Chullin 82b — une seule faute répétée : un ou deux jeux de coups ? (Somkhos contre les Sages)

Chullin 82b

Sougya : La Guemara achève d'abord la dérivation du pluriel 'lo tichhatou' (vous n'égorgerez pas) qui étend l'interdit 'une bête et son petit' (oto ve-et beno) à deux personnes successives. Puis elle ouvre le grand débat : Somkhos, au nom de Rabbi Meir, inflige quatre-vingts coups (deux jeux de quarante) à celui qui, en abattant la fille, transgresse deux fois l'interdit 'oto ve-et beno' ; tandis que les Sages n'infligent que quarante.

Abaye demande à Rav Yossef la raison de Somkhos : tient-il, en général, que manger deux mesures de graisse interdite (helev) en un seul oubli rend passible de deux sacrifices expiatoires (donc, sous un seul avertissement, deux jeux de coups), ou bien la mishna tient-elle seulement à la distinction des corps (gufin muhlakin) ? Rav Yossef opte pour la première lecture.

La Guemara cherche alors à étayer ou réfuter ce principe par trois sources successives — semer des kilayim (espèces mélangées) deux fois, le naziréen qui boit du vin, et le nerf sciatique (gid ha-nache) des deux cuisses — chacune examinée puis écartée comme non probante. Le passage se clôt sur la braita du fils dont le père est incertain (qui frappe ou maudit deux hommes) et la divergence sur l'avertissement incertain (hatraat safek), qui permet de rattacher la mishna du sciatique aux Sages plutôt qu'à Somkhos.

Somkhos contre les Sages : une seule faute répétée, un ou deux jeux de coups ? cas : manger deux mesures de graisse interdite (helev) en un seul oubli, sous un seul avertissement Somkhos (au nom de R. Meir) deux mesures = DEUX fautes un seul oubli -> deux sacrifices un seul avertissement -> deux jeux de coups mishna : 80 coups la peine se cumule même sur un même corps interdit Les Sages (Rabbanan) deux mesures = UNE seule faute un seul oubli -> un seul sacrifice un seul avertissement -> un seul jeu de coups mishna : 40 coups force de leur position : ils exemptent même quand les corps sont distincts (deux mères) nafka mina : un seul avertissement et une seule faute répétée comptent-ils une fois ou deux ?
Le coeur du débat (segments 4-7) : Somkhos cumule la peine sur une faute répétée, les Sages la comptent une fois ; la mishna 'oto ve-et beno' en est l'illustration.
Le cas de la mishna : la mère, la petite-fille, puis la fille interdit 'oto ve-et beno' (une bête et son petit le même jour, Lévitique 22:28) mère fille petite-fille 1. on abat la mère 2. on abat la petite-fille 3. on abat la fille (au milieu) elle a un petit (la petite-fille) déjà abattu ET une mère déjà abattue -> DEUX transgressions d'où : deux 'corps' distincts qui rendent la fille passible (gufin muhlakin)
Le cas de la mishna (segment 4) : en abattant la fille après la mère et la petite-fille, on transgresse deux fois ; les deux 'corps' distincts fondent la double peine de Somkhos.
Pourquoi la preuve du nerf sciatique (gid ha-nache) ne tranche pas manger une mesure du sciatique de chaque cuisse : 80 coups (premier Tana) / 40 (R. Yehouda) Lecture A : en deux temps, deux avertissements R. Yehouda exempte (40) car avertissement incertain (safek) il doute quel sciatique est interdit (droite ou gauche) -> ne prouve rien sur Somkhos (la baraita du 'père incertain' admet l'avertissement incertain) Lecture B : en un seul temps, un avertissement le premier Tana donne 80 coups pour une faute répétée d'un coup qui est ce Tana ? pas les Sages (ils exemptent) -> ce serait Somkhos réfute : 'en deux temps', les Sages, avertissement incertain réputé valable (autre Tana)
La preuve du nerf sciatique (segments 13-17) : selon qu'on lit le cas en deux temps où en un seul, elle ne tranche pas le principe de Somkhos.
1
האי מיבעי ליה לגופיה? אם כן, ליכתוב ״לא תשחוט״, מאי ״לא תשחטו״?

Ce [verset] — il en a besoin pour lui-même [pour l'interdit de base 'une bête et son petit le même jour'] ! [Réponse :] s'il en est ainsi, qu'il écrive 'tu n'égorgeras pas' (lo tichhat, au singulier) ; pourquoi 'vous n'égorgerez pas' (lo tichhatou, au pluriel) ?

💡 Explication

Suite de 82a. On objecte que le verset 'vous n'égorgerez pas, elle et son petit, le même jour' (Lévitique 22:28) sert déjà à l'interdit de base 'oto ve-et beno' et ne peut donc rien enseigner de plus. Réponse : si tel était son seul rôle, l'Écriture aurait écrit 'lo tichhat' au singulier ; le pluriel 'lo tichhatou' enseigne quelque chose en surplus — que deux personnes successives sont visées par l'interdit.

2
ואכתי מיבעי ליה, דאי כתב רחמנא ״לא תשחוט״ הוה אמינא: חד – אין, תרי – לא.

Mais on en a encore besoin [du pluriel pour autre chose] : car si le Miséricordieux avait écrit 'tu n'égorgeras pas' (au singulier), j'aurais dit : un seul [qui abat les deux bêtes], oui [il est passible] ; deux [personnes], non.

