Chullin 83a — la flagellation du 'reste', les quatre périodes où l'on avertit l'acheteur, et le 'jour' qui suit la nuit

Chullin 83a

Sougya : Le daf clôt d'abord la discussion sur le 'reste' (notar) du sacrifice : pourquoi n'est-on pas flagellé ? Pour Rabbi Yehouda, parce qu'un interdit réparable par un 'faire' (le brûlage) n'entraîne pas de flagellation ; pour Rabbi Yaakov, parce que c'est un interdit 'sans acte' (lav che-ein bo maasse).

Une braita sur le nerf sciatique (gid ha-nache) sert à sonder la position de Soumkhos sur la double flagellation après un seul avertissement. Suit la michna des quatre périodes de l'année où le vendeur d'une bête doit avertir l'acheteur ('j'ai vendu sa mère — ou sa fille — pour l'abattage'), de peur qu'on égorge la mère et son petit le même jour ; Rabbi Yehouda nuance, et concède le cas du marié et de la mariée.

La gemara discute alors le mode d'acquisition (meshicha, le fait de tirer, contre 'l'argent acquiert' selon la Torah) qui détermine à qui revient la perte si le bœuf meurt : lectures de Rav, de Rav Chmouel bar Rav Yitshak (acquisition par un tiers, zekhin) et de Rabbi Yo'hanan (les Sages ont maintenu la loi de la Torah aux quatre périodes). Enfin, la michna et la braita de Ben Zoma établissent par guezera chava que le 'un seul jour' de 'la bête et son petit' se compte comme à la Création — le jour suit la nuit — et non comme pour les consacrés où la nuit suit le jour.

Pourquoi pas de flagellation pour le 'reste' (notar) ? Rabbi Yehouda un interdit réparable par un 'faire' (le brûlage) -> pas de flagellation Rabbi Yaakov interdit 'sans acte' (il s'assoit, ne mange pas) -> pas de flagellation Nafka mina (la différence pratique) Pour R. Yehouda, sans le 'faire' on flagellerait — même si l'avertissement est incertain (hatraat safek) ; pour R. Yaakov, le motif est tout autre.
Segments 0-1 : les deux raisons pour lesquelles on ne flagellé pas celui qui laisse du 'reste'.
Les quatre périodes où il faut avertir l'acheteur (beaucoup égorgent le même jour : risque de transgresser 'la bête et son petit en un seul jour') Veille du dernier jour de Souccot fête propre (Chemini Atseret), très chère Veille du premier jour de Pessa'h Veille de Chavouot Veille de Roch Hachana Rabbi Yossi le Galiléen ajoute la veille de Yom Kippour, en Galilée (Tossefot : ailleurs on y mange surtout volaille et poisson)
Segment 5 : les quatre (cinq pour R. Yossi le Galiléen) périodes où le vendeur doit avertir l'acheteur.
Qui supporte la perte si le bœuf meurt ? Trois lectures Rav (via Rav Houna) il a déjà TIRÉ (meshicha) aux 4 périodes : tiré -> mort à l'acheteur problème : et la fin (reste de l'année) ? là aussi il a tiré... R. Chmouel b. R. Yitshak il n'a PAS tiré ; acquis par un tiers (zikoui) 4 périodes = avantage on acquiert pour autrui reste de l'année = charge on ne charge pas autrui R. Yo'hanan (via R. Elazar) aux 4 périodes les Sages ont maintenu la loi de la Torah Torah : l'argent acquiert Sages : la meshicha acquiert décret 'ton blé a brûlé' levé pour l'honneur de la fête
Segments 10-13 : trois façons d'expliquer pourquoi la perte du boeuf retombe sur l'acheteur aux quatre périodes seulement.
'Un seul jour' : le jour suit la nuit (le profane), pas l'inverse Profane / Création nuit jour le jour suit sa nuit 'soir... puis matin' Consacrés (kodachim) jour nuit la nuit suit son jour 'au jour de son offrande... jusqu'au matin'
Segments 14-15 : pour 'la bête et son petit', le 'jour' se compte comme à la Création (le jour suit la nuit), non comme pour les consacrés.
1
בָּא הַכָּתוּב לִיתֵּן עֲשֵׂה אַחַר לֹא תַעֲשֶׂה, לוֹמַר שֶׁאֵין לוֹקִין עָלָיו, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Le verset vient ajouter un [commandement] positif (asse) après un [interdit] négatif (lo taasse), pour dire qu'on n'est pas flagellé à son sujet — paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
בָּא הַכָּתוּב לִיתֵּן עֲשֵׂה טַעְמָא דְּבָא הַכָּתוּב הָא לָאו הָכִי לָקֵי אע"ג דְּהַתְרָאַת סָפֵק הִיא דְּכָל אֵימַת דְּאַתְּרוּ בֵּיהּ מָצֵי אָמַר אַכַּתִּי לֵילְיָא הוּא:
Le verset vient ajouter un [commandement] positif — la raison [pour laquelle on n'est pas flagellé, c'est] que le verset vient [ajouter ce positif] ; or sans cela il serait flagellé, bien que [ce soit] un avertissement incertain (hatraat safek), car à chaque fois qu'on l'avertit il peut dire 'c'est encore la nuit' [donc je peux encore manger].
💡 Explication

Fin de la discussion (depuis 82b) sur le reste (notar) du sacrifice. Le verset (Ex 12:10) interdit d'en laisser jusqu'au matin (négatif), puis ordonne de brûler ce qui reste (positif). Pour Rabbi Yehouda, ce positif transforme la faute en un interdit réparable par un faire (lav ha-nitak la-asse) : on ne flagellé donc pas. Rachi précise : sans ce verset, on flagellerait — même si l'avertissement est incertain (hatraat safek), puisque chaque fois qu'on l'avertit avant le matin il peut répondre 'il fait encore nuit [je peux encore manger]'.

2
רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ לָאו שֶׁאֵין בּוֹ מַעֲשֶׂה, וְכָל לָאו שֶׁאֵין בּוֹ מַעֲשֶׂה – אֵין לוֹקִין עָלָיו.

Rabbi Yaakov dit : ce n'est pas pour cette raison-là (lo min ha-chem) ; mais [c'est] parce que c'est un [interdit] négatif qui ne comporte pas d'acte (lav che-ein bo maasse), et tout [interdit] négatif qui ne comporte pas d'acte — on n'est pas flagellé à son sujet.

📜 Rachi (2)
לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה לֹא מִטַּעַם זֶה הוּא פָּטוּר:
Ce n'est pas pour cette raison-là — ce n'est pas pour ce motif[-là] qu'il est dispensé.
שֶׁאֵין בּוֹ מַעֲשֶׂה יָשַׁב לוֹ וְלֹא אָכַל וּמֵאֵלָיו נַעֲשָׂה נוֹתָר:
Qui ne comporte pas d'acte — il s'est assis et n'a pas mangé, et le 'reste' (notar) s'est formé de lui-même.
💡 Explication

Rabbi Yaakov donne une autre raison (voir le schéma) : on n'est pas flagellé non parce que l'interdit serait réparable par un positif, mais parce qu'il s'agit d'un interdit sans acte (lav che-ein bo maasse) — le fautif s'est assis et n'a rien fait, le 'reste' s'est formé de lui-même. Or un interdit qu'on transgresse sans poser d'acte n'entraîne jamais de flagellation.

3
תָּא שְׁמַע: אָכַל שְׁנֵי גִּידִין מִשְּׁתֵּי יְרֵכוֹת מִשְּׁתֵּי בְּהֵמוֹת – סוֹפֵג שְׁמוֹנִים; רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ סוֹפֵג אֶלָּא אַרְבָּעִים. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא בְּזֶה אַחַר זֶה וּבִשְׁתֵּי הַתְרָאוֹת – מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר: אַרְבָּעִים וְתוּ לָא? אֶלָּא פְּשִׁיטָא בְּבַת אַחַת וּבַחֲדָא הַתְרָאָה.

