Chullin 84b — sagesse pratique (richesse, santé, honneur des siens) puis le kal va-chômer du koy : couvrir le sang à Yom Tov

Chullin 84b

Sougya : Le daf s'ouvre sur des paroles de sagesse pratique : qui veut s'enrichir s'occupe du petit bétail (Rav Hisda lit 've-ashterot tzonékha' : les brebis enrichissent leurs maîtres) ; Rabbi Yo'hanan conseille de préférer une coupe de sorcières à une coupe d'eau tiède, décrit comment dilapider l'héritage paternel (lin, verre, ouvriers laissés sans surveillance), et enseigne (avec Rav Avira au nom de R. Ami / R.

Assi, sur 'tov ich honen') de manger en deçà de ses moyens, se vêtir selon ses moyens et honorer femme et enfants au-delà. Puis la sougya halakhique : Rav Eina enseigne, à la porte de l'exilarque, que qui abat pour un malade le Chabbat est tenu de couvrir le sang ; Rabba le réfute par la braita de Rabbi Yossei sur le koy (qu'on n'abat pas à Yom Tov et dont, s'il l'a abattu, on ne couvre pas le sang).

Suit le kal va-chômer de Rabbi Yossei (de la mila au kisouy), la réfutation des Sages (le chofar dans les provinces) et celle de Rabbi Elazar haKappar (la mila ne vaut pas les nuits de fête), que R. Hiyya tenait pour imparable.

La Guemara reconstitue l'argument de Rabba (le 'cas certain' du kisouy qui ne repousse pas Chabbat = abattre pour un malade) et examine quel est le 'cas douteux' du chofar qui, lui, repousse Yom Tov.

Faut-il couvrir le sang quand on abat pour un malade le Chabbat ? Rav Eina (à la porte de l'exilarque) qui abat pour un malade le Chabbat EST tenu de couvrir le Chabbat ayant été repoussé pour cet abattage, il l'est pour toute sa mitsva Rabba (objection) la braita de R. Yossei dit : le kisouy n'a aucun cas certain qui repousse Chabbat or 'abattre pour un malade' EST un tel cas certain -> réfute Rav Eina
Le coeur de la mahloket (segments 4 et 9-11) : Rav Eina obligerait à couvrir le sang quand on abat pour un malade le Chabbat ; Rabba l'en réfute par la braita de Rabbi Yossei.
Le kal va-chômer de Rabbi Yossei : le koy ne se couvre pas à Yom Tov Mila (circoncision) son cas certain repousse Chabbat mais son cas douteux ne repousse PAS Yom Tov (ne se pratique que de jour) Kisouy (couvrir le sang) son cas certain ne repousse même PAS Chabbat à fortiori son cas douteux ne repousse pas Yom Tov à fortiori Réfutation 1 (les Sages) : le chofar le prouve faux son cas certain ne repousse pas Chabbat, et pourtant son cas douteux repousse Yom Tov Réfutation 2 (R. Elazar haKappar) : retenue par R. Hiyya la mila ne vaut pas les nuits de fête ; le kisouy si — donc le parallèle ne tient pas
Le kal va-chômer de Rabbi Yossei (segment 5) et ses deux réfutations (segments 6-8) : de là circoncision au fait de couvrir le sang.
1
הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְעַשֵּׁר יַעֲסֹוק בִּבְהֵמָה דַּקָּה. אָמַר רַב חִסְדָּא, מַאי דִכְתִיב: ״וְעַשְׁתְּרֹת צֹאנְךָ״ – שֶׁמְּעַשְּׁרוֹת אֶת בַּעֲלֵיהֶן.

Qui veut s'enrichir s'occupera du petit bétail (behema daka). Rav Hisda a dit : qu'est-ce qui est écrit ? 've-ashterot tzonékha' (et les brebis de ton menu bétail, Deut 7:13) — [cela enseigne] qu'elles enrichissent (me'ashrot) leurs maîtres.

🗂️ Tossefot (1)
הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְעַשֵּׁר יַעֲסֹוק בִּבְהֵמָה דַּקָּה וא"ת דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נ:) הָעוֹסֵק בִּבְהֵמָה דַּקָּה אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה וְאוֹמֵר ר"ת דְּהָתָם בְּיִשּׁוּב וּמִשּׁוּם עַיִן הָרַע אֲבָל הָכָא אַיְירֵי בָּחֳורָשִׁין דְּלָא שָׁלְטָא בְּהוּ עֵינָא:
Qui veut s'enrichir s'occupera du petit bétail — et si tu objectes : nous disons au chapitre Makom che-nahagou (Pessahim 50b) [que] celui qui s'occupe de petit bétail ne voit pas de signe de bénédiction ! — Rabbenou Tam dit [que] là-bas [il s'agit] d'un lieu habité (yichouv), et à cause du mauvais œil ; mais ici on traite des forêts (horchin), où l'œil [mauvais] n'a pas de prise sur elles.
💡 Explication

Ouverture par une parole de sagesse pratique : l'élevage du petit bétail (behema daka — ovins, caprins) est une voie d'enrichissement. Rav Hisda l'appuie sur un jeu de mots du verset : 've-ashterot tzonékha' (les brebis de ton menu bétail) -> elles enrichissent (me-ashrot) leurs propriétaires.

2
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּסָא דְּחָרָשִׁין, וְלָא כָּסָא דְּפוֹשְׁרִין. וְהָנֵי מִילֵּי בִּכְלִי מַתָּכוֹת, אֲבָל בִּכְלֵי חֶרֶשׂ לֵית לַן בַּהּ. וּבִכְלֵי מַתָּכוֹת נָמֵי לָא אֲמַרַן, אֶלָּא דְּלָא שָׁדֵי בְּהוּ צִיבַיָּא, אֲבָל שָׁדֵי בְּהוּ צִיבַיָּא לֵית לַן בַּהּ. וְכִי לָא שָׁדֵי בְּהוּ צִיבַיָּא נָמֵי לָא אֲמַרַן, אֶלָּא דְּלָא צִיץ, אֲבָל צִיץ לֵית לַן בַּהּ.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : une coupe de sorcières (kassa de-harchin), et non une coupe d'eau tiède (kassa de-pochrin). Et ces propos [valent] pour un récipient de métal, mais pour un récipient de terre cuite (kli hères) nous n'avons rien [à y redire].

Et pour un récipient de métal aussi nous ne l'avons dit que [dans le cas] où l'on n'y a pas jeté de racines [aromatiques] (tzivya), mais [si] l'on y a jeté des racines [aromatiques] nous n'avons rien [à y redire]. Et [même] quand on n'y a pas jeté de racines [aromatiques], nous ne l'avons dit non plus que [dans le cas] où [l'eau] n'a pas bouilli (tziytz), mais [si] elle a bouilli nous n'avons rien [à y redire].

📜 Rachi (3)
כָּסָא דְּחָרָשִׁין וְלָא כָּסָא דְּפוֹשְׁרִין טוֹב לִשְׁתּוֹת כּוֹס שֶׁל מְכַשְּׁפוּת וְלֹא לִשְׁתּוֹת כּוֹס שֶׁל מַיִם פּוֹשְׁרִין שֶׁרָעִים הֵם לַגּוּף:
Une coupe de sorcières et non une coupe d'eau tiède — il vaut mieux boire une coupe de sorcières et ne pas boire une coupe d'eau tiède, car elles [les eaux tièdes] sont mauvaises pour le corps.
צִיבַיָּא שָׁרְשֵׁי עֲשָׂבִים וְתַבְלִין:
Tzivya — des racines d'herbes et des aromates (tavlin).
צִיץ הִרְתִּיחַ:
Tziytz — elle a bouilli.
💡 Explication

Conseils de santé de Rabbi Yo'hanan : mieux vaut boire une coupe de sorcières qu'une coupe d'eau tiède (pochrin), néfaste au corps. La règle est ensuite restreinte : elle ne vaut que pour l'eau tiède dans un récipient de métal (pas en terre cuite), sans aromates jetés dedans, et qui n'a pas bouilli ; dans chacun de ces cas atténuants, il n'y a rien à craindre.

3
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִי שֶׁהִנִּיחַ לוֹ אָבִיו מָעוֹת וְרוֹצֶה לְאַבְּדָן – יִלְבַּשׁ כְּלֵי פִּשְׁתָּן, וְיִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְלֵי זְכוּכִית, וְיִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִים וְאַל יֵשֵׁב עִמָּהֶן. יִלְבֹּושׁ כְּלֵי פִּשְׁתָּן – בְּכִיתָּנָא רוֹמִיתָא. וְיִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְלֵי זְכוּכִית – בְּזֻוגִּיתָא חִיוָּרָתָא. וְיִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִים וְאַל יֵשֵׁב עִמָּהֶן – בְּתוֹרֵי דִּנְפִישׁ פְּסֵידַיְיהוּ.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui dont le père lui a laissé de l'argent et qui veut le perdre — qu'il revête des habits de lin (kli pichtan), qu'il se serve de récipients de verre (kli zekhoukhit), et qu'il loue des ouvriers sans s'asseoir avec eux. 'Qu'il revête des habits de lin' — [dans le] lin romain (kitna roumita). 'Et qu'il se serve de récipients de verre' — [dans le] verre blanc (zougita hivarta). 'Et qu'il loue des ouvriers sans s'asseoir avec eux' — [à propos] des [ouvriers] aux bœufs (tore), dont la perte [qu'ils causent] est grande.

