Chullin 86b — accoler la minorité à la chazaka, la dernière décision de Rabbi, et un seul couvrement du sang pour plusieurs bêtes

Chullin 86b

Sougya : La fin de la sougya précédente demande pourquoi Rabbi Meir a besoin d'une majorité d'abattages ratés [pour rendre la bête charogne] : qu'il accole la minorité à la chazaka d'interdit, comme on accole la minorité à la chazaka de pureté de la pâte ! Réponse : un doute de tum'a [se résout] en faveur de la pureté, mais un doute d'interdit ne se résout pas en faveur de la permission — il faut donc une vraie majorité.

Puis : Rabbi a tranché [tantôt] comme Rabbi Meir, [tantôt] comme les Sages ; laquelle des deux décisions est la dernière ? L'épisode du marché de Césarée (Rabbi Abba, Rabbi Zira, Rabbi Ami) ne tranche pas, mais l'envoi de Rabbi Elazar à la Diaspora ('Rabbi a tranché comme Rabbi Meir') montre que c'est la décision finale.

Vient ensuite la michna : qui abat cent bêtes [sauvages], ou cent oiseaux, ou une bête et un oiseau en un même lieu, un seul couvrement [du sang] suffit pour tous ; Rabbi Yehouda exige de couvrir la bête avant d'abattre l'oiseau. La guemara expose le verset 'chaya o of', la mahloket sur le mot 'ou' (séparer / dissocier) et la source 'damo', puis la question de la bénédiction : Rabbi Hanina concède que Rabbi Yehouda ne bénit qu'une fois, mais Ravina objecte par l'épisode des disciples de Rav (Rav Yeiva l'Ancien) : de même que 'donne, que l'on bénisse' interrompt le repas, le couvrement du sang n'interrompt-il pas l'abattage [au point d'exiger une nouvelle bénédiction] ?

Pourquoi Rabbi Meir a besoin d'une MAJORITÉ (et non d'une simple minorité) Pâte / pureté (le précédent) minorité d'enfants qui ne touchent pas + chazaka de pureté de la pâte on accole la minorité à la chazaka -> la majorité est affaiblie résultat : pâte PURE doute de tum'a -> on rend pur Abattage des incapables (le cas) minorité d'abattages réussis (?) + chazaka d'interdit de la bête accoler la minorité ne SUFFIT pas doute d'INTERDIT -> on ne permet pas il faut une vraie MAJORITÉ doute d'issour -> on n'autorise pas
Segments 0-1 : pourquoi le précédent de la pâte (doute de tum'a, on rend pur) ne s'applique pas à l'abattage des incapables (doute d'interdit, on n'autorise pas) — d'où la nécessité d'une majorité.
Couvrir le sang (kisuy ha-dam) : un seul couvrement ou plusieurs ? Tana Kama (la michna) 100 bêtes, ou 100 oiseaux, ou bête+oiseau en un même lieu UN SEUL couvrement pour tous Rabbi Yehouda il abat la bête -> il la couvre, PUIS il abat l'oiseau couvrement séparé (bête / oiseau) Le verset : 'chaya o of' (une bête OU un oiseau) — Lévitique 17:13 R. Yehouda 'ou' sépare -> couvrir chacun à part les Sages 'ou' sert à 'lechalek' (dissocier) : couvrir même pour l'un des deux seul
La michna et la braita (segments 6-10) : un seul couvrement pour tous selon le Tana Kama, contre Rabbi Yehouda ; la mahloket sur le mot 'ou' du verset.
Le couvrement interrompt-il, comme 'hav livrikh' interrompt le repas ? Le repas (vin) 'hav livrikh' (donne, que l'on bénisse) -> il a montré qu'il achève le repas interdit de boire sans rebénir Rav Yeiva l'Ancien, au nom de Rav L'abattage (bête + oiseau) il s'occupe de couvrir le sang -> interruption avant l'oiseau nouvelle bénédiction requise ? objection de Ravina à R. Hanina
Segments 11-12 : la question de la bénédiction — le couvrement du sang interrompt-il l'abattage comme 'hav livrikh' interrompt le repas ?
1
סמוך מיעוטא לחזקה ואיתרע ליה רובא.

Accole la minorité à la chazaka (présomption), et la majorité s'en trouve affaiblie [pour elle].