Viens entendre : [si] l'on a mangé deux nerfs [sciatiques] de deux cuisses de deux bêtes — on encourt quatre-vingts [coups] ; Rabbi Yehouda dit : on n'encourt que quarante. Comment cela (heikhi dami) ?

Si l'on dit [que c'est] l'un après l'autre et avec deux avertissements — quel est le motif de Rabbi Yehouda, qui dit 'quarante et pas plus' ? Plutôt, [c'est] évident, [il s'agit du cas où il les a mangés] d'un seul coup et avec un seul avertissement.

📜 Rachi (1)
מִשְׁתֵּי יְרָכוֹת שֶׁל שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת וּמִדִּנְקַט שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת שְׁמַע מִינָּה בִּימִינוּת קָאָמַר ות"ק דְּהָכָא כְּרַבִּי יְהוּדָה ס"ל דְּאֵין נוֹהֵג אֶלָּא בְּאַחַת. וּמֵהָא פָּשְׁטִינַן בְּפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף צֵא.) דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לְר' יְהוּדָה דִּבְיָמִין:
De deux cuisses — de deux bêtes ; et du fait qu'il a précisé 'deux bêtes', déduis-en qu'il parle des [cuisses] droites. Et le premier Tana ici est de l'avis de Rabbi Yehouda, qui tient que [l'interdit du nerf sciatique] ne s'applique qu'à une seule [cuisse, la droite]. Et de là nous tranchons, au chapitre Gid ha-Nache (plus loin, Houlin 91a), qu'il est évident pour Rabbi Yehouda [que c'est] dans [la cuisse] droite.
💡 Explication

La gemara cherche à trancher la question de Soumkhos (de 82b : encourt-on deux séries de coups en mangeant deux fois le même interdit après un seul avertissement ?). Preuve d'une braita sur le nerf sciatique (gid ha-nache) : manger deux nerfs de deux cuisses de deux bêtes = quatre-vingts coups ; R. Yehouda dit quarante seulement. Si c'était avec deux avertissements, pourquoi R. Yehouda limiterait-il à quarante ? Donc c'est forcément d'un seul coup, un seul avertissement.

4
מַאן תְּנָא קַמָּא? אִילֵּימָא רַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּסוֹמְכוֹס – וּמֶה הָתָם, דְּגוּפִין מֻוחְלָקִין, פָּטְרִי רַבָּנָן, הָכָא לֹא כָּל שֶׁכֵּן? אֶלָּא לָאו סוֹמְכוֹס הִיא!

Qui est le premier Tana ? Si l'on dit [que ce sont] les Sages (rabbanan) qui divergent de Soumkhos [au sujet de 'la bête et son petit'] — or, si la-bas, où les corps [des bêtes] sont distincts, les Sages dispensent [de la seconde flagellation], ici [où les deux nerfs ne sont pas des corps distincts], à plus forte raison !

Plutôt, n'est-ce pas Soumkhos [le premier Tana] ?

💡 Explication

Qui soutient les quatre-vingts coups ? Pas les Sages qui contestent Soumkhos : eux, dans la michna de 'la bête et son petit' (deux corps distincts), dispensent déjà de la seconde flagellation ; à plus forte raison ici, où les deux nerfs ne sont même pas des corps séparés. Donc c'est Soumkhos qui parle — d'où : pour lui, manger deux fois le même interdit après un seul avertissement entraîne bien deux séries de coups.

5
לְעוֹלָם בְּזֶה אַחַר זֶה, וּדְקָאָמְרַתְּ: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? כְּגוֹן דְּלֵית בֵּיהּ כְּזַיִת, דְּתַנְיָא: אֲכָלוֹ וְאֵין בּוֹ כְּזַיִת – חַיָּיב, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ כְּזַיִת.

En réalité [c'est] l'un après l'autre, et quant à ce que tu disais 'quel est le motif de Rabbi Yehouda ?' — [il s'agit] par exemple [du cas] où il n'y a pas en lui [un volume d']un kazayit ; comme il est enseigné : [si] l'on en a mangé et qu'il n'y a pas en lui [un volume d']un kazayit — on est passible [de flagellation] ; Rabbi Yehouda dit : [on ne l'est] pas tant qu'il n'y a pas en lui [un volume d']un kazayit.

📜 Rachi (2)
דְּלֵית בֵּיהּ כַּזַּיִת בְּקַמָּא אוֹ בְּבָתְרָא אֶלָּא בְּחַד מִינַּייְהוּ ות"ק מְחַייֵּב דְּקָסָבַר בִּרְיָה הוּא וּבְרִיָּה [אֵין] צְרִיכָה שִׁיעוּר כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת (דַּף יג.) אָמַר לָהֶם רַבִּי שִׁמְעוֹן אִי אַתֶּם מוֹדִים לִי בְּאוֹכֵל נְמָלָה כָּל שֶׁהוּא [שֶׁהוּא] חַיָּיב אָמְרוּ לוֹ מִפְּנֵי שֶׁהִיא כִּבְרִיָּיתָהּ. וְאִית דִּמְפָרְשִׁי דְּלֵית בֵּיהּ כַּזַּיִת בְּחַד מִינַּייְהוּ אֶלָּא בְּתַרְוַייְהוּ וְאֵין נִרְאֶה בְּעֵינַי שֶׁיְּהוּ שְׁתֵּי הַתְרָאוֹת מִצְטָרְפוֹת דְּאִי אָכִיל לֵיהּ לְבָתְרָא בְּתוֹךְ כְּדֵי אֲכִילַת פְּרָס הַיְינוּ בְּבַת אַחַת וְאִי לְאַחַר כְּדֵי אֲכִילַת פְּרָס תּוּ לָא מִצְטָרְפִי:
Où il n'y a pas en lui un kazayit — dans le premier ou dans le second [nerf], mais [seulement] dans l'un d'eux ; et le premier Tana [le] rend passible, car il tient [que le nerf] est une créature [entière] (beria), et une beria ne requiert pas de mesure [minimale], comme nous l'avons appris au traité Makot (13a) : Rabbi Chimon leur dit : ne m'accordez-vous pas que celui qui mange une fourmi, si petite soit-elle, est passible ? Ils lui dirent : [oui,] parce qu'elle est telle qu'elle a été créée (ki-beriyata). Et certains expliquent 'il n'y a pas en lui un kazayit' non pas dans l'un d'eux mais dans les deux [ensemble] ; mais cela ne me paraît pas [juste], que deux avertissements se conjoignent — car s'il a mangé le second dans le temps de [consommation d']un demi-pain (ke-dei akhilat peras), c'est 'd'un seul coup', et si [c'est] après le temps d'un demi-pain, ils ne se conjoignent plus.
עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ כְּזַיִת דְּקָסָבַר לָאו בִּרְיָה חֲשִׁיב אֶלָּא כַּחֲתִיכָה מִן הַבְּהֵמָה:
Tant qu'il n'y a pas en lui un kazayit — car il tient [que le nerf] n'est pas considéré comme une créature [entière] (beria), mais comme un morceau [pris] de la bête.
💡 Explication

Réfutation : la braita peut bien parler de deux avertissements successifs (et donc ne rien prouver sur Soumkhos). Le motif de R. Yehouda (quarante seulement) serait que l'un des nerfs n'a pas le volume d'un kazayit (une olive). R. Yehouda suit son principe : un nerf sciatique de moins d'un kazayit n'est pas passible, car il ne le tient pas pour une créature entière (beria) mais pour un simple morceau de bête. Pour le premier Tana, au contraire, une beria n'a pas besoin d'atteindre le volume minimal.