📜 Rachi (4)
מִי שֶׁהִנִּיחַ לוֹ אָבִיו מָעוֹת כְּלוֹמַר מִי שֶׁלֹּא טָרַח בְּמָמוֹן וְקַל בְּעֵינָיו לְאַבְּדוֹ זֶהוּ אִיבּוּדוֹ:
Celui dont le père lui a laissé de l'argent — c'est-à-dire celui qui n'a pas peiné pour son argent et à qui il est léger de le perdre : voici sa [manière de le] perdre.
יִלְבַּשׁ כְּלֵי פִּשְׁתָּן שֶׁהֵן יְקָרִים. וּלְפִי דַּרְכֵּנוּ לָמַדְנוּ שֶׁהָעוֹשֶׂה אֵלֶּה מְאַבֵּד מָמוֹן וְיִזָּהֵר אָדָם מֵהֶם:
Qu'il revête des habits de lin — qui sont chers. Et selon notre méthode nous avons appris [que] celui qui fait ces [choses] perd de l'argent, et qu'un homme s'en garde.
כִּיתָּנָא רוֹמִיתָא יָקָר הָיָה:
Kitna roumita — il était cher.
בְּתוֹרֵי יִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִים וְיִמְסֹור לָהֶן שְׁווָרִים שֶׁלּוֹ לַחֲרֹושׁ וְהֵם יַכְחִישׁוּ הַשְּׁווָרִים וִיסַקְּבוּם בַּיְּעָרוֹת וּבַכְּרָמִים וְהַמְּלָאכָה לֹא תַּעֲלֶה לִכְלוּם שֶׁאֵינָן חוֹשְׁשִׁין לְכָךְ:
Aux bœufs — il loue des ouvriers et leur confie ses bœufs pour labourer ; or ils affaiblissent les bœufs et les blessent (yeskavoum) dans les forêts et les vignes, et le travail ne vaut rien, car ils ne s'en soucient pas.
🗂️ Tossefot (2)
בְּזֻוגִּיתָא חִיוָּרָתָא וא"ת מַשְׁמַע דִּזְכוּכִית לְבָנָה הָיְתָה בִּימֵי ר' יוֹחָנָן וְכֵן בְּרֵישׁ אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לא.) הַהוּא דִּתְבַר זְכוּכִית לְבָנָה בַּחֲתֻונַּת בְּנוֹ וּבְפֶ' עֶגְלָה עֲרוּפָה (סוֹטָה דַּף מח:) תְּנָא מִשֶּׁחָרַב בהמ"ק בָּטְלָה שִׁירָא פְּרַנְדָּא וּזְכוּכִית לְבָנָה וי"ל דְּלָא לְגַמְרֵי בָּטְלָה אֶלָּא דְּאֵינָהּ מְצוּיָה כְּמוֹ בִּזְמַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְכֵן צָרִיךְ לוֹמַר גַּבֵּי שֶׁיָּרֵא פְּרַנְדָּא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כ:) דְּרָבִין וְאַבָּיֵי הֲווֹ יָתְבִי קַמֵּיהּ דְּרַב נְחֶמְיָה רֵישׁ גָּלוּתָא חַזְיֵיהּ דַּהֲוָה לְבִישׁ מְטַכְסָא אֲמַר לֵיהּ רָבִין לְאַבָּיֵי הַייְנוּ כָּלָךְ דִּתְנַן אֲמַר לֵיהּ אֲנַן שִׁירָא פְּרַנְדָּא קָרֵינָא לֵיהּ וּמִיהוּ ר"ת מְפָרֵשׁ דְּאָכְלֶךָ דְּמַתְנִיתִין קָאֵי דְּקָרֵי לֵיהּ שֶׁיָּרֵא פְּרַנְדָּא:
[Dans le] verre blanc — et si tu objectes : [cela] implique [qu']il y avait du verre blanc au temps de Rabbi Yo'hanan, et de même au début de Ein omdin (Berakhot 31a) ce [Sage] qui brisa du verre blanc aux noces de son fils ; et au chapitre Egla aroufa (Sota 48b) il est enseigné 'depuis que le Temple fut détruit, la soie peignée (chira paranda) et le verre blanc ont cessé' ! — et l'on peut dire [qu']ils n'ont pas cessé complètement, mais qu'[ils] ne se trouvent pas [aussi aisément] qu'au temps du Temple ; et de même faut-il dire au sujet de la soie peignée, [car] il est dit au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 20b) [que] Ravin et Abaye étaient assis devant Rav Nehemia chef de l'exil ; il [Ravin] le vit qui portait de la [soie] metaksa ; Ravin dit à Abaye : c'est cela le kalakh que nous avons appris [dans la michna] ; il lui dit : nous, nous l'appelons chira paranda ; toutefois Rabbenou Tam explique [que cela] se rapporte au kalakh de la michna, qu'il appelle chira paranda.
בְּתוֹרֵי ר"ח גָּרֵיס בְּתַוָּורֵי פֵּירוּשׁ בְּקָרִים שֶׁאֵינָם מַעֲמִיקִים הַמַּחֲרִישָׁה כָּרָאוּי וּמַפְסִיד כָּל מַה שֶׁזּוֹרֵעַ:
Aux bœufs — Rabbenou Hananel a la leçon 'be-tavare', dont l'explication [est] : des [ouvriers] aux bœufs (bekarim) qui n'enfoncent pas la charrue comme il faut et [qui] gâchent tout ce qu'on sème.
💡 Explication

Toujours Rabbi Yo'hanan, par antiphrase : voici comment dissiper un héritage paternel — porter du lin (le lin romain, coûteux et vite usé), se servir de verre (le verre blanc, précieux et fragile), et louer des ouvriers sans les surveiller (en particulier ceux qui mènent les bœufs au labour, dont les dégâts sont grands faute de surveillance).

4
דָּרַשׁ רַב עֲוִירָא, זִימְנִין אָמַר לַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי, וְזִימְנִין אָמַר לַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַסִּי: מַאי דִכְתִיב ״טוֹב אִישׁ חוֹנֵן וּמַלְוֶה יְכַלְכֵּל דְּבָרָיו בְּמִשְׁפָּט״? לְעוֹלָם יֹאכַל אָדָם וְיִשְׁתֶּה פָּחוֹת מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ, וְיִלְבַּשׁ וְיִתְכַּסֶּה בְּמַה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ, וִיכַבֵּד אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ, שֶׁהֵן תְּלוּיִין בּוֹ וְהוּא תָּלוּי בְּמִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם.

Rav Avira a exposé [ceci], et tantôt il le disait au nom de Rabbi Ami et tantôt il le disait au nom de Rabbi Assi : qu'est-ce qui est écrit ? 'Bon [est] l'homme qui fait grâce et prête, qui règle ses affaires avec mesure (be-michpat)' (Ps 112:5) — qu'un homme mange et boive toujours moins que ce qu'il a, qu'il se vête et se couvre selon ce qu'il a, et qu'il honore sa femme et ses enfants plus que ce qu'il a ; car eux dépendent de lui, et lui dépend de Celui qui a parlé et le monde fut.