📜 Rachi (1)
ואיתרע ליה רובא אלמא אמרינן הכי וה"נ למה לי רוב:
Et la majorité s'en trouve affaiblie — voilà donc que nous disons ainsi [pour la pâte] ; et ici aussi, à quoi bon une majorité ?
🗂️ Tossefot (1)
סמוך מיעוטא לחזקה ואיתרע ליה רובא וביבמות בפ' בתרא (דף קיט.) משמע דהוה ליה פלגא ופלגא וטעם דספק טומאה לטהר ואע"פ שבטומאה נמי איכא איסור אם היה תרומה מפרש רבינו חיים משום דתינוק הוי דבר שאין בו דעת לישאל גמרינן מסוטה לטהר אפילו ברה"י ואע"ג דליכא חזקה כגון הכא דכי סמכינן מיעוטא לחזקה הוי פלגא ופלגא וא"ת אמאי קא"ר יוחנן בפרק עשרה יוחסין (קדושין דף פ.) דלרבנן עשו תינוק כמו שיש בו דעת לישאל והא לרבנן בלאו הכי אתי שפיר דמטמו דלא חיישי למיעוטא ורובא וחזקה רובא עדיף וי"ל דרוב תינוקות מטפחין לא הוי רוב גמור ומשום דנראה כאילו הוא רוב עשאוהו כמו שיש בו דעת לישאל ולהכי קא"ר יוחנן דאין שורפין עליו תרומה וקדשים ואי הוי רוב גמור אמאי אין שורפין כמו בהנהו דפרק כל היד (נדה דף יח.) דא"ר יוחנן בשלשה דברים הלכו חכמים אחר הרוב ועשאום כודאי לשרוף עליו כו' והתם נמי קאמר אי למעוטי הך דתינוק הא א"ר יוחנן חדא זימנא דאין שורפין עליו תרומה וקדשים והיינו טעמא דהתם הוי רוב גמור וא"ת למה ליה למימר לר"מ סמוך מיעוטא לחזקה בלא חזקה נמי הוא מטהר דכיון דחייש למיעוטא אם כן הוי ספק ויש לטהר כיון דהוי דבר שאין בו דעת לישאל וליכא למימר אף על גב דהוי ספק מ"מ לא גמרינן מסוטה לטהר אלא בפלגא ופלגא דנהי דמסוטה לא נילף נילף מדרב גידל דדריש (סוטה דף כט.) אשר יגע בכל טמא ודאי טמא הא ספק יאכל ומוקי לה באין בו דעת לישאל וי"ל דבלא חזקה נמי טהור ולא נקט סמוך מיעוטא לחזקה אלא לומר דחזקה לא הויא בהדי רובא דאי הויא בהדי רובא הוי מיעוטא דמיעוטא ולמאי דפריך לעיל בפ"ק (חולין דף יא) לר"מ דלא חייש למיעוטא אלא מדרבנן להחמיר אתי שפיר דבלא חזקה לא הוה חייש למיעוטא לטהר אבל עם החזקה חייש למיעוטא מן התורה לכך מטהר:
Accolé la minorité à la chazaka, et la majorité s'en trouve affaiblie — et dans Yevamot, au dernier chapitre (page 119a), il ressort [que] c'[est un cas de] moitié-moitié (palga oufalga) ; et la raison [pour laquelle] un doute de tum'a [se résout] en faveur de la pureté, bien que dans la tum'a aussi il y ait un interdit s'il s'agissait de prélèvement (terouma) — Rabbenou Haim explique [que c'est] parce qu'un enfant est une chose qui n'a pas le discernement [nécessaire] pour être interrogée ; nous apprenons [la règle] de la sota [femme soupçonnée] pour rendre pur, même dans le domaine privé (rechout ha-yahid), et bien qu'il n'y ait pas de chazaka, comme ici, ou lorsque nous accolons la minorité à la chazaka [le tout] est moitié-moitié. Et si tu objectes : pourquoi Rabbi Yo'hanan dit-il au chapitre Assara Yohassin (Kiddouchin page 80a) que, pour les Sages, on a fait de l'enfant comme [s'il avait] le discernement pour être interrogé — or pour les Sages, [même] sans cela [cela] se comprend bien, [puisqu']ils déclarent impur car ils ne tiennent pas compte de la minorité, et [entre] la majorité et la chazaka, la majorité l'emporte ! Et l'on peut dire que la majorité des enfants qui touchent n'est pas une majorité complète, et parce qu'elle paraît comme une majorité, on en a fait comme [s'il avait] le discernement pour être interrogé ; et c'est pourquoi Rabbi Yo'hanan dit qu'on ne brûle pas pour lui le prélèvement et les choses consacrées ; et si c'[était] une majorité complète, pourquoi ne brûlerait-on pas, comme dans ces [cas] du chapitre Kol ha-Yad (Nidda page 18a) où Rabbi Yo'hanan dit : 'en trois choses les Sages ont suivi la majorité et les ont rendues [certaines] comme certaines pour brûler pour elles' etc. ; et là aussi il dit [que] si [c'était] pour exclure ce [cas] de l'enfant, or Rabbi Yo'hanan a [déjà] dit une fois qu'on ne brûle pas pour lui le prélèvement et les choses consacrées ; et la raison est que là [dans Nidda] c'[est] une majorité complète. Et si tu objectes : pourquoi a-t-il fallu dire, selon Rabbi Meir, 'accolé la minorité à la chazaka', [alors que] sans chazaka aussi il rend pur — car puisqu'il tient compte de la minorité, c'est donc un doute, et il y a [lieu] de rendre pur, puisque c'est une chose qui n'a pas le discernement pour être interrogée ? Et l'on ne peut pas dire : bien que ce soit un doute, néanmoins nous n'apprenons de la sota a rendre pur que [dans le cas] moitié-moitié — car, certes, de la sota nous n'apprendrions pas, [mais] nous apprendrions de [l'enseignement] de Rav Guidel qui expose (Sota page 29a) 'celui qui touche à tout [être] impur' [Nombres 19:22] — [un être] certainement impur, [mais] voici qu'[en cas de] doute il mangera, et [le texte] l'établit [pour une chose] qui n'a pas le discernement pour être interrogée ? Et l'on peut dire que sans chazaka aussi [il est] pur, et [que le texte] ne dit 'accolé la minorité à la chazaka' que pour dire que la chazaka n'[est] pas [comptée] avec la majorité — car si elle l'était avec la majorité, [la minorité] serait une minorité d'une minorité ; et selon ce qui est objecté plus haut, au chapitre premier (Houlin page 11a), [à savoir] que selon Rabbi Meir on ne tient compte de la minorité que de [manière] rabbinique pour être rigoureux, [cela] se comprend bien : [à savoir] que sans chazaka il ne tiendrait pas compte de la minorité pour rendre pur, mais avec la chazaka il tient compte de la minorité [au titre] de la Torah, [et] c'est pourquoi il rend pur.
💡 Explication