6
מַתְנִי׳ בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה, הַמּוֹכֵר בְּהֵמָה לַחֲבֵירוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ: ״אִמָּהּ מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט״, ״בִּתָּהּ מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט״. וְאֵלּוּ הֵן: עֶרֶב יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג, וְעֶרֶב יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח, וְעֶרֶב עֲצֶרֶת, וְעֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה. וּכְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, אַף עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּגָּלִיל.

MICHNA. À quatre périodes de l'année, celui qui vend une bête à son prochain doit l'avertir : 'j'ai vendu [sa] mère pour [l']abattre', '[ou] j'ai vendu [sa] fille pour [l']abattre'.

Et ce sont [ces périodes] : la veille du dernier jour de la fête [de Souccot], la veille du premier jour de Pessa'h, la veille de Chavouot, et la veille de Roch Hachana. Et selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen, [aussi] la veille de Yom Kippour en Galilée.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה דֶּרֶךְ יִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת סְעוּדוֹת וּסְתָם הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה אֵינוֹ לוֹקֵחַ אֶלָּא לְשׁוֹחֲטָהּ מִיָּד לְפִיכָךְ הַמּוֹכֵר בְּהֵמָה לַחֲבֵירוֹ וּמָכַר תְּחִלָּה אִמָּהּ אוֹ בִּתָּהּ בּוֹ בַּיּוֹם צָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר לַשֵּׁנִי דַּע לְךָ שֶׁהַיּוֹם מָכַרְתִּי אִמָּהּ לִשְׁחֹוט אוֹ בִּתָּהּ מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט שֶׁמָּא כְּבָר נִשְׁחֲטָה:
À quatre périodes de l'année — la coutume d'Israël est de faire des festins, et celui qui achète une bête, d'ordinaire, ne l'achète que pour l'abattre aussitôt ; c'est pourquoi celui qui vend une bête à son prochain, [s']il a d'abord vendu sa mère ou sa fille ce jour-là, doit dire au second : 'sache que j'ai vendu aujourd'hui [sa] mère pour l'abattre, ou [sa] fille pour l'abattre' — de peur qu'[elle] n'ait déjà été abattue.
בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הָיוּ מַרְבִּין בְּשִׂמְחָה מִפְּנֵי שֶׁרֶגֶל לְעַצְמוֹ הוּא וְחָבִיב עֲלֵיהֶן:
Le dernier jour de la fête [de Souccot] — on multipliait les réjouissances, parce que c'est une fête à part entière (Chemini Atseret) et qu'elle leur est chère.
🗂️ Tossefot (1)
וּכְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אַף עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּגָּלִיל תֵּימַהּ דִּבְרֵישׁ כְּתֻובּוֹת (דַּף ה.) פָּרִיךְ יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי בְּשַׁבָּת יִדָּחֶה גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִשְׁחֹוט בֶּן עוֹף וְאַמַּאי לָא פָּרֵיךְ מִשְּׁאָר יָמִים טוֹבִים דְּהָוֵי לכ"ע וְאוֹמֵר ר"ת דְּבִשְׁאָר עֶרֶב י"ט שׁוֹחֲטִין בְּהֵמוֹת כִּדְאָמַר הָכָא אֲבָל עֶרֶב יוה"כ לֹא הָיוּ אוֹכְלִין אֶלָּא בְּשַׂר עוֹף וְדָגִים כִּדְאָמַר בב"ר גַּבֵּי הַהוּא דִּזְבַן נוּנָא וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב הָכָא עֶרֶב יו"ט רִאשׁוֹן שֶׁל חַג אוֹמֵר ר"ת מִשּׁוּם דְּכֻולֵּי עָלְמָא טְרִידִי בְּסֻוכָּה וְלוּלָב וְאֵין לָהֶן פְּנַאי לְהַרְבּוֹת בִּשְׁחִיטָה כָּל כָּךְ:
'Et selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen, [aussi] la veille de Yom Kippour en Galilée' — il y a lieu de s'étonner : au début de [traité] Ketoubot (5a) on demande [pourquoi] Yom Kippour qui tombe un lundi serait-il repousse [le mariage des vierges, fixé au mercredi, ne serait-il pas avancé] — par décret de peur qu'on égorge un oisillon [la veille] ; et pourquoi n'objecte-t-on pas à partir des autres jours de fête, qui valent pour tous ? Et Rabbenou Tam dit que les autres veilles de fête on égorge des bêtes, comme il est dit ici, mais [la] veille de Yom Kippour on ne mangeait que de la viande de volaille et du poisson, comme il est dit dans Berechit Rabba à propos de celui qui acheta un poisson. Et quant au fait qu'on ne compte pas ici la veille du premier jour de la fête [de Souccot], Rabbenou Tam dit [que c'est] parce que tout le monde est affaire à la souccah et au loulav et n'a pas le loisir de multiplier autant l'abattage.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה הַמּוֹכֵר בְּהֵמָה לַחֲבֵירוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ אִמָּהּ מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט בִּתָּהּ מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט. וְאֵלּוּ הֵן עֶרֶב יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג וְעֶרֶב יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח וְעֶרֶב עֲצֶרֶת וְעֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה וּכְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אַף עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּגָּלִיל. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁאֵין רִיוַּח. אֲבָל אִם יֵשׁ רֶיוַח אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה בְּמוֹכֵר אֶת הָאֵם לֶחָתָן וְאֶת הַבַּת לַכַּלָּה שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. שֶׁהַדָּבָר יָדוּעַ שֶׁשְּׁנֵיהֶם שׁוֹחֲטִין בְּיוֹם אֶחָד. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בִּזְמַן שֶׁאֵין רִיוַּח שֶׁמָּכַר הָאֵם הַיּוֹם. אֲבָל בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ רִיוַּח כְּגוֹן שֶׁמָּכַר הָרִאשׁוֹנָה אֶתְמוֹל וְהַשְּׁנִיָּה הַיּוֹם אֲנִי אוֹמֵר שֶׁמֵּאֶתְמוֹל שָׁחַט אֶת הָרִאשׁוֹנָה. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פֵּירֵשׁ בְּעִנְיָן אַחֵר. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ שֶׁרָאָה זֶה שֶׁלָּקַח בָּאַחֲרוֹנָה נֶחְפָּז לִקְנוֹת וְהוּא בְּסוֹף הַיּוֹם שֶׁחֶזְקָתוֹ שֶׁהוּא שׁוֹחֵט עַתָּה. אֲבָל אִם הָיָה רִיוַּח בַּיּוֹם אֵינוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ שֶׁמָּא לֹא יִשְׁחֹוט עַד לְמָחָר. וְנִרְאֶה שֶׁנִּדְחַק לְפָרֵשׁ מִשּׁוּם דְּאֵימָתַי דְּרַבִּי יְהוּדָה קָאֵי אַמּוֹכֵר בְּעֶרֶב יו"ט דְּקָאָמַר ת"ק וַעֲלָהּ קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֵימָתַי וּלְפָרֵשׁ דִּבְרֵי תַּנָּא קַמָּא וּלְחַלֵּק בְּמוֹכֵר בְּעֶרֶב יו"ט עַצְמוֹ בֵּין שֶׁיֵּשׁ רִיוַּח וּבֵין אֵין רִיוַּח. וְלֹא מִסְתַּבֵּר כְּלָל כְּפֵירוּשׁוֹ. דְּאִם הָיָה נֶחְפָּז לִקְנוֹת בְּסוֹף הַיּוֹם לָמָּה נֹאמַר שֶׁיִּשְׁחֹוט הַיּוֹם יוֹתֵר מִמַּה שֶׁקָּנָה בַּבֹּקֶר. אַדְּרַבָּה אִיפְּכָא מִסְתַּבְּרָא הַקּוֹנֶה בְּעֶרֶב אֵין לוֹ זְמַן לִשְׁחֹוט וּלְהִפְשִׁיטוּ וּלְצֹורֶךְ מָחָר הוּא קוֹנֶה וּמַה שֶׁהוּא נֶחְפָּז לִקְנוֹת לְפִי שבי"ט לֹא יוּכַל לִקְנוֹת. וְאֶפְשָׁר שֶׁהַתַּנָּא קַמָּא לֹא דִּבֵּר בְּפֵירוּשׁ בְּמוֹכֵר בְּעֶרֶב יו"ט דַּוְקָא. וְהָיִיתִי יָכוֹל לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים הַלָּלוּ סְתָם קוֹנֶה בְּהֵמוֹת בַּזְּמַנִּים הַלָּלוּ קוֹנִין עַל מְנָת לְשׁוֹחֲטָן בעיו"ט. וְאַף אִם קָנָה יוֹם אוֹ יוֹמַיִם קֹודֶם יו"ט דַּעְתּוֹ לְהַשְׁהוֹתָהּ עַד יו"ט שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ עַד היו"ט. וּבָא רַבִּי