📜 Rachi (2)
טוֹב אִישׁ חוֹנֵן דַּלִּים וּמַלְוֶה אוֹתָם וְטוֹב הַמְכַלְכֵּל דְּבָרָיו בְּמִשְׁפָּט לְפִי הַיְּכֹולֶת הוּא עוֹמֵד עַל צְרָכָיו וְלֹא בְּכָל תַּאֲוַת לִבּוֹ:
Bon [est] l'homme qui fait grâce — aux pauvres et leur prête ; et bon [est] celui qui règle ses affaires avec mesure — il se tient à ses besoins selon ses moyens, et non selon tout le désir de son cœur.
פָּחוֹת מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ פָּחוֹת מִכְּדֵי הַיְּכֹולֶת וְיִלְבַּשׁ וְיִתְכַּסֶּה לְפִי הַיְּכֹולֶת שֶׁלֹּא יִתְבַּייֵּשׁ וְיִכְבַּד אִשְׁתּוֹ יוֹתֵר מִלְּפִי הַיְּכֹולֶת:
Moins que ce qu'il a — moins que la mesure de ses moyens ; et qu'il se vête et se couvre selon ses moyens, pour ne pas avoir honte ; et qu'il honore sa femme plus que [ce qui correspond] à ses moyens.
🪔 Ben Yehoyada (3)
דָּרַשׁ רַב עֲוִירָא, זִמְנִין אָמַר לַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי וְזִמְנִין אָמַר לַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַסִּי. קַשָּׁא יֹאמַר בְּכָל פַּעַם בְּשֵׁם שְׁנֵיהֶם דְּהַיְינוּ שֶׁיֹּאמַר רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי דְאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ וְכִדְאִיתָא בְּתַלְמוּדָא בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דְּרַבִּי אַמִּי הָיָה גָּדוֹל מֵרַבִּי אַסִּי וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת בְּבָתְרָא (דַּף לד: ד״ה הֲוָה) וְלָכֵן הָיָה רַבִּי אַסִּי קוֹרֵא אוֹתוֹ 'רַבִּי' אַף עַל גַּב דַּחֲבֵירוֹ הֲוָה וְלָכֵן בְּכָל מָקוֹם מַזְכִּירִין אֶת רַבִּי אַמִּי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אַסִּי מִיהוּ רַב עֲוִירָא הָיָה תַּלְמִיד רַבִּי אַסִּי אָכֵן אִם יֹאמַר ר"א ור"א דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ אֵיךְ יַזְכִּירֵם? אִם יַזְכִּיר אֶת רַבִּי אַמִּי קַמֵּיהּ רַבִּי אַסִּי הָא רַבִּי אַסִּי רַבּוֹ הָיָה וְאִם יַזְכִּיר רַבּוֹ קֹודֶם גַּם זֶה לֹא אֶפְשָׁר כֵּיוָן דְּרַבִּי אַמִּי גָּדוֹל מִמֶּנּוּ, לָכֵן כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ זִמְנִין אָמַר לוֹ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַמִּי בִּלְבַד זִמְנִין אָמַר לוֹ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַסִּי בִּלְבַד כִּי בֶּאֱמֶת הוּא שָׁמַע דָּבָר זֶה מִשְּׁנֵיהֶם.
Rav Avira a exposé [ceci], et tantôt il le disait au nom de Rabbi Ami et tantôt il le disait au nom de Rabbi Assi. Il y a une difficulté : pourquoi ne le disait-il pas chaque fois au nom des deux ensemble, c'est-à-dire en disant 'Rabbi Ami et Rabbi Assi qui disent tous deux', comme cela se trouve dans le Talmud en plusieurs endroits 'Rav et Chemouel qui disent tous deux', et de même pour les cas semblables ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [ce qui suit] : il est connu que Rabbi Ami était plus grand que Rabbi Assi, comme l'ont écrit les Tossefot dans [Baba] Batra (34b, rubrique 'hava'), et c'est pourquoi Rabbi Assi l'appelait 'Rabbi' bien qu'il fut son compagnon (haver) ; aussi, en tout endroit, on mentionne Rabbi Ami avant Rabbi Assi. Or Rav Avira était l'élève de Rabbi Assi. Dès lors, s'il voulait dire 'Rabbi Ami et Rabbi Assi qui disent tous deux', comment les mentionnerait-il ? S'il mentionnait Rabbi Ami avant Rabbi Assi, voilà que Rabbi Assi était son maître [et il faudrait le nommer en premier] ; et s'il mentionnait son maître [Rabbi Assi] en premier, cela non plus n'était pas possible, puisque Rabbi Ami était plus grand que lui. C'est pourquoi telle était sa coutume : tantôt il le lui disait au nom de Rabbi Ami seul, tantôt il le lui disait au nom de Rabbi Assi seul, car en vérité il avait entendu cette parole des deux.
וִיכַבֵּד אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ. קַשָּׁא זֶה הַיּוֹתֵר מֵהֵיכָן יְבִיאֶנּוּ וְכִי יִגְזֹול וְיָבִיא לָהֶם? וְאִם תֹּאמַר יִלְוֶה מֵאֲחֵרִים הִנֵּה הַלֹּוֶה מֵאַחֵר וְיוֹדֵעַ שֶׁאֵין יָכוֹל לִפְרֹועַ לוֹ עָלָיו נֶאֱמַר לֹוֶה רָשָׁע וְלֹא יְשַׁלֵּם (תְּהִלִּים לז, כא) ! וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁאִם הוּא מְשַׁעֵר שְׂכַר מְלַאכְתּוֹ שְׁמוֹנִים דִּינָר בְּחֹודֶשׁ אוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ שָׂכָר קָצוּב שְׁמוֹנִים דִּינָר בְּחֹודֶשׁ וְהוּא צָרִיךְ לוֹ בִּשְׁבִיל אֲכִילָה שֶׁל בָּשָׂר בְּכָל יוֹם אַרְבָּעִים דְּנֵרִים וּבִשְׁבִיל שְׁתִיָּה עֶשְׂרִים דְּנֵרִים וּבִשְׁבִיל מַלְבּוּשִׁים הֶכְרֵחִים עֶשְׂרִים וְנִמְצָא שֶׁלֹּא נִשְׁאַר בְּיָדוֹ מָעוֹת יְתֵרִים כְּדֵי לְכַבֵּד בָּהֶם אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו בְּמַלְבּוּשִׁים יְקָרִים, לְכָךְ בָּא בַּעַל הַמַּאֲמָר לוֹמַר יֹאכַל וְיִשְׁתֶּה פָּחוֹת מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ שֶׁלֹּא יוֹצִיא שִׁשִּׁים דְּנֵרִים בִּשְׁבִיל אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אֶלָּא יִפְחֹות מִזֶּה דְּהַייְנוּ שֶׁלֹּא יֹאכַל בָּשָׂר אֶלָּא שְׁנֵי לֵילוֹת בְּשָׁבוּעַ וּשְׁנֵי לֵילוֹת דָּגִים וּשְׁנֵי לֵילוֹת יָרָק וּבָזֶה יוֹצִיא לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה חֲמִשִּׁים דְּנֵרִים וְיִשָּׁאֵר בְּיָדוֹ עֲשָׂרָה דְּנֵרִים יְכַבֵּד בָּהֶם אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו בְּמַלְבּוּשִׁים לַעֲשׂוֹת לָהֶם מַלְבּוּשִׁים יְקָרִים וְנִמְצָא הוּא מְכַבֵּד אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מִמַּה שֶׁמְּקַמֵּץ מִינֵּיהּ וּבֵיהּ וְעַל זֶה מֵבִיא הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קיב, ה) 'טוֹב אִישׁ חוֹנֵן וּמַלְוֶה' וְהַיְינוּ חוֹנֵן דֶּרֶךְ חֲנִינָה לַעֲשׂוֹת מוֹתָרוֹת וְזֶה הַיִּתְרוֹן מַלְוֶה אוֹתוֹ מִדִּילֵיהּ עַל יְדֵי 'שֶׁיְּכַלְכֵּל דְּבָרָיו בַּמִּשְׁפָּט' שֶׁלֹּא יֹאכַל בָּשָׂר כָּל לַיְלָה אֶלָּא שְׁנֵי לֵילוֹת בְּשָׁבוּעַ בָּשָׂר וּשְׁנֵי לֵילוֹת דָּגִים וּשְׁנֵי לֵילוֹת יָרָק. