוּא פִּיתְחָא דַּהֲווֹ קָיְמִין בֵּיהּ כּוּדַנְיָתָא חִיוָּרָתָא. קַשָּׁא אֵיךְ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ הִכְנִיס לְבֵיתוֹ מַזִּיקִין אֵלּוּ, וּמַאי סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ מֵעִיקָּרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאוֹתָם הַכּוּדַנְיָיתָא שָׁלַח אוֹתָם הַמֶּלֶךְ אֵלָיו מִנְחָה כִּי הָיָה אוֹהֲבוֹ הַרְבֵּה וּמִשּׁוּם כְּבוֹד מַלְכוּת הֻוכְרַח לְהַנִּיחָם אֶצְלוֹ דִּגְנַאי לְמָכְרָם אוֹ לְיִתְּנֵם בְּמַתָּנָה וְהָא דְּאָמַר קָטֵילְנָא לְהוּ הַכַּוָּנָה עַל יְדֵי סַם דְּלֵיכָּא צַעַר בַּעֲלֵי חַיִּים.
« Lorsqu'il revint, il lui arriva d'entrer par cette porte où se tenaient des mules blanches. » Il y a [une] difficulté : comment notre saint maître [Rabbi] a-t-il fait entrer dans sa maison ces nuisibles (mazikin), et que pensait-il [donc] au départ ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces mules-là, le roi les lui avait envoyées en présent (minha), car il l'aimait beaucoup ; et par égard pour l'honneur de la royauté il fut contraint de les laisser chez lui, car il était honteux (genaï) de les vendre ou de les donner en cadeau. Et ce qu'il a dit, « je les tuerai », l'intention [en était] par le moyen d'un poison (sam), de sorte qu'il n'y ait pas de souffrance des animaux (tzaar baalei 'hayim).
💡 Explication

À son retour, R. Pinhas voit des mules blanches (réputées dangereuses) à l'entrée et déclare : 'l'ange de la mort est dans cette maison — et je dînerais ici ?!'

8
שְׁמַע רַבִּי נְפַק לְאַפֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: מְזַבְּנִינָא לְהוּ, אֲמַר לֵיהּ: ״וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל״.

Rabbi entendit, sortit à sa rencontre [et] lui dit : je les vendrai. Il lui dit : 'et devant l'aveugle tu ne placeras pas d'obstacle' (Lev 19:14) !

📜 Rachi (1)
וְלִפְנֵי עִוֵּר וְגוֹ' דְּכִי הֵיכִי דַּאֲסִירָן לָךְ אֲסִירָן לְאַחֲרֵינִי. וְהָא לֵיכָּא לְמֵימַר דִּמְזַבֵּן לְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דִּתְנַן אֵין מוֹכְרִין לָהֶם בְּהֵמָה גַּסָּה (ע"ז דַּף יד:):
'Et devant l'aveugle, etc.' — car de même qu'elles te sont interdites, elles sont interdites à autrui. Et l'on ne peut dire qu'il les vendrait à des idolâtres, car nous avons appris 'on ne leur vend pas de gros bétail' (Avoda Zara 14b).
💡 Explication

Rabbi propose de les vendre. R. Pinhas : ce serait 'placer un obstacle devant l'aveugle' (Lev 19:14) — ce qui t'est interdit l'est aussi pour autrui (et on ne vend pas de gros bétail à un non-Juif).

9
מַפְקְרָנָא לְהוּ, מַפְּשַׁתְּ הֶיזֵּקָא. עָקַרְנָא לְהוּ, אִיכָּא צַעַר בַּעֲלֵי חַיִּים. קָטֵילְנָא לְהוּ, אִיכָּא ״בַּל תַּשְׁחִית״.

[Rabbi :] je les déclarerai sans maître (hefker). [R.

Pinhas :] tu accrois le dommage. [Rabbi :] je leur arracherai [les sabots].

[R. Pinhas :] il y a là souffrance des animaux (tzaar baalei 'hayim).

[Rabbi :] je les tuerai. [R.

Pinhas :] il y a [l'interdit de] 'bal tachhit' (ne pas détruire).