יְהוּדָה לְפָרֵשׁ תַּנָּא קַמָּא דְּדַוְקָא בעיו"ט קָאָמַר. וּבַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י. דְּתַנְיָא א"ר יְהוּדָה בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים שֶׁחָל יוֹם הַכִּפּוּרִים בִּשְׁנֵי בְּשַׁבָּת אֲבָל אִם חָל בְּאֶחָד מִכָּל יְמוֹת הַשַּׁבָּת אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ מִפְּנֵי שֶׁזֶּה יָכוֹל לִשְׁחֹוט הַיּוֹם וְזֶה לְמָחָר. פֵּירוּשׁ כְּשֶׁחָל לִהְיוֹת בִּשְׁנֵי בְּשַׁבָּת הַכֹּל שׁוֹחֲטִין בּוֹ בַּיּוֹם שֶׁאֵין רוֹצִים לִשְׁחֹוט בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְצֹורֶךְ יוֹם רִאשׁוֹן. וּכְ' הָרַמְבַּ"ם זַ"ל שֶׁאִם לֹא הוֹדִיעוֹ בְּאַרְבָּעִים פִּרְקֵי' הַלָּלוּ דְּהָוֵי מֶקַח טָעוּת. דְּאָנוּ יָדְעִינַן דִּלְשׁוֹחֲטָהּ הַיּוֹם קְנָאָהּ וּלְכָךְ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּכֶּלֶא הַשָּׁנָה וּמִסְתַּבֵּר כֵּן: תָּנָא אִם לֹא הוֹדִיעוֹ הוֹלֵךְ וְשׁוֹחֵט וְאֵינוֹ נִמְנָע. רָאִיתִי כָּתוּב בְּשֵׁם רַב אַחַאי דְּאִם תַּגָּר עוֹבֵד כּוֹכָבִים הוּא צָרִיךְ לְמִיחַשׁ לְמִילְּתָא. וְלֹא מִסְתַּבֵּר כְּלָל דְּמִילְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא הִיא וְאַחְזוֹקֵי אִיסּוּרָא לֹא מַחְזְקִינַן כָּל כַּמָּה דְּלָא אַדֵּעֶיהָ הַמּוֹכֵר. דְּאִם יֵשׁ לָחוּשׁ מִסָּפֵק רָאוּי הָיָה שֶׁיִּשְׁנֶה הַתַּנָּא בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים הַלָּלוּ הַקּוֹנֶה בְּהֵמָה צָרִיךְ שֶׁיִּשְׁאַל אִם מָכַר אִמָּהּ אוֹ בִּתָּהּ לִשְׁחֹוט כִּי יוֹתֵר צָרִיךְ לְהִזָּהֵר הָעוֹשֶׂה עֲבֵירָה מֵאוֹתוֹ שֶׁמַּכְשִׁילוֹ. וְהָיָה צָרִיךְ שֶׁיַּטִּילוּ הַזְּהִירוּת עַל בַּעַל הַמַּעֲשֶׂה כִּי שֶׁמָּא יִשְׁכַּח הַמַּכְשִׁיל וְלֹא יֹאמַר לוֹ. אֶלָּא וְדָא אֵין לָחוּשׁ אֶלָּא לְמִי שֶׁיּוֹדֵעַ הַוַּדַּאי דְּהַיְינוּ הַמּוֹכֵר וְהִזְהִירוּהוּ שֶׁלֹּא יַכְשִׁיל הַקּוֹנֶה. אֲבָל הַקּוֹנֶה אֵין לוֹ לָחוּשׁ כְּלָל מִסָּפֵק. אַף אִם קָנָה מִתַּגָּר עוֹבֵד כּוֹכָבִים:
Il est enseigné (tanya) : à quatre périodes (perakim) de l'année, celui qui vend une bête à son prochain doit l'avertir : 'j'ai vendu [sa] mère pour l'abattre', '[ou] j'ai vendu [sa] fille pour l'abattre'. Et ce sont [ces périodes] : la veille du dernier jour de fête de la fête [de Souccot], la veille du premier jour de fête de Pessa'h, la veille de Chavouot (atseret), et la veille de Roch Hachana ; et selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen, [aussi] la veille de Yom Kippour en Galilée. Rabbi Yehouda a dit : quand [cela] ? Au moment où il n'y a pas d'intervalle (riouah) ; mais s'il y a un intervalle, il n'a pas besoin de l'avertir. Et Rabbi Yehouda concède, [dans le cas de] celui qui vend la mère au marié (hatan) et la fille à la mariée (kalla), qu'il doit l'avertir, car il est notoire que tous deux abattent en un seul jour. Rachi a expliqué : 'au moment où il n'y a pas d'intervalle' — [c'est] qu'il a vendu la mère aujourd'hui [même] ; mais 'au moment où il y a un intervalle' — par exemple qu'il a vendu la première hier et la seconde aujourd'hui, [alors] je dis que dès hier il a abattu la première. Et le Rambam, de mémoire bénie, a expliqué d'une autre manière : dans quel cas dit-on qu'il doit l'avertir ? [Quand] il a vu que celui qui a acheté en dernier était pressé d'acquérir, et [que] c'est [à] la fin du jour, [de sorte] que sa présomption (hezkato) est qu'il abat maintenant. Mais s'il y avait de l'intervalle dans le jour, il n'a pas besoin de l'avertir, car peut-être n'abattra-t-il que le lendemain. Et il apparaît qu'il a été contraint (nidhak) d'expliquer [ainsi] parce que le 'quand ?' de Rabbi Yehouda porte sur le vendeur la veille de fête dont parle le premier Tana : et c'est à son sujet que Rabbi Yehouda dit 'quand ?', pour expliquer les paroles du premier Tana et pour distinguer, [précisément] au sujet de celui qui vend la veille de fête elle-même, entre le cas où il y a un intervalle et le cas où il n'y a pas d'intervalle. Mais son explication n'est nullement plausible : car s'il était pressé d'acquérir à la fin du jour, pourquoi dirions-nous qu'il abat aujourd'hui plutôt que [pour] ce qu'il a acheté le matin ? Au contraire, l'inverse est plausible : celui qui achète le soir n'a pas [le] temps d'abattre et de dépouiller, et c'est pour le besoin du lendemain qu'il achète ; et s'il est pressé d'acquérir, c'est parce que le jour de fête il ne pourra pas acquérir. Et il est possible que le premier Tana n'ait pas parlé explicitement de celui qui vend la veille de fête uniquement. Et j'aurais pu expliquer ses paroles [ainsi] : à ces quatre périodes, [le] commun de ceux qui achètent des bêtes en ces temps-là [les] achètent en vue de les abattre la veille de fête ; et même s'il a acheté un jour ou deux avant la fête, son intention est de la conserver jusqu'à la fête, [de sorte] qu'elle ne se putréfie pas [avant] la fête. Et Rabbi Yehouda vient expliquer [que] le premier Tana parle uniquement de la veille de fête. Mais dans la Tossefta il ressort [un sens] conforme à l'explication de Rachi, car il est enseigné : Rabbi Yehouda a dit : dans quel cas [cela] est-il dit ? [Quand] Yom Kippour tombe un lundi ; mais s'il tombe l'un des [autres] jours de la semaine, il n'a pas besoin de l'avertir, parce que celui-ci peut abattre aujourd'hui et celui-là demain. Explication : quand [Yom Kippour] tombe un lundi, tous abattent le jour même [la veille], car ils ne veulent pas abattre la veille de Chabbat pour le besoin du dimanche. Et le Rambam, de mémoire bénie, a écrit que s'il ne l'a pas averti à ces quatre périodes, [la vente] est un achat erroné (mekah taout), car nous savons que c'est pour l'abattre aujourd'hui qu'il l'a acquise, et c'est pourquoi il doit l'avertir — ce qui n'est pas le cas [aux] autres [jours] de l'année ; et cela est plausible. Il est enseigné (tana) : s'il ne l'a pas averti, [l'acheteur] va et abat, et il ne s'[en] abstient pas. J'ai vu écrit au nom de Rav Ahai que si le marchand est un idolâtre (oved kokhavim), il faut craindre pour la chose. Mais cela n'est nullement plausible, car c'est une chose qui n'est pas fréquente, et nous ne présumons pas d'interdit (issour) tant que le vendeur n'a pas averti. Car s'il y avait à craindre par doute (mi-safek), il eût été convenable que le Tana enseigne : à ces quatre périodes, celui qui achète une bête doit demander si l'on a vendu sa mère ou sa fille pour l'abattre ; car celui qui commet la transgression doit prendre garde plus que celui qui le fait trébucher. Et il eût fallu mettre la précaution [à la charge] de l'auteur de l'acte, car peut-être celui qui fait trébucher oubliera-t-il et ne le lui dira-t-il pas. Mais [en vérité] il n'y a à craindre que pour celui qui connaît la certitude (ha-vaddai), à savoir le vendeur, et [les Sages] lui ont enjoint de ne pas faire trébucher l'acheteur. Mais l'acheteur n'a nullement à craindre par doute, même s'il a acheté à un marchand idolâtre.
💡 Explication