📜 Rachi (1)
אבל תרי לא שחט אחד האם ואחד הבת אפילו אחרון פטור קא משמע לן:
Mais deux, non — [j'aurais dit que si] l'un a abattu la mère et l'un [l'autre] la fille, même le dernier [est] exempt ; [le verset] nous enseigne [le contraire].
💡 Explication

Nouvelle objection : le pluriel reste nécessaire — sans lui, on aurait cru que seul un individu qui abat lui-même les deux bêtes est passible, mais que si deux personnes distinctes abattent (l'une la mère, l'autre le petit), aucune n'est punie. Le pluriel étend l'interdit à deux personnes.

3
כתב רחמנא ״לא תשחטו״, ואפילו תרי! אם כן, לכתוב ״לא ישחטו״!

[Aussi] le Miséricordieux a écrit 'vous n'égorgerez pas' (au pluriel), et [c'est passible] même [pour] deux [personnes] ! [Réponse :] s'il en est ainsi, qu'il écrive 'qu'elles ne soient pas égorgées' (lo yichahatou) !

📜 Rachi (1)
לא ישחטו דמשמע לא על ידי אחד ולא ע"י שנים לא יהיו נשחטין:
'Lo yichahatou' (qu'elles ne soient pas égorgées) — [forme] qui signifie [que] ni par l'intermédiaire d'un seul ni par l'intermédiaire de deux elles ne seront égorgées.
💡 Explication

Donc le pluriel sert bien à inclure deux personnes. Mais alors, répond la Guemara, l'Écriture aurait dû choisir une forme passive impersonnelle, 'lo yichahatou' (qu'elles ne soient pas égorgées), qui aurait dit la même chose sans la nuance supplémentaire — preuve que la forme retenue enseigne encore autre chose.

4
מאי ״לא תשחטו״? שמע מינה תרתי.

Que [signifie donc] 'vous n'égorgerez pas' (lo tichhatou) ? Apprends-en deux [choses].

📜 Rachi (1)
מאי לא תשחטו דמשמע דתרוייהו עבדי איסורא:
Que [signifie] 'lo tichhatou' — [forme] qui signifie que les deux [personnes] commettent une transgression.
💡 Explication

Conclusion : la forme 'lo tichhatou' (active, pluriel) enseigne deux choses à la fois — que l'interdit vaut même quand deux personnes distinctes accomplissent les abattages, et que les deux sont fautives (chacune des deux configurations, fille-puis-mère et mère-puis-fille, est interdite).

5
שחטה ואת בת בתה, אמר ליה אביי לרב יוסף: מאי טעמא דסומכוס?

[La mishna :] 's'il a abattu [la mère], et [ensuite] la fille de sa fille [la petite-fille], et [enfin] sa fille [il reçoit la flagellation ; Somkhos au nom de Rabbi Meir dit : quatre-vingts coups].' Abaye dit à Rav Yossef : quelle est la raison de Somkhos [qui inflige quatre-vingts coups] ?

💡 Explication

La mishna : on abat la mère, puis la petite-fille, puis la fille (qui se trouve au milieu). En abattant la fille, on transgresse deux fois 'oto ve-et beno' : une fois à cause de sa mère déjà abattue, une fois à cause de son petit (la petite-fille) déjà abattu. Somkhos, au nom de Rabbi Meir, inflige quatre-vingts coups (deux jeux de quarante) ; Abaye en demande la raison.

6
קא סבר סומכוס: אכל שני זיתי חלב בהעלם אחד – חייב שתי חטאות.

Somkhos tient[-il] : celui qui a mangé deux mesures (zeitim, [volumes d']olive) de graisse interdite (helev) en un seul oubli est passible de deux sacrifices expiatoires (hatat) ?

📜 Rachi (1)
בהעלם אחד שלא נודע לו בנתים שחטא ובשוגג חייב שתי חטאות וה"ה נמי דמחייב בהתראה אחת ובלאו אחד שני מלקיות:
En un seul oubli — sans qu'il ait pris conscience entre-temps qu'il avait fauté ; et par inadvertance (be-chogueg) il est passible de deux sacrifices expiatoires ; et il en va de même [qu']il [le] déclare passible, sous un seul avertissement et un seul interdit, de deux flagellations.
💡 Explication

Première branche de la question d'Abaye : Somkhos tient-il, en général, que manger deux mesures d'olive de helev (graisse interdite) en un seul oubli (be-helem ehad) rend passible de deux sacrifices expiatoires ? Si oui, alors par analogie, sous un seul avertissement et un seul interdit, on reçoit deux jeux de coups — et la double peine de la mishna n'aurait rien de propre au cas de 'oto ve-et beno'.

7
ובדין הוא דלישמעינן בעלמא, והאי דקא משמע לן בהא, להודיעך כחן דרבנן, דאף על גב דגופין מוחלקין – פטרי רבנן.

Et par bon droit [la mishna] aurait dû nous l'enseigner [le principe de Somkhos] dans un cas ordinaire [comme les deux mesures de helev] ; et si elle nous l'enseigne dans ce cas-ci [celui de 'oto ve-et beno'], [c'est] pour te faire connaître la force [de la position] des Sages : que, bien que les corps [les bêtes] soient distincts (gufin muhlakin), les Sages [l']exemptent [du second jeu de coups].