📜 Rachi (4)
מַפְקַרְנָא לְהוּ אֲשַׁלְּחֵם בַּיְּעָרוֹת דְּעָלְמָא לְהֶפְקֵר:
Je les déclarerai sans maître — je les enverrai dans les forêts du monde, [abandonnées] au hefker.
מַפְּשַׁתְּ הֶיזֵּיקָא דְּמִתּוֹךְ שֶׁלֹּא יִהְיוּ נִשְׁמָרוֹת יִרְבּוּ נִזְקֵיהֶן:
Tu accrois le dommage — car, n'étant plus gardées, leurs dommages se multiplieront.
עָקַרְנָא שֶׁלֹּא יוּכְלוּ לְבַעֵט וּבַל תַּשְׁחִית לֵיכָּא שֶׁיְּהוּ רְאוּיוֹת לְדִישָׁה:
Je [les] arracherai — [les sabots,] pour qu'elles ne puissent plus ruer ; et il n'y aurait pas [d'interdit de] 'bal tachhit', car elles resteraient aptes au battage [du grain].
עָקַרְנָא מְנַשֵּׁר פַּרְסוֹתֵיהֶן וַעֲדַיִין הֵן יְכוֹלִין לֵילֵךְ:
Je [les] arracherai — [en] leur ôtant les sabots, et elles peuvent encore marcher.
💡 Explication

Échange : Rabbi propose tour à tour de les déclarer sans maître (-> accroît le dommage), de leur arracher les sabots (-> souffrance animale), de les tuer (-> 'bal tachhit'). Chaque solution est écartée.

10
הֲוָה קָא מְבַתֵּשׁ בֵּיהּ טוּבָא, גָּבַהּ טוּרָא בֵּינַייְהוּ, בָּכָה רַבִּי וְאָמַר: מַה בְּחַיֵּיהֶן כָּךְ, בְּמִיתָתָן עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה! דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא: גְּדוֹלִים צַדִּיקִים בְּמִיתָתָן יוֹתֵר מִבְּחַיֵּיהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי הֵם קֹובְרִים אִישׁ וְהִנֵּה רָאוּ הַגְּדוּד וַיַּשְׁלִיכוּ אֶת הָאִישׁ בְּקֶבֶר אֱלִישָׁע וַיֵּלֶךְ וַיִּגַּע הָאִישׁ בְּעַצְמוֹת אֱלִישָׁע וַיְחִי וַיָּקָם עַל רַגְלָיו״.

[Rabbi] le pressait beaucoup (mevatech) [d'entrer] ; une montagne s'éleva entre eux. Rabbi pleura et dit : si de leur vivant [les justes sont] ainsi, après leur mort à plus forte raison !

Car Rabbi Hama bar Hanina dit : les justes sont plus grands après leur mort que de leur vivant, comme il est dit : 'et il advint, comme ils enterraient un homme, qu'ils virent la troupe [de pillards] et jetèrent l'homme dans le tombeau d'Élisée ; et l'homme, ayant touché les ossements d'Élisée, revint à la vie et se dressa sur ses pieds' (II Rois 13:21).

