Chullin 87b — le sang mélangé à l'eau : annulation, couvrement, et le sérum du sang (tzelilta de-dama)

Chullin 87b

Sougya : Suite de la michna sur le couvrement du sang. Le sang mélangé à de l'eau, du vin ou un autre sang garde son statut tant que l'aspect rouge subsiste : on regarde l'autre liquide 'comme s'il était de l'eau'.

Rabbi Yehouda soutient que le sang n'annule pas le sang (min be-mino lo batel), donc on couvre toujours. La Guemara rapproche cette règle d'une michna de Zevahim sur le sang d'offrande mélangé, puis Rabbi Yo'hanan distingue l'eau versée dans le sang (valide tant que l'aspect tient) du sang versé dans l'eau (chaque goutte annulée, rishon rishon batel).

Rav Papa écarte ce 'rejet' (dichouy) pour les mitsvot : le sang noyé se réveille et redevient sang pour le couvrement. Chmouel pose que tout aspect rougeâtre expie, rend apte (machshir) et oblige au couvrement ; la Guemara cerne l'apport (le cas de l'eau de pluie mélangée d'elle-même).

Enfin le sérum du sang (tzelilta de-dama) : il rend apte, rend passible de karet à partir d'un kazayit, rend impur sous la tente à partir d'un revi'it ; et une contradiction sur les liquides du mort (purs sauf son sang) face aux liquides du tevoul yom.

Le sang mélangé : quand le couvre-t-on, quand l'offre-t-on ? règle de base : on regarde l'autre liquide 'comme s'il était de l'eau' (kemo mayim) Tana qamma (règle admise) Rabbi Yehouda Sang + eau si l'aspect rouge subsiste -> reste 'sang' Principe le sang n'annule pas le sang (min be-mino lo batel) Sang + vin on traite le vin comme de l'eau Conséquence même noyé, le sang n'est pas annulé : on couvre, on asperge sur l'autel Sang + sang (bête ou bête sauvage) on traite le sang profane comme de l'eau ; si le sang valide se voit encore -> valide pour Rabbi Yehouda, sang dans sang : jamais d'annulation, on couvre toujours
La michna de Zevahim (segment 2) : le sang mélangé à l'eau, au vin ou à un autre sang, et le différend Tana qamma / Rabbi Yehouda sur l'annulation.
Eau dans sang, ou sang dans eau ? L'ordre change tout (Rabbi Yo'hanan) Eau versée DANS le sang le sang reste majoritaire tant que l'aspect rouge tient -> VALIDE Sang versé DANS l'eau chaque goutte annulée rishon rishon batel (la 1re goutte, puis la suivante...) -> INVALIDE Rav Papa : pour le COUVREMENT du sang, ce n'est pas ainsi — pas de rejet (dichouy) pour les mitsvot : le sang noyé 'se réveille' et redevient sang
Rabbi Yohanan (segment 3) : eau dans sang (valide) contre sang dans eau (annulé goutte par goutte), et la réserve de Rav Papa pour le couvrement (segment 4).
Le sérum du sang (tzelilta de-dama) : trois mesures, trois effets le liquide clair qui entoure le sang figé ; s'il garde l'aspect rouge, il a statut de sang Rendre apte (machshir) aspect rouge présent rend les aliments aptes à l'impureté Rabbi Assi de Neharbil Retranchement (karet) celui qui en mange est passible de karet s'il y a un kazayit de sang véritable — R. Yirmeya de Difti Impureté de tente rend impur sous la tente (ohel, sang du mort) s'il y a un revi'it de sang véritable — braita
Le sérum du sang (segment 8) : trois mesures distinctes pour rendre apte, pour le karet, et pour l'impureté de tente.
1
אוֹ בְּדַם הַחַיָּה – רוֹאִין אוֹתוֹ כְּאִילּוּ הֵן מַיִם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין דָּם מְבַטֵּל דָּם.

[Le sang d'une bête d'abattage mélangé] au sang d'une bête sauvage [d'un saignée, qui ne provient pas de l'abattage et ne requiert pas le couvrement] — on le regarde comme s'il était de l'eau. Rabbi Yehouda dit : le sang n'annule pas le sang.