📜 Rachi (2)
דלישמעינן בעלמא היכא דאין גופין מוחלקים כגון בשני זיתי חלב:
Aurait dû nous l'enseigner dans un cas ordinaire — là où les corps ne sont pas distincts, par exemple [pour] deux mesures d'olive de graisse interdite.
דאע"ג דגופין מוחלקים שעל ידי שתי פרות באין לו שני מלקיות הללו. ופליג סומכוס בסיפא וה"ה לרישא דקתני שחט שני בניה ואח"כ שחטה סופג מ' לסומכוס סופג פ' וכך מצאתי בתוספתא (פ"ה ה"א) שחט ה' בניה ואחר כך שחטה סומכוס אומר משום רבי מאיר חייב משום חמשה לאוין:
Bien que les corps soient distincts — c'est par l'intermédiaire de deux vaches que lui viennent ces deux flagellations. Et Somkhos diverge [aussi] dans la clause finale (sefa), et il en va de même pour la clause initiale (recha) qui enseigne 'il a abattu ses deux petits puis l'a abattue [elle] : il reçoit quarante [coups]' — pour Somkhos il reçoit quatre-vingts. Et ainsi ai-je trouvé dans la Tossefta (ch. 5, hal. 1) : 'il a abattu ses cinq petits puis l'a abattue [elle], Somkhos dit au nom de Rabbi Meir : il est passible au titre de cinq interdits.'
💡 Explication

Selon cette première branche, le principe de Somkhos est en réalité général ; la mishna l'illustre pourtant dans le cas de 'oto ve-et beno' afin de souligner la force des Sages : même ici, où les deux interdictions naissent de deux bêtes distinctes (gufin muhlakin, corps séparés — plus propice à une double peine), les Sages exemptent du second jeu de coups.

8
או דלמא קסבר סומכוס: אכל שני זיתי חלב בהעלם אחד אינו חייב אלא אחת, והכא היינו טעמא – הואיל וגופין מוחלקין? אמר ליה: אין, קסבר אכל שני זיתי חלב בהעלם אחד חייב שתי חטאות.

Ou bien peut-être Somkhos tient[-il] : celui qui a mangé deux mesures d'olive de graisse interdite en un seul oubli n'est passible que d'un[e seule expiation], et ici [dans la mishna] la raison est celle-ci : puisque les corps sont distincts (gufin muhlakin) ? Il [Rav Yossef] lui dit : oui [première branche] — il tient [que] celui qui a mangé deux mesures d'olive de graisse interdite en un seul oubli est passible de deux sacrifices expiatoires.

💡 Explication

Seconde branche de la question : ou bien Somkhos tient, en général, qu'on n'est passible que d'une seule expiation pour deux mesures de helev en un oubli, et la double peine de la mishna tient uniquement à la distinction des corps (deux bêtes). Rav Yossef tranche pour la première branche : Somkhos tient bien le principe général des deux sacrifices.

9
ממאי? מדתנן: הזורע כלאים כלאים לוקה. מאי לוקה? אילימא לוקה אחת – פשיטא! ועוד, מאי כלאים כלאים? אלא פשיטא שתי מלקיות.

D'où [Rav Yossef le sait-il] ? De ce que nous avons appris : 'celui qui sème des espèces mélangées (kilayim), [puis] des espèces mélangées, est flagellé (loke).' Que [signifie] 'est flagellé' ?

Si l'on dit [qu']il est flagellé une [seule fois] — [c'est] évident ! Et de plus, que [signifie cette répétition] 'kilayim, kilayim' ?

Plutôt, [il est] évident [qu'il s'agit de] deux flagellations.

📜 Rachi (2)
הזורע כלאים כלאים משמע שזרע וחזר וזרע:
Celui qui sème des espèces mélangées, [puis] des espèces mélangées — [cela] signifie qu'il a semé, puis a recommencé et semé.
ועוד מאי כלאים כלאים חדא זריעה נמי מחייב חדא:
Et de plus, que [signifie] 'kilayim, kilayim' — pour une seule semaille aussi [s']il [le] déclarait passible une seule [fois, la répétition serait superflue].
🗂️ Tossefot (1)
הזורע כלאים כלאים לוקה תימה דמשמע הכא דבחד כלאים לא לקי אלא חדא ואמאי לא לקי נמי משום לא תסיג גבול רעך (דברים י״ט:י״ד) דלענין איסור כלאים דריש לה בשבת בפ' ר' עקיבא (שבת דף פה.) וי"ל דכיון דאתא נמי לאזהרה דמסיג גבול אין לוקין עליו משום כלאים כמו שאין לוקין על השגת גבול דניתן להשבון ועוד דהוי לאו שבכללות:
'Celui qui sème des espèces mélangées, [puis] des espèces mélangées, est flagellé' — [c'est] étonnant, car il en ressort ici que pour un seul [acte de] kilayim on n'est flagellé qu'une seule [fois] ; et pourquoi ne serait-on pas flagellé aussi au titre de 'tu ne déplaceras pas la borne de ton prochain' (Deut 19:14), [verset] que, pour la question de l'interdit de kilayim, on expose [ainsi] dans [le traité] Chabbat, au chapitre Rabbi Akiva (Chabbat 85a) ? Et l'on peut dire : puisque [ce verset] vient aussi pour l'avertissement de celui qui déplace la borne, on n'est pas flagellé pour [les kilayim] au titre des kilayim [par ce verset], de même qu'on n'est pas flagellé pour le déplacement de borne [parce] qu'il est susceptible d'être restitué (nitan le-hachavon) ; et de plus [parce] que c'est un interdit englobant (lav che-bichlalout).
💡 Explication

Rav Yossef étaye sa lecture par une braita sur les kilayim (semis d'espèces interdites ensemble) : 'celui qui sème des kilayim, [puis] des kilayim, est flagellé'. La répétition 'kilayim, kilayim' marque deux semailles. Si 'flagellé' ne valait qu'une fois, ce serait évident et la répétition serait inutile ; donc la braita vise deux jeux de coups pour une même faute répétée — comme Somkhos.