Nouvelle michna (voir le schéma). À quatre périodes où l'on tient des festins, le vendeur d'une bête doit avertir l'acheteur s'il a déjà vendu le même jour la mère ou la fille de cette bête — sinon les deux pourraient être égorgées le même jour, transgressant 'la bête et son petit, vous ne les égorgerez pas en un seul jour' (Lev 22:28). Rachi : on suppose que qui achète une bête l'abat aussitôt. Rabbi Yossi le Galiléen ajoute la veille de Yom Kippour en Galilée.

7
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי – בִּזְמַן שֶׁאֵין לוֹ רֶיוַח, אֲבָל יֵשׁ לוֹ רֶיוַח – אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה בְּמוֹכֵר אֶת הָאֵם לֶחָתָן וְאֶת הַבַּת לַכַּלָּה – שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ, בְּיָדוּעַ שֶׁשְּׁנֵיהֶם שׁוֹחֲטִין בְּיוֹם אֶחָד.

Rabbi Yehouda dit : quand [cela] ? Au moment où il n'a pas d'intervalle [entre les deux ventes] ; mais s'il a un intervalle — il n'a pas besoin de l'avertir.

Et Rabbi Yehouda concède, [dans le cas de] celui qui vend la mère au marié (hatan) et la fille à la mariée (kalla), qu'il doit l'avertir : [car] il est notoire que tous deux abattent en un seul jour.

📜 Rachi (4)
שֶׁאֵין לוֹ רִיוַּח הֶפְסֵק בֵּינְתַיִם שֶׁמָּכַר הָאֵם הַיּוֹם:
Au moment où il n'a pas d'intervalle — pas d'interruption entre [les ventes], [du fait] qu'il a vendu la mère aujourd'hui [même].
אֲבָל יֵשׁ לוֹ רֶיוַח שֶׁמָּכַר אֶת הָרִאשׁוֹנָה אֶתְמוֹל וְהַשְּׁנִיָּה הַיּוֹם:
Mais s'il a un intervalle — [du fait] qu'il a vendu la première hier et la seconde aujourd'hui.
אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ שֶׁאֲנִי אוֹמֵר אֶתְמוֹל שָׁחַט הָרִאשׁוֹן:
Il n'a pas besoin de l'avertir — car je dis : hier [déjà] le premier a abattu la sienne.
וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה כוּ' אע"פ שֶׁלָּקַח זֶה הַיּוֹם וְזֶה לְמָחָר:
Et Rabbi Yehouda concède etc. — bien que celui-ci ait acheté aujourd'hui et celui-là demain.
🗂️ Tossefot (1)
וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה תֵּימַהּ לְמָאֵן מוֹדֶה דְּאֵימָתַי דְּרַבִּי יְהוּדָה לְפָרֵשׁ הוּא כִּדְאָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין בְּפֶרֶק זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף כֹּה.):
'Et Rabbi Yehouda concède' — il y a lieu de s'étonner : à qui concède-t-il ? Car le 'quand ?' de Rabbi Yehouda vient [seulement] expliquer [la michna, et non diverger d'elle], comme nous le disons dans Sanhédrin, au chapitre Zé Borer (25a).
💡 Explication

Rabbi Yehouda nuance : l'obligation d'avertir ne vaut que s'il n'y a pas d'intervalle — c'est-à-dire si les deux ventes ont lieu le même jour. S'il a vendu la première hier et la seconde aujourd'hui, pas besoin d'avertir : on suppose que la première a déjà été abattue hier. Mais il concède que, si la mère est vendue au marié et la fille à la mariée (même en deux jours), il faut avertir, car ils abattront notoirement le même jour pour la noce.

8
בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים אֵלּוּ מַשְׁחִיטִין אֶת הַטַּבָּח בְּעַל כָּרְחוֹ, אֲפִילּוּ שׁוֹר שָׁוֶה אֶלֶף דִּינָרִים וְאֵין לוֹ לְלוֹקֵחַ אֶלָּא דִּינָר – כּוֹפִין אוֹתוֹ לִשְׁחֹוט. לְפִיכָךְ, אִם מֵת – מֵת לַלּוֹקֵחַ. אֲבָל בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה אֵינוֹ כֵּן, לְפִיכָךְ אִם מֵת – מֵת לַמּוֹכֵר.

À ces quatre périodes, on contraint le boucher (tabah) à abattre malgré lui : même [pour] un bœuf valant mille deniers, [si] l'acheteur n'a [payé] qu'un denier — on le contraint à abattre. C'est pourquoi, [si la bête] est morte — elle est morte pour l'acheteur.

Mais aux autres jours de l'année il n'en va pas ainsi ; c'est pourquoi, [si elle] est morte — elle est morte pour le vendeur.