📜 Rachi (4)
אוֹ בְּדַם הַחַיָּה בְּדַם הֶיקֵּז שֶׁל חַיָּה:
Ou au sang d'une bête sauvage — au sang de saignée (hakaza) d'une bête sauvage.
רוֹאִין אוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ טָעוּן כִּסּוּי:
On le regarde — [ce sang de saignée] qui ne requiert pas le couvrement.
כְּאִילּוּ הוּא מַיִם וְאִם הָיָה הַדָּם הַזֶּה שֶׁל שְׁחִיטַת הַחַיָּה וְהָעוֹף נִיכָּר בּוֹ חַייָּב לְכַסּוֹת:
Comme s'il était de l'eau — et si ce sang[-ci], celui de l'abattage de la bête sauvage et de l'oiseau, s'y trouve reconnaissable, [l'homme] est tenu de couvrir.
אֵין דָּם מְבַטֵּל דָּם וַאֲפִילּוּ אֵין מַרְאִית דָּם נִיכֶּרֶת בַּמַּיִם כְּמוֹת דַּם בְּהֵמָה זֶה אֵין דַּם הַחַיָּה בְּטִיל דְּקָסָבַר מִין בְּמִינוֹ לֹא בָּטֵיל:
Le sang n'annule pas le sang — et même [si] l'aspect du sang n'est pas reconnaissable dans l'eau [à hauteur] de la quantité de ce sang de bête domestique, le sang de la bête sauvage ne s'annule pas, car il tient que [l']espèce [mélangée] dans son espèce (min be-mino) ne s'annule pas.
💡 Explication

Suite de la michna (depuis 87a) sur le couvrement du sang. Un sang qui requiert le couvrement (sang d'abattage d'une bête sauvage ou d'un oiseau) s'est mélangé à un sang qui ne le requiert pas (ici le sang d'une saignée, hakaza). Règle du Tana qamma : on traite le sang exempt 'comme s'il était de l'eau' — si le sang à couvrir s'y voit encore, on couvre. Rabbi Yehouda : le sang n'annule pas le sang (min be-mino, espèce dans son espèce, ne s'annule pas), donc on couvre même s'il ne se voit plus.

2
דָּם הַנִּיתָּז וְשֶׁעַל הַסַּכִּין – חַייָּב לְכַסּוֹת. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי? בִּזְמַן שֶׁאֵין שָׁם דָּם אֶלָּא הוּא, אֲבָל יֵשׁ שָׁם דָּם שֶׁלֹּא הוּא – פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת.

Le sang qui a jailli [hors de la fosse] et celui qui [se trouve] sur le couteau — [l'homme] est tenu de le couvrir. Rabbi Yehouda a dit : quand [cela] ?

Lorsqu'il n'y a pas là d'autre sang que lui ; mais s'il y a là du sang qui n'est pas lui — [l'homme] est dispensé de le couvrir.

📜 Rachi (1)
דָּם הַנִּיתָּז חוּץ לַגֻּומָּא:
Le sang qui a jailli — hors de la fosse (guma).
⚖️ Rosh (1)
דָּם הַנִּיתָּז וְשֶׁעַל הַסַּכִּין חַייָּב לְכַסּוֹת א"ר יְהוּדָה אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁאֵין שָׁם דָּם אֶלָּא הוּא אֲבָל יֵשׁ שָׁם דָּם בְּלֹא הוּא פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת:
Le sang qui a jailli [hors de la fosse] et celui qui [se trouve] sur le couteau — [l'homme] est tenu de le couvrir. Rabbi Yehouda a dit : quand [cela] ? Lorsqu'il n'y a pas là d'autre sang que lui ; mais s'il y a là du sang autre que lui — [l'homme] est dispensé de le couvrir.
💡 Explication

Le sang qui a jailli hors de la fosse (ou sur un mur) et le sang resté sur le couteau doivent eux aussi être couverts. Rabbi Yehouda nuance : cette obligation ne vaut que s'il n'y a pas d'autre sang ; s'il reste à couvrir du sang de l'abattage proprement dit (dans la fosse), on est dispensé de couvrir le sang du couteau ou le sang qui a jailli.

3
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: דָּם שֶׁנִּתְעָרֵב בְּמַיִם, אִם יֵשׁ בּוֹ מַרְאִית דָּם – כָּשֵׁר. נִתְעָרֵב בְּיַיִן – רוֹאִין אוֹתוֹ כְּאִילּוּ הוּא מַיִם. נִתְעָרֵב בְּדַם בְּהֵמָה אוֹ בְּדַם הַחַיָּה – רוֹאִין אוֹתוֹ כְּאִילּוּ הוּא מַיִם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין דָּם מְבַטֵּל דָּם.