10
במאי עסקינן? אילימא בזה אחר זה ובשתי התראות – תנינא: נזיר שהיה שותה יין כל היום אינו חייב אלא אחת, אמרו לו: ׳אל תשתה!׳ והוא שותה, ׳אל תשתה!׳ והוא שותה – חייב על כל אחת ואחת. אלא פשיטא בבת אחת ובהתראה אחת.

De quoi traitons-nous ? Si l'on dit [que c'est] l'un après l'autre (ze ahar ze) et avec deux avertissements — [c'est] déjà enseigné [par la mishna de Nazir] : 'un naziréen qui buvait du vin toute la journée n'est passible que d'une [flagellation] ; [si] on lui a dit : ne bois pas ! et il boit, ne bois pas ! et il boit — il est passible pour chacune et chacune.' Plutôt, [c'est] évident [qu'il s'agit] d'un seul coup (be-vat ahat) et d'un seul avertissement.

📜 Rachi (1)
בבת אחת בידו אחת חטה וחרצן ובידו אחת שעורה וחרצן:
En un seul coup (be-vat ahat) — d'une main [il a semé] du blé et un pépin de raisin, et de l'autre main de l'orge et un pépin de raisin.
🗂️ Tossefot (2)
תנינא נזיר שהיה שותה כו' אע"ג דהך דהזורע כלאים ברייתא היא ובכמה ברייתות שונה מה שבמשנה מ"מ היה לו לשנות באותו ענין ששונה במשנה וכה"ג אשכחן בפרק עשרה יוחסין (קדושין דף עד.) גבי אבא שאול היה קורא לשתוקי בדוקי דפריך תנינא מה טיבו של עובר זה כו' ופי' שם בקונטרס דהכי פריך תנינא כלומר התם הוה ליה למיתני:
'[C'est] déjà enseigné : un naziréen qui buvait, etc.' — bien que cette [braita] de 'celui qui sème des kilayim' soit une braita, et que, dans bien des braitot, on enseigne autrement que dans la mishna, néanmoins il aurait dû l'enseigner dans le même registre que ce qui est enseigné dans la mishna ; et de semblable nous trouvons au chapitre Assara Yohassin (Kiddouchin 74a) au sujet d'Abba Chaoul qui appelait le 'chetouki' un 'bedouki', où l'on objecte 'c'est déjà enseigné : quelle est la nature de cet enfant, etc.', et le Commentateur (Rachi) y a expliqué [que] voici comment on objecte 'c'est déjà enseigné' : c'est-à-dire que là-bas [aussi] il aurait dû l'enseigner.
אלא פשיטא בבת אחת ובהתראה אחת פי' או בהתראה אחת ואפי' בזה אחר זה דאפילו בהא פטרי רבנן כמו נזיר שהיה שותה כל היום דאינו חייב אלא אחת:
'Plutôt, [c'est] évident [qu'il s'agit] d'un seul coup et d'un seul avertissement' — explication : ou bien d'un seul avertissement et même l'un après l'autre, car même dans ce [cas] les Sages exemptent, de même que [pour] le naziréen qui buvait toute la journée, [lequel] n'est passible que d'une seule [flagellation].
💡 Explication

La Guemara précise le cas de la braita des kilayim. Si c'était l'un après l'autre avec deux avertissements, rien de neuf : la mishna de Nazir l'enseigne déjà (le naziréen averti puis qui reboit est passible à chaque fois). Donc la braita vise un semis simultané sous un seul avertissement (be-vat ahat) — et c'est là qu'elle apporte du nouveau, comme Somkhos.

11
מני? אילימא רבנן דפליגי עליה דסומכוס – השתא, ומה התם דגופין מוחלקין פטרי רבנן, הכא לא כל שכן?

Selon qui [est cette braita] ? Si l'on dit [que c'est selon] les Sages qui divergent de Somkhos [dans la mishna] — or maintenant : si la-bas, où les corps sont distincts (gufin muhlakin), les Sages [l']exemptent [du second jeu de coups], ici [pour les kilayim, où les corps ne sont pas distincts], à plus forte raison [ne devraient-ils pas exempter] ?

💡 Explication

La Guemara cherche l'auteur de la braita des kilayim. Ce ne peut être les Sages : car si, dans la mishna où les corps sont distincts (deux bêtes, cas plus favorable à la double peine), ils exemptent du second jeu, alors pour les kilayim (où il n'y a pas de corps distincts) ils exempteraient à plus forte raison. La braita, qui impose deux jeux de coups, ne saurait donc être des Sages.

12
אלא לאו סומכוס היא? לא, לעולם רבנן, ומילתא אגב אורחיה קא משמע לן דאיכא תרי גווני כלאים.

N'est-ce donc pas Somkhos [l'auteur de la braita] ? Non, en réalité [ce sont] les Sages ; et incidemment, en passant (agav orheih), elle nous enseigne une chose : qu'il y a deux catégories (terei gavnei) de kilayim.