Fin de l'objection de la sougya (depuis 86a). On avait appris [à propos d'une pâte], que l'on accole la minorité des enfants qui ne touchent pas [aux objets à leur portée] à la chazaka de pureté de la pâte, de sorte que la majorité [des enfants qui touchent] s'en trouve affaiblie et la pâte reste pure. Objection à Rabbi Ami : de même, pour l'abattage des sourd-muet, fou et mineur, pourquoi exiger une majorité [d'abattages ratés] ? Que la minorité [d'abattages ratés] s'accole à la chazaka d'interdit de la bête [vivante] pour la rendre charogne (nevela) !

2
אם אמרו ספק טומאה לטהר, יאמרו ספק איסור להתיר?

S'ils ont dit [qu']un doute de tum'a [se résout] en faveur de la pureté, diront-ils [pour autant qu']un doute d'interdit [se résout] en faveur de la permission ?

📜 Rachi (2)
ומשני אם אמרו ספק טומאה לטהר ע"י חזקה ומיעוט:
Et [la guemara] répond : s'ils ont dit [qu']un doute de tum'a [se résout] en faveur de la pureté — par la chazaka et la minorité.
יאמרו ספק איסור להתיר הילכך אי לאו דרוב מעשיהם מקולקלין דאיכא רובא וחזקה לא היה מתיר לשחוט אחריהם דר"מ חייש למיעוטא ושמא יפה שחטו:
Diront-ils [qu']un doute d'interdit [se résout] en faveur de la permission — c'est pourquoi, n'était [le fait] que la majorité de leurs actes [sont] ratés, [si bien] qu'il y a majorité et chazaka, il ne permettrait pas d'abattre après eux, car Rabbi Meir tient compte de la minorité, et peut-être ont-ils bien abattu.
🗂️ Tossefot (1)
(יאמרו ספק איסור להתיר) וא"ת בפ' אין מעמידין (ע"ז דף לד:) אסר ר"מ גבינות בית אונייקי ומפרש טעמא בגמ' מפני שרוב עגלים שבאותה עיר נשחטין לעבודת כוכבים ופריך מאי איריא רוב אפילו מיעוט נמי דהא ר"מ חייש למיעוטא ומאי קושיא אם אין רוב נשחטים א"כ מיעוטא דנשחטים מיעוטא דמיעוטא דאיכא לגבינה חזקת היתר דמסייע לרוב ומיהו איכא למיפרך מאי איריא רוב אפילו פלגא ופלגא נמי:
(Diront-ils [qu']un doute d'interdit [se résout] en faveur de la permission) — et si tu objectes : au chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara page 34b), Rabbi Meir interdit les fromages de Beit Ouniaki, et la guemara explique la raison : parce que la majorité des veaux de cette ville sont abattus pour le culte idolâtre ; et [la guemara] objecte : pourquoi spécifiquement [à cause de] la majorité — même [à cause d']une minorité [ce serait interdit], puisque Rabbi Meir tient compte de la minorité ! Or quelle [est] la difficulté : si la majorité [des veaux] n'[est] pas abattue [pour l'idole], alors la minorité [qui est] abattue [pour l'idole est] une minorité d'une minorité, car le fromage a une chazaka de permission qui appuie la majorité ! Toutefois il y a [lieu] d'objecter : pourquoi spécifiquement [à cause de] la majorité — même [dans le cas] moitié-moitié [ce serait interdit également].
💡 Explication

Réponse à l'objection : on ne peut comparer les deux cas. Pour la pâte, il s'agit d'un doute de tum'a (impureté) — et là, oui, on accole la minorité à la chazaka pour rendre pur. Mais pour l'abattage, il s'agit d'un doute d'interdit (issour) — et là, on ne résout pas le doute en faveur de la permission. Voilà pourquoi, sans la majorité d'abattages ratés, Rabbi Meir ne pourrait ni dispenser du couvrement [du sang] ni permettre d'abattre [le petit] aussitôt ; c'est donc grâce à la seule majorité qu'il déclare passible [d'interdit de] charogne.

3
הורה רבי כרבי מאיר, והורה רבי כחכמים. הי מינייהו דאחריתא?

Rabbi (Yehouda ha-Nassi) a tranché comme Rabbi Meir, et Rabbi a [aussi] tranché comme les Sages. Laquelle d'entre elles [est] la dernière ?