Guemara. Nous avons appris là-bas [dans Zevahim] : du sang [d'offrande] qui s'est mélangé à de l'eau — s'il a [gardé] l'aspect du sang, [il est] valide.

[S']il s'est mélangé à du vin — on le regarde comme s'il était de l'eau. [S']il s'est mélangé à du sang de bête domestique ou à du sang de bête sauvage — on le regarde comme s'il était de l'eau.

Rabbi Yehouda dit : le sang n'annule pas le sang.

📜 Rachi (6)
גְּמ' תְּנַן הָתָם בִּשְׁחִיטַת קָדָשִׁים:
Guemara. Nous avons appris là-bas — dans [le traité] de l'abattage des [animaux] consacrés (Zevahim).
כָּשֵׁר לִזְרִיקָה:
Valide — pour l'aspersion (zerika).
נִתְעָרֵב בְּדַם הַבְּהֵמָה שֶׁל חֻולִּין:
[S']il s'est mélangé au sang de la bête domestique — [du sang] de [bête] profane.
אוֹ בְּדַם הַחַיָּה מַמָּשׁ דִּסְתָמָא חֻולִּין:
Ou au sang de la bête sauvage — [du sang] réel, car ce qui est indéterminé [est] profane.
רוֹאִין אוֹתוֹ לְדַם הַפָּסוּל:
On le regarde — le sang invalide [non sacré].
כְּאִילּוּ הוּא מַיִם וְאִם הָיָה דָּם הַכָּשֵׁר נִיכָּר בּוֹ כָּשֵׁר:
Comme s'il était de l'eau — et si le sang valide [d'offrande] s'y trouve reconnaissable, [il est] valide.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' דָּם שֶׁנִּתְעָרֵב בְּמַיִם אִם יֵשׁ בּוֹ מַרְאִית דָּם חַיָּיב לְכַסּוֹת. נִתְעָרֵב בְּיַיִן רוֹאִין אוֹתוֹ כְּאִילּוּ הוּא מַיִם נִתְעָרֵב בְּדַם הַבְּהֵמָה אוֹ בְּדַם הַחַיָּה רוֹאִין אוֹתוֹ כְּאִלּוּ הוּא מַיִם ר' יְהוּדָה אָמַר אֵין דָּם מְבַטֵּל דָּם:
Michna : du sang qui s'est mélangé à de l'eau — s'il a en lui l'aspect du sang, [l'homme] est tenu de le couvrir. [S']il s'est mélangé à du vin — on le regarde comme s'il était de l'eau. [S']il s'est mélangé au sang de la bête domestique ou au sang de la bête sauvage — on le regarde comme s'il était de l'eau. Rabbi Yehouda a dit : le sang n'annule pas le sang (ein dam mevatel dam).
💡 Explication

La Guemara cite la michna parallèle de Zevahim (77b) sur le sang d'offrande mélangé. S'il s'est mélangé à de l'eau et garde l'aspect du sang, il reste valide pour l'aspersion sur l'autel. Mélangé à du vin (rouge) ou à du sang profane (bête domestique ou sauvage), on regarde l'autre liquide 'comme de l'eau' : si la quantité [d'eau équivalente] laisserait encore voir le sang, il est valide. Rabbi Yehouda y maintient sa règle : le sang n'annule pas le sang.

4
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁנָּפְלוּ מַיִם לְתוֹךְ דָּם, אֲבָל נָפַל דָּם לְתוֹךְ מַיִם – רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné [cela] que dans le cas où de l'eau est tombée dans du sang ; mais [si] du sang est tombé dans de l'eau — la première [goutte], la première [goutte], s'annule.