📜 Rachi (2)
אלא לאו סומכוס ושמע מינה אכל שני זיתי חלב בהעלם אחד חייב:
N'est-ce donc pas Somkhos — et apprends-en que celui qui a mangé deux mesures d'olive de graisse interdite en un seul oubli est passible [deux fois].
לעולם רבנן ובב' התראות ודקשיא לך פשיטא הא קמ"ל דאיכא תרי גווני כלאים דבין חטה וחרצן ובין שעורה וחרצן הוו כלאים ולאפוקי מדרבי יאשיה דבעי שלשתן כאחד:
En réalité [ce sont] les Sages — et [c'est le cas] avec deux avertissements ; et ce qui te faisait difficulté ['c'est] évident', voici ce qu'[elle] nous enseigne : qu'il y a deux catégories de kilayim — qu'entre [le mélange] blé-et-pépin et [le mélange] orge-et-pépin, [les deux] constituent des kilayim ; et [c'est] pour exclure [l'opinion] de Rabbi Yochiya, qui requiert les trois [composants] ensemble.
💡 Explication

On conclut donc : la braita serait de Somkhos — ce qui prouverait le principe général (deux jeux pour une faute répétée). La Guemara réfute : non, elle est bien des Sages (avec deux avertissements distincts, d'où les deux jeux) ; et la répétition 'kilayim, kilayim', loin de prouver Somkhos, enseigne incidemment (agav orheih) qu'il existe deux catégories de kilayim.

13
ולאפוקי מדרבי יאשיה, דאמר רבי יאשיה: עד שיזרע חטה ושעורה וחרצן במפולת יד, קא משמע לן דכי זרע חטה וחרצן ושעורה וחרצן נמי מחייב.

Et [c'est] pour exclure [l'opinion] de Rabbi Yochiya ; car Rabbi Yochiya dit : [il n'est passible] que [s']il a semé blé, orge et pépin de raisin d'un seul jet de la main (be-mappolet yad) ; [la braita] nous enseigne que, [même] lorsqu'il a semé blé et pépin, [puis] orge et pépin, il est aussi passible.