📜 Rachi (6)
מְבַתַּשׁ מַפְצִיר וַחֲבֵרוֹ בִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ל:). מְבַתֵּשׁ גָּרְסִינַן בְּבֵי"ת וְלֹא בְּכָ"ף:
Mevatech — il insiste (maftsir) ; [un terme] semblable [se trouve] dans Chevouot (30b). On lit 'mevatech' avec un beth, non avec un kaf.
גַּבָּהּ טוּרָא בֵּינַיְיהוּ וְהִבְדִּילָן:
Une montagne s'éleva entre eux — et les sépara.
בְּחַיֵּיהֶן שֶׁל צַדִּיקִים כָּךְ נוֹתֵן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִבּוֹ עַל תַּאֲוָתָם שֶׁלֹּא לְהַעֲבִיר דַּעְתָּם שֶׁגָּרַם הַדָּבָר שֶׁנִּכְנַס בְּפֶתַח הַפְּרָדוֹת שֶׁיִּפְרֹושׁ וְלֹא יַעֲבֹור עַל דַּעְתּוֹ הָרִאשׁוֹנָה שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לִסְעֹוד מִשֶּׁל אֲחֵרִים כְּדִלְקַמָּן:
De leur vivant — [des justes], le Saint béni soit-Il a tant égard à leur désir, [au point] de ne pas leur faire changer d'avis : il fit en sorte que [Rabbi Pinhas] entre par la porte des mules, afin qu'il se retire et ne déroge pas à sa résolution première — n'ayant pas coutume de se restaurer du bien d'autrui.
עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה שֶׁהֲרֵי בְּמִיתָתָן גְּדוֹלִים יוֹתֵר מִבְּחַיֵּיהֶן כִּדְאָמַר רַבִּי חָמָא:
À plus forte raison — car après leur mort ils sont plus grands que de leur vivant, comme le dit Rabbi Hama.
קוֹבְרִים אִישׁ רָשָׁע הָיָה וְלֹא נִיתַּן לְהִיקָּבֵר אֵצֶל צַדִּיקִים:
[Comme] ils enterraient un homme — c'était un méchant, qui ne méritait pas d'être enterré auprès des justes.
וַיִּגַּע הָאִישׁ בְּעַצְמוֹת אֱלִישָׁע וַיְחִי וְאִילּוּ בְּחַיָּיו כְּשֶׁרָצָה לְהַחֲיוֹת בֶּן הַשּׁוּנַמִּית הֻוצְרַךְ לָשׂוּם פִּיו עַל פִּיו וְעֵינָיו עַל עֵינָיו וּלְבַקֵּשׁ רַחֲמִים:
Et l'homme, ayant touché les ossements d'Élisée, revint à la vie — alors que, de son vivant, lorsqu'[Élisée] voulut ressusciter le fils de la Chounamite, il dut placer sa bouche sur sa bouche et ses yeux sur ses yeux, et implorer miséricorde.
🗂️ Tossefot (1)
גְּדוֹלִים צַדִּיקִים בְּמִיתָתָן יוֹתֵר מִבְּחַיֵּיהֶם כּוּ' פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּדָרֵישׁ מִמַּה שֶׁהֶחֱיָה בִּנְגִיעָה בְּעָלְמָא כְּדִכְתִיב וַיִּגַּע וַיְחִי וְקָשֶׁה דְּא"כ מַאי פָּרֵיךְ וְדִילְמָא לְקַיּוֹמֵי בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ מ"מ הָיָה גָּדוֹל בְּמַה שֶׁטָּרַח לְהַחֲיוֹתוֹ בְּחַיָּיו יוֹתֵר מִבְּמוֹתוֹ וְנִרְאֶה דְּנָפְקָא לֵיהּ מִמַּה שֶׁבְּחַיֵּי הַצַּדִּיקִים נוֹגְעִים בָּהֶם כַּמָּה רְשָׁעִים וְיוֹשְׁבִים אֶצְלָם וְשָׁם לֹא הָיָה לוֹ רְשׁוּת לְהִתְעַכֵּב אֶצְלוֹ:
'Les justes sont plus grands après leur mort que de leur vivant, etc.' — Rachi (le Kountras) a expliqué qu'on l'exégète de ce qu'[Élisée] [le] ressuscita par un simple contact, comme il est écrit 'il toucha et il revécut'. Cela fait difficulté : si c'est ainsi, que demande [la Guemara] 'et peut-être [était-ce] pour accomplir la bénédiction d'Élie' ? — de toute façon [Élisée] était [plus] grand en ce qu'il s'était peiné à [le] ressusciter de son vivant qu'après sa mort ! Il paraît [donc] qu'on le déduit de ce que, du vivant des justes, plusieurs méchants les touchent et s'assoient auprès d'eux, alors