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁנָּפְלוּ מַיִם לְתוֹךְ דָּם לְפִיכָךְ כָּל טִיפָּה וְטִיפָּה כְּשֶׁנָּפְלָה בְּטֵלָה הִלְכָּךְ עַד שֶׁלֹּא תְּהֵא בּוֹ מַרְאִית דָּם כְּשֵׁרָה:
On n'a enseigné [cela] que dans le cas où de l'eau est tombée dans du sang — c'est pourquoi chaque goutte, lorsqu'elle tombe [dans le sang majoritaire, ne] s'annule [pas] ; aussi, tant qu'il n'y a pas en lui l'aspect du sang, [il est] valide. [En revanche, si le sang tombe dans l'eau, chaque goutte s'annule à sa chute.]
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan précise la michna de Zevahim (voir le schéma). La validité 'tant que l'aspect du sang tient' ne vaut que si l'eau est tombée dans le sang (le sang était majoritaire au départ). Mais si le sang est tombé dans l'eau, alors 'la première, la première s'annule' (rishon rishon batel) : chaque goutte se trouve, au moment de sa chute, noyée et annulée dans l'eau majoritaire — de sorte que le mélange reste invalide, même s'il finit par prendre l'aspect du sang.

5
אָמַר רַב פָּפָּא: וּלְעִנְיַן כִּסּוּי אֵינוֹ כֵּן, אֵין דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת.

Rav Papa a dit : et quant au couvrement, ce n'est pas ainsi : il n'y a pas de rejet (dichouy) à l'égard des mitsvot.

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ כֵּן שֶׁאֲפִילּוּ נָפַל דָּם לְתוֹךְ מַיִם חַייָּב לְכַסּוֹת שאע"פ שֶׁבָּטֵל וְנִדְחָה רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן אַפֵּ"ה כְּשֶׁהָלַךְ וְרָבָה עַד שֶׁנֶּהְפְּכָה מַרְאִית הַמַּיִם לַדָּם חָזַר דָּם הַבָּטֵל וְנֵיעוֹר וְחָשׁוּב דָּם וְלָא אָמְרִינַן הוֹאִיל וְנִדְחָה יִדָּחֶה שֶׁאֵין תּוֹרַת דִּיחוּי אֵצֶל מִצְוֹת:
Ce n'est pas ainsi — car même [si] du sang est tombé dans de l'eau, [l'homme] est tenu de couvrir : bien qu'il se soit annulé et ait été rejeté, la première [goutte], la première [goutte], néanmoins, lorsqu'il [le sang] s'est accru et a augmenté jusqu'à ce que l'aspect de l'eau se transforme en sang, le sang annulé est revenu et s'est réveillé et [est de nouveau] considéré comme du sang ; et nous ne disons pas 'puisqu'il a été rejeté, il reste rejeté', car il n'y a pas de règle de rejet (dichouy) à l'égard des mitsvot.
💡 Explication

Rav Papa restreint la règle précédente. Pour la mitsva de couvrir le sang (kisouy ha-dam) d'un oiseau ou d'une bête sauvage, il en va autrement : même si le sang est tombé dans l'eau et que chaque goutte fut d'abord annulée, dès qu'il y a assez de sang pour redonner au mélange l'aspect du sang, le sang annulé se réveille et redevient sang à couvrir. La raison : il n'y a pas de rejet (dichouy) à l'égard des mitsvot — on ne dit pas 'puisqu'il a été rejeté une fois, il reste rejeté' ; ce principe ne vaut que pour le service sacrificiel.

6
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל מַרְאֶה אַדְמוּמִית – מְכַפְּרִין, וּמַכְשִׁירִין, וְחַיָּיבִין בְּכִסּוּי. מַאי קָמַשְׁמַע לַן? מְכַפְּרִין – תְּנֵינָא, חַיָּיבִין בְּכִסּוּי – תְּנֵינָא!

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : tout aspect rougeâtre — [ces sangs] expient, rendent apte (machshir) et sont tenus au couvrement. Que nous apprend-il [par là] ?

Qu'ils expient — nous l'avons [déjà] appris ; qu'ils sont tenus au couvrement — nous l'avons [déjà] appris !

📜 Rachi (1)
כָּל מַרְאֶה אַדְמוּמִית כָּל זְמַן שֶׁיֵּשׁ בַּדָּם מַרְאֶה אַדְמוּמִית הָוֵי דָּם לְכַפָּרָה וְלִזְרִיקָה וּלְהַכְשִׁיר אֶת הַזְּרָעִים וּלְקַמֵּיהּ פָּרִיךְ אִי מַיִם הוּא נָמֵי אַכְּשׁוּרֵי מַכְשְׁרִי:
Tout aspect rougeâtre — tant qu'il y a dans le sang un aspect rougeâtre, [c'est] du sang pour expier, pour l'aspersion, et pour rendre aptes les semences ; et plus loin il objecte : si c'est de l'eau, [pourquoi] rend-il apte aussi ? [Réponse : justement il rend apte.]
💡 Explication

Chmouel pose un principe général : tout mélange de sang qui garde un aspect rougeâtre a statut de sang à trois égards : il expie (apte à l'aspersion sur l'autel), il rend apte (machshir : il rend les aliments susceptibles de contracter l'impureté, comme tout liquide), et il oblige au couvrement. La Guemara objecte : l'expiation, on la connaît déjà par la michna de Zevahim ; le couvrement, on le connaît déjà par notre michna. Que reste-t-il de neuf ?

