Chullin 8a — le couteau chauffé à blanc, le dilemme lèpre (ulcère/brûlure), et le couteau d'idolâtrie

Chullin 8a

Sougya : Chmouel enseigne qu'un couteau chauffé à blanc rend l'abattage valable, car son tranchant coupe avant que la chaleur ne brûle (et les côtés ne brûlent pas, l'incision s'élargissant aussitôt). De là, un doute sur les plaies lépreuses : une broche chauffée à blanc qui frappe quelqu'un est-elle jugée comme un ulcère (chehin, lésion sans feu) ou une brûlure (mikhva, lésion par le feu) ?

L'enjeu est le cumul : ulcère et brûlure ne se combinent pas pour atteindre la mesure d'impureté. On établit que le dernier des deux l'emporte, et l'on tranche le doute par le couteau à blanc et la broche-pointe (le tranchant précède la chaleur).

Enfin, Rav Nahman : un couteau d'idolâtrie, interdit à la jouissance, peut servir à abattre (dégradation) mais non à couper de la viande (amélioration) ; Rava ajoute des exceptions (bête mourante, cuisses destinées à un cadeau), et l'on objecte qu'on pourrait déduire l'interdit du gras interdit imprenant le couteau.

Ulcère (chehin) ou brûlure (mikhva) ? (lèpre) CHEHIN (ulcère) lésion par ce qui n'est PAS du feu : bois, pierre, marc d'olives, eaux chaudes de Tibériade, plomb brut MIKHVA (brûlure) lésion par ce qui PROVIENT du feu : braise, cendre chaude, chaux ou gypse bouillants, eau chauffée Ils ne se CUMULENT pas : chacun doit atteindre seul la mesure d'un 'gris' (1/2 fève). Dilemme : une broche chauffée à blanc = coup (-> ulcère) ET feu (-> brûlure) Lequel agit en premier ? Cela décide du cumul. Pour une pointe/un tranchant, la coupe précède la chaleur (comme pour le couteau à blanc qui abat).
Ulcère vs brûlure, et le dilemme de la broche chauffée à blanc (segments 1-8).
1
אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר שְׁמוּאֵל: לִיבֵּן סַכִּין וְשָׁחַט בָּהּ – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, חִידּוּדָהּ קוֹדֵם לְלִיבּוּנָהּ. וְהָאִיכָּא צְדָדִין? בֵּית הַשְּׁחִיטָה מִירְווָח רָוַוח.

Rabbi Zeira dit au nom de Chmouel : [si] on a chauffé à blanc un couteau (libben sakin) et abattu avec — son abattage est cacher, [car] son tranchant précède son incandescence. Mais n'y a-t-il pas les côtés (tzedadin) [du couteau, qui brûleraient les simanim et rendraient terefa] ?

[Réponse :] l'endroit de l'abattage s'élargit (mirvach ravach) [aussitôt].

📜 Rachi (5)
לִיבֵּן בְּאוֹר. בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים נִקְרָא לִיבּוּן וּבִלְשׁוֹן הַלּוֹעֲזִים קוֹרִין בְּאַדְּמוֹתַי':
Chauffé à blanc (libben) — au feu. Dans la langue des Sages on l'appelle 'libboun', et en langue vernaculaire on dit 'baadmoti' (rougi).
שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה וְלֹא אָמַר שְׂרֵיפָה הִיא זוֹ וְלֹא שְׁחִיטָה:
Son abattage est cacher — et l'on ne dit pas 'ceci est une brûlure (serifa) et non un abattage'.
חִידּוּדָהּ קוֹדֵם לְלִיבּוּנָהּ מַקְדִּים וּמְמַהֵר לַחְתֹּוךְ קֹודֶם שֶׁתִּכָּוֶה הַבְּהֵמָה מִן הָאוּר:
Son tranchant précède son incandescence — il devance et se hâte de couper avant que la bête ne soit brûlée par le feu.
וְהָאִיכָּא צְדָדִין דְּסַכִּין כְּשֶׁנִּכְנַס לְתוֹךְ הַחֲתָךְ קֹודֶם שֶׁתִּשָּׁחֵט רֹוב הַסִּימָנִים הִיא שׂוֹרֶפֶת אֶת הַסִּימָנִים וְנִמְצֵאת שֶׁהִיא נִשְׂרְפָה קֹודֶם שְׁחִיטָה שֶׁהֲרֵי וֶשֶׁט נְקוּבָתוֹ בְּמַשֶּׁהוּ לִיטָּרֵף וּשְׂרֵיפָה כְּנֶקֶב הוּא:
Mais n'y a-t-il pas les côtés — du couteau, qui, en pénétrant dans l'incision avant que ne soit tranchée la majorité des simanim, brûlent les simanim ; il se trouverait alors qu'elle a été brûlée avant l'abattage — car l'oesophage, sa perforation au moindre [degré] le rend terefa, et la brûlure équivaut à une perforation.
מִירְווַח רָוַוח מִתְרַחֵב הַחֲתָךְ מִצִּדֵּי הַסַּכִּין מִכָּאן וּמִכָּאן וְאֵין נוֹגֵעַ הַסִּימָן אֶלָּא חִידּוּדוֹ שֶׁל סַכִּין:
S'élargit (mirvach ravach) — l'incision s'élargit des côtés du couteau, de part et d'autre, et seul le tranchant du couteau touche le siman.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא אִיכָּא צְדָדִין מַשְׁמַע מִכָּאן שֶׁאִם בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה נִיקַּב הַווֶּשֶׁט כְּנֶגֶד מַה שֶׁשָּׁחַט טְרֵיפָה דְּהָכָא הֲוָה בָּעֵי לְמֵיסַר מִשּׁוּם צְדָדִין אִי לָאו מִשּׁוּם דְּמַרְוַוח רָוַוח:
Mais n'y a-t-il pas les côtés — il ressort d'ici que si, pendant l'abattage, l'oesophage est perforé [ailleurs] en face de ce qu'on abat, [la bête est] terefa ; car ici on voulait [l']interdire à cause des côtés, n'eût été [le fait] que [l'incision] s'élargit.
💡 Explication

Chmouel : un couteau chauffé à blanc qui sert à abattre rend l'abattage valable — le tranchant coupe avant que la chaleur ne brûle (sinon, brûler la trachée/oesophage rendrait la bête terefa avant la fin de l'abattage). Et les côtés brûlants ? La plaie s'élargit aussitôt, donc seul le tranchant touche les simanim.

2
אִיבַּעְיָא לְהוּ: לִיבֵּן שַׁפּוּד וְהִכָּה בּוֹ, מִשּׁוּם שְׁחִין נִדּוֹן אוֹ מִשּׁוּם מִכְוָה נִדּוֹן?

On a soulevé [ce] doute : [si] on a chauffé à blanc une broche (chapoud) et frappé quelqu'un avec [et qu'une tache lépreuse apparaisse], est-elle jugée au titre de l'ulcère (chehin) ou au titre de la brûlure (mikhva) ?

📜 Rachi (2)
וְהִכָּה בּוֹ אֶת הָאָדָם מַכֶּה בְּכֹחַ:
Et frappé avec — il frappe l'homme avec force.
מִשּׁוּם שְׁחִין נִדּוֹן לְעִנְיַן נְגָעִים כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן. שְׁחִין בָּא ע"י חֹום שֶׁמִּתְחַמֵּם מֵחֲמַת כֹּחַ הַהַכָּאָה וּמִכְוָה בָּאָה מֵחֲמַת הָאוּר וְהָכָא דְּאִיכָּא תַּרְוַיְיהוּ בְּהֵי מִינַּייְהוּ דָּייְנִינַן לֵיהּ:
Jugée au titre de l'ulcère — quant aux plaies [lépreuses, nega'im], comme [la Guemara] l'explique plus loin. L'ulcère (chehin) survient par la chaleur [du corps] qui s'échauffe sous l'effet de la force du coup, et la brûlure (mikhva) survient par le feu ; et ici, où il y a les deux, par lequel des deux la jugeons-nous ?
💡 Explication

Question : une broche chauffée à blanc qui frappe quelqu'un produit-elle (pour la lèpre) un ulcère (chehin) ou une brûlure (mikhva) ? (Il y a à la fois le coup et le feu.)