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר ' יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ ' אֵין הַכַּוָּנָה עַל הַיְּכֹולֶת שֶׁלּוֹ בְּמָעוֹת אֶלָּא הַכַּוָּנָה עַל חֲשִׁיבוּת הַמָּנֶה שֶׁמֵּבִיא לְאִשְׁתּוֹ שֶׁתִּהְיֶה חֲשׁוּבָה וּמְפֹואֶרֶת יוֹתֵר מִן הַמָּנֶה שֶׁמֵּבִיא לְעַצְמוֹ. מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁיָּצָא לַשּׁוּק לִקְנוֹת טאקה אַחַת שֶׁל מֶשִׁי בִּשְׁבִיל בֶּגֶד שַׁבָּת לְעַצְמוֹ וְטַאֲקָה אַחַת שֶׁל מֶשִׁי בִּשְׁבִיל בֶּגֶד לְאִשְׁתּוֹ וְקָנָה שְׁתֵּיהֶם שָׁוִין בְּגָוֶון אֶחָד וְרַק הָאַחַת מְעֻולֵּית בְּזִיוֵהּ וְהָדְרָה כִּפְלַייִם עַל חֲבֶרְתָּהּ וְהוּא נָתַן הָאַחַת הַמְשֻׁובַּחַת יוֹתֵר לְתוֹפֵר בַּשּׁוּק שֶׁיִּתְפֹּור אוֹתָהּ בֶּגֶד לְעַצְמוֹ וְהַשָּׁרַת הַגְּרוּעָה הֵבִיא לְאִשְׁתּוֹ שֶׁתִּתְפֹּור אוֹתָהּ בֶּגֶד לְעַצְמָהּ וְהַתּוֹפֵר הֵבִיא לוֹ הַבֶּגֶד בְּעֶרֶב שַׁבָּת בְּסוֹף הַיּוֹם קֹודֶם שֶׁהָלַךְ לְקַבָּלַת שַׁבָּת וְהוּא לְקָחוֹ מִיָּד הַתּוֹפֵר וּבֵירַךְ עָלָיו שֶׁהֶחֱייָנוּ וְלָבְשׁוּ וְהָלַךְ לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא רָאֲתָה אוֹתוֹ כִּי הָיְתָה עֲסוּקָה בְּצָרְכֵי שַׁבָּת וְהִיא גַּם כֵּן לָבְשָׁה בֶּגֶד הֶחָדָשׁ שֶׁלָּהּ וְקִבְּלָה שַׁבָּת בְּנֵרוֹת. וּבְבוֹא בַּעְלָהּ מִבֵּית הַכְּנֶסֶת רָאֲתָה הַבֶּגֶד שֶׁל בַּעְלָהּ מְשֻׁובָּח עַל שֶׁלָּהּ כִּפְלַייִם וְחָרָה לָהּ מְאֹד עַל אֲשֶׁר לָקַח הַחֲשׁוּבָה לְעַצְמוֹ וְהֵבִיא לָהּ הַגְּרוּעָה וַתֹּאמֶר לוֹ הַקְּשֹׁוט נָאֶה לְאִישׁ אוֹ לְאִשָּׁה? וְיֹאמַר לְהָאִשָּׁה. וַתֹּאמֶר אִם כֵּן לָמָּה אַתָּה לָקַחְתָּ הַמְפֹואֶרֶת לְהִתְקַשֵּׁט בָּהּ וְלִי הֲבָאַת הַגְּרוּעָה? וְיֹאמַר אֲנִי קִשַּׁטְתִּי עַצְמִי לִכְבוֹד שַׁבָּת כִּי זֶה הַבֶּגֶד הוּא לְלָבְשׁוֹ בְּשַׁבָּת. וְתֹאמַר אַף עַל פִּי כֵן הַקְּשֹׁוט רָאוּי לִי וְלֹא לֵךְ! וְנַעֲשָׂה וִיכּוּחַ בֵּינֵיהֶם בְּדָבָר זֶה עַד הַשֵּׁינָה. וְהִנֵּה אַחַר שֶׁיָּשַׁן חָלַם שֶׁרָאָה נְיָיר אֶחָד לָבָן כָּתוּב עָלָיו תֵּיבַת יָגֵל בְּאַשּׁוּרִית וְתַחְתֶּיהָ תֵּיבַת אֵשׁ וַיִּקַץ וַתִּפָּעֶם רוּחוֹ כִּי אָמַר תֵּיבַת 'יָגֵל' הוּא סִימָן טוֹב לְשִׂמְחָה וְגִילָּה אַךְ תֵּיבַת 'אֵשׁ' דִּין הוּא וְיִצְטַעֵר מִמֶּנָּה וְהָלַךְ אֵצֶל הָרַב לִפְתֹּור לוֹ הַחֲלוֹם וְיִסְפֹּר לוֹ חֲלוֹמוֹ לִפְתֹּור אוֹתוֹ, וְיִשְׁאָלֵהוּ אִם הָיָה לְךָ בְּזוֹ הַלַּיְלָה רִיב עִם אַנְשֵׁי בֵּיתִיךְ? וְיֹאמַר לָאו אֶלָּא רַק וִיכּוּחַ דְּבָרִים הָיָה בֵּינִי לְבֵין אִשְׁתִּי וִישַׁנְּנוּ בְּוִיכּוּחַ זֶה וִיסַפֵּר לוֹ עַל מֶה הָיָה הַוִּיכּוּחַ, וְהֵבִין הָרַב פִּתְרוֹן הַחֲלוֹם וַיֹּאמֶר לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם הֶרְאוּ לְךָ שֶׁהָאֱמֶת עִם אִשְׁתְּךָ וְהָיָה צָרִיךְ שֶׁתִּתֵּן לָהּ הַטְאֵקָה הַמְהֻודֶּרֶת לְהִתְקַשֵּׁט הִיא בָּהּ וְאַתָּה תִּקַּח הַגְּרוּעָה וְתֵיבַת 'יָגֵל' הִיא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ' ל א י לָבַשׁ ג בָּר' וְתֵיבַת אֵשׁ הִיא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ' ש מִלַּת א שֶׂה' (דְּבָרִים כב, ה) שֶׁהִגִּידוּ לְךָ זוֹ הַטַּאֲקָה אֲשֶׁר לָבָשְׁתָּ רָאוּי שֶׁתִּהְיֶה שִׂמְלַת אִשָּׁה וְאַתָּה הַגֶּבֶר לָבָשְׁתָּ שִׂמְלָה הָרְאוּיָה לָהּ וְהֶרְאוּ לְךָ דָּבָר זֶה בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת לְמַפְרֵעַ לְהוֹרוֹת לְךָ כִּי אַתָּה הָלַכְתָּ בְּדֶרֶךְ הָפוּךְ שֶׁקָּשַׁטְתָּ עַצְמְךָ בְּבֶגֶד הֶחָשׁוּב וּלְאִשְׁתְּךָ הֵבֵאתָ בֶּגֶד הַגָּרוּעַ. נִמְצֵינוּ לְמֵידִין אִם הָאָדָם קוֹנֶה בֶּגֶד לְעַצְמוֹ וּלְאִשְׁתּוֹ וְלֹא נִזְדַּמֵּן לוֹ לִקְנוֹת שְׁנֵיהֶם מִן הֶחָשׁוּב אֶלָּא נִזְדַּמֵּן לוֹ אֶחָד חָשׁוּב וְאֶחָד גָּרוּעַ שֶׁיִּכְבַּד אִשְׁתּוֹ בְּבֶגֶד הֶחָשׁוּב וְהוּא יִקַּח הַגָּרוּעַ וְעַל כַּיּוֹצֵא בָּזֶה קָאָמַר שֶׁיְּכַבֵּד אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו בְּמָנֶה שֶׁהִיא חֲשׁוּבָה יוֹתֵר מִן הַמָּנֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ לְעַצְמוֹ כִּי לָהֶם הַקְּדִימָה בְּדָבָר הֶחָשׁוּב וכמ"ש בְּאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה.
Et qu'il honore sa femme et ses enfants plus que ce qu'il a. Il y a une difficulté : ce 'plus' [que ce qu'il a], d'où l'apportera-t-il ? Va-t-il voler pour le leur apporter ? Et si tu dis qu'il empruntera à d'autres, voici que celui qui emprunte à autrui en sachant qu'il ne pourra pas le rembourser, c'est de lui qu'il est dit 'le méchant emprunte et ne rembourse pas' (Ps 37:21) ! Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention [est la suivante] : si l'on estime le salaire de son travail à quatre-vingts dinars par mois, ou qu'il dispose d'un salaire fixe de quatre-vingts dinars par mois, et qu'il en a besoin pour la consommation de viande chaque jour [à hauteur de] quarante deniers, pour la boisson vingt deniers, et pour les vêtements indispensables vingt — il se trouve alors qu'il ne lui reste pas en main d'argent en surplus pour en honorer sa femme et ses enfants par des vêtements coûteux. C'est pourquoi l'auteur de l'enseignement vient dire qu'il mangera et boira moins que ce qu'il a, c'est-à-dire qu'il ne dépensera pas soixante deniers pour la nourriture et la boisson, mais qu'il en retranchera ; à savoir qu'il ne mangera de la viande que deux soirs par semaine, deux soirs du poisson et deux soirs des légumes, et par là il dépensera pour la nourriture et la boisson cinquante deniers, et il lui restera en main dix deniers dont il honorera sa femme et ses enfants en vêtements, pour leur faire des vêtements coûteux. Il se trouve alors qu'il honore sa femme et ses enfants avec ce qu'il économise de sa propre [dépense] et sur elle. Et à ce sujet le verset apporte (Ps 112:5) 'bon [est] l'homme qui fait grâce et prête' : et c'est cela 'honen' (fait grâce), par voie de grâce, pour [se] faire des superflus, et ce surplus 'il le lui prête' de son propre [bien] par le fait qu'il 'règle ses affaires avec mesure (be-michpat)', en ne mangeant pas de la viande chaque soir mais [seulement] deux soirs par semaine de la viande, deux soirs du poisson et deux soirs des légumes. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, [que] ce qu'il a dit 'plus que ce qu'il a' ne vise pas ses moyens en argent, mais vise l'importance (chachivout) de la part (mana) qu'il apporte à sa femme, pour qu'elle soit plus importante et plus belle que la part qu'il apporte pour lui-même. [Il y a] une histoire (maasse) d'un homme pieux (hassid) qui sortit au marché pour acheter une pièce (taqa) de soie pour un habit de Chabbat pour lui-même, et une pièce de soie pour un habit pour sa femme ; il acheta les deux d'une même couleur, sauf que l'une était supérieure en éclat et en parure, deux fois plus que l'autre. Il donna celle qui était la plus belle au tailleur du marché pour qu'il en couse l'habit pour lui-même, et apporta celle qui était inférieure à sa femme pour qu'elle en couse l'habit pour elle-même. Le tailleur lui apporta l'habit la veille de Chabbat, à la fin du jour, avant qu'il n'allât à l'accueil du Chabbat ; il le prit aussitôt de la main du tailleur, récita dessus [la bénédiction] 'Cheheheyanou', le revêtit, et alla à la synagogue ; elle ne le vit pas car elle était occupée aux besoins du Chabbat ; elle aussi revêtit son habit neuf et accueillit le Chabbat par les bougies. Et lorsque son mari revint de la synagogue, elle