7
מַכְשִׁירִין אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ. מַכְשִׁירִין נָמֵי, אִי דָּם – אַכְּשׁוּרֵי מַכְשַׁר, אִי מַיָּא – אַכְּשׁוּרֵי מַכְשְׁרִי! לָא צְרִיכָא, שֶׁתִּמְּדוֹ בְּמֵי גְּשָׁמִים.

[C'est] 'rendent apte' qui lui était nécessaire. [Mais] 'rendent apte' aussi [est superflu] : si [c'est] du sang — il rend apte ; si [c'est] de l'eau — elle rend apte !

[Réponse :] [non,] [cela] n'est pas nécessaire [sinon] dans le cas où [le sang] a été mélangé à de l'eau de pluie.

📜 Rachi (1)
שֶׁתִּמְּדוֹ שֶׁעָרְבוּ עִם מֵי גְּשָׁמִים שֶׁאֵינָם מַכְשִׁירִים אֶלָּא הֵיכָא דְּאַחְשְׁבִינְהוּ לֵירֵד עַל הַפֵּירוֹת וְהָכָא מִשּׁוּם דָּם דְּהָוֵי מַשְׁקֶה אע"ג דְּלָא אַחְשְׁבָה לֵירֵד עַל הַפֵּירוֹת מַכְשִׁיר דִּתְנַן (מַכְשִׁירִין פ"א מ"א) כָּל מַשְׁקֶה שֶׁתְּחִלָּתוֹ לְרָצוֹן שֶׁנֶּחְשָׁב לִמְאוּמָה אע"פ שֶׁאֵין סוֹפוֹ לְרָצוֹן מַכְשִׁיר:
Qu'ils ont été mélangés [à de l'eau de pluie] — qu'on les a mélangés (eirvou) avec de l'eau de pluie, laquelle ne rend apte que là où on l'a destinée (ahshivinhou) à descendre sur les fruits ; et ici, à cause du sang qui est un liquide, bien qu'on ne l'ait pas destiné à descendre sur les fruits, [le mélange] rend apte ; car nous avons appris (Makhchirin 1:1) : tout liquide dont le début [a été] selon le désir (le-ratzon), qu'on a considéré comme [ayant] quelque importance — bien que sa fin ne [soit] pas selon le désir, rend apte.
💡 Explication

La Guemara répond : l'apport de Chmouel, c'est 'rendent apte' (qui n'est pas enseigné dans une michna). On objecte encore : c'est évident — du sang rend apte (c'est un liquide), et de l'eau rend apte (c'est un liquide) ! Réponse : le cas visé est celui où le sang est mélangé à de l'eau de pluie. Or l'eau de pluie ne rend apte que si le propriétaire l'a destinée à tomber sur les fruits (intention) ; ici, c'est à cause du sang (qui est un liquide rendant apte sans intention) que le mélange rend apte, alors même qu'il n'y a pas eu d'intention pour l'eau de pluie.

8
מֵי גְּשָׁמִים נָמֵי, כֵּיוָן דְּשָׁקִיל וְרָמֵי, אַחְשְׁבִינְהוּ. לָא צְרִיכָא, שֶׁנִּתְמְדוּ מֵאֲלֵיהֶן.

[Mais] l'eau de pluie aussi [devrait rendre apte], puisqu'il l'a prise et l'a versée : il l'a [par là] considérée [comme importante] ! [Réponse :] [non,] [cela] n'est pas nécessaire [sinon] dans le cas où [les eaux] se sont mélangées d'elles-mêmes.