3
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ – לְכִדְתַנְיָא: שְׁחִין וּמִכְוָה מְטַמְּאִין בְּשָׁבוּעַ אֶחָד, בִּשְׁנֵי סִימָנִין – בְּשַׁעַר לָבָן וּבְפִסְיוֹן, וְלָמָּה חִלְּקָן הַכָּתוּב? לוֹמַר שֶׁאֵין מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה.

Quelle [en est] la conséquence pratique ? Pour ce qui est enseigné : l'ulcère et la brûlure rendent impurs en une seule semaine [d'isolement], par deux signes — par le poil blanc et par l'extension (pisyon) ; et pourquoi l'Écriture les a-t-elle séparés [en deux passages] ?

Pour dire qu'ils ne se joignent pas l'un à l'autre.

📜 Rachi (6)
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ בְּאֵיזֶה דָּבָר חָלוּק דִּין מִכְוָה מַשְׁחִין דְּתִיבְעֵי לָךְ:
Quelle [en est] la conséquence — en quoi le statut de la brûlure diffère-t-il de celui de l'ulcère, pour que tu en fasses un doute ?
מְטַמְּאִים בְּשָׁבוּעַ אֶחָד בִּשְׁנֵי סִימָנִים בְּשֵׂעָר לָבָן וּבְפִסְיוֹן שֶׁאֵין בָּהֶן הֶסְגֵּר שֵׁנִי כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (וַיִּקְרָא יג) בִּשְׂאֵת וּבְסַפַּחַת ב' הֶסְגֵּרוֹת שֶׁאִם עָמַד בְּעֵינָיו וְלֹא פָּשָׂה שָׁבוּעַ רִאשׁוֹן מַסְגִּיר אוֹתוֹ בַּשְּׁנִיָּה שֶׁמָּא יִפְשֶׂה וְיַחֲלִיטֶנּוּ אֲבָל בִּשְׁחִין וּמִכְוָה לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא הֶסְגֵּר אֶחָד וְאִם עָמַד בְּעֵינָיו בְּשָׁבוּעַ רִאשׁוֹן שׁוּב אֵין מַסְגִּירוֹ לְטַמְּאוֹ אֶלָּא פּוֹטְרוֹ וְהוֹלֵךְ:
Rendent impurs en une seule semaine, par deux signes, le poil blanc et l'extension — car il n'y a pas pour eux de second isolement (hesger), comme il est écrit (Lev 13) pour la 'seet' et la 'sapahat' [où il y a] deux isolements : si [la tache] est restée en l'état sans s'étendre la première semaine, on [l']isole une seconde [semaine], de peur qu'elle ne s'étende et qu'on [ne] la déclare définitivement [impure] ; mais pour l'ulcère et la brûlure, il n'est dit qu'un seul isolement, et si [la tache] est restée en l'état la première semaine, on ne [l']isole plus pour [la] déclarer impure, mais on [le] déclare quitte (pur).
בִּשְׁנֵי סִימָנִין הָנָךְ דִּמְפָרֵשׁ:
Par deux signes — ceux qu'il explique.
שַׁעַר לָבָן וּפִסְיוֹן אִם פָּשָׂה וְלֹא כְּנֶתֶק שֶׁסִּימָן טֻומְאָתוֹ בְּשֵׂעָר צָהֹוב:
Le poil blanc et l'extension — si [la tache] s'est étendue ; non comme le 'netek' (teigne), dont le signe d'impureté est le poil jaune (tsahov).
וְלָמָּה חִלְּקָן הַכָּתוּב בִּשְׁתֵּי פָּרָשִׁיּוֹת וּפֵירֵשׁ מִשְׁפַּט כָּל אַחַת בָּהּ וְלֹא צֵירְפָם יַחַד שֶׁהֲרֵי מִשְׁפָּטָן שָׁוֶה וְהָיָה לוֹ לִכְתֹּוב כִּי יִהְיֶה בוֹ בְעֹורוֹ שְׁחִין אוֹ מִכְוָה:
Et pourquoi l'Écriture les a-t-elle séparés — en deux passages, exposant le statut de chacun séparément, sans les joindre, alors que leur statut est identique ; elle aurait [pu] écrire 'lorsqu'il y aura sur sa peau un ulcère ou une brûlure'.
שֶׁאֵין מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה לְשִׁיעוּר נֶגַע כִּגְרִיס חֲצִי פּוֹל שֶׁאִם עָלָה בּוֹ חֲצִי גְּרִיס מֵחֲמַת חֹום מַכָּה שֶׁלֹּא ע"י הָאוּר וַחֲצִי גְּרִיס אֶצְלָהּ ע"י כְּוִיַּית הָאוּר אֵין מִצְטָרְפִין:
Qu'ils ne se joignent pas l'un à l'autre — pour la mesure d'une plaie, [à savoir] un 'gris' (la moitié d'une fève) : si un demi-gris est apparu par la chaleur d'un coup (sans feu) et un demi-gris à côté par une brûlure de feu, ils ne se joignent pas.
🗂️ Tossefot (1)
מְטַמְּאִים בְּשָׁבוּעַ אֶחָד בִּשְׁנֵי סִימָנִים בְּשֵׂעָר לָבָן וּבְפִסְיוֹן כָּךְ דִּינוֹ דִּבְסוֹף שָׁבוּעַ רִאשׁוֹן מְטַמֵּא אִם פָּשָׂה אוֹ אַפֵּי' לֹא פָּשָׂה מְטַמֵּא כִּי אִיכָּא שֵׂעָר לָבָן וְכֵן בַּתְּחִלָּה מְטַמֵּא בְּשַׁעַר לָבָן אֲבָל בְּסוֹף שָׁבוּעַ אִם אֵין שֵׂעָר לָבָן וְלֹא פָּשָׂה אע"ג דְּעָמַד בְּעֵינָיו וְלֹא כֵּהָה טָהוֹר אֲבָל שְׁאָר נְגָעִים בָּעֵי הֶסְגֵּר פַּעַם שֵׁנִית וְהַלָּשׁוֹן קְצָת קָשֶׁה דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מְטַמְּאִים אֶלָּא מְטַהֲרִים שֶׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר נְגָעִים דְּבָעוּ הֶסְגֵּר וי"ל דה"נ קָאָמַר מְטַמֵּא בְּשַׁעַר לָבָן וּבְפִסְיוֹן דַּוְקָא אֲבָל אִי אֵין שֵׂעָר לָבָן וְלֹא פָּשָׂה אע"ג דְּלָא כֵּהָה טָהוֹר:
Rendent impurs en une seule semaine, par deux signes, le poil blanc et l'extension — tel est son statut : à la fin de la première semaine, [la tache] rend impur si elle s'est étendue ; et même si elle ne s'est pas étendue, elle rend impur s'il y a du poil blanc ; de même au début elle rend impur par le poil blanc ; mais à la fin de la semaine, s'il n'y a pas de poil blanc et qu'elle ne s'est pas étendue, bien qu'elle soit restée en l'état sans pâlir, [l'homme est] pur ; tandis que les autres plaies requièrent un second isolement. La formule est un peu difficile : il n'aurait pas dû dire 'rendent impurs' mais 'rendent purs', [puisque ce qui les distingue,] qui n'est pas le cas des autres plaies, [c'est] qu'elles [se contentent d'un seul] isolement. On peut répondre : c'est [bien] ce qu'il dit — elles rendent impurs par le poil blanc et l'extension précisément, mais s'il n'y a pas de poil blanc et [qu'elle] ne s'est pas étendue, bien qu'elle n'ait pas pâli, [l'homme est] pur.
💡 Explication

Enjeu pratique : ulcère et brûlure deviennent impurs (lèpre) en une seule semaine d'isolement, par deux signes (poil blanc, extension). L'Écriture les sépare en deux passages pour dire qu'ils ne se combinent pas (chacun doit atteindre seul la mesure requise).

