Chullin 84a — la couverture du sang ne vaut pas pour les consacrées, et la derech eretz de la consommation de viande

Chullin 84a

Sougya : Suite de la michna selon laquelle la couverture du sang (kisouy ha-dam) ne s'applique pas aux [bêtes] consacrées. La Guemara demande pourquoi l'on ne rachète pas l'oiseau après l'abattage pour ensuite couvrir : le rachat exige la mise debout et l'estimation (haamada ve-haarakha), impossible après la mort.

On cherche selon quel Tana établir la michna : Rav Yossef répond que c'est Rabbi, qui combine R. Chimon (un abattage non valable est tout de même un abattage) et R.

Meir (les consacrés de l'entretien du Temple sont inclus dans la mise debout et l'estimation). Une seconde lecture, tout entière selon R.

Chimon, dérive de 'il versera et couvrira' (Lev 17:13) que seul ce qui ne manque QUE de versement et de couverture est tenu de la couverture ; Mar bar Rav Achi l'apprend de 'bête sauvage ou oiseau'. Vient ensuite l'échange de Yaakov le min avec Rava : puisque le sang de la behema est 'comme l'eau' (Deut 12:24), il n'exige pas de couverture — mais on ne s'y immerge pas, car 'source, citerne, amas d'eau' (Lev 11:36) fournit trois exclusions.

Enfin deux braitot tirent des versets une règle de bonne conduite (derech eretz) sur la consommation de viande, où s'inscrit le barème célèbre de Rabbi Elazar ben Azaria selon la fortune de chacun, puis les recommandations de Rav, R. Yo'hanan et Rav Nahman sur l'affaiblissement des générations.

Pourquoi le sang des oiseaux consacrés n'est pas couvert la michna : la couverture du sang ne s'applique pas aux [bêtes] consacrées Rav Yossef : la michna est de Rabbi abattage non valable = abattage (comme R. Chimon) il faut mise debout et estimation (comme R. Meir) -> pas de rachat après abattage 2e réponse : tout est R. Chimon 'il versera et couvrira' (Lev 17:13) seul ce qui ne manque QUE de versement + couverture exclut : versement + RACHAT/GRATTAGE + couverture Mar bar Rav Achi : 'bête sauvage ou oiseau' (Lev 17:13) de même que la bête sauvage n'est pas chose consacrée (jamais offrable), de même l'oiseau [visé] n'est pas chose consacrée objection : alors excluons tourterelles et pigeons ? -> non : 'comme la bête', sans distinction d'espèce
Les trois résolutions (segments 3-6) : pourquoi le sang des oiseaux consacrés n'est pas couvert.
Le sang de la bête domestique 'comme l'eau' (Yaakov le min vs Rava) Yaakov le min la haya est incluse dans la behema pour les simanim -> donc la behema incluse dans la haya pour la couverture ? Rava 'tu le verseras sur le sol comme l'eau' (Deut 12:24) -> de même que l'eau n'exige pas de couverture, ce sang non plus Objection : alors qu'on s'immerge dedans (comme dans l'eau) ? 'source... citerne... amas d'eau seront purs' (Lev 11:36) : trois fois 'eau' = trois exclusions source (exclut les eaux courantes) + citerne (exclut les eaux amassées) + amas (exclut le sang)
Le débat Yaakov le min / Rava (segments 9-15) : le sang de la behema 'comme l'eau', et la triple exclusion pour l'immersion.
Derech eretz : le barème de Rabbi Elazar ben Azaria manger de la viande seulement par appétit, et selon ses moyens 1 mane une livre de légumes pour sa marmite 10 mane une livre de poisson (poisson à bas prix) 50 mane une livre de viande veille de chabbat 100 mane une marmite chaque jour Rav : se préoccuper de l'avis de l'ancien ; R. Yo'hanan / Rav Nahman : nous, plus faibles -> courir, voire emprunter pour manger (les générations s'affaiblissent : on n'attend plus, on emprunte et on mange)
La derech eretz de la viande (segments 18-21) : le barème de Rabbi Elazar ben Azaria selon les moyens.
1
וְלִיפְרְקִינְהוּ וְלִיכְסִינְהוּ? בָּעֵינַן הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה.

Et qu'on les rachète et qu'on couvre [leur sang] ! [Réponse :] nous requérons la mise debout et l'estimation (haamada ve-haarakha).

📜 Rachi (2)
וְלִיפְרְקִינְהוּ וְיִהְיוּ מֻותָּרִים בַּאֲכִילָה וַהֲדַר לִיכְסְייֵהּ לְדַם:
Et qu'on les rachète — et [qu']ils soient permis à la consommation, et qu'ensuite on couvre le sang.
בָּעֵינַן הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה אֵין פּוֹדִין אֶת הַקֳּדָשִׁים לְאַחַר מִיתָה מִפְּנֵי שֶׁכָּתוּב בָּהֶן (וַיִּקְרָא כז) וְהֶעֱמִיד אֶת הַבְּהֵמָה לִפְנֵי הַכֹּהֵן (וְהֵרִים) [וְהֶעֱרִיךְ] אֹותָהּ הַכֹּהֵן וּלְאַחַר מִיתָה אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד:
Nous requérons la mise debout et l'estimation — on ne rachète pas les [bêtes] consacrées après [leur] mort, parce qu'il est écrit à leur sujet (Lévitique 27) 'il fera tenir debout la bête devant le prêtre, et le prêtre l'estimera' ; et après [sa] mort, elle ne peut plus se tenir debout.
🗂️ Tossefot (2)
וְלִיפְרְקִינְהוּ וְלִיכְסִינְהוּ תֵּימַהּ מִנָּלַן שֶׁצָּרִיךְ לִפְדּוֹתוֹ וּלְחַייְּבוֹ בְּכִסּוּי וְעוֹד דְּמַתְנִיתִין וְאֵין נוֹהֵג בְּמֻוקְדָּשִׁין קָתָנֵי וְאִי פָּרֵיק לְהוּ אֵין זֶה מֻוקְדָּשִׁין וְי"ל דְּהָכִי פָּרֵיךְ כֵּיוָן שֶׁסּוֹפוֹ לִפְדּוֹתוֹ מִשּׁוּם הֶפְסֵד קָדָשִׁים לִכְשֶׁיִּפְדֶּה הֲוָה לְמַפְרֵעַ שְׁחִיטָה רְאוּיָה א"כ לִיכְסִינְהוּ וַאֲפִילּוּ קֹודֶם פְּדִייָּה וְעוֹד דְּאִית לֵיהּ לְר"ש כָּל הָעוֹמֵד לִפְדּוֹת כְּפָדוּי דָּמֵי וַאֲפִילּוּ לֹא יִפְדֵם לְבַסּוֹף הָוְיָא שְׁחִיטָה רְאוּיָה מִשּׁוּם שְׁחִיטַת קָדָשִׁים דְּהָוְיָא שְׁחִיטָה רְאוּיָה לר"ש אֲפִילּוּ נִשְׁפַּךְ מִשּׁוּם דְּכָל הָעוֹמֵד לִזְרוֹק כְּזָרוּק דָּמֵי כִּדְאָמְרִינַן בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף עו:):
Et qu'on les rachète et qu'on couvre — étonnant : d'où [savons-nous] qu'il faut le racheter et l'astreindre à la couverture ? Et de plus, la michna enseigne '[la couverture] ne s'applique pas aux [bêtes] consacrées', or s'il les rachète, ce ne sont plus des [bêtes] consacrées ! Et l'on peut dire que voici [le sens de] l'objection : puisqu'à la fin [l'oiseau] est destiné à être racheté, en raison de la perte [qui serait causée] aux [biens] consacrés, alors, dès qu'il sera racheté, [son abattage] aura été rétroactivement un abattage propre [à permettre la consommation] ; si [c'est] ainsi, qu'on couvre [le sang] même avant le rachat. Et de plus, R. Chimon tient [que] 'tout ce qui se tient pour être racheté est comme [déjà] racheté' ; et même [s']il ne les rachète pas à la fin, [son abattage] est un abattage propre, du fait de l'abattage des [bêtes] consacrées, qui est pour R. Chimon un abattage propre même [si le sang] a été répandu, parce que 'tout ce qui se tient pour être aspergé est comme [déjà] aspergé', comme nous le disons au [chapitre] Merouba (Baba Kama 76b).
בָּעֵינַן הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה וא"ת וְהָא כָּל זְמַן שֶׁמְּפַרְכְּסִין בְּנֵי הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה נִינְהוּ כִּדְאָמַר לְעֵיל בְּפֶרֶק ב' (חֻולִּין דַּף ל.) וכ"ת בָּעֵינַן הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה הָא תְּנַן שָׁחַט בָּהּ שְׁנַיִם אוֹ רֹוב שְׁנַיִם וּמְפַרְכֶּסֶת הֲרֵי הִיא כְּחַיָּה לְכָל דְּבָרֶיהָ וְדֹוחַק לוֹמַר דְּהָכָא אַייְרֵי בְּעוֹף דְּאֵין בּוֹ חַיּוּת כָּל כָּךְ דְּהֶכְשֵׁרוֹ בְּסִימָן אֶחָד דְּאֵין סְבָרָא לְחַלֵּק וּמְפָרֵשׁ ה"ר שְׁמַעְיָה דְּשָׁחַט בָּהּ שְׁנַיִם אוֹ רֹוב שְׁנַיִם הַייְנוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף קכא.) דְּיִשְׂרָאֵל בְּטֻמְאָה וְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּטְהוֹרָה כִּדְפֵירֵשׁ ר"ח לְעֵיל בפ"ב (חֻולִּין דַּף ל.) וְהָתָם דַּוְקָא מְפַרְכֶּסֶת הִיא כְּחַיָּה דע"י שְׁחִיטָה אֵינָהּ נִיתֶּרֶת בַּאֲכִילָה וְהָוְיָא כְּחַיָּה עַד שֶׁתָּמוּת וְכֵן הָא דְּקָאָמַר הָתָם בפ"ב מִדְּמֵי פֶּסַח מִי אִידְּחוֹ וַחֲשׁוּבָה מְפַרְכֶּסֶת כְּחַיָּה כְּשֶׁלֹּא גָּמַר שְׁחִיטָה אַיְירֵי דְּבִשְׁחִיטָה פֻּורְתָּא לָא מִשְׁתַּרְיָא בַּאֲכִילָה אֲבָל הָכָא דְּבִשְׁחִיטָה זוֹ מִשְׁתְּרֵי בַּאֲכִילָה לָאו בְּנֵי הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה נִינְהוּ:
Nous requérons la mise debout et l'estimation — et si tu dis : mais tant qu'ils palpitent encore (mefarkessin), ils sont [aptes à] la mise debout et l'estimation, comme on [le] dit plus haut au chapitre 2 (Houlin 30a) ! Et si tu dis [que] nous requérons une mise debout et une estimation [véritables] — or nous avons appris [que celui qui] abat en [la bête] les deux [simanim], ou la plus grande partie des deux, et [qu']elle palpite, voici qu'elle est comme [une bête] vivante à tous égards ! Et il est forcé de dire qu'ici [la michna] traite d'un oiseau, en qui [il] n'y a pas tant de vitalité, puisque son aptitude [à être consommé survient] par un seul siman ; [mais cela ne tient pas,] car il n'est pas logique de [les] distinguer. Et le Rabbi Chemaya explique [que ce qui est dit] '[celui qui] abat en [la bête] les deux ou la plus grande partie des deux', c'est comme nous le disons au [chapitre] Ha-Or ve-ha-Rotev (plus loin, Houlin 121a) : un Israélite [abattant] une [bête] impure et un idolâtre [abattant] une [bête] pure, comme [l']a expliqué Rabbenou Hananel plus haut au chapitre 2 (Houlin 30a) ; et là, [c'est] précisément [que] la [bête] palpitante est comme [une bête] vivante, car par l'abattage elle n'est pas permise à la consommation et elle est comme [une bête] vivante jusqu'à ce qu'elle meure. De même, ce qui est dit là, au chapitre 2, 'du sang du pascal (pessa'h) [le sang d'une bête déjà vouée] à-t-il été repoussé ?', et [où] la [bête] palpitante est considérée comme vivante — [cela] parle de [quand] il n'a pas achevé l'abattage, car par un peu d'abattage [la bête] n'est pas permise à la consommation ; mais ici, où par cet abattage[-ci] elle est permise à la consommation, [les bêtes palpitantes] ne sont pas [aptes à] la mise debout et l'estimation.
💡 Explication