🗂️ Tossefot (1)
ולאפוקי מדרבי יאשיה דאמר אינו חייב עד שיזרע חטה ושעורה וחרצן במפולת יד נראה דאינו חייב משום כלאי הכרם קאמר אבל מודה דמשום כלאי זרעים מיחייב בתרי מינין בחטה ושעורה לחודיה וכן משמע דכי קאמר קמ"ל דכי זרע חטה וחרצן ושעורה וחרצן נמי חייב ולא נקט חטה ושעורה משמע דמודי בה ר' יאשיה ועוד נראה לפרש דקרי תרי גווני כלאים כלאי זרעים וכלאי הכרם חטה ושעורה וחטה וחרצן ובחד גוונא מודי רבי יאשיה ובחד פליג אבל חטה וחרצן ושעורה וחרצן כולה חד גוונא הוא ויש ספרים שכתוב בהם בהדיא או שעורה וחרצן ואפילו לספרים דכתיב בהם ושעורה יש לפרש כמו או שעורה ולהכי לא מצי לאוקומי כלאים בבת אחת כמו חטה ושעורה וחרצן דלקי תרתי לאפוקי מדרבי יאשיה דהא לרבי יאשיה נמי לקי תרתי וכן משמע בירושלמי במס' כלאים בפ"ט דקאמר על דעתיה דר' יאשיה כתיב שדך לא תזרע כלאים ולאיזה דבר נאמר לא תזרע כרמך פי' כיון דבלא חרצן מיחייב משום שדך דאי לא מחייב ר' יאשיה בכלאי זרעים בלא כרם מאי קא בעי ומשני משום שדך לוקה ומשום כרמך לוקה וטעמא דר' יאשיה דבכלאי הכרם לא מחייב אלא בג' מינים ובכלאי זרעים מחייב בב' מפרש ר"י משום דזריעת כלאים משמע שני מיני זרעים וחרצן לאו מין זרע הוא אבל אין לפרש דמשמע ליה לא תזרע בהדי כרמך כלאים אבל שדך בלא שום זרע קרוי שדה דהא לא שייך לפרש כן גבי בהמתך ומיהו ר' יהודה במס' כלאים (פ"א מ"ט) לא מחייב בכלאי זרעים עד שיזרע חטה ושעורה וכוסמת או שני חטים ושעורה או שני שעורים וחטה דבעי כלאי זרעים בהדי שדך והא דאמר בריש פרק בתרא דבכורות (דף נג:) יצהר ותירוש אין מעשרין מזה על זה דאמר קרא כל חלב יצהר וכל חלב תירוש ודגן אמרה תורה תן חלב לזה וחלב לזה אין לי אלא תירוש ויצהר תירוש ודגן דגן ודגן מנין אמרת ק"ו ומה תירוש ויצהר שאין כלאים זה בזה אין מעשרין כו' ולרבי יאשיה מייתי לה הכי ומה תירוש ויצהר שאין כלאים זה בזה (אפי' ע"י דבר אחר) אין מעשרין מזה על זה תירוש ודגן דגן ודגן שהם כלאים ע"י דבר אחר כו' לא נקט דבר אחר אלא משום תירוש ודגן:
'Et [c'est] pour exclure [l'opinion] de Rabbi Yochiya, qui dit [qu']il n'est passible que [s']il a semé blé, orge et pépin de raisin d'un seul jet de la main' — il apparaît [que] c'est au titre des kilayim de la vigne (kilei ha-kerem) qu'il dit [n'être passible que par les trois], mais qu'il admet [qu']au titre des kilayim de semences (kilei zeraïm) on est passible pour deux espèces seulement, blé et orge à eux seuls ; et ainsi le laisse entendre [le fait] que, lorsqu'il dit '[elle] nous enseigne que, [même] lorsqu'il a semé blé et pépin, [puis] orge et pépin, il est aussi passible', il ne prend pas 'blé et orge' [ensemble] — ce qui laisse entendre que Rabbi Yochiya l'admet [pour ce cas]. Et il paraît encore [bon] d'expliquer qu'on appelle 'deux catégories de kilayim' les kilayim de semences et les kilayim de la vigne — blé-et-orge et blé-et-pépin — et [que] dans une catégorie Rabbi Yochiya admet et dans l'autre il diverge ; mais 'blé et pépin, [puis] orge et pépin' [forment] toute une seule catégorie. Et il est des livres où il est écrit explicitement 'ou orge et pépin', et même pour les livres où il est écrit 'et orge', on peut [le] comprendre comme 'ou orge' ; et c'est pourquoi [la Guemara] ne peut établir les kilayim 'en un seul coup', comme [le cas de] blé, orge et pépin, où il est flagellé deux [fois] pour exclure [l'opinion de] Rabbi Yochiya — car pour Rabbi Yochiya aussi il est flagellé deux [fois] [dans ce cas]. Et ainsi le laisse entendre le Talmud de Jérusalem, au traité Kilayim, ch. 9, où il dit : 'selon l'avis de Rabbi Yochiya, il est écrit ton champ tu n'ensemenceras pas de kilayim — et à quoi est-il dit ta vigne tu n'ensemenceras pas ?' — explication : puisque, sans pépin de raisin, il est passible au titre de 'ton champ' ; car si Rabbi Yochiya ne rendait pas passible au titre des kilayim de semences sans [la] vigne, que demanderait[-on] ? Et [le Yerouchalmi] répond : au titre de 'ton champ' il est flagellé, et au titre de 'ta vigne' il est flagellé. Et la raison de Rabbi Yochiya — [à savoir] qu'au titre des kilayim de la vigne il n'est passible qu'avec trois espèces, mais qu'au titre des kilayim de semences il est passible avec deux — le Ri l'explique [ainsi] : parce que 'semer des kilayim' implique deux espèces de semences, et [que] le pépin de raisin n'est pas une espèce de semence. Mais on ne peut [l']expliquer en [disant] qu'il [Rabbi Yochiya] comprend 'tu n'ensemenceras pas avec ta vigne des kilayim, mais ton champ sans aucune semence est appelé champ' — car il n'y a pas lieu de l'expliquer ainsi à propos de 'ton bétail' [kilei behema]. Toutefois Rabbi Yehouda, au traité Kilayim (ch. 1, michna 9), ne rend passible au titre des kilayim de semences que [s']il a semé blé, orge et épeautre (koussemet), ou deux [variétés de] blé et de l'orge, ou deux [variétés d']orge et du blé — car il requiert des kilayim de semences avec [le] 'ton champ'. Et ce qui est dit au début du dernier chapitre de Bekhorot (53b), '[l'huile d']olive (yitshar) et [le vin] nouveau (tiroch), on ne prélève pas la dîme de l'un sur l'autre, car le verset dit toute la meilleure huile et tout le meilleur moût et blé (Nombres 18:12) : la Torah a dit donne du gras à celui-ci et du gras à celui-là — je n'ai [encore] que moût et huile ; moût et blé, blé et blé, d'où [le sait-on] ? tu dis [par] un raisonnement à fortiori : si le moût et l'huile, qui ne sont pas kilayim l'un par rapport à l'autre, on ne prélève pas [la dîme] de l'un sur l'autre, etc.' — et pour Rabbi Yochiya on le rapporte ainsi : 'si le moût et l'huile, qui ne sont pas kilayim l'un par rapport à l'autre [même par l'intermédiaire d'une autre chose], on ne prélève pas [la dîme] de l'un sur l'autre ; moût et blé, blé et blé, qui sont kilayim par l'intermédiaire d'une autre chose, etc.' — il n'a pris 'une autre chose' qu'à cause de 'moût et blé'.
💡 Explication

La braita exclut Rabbi Yochiya, pour qui on n'est passible qu'en semant les trois composants (blé, orge, pépin de raisin) d'un seul jet de main. Elle enseigne au contraire que chaque paire (blé + pépin, ou orge + pépin) suffit à rendre passible. La source ne prouve donc pas le principe de Somkhos : le surplus de la braita s'explique autrement.

14
תא שמע: אכל מזה כזית ומזה כזית – סופג שמונים. רבי יהודה אומר: אינו סופג אלא ארבעים. היכי דמי? אילימא בזה אחר זה ובשתי התראות – מאי טעמא דרבי יהודה? התראת ספק היא, ושמעינן ליה לרבי יהודה דאמר: התראת ספק לא שמה התראה.

Viens entendre [une autre preuve] : 'celui qui a mangé de celui-ci une mesure d'olive et de celui-là une mesure d'olive [des deux nerfs sciatiques des deux cuisses] — il reçoit quatre-vingts [coups] ; Rabbi Yehouda dit : il ne reçoit que quarante.' Quel est le cas ? Si l'on dit [que c'est] l'un après l'autre et avec deux avertissements — quelle est la raison de Rabbi Yehouda [qui n'inflige que quarante] ?