4
וְתַנְיָא: אֵיזֶהוּ שְׁחִין וְאֵיזֶהוּ מִכְוָה? לָקָה בְּעֵץ, בְּאֶבֶן, בְּגֶפֶת, בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא, וּבְכָל דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא מֵחֲמַת הָאוּר, לַאֲתוּיֵי אֵבֶר מֵעִיקָּרוֹ – זֶהוּ שְׁחִין. וְאֵיזֶהוּ מִכְוָה? נִכְוֶה בְּגַחֶלֶת, בְּרֶמֶץ, בְּסִיד רוֹתֵחַ, בְּגִפְסִיס רוֹתֵחַ, וּבְכָל דָּבָר הַבָּא מֵחֲמַת הָאוּר, לַאֲתוּיֵי חַמֵּי הָאוּר – זוֹ הִיא מִכְוָה.

Et il est enseigné : qu'est-ce qu'un ulcère (chehin) et qu'est-ce qu'une brûlure (mikhva) ? S'il a été frappé par du bois, par une pierre, par du marc [d'olives] (guefet), par les eaux chaudes de Tibériade, et par toute chose qui ne provient pas du feu — pour inclure le plomb à sa source (aver me-iqaro) — c'est un ulcère.

Et qu'est-ce qu'une brûlure ? S'il a été brûlé par une braise, par de la cendre chaude (remetz), par de la chaux bouillante, par du gypse bouillant, et par toute chose qui provient du feu — pour inclure l'eau chauffée au feu — c'est une brûlure.

📜 Rachi (7)
שְׁחִין לְשׁוֹן חֲמִימוּת כְּמוֹ (יוֹמָא דַּף נג:) שָׁנָה שְׁחוּנָה וּכְדִמְתַרְגֵּם יוֹנָתָן חֲמוֹתִי רָאִיתִי אוֹר שַׂחְיָנִית (יְשַׁעְיָהוּ מד):
Chehin (ulcère) — terme de chaleur, comme (Yoma 53b) 'une année chaude (chehouna)', et comme traduit Yonatan [pour] 'je me suis réchauffé, j'ai vu le feu' (Is 44) : 'chehinit'.
לָקָה בָּאֶבֶן הִכָּהוּ בְּכֹחַ בְּאֶבֶן אֲפִילּוּ בְּלֹא חַבּוּרָה דְּכָל מַכָּה מִתְחַמֵּם הַבָּשָׂר מִיָּד ע"י הַהַכָּאָה:
Frappé par une pierre — on l'a frappé avec force d'une pierre, même sans blessure [ouverte], car à chaque coup la chair s'échauffe aussitôt sous l'effet du coup.
בְּגֶפֶת שֶׁהִטְמִין יָדוֹ בִּפְסֹולֶת שֶׁל זֵיתִים וְהוּא חַם מְאֹד מֵאֵילָיו וְנִכְוָה:
Par le marc (guefet) — [le cas où] il a enfoui sa main dans le résidu des olives, qui est très chaud de lui-même, et s'est brûlé.
אֵבֶר מֵעִיקָּרוֹ מִמָּקוֹם שֶׁעוֹקְרִים הָעוֹפֶרֶת וְהוּא חַם:
Le plomb à sa source — [le plomb pris] de l'endroit où l'on extrait le plomb, et qui est chaud.
גַּחֶלֶת פֶּחָם שֶׁלֹּא כָּבָה:
Une braise — du charbon non éteint.
רֶמֶץ אֵפֶר חָם וְכָךְ שְׁמוֹ בִּלְשׁוֹן עַרְבִי:
Remetz — de la cendre chaude ; tel est son nom en langue arabe.
גַּפְסִית מִין סִיד וְשׂוֹרְפִין אוֹתוֹ כְּמִין סִיד:
Gypse (gafsit) — une sorte de chaux, qu'on cuit comme [on cuit] la chaux.
🗂️ Tossefot (1)
בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא וְכָל דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא מֵחֲמַת הָאוּר אֲפִילּוּ רַבִּי יוֹסֵי דַּחֲשִׁיב לֵיהּ בְּפֶ' כִּירָה (שַׁבָּת דַּף לט.) תּוֹלֶדֶת הָאוּר מִשּׁוּם דְּמִיחַלְּפָא אַפִּיתְחָא דְּגֵיהִנָּם שֶׁמָּא כָּאן הָיָה מוֹדֶה דְּנִדּוֹן מִשּׁוּם שְׁחִין וְלֹא מִשּׁוּם מִכְוָה כֵּיוָן דְּהַאי אוּר בִּידֵי שָׁמַיִם:
Par les eaux chaudes de Tibériade, et toute chose qui ne provient pas du feu — même Rabbi Yossi, qui [au chapitre] 'Kira' (Chabbat 39a) les tient pour un 'dérivé du feu' (toledet ha-our) parce qu'elles passent par l'embouchure du Gehinnom, conviendrait peut-être ici qu'[une plaie en résultant] est jugée au titre de l'ulcère et non de la brûlure, puisque ce feu[-là] est [d'origine] céleste (bidei chamayim).
💡 Explication

Définition : ulcère = lésion par ce qui n'est pas du feu (bois, pierre, marc, eaux de Tibériade, plomb brut...). Brûlure = lésion par ce qui provient du feu (braise, cendre, chaux/gypse bouillants, eau chauffée...).

🖼️ Schéma
Ulcère (chehin) ou brûlure (mikhva) ? (lèpre) CHEHIN (ulcère) lésion par ce qui n'est PAS du feu : bois, pierre, marc d'olives, eaux chaudes de Tibériade, plomb brut MIKHVA (brûlure) lésion par ce qui PROVIENT du feu : braise, cendre chaude, chaux ou gypse bouillants, eau chauffée Ils ne se CUMULENT pas : chacun doit atteindre seul la mesure d'un 'gris' (1/2 fève). Dilemme : une broche chauffée à blanc = coup (-> ulcère) ET feu (-> brûlure) Lequel agit en premier ? Cela décide du cumul. Pour une pointe/un tranchant, la coupe précède la chaleur (comme pour le couteau à blanc qui abat).
Ulcère vs brûlure et le dilemme.
5
וְתַנְיָא: שְׁחִין וּמִכְוָה, אִם שְׁחִין קוֹדֵם לַמִּכְוָה – בִּטֵּל מִכְוָה אֶת הַשְּׁחִין, וְאִם מִכְוָה קוֹדֶמֶת לַשְּׁחִין – בִּטֵּל שְׁחִין אֶת הַמִּכְוָה.

Et il est enseigné : un ulcère et une brûlure [au même endroit] — si l'ulcère précède la brûlure, la brûlure annule l'ulcère ; et si la brûlure précède l'ulcère, l'ulcère annule la brûlure [= on suit le dernier].