La michna (plus loin) enseigne que la couverture du sang ne s'applique pas aux [bêtes] consacrées. La Guemara objecte : même s'il s'agit d'oiseaux consacrés pour l'entretien du Temple (bedek ha-bayit), qu'on les rachète après l'abattage — ils deviendraient profanes — et qu'on couvre alors leur sang ! Réponse : on ne rachète pas un animal consacré après sa mort, car le rachat exige de le mettre debout devant le prêtre pour l'estimer (haamada ve-haarakha, Lev 27:11-12), et une bête abattue ne peut plus se tenir debout.

🖼️ Schéma
Pourquoi le sang des oiseaux consacrés n'est pas couvert la michna : la couverture du sang ne s'applique pas aux [bêtes] consacrées Rav Yossef : la michna est de Rabbi abattage non valable = abattage (comme R. Chimon) il faut mise debout et estimation (comme R. Meir) -> pas de rachat après abattage 2e réponse : tout est R. Chimon 'il versera et couvrira' (Lev 17:13) seul ce qui ne manque QUE de versement + couverture exclut : versement + RACHAT/GRATTAGE + couverture Mar bar Rav Achi : 'bête sauvage ou oiseau' (Lev 17:13) de même que la bête sauvage n'est pas chose consacrée (jamais offrable), de même l'oiseau [visé] n'est pas chose consacrée objection : alors excluons tourterelles et pigeons ? -> non : 'comme la bête', sans distinction d'espèce
Pourquoi le sang des oiseaux consacrés échappe à la couverture : impossibilité du rachat (haamada ve-haarakha), et les deux dérivations scripturaires.
2
וּכְמַאן? אִי כְּרַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר: הַכֹּל הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה – הָאָמַר: שְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה שְׁמָהּ שְׁחִיטָה!

Et selon qui [établir la michna] ? Si [c'est] selon Rabbi Meir, qui dit : tous étaient inclus dans la mise debout et l'estimation — or il dit [aussi] : un abattage qui n'est pas propre [à permettre la consommation] est [tout de même] nommé abattage !

📜 Rachi (4)
וּכְמַאן מֻוקֶּמֶת לְמַתְנִיתִין דְּתָרֵצְתְּ לָהּ בְּהָנֵי תְּרֵי טַעְמֵי שְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לָאו שְׁחִיטָה הִיא וּבָעֵינַן הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה:
Et selon qui — établis-tu la michna, que tu as résolue par ces deux raisons : 'un abattage non propre n'est pas un abattage' et 'nous requérons la mise debout et l'estimation' ?
אִי כְּר"מ דְּאָמַר בפ"ב דִּתְמוּרָה (דַּף לב: ע"ש):
Si [c'est] selon Rabbi Meir, qui dit — au chapitre 2 de Temoura (32b ; vois-y).
הַכֹּל הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה אֶחָד קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ שֶׁנָּפַל בָּהֶם מוּם וְאֶחָד קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת:
Tous étaient inclus dans la mise debout et l'estimation — aussi bien les [bêtes] consacrées pour l'autel qui ont contracté un défaut (moum) que les [bêtes] consacrées pour l'entretien du Temple.
הָאָמַר בְּמָתְנֵי' (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף פֹּה.) הַשּׁוֹחֵט וְנִמְצֵאת טְרֵיפָה חַייָּב לְכַסּוֹת אַלְמָא שְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה שְׁמָהּ שְׁחִיטָה:
Or il dit — dans la michna (plus loin, Houlin 85a) : celui qui abat et [dont la bête] s'avère tereifa est tenu de couvrir [le sang] ; preuve qu'un abattage non propre [à permettre la consommation] est [tout de même] nommé abattage.
💡 Explication

On cherche le Tana de la michna. Si c'est Rabbi Meir, qui dit que tous les consacrés — pour l'autel comme pour l'entretien du Temple — étaient inclus dans la mise debout et l'estimation (donc on ne peut pas racheter l'oiseau abattu), cela ne va pas : car R. Meir dit aussi qu'un abattage non propre à permettre la consommation est tout de même un abattage [valable] — il faudrait donc couvrir le sang, même sans rachat.

3
אִי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר: שְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לֹא שְׁמָהּ שְׁחִיטָה – הָאָמַר: לֹא הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה?

Si [c'est] selon Rabbi Chimon, qui dit : un abattage qui n'est pas propre [à permettre la consommation] n'est pas nommé abattage — or il dit [aussi] : [les consacrés pour l'entretien du Temple] n'étaient pas inclus dans la mise debout et l'estimation ?