📜 Rachi (5)
מַשְׁחִיטִין הַטַּבָּח בְּעַל כָּרְחוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל שֶׁאִם קִבֵּל דִּינָר מִלּוֹקֵחַ לִיתֵּן לוֹ בְּדִינָר בָּשָׂר:
On contraint le boucher malgré lui — comme [la michna] l'explique en poursuivant : s'il a reçu un denier de l'acheteur pour lui donner un denier de viande.
אֲפִילּוּ שׁוֹר שָׁוֶה אֶלֶף זוּז שׁוֹחֲטוֹ עַל כָּרְחוֹ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹקְחִין לִשְׁאָר וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Même [pour] un bœuf valant mille zouz — il l'abat malgré lui, bien qu'il n'y ait pas d'acheteurs pour le reste ; et dans la gemara [on] en explique la raison.
וְאֵין לַלּוֹקֵחַ בּוֹ אֶלָּא דִּינָר שֶׁנָּתַן דִּינָר לַטַּבָּח:
Et l'acheteur n'y a [payé] qu'un denier — [du fait] qu'il a donné un denier au boucher.
מֵת לַלּוֹקֵחַ וּמַפְסִיד הַדִּינָר:
Morte pour l'acheteur — et il perd le denier.
אֵינוֹ כֵּן דְּבָעֵינַן מְשִׁיכָה וְכָל זְמַן שֶׁלֹּא מָשַׁךְ חוֹזֵר בּוֹ הַטַּבָּח:
Il n'en va pas ainsi — car nous requérons la meshicha (le fait de tirer), et tant qu'il n'a pas tiré le boucher peut se rétracter.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים הַלָּלוּ מַשְׁחִיטִין אֶת הַטַּבָּח בע"כ וַאֲפִילּוּ שׁוֹר שָׁוֶה אֶלֶף דִּינָר וְאֵין לַלּוֹקֵחַ בּוֹ אֶלָּא דִּינָר כּוֹפִין אוֹתוֹ לִשְׁחוֹט. לְפִיכָךְ אִם מֵת מֵת לַלּוֹקֵחַ. אֲבָל בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה אֵינוֹ כֵּן. לְפִיכָךְ אִם מֵת מֵת לַמּוֹכֵר:
Michna : à ces quatre périodes, on contraint le boucher (tabah) à abattre malgré lui (be-al korho) ; et même [pour] un bœuf valant mille deniers, [si] l'acheteur n'y a [payé] qu'un denier, on le contraint à abattre. C'est pourquoi, [si la bête] est morte, elle est morte pour l'acheteur. Mais aux autres jours de l'année il n'en va pas ainsi ; c'est pourquoi, [si elle] est morte, elle est morte pour le vendeur.
💡 Explication

Suite de la michna : à ces quatre périodes, on contraint le boucher à abattre, même un bœuf de mille deniers pour un acheteur qui n'a payé qu'un denier de viande. Conséquence : si la bête meurt avant l'abattage, la perte revient à l'acheteur (il perd son denier). Aux autres jours, ce n'est pas le cas : tant que l'acheteur n'a pas tiré (meshicha) la bête, elle reste au vendeur ; si elle meurt, c'est pour le vendeur (qui rend l'argent).

9
גְּמ׳ תַּנָּא, אִם לֹא הוֹדִיעוֹ – הוֹלֵךְ וְשׁוֹחֵט וְאֵינוֹ נִמְנָע.

GEMARA. Il est enseigné : [si le vendeur] ne l'a pas averti — [l'acheteur] va et abat, et il ne s'[en] abstient pas.

💡 Explication

La gemara cite une braita : l'obligation de vérifier pèse sur le vendeur, non sur l'acheteur. Si le vendeur n'a pas averti, l'acheteur peut aller abattre sans avoir à craindre ni à s'en abstenir — il n'a pas à enquêter de lui-même.

10
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֵימָתַי. לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי אֶת הָאֵם לֶחָתָן וְאֶת הַבַּת לַכַּלָּה? מִלְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָמַשְׁמַע לַן, דְּאֹורַח אַרְעָא לְמִטְרַח בֵּי חַתְנָא טְפֵי מִבֵּי כַלְּתָא.

[Quant à ce qu'a dit] Rabbi Yehouda 'quand ?' — pourquoi me faut-il enseigner 'la mère au marié et la fille à la mariée' [précisément] ? [La michna] nous enseigne une chose au passage (milta agav orhei) : que c'est l'usage convenable (orah ar'a) de se dépenser pour la maison du marié plus que pour la maison de la mariée.

📜 Rachi (2)
גְּמָ' לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי אֶת הָאֵם לֶחָתָן לִיתְנֵי בְּמוֹכֵר זוֹ לְחָתָן וְזוֹ לַכַּלָּה וּמַאי פָּסְקָה דִּנְקַט לְחָתָן אִם וְלַכַּלָּה בַּת:
GEMARA. Pourquoi me faut-il enseigner 'la mère au marié' — qu'[elle] enseigne [plutôt] : celui qui vend celle-ci au marié et celle-là à la mariée ! Et quelle [raison] déterminante a-t-elle pris [pour] mettre la mère au marié et la fille à la mariée ?
לְמִיטְרַח בֵּי חַתְּנָא וְלַעֲשׂוֹת סְעוּדָה טְפֵי מִכַּלְּתָא:
Se dépenser pour [la maison du] marié — et faire un festin plus [grand] que [la maison de] la mariée.
💡 Explication

Pourquoi la michna précise-t-elle la mère au marié et la fille à la mariée (et non simplement 'l'une au marié, l'autre à la mariée') ? Réponse : elle enseigne au passage (agav orhei) un point de bon usage : on se dépense davantage pour la maison du marié que pour celle de la mariée — d'où le marié prend la mère, la bête plus grande, et la mariée la fille, la plus petite.

11
בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים אֵלּוּ, וְהָא לֹא מָשַׁךְ! אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: כְּשֶׁמָּשַׁךְ. אִי הָכִי, אֵימָא סֵיפָא: אֲבָל בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה אֵינוֹ כֵּן, לְפִיכָךְ אִם מֵת – מֵת לַמּוֹכֵר, וְהָא מָשַׁךְ!

[Quant à] 'à ces quatre périodes [etc.]' — mais il n'a pas [encore] tiré (lo machakh) ! Rav Houna a dit au nom de Rav : [c'est le cas] où il a tiré (ke-che-machakh).

Si [c'est] ainsi, dis [donc] la fin [de la michna] : 'mais aux autres jours de l'année il n'en va pas ainsi, c'est pourquoi [si] elle est morte — elle est morte pour le vendeur' — or il a [pourtant] tiré !

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אִם מֵת מֵת לַלּוֹקֵחַ וְהָא לֹא מָשַׁךְ. אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק כְּשֶׁזִּיכָּה לוֹ עַל יְדֵי אַחֵר. בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים הַלָּלוּ דִּזְכוּת הוּא לוֹ זָכִין לְאָדָם שֶׁלֹּא בְּפָנָיו. בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה דְּחוֹב הוּא לוֹ אֵין חָבִין לְאָדָם אֶלָּא בְּפָנָיו. ר' אִילְעָא א"ר יוֹחָנָן בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים הַלָּלוּ הֶעֱמִידוּ חֲכָמִים דִּבְרֵיהֶם עַל דִּבְרֵי תוֹרָה. דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת וּמַה טַעַם אָמְרוּ מְשִׁיכָה קוֹנָה שֶׁמָּא יֹאמַר לוֹ נִשְׂרְפוּ חִטֶּיךָ בָּעֲלִיָּה:
Gemara : '[si elle] est morte, elle est morte pour l'acheteur' — mais il n'a pas [encore] tiré (lo machakh) ! Rav Chmouel bar Yitshak a dit : [c'est le cas] où [le vendeur] le lui a acquis par l'entremise d'un autre (zikha lo al yedei aher). À ces quatre périodes, où c'est un avantage (zekhout) pour lui — on acquiert pour une personne [même] en son absence (zakhin le-adam she-lo be-fanav) ; [mais] aux autres jours de l'année, où c'est une charge (hov) pour lui — on n'impose pas de charge à une personne si ce n'est en sa présence (ein havin le-adam ela be-fanav). Rabbi Il'a a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : à ces quatre périodes, les Sages ont maintenu leurs paroles sur [le pied de] la loi de la Torah (divrei Torah). Car Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [selon] la loi de la Torah (de-var Torah), l'argent acquiert (maot konot) ; et quel motif a-t-on dit [que] la meshicha (le fait de tirer) acquiert ? Un décret (gezera), de peur qu'il [ne] lui dise 'ton blé a brûlé dans la soupente'.
💡 Explication

Difficulté sur la michna : pourquoi la perte retombe-t-elle sur l'acheteur aux quatre périodes, puisqu'il n'a pas tiré (meshicha) la bête et donc ne l'a pas acquise ? Rav (rapporté par Rav Houna) répond : c'est un cas où il a déjà tiré. Objection aussitôt : alors la fin de la michna ('aux autres jours... elle meurt pour le vendeur') devient incompréhensible — si l'acheteur a tiré, pourquoi la perte reviendrait-elle au vendeur ?