📜 Rachi (2)
וְתַנְיָא שְׁחִין וּמִכְוָה כו' כּוּלְּהִי הָנָךְ מַתְנְיָיתָא מִצְטָרְכִי הָכָא לְפָרוֹשֵׁי מַאי תִּיבְּעֵי לָן דְּהָא בָּעֲיָא דִּלְעֵיל הָכִי אִיבַּעְיָא לַן לִיבֵּן שַׁפּוּד וְהִכָּה בּוֹ אֵיזֶה הֶבֶל קוֹדֵם לָבֹא הֶבֶל הַמַּכָּה אוֹ הֶבֶל הָאוּר וְנָפְקָא מִינָּהּ לְכִדְתַנְיָא דְּהוֹלְכִין אַחַר הָאַחֲרוֹן דְּתַנְיָא שְׁחִין וּמִכְוָה בְּמָקוֹם אֶחָד בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁלָּקָה בָּרִאשׁוֹן לָקָה בַּשֵּׁנִי בְּאוֹתוֹ גְּרִיס עַצְמוֹ:
Et il est enseigné : un ulcère et une brûlure, etc. — toutes ces braitot sont nécessaires ici pour expliquer en quoi consiste notre doute ; car le doute ci-dessus se posait ainsi : [si] on a chauffé à blanc une broche et frappé quelqu'un, lequel des deux échauffements vient en premier, celui du coup ou celui du feu ? Et la conséquence [tient] à ce qui est enseigné, [à savoir] qu'on suit le dernier : car il est enseigné 'un ulcère et une brûlure en un même endroit', [c'est-à-dire] à l'endroit même qu'a atteint le premier, le second [l']a atteint, sur ce même 'gris'.
בִּיטֵּל אַחֲרוֹן אֶת הָרִאשׁוֹן וְנָפְקָא מִינָּהּ לְעִנְיַן צֵירוּף שֶׁאִם הָיָה בּוֹ חֲצִי גְּרִיס שְׁחִין וְלָקָה בָּאוּר בְּאוֹתוֹ חֲצִי גְּרִיס נֶהְפַּךְ אוֹתוֹ גְּרִיס וְנַעֲשָׂה מִכְוָה וְאִם חָזַר וְלָקָה לְאַחַר זְמַן אֵצֶל מִכְוָה זוֹ שֶׁלֹּא ע"י הָאוּר וְנוֹלַד בּוֹ חֲצִי גְּרִיס שְׁחִין אַחֵר וְנַעֲשָׂה שָׁלֵם אֵין מִצְטָרֵף עִם הָרִאשׁוֹן וְטָהוֹר וְהָשְׁתָּא אַהֲנֵי לֵיהּ בִּיטּוּל שֶׁאִילּוּ לֹא בִּיטֵּל חֲצִי גְּרִיס הָרִאשׁוֹן הָיָה זֶה מִצְטָרֵף עִמּוֹ:
Le dernier annule le premier — et la conséquence [tient] au [problème du] cumul : si [un homme] avait un demi-gris d'ulcère et a été atteint par le feu sur ce même demi-gris, ce [demi-]gris se transforme et devient une brûlure ; et si, plus tard, il a été de nouveau atteint à côté de cette brûlure, sans feu, et qu'un autre demi-gris d'ulcère est apparu [complétant la mesure] — il ne se cumule pas avec le premier, et [l'homme est] pur. Et maintenant l'annulation lui profite, car si le premier demi-gris n'avait pas été annulé, celui-ci se serait cumulé avec lui.
💡 Explication

Règle : quand ulcère et brûlure se succèdent au même endroit, le dernier l'emporte — la brûlure annule l'ulcère antérieur, ou inversement.

6
וְהָכָא, הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן דַּהֲוָה בֵּיהּ חֲצִי גְּרִיס שְׁחִין מֵעִיקָּרָא, וְלִיבֵּן שַׁפּוּד וְהִכָּה בּוֹ, וּנְפַק בֵּיהּ חֲצִי גְּרִיס אַחֵר.

Et ici, quel est le cas ? Par exemple, où il y avait d'abord un demi-gris d'ulcère, puis on a chauffé à blanc une broche et frappé avec, et un autre demi-gris est apparu.

📜 Rachi (2)
וְהָכָא ה"ד לְעִנְיַן בַּעְיָא דִּלְעֵיל הֵיכִי מִתַּבְעִי לָן:
Et ici, quel est le cas — pour le doute ci-dessus, comment se pose-t-il [concrètement] ?
וְלִיבֵּן שַׁפּוּד וְהִכָּה בּוֹ וּבְהַכָּאָה זוֹ יֵשׁ תּוֹרַת שְׁחִין וְתוֹרַת מִכְוָה וְאִיבַּעְיָא לָן הֵי קָדִים וְאָתֵי דִּלֵּיתִי בָּתְרָא וְנִבְטָלֶיהָ:
Et on a chauffé à blanc une broche et frappé avec — et dans ce coup il y a [à la fois] le statut d'ulcère et le statut de brûlure ; et nous nous demandons : lequel vient en premier, [de sorte que] le dernier vienne [l']annuler ?
💡 Explication

Le cas de la question : un demi-gris d'ulcère préexistant, puis un coup de broche chauffée à blanc fait apparaître un second demi-gris — ulcère ou brûlure ? Cela décide s'ils se cumulent.

7
מַאי חֲבָטָא? קָדֵים וְאָתֵי הַבְלָא וּמְבַטֵּל לֵיהּ לְחַבְטָא, וְהָוֵה לֵיהּ שְׁחִין וּמִכְוָה, וְלֹא מִצְטָרְפִין; אוֹ דִלְמָא הַבְלָא קָדֵים, וְאָתֵי חַבְטָא וּמְבַטֵּל לֵיהּ לְהַבְלָא, וְהָוֵה לֵיהּ שְׁחִין וּשְׁחִין, וּמִצְטָרֵף?

Que [recouvre l'option] 'le coup' [en premier] ? Le coup (chavta) précède [et fait un ulcère], puis l'échauffement (hevla) du feu vient [en dernier] et l'annule [le transformant en brûlure] — auquel cas c'est [un demi-gris d']ulcère [préexistant] et [un demi-gris de] brûlure, et ils ne se cumulent pas.

Ou peut-être l'échauffement précède [et fait une brûlure], puis le coup vient l'annuler [le transformant en ulcère] — auquel cas c'est [un demi-gris d']ulcère et [un demi-gris d']ulcère, et ils se cumulent ?

📜 Rachi (1)
חֲבָטָא קָדִים כֹּחַ הַהַכָּאָה קָדִים לְהָרַע לוֹ לְאָדָם וְהָוֵי שְׁחִין וְאָתֵי הֶבֶל הָאוּר אַחֲרוֹן וּמְבַטֵּל לֵיהּ וה"ל מִכְוָה וְלֹא מִצְטָרֵף בַּהֲדֵיהּ חֲצִי גְּרִיס קַמָּא דה"ל שְׁחִין וּמִכְוָה:
Le coup vient en premier — la force du coup devance pour nuire à l'homme, et c'est [un] ulcère ; puis l'échauffement du feu vient en dernier et l'annule, et c'est [une] brûlure ; et il ne se cumule pas avec le premier demi-gris, [le tout] étant [un demi-gris d']ulcère et [un demi-gris de] brûlure.
💡 Explication

Reformulation : si le coup (chavta) agit d'abord (-> ulcère) puis la chaleur (hevla) l'annule (-> brûlure), on a 1/2 ulcère + 1/2 brûlure = pas de cumul. Si la chaleur agit d'abord puis le coup l'annule (-> ulcère), on a 1/2 + 1/2 ulcère = cumul.

8
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר שְׁמוּאֵל: לִיבֵּן סַכִּין וְשָׁחַט בָּהּ – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה, חִידּוּדָהּ קוֹדֵם לְלִיבּוּנָהּ. אַלְמָא חֲבָטָא קָדִים! חִדּוּד שָׁאנֵי.

Viens entendre : Rabbi Zeira dit au nom de Chmouel : [si] on a chauffé à blanc un couteau et abattu avec — son abattage est cacher, [car] son tranchant précède son incandescence. Donc le coup (chavta) vient en premier !

[Réponse :] le tranchant (hidoud) est différent.