[C'est] un avertissement incertain (hatraat safek), et nous avons entendu Rabbi Yehouda dire : un avertissement incertain n'est pas réputé un avertissement.

📜 Rachi (3)
אכל מזה כזית ומזה כזית משני גיד הנשה של שתי ירכות של בהמה אחת:
Celui qui a mangé de celui-ci une mesure d'olive et de celui-là une mesure d'olive — des deux nerfs sciatiques des deux cuisses d'une seule bête.
ארבעים ר' יהודה לטעמיה דאמר בפ' גיד הנשה אינו נוהג אלא באחת:
[Il ne reçoit que] quarante — Rabbi Yehouda [est fidèle] à son principe, lui qui dit, au chapitre Gid ha-Naché, [que l'interdit] ne s'applique qu'à un seul [des deux sciatiques].
מאי טעמא דרבי יהודה דאמר אינו סופג אלא ארבעים לא הוה ליה למילקי כלל כל חדא וחדא התראת ספק הוא דהא מספקא ליה לר' יהודה באיזו מהן נוהג בשל ימין או בשל שמאל דקתני התם והדעת מכרעת שהוא של ימין ואיבעיא להו פשיטא ליה של ימין ומאי דעת דעת תורה או ספוקי מספקא ליה ומאי דעת דעת נוטה ומדלא פשטיה מהא דמיפשט פשיטא ליה ש"מ לאו בשתי התראות קאמר דהא שמעינן ליה דאמר התראת ספק לא שמה התראה:
Quelle est la raison de Rabbi Yehouda — qui dit [qu']il ne reçoit que quarante : il n'aurait pas dû être flagellé du tout pour chacune et chacune, car [c'est] un avertissement incertain ; en effet, Rabbi Yehouda est dans le doute [sur le point de savoir] sur lequel des deux [l'interdit] s'applique, [celui] de droite ou [celui] de gauche, comme il est enseigné là-bas : 'et le bon sens incline [à dire] qu'il s'agit [de celui] de droite' ; et l'on a demandé : lui est-il évident [qu'il s'agit] de droite, et que [signifie] 'le bon sens [incline]' ? [le] bon sens de la Torah ; ou bien est-il dans le doute, et que [signifie] 'le bon sens' ? [le] bon sens qui penche [une opinion]. Et du fait qu'on ne l'a pas tranché à partir de cette [michna où il reçoit quarante], [il faut comprendre] qu'il lui est évident [qu'il s'agit] de [celui de] droite — apprends-en que ce n'est pas 'avec deux avertissements' qu'il [le] dit, car nous l'avons entendu dire 'un avertissement incertain n'est pas réputé un avertissement'.
🗂️ Tossefot (1)
מאי טעמא דרבי יהודה התראת ספק היא וא"ת והא מסיקנא בפ' גיד הנשה (לקמן חולין דף צא.) דמפשט פשיטא ליה לרבי יהודה דשל ימין וי"ל דהכא בעי למימר דתפשוט מהכא דלא מספקא ליה ומסיק דלעולם לא תפשוט וסבר לה כאידך כו':
'Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? [C'est] un avertissement incertain' — et si tu objectes : or nous concluons au chapitre Gid ha-Naché (plus loin, Houlin 91a) qu'il est évident pour Rabbi Yehouda [qu'il s'agit] de [celui de] droite [et non un doute] ! Et l'on peut dire qu'ici [la Guemara] veut dire [qu'on pourrait] déduire d'ici qu'il n'est pas dans le doute, et [elle] conclut qu'en réalité on ne peut [le] déduire, et [que ce Tana] tient comme l'autre [Tana au sujet de l'opinion] de Rabbi Yehouda, etc.
💡 Explication

Troisième source, tirée du nerf sciatique (gid ha-nache, 96a) : manger une mesure d'olive du sciatique de chaque cuisse — quatre-vingts coups (premier Tana), quarante pour Rabbi Yehouda. Si le cas est 'l'un après l'autre, deux avertissements', la raison de Rabbi Yehouda serait l'avertissement incertain (hatraat safek) : il doute quel sciatique (droite ou gauche) est interdit, et il tient qu'un avertissement incertain ne vaut pas avertissement.

15
דתניא: הכה את זה וחזר והכה את זה, קלל את זה וחזר וקלל את זה, או שהכה שניהם בבת אחת, או שקלל שניהם בבת אחת – חייב.

Car il est enseigné [dans une braita, au sujet d'un homme dont le père est incertain] : 's'il a frappé celui-ci puis a recommencé et frappé celui-là, [s']il a maudit celui-ci puis a recommencé et maudit celui-là, ou [encore s']il a frappé les deux d'un seul coup (be-vat ahat), ou maudit les deux d'un seul coup — il est passible.'

📜 Rachi (2)
הכה זה וחזר והכה זה מי שלא שהתה אחר גיטה שלשה חדשים וניסת וילדה ספק בן תשעה לראשון וספק בן שבעה לאחרון וכשגדל הכה את האחד וחזר והכה את חבירו:
S'il a frappé celui-ci puis a recommencé et frappé celui-là — [il s'agit d'un cas où] une femme n'a pas attendu trois mois après son acte de divorce (guet) et s'est remariée et a enfanté : [l'enfant] est [à la fois] possiblement [un fils] de neuf [mois] du premier [mari] et possiblement [un fils] de sept [mois] du dernier ; et quand il a grandi, il a frappé l'un puis a recommencé et frappé son compagnon [l'autre].
חייב דקסבר התראת ספק שמה התראה:
[Il est] passible — car [ce Tana] tient [qu']un avertissement incertain est réputé un avertissement.
💡 Explication

La Guemara cite la braita du père incertain : un homme dont on ignore lequel de deux hommes est le père (cas d'une femme remariée trop tôt). S'il frappe ou maudit l'un puis l'autre, ou les deux simultanément, il est passible (l'un des deux est certainement son père). Le premier Tana réputé donc valable l'avertissement incertain.