12
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק: לְעוֹלָם שֶׁלֹּא מָשַׁךְ, וּכְגוֹן שֶׁזִּיכָּה לוֹ עַל יְדֵי אַחֵר, בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים אֵלּוּ דִּזְכוּת הוּא לוֹ – זַכִּין לְאָדָם שֶׁלֹּא בְּפָנָיו, בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה דְּחוֹב הוּא לוֹ – אֵין חָבִין לָאָדָם שֶׁלֹּא בְּפָנָיו.

Rabbi Chmouel bar Rav Yitshak a dit : en réalité, [c'est le cas] où il n'a pas tiré ; et [c'est] par exemple où [le vendeur] le lui a acquis par l'entremise d'un autre (zikha lo al yedei aher). À ces quatre périodes, où c'est un avantage pour lui — on acquiert pour une personne [même] en son absence ; aux autres jours de l'année, où c'est une charge pour lui — on n'impose pas de charge à une personne en son absence.

📜 Rachi (4)
שֶׁזִּיכָּה לוֹ ע"י אַחֵר הַמּוֹכֵר הַזֶּה מָסַר אֶת הַשּׁוֹר לְאָדָם אַחֵר שֶׁלֹּא בִּפְנֵי הַלּוֹקֵחַ וְאָמַר לוֹ זָכֵי בְּשׁוֹר זֶה לִפְלוֹנִי לִהְיוֹת לוֹ בְּדִינָר בָּשָׂר:
Où il le lui a acquis par l'entremise d'un autre — ce vendeur a remis le bœuf à une autre personne, en l'absence de l'acheteur, et lui a dit : 'acquiers ce bœuf au profit d'un tel, [pour] qu'il lui appartienne au [titre d'un] denier de viande'.
דִּזְכוּת הוּא לוֹ מְסִירָה זוֹ זְכוּת הִיא לוֹ דְּהָא לָא סַגִּי לֵיהּ בְּלָא בָּשָׂר:
Où c'est un avantage pour lui — cette remise est un avantage pour lui, car il ne saurait se passer de viande.
חוֹב הוּא לוֹ לְהוֹצִיא הוֹצָאוֹת הֶפְסֵד הוּא לוֹ:
C'est une charge pour lui — engager des dépenses, c'est une perte pour lui.
אֵין חָבִין לוֹ דְּאֵין אָדָם נַעֲשֶׂה שָׁלִיחַ לַחֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ לְהַפְסִידוֹ אֲבָל לְהִרְוִיחוּ אֲנַן סָהֲדֵי דְּנִיחָא לֵיהּ לְפִיכָךְ זַכִּין וְאֵין חָבִין:
On n'impose pas de charge à son [profit] — car nul ne devient mandataire pour son prochain à son insu pour lui [causer] une perte ; mais pour lui [procurer] un gain, il nous est évident que cela lui convient — c'est pourquoi 'on acquiert [pour autrui] mais on ne [lui] impose pas de charge'.
💡 Explication

Rav Chmouel bar Rav Yitshak résout sans recourir à la meshicha (voir le schéma) : le vendeur acquiert pour l'acheteur par un tiers (zekhin / zikoui). Aux quatre périodes, où l'acheteur veut sa viande pour la fête, c'est un avantage : 'on acquiert pour autrui en son absence', l'acquisition prend, la perte est à l'acheteur. Aux autres jours, acquérir d'avance serait une charge (dépense inutile) : 'on n'impose pas de charge à autrui en son absence', donc la perte reste au vendeur.

13
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים אֵלּוּ הֶעֱמִידוּ חֲכָמִים דִּבְרֵיהֶם עַל דִּין תּוֹרָה.

Rabbi Elazar dit [que] Rabbi Yo'hanan a dit : à ces quatre périodes, les Sages ont maintenu leurs paroles sur [le pied de] la loi de la Torah (din Torah).

📜 Rachi (1)
עַל דִּין תּוֹרָה שֶׁקּוֹנִין לוֹ מְעוֹתָיו בְּלֹא מְשִׁיכָה:
Sur [le pied de] la loi de la Torah — [à savoir] que son argent acquiert pour lui sans meshicha.
💡 Explication

Troisième lecture (voir le schéma). Rabbi Yo'hanan (par Rabbi Elazar) : aux quatre périodes, les Sages ont maintenu la loi de la Torah — selon laquelle l'argent acquiert (sans besoin de tirer la bête). Le paiement de l'acheteur suffit donc à acquérir sa viande ; la perte est à lui.

14
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: דְּבַר תּוֹרָה – מָעוֹת קוֹנוֹת, וּמַה טַעַם אָמְרוּ מְשִׁיכָה קוֹנָה – גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמַר לוֹ ״נִשְׂרְפוּ חִטֶּיךָ בָּעֲלִיָּה״.

Car Rabbi Yo'hanan a dit : [selon] la loi de la Torah, l'argent acquiert (maot konot) ; et quel motif a-t-on dit [que] la meshicha (le fait de tirer) acquiert ? Un décret, de peur qu'il [ne] lui dise : 'ton blé a brûlé dans la soupente'.

📜 Rachi (2)
דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת מִכֵּיוָן שֶׁנָּתַן מָעוֹת לַמּוֹכֵר אֵין אֶחָד מֵהֶם יָכוֹל לַחֲזוֹר דְּגָמְרִינַן מֵהֶקְדֵּשׁ דִּכְתִיב וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ:
[Selon] la loi de la Torah, l'argent acquiert — dès lors qu'il a donné l'argent au vendeur, aucun des deux ne peut se rétracter ; car nous [le] dérivons du [bien] consacré (hekdech), dont il est écrit 'il donnera l'argent et [le bien] lui sera assuré' (Lev 27:19).
וּמַה טַעַם אָמְרוּ מְשִׁיכָה קוֹנָה כּוּ' דְּאִי מוֹקְמַתְּ לְהוּ לְפֵירֵי בְּאַחְרָיוּת הַלּוֹקֵחַ מִשֶּׁנָּתַן מָעוֹת אִי מִתְרַמֵּי דְּלֵיקָה בְּבֵית הַמּוֹכֵר שֶׁהַפֵּירוֹת שָׁם לֹא טָרַח לְאַצּוֹלִינְהוּ אֲבָל סְתָם מוֹשֵׁךְ מַמְטֵי לְהוּ לְבֵיתֵיהּ:
Et quel motif a-t-on dit [que] la meshicha acquiert etc. — car si tu mets la marchandise sous la responsabilité de l'acheteur dès qu'il a donné l'argent, [alors,] si un incendie survient dans la maison du vendeur où se trouve la marchandise, il ne se donnera pas la peine de la sauver ; mais [quand] on tire, d'ordinaire, on l'emporte chez soi.
💡 Explication

Fondement de la position précédente : selon la Torah, l'argent acquiert les biens mobiliers (dès le versement, nul ne peut se rétracter). Les Sages ont institué que c'est la meshicha qui acquiert — par décret, de peur que le vendeur, une fois payé, ne néglige la marchandise (par exemple ne la sauve pas d'un incendie) et dise à l'acheteur : 'ton blé a brûlé dans la soupente'. Pour l'honneur de la fête, les Sages ont laissé la loi de la Torah en vigueur aux quatre périodes.

15
מַתְנֵי׳ ״יוֹם אֶחָד״ הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ – הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה. אֶת זוֹ דָּרַשׁ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא: נֶאֱמַר בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית ״יוֹם אֶחָד״, וְנֶאֱמַר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ ״יוֹם אֶחָד״ – מַה ״יוֹם אֶחָד״ הָאָמוּר בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה, אַף ״יוֹם אֶחָד״ הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה.