📜 Rachi (1)
חִידּוּד שָׁאנֵי דְּמִתּוֹךְ שֶׁהוּא חַד אֵין הֶבֶל הָאוּר שֶׁבּוֹ חָזָק וַחֲתִיכָתוֹ קָדַם לְהֶבְלוֹ:
Le tranchant est différent — du fait qu'il est aigu, l'échauffement du feu qu'il porte n'est pas fort, et sa coupe précède son échauffement.
💡 Explication

Preuve tentée : puisque pour le couteau 'le tranchant précède l'incandescence', le coup précéderait la chaleur — donc dans notre cas aussi. Réfutation : le tranchant (lame fine) est un cas différent du coup contondant.

9
תָּא שְׁמַע: לִיבֵּן שַׁפּוּד וְהִכָּה בּוֹ – נִדּוֹן מִשּׁוּם מִכְוַת אֵשׁ, אַלְמָא חֲבָטָא קָדִים! הָתָם נָמֵי, דְּבִרְזִיָּיה מִיבְרָז, דְּהַייְנוּ חִדּוּד.

Viens entendre : [si] on a chauffé à blanc une broche et frappé avec — [la plaie] est jugée au titre des brûlures de feu. Donc le coup (chavta) vient en premier !

[Réponse :] là aussi, [il s'agit] de [un cas] où il l'a transpercé (de-barzeih mivraz), ce qui équivaut à un tranchant (hidoud).

📜 Rachi (3)
אַלְמָא חַבְטָא קָדֵים וְאָתֵי הַבְלָא וּמְבַטֵּל לֵיהּ:
Donc le coup vient en premier — et l'échauffement vient l'annuler.
דְּבִרְזִייָּה מִבְרָז שֶׁלֹּא הִכָּהוּ בְּכֹחַ אֶלָּא דְּקָרוּ וְאֵין כָּאן חֲבָטָא אֶלָּא הֶבֶל אֲבָל הִכָּהוּ דְּאִיכָּא חֲבָטָא אֵימָא דְּהָא הֲוָה בָּתְרָא וּמְבַטֵּל הַבְלָא:
Où il l'a transpercé (de-barzeih mivraz) — [le cas] où il ne l'a pas frappé avec force mais [seulement] piqué ; il n'y a là pas de coup (chavta) mais [seulement] de l'échauffement. Mais s'il l'a frappé [avec force], où il y a un coup, dis [plutôt] que celui-ci est le dernier et annule l'échauffement.
מִבְרָז פויינ"ט בְּלַעַ"ז:
Transpercer (mivraz) — 'pointer' en langue vernaculaire.
💡 Explication

Autre preuve : 'broche chauffée à blanc -> jugée brûlure' impliquerait le coup en premier. Réfutation : là aussi, il s'agit d'un transpercement (de-barzeih, comme une pointe), assimilable à un tranchant — pas d'un vrai coup contondant.

10
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: סַכִּין שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה מֻותָּר לִשְׁחֹוט בָּהּ, וְאָסוּר לַחְתֹּוךְ בָּהּ בָּשָׂר. מֻותָּר לִשְׁחֹוט בָּהּ – מְקַלְקֵל הוּא, וְאָסוּר לַחְתֹּוךְ בָּהּ בָּשָׂר – מְתַקֵּן הוּא.

Rav Nahman dit au nom de Rabba bar Avouh : un couteau d'idolâtrie (sakin chel avoda zara), il est permis d'abattre avec, mais il est interdit de couper de la viande avec. Permis d'abattre avec — car [l'abattage] est une dégradation (mekalkel) [de la bête] ; et interdit de couper de la viande avec — car [couper] est une amélioration (metaken).

📜 Rachi (3)
שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים שֶׁמְּשַׁמְּשִׁים בָּהּ קָרְבָּנוֹת שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וַאֲסוּרָה בַּהֲנָאָה כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף נא:) אַבֵּד תְּאַבְּדוּן אֶת כָּל הַמְּקֹומוֹת בְּכֵלִים שֶׁנִּשְׁתַּמְּשׁוּ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר:
D'idolâtrie — [un couteau] dont on s'est servi pour les offrandes idolâtres, et qui est interdit à la jouissance, comme nous disons au traité Avoda Zara (51b) : 'vous détruirez tous les lieux' — l'Écriture parle des ustensiles qui ont servi à l'idolâtrie.
מְקַלְקֵל הוּא וְאֵין זוֹ הֲנָאָה שֶׁבְּחַיֶּיהָ הָיוּ דָּמֶיהָ מְרֻובִּין מִלְּאַחַר שְׁחִיטָה שֶׁבְּחַיֶּיהָ הִיא עוֹמֶדֶת לֹג' דְּבָרִים לְגַדֵּל וְלָדוֹת וְלַחֲרִישָׁה וְלַאֲכִילָה:
C'est une dégradation — et ce n'est pas un bénéfice, car vivante sa valeur était plus grande qu'après l'abattage ; vivante, elle servait à trois choses : à élever des petits, à labourer et à être mangée.
לַחְתֹּוךְ מְתַקֵּן הוּא דְּכֵיוָן דִּשְׁחָטָהּ לְהָכִי קַיְימָא:
Couper — c'est une amélioration, car dès lors qu'on l'a abattue, elle est destinée à cela [à être coupée et mangée].
🗂️ Tossefot (1)
מֻותָּר לִשְׁחֹוט בָּהּ מְקַלְקֵל הוּא אע"ג דִּבְסוֹף פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים בִּפְסָחִים (דַּף עג.) מִחַייַּב לְעִנְיַן שַׁבָּת גַּבֵּי שׁוֹחֵט בְּשַׁבָּת בַּחוּץ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מִשּׁוּם תִּיקּוּן כָּל דְּהוּ דְּתִקֵּן לְהוֹצִיא מִידֵי אֵבֶר מִן הַחַי שָׁאנֵי שַׁבָּת דִּמְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אָסְרָה תּוֹרָה וְכֵיוָן שֶׁיֵּשׁ תִּקּוּן פֻּורְתָּא חֲשִׁיב מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת שֶׁלְּכָךְ נִתְכַּוֵּין אע"פ שֶׁקִּלְקוּלוֹ יָתֵר עַל תִּקּוּנוֹ אֲבָל לְעִנְיַן נֶהֱנֶה מֵעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לָא חֲשִׁיב הֲנָאָה כֵּיוָן שֶׁקִּלְקוּלוֹ יָתֵר עַל תִּקּוּנוֹ:
Il est permis d'abattre avec, car c'est une dégradation — bien qu'à la fin du chapitre 'Elou devarim' (Pessahim 73a) on [le] déclare passible [d'un sacrifice] quant au Chabbat, à propos de 'celui qui abat le Chabbat, dehors, pour l'idolâtrie', au titre d'une amélioration minime (il a 'rectifié' en [la] faisant sortir du statut de 'membre d'un être vivant') — le Chabbat est différent, car la Torah a interdit le 'travail intentionnel' (melekhet mahchevet), et dès lors qu'il y a une amélioration minime, c'est considéré comme un travail intentionnel auquel il a visé, bien que sa dégradation l'emporte sur son amélioration ; mais quant à [l'interdit de] tirer profit de l'idolâtrie, ce n'est pas considéré comme un bénéfice, puisque sa dégradation l'emporte sur son amélioration.
💡 Explication

Rav Nahman : un couteau d'idolâtrie (interdit à la jouissance) — il est permis d'abattre avec (l'abattage dévalue la bête, vivante elle valait plus : pas de bénéfice), mais interdit de couper de la viande (couper la met en valeur : c'est un bénéfice interdit).

🖼️ Schéma
Couteau d'idolâtrie (interdit à la jouissance) : abattre vs couper Abattre (shechita) PERMIS dégradation (mekalkel) : la bête vivante valait plus -> pas de bénéfice Exception (Rava) : bête mourante -> l'abattre l'améliore -> INTERDIT Couper la viande INTERDIT amélioration (metaken) : couper met la viande en valeur -> bénéfice Exception (Rava) : cuisses pour un cadeau -> les couper déprécie -> PERMIS
Le couteau d'idolâtrie : abattre (dégradation) vs couper (amélioration).
11
אָמַר רָבָא: פְּעָמִים שֶׁהַשּׁוֹחֵט אָסוּר – בִּמְסֻוכֶּנֶת, וּמְחַתֵּךְ מֻותָּר – בְּאַטְמֵי דְּקָיְימָן לְקֻורְבָּנָא.