📜 Rachi (1)
הי מינייהו דאחריתא איזו מן ההוראות אחרונה דסמכינן עליה דנימא הדר ביה מקמייתא:
Laquelle d'entre elles [est] la dernière — laquelle des [deux] décisions [est] la dernière, sur laquelle nous nous appuyons, [pour] dire qu'il s'est rétracté de la première.
💡 Explication

Nouvelle sougya. Concernant la michna [86a, sur l'abattage d'un sourd-muet, fou ou mineur], Rabbi a tranché [tantôt] comme Rabbi Meir (on peut abattre le petit après l'abattage [de la mère] par un incapable), [tantôt] comme les Sages (c'est interdit). Question : laquelle des deux décisions est la dernière — celle sur laquelle on s'appuie, [en disant] qu'il s'est rétracté de la première ?

4
תא שמע: דרבי אבא בריה דרבי חייא בר אבא ורבי זירא הוו קיימי בשוקא דקיסרי, אפתחא דבי מדרשא. נפק רבי אמי אשכחינהו, אמר להו: לאו אמינא לכו בעידן בי מדרשא לא תקימו אבראי, דילמא איכא אינש דמיצטרכא ליה שמעתא ואתי לאיטרודי.

Viens entendre : Rabbi Abba fils de Rabbi Hiyya bar Abba et Rabbi Zira se tenaient au marché de Césarée, à l'entrée de la maison d'étude. Rabbi Ami sortit, les trouva, [et] leur dit : ne vous ai-je pas dit qu'à l'heure de [l'étude à] la maison d'étude vous ne deviez pas vous tenir dehors, [car] peut-être y a-t-il un homme qui a besoin [de l'éclaircissement] d'une halakha et [qui] en vient à être embarrassé [faute de réponse] ?

📜 Rachi (1)
ואתי לאיטרודי שמא לא תהא ברור השמועה לאותם שבפנים להשיב לשואל ואם הייתם שם הייתם אומרים אותה:
Et [qui] en vient à être embarrassé — peut-être l'enseignement ne sera-t-il pas clair pour ceux du dedans [au point] de répondre à celui qui interroge, et si vous étiez là, vous l'auriez dit.
💡 Explication

Tentative de preuve par un épisode. Au marché de Césarée, devant la maison d'étude, Rabbi Ami reproche à Rabbi Abba et Rabbi Zira de rester dehors pendant l'étude : si quelqu'un dedans a besoin d'éclaircir une halakha, il risque de rester embarrassé (sans réponse) faute de leur présence pour aider à expliquer.

5
רבי זירא על, רבי אבא לא על. יתבי וקא מיבעיא להו: הי מינייהו אחריתא? אמר להו רבי זירא: לא שבקתון לי דאישייליה לסבא, דילמא שמיע ליה מאבוה, ואבוה מיניה דרבי יוחנן, דרבי חייא בר אבא כל תלתין יומין קא מהדר תלמודיה קמיה דרבי יוחנן.

Rabbi Zira entra, Rabbi Abba n'entra pas. [Ceux du dedans] étaient assis et se posaient cette question : laquelle d'entre elles [est] la dernière ?

Rabbi Zira leur dit : vous ne m'avez pas laissé [savoir cela, sinon] j'aurais interrogé l'ancien (le vieillard), [car] peut-être l'a-t-il entendu de son père, et son père de Rabbi Yo'hanan ; car Rabbi Hiyya bar Abba, tous les trente jours, repassait son enseignement devant Rabbi Yo'hanan.

📜 Rachi (1)
לא שבקתון דאישייליה לא הייתי יודע שהיתה שאלה זו בפנים בעודי אצל רבי אבא והייתי שואלו:
Vous ne m'avez pas laissé [savoir, sinon] j'aurais interrogé [l'ancien] — je ne savais pas que cette question [se posait] au-dedans tant que j'étais auprès de Rabbi Abba, [sinon] je l'aurais interrogé.
💡 Explication

Rabbi Zira entre, Rabbi Abba reste dehors. Dedans, on débat justement : quelle est la dernière décision de Rabbi ? Zira regrette : si on lui avait dit que telle était la question [pendant qu'il était encore dehors avec Rabbi Abba], il aurait interrogé l'ancien (Rabbi Abba), qui aurait pu le tenir de son père (Rabbi Hiyya bar Abba), lequel le tenait peut-être de Rabbi Yo'hanan — car Rabbi Hiyya bar Abba repassait son étude tous les trente jours devant Rabbi Yo'hanan.

6
מאי הוי עלה? תא שמע, דשלח רבי אלעזר לגולה: הורה רבי כרבי מאיר. והא כרבנן נמי אורי! אלא לאו שמע מינה הא דאחריתא? שמע מינה.

Qu'en est-il [de la conclusion] à ce sujet ? Viens entendre : car Rabbi Elazar envoya à la Diaspora (Gola) : Rabbi a tranché comme Rabbi Meir.

Or il a [aussi] tranché comme les Sages ! [Pourquoi ne l'a-t-il pas mentionné ?] Plutôt, n'est-ce pas [qu'il faut] en conclure que celle-ci [comme Rabbi Meir] est la dernière ?