📜 Rachi (1)
ר"ש סְבִירָא לֵיהּ הָתָם קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת לֹא הָיוּ:
Rabbi Chimon — il tient, là-bas, [que] les consacrés pour l'autel étaient inclus dans la mise debout et l'estimation, [mais que] les consacrés pour l'entretien du Temple n'[y] étaient pas [inclus].
💡 Explication

Et si c'est Rabbi Chimon, qui dit qu'un abattage non propre à permettre la consommation n'est pas nommé abattage (donc pas de couverture) — cela ne va pas non plus : car R. Chimon dit aussi que les consacrés pour l'entretien du Temple n'étaient pas inclus dans la mise debout et l'estimation ; on pourrait alors les racheter [même après l'abattage] et couvrir le sang.

4
אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי הִיא, וְנָסֵיב לָהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי; בִּשְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה – סָבַר לָהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, בְּהַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה – סָבַר לַהּ כְּרַבִּי מֵאִיר.

Rav Yossef a dit : [la michna,] c'est Rabbi, et il [la] formule selon [les avis de divers] Tanaim : sur [le statut d']un abattage non propre, il tient comme Rabbi Chimon ; sur la mise debout et l'estimation, il tient comme Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
רַבִּי הִיא מַתְנִיתִין רַבִּי סְתָמָהּ לְפִי דַּעְתּוֹ וְנָסֵיב מִילְּתֵיהּ כִּי הָנֵי תְּרֵי תַּנָּאֵי בַּחֲדָא כְּמַר שֶׁרָאָה דְּבָרָיו שֶׁל זֶה בְּזוֹ וְשֶׁל זֶה בְּזוֹ:
C'est Rabbi — la michna [est] une michna anonyme [rédigée par] Rabbi selon son opinion ; et il [en] prend la matière [d'après] ces deux Tanaim [réunis] en une [seule michna], comme un maître qui a vu les propos de l'un sur ce [point]-ci et de l'autre sur ce [point]-là.
💡 Explication

Résolution de Rav Yossef : la michna est de Rabbi [Yehuda ha-Nassi], qui la compose en combinant deux Tanaim : pour le statut de l'abattage non propre, il suit R. Chimon (un tel abattage n'est pas un abattage, donc pas de couverture) ; pour la mise debout et l'estimation, il suit R. Meir (les consacrés de l'entretien du Temple y sont inclus, donc pas de rachat après abattage). Les deux raisons tiennent alors ensemble.

5
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: כֻּולָּהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא, וְשָׁאנֵי הָכָא דְּאָמַר קְרָא ״וְשָׁפַךְ וְכִסָּה״, מִי שֶׁאֵינוֹ מְחֻוסָּר אֶלָּא שְׁפִיכָה וְכִסּוּי, יָצָא זֶה שֶׁמְחֻוסָּר שְׁפִיכָה פְּדִיָּיה וְכִסּוּי.

Et si tu veux, dis : la totalité [de la michna] est [selon] Rabbi Chimon, et il en va autrement ici, car le verset dit 'il versera et il couvrira' (Lévitique 17:13) : [seul] celui [dont le sang] ne manque que de versement et de couverture [est tenu de couvrir] — exclu est celui-ci [le sang de l'oiseau consacré], qui manque de versement, de rachat et de couverture.

💡 Explication

Seconde résolution : toute la michna est selon R. Chimon (qui permettrait le rachat même après l'abattage). Et pourtant on ne couvre pas le sang, car le verset 'il versera son sang et le couvrira' (Lev 17:13) juxtapose versement et couverture : seul est tenu de la couverture le sang qui ne manque que de versement et de couverture, sans étape intermédiaire. Exclu le sang de l'oiseau consacré, qui requiert en plus un rachat.

6
וְהַשְׁתָּא דַּאֲתֵיתָ לְהָכִי, אֲפִילּוּ תֵּימָא קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ, מִי שֶׁאֵינוֹ מְחֻוסָּר אֶלָּא שְׁפִיכָה וְכִסּוּי – יָצָא זֶה, שֶׁמְּחֻוסָּר שְׁפִיכָה, גְּרִירָה, וְכִסּוּי.

Et maintenant que tu en es arrivé là, [tu peux dire] même [qu'il s'agit] de [bêtes] consacrées pour l'autel : celui [dont le sang] ne manque que de versement et de couverture — exclu est celui-ci, qui manque de versement, de grattage (guérira) et de couverture.

📜 Rachi (2)
וְהַשְׁתָּא דַּאֲתֵיתָ לְהָכִי דְּדָרְשִׁינַן כה"ג:
Et maintenant que tu en es arrivé là — [à savoir] que nous interprétons de cette manière.
אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּקָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ וּדְקָאָמְרַתְּ לִיגְרְרֵיהּ וְלִיכְסְייֵהּ אֲמַר קְרָא כו':
Même [qu'il s'agit] de [bêtes] consacrées pour l'autel — et ce que tu disais 'qu'on [le] gratte et qu'on [le] couvre', le verset dit etc.
🗂️ Tossefot (1)
יָצָא זֶה שֶׁמְחֻוסָּר שְׁפִיכָה גְּרִירָה וְכִיסּוּי וְלָא דָּמֵי לְדָם הַנִּיתָּז (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף פֹּז:) דְּהָתָם אִם לֹא הָיָה נִיתָּז לֹא הָיָה צָרִיךְ גְּרִירָה אֲבָל כָּאן אִי אֶפְשָׁר בְּלֹא גְּרִירָה:
Exclu est celui-ci, qui manque de versement, de grattage et de couverture — et [cela] ne ressemble pas au 'sang qui a jailli' (plus loin, Houlin 87b), car là-bas, s'il n'avait pas jailli, il n'aurait pas eu besoin de grattage, tandis qu'ici [c'est] impossible sans grattage.
💡 Explication

Profit de cette dernière lecture : on peut désormais admettre que la michna parle même d'oiseaux consacrés pour l'autel. À l'objection antérieure 'qu'on gratte le sang de l'autel et qu'on le couvre !', on répond par le même verset : seul est tenu de la couverture le sang qui ne manque que de versement et de couverture. Exclu le sang d'un oiseau-offrande, qui requiert en plus le grattage (guérira) [de l'autel].

7
מָר בַּר רַב אָשֵׁי אָמַר: אֲמַר קְרָא ״חַיָּה אוֹ עוֹף״, מָה חַיָּה אֵינָהּ קֹדֶשׁ, אַף עוֹף אֵינוֹ קֹדֶשׁ.

Mar bar Rav Achi a dit : le verset dit 'bête sauvage (haya) ou oiseau' (Lévitique 17:13) : de même que la bête sauvage n'est pas [chose] consacrée, de même l'oiseau [visé] n'est pas [chose] consacrée.

📜 Rachi (1)
מָה חַיָּה סְתָמָא אֵינָהּ קֹדֶשׁ שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְהַקְרִיב:
De même que la bête sauvage — en général, n'est pas [chose] consacrée, car elle n'est pas apte à être offerte.
🗂️ Tossefot (1)
מָה חַיָּה שֶׁאֵינָהּ קֹדֶשׁ וא"ת וְהָא אֲפִילּוּ קָדָשִׁים טְעוּנִים כִּסּוּי דִּתְנַן בְּפִרְקִין (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף פֹּה.) קָדָשִׁים בַּחוּץ רַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאֵינָהּ קֹדֶשׁ בִּפְנִים קָאָמַר:
De même que la bête sauvage, qui n'est pas [chose] consacrée — et si tu dis : mais même les [bêtes] consacrées requièrent la couverture, car nous avons appris dans notre chapitre (plus loin, Houlin 85a) [au sujet des bêtes] consacrées [abattues] hors [du parvis], Rabbi Meir [les en] déclare tenues ! Et l'on peut dire que [Mar bar Rav Achi] parle de [ce qui] n'est pas consacré à l'intérieur [du parvis].
💡 Explication

Autre source pour exclure les consacrés de la couverture : le verset 'bête sauvage ou oiseau' (Lev 17:13) juxtapose les deux espèces et les rapproche. De même que la haya (bête sauvage) n'est jamais chose consacrée — une bête sauvage n'étant jamais apte à l'offrande — de même l'oiseau visé par le verset de la couverture n'est pas chose consacrée.

8
אִי מָה חַיָּה שֶׁאֵין בְּמִינוֹ קֹדֶשׁ, אַף עוֹף שֶׁאֵין בְּמִינוֹ קֹדֶשׁ, אוֹצִיא תּוֹרִין וּבְנֵי יוֹנָה, שֶׁיֵּשׁ בְּמִינָן קֹדֶשׁ!

