Sougya : Le daf s'ouvre sur des paroles de sagesse pratique : qui veut s'enrichir s'occupe du petit bétail (Rav Hisda lit 've-ashterot tzonékha' : les brebis enrichissent leurs maîtres) ; Rabbi Yo'hanan conseille de préférer une coupe de sorcières à une coupe d'eau tiède, décrit comment dilapider l'héritage paternel (lin, verre, ouvriers laissés sans surveillance), et enseigne (avec Rav Avira au nom de R. Ami / R.
Assi, sur 'tov ich honen') de manger en deçà de ses moyens, se vêtir selon ses moyens et honorer femme et enfants au-delà. Puis la sougya halakhique : Rav Eina enseigne, à la porte de l'exilarque, que qui abat pour un malade le Chabbat est tenu de couvrir le sang ; Rabba le réfute par la braita de Rabbi Yossei sur le koy (qu'on n'abat pas à Yom Tov et dont, s'il l'a abattu, on ne couvre pas le sang).
Suit le kal va-chômer de Rabbi Yossei (de la mila au kisouy), la réfutation des Sages (le chofar dans les provinces) et celle de Rabbi Elazar haKappar (la mila ne vaut pas les nuits de fête), que R. Hiyya tenait pour imparable.
La Guemara reconstitue l'argument de Rabba (le 'cas certain' du kisouy qui ne repousse pas Chabbat = abattre pour un malade) et examine quel est le 'cas douteux' du chofar qui, lui, repousse Yom Tov.
Qui veut s'enrichir s'occupera du petit bétail (behema daka). Rav Hisda a dit : qu'est-ce qui est écrit ? 've-ashterot tzonékha' (et les brebis de ton menu bétail, Deut 7:13) — [cela enseigne] qu'elles enrichissent (me'ashrot) leurs maîtres.
Ouverture par une parole de sagesse pratique : l'élevage du petit bétail (behema daka — ovins, caprins) est une voie d'enrichissement. Rav Hisda l'appuie sur un jeu de mots du verset : 've-ashterot tzonékha' (les brebis de ton menu bétail) -> elles enrichissent (me-ashrot) leurs propriétaires.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : une coupe de sorcières (kassa de-harchin), et non une coupe d'eau tiède (kassa de-pochrin). Et ces propos [valent] pour un récipient de métal, mais pour un récipient de terre cuite (kli hères) nous n'avons rien [à y redire].
Et pour un récipient de métal aussi nous ne l'avons dit que [dans le cas] où l'on n'y a pas jeté de racines [aromatiques] (tzivya), mais [si] l'on y a jeté des racines [aromatiques] nous n'avons rien [à y redire]. Et [même] quand on n'y a pas jeté de racines [aromatiques], nous ne l'avons dit non plus que [dans le cas] où [l'eau] n'a pas bouilli (tziytz), mais [si] elle a bouilli nous n'avons rien [à y redire].
Conseils de santé de Rabbi Yo'hanan : mieux vaut boire une coupe de sorcières qu'une coupe d'eau tiède (pochrin), néfaste au corps. La règle est ensuite restreinte : elle ne vaut que pour l'eau tiède dans un récipient de métal (pas en terre cuite), sans aromates jetés dedans, et qui n'a pas bouilli ; dans chacun de ces cas atténuants, il n'y a rien à craindre.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui dont le père lui a laissé de l'argent et qui veut le perdre — qu'il revête des habits de lin (kli pichtan), qu'il se serve de récipients de verre (kli zekhoukhit), et qu'il loue des ouvriers sans s'asseoir avec eux. 'Qu'il revête des habits de lin' — [dans le] lin romain (kitna roumita). 'Et qu'il se serve de récipients de verre' — [dans le] verre blanc (zougita hivarta). 'Et qu'il loue des ouvriers sans s'asseoir avec eux' — [à propos] des [ouvriers] aux bœufs (tore), dont la perte [qu'ils causent] est grande.