Conclus-en [qu'il en est ainsi].

📜 Rachi (1)
ת"ש דשלח רבי אלעזר הוו יודעים שהורה רבי כרבי מאיר והאחרת לא חש להודיעם:
Viens entendre : car Rabbi Elazar envoya — 'sachez que Rabbi a tranché comme Rabbi Meir' ; et l'autre [décision], il n'a pas pris soin de la leur faire connaître.
💡 Explication

Résolution. Rabbi Elazar envoya à la Diaspora [Babylonie] : 'Rabbi a tranché comme Rabbi Meir.' Or Rabbi a aussi tranché comme les Sages — pourquoi Elazar ne le mentionne-t-il pas ? Réponse : justement parce que la décision comme Rabbi Meir est la dernière [la seule qui fasse foi] ; il n'a pas pris la peine de leur signaler l'autre. Conclusion retenue.

7
מתני׳ שחט מאה חיות במקום אחד – כסוי אחד לכולן, מאה עופות במקום אחד – כסוי אחד לכולן, חיה ועוף במקום אחד – כסוי אחד לכולן. רבי יהודה אומר: שחט חיה – יכסנה, ואחר כך ישחוט את העוף.

MICHNA. [Si] l'on a abattu cent bêtes [sauvages] en un seul lieu — un seul couvrement [du sang suffit] pour toutes ; cent oiseaux en un seul lieu — un seul couvrement pour tous ; une bête et un oiseau en un seul lieu — un seul couvrement pour tous.

Rabbi Yehouda dit : [s']il a abattu une bête [sauvage], qu'il la couvre, et ensuite [seulement] qu'il abatte l'oiseau.

📜 Rachi (1)
מתני' שחט מאה חיות כו' מפרש טעמייהו בברייתא בגמרא:
MICHNA. [Si] l'on a abattu cent bêtes etc. — leur raison est expliquée dans une braita, dans la guemara.
💡 Explication

Nouvelle michna sur le couvrement du sang (kisuy ha-dam), obligatoire pour la bête sauvage (haya) et l'oiseau (of). Pour le Tana Kama : qui abat cent bêtes, ou cent oiseaux, ou une bête et un oiseau, en un même lieu, fait un seul couvrement pour tous. Pour Rabbi Yehouda : [s']il a abattu une bête, il doit la couvrir d'abord, et seulement ensuite abattre l'oiseau.

8
גמ׳ תנו רבנן: חיה – כל משמע חיה, בין מרובה ובין מועטת; עוף – כל משמע עוף, בין מרובה ובין מועט; מכאן אמרו: שחט מאה חיות במקום אחד – כסוי אחד לכולן, מאה עופות במקום אחד – כסוי אחד לכולן, חיה ועוף במקום אחד – כסוי אחד לכולן.

GUEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : 'bête' (haya) — [le mot] 'bête' inclut tout, qu'[elle soit] nombreuse ou peu [nombreuse] ; 'oiseau' (of) — [le mot] 'oiseau' inclut tout, qu'[il soit] nombreux ou peu [nombreux] ; de là [les Sages] ont dit : [si] l'on a abattu cent bêtes en un seul lieu — un seul couvrement pour toutes ; cent oiseaux en un seul lieu — un seul couvrement pour tous ; une bête et un oiseau en un seul lieu — un seul couvrement pour tous.

📜 Rachi (3)
גמ' כל משמע חיה הכל משמע:
GUEMARA. [Le mot] 'bête' inclut tout — il inclut tout.
בין מרובה חיות הרבה:
Qu'[elle soit] nombreuse — plusieurs bêtes.
בין מועטת אחת:
Qu'[elle soit] peu [nombreuse] — une seule.
💡 Explication

La braita dérive la règle du verset 'chaya o of' (Lévitique 17:13). Le mot 'bête' est inclusif (kol machma) : il englobe toute quantité, beaucoup ou peu ; de même 'oiseau'. De là, les Sages énoncent la règle de la michna : un seul couvrement suffit pour cent bêtes, ou cent oiseaux, ou bête et oiseau, [abattus] en un même lieu.

9
רבי יהודה אומר: שחט חיה – יכסנה, ואחר כך ישחוט את העוף, שנאמר: ״חיה או עוף״.

Rabbi Yehouda dit : [s']il a abattu une bête, qu'il la couvre, et ensuite [seulement] qu'il abatte l'oiseau, car il est dit 'une bête ou un oiseau' (chaya o of).

📜 Rachi (1)
חיה או עוף הפסיק זה מזה להטעין כסוי לכל אחד ואחד:
'Une bête ou un oiseau' — [le verset] a séparé celle-ci de celui-là, pour [imposer] le couvrement [à] chacun [à part].
💡 Explication

La braita rapporte la position de Rabbi Yehouda : il faut couvrir la bête avant d'abattre l'oiseau, car le verset dit 'une bête OU un oiseau' — le mot 'ou' (o) sépare les deux, indiquant qu'il faut traiter chacun à part.

10
אמרו לו: הרי הוא אומר ״כי נפש כל בשר דמו בנפשו הוא״, מאי קא מהדרי ליה? הכי קאמרי ליה רבנן: האי ״או״ מיבעי ליה לחלק.