Si [l'on dit] : de même que la bête sauvage dont l'espèce n'[a] pas de [statut] consacré, de même l'oiseau dont l'espèce n'[a] pas de [statut] consacré — j'exclurais [alors] les tourterelles et les pigeons (torin ou-vnei yona), dont l'espèce [a] un [statut] consacré !

📜 Rachi (2)
אוֹצִיא תּוֹרִים וּבְנֵי יוֹנָה מִדִּין כִּסּוּי וַאֲפִילּוּ הֵן שֶׁל חֻולִּין:
J'exclurais les tourterelles et les pigeons — de la règle de la couverture, et même [s'ils sont] profanes.
הוֹאִיל וְיֵשׁ בְּמִינָן קֹדֶשׁ אֶלָּא לָא גָרְסִי':
Puisque leur espèce [a] un [statut] consacré — mais [ces mots] ne se lisent pas [dans le texte].
💡 Explication

Objection à ce rapprochement : si l'on prend la haya au sens strict — une espèce jamais offrable — alors, pour l'oiseau aussi, on ne viserait que les espèces jamais offrables. On exclurait donc de la couverture les tourterelles et les pigeons (même profanes), dont l'espèce peut être offerte sur l'autel.

9
לֹא, כְּחַיָּה – מָה חַיָּה לֹא חִלַּקְתָּ בָּהּ, אַף עוֹף לֹא תַּחְלֹוק בּוֹ.

Non : [c'est] comme la bête sauvage [au sens plein] — de même que la bête sauvage, tu n'y as pas fait de distinction, de même l'oiseau, tu n'y feras pas de distinction.

📜 Rachi (2)
לֹא חָלַקְתָּ בָּהּ דְּכֻולָּן חַייָּבוֹת בְּכִסּוּי דְּהָא אֵין בָּהּ קְדֻושָּׁה:
Tu n'y as pas fait de distinction — car toutes [les bêtes sauvages] sont tenues de la couverture, puisqu'il n'y a en elle aucune sainteté.
אַף עוֹפוֹת לֹא תַּחֲלֹוק בָּהֶם לוֹמַר מִין זֶה חַייָּב וּמִין זֶה פָּטוּר וּמִיהוּ חֻולִּין בָּעֵינַן כְּחַיָּה:
L'oiseau, tu n'y feras pas de distinction — pour dire : cette espèce-ci [est] tenue et cette espèce-là [est] dispensée ; et cependant nous requérons des [oiseaux] profanes, comme [pour] la bête sauvage.
💡 Explication

Rejet de l'objection : le rapprochement signifie que l'oiseau est entièrement comme la haya. De même que, pour la bête sauvage, tu n'as pas distingué entre ses espèces — toutes les profanes sont tenues de la couverture — de même pour l'oiseau, tu ne distingueras pas entre ses espèces [tourterelles, pigeons et autres y sont tous inclus, pourvu qu'ils soient profanes].

10
אֲמַר לֵיהּ יַעֲקֹב מִינָאָה לְרָבָא: קַייְמָא לַן חַיָּה בִּכְלַל בְּהֵמָה לְסִימָנִין, אֵימָא נָמֵי בְּהֵמָה בִּכְלַל חַיָּה לְכִסּוּי.

Yaakov le min (hérétique) dit à Rava : nous tenons pour établi [que] la bête sauvage (haya) est incluse dans [la catégorie] bête domestique (behema) pour les simanim — dis donc aussi [que] la bête domestique est incluse dans [la catégorie] bête sauvage pour la couverture !

📜 Rachi (2)
לְסִימָנִין שֶׁאֵין סִימָנֵי חַיָּה מְפֹורֶשֶׁת אֶלָּא בִּבְהֵמָה כְּתִיב (דְּבָרִים יד) כָּל בְּהֵמָה מַפְרֶסֶת פַּרְסָה וְגוֹ':
Pour les simanim — car les signes [distinctifs] de la bête sauvage ne sont pas explicites [à son sujet], mais [c'est] à propos de la bête domestique qu'il est écrit (Deutéronome 14) 'toute bête qui a le sabot fendu...'.
אֵימָא נָמֵי בְּהֵמָה בִּכְלַל חַיָּה לְכִסּוּי דְּהָא יָלְפִינַן בִּבְהֵמָה הַמְקַשָּׁה (לְעֵיל חֻולִּין דַּף ע:) דְּאַף בְּהֵמָה בִּכְלַל חַיָּה:
Dis aussi [que] la bête domestique est incluse dans [la catégorie] bête sauvage pour la couverture — car nous dérivons, au [chapitre] Behema ha-Makcha (plus haut, Houlin 70b), que la bête domestique aussi est incluse dans [la catégorie] bête sauvage.
💡 Explication

À propos du fait que la couverture du sang ne vaut pas pour la behema (bête domestique), Yaakov le min objecte à Rava : nous tenons que la haya (par ex. le cerf) est incluse dans la catégorie behema pour les simanim de cacherout (ruminer, sabot fendu : ces signes ne sont écrits qu'à propos de la behema, Deut 14). Par symétrie, disons que la behema est incluse dans la haya pour la couverture du sang [et qu'on couvre donc aussi son sang].

11
אֲמַר לֵיהּ: עָלֶיךָ אֲמַר קְרָא ״עַל הָאָרֶץ תִּשְׁפְּכֶנּוּ כַּמָּיִם״, מַה מַיִם לָא בָּעֵי כִּסּוּי, אַף הַאי נָמֵי לָא בָּעֵי כִּסּוּי.

Il lui dit : à ton sujet, le verset dit 'tu le verseras sur le sol comme l'eau' (Deutéronome 12:24) : de même que l'eau n'exige pas de couverture, de même celui-ci [le sang de la behema] non plus n'exige pas de couverture.

💡 Explication

Réponse de Rava : à propos du sang de la behema, le verset dit 'tu le verseras sur le sol comme l'eau' (Deut 12:24). De même que l'eau n'exige aucune couverture, de même ce sang n'exige pas de couverture — la behema reste donc exclue de la mitsva, malgré son inclusion dans la haya pour les simanim.

12
אֶלָּא מֵעַתָּה, יַטְבִּילוּ בּוֹ? אֲמַר קְרָא: ״אַךְ מַעְיָן וּבוֹר מִקְוֵה מַיִם יִהְיֶה טָהוֹר״, הָנֵי אִין, מִידִּי אַחֲרִינָא לָא.

[Mais] s'il en est ainsi, qu'on s'y immerge [comme dans l'eau] ! Le verset dit 'mais une source, une citerne, un amas d'eau seront purs' (Lévitique 11:36) : ceux-ci, oui ; autre chose, non.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מֵעַתָּה יַטְבִּילוּ בּוֹ כֵּיוָן דָּמִים אִקְרֵי:
[Mais] s'il en est ainsi, qu'on s'y immerge — puisqu'il est nommé 'eau'.
אַךְ מַעְיָן וּבוֹר בְּפָרָשַׁת שְׁרָצִים כְּתִיב דְּמַשְׁמַע אַךְ מַעְיָן וּבוֹר יִטְהַר אֶת מִי שֶׁנִּטְמָא בִּשְׁרָצִים:
Mais une source ou une citerne — [cela] est écrit dans la section des [animaux] rampants (cherats), [ce] qui signifie : 'mais une source ou une citerne' purifieront celui qui s'est rendu impur par des [animaux] rampants.
💡 Explication

Nouvelle objection : si le sang est assimilé à l'eau, qu'on y immerge les objets impurs pour les purifier, comme dans l'eau ! Réponse : le verset 'mais une source, une citerne, un amas d'eau seront purs' (Lev 11:36) — le terme restrictif 'mais' (akh) enseigne que seuls ces réservoirs d'eau purifient, et rien d'autre (donc pas le sang).

13
וְאֵימָא: הָנֵי מִילֵּי לְמַעוֹטֵי שְׁאָר מַשְׁקִין, דְּלָא אִיקְּרוֹ מַיִם, אֲבָל דָּם דְּאִיקְּרִי מַיִם – הָכִי נָמֵי?

Et dis : ces [exclusions] valent pour écarter les autres liquides, qui ne sont pas nommés 'eau' ; mais le sang, qui est nommé 'eau' [par 'comme l'eau'] — [serait permis] de même [à l'immersion] ?