Toujours Rabbi Yo'hanan, par antiphrase : voici comment dissiper un héritage paternel — porter du lin (le lin romain, coûteux et vite usé), se servir de verre (le verre blanc, précieux et fragile), et louer des ouvriers sans les surveiller (en particulier ceux qui mènent les bœufs au labour, dont les dégâts sont grands faute de surveillance).
Rav Avira a exposé [ceci], et tantôt il le disait au nom de Rabbi Ami et tantôt il le disait au nom de Rabbi Assi : qu'est-ce qui est écrit ? 'Bon [est] l'homme qui fait grâce et prête, qui règle ses affaires avec mesure (be-michpat)' (Ps 112:5) — qu'un homme mange et boive toujours moins que ce qu'il a, qu'il se vête et se couvre selon ce qu'il a, et qu'il honore sa femme et ses enfants plus que ce qu'il a ; car eux dépendent de lui, et lui dépend de Celui qui a parlé et le monde fut.
Enseignement de mesure tiré de 'tov ich honen ou-malve, yekhalkel devarav be-michpat' (Ps 112:5). Trois niveaux : manger et boire en deçà de ses moyens ; se vêtir selon ses moyens (pour ne pas se faire honte) ; honorer femme et enfants au-delà de ses moyens — car ils dépendent de lui, et lui-même dépend du Créateur.
Rav Eina a exposé, à la porte de la maison de l'exilarque (rich galouta) : celui qui abat pour un malade (hole) le Chabbat est tenu de couvrir [le sang]. Rabba leur dit : il dit une chose étonnante (echtoma) ; qu'on lui retire son interprète (amora) !
Car il est enseigné : Rabbi Yossei dit : un koy, on ne l'abat pas à Yom Tov, et [si] on l'a abattu, on ne couvre pas son sang.
Début de la sougya halakhique. Rav Eina enseigne publiquement que celui qui abat pour un malade le Chabbat (abattage permis pour sauver une vie) est tenu de couvrir le sang : le Chabbat ayant été écarté pour cet abattage, il l'est aussi pour la mitsva qui l'accompagne. Rabba juge le propos étonnant (echtoma) et réclame qu'on retire l'interprète (amora) qui le répercute, en s'appuyant sur la braita de Rabbi Yossei sur le koy.
[Cela se déduit] par un kal va-chômer (à fortiori) : de même que la circoncision (mila), dont le [cas] certain repousse le Chabbat, son [cas] douteux ne repousse pas Yom Tov — [pour] le fait de couvrir [le sang] (kisouy), dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat, n'est-il pas de droit (din) que son [cas] douteux ne repousse pas Yom Tov ?
Le kal va-chômer de Rabbi Yossei (voir le schéma). La mila a un cas certain qui repousse le Chabbat (l'enfant né le huitième jour qui tombe un Chabbat), et pourtant son cas douteux (incertitude sur le huitième jour) ne repousse pas Yom Tov. Or le kisouy n'a même pas de cas certain qui repousse le Chabbat — à fortiori son cas douteux (celui du koy) ne repousse-t-il pas Yom Tov.
Ils lui dirent : la sonnerie du chofar dans les provinces (gevoulin) le prouve [le contraire] — dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat, et [dont pourtant] le [cas] douteux repousse Yom Tov !
Première réfutation, par les Sages : la sonnerie du chofar dans les provinces (hors du Temple) renverse le kal va-chômer. Son cas certain (Roch ha-Chana qui tombe un Chabbat) ne repousse pas le Chabbat — on ne sonne pas — et pourtant son cas douteux (le tomtoum, le hermaphrodite) repousse Yom Tov : on prouve donc qu'un cas douteux peut repousser la fête même sans cas certain qui repousse le Chabbat.
Rabbi Elazar haKappar 'beribbi' (le distingué) répondit [par] une réfutation : qu'y a-t-il [à dire] de la mila — qui ne vaut pas (eina noheguet) les nuits de Yom Tov ? Diras-tu [de même] du kisouy, qui vaut les nuits de Yom Tov !