Rava dit : il y a des fois où [celui qui] abat est interdit — [le cas d']une [bête] en danger [de mort] (mesoukenet) ; et [où celui qui] coupe est permis — [le cas de] cuisses destinées à un cadeau (le-korbana).

📜 Rachi (2)
בִּמְסֻוכֶּנֶת דְּהָוֵי מְתַקֵּן וְהָוֵי הֲנָאָה שֶׁאִם לֹא יִשְׁחָטֶנָּה תָּמוּת:
[Bête] en danger (mesoukenet) — car [l'abattre] est une amélioration et un bénéfice, [puisque] si on ne l'abat pas elle mourra [et deviendra nevela].
בְּאַטְמֵי דְּקָיְימִי לְקֻורְבָּנָא נְתָחִים טוֹבִים יָרֵךְ וְכָתֵף וְחָזֶה דְּקָייְמִי לְשֻׁלְחַן דּוֹרוֹן לְאָדָם חָשׁוּב וְזֶה שֶׁחֲתָכָן הִפְסִידָן:
Des cuisses destinées à un cadeau (le-korbana) — de bons morceaux, cuisse, épaule et poitrine, destinés à être envoyés en présent à un personnage de marque ; et celui qui les a coupés [en menus morceaux] les a dépréciés.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ סַכִּין שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מֻותָּר לִשְׁחֹוט בָּהּ מְקַלְקֵל הוּא. וְאָסוּר לַחְתֹּוךְ בָּהּ בָּשָׂר מְתַקֵּן הוּא. אָמַר רָבָא פְּעָמִים שֶׁהַשּׁוֹחֵט אָסוּר בִּמְסֻוכֶּנֶת וּמְחַתֵּךְ מֻותָּר בְּאַטְמָא דְּקָיְימִי לְקֻורְבָּנָא. יֵרָאֶה הָא דְּקָאָמַר אָסוּר לַחְתֹּוךְ בָּהּ בָּשָׂר הַייְנוּ לְכַתְּחִלָּה וְלֹא שֶׁיֶּאֱסֹר הַבָּשָׂר מִשּׁוּם לֹא יִדְבַּק בְּיָדְךָ מְאוּמָה מִן הַחֵרֶם שֶׁהוּא נֶהֱנֶה מֵעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְלָא דָּמֵי לְנָטַל הֵימֶנָּה עֵצִים וְהִסִּיק בּוֹ תַּנּוּר חָדָשׁ שֶׁאָסוּר הַתַּנּוּר אוֹ אָפָה בּוֹ אֶת הַפַּת בְּתַנּוּר יָשָׁן שֶׁהַפַּת אֲסוּרָה. וְנָטַל הֵימֶנָּה כִּרְכָּר וְאָרַג בּוֹ הַבֶּגֶד דְּאָסוּר דְּהַבֶּגֶד כֻּולּוֹ נַעֲשָׂה בְּאִיסּוּר. אֲבָל הָכָא בִּשְׁבִיל חֲתִיכַת הַבָּשָׂר בְּסַכִּין שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לֹא נַעֲשָׂה כָּל הַבָּשָׂר בְּאִיסּוּר. תֵּדַע לְךָ מִדְּפָרִיךְ וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית דְּאִיסּוּרָא וְאִי ס"ד דְּנֶאֱסַר כָּל הַבָּשָׂר אִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית הָא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּנֶאֱסַר כָּל הַבָּשָׂר וְאִי מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית לֹא נֶאֱסַר אֶלָּא מְקוֹם הַחֲתָךְ. וְגַם אִי פָּרִיךְ וְתִיפּוֹק לֵיהּ אַהֶיתֵּירָא דְּמֻותָּר לִשְׁחֹוט בָּהּ אוֹ מֻותָּר לַחְתֹּוךְ בָּהּ קָשֶׁה מַאי פָּרֵיךְ הָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוּעִינַן דְּהַבָּשָׂר מֻותָּר וְכֹחַ דְּהֶיתֵּירָא עָדִיף טְפֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן דאע"ג דְּאָסוּר לְכַתְּחִלָּה מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית אִם חָתַךְ אוֹ שָׁחַט בְּדִיעֲבַד שֶׁלֹּא נֶאֱסַר הַבָּשָׂר מִמַּה שֶׁיַּשְׁמִיעֵנוּ שֶׁלְּכַתְּחִלָּה אָסוּר שֶׁזֶּה דָּבָר פָּשׁוּט. וּמִיהוּ צָרִיךְ עִיּוּן בִּמְסֻוכֶּנֶת אִם רָאוּי לְדַמּוֹתָהּ לְהַסִּיק תַּנּוּר חָדָשׁ וְלַאֲפִייַּת הַפַּת וְלַאֲרִיגַת הַבֶּגֶד. דְּשֶׁמָּא הָיְתָה מֵתָה אִם לֹא שְׁחָטָהּ וְיֵשׁ כָּאן הֲנָאָה מְרֻובָּה. אוֹ דִּילְמָא דַּוְקָא בְּתַנּוּר וּפַת וּבֶגֶד שֶׁתִּקּוּנָן וַעֲשִׂיָּיתָן נַעֲשָׂה וְנִגְמַר בְּאִיסּוּרֵי הֲנָאָה אָסְרוּ חֲכָמִים אֲבָל לִמְסֻוכֶּנֶת שֶׁכְּבָר גָּדְלָה הַבְּהֵמָה וְאֵינָהּ חֲסֵירָה כִּי אִם לְהַכְשִׁירָהּ לַאֲכִילָה ע"י שְׁחִיטָה אע"ג שֶׁנֶּהֱנֶה הַרְבֵּה בִּשְׁחִיטָה עַל יְדֵי אִיסּוּרֵי הֲנָאָה לֹא אָסְרוּ חֲכָמִים הֲנָאָתָהּ בְּדִיעֲבַד וְכֵן מִיסְתַּבֵּר. וּרְאָיָה מִדִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת ע"ז דַּף סב. הַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֵל לַעֲשׂוֹת בְּיֵין נֶסֶךְ שְׂכָרוֹ אָסוּר וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מִשּׁוּם קְנָס שֶׁקָּנְסוּ חֲכָמִים בְּיֵין נֶסֶךְ. אַלְמָא שֶׁאֵין הֲנָאָה שֶׁל אִיסּוּרֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים נֶאֱסָר בְּדִיעֲבַד אֶלָּא שֶׁקָּנְסוּ בְּפֹועַל כְּדֵי שֶׁלֹּא יַשְׂכִּיר עַצְמוֹ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. וְעוֹד רְאָיָה מִפֶּרֶק כָּל הַצְּלָמִים (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מח:) דִּתְנַן זוֹרְעִין תַּחְתֶּיהָ יְרָקוֹת בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים אֲבָל לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה. וְהַחֲזֵרִין לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים וְלָא קָתָנֵי וְאִם זָרַע אָסוּר כִּדְקָתָנֵי רֵישָׁא וְלֹא יַעֲבוֹר תַּחְתֶּיהָ וְאִם עָבַר טָמֵא. אַלְמָא אע"ג דְּאָסוּר לְכַתְּחִלָּה לִזְרֹועַ תַּחְתֶּיהָ לֹא אָסְרוּ הַהֲנָאָה בְּדִיעֲבַד. וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית דְּאִיסּוּרָא וּמַסִּיק שֶׁלִּיבְּנָהּ בָּאוּר. דִּין הֶכְשֵׁר סַכִּין לַחְתֹּוךְ בָּהּ רוֹתֵחַ וְלַחְתֹּוךְ בָּהּ צוֹנֵן וְדִין סַכִּין שֶׁיֵּשׁ בָּהּ גֻּומּוֹת וְדִין הֶכְשֵׁר סַכִּין הֲנִיקַּח מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים כָּתַבְתִּי בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת ע"ז. אִיתְּמַר הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַייְרֵי בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא בֶּן יוֹמָא. אֲבָל אִם אֵין יָדוּעַ לָא בָּעֵי לֹא קְלִיפָה וְלֹא הֲדָחָה דִּסְתָם כֵּלִים שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים אֵינָם בְּנֵי יוֹמָן כִּדְפָרֵישִׁית בְּמַסֶּכֶת ע"ז פֶּרֶק אֵין מַעֲמִידִין. רַב אָמַר קוֹלֵף רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר מֵדִיחַ. לֵימָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי דְּמָר סָבַר בֵּית הַשְּׁחִיטָה רוֹתֵחַ הוּא. וּמָר סָבַר בֵּית הַשְּׁחִיטָה צוֹנֵן הוּא. לָא דְּכוּלֵּי עָלְמָא רוֹתֵחַ הוּא. מ"ד קוֹלֵף שַׁפִּיר. וּמַאן דְּאָמַר מֵדִיחַ אַייְּדֵי דִּטְרִידִי סִימָנִים לְאַפּוֹקֵי דְּמָא לָא בָּלְעִי. פָּסַק רַשִׁ"י לְחוּמְרָא כְּרַב וְכֵן מִסְתַּבֵּר. דְּרַב הָיָה גָּדוֹל מַרְבֶּה כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ סַנְהֶדְרִין דַּף ה. וְדַוְקָא בְּשׁוֹחֵט בְּדִיעֲבַד אֲבָל לְכַתְּחִילָּה