📜 Rachi (1)
אֲבָל דָּם דְּאִקְּרִי מַיִם ה"נ דְּמַטְבִּילִין:
Mais le sang, qui est nommé 'eau' — de même [serait permis] — qu'on s'y immerge.
💡 Explication

Réplique : peut-être l'exclusion ne vise-t-elle qu'à écarter les autres liquides, qui ne portent pas le nom d''eau' ; mais le sang, que l'Écriture nomme 'eau' ('comme l'eau'), serait permis à l'immersion, lui aussi ?

14
תְּרֵי מִיעוּטֵי כְּתִיבִי: ״מַעְיָן מַיִם״ ״וּבוֹר מַיִם״.

Deux exclusions sont écrites : 'source d'eau' et 'citerne d'eau'.

💡 Explication

Réponse : le verset écrit le mot 'eau' deux fois — 'source d'eau' et 'citerne d'eau' — fournissant deux exclusions. L'une écarte les autres liquides, l'autre écarte le sang.

15
אֵימָא: אִידֵּי וְאִידֵּי לְמַעוֹטֵי שְׁאָר מַשְׁקִין, חַד לְמַעוּטֵי זוֹחֲלִין, וְחַד לִמְעוּטֵי מְכֻונָּסִין!

Dis [plutôt] : l'une et l'autre [servent] à écarter les autres liquides — l'une pour écarter les [liquides] coulants (zohalin), et l'une pour écarter les [liquides] amassés (mekhounassin) !

📜 Rachi (1)
זוֹחֲלִין שְׁאָר מַשְׁקִין שֶׁנְּתָנָן בִּמְקוֹם מִדְרוֹן וְהִזְחִילָן לַמִּקְוֶה דְּאִילּוּ גַּבֵּי מַיִם קי"ל בִּתְמוּרָה בפ"ק (דַּף יב:) הַשְּׁאִיבָה מְטַהֶרֶת בִּרְבִייָּה וְהַמְשָׁכָה אִם רַבּוּ מֵי גְּשָׁמִים עַד כ"א סְאִין מַמְשִׁיךְ לְתוֹכָן שְׁאוּבִין בִּזְחִילָה י"ט סְאִין:
Les [liquides] coulants — les autres liquides qu'on a placés en un lieu en pente et qu'on a fait ruisseler vers le bain rituel (mikve) ; tandis qu'à propos de l'eau, nous tenons pour établi, dans Temoura au chapitre 1 (12b), [que] le [puisage] purifie par accroissement (revaya) et par ruissellement (hamchakha) : si les eaux de pluie ont surpassé [les eaux puisées] jusqu'à vingt et une seah, il [peut en] faire ruisseler vers elles dix-neuf seah [d'eaux] puisées en ruissellement.
💡 Explication

Objection : peut-être les deux exclusions visent-elles seulement les autres liquides — l'une pour écarter les liquides coulants (zohalin) qui ne valent pas comme la source (laquelle purifie même en coulant), l'autre pour écarter les liquides amassés (mekhounassin) qui ne valent pas comme le bain rituel (mikve, qui purifie quand l'eau y est rassemblée) — et le sang resterait sans exclusion propre ?

16
תְּלָתָא מִיעוּטֵי כְּתִיבִי: ״מַעְיָן מַיִם״, ״וּבוֹר מַיִם״, ״מִקְוֵה מַיִם״.

Trois exclusions sont écrites : 'source d'eau', 'citerne d'eau', 'amas d'eau' (mikve).

📜 Rachi (4)
תְּלָת מִיעוּטֵי דָּמִים אַכּוּלְּהוּ קָאֵי:
Trois exclusions — car [le mot] 'eau' se rapporte à [chacune] d'elles toutes.
מַעְיָן מַיִם וְלֹא שְׁאָר מַשְׁקִין וַאֲפִילּוּ זוֹחֲלִים:
Source d'eau — et non les autres liquides, fussent-ils coulants.
בּוֹר מַיִם וְלֹא שְׁאָר מַשְׁקִין וַאֲפִילּוּ מְכֻונָּסִין:
Citerne d'eau — et non les autres liquides, fussent-ils amassés.
מִקְוֵה מַיִם וְלֹא דָּם:
Amas d'eau — et non le sang.
💡 Explication

Réponse définitive : le mot 'eau' est écrit trois fois — 'source d'eau' (exclut les liquides coulants), 'citerne d'eau' (exclut les liquides amassés), 'amas d'eau' (exclut le sang). La triple exclusion suffit donc à interdire l'immersion dans le sang.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: ״אֲשֶׁר יָצוּד״, אֵין לִי אֶלָּא אֲשֶׁר יָצוּד, נִצּוֹדִין וְעוֹמְדִין מֵאֲלֵיהֶן מִנַּיִן, כְּגוֹן אַוְוזִין וְתַרְנְגוֹלִים?

Nos Maîtres ont enseigné : 'qui chassera (acher yatzoud)' (Lévitique 17:13) — je n'ai [pour la couverture] que ce qu'il chasse ; ceux qui sont [comme] chassés et se tiennent [disponibles] d'eux-mêmes — d'où [les inclure] ? par exemple les oies et les poules ?

💡 Explication

Braita sur le verset de la couverture : 'qui chassera une chasse de bête sauvage ou d'oiseau qui peut être mangé, il versera son sang et le couvrira' (Lev 17:13). Du mot 'qui chassera' je ne tire que le gibier que l'on chasse effectivement. D'où inclure les bêtes déjà comme prises, disponibles d'elles-mêmes — telles les oies et les poules [domestiques] ?

18
תַּלְמוּד לוֹמַר ״צַיִד״, מִכָּל מָקוֹם. אִם כֵּן, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״אֲשֶׁר יָצוּד״? לִמְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ, שֶׁלֹּא יֹאכַל אָדָם בָּשָׂר אֶלָּא בַּהַזְמָנָה הַזֹּאת.

Le verset dit 'une chasse (tzayid)' — en tout cas. Si [c'est] ainsi, que vient enseigner 'qui chassera' ?

La Torah a enseigné une règle de bonne conduite (derech eretz) : qu'un homme ne mange de la viande qu'avec cette préparation[-là].