vit que l'habit de son mari était supérieur au sien du double, et elle en fut grandement affligée de ce qu'il avait pris l'importante pour lui-même et lui avait apporté l'inférieure. Elle lui dit : la parure (kichout) sied-elle à un homme ou à une femme ? Il dit : à la femme. Elle dit : s'il en est ainsi, pourquoi as-tu pris la magnifique pour t'en parer, et m'as-tu apporté l'inférieure ? Il dit : je me suis paré moi-même en l'honneur du Chabbat, car cet habit est [fait] pour être revêtu le Chabbat. Elle dit : malgré cela, la parure me revient et non à toi ! Et une dispute (vikouah) s'éleva entre eux sur cette affaire jusqu'au sommeil. Et voici qu'après s'être endormi, il rêvait qu'il voyait un papier blanc sur lequel était écrit le mot 'yaguel' en [écriture] assyrienne (achourit), et au-dessous le mot 'ech' (feu) ; il se réveilla et son esprit fut troublé, car il se dit : le mot 'yaguel' (il se réjouira) est un bon signe de joie et d'allégresse, mais le mot 'ech' (feu) est [un signe de] rigueur (din) et il en sera affligé. Il alla auprès du Rav pour qu'il lui interprète le rêve, [pensant] lui raconter son rêve pour qu'il l'interprète. [Le Rav] lui demanda : as-tu eu cette nuit une querelle (riv) avec les gens de ta maison ? Il dit : non, mais il n'y a eu qu'une dispute de paroles entre moi et ma femme, et nous nous sommes endormis sur cette dispute ; et il lui raconta sur quoi portait la dispute. Le Rav comprit l'interprétation du rêve et lui dit : du Ciel on t'a montré que la vérité est avec ta femme, et qu'il aurait fallu que tu lui donnes la pièce (taqa) la plus belle pour qu'elle s'en pare, et que toi tu prennes l'inférieure. Et le mot 'yaguel' est l'acrostiche (rachei tevot) de 'lo yilbach gever' (un homme ne portera pas), et le mot 'ech' est l'acrostiche de 'simlat icha' (un vêtement de femme) — [d'après] 'lo yilbach gever simlat icha' (un homme ne portera pas un vêtement de femme, Deut 22:5) — car on t'a fait savoir que cette pièce que tu as revêtue, il convenait qu'elle fut un vêtement de femme, et toi, l'homme, tu as revêtu un vêtement qui lui convenait [à elle] ; et on t'a montré cette chose par les acrostiches à rebours (le-mafrea), pour t'enseigner que tu es allé par un chemin inverse, t'étant paré de l'habit important et ayant apporté à ta femme l'habit inférieur. Il se trouve que nous apprenons : si un homme achète un habit pour lui-même et pour sa femme, et qu'il ne s'est pas trouvé [à pouvoir] les acheter tous deux parmi les [étoffes] importantes, mais qu'il s'en est trouvé un important et un inférieur, qu'il honore sa femme par l'habit important et que lui prenne l'inférieur. Et c'est à propos d'un cas semblable qu'il dit qu'il honore sa femme et ses enfants par une part qui est plus importante que la part qu'il a pour lui-même, car à eux revient la priorité dans la chose importante, comme il [est dit] dans cette histoire.
וְהוּא תָּלוּי בְּמִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם. הָא דְּנָקֵיט לָשׁוֹן זֶה וְלֹא אָמַר תָּלוּי בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל בְּבֵיאוּר ' בָּרוּךְ שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם בָּרוּךְ גּוֹזֵר וּמְקַיֵּם בָּרוּךְ מְרַחֵם עַל הָאָרֶץ ' כִּי בַּתְּחִלָּה בָּרָא הָעוֹלָם בְּמַחְשָׁבָה בִּלְבַד וְשָׁלְטָה מִדַּת הַדִּין לְכָךְ כְּתִיב 'בְּרֵאשִׁית' זוֹ הַמַּחֲשָׁבָה, בָּרָא אֱלֹקִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְכוּ' (בְּרֵאשִׁית א, א) זָכַר שֵׁם אֱ-לֹהִים שֶׁהוּא דִּין וְאַחַר כָּךְ בְּרָאוֹ בַּאֲמִירָה דִּכְתִיב 'וַיֹּאמֶר וְיֹאמַר' בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית בָּזֶה גָּבְרוּ הָרַחֲמִים בָּעוֹלָם וּלְכָךְ נֶאֱמַר בְּיוֹם עֲשׂוֹת ה' אֱלֹקִים אֶרֶץ וְשָׁמָיִם (בְּרֵאשִׁית ב, ד) שֶׁזָּכַר שֵׁם הָרַחֲמִים קֹודֶם שֵׁם הַדִּין. וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁאָמַר 'וְהָיָה הָעוֹלָם' לְכָךְ 'מְרַחֵם עַל הָאָרֶץ' עַד כָּאן דִּבְרֵיהֶם. וְלָזֶה אָמַר שֶׁיִּכְבַּד אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁיֵּשׁ לוֹ וְזֶהוּ מִמִּידַּת הָרַחֲמָנוּת הַגְּדוֹלָה יַעַן כִּי 'הֵם תְּלוּיִים בּוֹ וְהוּא תָּלוּי בְּמִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם' אָמַר דַּיְיקָא שֶׁבָּזֶה רָצָה לְהַגְבִּיר מִדַּת הָרַחֲמָנוּת בָּעוֹלָם וְהָאָדָם צָרִיךְ לִלְמֹוד מִמִּידַּת הַבּוֹרֵא יִתְבָּרֵךְ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק אַחֲרֵי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם תֵּלֵכוּ (דְּבָרִים יג, ה) מָה הוּא רַחוּם אַף אַתָּה וְכוּ'.
Et lui dépend de Celui qui a parlé et le monde fut. Le fait qu'il emploie cette expression et ne dise pas 'dépend du Saint, béni soit-Il', il me semble, avec l'aide du Ciel, [s'explique] selon ce qu'ont dit les commentateurs (mefarchim), de mémoire bénie, dans l'explication de [la prière] 'Béni soit Celui qui a parlé et le monde fut, béni soit-Il qui décrète et accomplit, béni soit-Il qui a pitié de la terre' : car au commencement Il créa le monde par la pensée (ma'hchava) seule, et la mesure de la rigueur (midat ha-din) y régnait ; c'est pourquoi il est écrit 'Bé-rechit' (au commencement) — c'est la pensée — 'Eloqim créa les cieux etc.' (Gen 1:1) : Il a mentionné le Nom 'Eloqim', qui est [la] rigueur (din) ; et ensuite Il le créa par la parole (amira), comme il est écrit 'Il dit, et Il dira' (vayomer, veyomar) dans l'œuvre de la Genèse, [et] par cela la miséricorde (rachamim) l'emporta dans le monde ; c'est pourquoi il est dit 'au jour où H' Eloqim fit terre et cieux' (Gen 2:4), [verset] où Il mentionna le Nom de la miséricorde avant le Nom de la rigueur. Aussi, dès lors qu'Il a dit 'et le monde fut', c'est pourquoi 'Il a pitié de la terre' — jusqu'ici leurs paroles. Et c'est à ce sujet qu'il a dit qu'il honore sa femme et ses enfants plus que ce qu'il a : cela relève de la grande mesure de miséricorde (rachamanout), du fait que 'eux dépendent de lui, et lui dépend de Celui qui a parlé et le monde fut'. Il a dit [cette formule] précisément, car par elle [Celui qui a parlé] à voulu faire prévaloir la mesure de miséricorde dans le monde, et l'homme doit apprendre de la mesure du Créateur, qu'Il soit béni, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur le verset 'c'est après H' votre D[ieu] que vous marcherez' (Deut 13:5) : de même qu'Il est miséricordieux (rahoum), toi aussi etc.
💡 Explication