MICHNA. [Le] 'un seul jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' (oto ve-et beno) — le jour suit la nuit (ha-yom holekh ahar ha-laila).

Cela, Rabbi Chimon ben Zoma l'a exposé [ainsi] : il est dit dans l'œuvre de la Création 'un seul jour' (Gen 1:5), et il est dit à propos de 'la bête et son petit' 'un seul jour' (Lev 22:28) : de même que 'un seul jour' énoncé dans l'œuvre de la Création — le jour suit la nuit, de même 'un seul jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' — le jour suit la nuit.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה שָׁחַט הָאֵם מִשֶּׁחֲשֵׁכָה לֹא יִשְׁחֹוט הַבַּת כָּל הַלַּיְלָה וְכָל הַיּוֹם הַמָּחֳרָת אֲבָל שָׁחַט הָאֵם בַּיּוֹם שׁוֹחֵט הַבַּת בַּלַּיְלָה דְּאֵין הַלַּיְלָה הוֹלֵךְ אַחַר יוֹם:
MICHNA. Le jour suit la nuit — [s']il a abattu la mère après la tombée de la nuit, il n'abattra pas le petit de toute la nuit ni de tout le lendemain ; mais [s']il a abattu la mère de jour, il abat le petit [la] nuit [suivante], car la nuit ne suit pas le jour [pour le profane].
אֶת זוֹ דָּרַשׁ מִשּׁוּם דִּבְעִנְייָנָא דְּקָדָשִׁים כְּתִיב אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ אִיצְטְרִיךְ לְמִדְרְשֵׁהּ כִּדְתַנְיָא בַּגְּמָרָא:
Cela [Ben Zoma] l'a exposé — parce que [le verset] 'la bête et son petit' est écrit dans le contexte des consacrés (kodachim), il a fallu l'exposer [par analogie], comme il est enseigné dans la gemara.
מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר בְּרֵישָׁא עֶרֶב וַהֲדַר בֹּקֶר:
L'œuvre de la Création — '[il y eut] un soir et [il y eut] un matin' : d'abord le soir, et ensuite le matin.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' יוֹם אֶחָד הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה אֶת זוֹ דָּרַשׁ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא נֶאֱמַר בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית יוֹם אֶחָד וְנֶאֱמַר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ יוֹם אֶחָד. מַה יוֹם אֶחָד הָאָמוּר בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה. אַף יוֹם אֶחָד הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה: הֲדַרַן עֲלָךְ אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ
Michna : [le] 'un seul jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' (oto ve-et beno) — le jour suit la nuit (ha-yom holekh ahar ha-laila). Cela, Rabbi Chimon ben Zoma l'a exposé [ainsi] : il est dit dans l'œuvre de la Création 'un seul jour', et il est dit à propos de 'la bête et son petit' 'un seul jour' : de même que 'un seul jour' énoncé dans l'œuvre de la Création — le jour suit la nuit, de même 'un seul jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' — le jour suit la nuit. Nous [en] revenons à toi (hadran alakh) 'Oto ve-et beno'.
💡 Explication

Dernière michna (voir le schéma). Pour l'interdit de 'la bête et son petit en un seul jour', comment compter ce jour ? Le jour suit la nuit : la journée commence le soir. Donc, si l'on abat la mère le jour, on peut abattre le petit la nuit suivante ; mais si l'on abat la mère la nuit, on ne peut abattre le petit ni cette nuit ni le lendemain. Ben Zoma l'établit par guezera chava (analogie verbale) entre 'un seul jour' de la Création ('soir... puis matin') et 'un seul jour' de notre verset.

16
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: אֶת זוֹ דָּרַשׁ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא, לְפִי שֶׁכָּל הָעִנְיָן כֻּולּוֹ אֵינוֹ מְדַבֵּר אֶלָּא בְּקָדָשִׁים, וּבְקָדָשִׁים לַיְלָה הוֹלֵךְ אַחַר הַיּוֹם, יָכוֹל אַף זֶה כֵּן? נֶאֱמַר כָּאן ״יוֹם אֶחָד״, וְנֶאֱמַר בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית ״יוֹם אֶחָד״, מַה ״יוֹם אֶחָד״ הָאָמוּר בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית – הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה, אַף יוֹם הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ – הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה.

GEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : cela, Rabbi Chimon ben Zoma l'a exposé [ainsi] : puisque tout ce passage ne parle que des consacrés (kodachim), et que pour les consacrés la nuit suit le jour (laila holekh ahar ha-yom), on aurait pu [croire] que celui-ci [aussi] en va ainsi ; [aussi] il est dit ici 'un seul jour', et il est dit dans l'œuvre de la Création 'un seul jour' : de même que 'un seul jour' énoncé dans l'œuvre de la Création — le jour suit la nuit, de même [le] 'jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' — le jour suit la nuit.

📜 Rachi (2)
גְּמ' לְפִי שֶׁכָּל הָעִנְיָן הַפָּרָשָׁה הַזֹּאת סְמוּכָה לְקָדָשִׁים דִּכְתִיב יֵרָצֶה לְקָרְבַּן אִשָּׁה וּסְמִיךְ לֵיהּ אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ:
GEMARA. Puisque tout ce passage — cette section[-ci] est attenante à [celle des] consacrés, car il est écrit 'il sera agréé... pour une offrande par le feu' (Lev 22:27), et lui est attenant 'la bête et son petit' (Lev 22:28).
בְּקָדָשִׁים לַיְלָה הוֹלֵךְ אַחַר הַיּוֹם דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז) בְּיוֹם קָרְבָּנוֹ יֵאָכֵל לֹא יַנִּיחַ מִמֶּנּוּ עַד בֹּקֶר אַלְמָא לַיְלָה שֶׁלְּאַחֲרָיו קָרֵי יוֹם קָרְבָּנוֹ עַד הַבֹּקֶר:
Pour les consacrés la nuit suit le jour — car il est écrit (Lev 7:[15-16]) 'au jour de son offrande il sera mangé... il n'en laissera pas jusqu'au matin', d'où [il ressort] que la nuit qui [le] suit est appelée [encore] 'le jour de son offrande', [et qu'on mange] jusqu'au matin.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' יוֹם אֶחָד הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה אֶת זוֹ דָּרַשׁ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא נֶאֱמַר בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית יוֹם אֶחָד וְנֶאֱמַר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ יוֹם אֶחָד. מַה יוֹם אֶחָד הָאָמוּר בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה. אַף יוֹם אֶחָד הָאָמוּר בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הַיּוֹם הוֹלֵךְ אַחַר הַלַּיְלָה: הֲדַרַן עֲלָךְ אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ
Michna : [le] 'un seul jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' (oto ve-et beno) — le jour suit la nuit (ha-yom holekh ahar ha-laila). Cela, Rabbi Chimon ben Zoma l'a exposé [ainsi] : il est dit dans l'œuvre de la Création 'un seul jour', et il est dit à propos de 'la bête et son petit' 'un seul jour' : de même que 'un seul jour' énoncé dans l'œuvre de la Création — le jour suit la nuit, de même 'un seul jour' énoncé à propos de 'la bête et son petit' — le jour suit la nuit. Nous [en] revenons à toi (hadran alakh) 'Oto ve-et beno'.
💡 Explication

La braita explicite la raison de la guezera chava. Le passage de 'la bête et son petit' est écrit dans le contexte des consacrés (kodachim) — or, pour les consacrés, la nuit suit le jour (la chair de l'offrande se mange le jour du sacrifice et la nuit qui suit, jusqu'au matin). On aurait donc pu croire qu'il en va de même ici. L'analogie verbale 'un seul jour' / 'un seul jour' enseigne au contraire qu'on compte comme à la Création : le jour suit la nuit.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).