📜 Rachi (2)
וּפָרְכִינַן מֵי גְשָׁמִים נָמֵי כֵּיוָן דְּשָׁקֵיל בְּמָנָא:
Et l'on objecte : l'eau de pluie aussi, puisqu'il l'a prise — dans un récipient.
וְרָמֵי לְתוֹךְ הַדָּם אַחְשְׁבִינְהוּ לְכָךְ:
Et l'a versée — dans le sang : il l'a [par là] considérée [comme importante] pour cela.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁנִּתְמְדוּ מֵאֲלֵיהֶן הוּא הַדִּין דְּהָוֵי מָצֵי לְמֵימַר דִּתְמָדָן בְּמֵי פֵּירוֹת דְּלָא מַכְשְׁרִי:
Qu'[elles] se sont mélangées d'elles-mêmes — il en va de même [qu']il aurait pu dire [le cas] où [le sang] s'est mélangé à du jus de fruits (mei perot), lesquels ne rendent pas apte.
💡 Explication

Nouvelle objection : même l'eau de pluie devrait rendre apte ici, car l'homme l'a prise dans un récipient et versée dans le sang — ce geste lui confère de l'importance (ahshivinhou), ce qui équivaut à une intention ! Réponse : le cas précis est celui où les eaux de pluie se sont mélangées d'elles-mêmes (sans être recueillies ni versées à dessein) au sang — donc sans aucune intention de l'homme. Seul le statut du sang fait alors que le mélange rend apte.

9
רַבִּי אַסִּי מִנְּהַרְבִּיל אוֹמֵר: בִּצְלַלְתָּא דִּדְמָא. רַבִּי יִרְמְיָה מִדִּפְתִּי אָמַר: עָנוּשׁ כָּרֵת, וְהוּא דְּאִיכָּא כַּזַּיִת. בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: מְטַמְּאִים בְּאֹהֶל, וְהוּא דְּאִיכָּא רְבִיעִית.

Rabbi Assi de Neharbil dit : [il s'agit] du sérum du sang (tzelilta de-dama). Rabbi Yirmeya de Difti a dit : [celui qui en mange est] passible de retranchement (karet), et [cela] dans le cas où il y a un kazayit [de sang véritable].

Dans une braita on a enseigné : ils rendent impur sous la tente (ohel), et [cela] dans le cas où il y a un revi'it [de sang véritable].

📜 Rachi (5)
בִּצְלַלְתָּא דִּדְמָא בְּאוֹתָן מַיִם שֶׁהֵם מִן הַדָּם עַצְמָן כְּשֶׁהוּא נִקְרָשׁ יֵשׁ סְבִיבוֹתָיו צָלוּל כַּמַּיִם וְאִם יֵשׁ בּוֹ מַרְאִית דָּם מַכְשִׁיר וְאִי לָא לֹא:
Le sérum du sang (tzelilta de-dama) — dans ces 'eaux' qui proviennent du sang lui-même : lorsqu'il se fige, il y a autour de lui [un liquide] clair comme de l'eau ; et s'il y a en lui l'aspect du sang, il rend apte, et sinon, non.
עָנוּשׁ כָּרֵת הָאוֹכְלוֹ:
Passible de retranchement (karet) — celui qui le mange.
וְהוּא דְּאִיכָּא כַּזַּיִת דָּם גָּמוּר:
Et [cela] dans le cas où il y a un kazayit — de sang véritable (gamour).
וּמְטַמֵּא בְּאֹהֶל כָּל זְמַן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַרְאִית דָּם אִם שֶׁל מֵת הוּא:
Et il rend impur sous la tente (ohel) — tant qu'il y a en lui l'aspect du sang, s'il [provient] d'un mort.
וְהוּא דְּאִיכָּא רְבִיעִית מִן הַדָּם גָּמוּר וְהוּא שִׁיעוּר לְטֻומְאַת אֹהֶל דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ו) עַל נֶפֶשׁ מֵת וּבְשִׁיעוּר רְבִיעִית הַנְּשָׁמָה תְּלוּיָה:
Et [cela] dans le cas où il y a un revi'it — du sang véritable ; et c'est la mesure pour l'impureté de tente, car il est écrit (Nombres 6) 'sur une personne morte (al nefech met)', et c'est dans la mesure d'un revi'it que l'âme (nechama) est suspendue [à la vie].
🗂️ Tossefot (1)
וְהוּא דְּאִיכָּא כַּזַּיִת. וְהוּא דְּאִיכָּא רְבִיעִית אַצְּלַלְתָּא דִּדְמָא קָאֵי כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וקמ"ל דאע"פ שֶׁכֻּולּוֹ דָּם לָא מִחַייַּב כָּרֵת עַד דְּאִיכָּא כַּזַּיִת דָּם גָּמוּר וְלֹא מְטַמֵּא בְּאֹהֶל עַד דְּאִיכָּא רְבִיעִית דָּם גָּמוּר דְּאִי בְּדָם שֶׁעִם מֵי גְּשָׁמִים פְּשִׁיטָא דְּצָרִיךְ כַּזַּיִת וּרְבִיעִית:
Et [cela] dans le cas où il y a un kazayit. Et [cela] dans le cas où il y a un revi'it — [cela] se rapporte au sérum du sang (tzelilta de-dama), comme [Rachi] l'a expliqué dans son commentaire ; et [la braita] nous apprend que, bien qu'il [soit] tout entier sang, [l'homme] n'est pas passible de karet tant qu'il n'y a pas un kazayit de sang véritable, et [le sérum] ne rend pas impur sous la tente tant qu'il n'y a pas un revi'it de sang véritable ; car si [l'on parlait] du sang qui [est] avec de l'eau de pluie, il [est] évident qu'il faut un kazayit et un revi'it.
💡 Explication