📜 Rachi (1)
אֶלָּא בְּהַזְמָנָה הַזֹּאת כְּאִילּוּ הוּא צָד שֶׁאֵינָהּ מְזֻומֶּנֶת לוֹ כְּלוֹמַר לֹא יֹאכַל בָּשָׂר תָּדִיר שֶׁלֹּא יַעֲנִי:
Qu'avec cette préparation — comme s'il chassait [une bête] qui ne lui est pas toute disponible ; autrement dit, qu'il ne mange pas de la viande continuellement, afin de ne pas s'appauvrir.
⚖️ Rosh (1)
כִּסּוּי הַדָּם נוֹהֵג בָּאָרֶץ וּבְחוּצָה לָאָרֶץ בִּפְנֵי הַבַּיִת וְשֶׁלֹּא בִּפְנֵי הַבַּיִת בְּחֻולִּין אֲבָל לֹא בְּמֻוקְדָּשִׁין. וְנוֹהֵג בְּחַיָּה וְעוֹף בִּמְזֻומָּן וְשֶׁאֵינוֹ מְזֻומָּן. וְנוֹהֵג בְּכוֹי מִפְּנֵי שֶׁהוּא סָפֵק. וְאֵין שׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ בי"ט וְאִם שְׁחָטוֹ אֵין מְכַסִּין דָּמוֹ וְאִם נִשְׁאַר מִן הַדָּם עַד הַלַּיְלָה יְכַסֶּה וְלֹא יְבָרֵךְ. וּלְכַתְּחִלָּה לֹא יִשְׁחֹוט וִיקַבֵּל הַדָּם בִּכְלִי וִיכַסֶּה בַּלַּיְלָה. דְּאָסוּר לִשְׁחֹוט בִּכְלִי. מָצָאתִי כָּתוּב בְּשֵׁם ה"ר יוֹנָה זַ"ל שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַכִּסּוּי. וּרְאָייָתוֹ מֵהַהוּא דְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כג.) דְּאֵין מְבָרְכִין עַל הָרַמַּאי מִפְּנֵי שֶׁהוּא סָפֵק דְּדִבְרֵיהֶם מַשְׁמַע הָא סְפֵיקָא דְּאַרָיְיתָא מְבָרְכִין עָלָיו וְכוֹי סְפֵיקָא דְּאוֹרָייְתָא הוּא דְּשֶׁמָּא הוּא חַיָּה. וְאֵינָהּ רְאָיָה דְּהָכִי פֵּירוּשָׁא מִצְוָה שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים לַעֲשׂוֹת מִסָּפֵק כְּגוֹן דְּמַאי שֶׁהִזְקִיקוּ חֲכָמִים לַקּוֹנֶה מֵעַם הָאָרֶץ לְעַשֵּׂר מִסָּפֵק אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו. ואע"פ שֶׁאָנוּ מְבָרְכִין עַל שְׁאָר תַּקָּנוֹת שֶׁל חֲכָמִים וְצִוָּנוּ מִדִּכְתִיב לֹא תָּסוּר הָכָא לֹא תִּקְּנוּ אֶלָּא מִסָּפֵק וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו. וְלֹא שַׁיָּיךְ לְדַקְדֵּק מִשָּׁם הָא סְפֵיקָא דְּאַרָייְתָא מְבָרְכִין עָלֶיהָ. כִּי לֹא בָּא לְהוֹצִיא אֶלָּא שְׁאָר תַּקָּנוֹת חֲכָמִים שֶׁמְּבָרְכִין עָלֶיהָ. אֲבָל מִצְוָה שֶׁאָדָם מְצֻוֶּוה לַעֲשׂוֹת מִסָּפֵק כֵּיוָן דִּבְרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת טוֹב שֶׁיַּעֲשֶׂה הַמִּצְוָה וְלֹא יְבָרֵךְ שֶׁלֹּא יַעֲבֹור עַל לֹא תִשָּׂא וכ"כ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל: תָּנוּ רַבָּנַן אֲשֶׁר יָצוּד צֵיד חַיָּה אֵין לִי אֶלָּא אֲשֶׁר יָצוּד. נִצּוֹדִים וְעוֹמְדִין כְּגוֹן אַוְזִין וְתַרְנְגוֹלִין מִנַּיִן ת"ל צַיִד מ"מ א"כ לָמָּה נֶאֱמַר אֲשֶׁר יָצוּד לִמְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁלֹּא יֹאכַל אָדָם בָּשָׂר אֶלָּא בַּהַזְמָנָה הַזֹּאת:
Le recouvrement du sang (kissui ha-dam, le fait de couvrir de terre le sang de la chehita d'un animal sauvage ou d'un volatile) s'applique en Terre [d'Israël] comme hors de la Terre, en présence du Temple (bi-fnei ha-bayit) comme en l'absence du Temple, pour les [animaux] profanes (choulin, non consacrés) mais non pour les [animaux] consacrés (mouqdachin). Il s'applique à la bête sauvage (chaya) et au volatile (of), qu'ils soient préparés/à disposition (mezoumman, élevé et prêt à l'usage) ou non préparés. Et il s'applique au koy (animal au statut indéterminé, à mi-chemin entre bête sauvage et bétail domestique) parce qu'il est un cas de doute (safeq). On ne l'égorge pas un jour de fête (yom tov) ; et si on l'a égorgé, on ne couvre pas son sang ; et s'il reste du sang jusqu'à la nuit, on le couvrira, mais on ne récitera pas la bénédiction (berakha). Et à priori (le-khat'hila), on ne l'égorgera pas [pour recueillir ensuite le sang], mais on recueillera le sang dans un récipient et on le couvrira de nuit, car il est interdit d'égorger [directement] dans un récipient. J'ai trouvé écrit au nom de notre maître Rabbi Yona, de mémoire bénie (za"l), qu'il faut réciter la bénédiction sur le recouvrement [du sang du koy]. Sa preuve provient de ce passage du chapitre « Bame madliqin » (Chabbat, folio 23a) : on ne récite pas la bénédiction sur le [second dîme du produit] douteux (demai) parce qu'il est un cas de doute [portant] sur [une obligation] rabbinique — d'où il ressort implicitement (machma, sens qui se dégage de la formulation) qu'un doute portant sur une obligation de la Torah (safeqa de-oraita), on récite bien la bénédiction dessus ; or le koy est un doute de la Torah, car il est peut-être une bête sauvage [dont le sang requiert recouvrement d'obligation toranique]. Mais ce n'est pas une preuve, car voici la véritable explication [du passage] : un commandement (mitsva) que les Sages ont institué d'accomplir par [précaution de] doute — comme le demai, où les Sages ont astreint celui qui achète auprès d'un homme du peuple (am ha-arets, personne non fiable pour les prélèvements de dîme) à prélever la dîme par [précaution de] doute — on n'a pas besoin de réciter la bénédiction dessus. Et bien que nous récitions la bénédiction sur les autres institutions des Sages [en disant] « et Il nous a ordonné », en vertu de ce qui est écrit « tu ne t'écarteras pas » (lo tassour, verset dont on tire l'autorité rabbinique) — ici [pour le demai] ils n'ont institué [la chose] que par [précaution de] doute, et on ne récite pas la bénédiction dessus. Et il n'y a pas lieu de déduire de là [du passage de Chabbat] que sur un doute de la Torah on réciterait la bénédiction, car [la baraïta] n'est venue exclure que les autres institutions des Sages, sur lesquelles on récite bien la bénédiction [alors que sur le demai on ne la récite pas]. Mais un commandement qu'un homme est astreint à accomplir par [précaution de] doute — puisque les bénédictions ne sont pas indispensables [à la validité de l'acte] (einan me'akvot, elles n'empêchent pas [l'accomplissement] et ne le retiennent pas) — il est préférable qu'il accomplisse le commandement et ne récite pas la bénédiction, afin de ne pas transgresser [l'interdit] « tu ne porteras pas [le Nom en vain] » (lo tissa). Et ainsi a écrit également le Rambam, de mémoire bénie (za"l). Nos maîtres ont enseigné (tanou rabbanan) : « [le gibier] qu'il aura chassé, gibier de bête sauvage » (Vayiqra 17:13) — je n'ai [de source] que pour ce qu'il « aura chassé » [c'est-à-dire ce qui n'est pas encore à disposition] ; d'où [tire-t-on] ceux qui sont [déjà] pris et se tiennent [à disposition], comme les oies et les poules ? L'enseignement dit (talmoud lomar) : « gibier » (tsayid) — en tout cas (mi-kol maqom, terme d'inclusion). Si tel est le cas, pourquoi est-il dit « qu'il aura chassé » ? [Pour cela] la Torah a enseigné une règle de bonne conduite (dérekh érets) : qu'un homme ne mange de la viande que par cette préparation-ci [c'est-à-dire non de façon habituelle et débridée, mais avec mesure comme un gibier qu'il faut d'abord chasser].
💡 Explication

Le mot 'une chasse' (tzayid), terme général, inclut en tout cas les oies et poules. Que vient donc enseigner 'qui chassera' ? Une règle de bonne conduite (derech eretz) : qu'un homme ne consomme de la viande qu'avec cette préparation — c'est-à-dire comme une chose qu'il faut se procurer par effort (à l'instar du gibier), et non de manière habituelle, pour ne pas s'appauvrir.

19
תָּנוּ רַבָּנַן: ״כִּי יַרְחִיב ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ אֶת גְּבֻלְךָ״ – לִמְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ, שֶׁלֹּא יֹאכַל אָדָם בָּשָׂר אֶלָּא לְתֵאָבוֹן.

Nos Maîtres ont enseigné : 'lorsque l'Éternel ton Dieu élargira ta frontière' (Deutéronome 12:20) — la Torah a enseigné une règle de bonne conduite : qu'un homme ne mange de la viande que par appétit (le-téavon).

💡 Explication

Autre braita : le verset 'lorsque l'Éternel ton Dieu élargira ta frontière... tu pourras manger de la viande selon tout le désir de ton âme' (Deut 12:20) enseigne une règle de bonne conduite : qu'un homme ne mange de la viande que par appétit (le-téavon) — seulement lorsqu'il en ressent le besoin.

20
יָכוֹל יִקַּח אָדָם מִן הַשּׁוּק וְיֹאכַל? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְזָבַחְתָּ מִבְּקָרְךָ וּמִצֹּאנְךָ״. יָכוֹל יִזְבַּח כָּל בְּקָרוֹ וְיֹאכַל, כָּל צֹאנוֹ וְיֹאכַל? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מִבְּקָרְךָ״ – וְלֹא כָּל בְּקָרְךָ, ״מִצֹּאנְךָ״ – וְלֹא כָּל צֹאנְךָ.

Pourrait-on [croire que] l'homme achète au marché et mange ? Le verset dit 'tu égorgeras de ton gros et de ton petit bétail' (Deutéronome 12:21).

Pourrait-on [croire qu']il égorge tout son gros bétail et mange, tout son petit bétail et mange ? Le verset dit 'de ton gros bétail' — et non tout ton gros bétail ; 'de ton petit bétail' — et non tout ton petit bétail.