que là [cet homme] n'eut pas la permission de s'attarder auprès de lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלִים צַדִּיקִים בְּמִיתָתָן יוֹתֵר מִבְּחַיֵּיהֶם (מְלָכִים ב יג, כא) . פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל דְּדִייֵּק לָהּ מִשּׁוּם דִּבְמִיתָתוֹ הַחֲיֵיהוּ בִּנְגִיעָה וְלֹא הֻוצְרַךְ לִטְרֹוחַ כַּאֲשֶׁר טָרַח בְּבֶן הַשּׁוּנַמִּית שֶׁהֶחֱייָהוּ בְּחַיָּיו. וְהִקְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת אִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ 'וְדִלְמָא לְקַיּוֹמֵי בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ' דְּאִין הָכִי נָמֵי הַחֲיֵיהוּ לְקַיּוֹמֵי בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ? אַךְ אַכַּתִּי מַשְׁמַע דִּגְדוֹלִים בְּמִיתָתָם כִּי אַחַר מוֹתוֹ הַחֲיֵיהוּ בִּנְגִיעָה בְּלֹא טֹורַח וּבִהְיוֹתוֹ בַּחַיִּים הֻוצְרַךְ לִטְרֹוחַ עַד שֶׁהֶחֱייָהוּ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַה שֶׁהֶחְיָיהוּ בִּנְגִיעָה בְּלֹא טֹורַח אֵין זֶה יִתְרוֹן כִּי זֶה הַדָּבָר מֻוכְרָח לִהְיוֹת כָּךְ יַעַן כְּדֵי לְקַייֵּם בִּרְכַּת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב צָרִיךְ לְהַחֲיוֹת שְׁנַיִם בְּעוֹדוֹ בַּחַיִּים וְזֶה שֶׁהֶחֱיָיהוּ אַחַר מוֹתוֹ אֵין בּוֹ כְּדֵי סִיפּוּק לְהַשְׁלִים קִיּוּם בִּרְכַּת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב כֵּיוָן דְּלָא הַחֲייֵהוּ בְּעוֹדוֹ בַּחַיִּים כַּאֲשֶׁר בָּרְכוּ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְעַל כֵּן הֻוצְרַךְ הַדָּבָר לִהְיוֹת כָּךְ לְפַייֵּס דַּעְתּוֹ שֶׁל אֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה שֶׁיִּתְרַצֶּה בְּכָךְ לְהַשְׁלִים קִיּוּם בִּרְכַּת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב דְּאַף עַל גַּב דְּבִרְכָתוֹ שֶׁיִּחְיֶה שְׁנַיִם בְּעוֹדוֹ בַּחַיִּים הִנֵּה צָרִיךְ שִׁיחֵיֵיהֶם שְׁנֵיהֶם בַּטִּרְחָה וִיגִיעָה אַךְ עַתָּה אַף עַל פִּי שֶׁהֶחֱיָה הַשֵּׁנִי אַחַר מוֹתוֹ יֵשׁ כָּאן יִתְרוֹן דְּהֶחֱיָהוּ בְּלִי טִרְחָה וְיֵצֵא זֶה הַיִּתְרוֹן שֶׁהֶחֱיָהוּ בִּנְגִיעָה כְּנֶגֶד הַיִּתְרוֹן שֶׁהָיָה רָאוּי לִהְיוֹת שֶׁיְּחַיֵּיהוּ בַּחַיִּים. וּמַה שֶׁהִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל אַדְּרַבָּה יֵשׁ לָדוּן לְהֶפֶךְ דְּהָא בְּחַיָּיו הַחֲיֵיהוּ לְגַמְרֵי וְאַחַר מוֹתוֹ לֹא הַחֲייֵהוּ לְגַמְרֵי דְּהָא קָאָמַר לְבֵיתוֹ לֹא הָלַךְ? נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם לְבֵיתוֹ לֹא הָלַךְ אֶלָּא חָזַר וּמֵת אֵין זֶה הַחִסָּרוֹן מִצַּד הַנָּבִיא ע"ה כִּי הוּא הַחֲיֵיהוּ מַמָּשׁ אַךְ מַזָּלוֹ גָּרַם שֶׁיַּחֲזֹור וְיָמוּת. וּמַה שֶׁהִקְשָׁה עוֹד הָרִי"ף זַ"ל הֲלֹא גַּם בְּחַיָּיו לֹא הֻוצְרַךְ לְהַנִּיחַ פִּיו בִּרְפוּאַת נַעֲמָן? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד בִּרְפוּאַת נַעֲמָן עָשָׂה תְּפִלָּה כִּי מַה שֶּׁאָמַר לוֹ וְיָשֹׁוב בְּשָׂרְךָ לְךָ וּטְהָר דִּבְרֵי תְּפִלָּה הֵן שֶׁנִּתְכַּוֵּון בָּהֶם לִתְפִלָּה וּלְפִי זֶה עִיקַּר הַהֶפְרֵשׁ הִיא מִשּׁוּם דְּהָכָא בִּקֵּשׁ רַחֲמִים וְהָתָם בְּקֶבֶר לֹא בִּקֵּשׁ וְלֹא דִּבֵּר כְּלוּם וְהֶחֱיָיהוּ בִּנְגִיעָה בִּלְבַד.