16
רבי יהודה אומר: בבת אחת – חייב, בזה אחר זה – פטור. אלא פשיטא בבת אחת ובהתראה אחת.

Rabbi Yehouda dit : d'un seul coup (be-vat ahat) — passible ; l'un après l'autre — exempt. Plutôt, [c'est] évident [qu'il s'agit dans la michna du sciatique] d'un seul coup (be-vat ahat) et d'un seul avertissement.

📜 Rachi (3)
בבת אחת הרים שתי ידיו והכה זה באחת וזה באחת:
D'un seul coup — il a levé ses deux mains et a frappé celui-ci d'une [main] et celui-là d'une [main].
חייב דהתראת ודאי היא:
[Il est] passible — car [c'est] un avertissement certain.
בבת אחת דהויא התראת ודאי וקאמר ת"ק סופג שמונים:
D'un seul coup — car [c'est] un avertissement certain ; et le premier Tana (Tana kama) dit [qu']il reçoit quatre-vingts.
💡 Explication

Dans la même braita, Rabbi Yehouda distingue : simultanément, passible (avertissement certain) ; l'un après l'autre, exempt (chaque avertissement est incertain). Donc, pour la michna du sciatique, si Rabbi Yehouda n'inflige que quarante, c'est forcément que le cas est 'd'un seul coup (be-vat ahat), un seul avertissement' — et là, le premier Tana, lui, inflige quatre-vingts.

17
ומאן תנא קמא? אילימא רבנן דפליגי עליה דסומכוס – השתא, ומה התם דגופין מוחלקין פטרי רבנן, הכא לא כל שכן? אלא לאו סומכוס היא!

Et qui est le premier Tana [de la michna du sciatique] ? Si l'on dit [que ce sont] les Sages qui divergent de Somkhos — or maintenant : si la-bas, où les corps sont distincts (gufin muhlakin), les Sages [l']exemptent, ici, à plus forte raison [ne devraient-ils pas exempter] !

N'est-ce donc pas Somkhos ?

📜 Rachi (1)
אלא לאו סומכוס היא דלא אשכחן תנא דאית ליה הא סברא אלא הוא:
N'est-ce donc pas Somkhos — car nous ne trouvons aucun Tana qui tienne ce raisonnement, hormis lui.
💡 Explication

La Guemara identifie le premier Tana de la michna du sciatique (qui inflige quatre-vingts). Ce ne peut être les Sages : si, dans 'oto ve-et beno' où les corps sont distincts, ils exemptent du second jeu, alors ici (un seul nerf, pas de corps distincts) ils exempteraient à plus forte raison. Donc ce serait Somkhos — ce qui prouverait son principe général des deux jeux de coups.

18
לא, לעולם בזה אחר זה, ורבנן, והאי תנא סבר לה כאידך תנא דרבי יהודה.

Non, en réalité [c'est] l'un après l'autre [avec deux avertissements], et [ce sont] les Sages [qui infligent quatre-vingts] ; et ce Tana tient comme l'autre Tana [transmettant l'opinion] de Rabbi Yehouda.

💡 Explication

Réfutation : en réalité, le cas de la michna du sciatique est 'l'un après l'autre, deux avertissements', et le premier Tana est bien celui des Sages (qui infligent ici quatre-vingts car les avertissements sont distincts). Quant à Rabbi Yehouda, ce Tana suit l'autre tradition de son opinion — celle selon laquelle l'avertissement incertain vaut avertissement. La source ne prouve donc pas Somkhos.

19
דאמר: התראת ספק שמה התראה, דתניא: ״לא תותירו ממנו עד בקר והנתר ממנו עד בקר באש תשרפו״ –

[L'autre Tana de Rabbi Yehouda] qui dit : un avertissement incertain est réputé un avertissement ; car il est enseigné [au sujet du verset] : 'vous n'en laisserez rien jusqu'au matin, et ce qui en restera jusqu'au matin, vous le brûlerez au feu' (Exode 12:10) —

📜 Rachi (1)
באש תשרופו עשה הוא ולאו שניתק לעשה אין לוקין עליו והמותיר בפסח פטור:
'Vous le brûlerez au feu' — [c'est] un commandement positif (asse) ; et un interdit transformé en commandement positif (lav ha-nittak la-asse), on n'est pas flagellé pour lui ; et celui qui laisse [un reste] du [sacrifice] pascal [jusqu'au matin] est exempt [de la flagellation].
💡 Explication

Cette autre tradition attribue à Rabbi Yehouda l'opinion inverse : l'avertissement incertain vaut avertissement. La Guemara amorce la braita-source, fondée sur le verset du sacrifice pascal 'vous n'en laisserez rien jusqu'au matin... vous le brûlerez au feu' (Exode 12:10) — interdit assorti d'un commandement positif réparateur, dont l'exposition se poursuit au daf suivant.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).