לָא יִשְׁחֹוט בְּסַכִּין שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים עַל סְמַךְ שֶׁיִּקְלֹוף אוֹ יָדִיחַ דְּזִימְנִין דְּמִישְׁתְּלֵי וְלָא קְלִיף וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל הֲלָכָה כְּרַב. אִיכָּא דְּאָמְרִי דְּכֻולֵּי עָלְמָא בֵּית הַשְּׁחִיטָה צוֹנֵן. מַאן דְּאָמַר מֵדִיחַ שַׁפִּיר. וּמַאן דְּאָמַר קוֹלֵף אַגַּב דֻּוחְקָא דְסַכִּינָא בָּלַע. מִכָּאן הָיָה מַצְרִיךְ ה"ר יִצְחָק בֶּן מהר"ר מֵאִיר זַ"ל לְאַחַר שֶׁנִּקְּרוּ וְחָתְכוּ הֶחָלָב לַחֲזֹור וְלִקְלֹוף בְּכָל הַמְּקוֹמוֹת שֶׁחָתַךְ בְּסַכִּין דאע"ג דְּצוֹנֵן הוּא אַגַּב דֻּוחְקָא דְסַכִּינָא בָּלַע. וְאֵין רְאָיָה מִכָּאן דְּאע"ג דְּאָמַר בֵּית הַשְּׁחִיטָה צוֹנֵן הוּא מ"מ הוּא חַם קְצָת. וְכִי הַאי גַּוְונָא דַּוְקָא הוּא דְּאָמְרִינַן אַגַּב דֻּוחְקָא דְסַכִּינָא בָּלַע. אֲבָל בְּצוֹנֵן גָּמוּר לֹא. תֵּדַע מִדְּדִייֵּק בְּסָמוּךְ דְּהֶתֵּירָא נָמֵי קָבָלַע מֵאֵבֶר מִן הַחַי וּמְשַׁנֵּי אֵימַת קָבָלַע לְכִי חָיְימָא וְכוּ'. וְהַשְׁתָּא לְלִישָּׁנָא דְּדֻוחְקָא דְּסַכִּינָא תִּיקְשֵׁי לֵיהּ דְּלָא מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי אֶלָּא וַדַּאי אַגַּב דֻּוחְקָא דְּסַכִּינָא לָא בָּלַע אֶלָּא בְּסוֹף שְׁחִיטָה דְּחָיְימָא. וְעוֹד אָמְרִינַן פֶּרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קיא:) צְנוֹן שֶׁחֲתָכוֹ בְּסַכִּין שֶׁל בָּשָׂר אָסוּר לְאָוכְלוֹ בְּכֻותָּח דְּאַגַּב חוּרְפָּא דִּצְנוֹן פְּלִיט סַכִּין וּבָלַע צְנוֹן. אֲבָל מִשּׁוּם דֻּוחְקָא דְּסַכִּינָא לֹא:
Rav Nahman dit au nom de Rabba bar Avouh : un couteau (sakin) [appartenant] au culte des étoiles (avodat kokhavim, idolâtrie), il est permis d'abattre (chehita, abattage rituel) avec, [car cet acte] le dégrade (mekalkel hou) [il détruit la bête, on ne tire donc pas bénéfice de l'objet interdit] ; mais il est interdit d'y couper de la viande, [car cet acte] l'améliore (metaken hou) [on tire bénéfice de l'objet interdit à la jouissance]. Rava dit : il y a des fois où [celui qui] abat est interdit — [le cas d']une [bête] en danger [de mort] (mesoukenet, bête moribonde) — et [où celui qui] coupe est permis — [le cas de] cuisses (atma) destinées à un cadeau (le-korbana, présent destiné à un non-Juif). Il apparaîtra que ce qui a été dit, [à savoir] qu'il est interdit d'y couper de la viande, c'est [interdit] à priori (le-khathila), et non pas que la viande [elle-même] serait interdite au titre de [l'interdit] 'que rien de l'anathème (herem) ne s'attache à ta main', [au motif] qu'il tire bénéfice du culte des étoiles. Et cela ne ressemble pas [au cas de celui qui] a pris de [l'idole] du bois et en a chauffé un four neuf, [où] le four est interdit, ou [de celui qui] a cuit le pain dans un four ancien [ainsi chauffé], [où] le pain est interdit ; ou [au cas de celui qui] a pris de [l'idole] une navette (kirkar) et en a tissé un vêtement, [ce qui] est interdit, car le vêtement tout entier a été fait au moyen de l'interdit. Mais ici, du fait de la coupe de la viande avec un couteau [appartenant] au culte des étoiles, la viande tout entière n'a pas été faite au moyen de l'interdit. Sache-le [preuve] de ce qu'[il] objecte : 'et [pourquoi] ne le déduit-il pas du fait du gras (chamnunit, résidu graisseux) d'[origine] interdite [dont le couteau est imprégné] ?' — car si tu pensais (i salka daatakh) que toute la viande serait interdite, alors que veut [dire] l'objection 'et qu'il le déduise du fait du gras' ? Voici [que la loi] vient nous enseigner que toute la viande devient interdite ! Et si c'était au titre du gras, seul l'endroit de la coupe (mekom ha-hatakh) serait interdit [et non le tout]. Et de même, si l'objection 'et qu'il le déduise' portait sur le [statut] permis, [à savoir] qu'il est permis d'y abattre ou permis d'y couper, [c'est] difficile : que veut [dire] l'objection ? Voici qu'il était nécessaire de nous enseigner que la viande est permise, et la force du [statut] permissif est préférable (koah de-hetera adif) [car] elle [nous] enseigne davantage : que même s'il est interdit à priori au titre du gras, [néanmoins] s'il a coupé ou abattu, a posteriori (be-diavad) la viande n'est pas interdite — [enseignement] plus [fort] que de nous apprendre qu'a priori c'est interdit, ce qui est chose évidente. Toutefois cela requiert examen (tzarikh iyoun) dans le cas de la [bête] en danger : est-il légitime de l'assimiler au fait de chauffer un four neuf, à la cuisson du pain et au tissage du vêtement ? Car peut-être [la bête] serait morte s'il ne l'avait pas abattue, et il y a là un bénéfice considérable. Ou peut-être [est-ce] spécifiquement pour le four, le pain et le vêtement, dont l'amélioration et la fabrication sont faites et achevées au moyen des interdits de jouissance (issourei hanaa), que les Sages ont [prononcé l']interdit ; mais pour la [bête] en danger, [où] la bête à déjà grandi et ne manque que d'être rendue apte (le-hakhchira) à la consommation par l'abattage — bien qu'il tire un grand bénéfice de l'abattage au moyen des interdits de jouissance — les Sages n'ont pas interdit ce bénéfice a posteriori. Et il est [en effet] raisonnable [de dire] ainsi. Et [voici une] preuve de ce qu'on a enseigné au traité Avoda Zara (folio 62a) : 'celui qui loue un ouvrier pour travailler [à la fabrication] du vin de libation (yein nesekh), son salaire est interdit', et la Guemara explique [que c'est] au titre d'une amende (kenas) que les Sages ont infligée pour le vin de libation. On voit [de là] que le bénéfice tiré des interdits du culte des étoiles n'est pas interdit à posteriori, mais que [seulement] on a infligé une amende sur l'ouvrier afin qu'il ne se loue pas [au service] du culte des étoiles. Et encore [une] preuve du chapitre 'Kol ha-tzelamim' (Avoda Zara folio 48b), où l'on a enseigné : 'on sème sous [l'arbre d'idolâtrie, l'achera] des légumes pendant la saison des pluies, mais non pendant la saison chaude ; et les laitues (hazerin), ni pendant la saison chaude ni pendant la saison des pluies' — et l'on n'enseigne pas 'et s'il a semé, [c'est] interdit', comme on l'enseigne dans le [passage] initial (recha) : 'et il ne passera pas sous elle, et s'il a passé, [il est] impur (tame)'. On voit [de là] que, bien qu'il soit interdit à priori de semer sous elle, on n'a pas interdit le bénéfice a posteriori. 