« Les justes sont plus grands après leur mort que de leur vivant » (II Rois 13:21). Rachi, de mémoire bénie, a expliqué qu'on le déduit précisément de ce que, dans sa mort, [Élisée] le ressuscita par un [simple] contact et n'eut pas besoin de se peiner comme il se peina pour le fils de la Chounamite qu'il ressuscita de son vivant. Et les Tossafot ont objecté : s'il en est ainsi, que demande [la Guemara] « et peut-être [était-ce] pour accomplir la bénédiction (birkata) d'Élie » — car, en effet, il l'a ressuscité pour accomplir la bénédiction d'Élie ? Mais [même alors] il ressort encore qu'[les justes] sont plus grands dans leur mort, puisque après sa mort il le ressuscita par un contact sans peine, alors que de son vivant il dut se peiner jusqu'à [pouvoir] le ressusciter. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que [le fait] qu'il l'ait ressuscité par un contact sans peine n'est pas [nécessairement] un avantage, car cette chose était contrainte d'être ainsi : en effet, afin d'accomplir la bénédiction d'Élie, de mémoire bénie, il fallait [qu'Élisée] ressuscite deux [personnes] de son vivant ; or celui qu'il a ressuscité après sa mort ne suffit pas à parachever l'accomplissement de la bénédiction d'Élie, de mémoire bénie, puisqu'il ne l'a pas ressuscité de son vivant comme l'avait béni Élie, de mémoire bénie. C'est pourquoi la chose dut être ainsi, pour apaiser l'esprit du prophète Élisée, sur lui la paix, afin qu'il consente par là à parachever l'accomplissement de la bénédiction d'Élie, de mémoire bénie : car, bien que sa bénédiction [ait été] qu'il ressuscite deux [personnes] de son vivant — [et] il faut [donc] qu'il les ressuscite tous deux avec peine et effort — voici que maintenant, bien qu'il ait ressuscité le second après sa mort, il y a là un avantage, en ce qu'il l'a ressuscité sans peine ; et cet avantage de l'avoir ressuscité par un contact compense (vient en regard de) l'avantage qu'il aurait convenu d'avoir, [à savoir] qu'il le ressuscite de son vivant. Et ce qu'a objecté le Rif, de mémoire bénie — au contraire, il y aurait lieu de juger à l'inverse, car de son vivant il l'a ressuscité entièrement, et après sa mort il ne l'a pas ressuscité entièrement, puisqu'il est dit « il n'alla pas à sa maison » — il me semble, avec l'aide du Ciel, que si [le ressuscité] n'alla pas à sa maison mais retourna [à la mort] et mourut, ce manque ne vient pas du côté du prophète, sur lui la paix, car lui l'a ressuscité réellement ; mais c'est son mazal (destin) qui a fait qu'il retourne [à la mort] et meure. Et ce qu'a encore objecté le Rif, de mémoire bénie — n'est-ce pas que, de son vivant aussi, [Élisée] n'eut pas besoin de poser sa bouche [sur la sienne] lors de la guérison de Naaman ? vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que lors de la guérison de Naaman il fit une prière ; car ce qu'il lui dit, « ta chair te reviendra et tu seras pur », ce sont des paroles de prière par lesquelles il visait [à faire] une prière. Et selon cela, la différence essentielle est que ici [pour Naaman] il implora miséricorde, tandis que là, dans le tombeau, il n'implora pas et ne dit rien, mais le ressuscita par un contact seulement.
💡 Explication