📜 Rachi (2)
מִבְּקָרְךָ אִם יֵשׁ לוֹ בְּעֶדְרוֹ יִקַּח וְאִם לָאו לֹא יִקְנֶה בַּשּׁוּק:
De ton gros bétail — s'il [en] a dans son troupeau, qu'il [y] prenne ; sinon, qu'il n'achète pas au marché.
כָּל בְּקָרוֹ אִם אֵין לוֹ אֶלָּא שׁוֹר אֶחָד יִזְבָּחֶנּוּ:
Tout son gros bétail — [même] s'il n'a qu'un seul bœuf, qu'il l'égorge[, pensait-on ; le verset l'écarte].
💡 Explication

Suite de la braita. On aurait pu croire qu'on achète de la viande au marché : le verset dit 'tu égorgeras de ton gros et de ton petit bétail' (Deut 12:21) — de son propre troupeau, non du marché. On aurait pu croire qu'on égorge tout son troupeau (son unique bœuf, son unique brebis) : le verset dit 'de ton gros bétail' — et non tout ; 'de ton petit bétail' — et non tout.

21
מִכָּאן אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מָנֶה – יִקַּח לְפָסוֹ לִיטְרָא יָרָק, עֲשָׂרָה מָנֶה – יִקַּח לְפָסוֹ לִיטְרָא דָּגִים, חֲמִשִּׁים מָנֶה – יִקַּח לְפָסוֹ לִיטְרָא בָּשָׂר, מֵאָה מָנֶה – יִשְׁפְּתוּ לוֹ קְדֵרָה בְּכָל יוֹם. וְאִינָךְ אֵימַת? מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת.

De là, Rabbi Elazar ben Azaria a dit : qui possède un mane (cent dinars) — qu'il achète pour sa marmite une livre (litra) de légumes ; dix mane — qu'il achète pour sa marmite une livre de poisson ; cinquante mane — qu'il achète pour sa marmite une livre de viande ; cent mane — qu'on lui pose une marmite [de viande] chaque jour. Et ces autres, quand [mangent-ils de la viande] ?

De veille de chabbat en veille de chabbat.

📜 Rachi (4)
לְפַסּוּ לִקְדֵרָתוֹ. לְשׁוֹן אִילְפָּס:
Pour sa marmite (lefasso) — pour son chaudron ; terme [de] 'ilpas' (poêle/marmite).
מִשְׁקַל לִיטְּרָא יָרָק אֲבָל בָּשָׂר לֹא יֹאכַל: דָּגִים הָיוּ בְּזוֹל בִּמְקוֹמָם יוֹתֵר מִן הַבָּשָׂר:
Une livre de légumes — mais [il] ne mangera pas de viande. Les poissons étaient à bas prix en leur lieu, plus que la viande.
יִשְׁפֹּות כְּשֶׁנּוֹתְנִין קְדֵרָה עַל הַכִּירָה קָרֵי שְׁפִיתָה:
Qu'on [la] pose (yichpot) — quand on place une marmite sur le foyer (kira), [cela] se dit 'chefita' (poser la marmite).
וְאִינָךְ אֵימַת אֵלּוּ הָאֲחֵרִים שֶׁאָמְרוּ לִיטְּרָא דָּגִים וְלִיטְּרָא בָּשָׂר אֵימַת יֹאכְלוּהָ אִם לֹא בְּכָל יוֹם:
Et ces autres, quand — ces autres dont on a dit 'une livre de poisson' et 'une livre de viande', quand en mangent-ils, si ce n'est pas chaque jour ?
🗂️ Tossefot (1)
עֲשָׂרָה מָנֶה יִקַּח לִיטְּרָא דָּגִים נ' מִנַּיִן יִקַּח לִיטְּרָא בָּשָׂר בִּמְקוֹמָם הָיוּ דָּגִים בְּזוֹל יוֹתֵר מִן הַבָּשָׂר כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֲבָל בַּמִּדְרָשׁ אוֹמֵר אוֹרְחִים יוֹם רִאשׁוֹן אַווְזִין וְתַרְנְגוֹלִים יוֹם ב' דָּגִים יוֹם שְׁלִישִׁי בָּשָׂר [רְבִיעִי] קִטְנִית:
Dix mane — qu'il achète une livre de poisson ; cinquante mane — qu'il achète une livre de viande — en leur lieu, les poissons étaient à bas prix plus que la viande, comme [l']a expliqué dans le commentaire ; mais dans le midrach on dit [au sujet des] convives : le premier jour, oies et poules ; le deuxième jour, poissons ; le troisième jour, viande ; [le quatrième,] légumineuses.
💡 Explication

De ce 'selon ton appétit et selon tes moyens', Rabbi Elazar ben Azaria tire un barème (voir le schéma) : un mane (cent dinars) -> une livre de légumes pour sa marmite ; dix mane -> une livre de poisson (à bas prix là-bas) ; cinquante mane -> une livre de viande ; cent mane -> une marmite [de viande] chaque jour. Et les autres (légumes, poisson) — quand mangent-ils de la viande ? De veille de chabbat en veille de chabbat.

🖼️ Schéma
Derech eretz : le barème de Rabbi Elazar ben Azaria manger de la viande seulement par appétit, et selon ses moyens 1 mane une livre de légumes pour sa marmite 10 mane une livre de poisson (poisson à bas prix) 50 mane une livre de viande veille de chabbat 100 mane une marmite chaque jour Rav : se préoccuper de l'avis de l'ancien ; R. Yo'hanan / Rav Nahman : nous, plus faibles -> courir, voire emprunter pour manger (les générations s'affaiblissent : on n'attend plus, on emprunte et on mange)
Le barème de Rabbi Elazar ben Azaria : la dépense alimentaire ajustée aux moyens, la viande réservée aux plus aisés ou au chabbat.
22
אָמַר רַב: צְרִיכִין אָנוּ לָחֹושׁ לְדִבְרֵי זָקֵן. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אַבָּא מִמִּשְׁפַּחַת בְּרִיאִים הֲוָה, אֲבָל כְּגוֹן אָנוּ, מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פְּרוּטָה בְּתוֹךְ כִּיסוֹ – יְרִיצֶנָּה לַחֶנְוָונִי. אָמַר רַב נַחְמָן: כְּגוֹן אָנוּ לוֹוִין וְאוֹכְלִין.

Rav a dit : nous devons nous préoccuper des paroles de l'ancien (zaken) [Rabbi Elazar ben Azaria, et nous contenter de mets modestes]. Rabbi Yo'hanan a dit : Abba [Rav] était d'une famille de [gens] robustes ; mais [pour des gens] comme nous, qui possède une perouta dans sa bourse — qu'il [la] fasse courir chez l'épicier.

Rav Nahman a dit : [pour des gens] comme nous, nous empruntons et nous mangeons.

📜 Rachi (5)
לָחוּשׁ וּלְהִסְתַּפֵּק בִּמְזוֹנוֹת קַלִּים:
Nous préoccuper — et nous contenter de mets légers.
אַבָּא מִמִּשְׁפַּחַת בְּרִיאִים רַבִּי יוֹחָנָן קָרֵי לְרַב אַבָּא:
Abba [était] d'une famille de [gens] robustes — R. Yo'hanan appelle Rav 'Abba'.
כְּגוֹן אָנוּ שֶׁאֵין אָנוּ בְּרִיאִים:
[Pour des gens] comme nous — qui ne sommes pas robustes.
מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא פְּרוּטָה יְרִיצֶנָּה לַחֶנְוָנִי וְלֹא יְסַגֵּף עַצְמוֹ בְּעִינּוּי וְיִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת יוֹתֵר:
Qui n'a qu'une perouta, qu'il [la] fasse courir chez l'épicier — et qu'il ne s'afflige pas lui-même par la privation, [au point] d'avoir [encore] plus besoin des créatures [d'autrui].
אָמַר רַב נַחְמָן כְּגוֹן אָנוּ רַב נַחְמָן אַחַר דּוֹרוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן הָיָה וְתָמִיד הָעוֹלָם הָיָה מִשְׁתַּנֶּה וְהוֹלֵךְ וְלֹא הָיָה בָּרִיא כְּאוֹתָן שֶׁבִּימֵי רַבִּי יוֹחָנָן וּלְפִיכָךְ הוּא אוֹמֵר כְּגוֹן אָנוּ דַּאֲפִילּוּ אֵין לָנוּ הַפְּרוּטָה עָלֵינוּ לִלְווֹת וְלֶאֱכֹול:
Rav Nahman a dit '[pour des gens] comme nous' — Rav Nahman était [d'une génération] postérieure à celle de R. Yo'hanan ; et le monde allait continuellement se modifiant [s'affaiblissant], et [Rav Nahman] n'était pas robuste comme ceux des jours de R. Yo'hanan ; c'est pourquoi il dit '[pour des gens] comme nous', [à savoir] que, même si nous n'avons pas la perouta sur nous, il nous [faut] emprunter et manger.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צריכין אנו לחוש לדברי זקן. נראה לי בס"ד קראו בשם זקן מלבד כי זקן הוא כינוי לחכם שהוא נטרקון 'זה קנה חכמה' (קידושין לב:) הנה הוא נתכוון להרבות שבחו בשם זה להורות על הנס שנעשה לו מן השמים בענין הזקנה שהיה בן שמונה־עשרה כשמינו אותו לנשיא ונתחוורו שערות זקנו וכמו שאמר הוא על עצמו הריני כבן שבעים שנה (משנה ברכות א, ה) .
💡 Explication