'Et qu'il le déduise du fait du gras d'[origine] interdite' — et [la Guemara] conclut qu'il l'a chauffé à blanc (libbena) au feu [ce qui purge l'ustensile]. Le régime de la mise en conformité (hekhcher) d'un couteau pour y couper [de la nourriture] bouillante, et pour y couper [de la nourriture] froide, et le régime d'un couteau qui présente des creux (goumot, encoches), et le régime de la mise en conformité d'un couteau acheté au serviteur des étoiles (oved kokhavim, idolâtre) — je [l']ai écrit à la fin du traité Avoda Zara. Il a été dit : 'celui qui abat avec un couteau [appartenant] au serviteur des étoiles' — et [la Guemara] traite [du cas] où l'on sait avec certitude qu'il est 'de ce jour' (ben yomo) [c'est-à-dire utilisé dans les vingt-quatre heures] ; mais si l'on ne sait pas, il ne requiert ni pelage (kelifa) ni rinçage (hadaha), car les ustensiles [appartenant] au serviteur des étoiles [dont on ignore l'usage] ne sont, en règle générale (setam), pas 'de ce jour', comme je l'ai expliqué au traité Avoda Zara, chapitre 'Ein maamidin'. Rav dit : il pèle (kolef) ; Rabba bar bar Hana dit : il rince (mediah). Dirons-nous que c'est en ceci qu'ils divergent : que l'un tient que l'endroit de l'abattage (beit ha-chehita) est bouillant, et l'autre tient que l'endroit de l'abattage est froid ? Non : de l'avis de tous (de-koulei alma), il est bouillant. Pour celui qui dit 'il pèle', [c'est] bien [compréhensible]. Et pour celui qui dit 'il rince' — puisque les simanim (organes de l'abattage : trachée et oesophage) sont occupés (teridi) à faire sortir le sang, ils n'absorbent pas [l'interdit]. Rachi a tranché par rigueur (le-houmra) comme Rav, et il est [en effet] raisonnable [de faire] ainsi, car Rav était plus grand que Rabba (gadol me-Rabba) [en autorité], comme cela ressort du début de Sanhédrin (folio 5a). Et [c'est] spécifiquement lorsqu'il a abattu a posteriori [qu'on autorise par pelage] ; mais a priori il n'abattra pas avec un couteau [appartenant] au serviteur des étoiles en comptant peler ou rincer [ensuite], car parfois on oublie et l'on ne pèle pas. Et de même a tranché Rabbenou Hananel : la halakha [est] comme Rav. Il y a [d'autres] qui disent : de l'avis de tous, l'endroit de l'abattage est froid. Pour celui qui dit 'il rince', [c'est] bien. Et pour celui qui dit 'il pèle' — [c'est] parce que, en raison de la pression du couteau (douhka de-sakina), [la chair] absorbe [l'interdit]. De là, notre maître Rabbi Yitzhak fils de notre maître le maître Meir, [que sa mémoire soit] bénie, exigeait, après qu'on a déveine et coupé le gras interdit (helev), de repeler à nouveau en tous les endroits où l'on a coupé avec le couteau : car bien que [ce soit] froid, en raison de la pression du couteau [la chair] absorbe. Mais il n'y a pas de preuve d'ici, car même si l'on dit que l'endroit de l'abattage est froid, il est néanmoins un peu chaud, et [c'est] dans un cas de ce genre précisément qu'on dit qu'en raison de la pression du couteau [la chair] absorbe ; mais dans du [vraiment] froid entièrement (tzonen gamour), non. Sache-le de ce qu'[il] déduit dans le [passage] voisin : que le [gras] permis (hetera) aussi absorbe du membre [pris] sur [la bête] vivante (ever min ha-haï), et [la Guemara] répond : 'quand absorbe-t-il ? Lorsqu'il [le membre] devient chaud (khi hayma)', etc. Et maintenant, selon la version [invoquant] la pression du couteau, cela lui ferait difficulté, car il ne pourrait pas répondre ainsi ; [donc] plutôt, certainement [dit-on que] en raison de la pression du couteau [la chair] n'absorbe pas, sauf à la fin de l'abattage, quand [la chair] devient chaude. Et encore, nous disons au chapitre 'Kol ha-bassar' (Houlin folio 111b) : un radis (tzenon) qu'on a coupé avec un couteau à viande, il est interdit de le manger avec du kutah (condiment laitier), car en raison de l'âcreté (hourpa) du radis, le couteau rejette [ce qu'il a absorbé] et le radis [l']absorbe ; mais du fait de la pression du couteau [seule], non [il n'absorbe pas].
💡 Explication

Rava nuance : parfois abattre est interdit (une bête mourante : l'abattre la sauve de devenir nevela, donc c'est une amélioration = bénéfice) ; et parfois couper est permis (des cuisses destinées à un cadeau de prix : les couper en morceaux les dévalue = pas de bénéfice).

12
וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית דְּאִיסּוּרָא!

Mais qu'on le déduise [plutôt] du gras interdit (chemnounit de-issoura) [resté sur le couteau] ! [la suite sur 8b].

📜 Rachi (1)
וְתִיפּוֹק לֵיהּ אַף עַל גַּב דְּהוּא מְקַלְקֵל אָסוּר לַחְתֹּוךְ מִשּׁוּם שַׁמְנוּנִית דְּאִיסּוּרָא דִּנְבֵלוֹת שֶׁנִּבְלְעוּ בְּסַכִּין:
Qu'on le déduise — bien que ce soit une dégradation, il serait interdit de couper à cause du gras interdit, [provenant] des nevelot, absorbé dans le couteau.
💡 Explication

Objection : pourquoi invoquer l'interdit de jouissance ? Qu'on déduise l'interdiction de couper de la viande du simple résidu de graisse interdite (de nevelot) imprenant le couteau ! (Discussion sur 8b.)

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).