Enseignement de mesure tiré de 'tov ich honen ou-malve, yekhalkel devarav be-michpat' (Ps 112:5). Trois niveaux : manger et boire en deçà de ses moyens ; se vêtir selon ses moyens (pour ne pas se faire honte) ; honorer femme et enfants au-delà de ses moyens — car ils dépendent de lui, et lui-même dépend du Créateur.

5
דָּרֵשׁ רַב עֵינָא אַפִּתְחָא דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא: הַשּׁוֹחֵט לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת חַיָּיב לְכַסּוֹת. אֲמַר לְהוּ רַבָּה: אַשִּׁתּוּמָא קָאָמַר, לִישְׁמְטוּהָ לְאָמוֹרֵיהּ מִינֵּיהּ, דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כּוֹי אֵין שׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב, וְאִם שְׁחָטוֹ אֵין מְכַסִּין אֶת דָּמוֹ.

Rav Eina a exposé, à la porte de la maison de l'exilarque (rich galouta) : celui qui abat pour un malade (hole) le Chabbat est tenu de couvrir [le sang]. Rabba leur dit : il dit une chose étonnante (echtoma) ; qu'on lui retire son interprète (amora) !

Car il est enseigné : Rabbi Yossei dit : un koy, on ne l'abat pas à Yom Tov, et [si] on l'a abattu, on ne couvre pas son sang.

📜 Rachi (4)
לְחוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה:
Pour un malade — [un malade] qu'il y a danger [pour sa vie].
חַייָּב לְכַסּוֹת דְּכֵיוָן דְּנִיתְּנָה שַׁבָּת לִידָּחוֹת אֵצֶל שְׁחִיטָה זוֹ נִדְחֵית לְכָל מִצְוָתָהּ שֶׁל שְׁחִיטָה זוֹ:
Est tenu de couvrir — car, dès lors que le Chabbat a été donné pour être écarté devant cet abattage[-ci], il est écarté pour toute la mitsva de cet abattage.
אִישְׁתּוּמָא קָאָמַר דְּבַר תֵּימַהּ הוּא אוֹמֵר לָשׁוֹן (לְעֵיל חֻולִּין דַּף כא.) אֶשְׁתּוֹמַם כְּשָׁעָה חֲדָא אשטורדישו"ן:
Echtoma kaamar — c'est une chose étonnante qu'il dit ; expression [comme] (plus haut, Houlin 21a) 'echtomam ke-chaa hada' (il resta stupéfait un instant), 'echtordichon' [en langue vernaculaire].
לִישְׁמְטוּ לְאָמוֹרֵיהּ יַחְתְּכוּ אֶת לְשׁוֹנוֹ שֶׁאָמַר בָּהּ. ל"א גָּרְסִינַן אִי דְּשֶׁמָּא קָאָמַר אִם בִּשְׁמוֹ הוּא אוֹמֵר לִישְׁמְטוּ לְאָמוֹרֵיהּ יִשָּׁמְטוּ אֶת הָאָמוֹרָא מִלְּפָנָיו לְבַיְּישׁוֹ:
Lichmetou le-amorei — qu'on lui coupe la langue (lechono), avec laquelle il [le] dit. Autre version, nous avons la leçon : 'i de-chema kaamar' — si c'est en son nom qu'il [le] dit, 'lichmetou le-amorei' : qu'on retire l'amora (l'interprète) de devant lui, pour le faire rougir.
💡 Explication

Début de la sougya halakhique. Rav Eina enseigne publiquement que celui qui abat pour un malade le Chabbat (abattage permis pour sauver une vie) est tenu de couvrir le sang : le Chabbat ayant été écarté pour cet abattage, il l'est aussi pour la mitsva qui l'accompagne. Rabba juge le propos étonnant (echtoma) et réclame qu'on retire l'interprète (amora) qui le répercute, en s'appuyant sur la braita de Rabbi Yossei sur le koy.

6
מִקַּל וָחֹומֶר: וּמַה מִילָה שֶׁוַּדָּאָהּ דּוֹחֶה שַׁבָּת, אֵין סְפֵיקָהּ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב, כִּסּוּי שֶׁאֵין וַדָּאוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת, אֵין דִּין שֶׁאֵין סְפֵקוֹ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב?

[Cela se déduit] par un kal va-chômer (à fortiori) : de même que la circoncision (mila), dont le [cas] certain repousse le Chabbat, son [cas] douteux ne repousse pas Yom Tov — [pour] le fait de couvrir [le sang] (kisouy), dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat, n'est-il pas de droit (din) que son [cas] douteux ne repousse pas Yom Tov ?

📜 Rachi (3)
שֶׁוַּדָּאָהּ דּוֹחֶה שַׁבָּת דְּאָתְיָא בְּקַל וָחֹומֶר מַה צָרַעַת שֶׁדּוֹחָה עֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה דּוֹחָה שַׁבָּת מִילָה דּוֹחָה אוֹתָהּ. כֻּולָּהּ בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף קלב:):
Dont le [cas] certain repousse le Chabbat — car [cela] vient par un kal va-chômer : de même que la lèpre (tzaraat), qui repousse le service [du Temple] (avoda), et le service repousse le Chabbat, [or] la mila repousse celle-là [la lèpre] ; le tout [se trouve] dans le traité Chabbat (132b).
אֵין סְפֵיקָהּ דּוֹחֶה יו"ט כְּגוֹן נוֹלַד בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דקי"ל בְּפֶ' רַבִּי אֱלִיעֶזֶר (שַׁבָּת דַּף קלז.) דְּנִימּוֹל לְתִשְׁעָה וְחָל סָפֵק שְׁמִינִי סְפֵק תְּשִׁיעִי שֶׁלּוֹ ביו"ט אֵינוֹ נִימּוֹל עַד עֲשִׂירִי דִּתְנַן נוֹלַד בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נִמּוֹל לְתִשְׁעָה כְּלוֹמַר לְסָפֵק תְּשִׁיעִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁל עֶרֶב שַׁבָּת נִמּוֹל לַעֲשָׂרָה חָל יו"ט לִהְיוֹת אַחַר אוֹתָהּ שַׁבָּת שֶׁהוּא עֲשִׂירִי נִמּוֹל לְאֶחָד עָשָׂר מִשּׁוּם דְּמִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ לָא דָּחֲיָא דְּנָפְקָא לָן מֵהוּא לְבַדּוֹ הוּא וְלֹא מַכְשִׁירָיו לְבַדּוֹ וְלֹא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ בְּסַנְהֶדְרִין:
Son [cas] douteux ne repousse pas Yom Tov — par exemple [un enfant] né entre chien et loup (bein ha-chemachot), car nous tenons (au chapitre Rabbi Eliezer, Chabbat 137a) qu'il est circoncis le neuvième jour : [si] tombe pour lui le huitième douteux [ou] le neuvième douteux à Yom Tov, il n'est pas circoncis avant le dixième. Car nous avons appris : [un enfant] né entre chien et loup est circoncis le neuvième — c'est-à-dire pour le neuvième douteux ; [s'il est né] entre chien et loup de la veille de Chabbat, il est circoncis le dixième ; [si] Yom Tov tombe après ce Chabbat, qui est le dixième, il est circoncis le onzième — parce qu'une mila qui n'est pas en son temps ne repousse pas [Yom Tov] : nous le déduisons de 'hou levado' (lui seul) — et non ses préparatifs seuls, et non une mila qui n'est pas en son temps, [comme] dans Sanhédrin.
כִּסּוּי שֶׁאֵין וַדָּאוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ:
Le kisouy, dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat — il l'explique plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
כִּסּוּי שֶׁאֵין וַדָּאוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת לְהָנָךְ תְּרֵי טַעְמֵי דִּמְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף ח:) דְּכוֹי אֵין מְכַסִּין דָּמוֹ בְּיוֹם טוֹב מִשּׁוּם דְּאֵפֶר כִּירָה דַּעְתּוֹ לְוַדַּאי וְאֵין דַּעְתּוֹ לְסָפֵק אִי נָמֵי מִשּׁוּם הַתָּרַת חֶלְבּוֹ אִי אֶפְשָׁר לְיַישֵּׁב ק"ו זֶה דְּמַה שֶׁאֵין וַדַּאי דּוֹחֶה שַׁבָּת לָא הָוֵי מִשּׁוּם מֻוקְצֶה דְּאַפֵּי' הֵכִינוּ מִבְּעוֹד יוֹם אֵין מְכַסִּין וְלֹא שַׁייָּךְ נָמֵי שָׁם הַתָּרַת חָלָב כֵּיוָן שֶׁהִיא וַדַּאי חַיָּה אֲבָל טַעְמָא דִּמְפָרֵשׁ הָתָם דִּבְדֶקֶר נָעוּץ בְּוַדַּאי הִתִּירוּ ביו"ט ואע"ג דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא מִדְּרַבָּנָן בְּחוֹפֵר גֻּומָּא וא"צ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ אֲבָל בְּסָפֵק לֹא הִתִּירוּ אָתֵי ק"ו דְּהָכָא שַׁפִּיר דְּכֵיוָן דְּלָא הִתִּירוּ בְּוַדַּאי שֶׁיִּדְחֶה שַׁבָּת כ"ש דְּאֵין סָפֵק דּוֹחֶה יו"ט וּמִיהוּ סֻוגְיָא דְּבֵיצָה מוּכָח דַּאֲפִילּוּ סָפֵק נָמֵי שָׁרִי בִּדְאִיכָּא דֶּקֶר נָעוּץ וי"ל בְּדֹוחַק ק"ו הָכִי כִּיסּוּי שֶׁאֵין וַדָּאוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת אֲפִילּוּ הִזְמִינוֹ לְכָךְ מ"מ אָסְרוּ מִשּׁוּם טֹורַח אֵינוֹ דִּין שֶׁאֵין סְפֵקוֹ דּוֹחֶה יו"ט מִשּׁוּם אִיסּוּר גֻּומָּא דְּרַבָּנָן אוֹ מִשּׁוּם מֻוקְצֶה דְּאֵין דַּעְתּוֹ לְסָפֵק אֲבָל בְּאֵפֶר שֶׁהֵכִינוּ אֵין לֶאֱסֹור סָפֵק ביו"ט מק"ו דְּשַׁבָּת דְּאֵין לְדַמּוֹת טֹורַח יו"ט לִדְשָׁבַת וּלְלִישָּׁנָא דְּמִשּׁוּם הַתָּרַת חֶלְבּוֹ וְאָסַר אע"ג דֶּהֱכִינוֹ אע"ג דְּלֵיכָּא ק"ו מ"מ יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁיִּטְעוּ הָרוֹאִים וְיַעֲשׂוּ ק"ו מִשַּׁבָּת כֵּיוָן דְּאֵין וַדָּאוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת אֲפִילּוּ בְּהֵכִינוּ כ"ש שֶׁסָּפֵק אֵין דּוֹחֶה יו"ט וּמִדִּמְכַסִּים אוֹתוֹ וַדַּאי חַיָּה הִיא וְיַתִּירוּ חֶלְבּוֹ:
Le kisouy, dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat — selon ces deux raisons exposées au premier chapitre de Beitza (8b) [pour lesquelles] on ne couvre pas le sang du koy à Yom Tov : parce que la cendre de foyer (efer kira), son intention [n'allait que] vers le certain et non vers le douteux ; ou bien à cause de la permission de sa graisse (chouman) — il n'est pas possible d'établir ce kal va-chômer, car le fait que [son cas] certain ne repousse pas le Chabbat ne tient pas au mouktse — car même [s']il l'a préparé [la cendre] de jour [à l'avance], on ne couvre pas ; et l'argument de la permission de la graisse ne s'applique pas non plus là, puisque [le koy] est une bête sauvage (haya) certaine. Mais selon la raison exposée là-bas [à savoir] qu'avec une bêche enfoncée (deker naouts) [en terre] on a permis [de couvrir] dans le [cas] certain à Yom Tov — bien qu'il y ait [là] un interdit rabbinique du fait de creuser un trou alors qu'on n'a besoin que de sa terre — mais dans le [cas] douteux on n'a pas permis : alors le kal va-chômer d'ici vient bien, car puisqu'on n'a pas permis dans le [cas] certain qu'il repousse le Chabbat, à plus forte raison [son cas] douteux ne repousse pas Yom Tov. Toutefois la sougya de Beitza prouve que même dans le [cas] douteux on permet aussi quand il y a une bêche enfoncée ; et l'on peut dire de force [que] le kal va-chômer [est] ainsi : le kisouy, dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat — même [si] on l'a préparé pour cela — néanmoins on a interdit [de le faire] à cause de la peine [du jour] ; n'est-il pas de droit que son [cas] douteux ne repousse pas Yom Tov, à cause de l'interdit rabbinique du trou, ou à cause du mouktse, son intention n'allant pas vers le douteux ? Mais avec de la cendre qu'on a préparée, il n'y a pas lieu d'interdire le [cas] douteux à Yom Tov par un kal va-chômer [tiré] du Chabbat, car on ne peut comparer la peine de Yom Tov à celle du Chabbat. Et selon la version 'à cause de la permission de sa graisse', qui interdit bien qu'on l'ait préparé — quoiqu'il n'y ait pas [là] de kal va-chômer, il y a néanmoins lieu de craindre que ceux qui voient se trompent et fassent un kal va-chômer [tiré] du Chabbat : puisque [son cas] certain ne repousse pas le Chabbat même [s']on l'a préparé, à plus forte raison [son cas] douteux ne repousse pas Yom Tov ; et du fait qu'on le couvre, [ils diraient que] c'[est] une bête sauvage certaine, et permettraient sa graisse.
💡 Explication