Rabbi insiste ; une montagne s'élève entre eux (R. Pinhas ne reviendra pas). Rabbi pleure : si les justes sont si grands de leur vivant, combien plus après leur mort — comme l'homme ressuscité au contact des ossements d'Élisée (II Rois 13:21 ; R. Hama bar Hanina : 'les justes sont plus grands morts que vivants').

11
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: וְדִילְמָא לְקַיּוֹמֵי בֵּיהּ בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ, דִּכְתִיב: ״וִיהִי נָא פִּי שְׁנַיִם בְּרוּחֲךָ אֵלָי״? אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי, הַייְנוּ דְּתַנְיָא: עַל רַגְלָיו עָמַד, וּלְבֵיתוֹ לֹא הָלַךְ!

Rav Papa dit à Abaye : et peut-être [cela arriva-t-il] pour accomplir en lui la bénédiction d'Élie, comme il est écrit 'qu'une double part de ton esprit soit sur moi' (II Rois 2:9) ? Il lui dit : si [c'était] ainsi, est-ce conforme à ce qui est enseigné (braita) : 'il se dressa sur ses pieds, mais n'alla pas à sa maison' ?!

📜 Rachi (4)
וְדִלְמָא לְקַיּוֹמֵי בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ דְּלָא סַגִּי שֶׁלֹּא תִּתְקַייֵּם דִּכְתִיב בַּצַּדִּיקִים (אִיּוֹב כב) וְתִגְזַר אוֹמֶר וְיָקָם לָךְ וְלָאו מִשּׁוּם אֱלִישָׁע הֲוָה:
Et peut-être pour accomplir la bénédiction d'Élie — qui ne pouvait qu'être accomplie, comme il est écrit des justes (Job 22) 'tu décréteras une chose et elle s'accomplira pour toi' ; et ce n'était pas à cause d'[la grandeur d']Élisée.
פִּי שְׁנַיִם אֵלִיָּהוּ הַחַיָּה בֶּן הֲצָרֵפִית וֶאֱלִישָׁע בֶּן הַשּׁוּנַמִּית וְצָרִיךְ לְהַחֲיוֹת עוֹד אַחֵר:
Une double part — Élie ressuscita le fils de la veuve de Tsarfat et Élisée le fils de la Chounamite ; et il fallait [qu'Élisée] ressuscite encore un autre [pour la double part].
אִי הָכִי דְּלִיקְיֹומִי בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ:
Si [c'était] ainsi — pour accomplir la bénédiction d'Élie.
הַייְנוּ דְּתַנְיָא בִּתְמִיהַּ. וְאִי מִשּׁוּם בִּרְכְּתָא דְּאֵלִיָּהוּ הָיָה צָרִיךְ לְהַחֲיוֹת מַמָּשׁ כְּמוֹ שֶׁעָשָׂה אוֹתוֹ שֶׁהֶחֱיָה אֵלִיָּהוּ אֶלָּא לָאו ש"מ מִשּׁוּם אֱלִישָׁע הֲוָה וְלָא הֲוָה צָרִיךְ לֶאֱלִישָׁע אֶלָּא לְסַלְּקוֹ מֵאֶצְלוֹ וְהֶחֱיָיהוּ עַד שֶׁנִּסְתַּלֵּק מִשָּׁם:
Est-ce conforme à ce qui est enseigné — sur un ton d'étonnement. Et si [c'était] à cause de la bénédiction d'Élie, il aurait fallu [le] ressusciter vraiment, comme celui qu'Élie ressuscita ; mais [puisque la braita dit qu'il n'alla pas chez lui,] n'en conclus-tu pas que c'était à cause d'[la grandeur d']Élisée — qui n'avait besoin que de l'éloigner de lui, le ressuscitant [juste] le temps qu'il s'en aille ?
💡 Explication

Rav Papa objecte : la résurrection servit peut-être à accomplir la bénédiction d'Élie (Élisée recevant 'une double part', donc deux résurrections — II Rois 2:9), non à prouver la grandeur des justes morts. Abaye : si c'était une vraie résurrection [d'accomplissement], pourquoi la braita dit-elle 'il se dressa mais n'alla pas chez lui' (résurrection incomplète) ?

12
אֶלָּא בַּמֶּה אַיֵּקִיִּים? כִּדְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁרִיפֵּא צָרַעַת נַעֲמָן, שֶׁהִיא שְׁקוּלָה כְּמֵת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל נָא תְהִי כַּמֵּת״.

Mais alors, en quoi [la bénédiction d'Élie] s'accomplit-elle ? Comme le dit Rabbi Yo'hanan : en ce qu'[Élisée] guérit la lèpre de Naaman, qui équivaut à un mort, comme il est dit : 'qu'elle ne soit pas, de grâce, comme un mort' (Nb 12:12).

📜 Rachi (1)
אַל נָא תְהִי כַּמֵּת בְּצָרַעַת מִרְיָם כְּתִיב:
'Qu'elle ne soit pas comme un mort' — c'est écrit à propos de la lèpre de Miryam.
💡 Explication

Alors comment la bénédiction (double part) s'accomplit-elle ? R. Yo'hanan : par la guérison de la lèpre de Naaman — le lépreux étant comme un mort (Nb 12:12, à propos de Miryam) ; cela compta comme la seconde 'résurrection'.

13
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לָמָּה נִקְרָא שֶׁמֶן ״יָמִים״ – שֶׁאֵימָתָם מֻוטֶּלֶת עַל הַבְּרִיּוֹת, דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: מִיָּמַי לֹא שְׁאָלַנִי אָדָם עַל מַכַּת פִּרְדָּה לְבָנָה וְחָיָה. וְהָא קָחָזֵינָא דְּחַיֵּי! אֵימָא: ״וְחָיִיתָ״, וְהָא קָחָזֵינָא דְּמִיתַּסֵּי! דְּחִיווָּרָן רֵישׁ כַּרְעַייְהוּ קָא אָמְרִינַן.

Rabbi Yehochoua ben Levi dit : pourquoi les [mules] sont-elles appelées 'yémim' ? Parce que leur terreur (éimatam) est jetée sur les créatures ; car Rabbi Hanina dit : de mes jours, nul ne m'a interrogé sur une morsure de mule blanche [et] survécu (ve-haya).