Rav : il faut se préoccuper des paroles de l'ancien (R. Elazar ben Azaria) et se modérer dans la nourriture. R. Yo'hanan : Abba (Rav) était d'une famille robuste [capable d'un tel régime] ; mais pour des gens comme nous [plus faibles], celui qui a même une seule perouta en poche doit se hâter chez l'épicier [acheter de quoi se nourrir]. Deux générations plus tard, Rav Nahman : pour des gens comme nous [plus faibles encore], nous empruntons même pour manger.

23
״כְּבָשִׂים לִלְבוּשֶׁךָ״ – מִגֵּז כְּבָשִׂים יְהֵא מַלְבּוּשֶׁךָ, ״וּמְחִיר שָׂדֶה עִתּוּדִים״ – לְעוֹלָם יִמְכֹּור אָדָם שָׂדֶה וְיִקַּח עַתּוּדִים, וְאַל יִמְכֹּור אָדָם עַתּוּדִים וְיִקַּח שָׂדֶה. ״וְדַי חֲלֵב עִזִּים״ – דַּיּוֹ לְאָדָם שֶׁיִּתְפַּרְנֵס מֵחֲלֵב גְּדָיִים וּטְלָאִים שֶׁבְּתוֹךְ בֵּיתוֹ.

'Les agneaux [seront] pour ton vêtement' (Proverbes 27:26) — de la toison des agneaux sera ton vêtement. 'Et le prix d'un champ [par] les boucs' — toujours un homme vendra-t-il un champ et achètera-t-il des boucs, et qu'un homme ne vende pas des boucs pour acheter un champ. 'Et assez de lait de chèvres' — il suffit à l'homme de se sustenter du lait des chevreaux et des agneaux qui [sont] dans sa maison.

📜 Rachi (3)
כְּבָשִׁים לִלְבוּשֶׁךָ מִקְרָא הוּא בְּסֵפֶר מִשְׁלֵי. קְנֵה לְךָ צֹאן וִיהֵא לְךָ הֲגִיזִין לִלְבֹּושׁ:
Les agneaux [seront] pour ton vêtement — [c'est] un verset au livre des Proverbes : acquiers-toi du petit bétail, et tu auras les toisons pour [te] vêtir.
וַיִּקַּח עִתּוּדִים צֹאן שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵהֶם חָלָב לְפַרְנָסָה וְגִיזִּין לִלְבֹּושׁ:
Et achètera des boucs — du petit bétail dont il a le lait pour [se] sustenter et les toisons pour [se] vêtir.
דַּיּוֹ לָאָדָם הָכִי מַשְׁמַע דַּי חֵלֶב עִזִּים דַּי לְךָ בַּחֲלָבָם וְלֹא תִּשְׁחָטֵם וְתֹאכְלֵם:
Il suffit à l'homme — voici ce que [le verset] signifie : 'assez de lait de chèvres' — contente-toi de leur lait, et ne les égorge pas pour les manger.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יִמְכֹּר אָדָם שָׂדֶה, וְיִקַּח עַתּוּדִים (מִשְׁלֵי כז, כו) . נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְפִי דַּרְכּוֹ שֶׁנִּדְחִים מִצְוֹת שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם עַל יְדֵי אֲחֵרִים מִפְּנֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מוֹעֵד קָטָן ט.) עַל פָּסוּק וְכָל חֲפָצִים לֹא יִשְׁווּ בָהּ (מִשְׁלֵי ח, יא) וְיָדוּעַ שָׂדֶה רֶמֶז לְמִצְוַת שֶׁהֵם תִּיקּוּן הַמַּלְכוּת 'חֲקַל תַּפּוּחִין קַדִּישִׁין' וְעַתּוּדִים רֶמֶז לְדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁנִּקְרָאִים 'כַּבְשֵׁי דְּרַחֲמָנָא' שֶׁבָּהֶם כִּבּוּשׁ וְאֶצֹּור כַּמָּה וְכַמָּה עִנְייָנִים נִסְתָּרִים וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הֲפֹךְ בָּהּ וַהֲפֹךְ בָּהּ דְּכֹלָּא בָהּ (מִשְׁנָה אָבוֹת ה, כב) .
💡 Explication

Sur le sujet de la subsistance, le verset 'Les agneaux [seront] pour ton vêtement, et le prix d'un champ [par] les boucs ; et il y aura assez de lait de chèvres pour ta nourriture...' (Prov 27:26-27). 'Les agneaux pour ton vêtement' : que ton vêtement vienne de leur toison. 'Le prix d'un champ par les boucs' : qu'un homme vende plutôt un champ pour acheter des boucs [dont il tire lait, laine, petits], et non l'inverse. 'Assez de lait de chèvres' : il suffit de se nourrir du lait des chevreaux et agneaux de sa maison [sans les abattre].

24
״לְלַחְמְךָ לְלֶחֶם בֵּיתֶךָ״ – לַחְמְךָ קֹודֶם לְלֶחֶם בֵּיתֶךָ. ״וְחַיִּים לְנַעֲרוֹתֶיךָ״ – אָמַר מָר זוּטְרָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: תֵּן חַיִּים לְנַעֲרוֹתֶיךָ, מִיכָּן לִמְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁלֹּא יְלַמֵּד אָדָם אֶת בְּנוֹ בָּשָׂר וְיַיִן.

'Pour ta nourriture, pour la nourriture de ta maison' (Proverbes 27:27) — ta nourriture [passe] avant la nourriture de ta maison. 'Et de [quoi faire] vivre tes servantes' — Mar Zoutra fils de Rav Nahman a dit : donne [de quoi] vivre à tes servantes [tes enfants] ; de là, la Torah a enseigné une règle de bonne conduite : qu'un homme n'habitue pas son fils [à manger] de la viande et [à boire] du vin.

📜 Rachi (1)
תֵּן חַיִּים לְנַעֲרוֹתֶיךָ לִבְנֵי בֵּיתֶךָ לָמֵד דַּרְכֵי חַיִּים לְהִסְתַּפֵּק בִּמְזוֹנוֹת קַלִּים:
Donne [de quoi] vivre à tes jeunes — aux membres de ta maison, enseigne les voies de la vie [à savoir] de se contenter de mets légers.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"ללחמך ללחם ביתך", לחמך קודם ללחם ביתך (משלי כז, כז) . רמז כאן על לחם המוציא של סעודת שבת קודש דתחילה יבצע פרוסה שלו שהיא כנגד אות יו"ד דשם הוי־ה ואחר כך פרוסה של אשתו שהיא כנגד אות יו"ד דשם אדנ־י וגם רמז דרך ארץ על הסעודה של כל יום שהיא נקראת בשם לחם כמו שנאמר עבד לחם רב (דניאל ה, א) ומדוע לא בא בן ישי אל הלחם (שמואל א' כ, כז) שיביאו תחלה את התבשיל לפני בעל הבית לאכול תחלה ואחר כך יאכלו אשתו ובניו כי כן היה הדרך ארץ לפי מנהג הקדמונים שלא היו אוכלים כולם ביחד על השלחן.
💡 Explication

'Pour ta nourriture, pour la nourriture de ta maison' : ta propre nourriture passe avant celle de ta maisonnée — on s'assure d'abord soi-même. 'Et de quoi faire vivre tes servantes' (na'arotékha) : Mar Zoutra fils de Rav Nahman lit 'donne de quoi vivre à tes jeunes' [tes enfants] ; de là, règle de bonne conduite : qu'un homme n'habitue pas son fils à la viande et au vin [mais l'éduque à des mets modestes].

25
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:

Rabbi Yo'hanan a dit :

💡 Explication

Ouverture d'un propos de Rabbi Yo'hanan, dont la suite se poursuit au-delà de ce passage.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).