Le kal va-chômer de Rabbi Yossei (voir le schéma). La mila a un cas certain qui repousse le Chabbat (l'enfant né le huitième jour qui tombe un Chabbat), et pourtant son cas douteux (incertitude sur le huitième jour) ne repousse pas Yom Tov. Or le kisouy n'a même pas de cas certain qui repousse le Chabbat — à fortiori son cas douteux (celui du koy) ne repousse-t-il pas Yom Tov.

7
אָמַר לוֹ: תְּקִיעַת שׁוֹפָר בִּגְבוּלִים תּוֹכִיחַ, שֶׁאֵין וַדָּאָהּ דּוֹחֶה שַׁבָּת, וּסְפֵיקָהּ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב!

Ils lui dirent : la sonnerie du chofar dans les provinces (gevoulin) le prouve [le contraire] — dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat, et [dont pourtant] le [cas] douteux repousse Yom Tov !

📜 Rachi (2)
בְּגִבּוּלִין דְּקַייְמָא לָן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כט:) בְּשַׁבָּת בַּמִּקְדָּשׁ הָיוּ תּוֹקְעִין אֲבָל לֹא בַּמְּדִינָה:
Dans les provinces — car nous tenons (Roch ha-Chana 29b) [que], le Chabbat, c'est dans le Temple (mikdach) qu'on sonnait, mais pas dans le pays (médina).
וּסְפֵיקָהּ דּוֹחֶה י"ט דְּתַנְיָא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס חַייָּבִים אַף עַל פִּי שֶׁהוּא סָפֵק אִשָּׁה וְאֵינָהּ חַיֶּיבֶת:
Et [dont] le [cas] douteux repousse Yom Tov — car il est enseigné : le tomtoum et l'androgyne (androguinos) sont tenus [de sonner], bien que ce soit douteux [s'il s'agit] d'une femme, laquelle n'est pas tenue.
💡 Explication

Première réfutation, par les Sages : la sonnerie du chofar dans les provinces (hors du Temple) renverse le kal va-chômer. Son cas certain (Roch ha-Chana qui tombe un Chabbat) ne repousse pas le Chabbat — on ne sonne pas — et pourtant son cas douteux (le tomtoum, le hermaphrodite) repousse Yom Tov : on prouve donc qu'un cas douteux peut repousser la fête même sans cas certain qui repousse le Chabbat.

8
הֵשִׁיב רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר בְּרִיבִּי תְּשׁוּבָה: מַה לְמִילָה שֶׁכֵּן אֵינָהּ נוֹהֶגֶת בְּלֵילֵי יָמִים טוֹבִים, תֹּאמַר בְּכִסּוּי שֶׁנּוֹהֵג בְּלֵילֵי יָמִים טוֹבִים!

Rabbi Elazar haKappar 'beribbi' (le distingué) répondit [par] une réfutation : qu'y a-t-il [à dire] de la mila — qui ne vaut pas (eina noheguet) les nuits de Yom Tov ? Diras-tu [de même] du kisouy, qui vaut les nuits de Yom Tov !

📜 Rachi (3)
בְּרִיבִי אָדָם גָּדוֹל:
'Beribbi' — un grand homme.
תְּשׁוּבָה עַל קַל וָחֹומֶר דְּרַבִּי יוֹסֵי:
Une réfutation — sur le kal va-chômer de Rabbi Yossei.
מִילָה אֵינָהּ בַּלַּיְלָה אֶלָּא בַּיּוֹם דְּיוֹם כְּתִיב בָּהּ (וַיִּקְרָא יב):
La mila n'est pas la nuit, mais [seulement] de jour, car 'le jour' (yom) est écrit à son sujet (Lévitique 12).
💡 Explication

Seconde réfutation, par Rabbi Elazar haKappar le distingué : le parallèle mila/kisouy ne tient pas. La mila ne se pratique pas la nuit (le verset prescrit 'le jour'), donc son cas douteux est plus faible ; le kisouy, lui, vaut aussi la nuit — donc on ne peut pas en déduire par kal va-chômer que son cas douteux ne repousserait pas Yom Tov.

9
אָמַר רַבִּי אַבָּא: זֶה אֶחָד מִן הַדְּבָרִים שֶׁאָמַר רַבִּי חִיָּיא ״אֵין לִי עֲלֵיהֶם תְּשׁוּבָה״, וְהֵשִׁיב רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר בְּרִיבִּי תְּשׁוּבָה.

Rabbi Abba a dit : ceci [est] l'une des choses dont Rabbi Hiyya a dit 'je n'ai pas de réfutation à leur opposer', et [pourtant] Rabbi Elazar haKappar le distingué [y] répondit [par] une réfutation.

📜 Rachi (1)
זֶה אֶחָד מִן הַדְּבָרִים שֶׁהָיָה רַבִּי חַייָּא אוֹמֵר שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ שׁוּם תְּשׁוּבָה עֲלֵיהֶם וְהָא דְּרַבִּי יוֹסֵי חֲדָא מִינַּייְהוּ וְהָא דְּאַהְדַּרוּ רַבָּנָן תְּקִיעַת שׁוֹפָר בִּגְבוּלִים תּוֹכִיחַ לָא חֲשִׁיב לָהּ פִּירְכָא כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ:
Ceci [est] l'une des choses — dont Rabbi Hiyya disait qu'il n'avait aucune réfutation à leur opposer ; et ce [propos] de Rabbi Yossei [est] l'une d'elles ; et ce que les Sages ont opposé, 'la sonnerie du chofar dans les provinces le prouve', il ne le compte pas comme une réfutation, comme il [l']explique plus loin.
💡 Explication

Rabbi Abba souligne la force de la réfutation : le kal va-chômer de Rabbi Yossei comptait parmi les arguments dont Rabbi Hiyya disait 'je n'ai pas de réfutation à leur opposer' (il les tenait pour imparables) — et c'est pourtant celui-là que Rabbi Elazar haKappar a su réfuter.