Mais nous voyons [pourtant] qu'on survit ! Dis [plutôt] : 've-hayyit' (et [la plaie] guérit).

Mais nous voyons [pourtant] qu'elle guérit ! [Réponse :] nous parlons de [mules] dont le haut des pattes est blanc.

📜 Rachi (4)
לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם דְּכוּדַנְיָיתָא יָמִים דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לוֹ) אֲשֶׁר מָצָא אֶת הַיֵּמִים:
Pourquoi sont-elles appelées — [du fait] que les mules [sont les] 'yémim', comme il est écrit (Gen 36) 'qui trouva les yémim [dans le désert]'.
לֹא שְׁאָלַנִי רַבִּי חֲנִינָא רוֹפֵא הָיָה וּמֵהָכָא מַייְתֵי לָהּ בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא בְּהוֹצִיאוּ לוֹ:
Nul ne m'a interrogé — Rabbi Hanina était médecin ; et c'est d'ici qu'on l'apporte au traité Yoma, [chapitre] 'Hotzi'ou lo'.
וְחָיָה מַשְׁמַע שֶׁמֵּת הַמֻּוכֶּה:
[Survécu] 've-haya' — cela implique que le mordu mourut [d'ordinaire].
וְחָיִיתָ לְשׁוֹן נְקֵבָה וְאַמַּכָּה קָאֵי שֶׁאֵין הַמַּכָּה מִתְרַפֵּאת:
'Vé-hayyit' — [forme] féminine, se rapportant à la plaie (maka) : que la plaie ne guérit pas.
💡 Explication

Sur les mules blanches : R. Hanina (médecin) — 'nul ne m'a consulté pour une morsure de mule blanche et survécu'. On objecte (on survit pourtant) -> lire 've-hayyit' (la plaie ne guérit pas). On objecte (elle guérit pourtant) -> on parle des mules au haut des pattes blanc (les plus dangereuses).

14
״אֵין עוֹד מִלְּבַדּוֹ״ – אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: וַאֲפִילּוּ כְּשָׁפִים. הָהִיא אִיתְּתָא דַּהֲוָת קָא מְהַדְּרָא לְמִישְׁקַל עַפְרָא מִתּוּתֵי כַּרְעֵיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא, אֲמַר לָהּ: שְׁקוּלִי, לָא מִסְתַּיְּיעָא מִילְּתִיךְ, ״אֵין עוֹד מִלְּבַדּוֹ״ כְּתִיב. וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָמָּה נִקְרָא שְׁמָן כְּשָׁפִים – שֶׁמַּכְחִישִׁין פָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה! שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דִּנְפִישָׁא זְכוּתֵיהּ.

'Il n'y a rien d'autre que Lui' (Deut 4:35) — Rabbi Hanina dit : même la sorcellerie (kechafim). Une certaine femme s'efforçait de prendre de la poussière de sous les pieds de Rabbi Hanina [pour l'ensorceler] ; il lui dit : prends, [cela] ne te servira de rien — 'il n'y a rien d'autre que Lui' est écrit.

Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : pourquoi [la sorcellerie] est-elle appelée 'kechafim' ? [Parce qu'elle] amoindrit la pamalia (cour céleste) d'en haut !

[Réponse :] Rabbi Hanina est différent, car son mérite est grand.

📜 Rachi (5)
אֵין עוֹד מִלְּבַדּוֹ מִשּׁוּם רַבִּי חֲנִינָא נְקַט לָהּ:
'Il n'y a rien d'autre que Lui' — [la Guemara] le rapporte à cause de Rabbi Hanina.
אֲפִילּוּ כְּשָׁפִים אֵינָן מִלְּבַדּוֹ כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ שֶׁאִם אֵין גְּזֵירָה מִלְּפָנָיו אֵין מְרִיעִין לוֹ לָאָדָם:
Même la sorcellerie — n'est pas 'en dehors de Lui', c'est-à-dire [n'agit pas] sans Son su ; car s'il n'y a pas de décret de devant Lui, on ne peut nuire à un homme.
מַהְדְּרָא מְחַזֶּרֶת וְטוֹרַחַת שֶׁלֹּא יָבִין:
S'efforçait (mehadra) — elle tournait autour et s'affairait pour qu'il ne comprenne pas.
לְמִשְׁקַל עַפְרָא וְלַעֲשׂוֹת לוֹ כְּשָׁפִים לַהֲמִיתוֹ:
Prendre de la poussière — et lui faire des sortilèges pour le faire mourir.
כְּשָׁפִים נוֹטָרִיקוֹן מַכְחִישִׁים פָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה שֶׁלֹּא גָּזְרוּ עַל אָדָם זֶה לָמוּת וְהוּא מֵת עַל יְדֵי כְּשָׁפִים:
Kechafim — acronyme (notarikon) de 'makhhichim pamalia chel maala' (qui amoindrissent la cour céleste d'en haut) : [comme si] on n'avait pas décrété que cet homme meure, et qu'il meure par sortilège.
💡 Explication