[Les Sages] lui dirent : or [le verset] dit 'car la vie de toute chair, son sang est dans sa vie' (Lévitique 17:14). Que lui répliquent-ils [par là] ?

Voici ce que les Sages lui disent : ce [mot] 'ou' (o), il [en] a besoin pour dissocier (lechalek).

📜 Rachi (1)
מיבעי ליה לחלק דאי לאו או הוה אמינא אין צריך כסוי אלא א"כ שחט שניהן:
Il [en] a besoin pour dissocier — car n'était [le mot] 'ou', j'aurais dit [qu']il ne faut pas de couvrement à moins qu'il n'ait abattu les deux.
💡 Explication

Les Sages répondent à Rabbi Yehouda en citant le verset suivant ('car la vie de toute chair...'). La guemara demande : que lui objectent-ils exactement ? Réponse : les Sages disent que le mot 'ou' (o) n'est pas là pour séparer [bête et oiseau, comme le veut R. Yehouda], mais pour dissocier (lechalek) — c'est-à-dire indiquer que l'obligation de couvrir s'applique [dès qu'on abat] l'un ou l'autre [et non seulement si l'on abat les deux].

11
ורבי יהודה: לחלק – מ״דמו״ נפקא, ורבנן: ״דמו״ טובא משמע, דכתיב: ״כי נפש כל בשר דמו בנפשו הוא״.

Et Rabbi Yehouda : [le sens de] dissocier (lechalek), de '[son] sang' (damo) il le dérive ; et les Sages : '[son] sang' (damo) implique [aussi] 'beaucoup', car il est écrit 'car la vie de toute chair, son sang est dans sa vie'.

🗂️ Tossefot (1)
לחלק מדמו נפקא ואע"ג דבפרק אותו ואת בנו (לעיל חולין דף עט.) מספקא ליה לרבי יהודה אי חוששין לזרע האב או לא הכא דאיצטריך לחלק היינו משום דשמא אין חוששין:
[Le sens de] dissocier, de 'damo' il le dérive — et bien qu'au chapitre Oto ve-et Beno (plus haut, Houlin page 79a) Rabbi Yehouda soit dans le doute [pour savoir] si l'on tient compte de la semence du père [paternité des espèces croisées] ou non, ici, où [le mot 'ou'] est nécessaire pour séparer [bête et oiseau], c'[est] parce que peut-être on n'en tient pas compte.
💡 Explication

Réponse de Rabbi Yehouda et réplique des Sages. Pour Rabbi Yehouda : le sens de 'dissocier' (couvrir dès qu'on abat l'un des deux) se dérive du mot 'son sang' (damo, au singulier) — de sorte que le mot 'ou' reste libre pour son enseignement [séparer chacun]. Pour les Sages : 'son sang' (damo) peut signifier 'beaucoup' [de sang, de plusieurs bêtes], comme le montre le verset 'car la vie de toute chair, son sang est dans sa vie' — donc 'damo' ne sert pas à 'dissocier', et le mot 'ou' demeure nécessaire à cet effet.

12
אמר רבי חנינא: מודה היה רבי יהודה לענין ברכה, שאינו מברך אלא ברכה אחת. אמר ליה רבינא לרב אחא בריה דרבא, ואמרי לה רב אחא בריה דרבא לרב אשי: מאי שנא מתלמידי דרב?

Rabbi Hanina a dit : Rabbi Yehouda concédait, concernant la bénédiction, qu'il ne bénit qu'une seule bénédiction. Ravina dit à Rav Aha fils de Rava — et certains rapportent [que c'est] Rav Aha fils de Rava [qui le dit] à Rav Achi : en quoi [ce cas] diffère-t-il [de celui] des disciples de Rav ?

📜 Rachi (1)
לענין ברכה על השחיטה אין צריך לברך לאחר כסוי:
Concernant la bénédiction — sur l'abattage [de l'oiseau], il n'a pas besoin de bénir [à nouveau] après le couvrement.
💡 Explication

Rabbi Hanina précise : bien que Rabbi Yehouda exige de couvrir la bête avant d'abattre l'oiseau, il concède, pour la bénédiction [sur l'abattage], qu'on ne récite qu'une seule bénédiction [pour les deux]. Objection (Ravina à Rav Aha fils de Rava, ou Rav Aha fils de Rava à Rav Achi) : en quoi cela diffère-t-il de l'épisode des disciples de Rav [qui suit] ?

13
דרב ברונא ורב חננאל תלמידי דרב הוו יתבי בסעודתא, קאי עלייהו רב ייבא סבא, אמרו ליה: הב ליבריך. הדור אמרו ליה: הב לישתי. אמר להו רב ייבא סבא: הכי אמר רב, כיון דאמר ״הב ליבריך״ איתסר ליה למשתי חמרא. הכא נמי, כיון דאיטפל ליה לכסוי איחייב ליה לברכה.

Car Rav Brouna et Rav Hanan'el, disciples de Rav, étaient assis à un repas, [et] Rav Yeiva l'Ancien se tenait [debout] auprès d'eux [à les servir]. Ils lui dirent : donne, que l'on bénisse (hav livrikh).