Seconde réfutation, par Rabbi Elazar haKappar le distingué : le parallèle mila/kisouy ne tient pas. La mila ne se pratique pas la nuit (le verset prescrit 'le jour'), donc son cas douteux est plus faible ; le kisouy, lui, vaut aussi la nuit — donc on ne peut pas en déduire par kal va-chômer que son cas douteux ne repousserait pas Yom Tov.
Rabbi Abba a dit : ceci [est] l'une des choses dont Rabbi Hiyya a dit 'je n'ai pas de réfutation à leur opposer', et [pourtant] Rabbi Elazar haKappar le distingué [y] répondit [par] une réfutation.
Rabbi Abba souligne la force de la réfutation : le kal va-chômer de Rabbi Yossei comptait parmi les arguments dont Rabbi Hiyya disait 'je n'ai pas de réfutation à leur opposer' (il les tenait pour imparables) — et c'est pourtant celui-là que Rabbi Elazar haKappar a su réfuter.
En tout cas il enseigne : le kisouy, dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat. Quel [est] le [cas] certain du kisouy qui ne repousse pas le Chabbat ?
N'est-ce pas [précisément] celui qui abat pour un malade le Chabbat ?
Reconstitution de l'argument de Rabba contre Rav Eina. La braita pose que le kisouy n'a aucun cas certain qui repousse le Chabbat. Or, demande la Guemara, quel serait ce 'cas certain' ? Nécessairement celui qui abat pour un malade le Chabbat — et la braita enseigne qu'on n'y couvre pas le sang, ce qui contredit Rav Eina.
Et peut-être [s'agit-il] de celui qui a transgressé et abattu ?
Objection : peut-être le 'cas certain' visé par la braita n'est-il pas l'abattage pour un malade, mais celui qui a transgressé le Chabbat et abattu pour un bien-portant — là, en effet, on ne couvre pas ; tandis que pour un malade (abattage permis), on couvrirait bien, comme le soutient Rav Eina.
[Non,] à l'instar de la mila : de même que la mila [se fait] avec permission (bi-rechout), de même aussi le kisouy [se fait] avec permission.
Réponse : le kal va-chômer compare le kisouy à la mila, laquelle se pratique le Chabbat avec permission (c'est une mitsva, même un Chabbat). Le 'cas certain' du kisouy doit donc lui aussi être un cas permis — soit précisément l'abattage pour un malade. La braita enseignant qu'on n'y couvre pas, elle réfute bien Rav Eina.
Ils lui dirent : la sonnerie du chofar dans les provinces le prouve [le contraire] — dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat, et [dont pourtant] le [cas] douteux repousse Yom Tov.
La braita rapporte [de nouveau] la réfutation des Sages à Rabbi Yossei : la sonnerie du chofar dans les provinces prouve l'inverse, son cas certain ne repoussant pas le Chabbat tandis que son cas douteux repousse Yom Tov.
Quel [est] son [cas] douteux ? Si l'on dit [que c'est] un [cas] douteux [s'il s'agit d']un jour profane (hol) [ou] douteux [s'il s'agit d']un Yom Tov — or maintenant [que] le Yom Tov certain [le chofar] repousse, faut-il [en plus] mentionner [un cas] douteux Yom Tov [ou] douteux jour profane ?
La Guemara cherche quel est ce cas douteux du chofar qui repousse Yom Tov. Première hypothèse écartée : ce n'est pas le doute portant sur la date de la fête (les deux jours de Roch ha-Chana, dont l'un est incertain) — car si la sonnerie repousse même un Yom Tov certain, il va de soi qu'elle repousse à fortiori un jour seulement douteusement Yom Tov. Le 'cas douteux' pertinent doit donc être cherché ailleurs (le tomtoum, comme l'indiquait Rachi au segment 6).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).