'Ein od milvado' (Deut 4:35) — pour R. Hanina, même la sorcellerie ne peut rien contre la volonté divine. Une femme tente de l'ensorceler ; il la laisse faire : 'cela ne servira à rien'. Bien que la sorcellerie 'amoindrisse la cour céleste' (R. Yo'hanan), R. Hanina en est protégé par son grand mérite.

15
וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: אֵין אָדָם נוֹקֵף אֶצְבָּעוֹ מִלְּמַטָּה, אֶלָּא אִם כֵּן מַכְרִיזִין עָלָיו מִלְּמַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מֵה׳ מִצְעֲדֵי גֶבֶר כּוֹנָנוּ וְאָדָם מַה יָּבִין דַּרְכּוֹ״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: דַּם נִיקּוּף מְרַצֶּה כְּדַם עוֹלָה. אָמַר רָבָא: בְּגֹודֶל יָמִין, וּבְנִיקּוּף שֵׁנִי, וְהוּא דְּקָאָזֵיל לִדְבַר מִצְוָה.

Et Rabbi Hanina dit : un homme ne se cogne pas le doigt ici-bas, à moins qu'on ne l'ait décrété (proclamé) sur lui d'en haut, comme il est dit : 'de l'Éternel sont affermis les pas de l'homme, et l'homme, que comprend-il de sa voie ?' (Ps 37:23 ; Prov 20:24). Rabbi Elazar dit : le sang d'une [blessure par] heurt (nikouf) apaise (expie) comme le sang d'une olah.

Rava dit : [c'est] pour le pouce droit, pour une seconde blessure [au même endroit], et pourvu qu'il aille à une affaire de mitsva.

📜 Rachi (5)
נוֹקֵף נוֹגֵף אישופיי"ר בְּלַעַ"ז:
Se cogne (nokef) — heurte ('achoppe' en langue vernaculaire).
מַכְרִיזִין גָּזְרוּ עָלָיו:
On proclame — on l'a décrété sur lui.
מְרַצֶּה מְכַפֵּר:
Apaise (meratze) — expie.
גֹּודֶל יָמִין מִפְּנֵי שֶׁהוּא נוֹגֵף בְּכֹחַ וּמִצְטַעֵר הַרְבֵּה:
Le pouce droit — parce qu'on heurte avec force [de ce côté] et qu'on souffre beaucoup.
וּבְנִיקּוּף שֵׁנִי קֹודֶם שֶׁנִּתְרַפֵּא הָרִאשׁוֹן:
Et pour une seconde blessure — avant que la première ne soit guérie.
💡 Explication

R. Hanina : 'nul ne se blesse le doigt ici-bas sans qu'on l'ait décrété d'en haut' (Ps 37:23). R. Elazar : le sang d'une telle blessure expie comme celui d'une olah. Rava précise : pour le pouce droit, une seconde blessure (avant guérison), et en allant accomplir une mitsva.

16
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר: מִיָּמָיו לֹא בָּצַע עַל פְּרוּסָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁלּוֹ, וּמִיּוֹם שֶׁעָמַד עַל דַּעְתּוֹ לֹא נֶהֱנָה מִסְּעוּדַת אָבִיו.

On a dit de Rabbi Pinhas ben Yair : de ses jours, il n'a jamais rompu [le pain et béni] sur un morceau qui n'était pas à lui, et depuis le jour où il parvint à [l'âge de] raison, il ne tira pas profit du repas de son [propre] père.

📜 Rachi (1)
בֶּצַע בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא שֶׁלֹּא רָצָה לֶאֱכֹול כַּזַּיִת מִשֶּׁל אֲחֵרִים:
Rompit (batza) — la bénédiction 'ha-motzi', [car] il ne voulait pas manger un kazayit du bien d'autrui.
💡 Explication

Éloge final : R. Pinhas ben Yair ne récita jamais la bénédiction du pain sur un morceau qui ne fût sien, et dès l'âge de raison ne profita même pas du repas de son père — tant il fuyait tout bienfait d'autrui.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).