[Puis] ils se ravisèrent [et] lui dirent : donne [à] boire (hav lishti). Rav Yeiva l'Ancien leur dit : ainsi a dit Rav, [que] dès lors qu'on a dit 'donne, que l'on bénisse', il lui [devient] interdit de boire du vin.

Ici aussi, dès lors qu'il s'est occupé du couvrement, il [se] rend redevable d'une bénédiction.

📜 Rachi (4)
קאים עלייהו משמש בסעודה היה:
Se tenait auprès d'eux — il était [celui qui] servait au repas.
הב ליבריך מזוג כוס לברכת המזון וחזרו ונמלכו ואמרו מזוג לשתות:
Donne, que l'on bénisse — verse un verre pour la bénédiction du repas (birkat ha-mazon) ; et ils revinrent [sur leur décision] et se ravisèrent et dirent : verse [pour] boire.
כיון דאמר הב ליבריך גליא בדעתיה דגמרה סעודתא ואסור לשתות עד שיברך לפניו שאין מצטרפת לסעודה ראשונה:
Dès lors qu'on a dit 'donne, que l'on bénisse' — il a révélé dans sa pensée que le repas [est] achevé, et il [est] interdit de boire jusqu'à ce qu'il bénisse avant [de boire], car [ce verre] ne se rattache pas au premier repas.
כיון דאיטפל לכסוי הפסקה היא מלשחוט וכי הדר שחיט איחייב ליה בברכה:
Dès lors qu'il s'est occupé du couvrement — c'[est] une interruption de l'abattage, et lorsqu'il abat de nouveau, il [se] rend redevable d'une bénédiction.
🗂️ Tossefot (1)
אסור לכו למישתי פירש בקונטרס וכן רבינו חננאל אם לא תברכו בורא פרי הגפן אבל על ידי ברכת בורא פרי הגפן שרי למישתי קודם ברכת המזון והשתא מייתי שפיר דכי היכי דהב לן ונבריך הוי גמר וצריך לברך אם רוצה לשתות הכי נמי כסוי הוי גמר וצריך לברך על השחיטה וכן בערבי פסחים (דף קג.) מייתי ראיה מהך עובדא למאן דמברך אכסא קמא ואכסא דברכתא וכן בפרק כל הבשר (לקמן חולין דף קז:) אמרינן דשמש מברך על כל פרוסה ופרוסה אין נראה דצריך לברך בכל פעם בהמ"ז אלא ברכת המוציא ודאי צריך לברך והא דאמר להו רב ייבא אסור לכו למישתי אע"פ שלא היה יודע אם רוצים לברך בורא פרי הגפן תחלה מכל מקום היה מורה להם שלא יטעו וישתו בלא ברכה והא דאמר בערבי פסחים דבשלא הניחו זקן או חולה כשהן יוצאין טעונין ברכה למפרע וכשהן חוזרין טעונין ברכה לכתחלה התם עצה טובה קמ"ל דשמא ישהו הרבה עד שיהו רעבים ושוב לא יוכלו לברך ברכת המזון על אותה סעודה כדאמר בברכות (דף נא:) וכן משמע דלא הויא אלא עצה טובה דאם צריכין לברך ברכת המזון כשיצאו א"כ כשיחזרו פשיטא דטעונין ברכה לכתחלה וא"ת דאמרינן בפרק כיצד מברכין (ברכות דף מב.) רבה ורבי זירא אכלו סליקו תכא מקמייהו אייתו לקמייהו כו' רבה אכל אמר אנא אתכא דריש גלותא קא סמכי ורבי זירא לא אכל והשתא אמאי לא אכל כיון דלא בעי ברכת המזון אלא ברכה שבתחלה וי"ל דבאותו מאכל היה מעורב בו לחם והיה קשה לו ליטול את ידיו ולברך ברכת המוציא והא דתניא בתוספתא דברכות (פ"ד) בעל הבית שהיה אוכל קראו חבירו לדבר עמו אין צריך לברך למפרע הפליג צריך לברך למפרע וכשהוא חוזר מברך לכתחלה לא לאחר שהפליג קאמר דצריך לברך למפרע כדמשמע לישנא אלא הפליג היינו שקראו להפליג ולילך עמו רחוק ואינו יודע מתי יחזור לכך צריך לברך למפרע קודם שיצא שמא ישהה עד שיהא רעב וכן משמע בפרק שלישי (ביומא דף ל.) דאמר דיבר עם חבירו והפליג צריך נטילת ידים משמע אבל בהמ"ז לא צריך אלא נטילה והמוציא ומיירי כשיצא לא ידע שיפליג ואין הלכה כאותה ברייתא אלא כרב חסדא דתניא כוותיה בערבי פסחים (דף קב.) דבדברים הטעונים ברכה לאחריהן במקומן אין צריך לברך אפילו ברכה לכתחלה דלקבעיה קמא הדר והך ברייתא אתיא כרבי יהודה דמצריך שיניחו שם זקן או חולה:
Il vous [est] interdit de boire — Rachi (Kountrass) explique, et de même Rabbenou Hanan'el, [que c'est interdit] s'ils ne bénissent pas 'bore péri ha-guefen', mais qu'au moyen de la bénédiction 'bore péri ha-guefen' il [est] permis de boire avant la bénédiction du repas ; et alors [la guemara] apporte bien [la preuve], car de même que 'donne-nous, que l'on bénisse' [constitue] un achèvement et [qu'on] doit bénir si l'on veut boire, de même ici le couvrement [constitue] un achèvement et l'on doit bénir sur l'abattage. Et de même dans Arvei Pessahim (page 103a) [la guemara] apporte une preuve de cet épisode pour celui qui bénit sur le premier verre et sur le verre de la bénédiction ; et de même au chapitre Kol ha-Bassar (plus loin, Houlin page 107b) nous disons que le serviteur bénit