10
קָתָנֵי מִיהַת, כִּסּוּי שֶׁאֵין וַדָּאוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת. מַאי וַדָּאוֹ דְּכִסּוּי דְּלָא דָּחֵי שַׁבָּת? לָאו הַשּׁוֹחֵט לְחוֹלֶה בְּשַׁבָּת?

En tout cas il enseigne : le kisouy, dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat. Quel [est] le [cas] certain du kisouy qui ne repousse pas le Chabbat ?

N'est-ce pas [précisément] celui qui abat pour un malade le Chabbat ?

💡 Explication

Reconstitution de l'argument de Rabba contre Rav Eina. La braita pose que le kisouy n'a aucun cas certain qui repousse le Chabbat. Or, demande la Guemara, quel serait ce 'cas certain' ? Nécessairement celui qui abat pour un malade le Chabbat — et la braita enseigne qu'on n'y couvre pas le sang, ce qui contredit Rav Eina.

11
וְדִלְמָא דְּעָבַר וְשָׁחַט?

Et peut-être [s'agit-il] de celui qui a transgressé et abattu ?

📜 Rachi (1)
וְדִלְמָא דְּעָבַר וְשָׁחַט לְבָרִיא דְּלֹא נִיתְּנָה שַׁבָּת לִידָּחוֹת קָאָמַר דְּלָא יְכַסֶּה אֲבָל לְחוֹלֶה דְּנִיתְּנָה שַׁבָּת לִידָּחוֹת שָׁרִי:
Et peut-être [s'agit-il] de celui qui a transgressé et abattu — pour un bien-portant (bari), [cas] où le Chabbat n'a pas été donné pour être écarté : c'est [de celui-là] qu'il dit qu'il ne couvre pas, mais pour un malade, [cas] où le Chabbat a été donné pour être écarté, [c'est] permis.
💡 Explication

Objection : peut-être le 'cas certain' visé par la braita n'est-il pas l'abattage pour un malade, mais celui qui a transgressé le Chabbat et abattu pour un bien-portant — là, en effet, on ne couvre pas ; tandis que pour un malade (abattage permis), on couvrirait bien, comme le soutient Rav Eina.

12
דֻּומְיָא דְּמִילָה: מַה מִילָה בִּרְשׁוּת, אַף כִּסּוּי נָמֵי בִּרְשׁוּת.

[Non,] à l'instar de la mila : de même que la mila [se fait] avec permission (bi-rechout), de même aussi le kisouy [se fait] avec permission.

📜 Rachi (1)
דֻּומְיָא דְּמִילָה עַל כָּרְחָךְ בְּחוֹלֶה קָאָמַר דֻּומְיָא דְּמִילָה דְּבִרְשׁוּת וּתְיוּבְתָּא הִיא לְרַב עֵינָא:
À l'instar de la mila — force [est] de dire qu'il parle d'un malade, à l'instar de la mila qui [se fait] avec permission ; et c'est une réfutation (teyouvta) contre Rav Eina.
💡 Explication

Réponse : le kal va-chômer compare le kisouy à la mila, laquelle se pratique le Chabbat avec permission (c'est une mitsva, même un Chabbat). Le 'cas certain' du kisouy doit donc lui aussi être un cas permis — soit précisément l'abattage pour un malade. La braita enseignant qu'on n'y couvre pas, elle réfute bien Rav Eina.

13
אָמְרוּ לוֹ: תְּקִיעַת שׁוֹפָר בַּגְּבוּלִין תּוֹכִיחַ, שֶׁאֵין וַדָּאָהּ דּוֹחֶה שַׁבָּת, וּסְפֵיקָהּ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב.

Ils lui dirent : la sonnerie du chofar dans les provinces le prouve [le contraire] — dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat, et [dont pourtant] le [cas] douteux repousse Yom Tov.

🗂️ Tossefot (1)
תְּקִיעַת שׁוֹפָר בַּגְּבוּלִין תּוֹכִיחַ שֶׁאֵין וַדָּאָהּ דּוֹחֶה שַׁבָּת כּוּ' וְא"ת וְהָא טַעְמָא דְּשׁוֹפָר בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת ברה"ר וְהָא לֹא שַׁיָּיךְ בי"ט וי"ל דְּשַׁייָּךְ נָמֵי בי"ט דְּאִם אִשָּׁה הִיא זֶה הַטֻּומְטוּם אָסוּר לְהוֹצִיא לְצָרְכָהּ דְּהָא לָא מִיחַייְּבָא וְאֵין לְהַתִּיר מִטַּעַם הוֹאִיל וְהֻותְּרָה הוֹצָאָה לְצֹורֶךְ הֻותְּרָה נָמֵי שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ דְּהַייְנוּ דַּוְקָא הֵיכָא דְּהָוֵי צֹורֶךְ הַיּוֹם קְצָת אֲבָל הָכָא לֵיכָּא צֹורֶךְ הַיּוֹם כְּלָל אִי נָמֵי ה"ק שֶׁאֵין וַדָּאָהּ דּוֹחֶה שַׁבָּת מִשּׁוּם גְּזֵירָה דְּרַבָּנָן שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ וּסְפֵיקָהּ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא נָמֵי אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן בִּתְקִיעָה שֶׁהִיא חָכְמָה וְאֵינָהּ מְלָאכָה וְנִדְחֶה אִיסּוּר זֶה מִסָּפֵק. [וע"ע תּוֹסְפוֹת ר"ה כט: ד"ה רְדִיַּית]:
La sonnerie du chofar dans les provinces le prouve, dont le [cas] certain ne repousse pas le Chabbat etc. — et si tu objectes : la raison [pour laquelle on ne sonne pas] le chofar le Chabbat [est] de peur qu'on ne le porte sur quatre coudées dans le domaine public, ce qui ne s'applique pas à Yom Tov ! — et l'on peut dire [que cela] s'applique aussi à Yom Tov : car si ce tomtoum est une femme, il est interdit de [le] porter pour son besoin à elle, puisqu'elle n'est pas tenue [de sonner] ; et l'on ne peut [le] permettre au titre de 'puisque [le port] a été permis pour un besoin, il est permis aussi sans besoin' — car cela [ne vaut] précisément que là où il y a un peu de besoin du jour, mais ici il n'y a aucun besoin du jour. Ou bien [il faut comprendre] ainsi : son [cas] certain ne repousse pas le Chabbat à cause d'un décret rabbinique de peur qu'on ne le porte, et son [cas] douteux repousse Yom Tov bien qu'il y ait aussi un interdit rabbinique dans la sonnerie — laquelle est [un acte d']adresse ('hokhma) et non un travail (melakha) — et cet interdit est écarté par le doute. [Voir encore les Tossefot de Roch ha-Chana 29b, rubrique 'rediyat'.]
💡 Explication

La braita rapporte [de nouveau] la réfutation des Sages à Rabbi Yossei : la sonnerie du chofar dans les provinces prouve l'inverse, son cas certain ne repoussant pas le Chabbat tandis que son cas douteux repousse Yom Tov.

14
מַאי סְפֵיקָהּ? אִילֵּימָא סָפֵק חוֹל סָפֵק יוֹם טוֹב – הַשְׁתָּא וַדַּאי יוֹם טוֹב דָּחֲיָא, סָפֵק יוֹם טוֹב סָפֵק חוֹל מִיבַּעְיָא?

Quel [est] son [cas] douteux ? Si l'on dit [que c'est] un [cas] douteux [s'il s'agit d']un jour profane (hol) [ou] douteux [s'il s'agit d']un Yom Tov — or maintenant [que] le Yom Tov certain [le chofar] repousse, faut-il [en plus] mentionner [un cas] douteux Yom Tov [ou] douteux jour profane ?

📜 Rachi (1)
סָפֵק י"ט וּסְפֵק חוֹל כְּגוֹן שְׁנֵי יָמִים טוֹבִים שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁהָאֶחָד סָפֵק:
Douteux Yom Tov et douteux jour profane — par exemple les deux jours de fête de Roch ha-Chana, dont l'un est douteux.
💡 Explication

La Guemara cherche quel est ce cas douteux du chofar qui repousse Yom Tov. Première hypothèse écartée : ce n'est pas le doute portant sur la date de la fête (les deux jours de Roch ha-Chana, dont l'un est incertain) — car si la sonnerie repousse même un Yom Tov certain, il va de soi qu'elle repousse à fortiori un jour seulement douteusement Yom Tov. Le 'cas douteux' pertinent doit donc être cherché ailleurs (le tomtoum, comme l'indiquait Rachi au segment 6).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).