sur chaque morceau — il ne paraît pas [qu']il doive bénir à chaque fois la bénédiction du repas, mais [seulement] la bénédiction 'ha-Motzi', il [la] doit certainement bénir. Et le fait que Rav Yeiva leur ait dit 'il vous [est] interdit de boire' bien qu'il ne sache pas s'ils veulent bénir 'bore péri ha-guefen' d'abord — de toute façon il leur indiquait de ne pas se tromper et de [ne pas] boire sans bénédiction. Et ce qui est dit dans Arvei Pessahim, [à savoir] que [si] l'on n'a pas laissé [sur place] un vieillard ou un malade, [alors] lorsqu'ils sortent ils requièrent une bénédiction [pour ce qui précède] rétroactivement, et lorsqu'ils reviennent ils requièrent une bénédiction d'emblée — là, c'[est] un bon conseil [que la guemara] nous enseigne, [car] peut-être tarderont-ils beaucoup jusqu'à avoir faim, et alors ils ne pourront plus bénir la bénédiction du repas sur ce repas[-là], comme il est dit dans Berakhot (page 51b) ; et de même il ressort [que] ce n'[est] qu'un bon conseil, car s'ils devaient bénir la bénédiction du repas en sortant, alors lorsqu'ils reviennent [c'est] évident qu'ils requièrent une bénédiction d'emblée. Et si tu objectes : nous disons au chapitre Keitzad Mevarekhin (Berakhot page 42a) [que] Rabba et Rabbi Zira mangèrent, on ôta la table de devant eux, on apporta devant eux [autre chose] etc., Rabba mangea [et] dit 'nous, nous nous appuyons sur la table de l'Exilarque (rich galouta)', et Rabbi Zira ne mangea pas — or maintenant, pourquoi ne mangea-t-il pas, puisqu'il ne faut [que] la bénédiction [initiale] du début et non la bénédiction du repas ? Et l'on peut dire que dans ce mets[-là] il y avait du pain mêlé, et il lui était pénible de se laver les mains et de bénir 'ha-Motzi'. Et ce qui est enseigné dans la Tossefta de Berakhot (chap. 4) : un maître de maison qui mangeait, [si] son compagnon l'appela pour parler avec lui, il n'a pas besoin de bénir rétroactivement ; [s']il s'est éloigné (hifligue), il doit bénir rétroactivement, et lorsqu'il revient il bénit d'emblée — [cela] ne veut pas dire qu'après s'être éloigné il doive bénir rétroactivement, comme l'implique [la lettre du] texte, mais 'hifligue' signifie qu'on l'a appelé pour s'éloigner et aller avec lui [à une distance] éloignée, et il ne sait pas quand il reviendra ; c'est pourquoi il doit bénir rétroactivement avant de sortir, [car] peut-être tardera-t-il jusqu'à avoir faim ; et de même il ressort au troisième chapitre (Yoma page 30a), où il est dit [que celui qui] a parlé avec son compagnon et s'est éloigné requiert l'ablution des mains — [cela] implique [que] la bénédiction du repas [n'est] pas [requise], mais [seulement] l'ablution et 'ha-Motzi', et [le texte] traite [du cas] où, en sortant, il ne savait pas qu'il s'éloignerait. Et la halakha n'[est] pas comme cette braita, mais comme Rav Hisda, [pour qui] une braita est enseignée à son appui dans Arvei Pessahim (page 102a), [à savoir] que pour les choses qui requièrent une bénédiction après elles à leur place, on n'a même pas besoin de bénir une bénédiction d'emblée, car [le repas] revient à son premier établissement ; et cette braita[-là] est conforme à Rabbi Yehouda, qui exige qu'on laisse la un vieillard ou un malade.
💡 Explication

Source de l'objection. Rav Brouna et Rav Hanan'el, disciples de Rav, sont à table ; Rav Yeiva l'Ancien les sert. Ils disent 'donne, que l'on bénisse' (hav livrikh) [= prépare le verre du birkat ha-mazon], puis se ravisent et disent 'donne [à] boire'. Rav Yeiva, au nom de Rav : dès qu'on a dit 'donne, que l'on bénisse', on a montré qu'on achève le repas, et il devient interdit de boire [sans rebénir]. De même ici : dès lors qu'on s'occupe de couvrir le sang, c'est une interruption [de l'abattage], et l'on redevient redevable d'une bénédiction [avant d'abattre l'oiseau] — contre Rabbi Hanina.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).