De quoi parle le 'aspect rougeâtre' de Chmouel ? Rabbi Assi de Neharbil précise : du sérum du sang (tzelilta de-dama), ce liquide clair, semblable à de l'eau, qui entoure le sang quand il se fige ; s'il garde l'aspect rouge, il a statut de sang (et rend apte). Trois mesures distinctes (voir le schéma) : pour le karet (celui qui en mange), il faut un kazayit de sang véritable (R. Yirmeya de Difti) ; pour l'impureté de tente (sang d'un mort), il faut un revi'it de sang véritable (braita), mesure de l'impureté de tente.

10
תְּנַן הָתָם: כָּל מַשְׁקֵה הַמֵּת טְהוֹרִין, חוּץ מִדָּמוֹ, וְכָל מַרְאֵה אַדְּמוּמִית שֶׁבּוֹ מְטַמְּאִין בְּאֹהֶל. וּמַשְׁקֶה הַמֵּת טְהוֹרִין? וּרְמִינְהוּ: מַשְׁקֶה טְבוּל יוֹם, מַשְׁקִין הַיּוֹצְאִין מִמֶּנּוּ כְּמַשְׁקִין שֶׁנּוֹגֵעַ בָּהֶן,

Nous avons appris là-bas : tous les liquides du mort [sont] purs, hormis son sang ; et tout [liquide] qui a en lui un aspect rougeâtre rend impur sous la tente (ohel). Or les liquides du mort [sont-ils] purs ?

Et l'on objecte [d'une autre michna] : [quant aux] liquides du tevoul yom [celui qui s'est immergé le jour même], les liquides qui sortent de lui [sont] comme les liquides auxquels il touche,

📜 Rachi (3)
מַשְׁקֵה הַמֵּת כְּגוֹן דְּמֵעֵת עֵינוֹ וְחֵלֶב אִשָּׁה:
Les liquides du mort — par exemple la larme de son œil et le lait d'une femme.
כָּל מַרְאֵה אַדְמוּמִית שֶׁבּוֹ מְטַמֵּא כְּלוֹמַר צְלַלְתָּא דִּדְמָא כָּל זְמַן שֶׁמַּרְאֵהוּ אָדֹום טָמֵא:
Tout [liquide] qui a en lui un aspect rougeâtre rend impur — c'est-à-dire le sérum du sang (tzelilta de-dama) : tant que son aspect [est] rouge, il [est] impur.
מַשְׁקֶה טְבוּל יוֹם אוֹתָן מַשְׁקִין הַיּוֹצְאִים מִמֶּנּוּ הֲרֵי הֵן כְּמַשְׁקִין שֶׁהוּא נוֹגֵעַ בָּהֶן:
Les liquides du tevoul yom — ces liquides qui sortent de lui sont comme les liquides auxquels il touche.
🗂️ Tossefot (3)
תְּנַן הָתָם תֵּימַהּ אִי מִשְׁנָה הִיא הָא דְּקָאָמַר לְעֵיל (בְּמַתְנִיתִין) תַּנָּא וּמְטַמֵּא בְּאֹהֶל וְקָאָמַר עֲלָהּ וְהוּא דְּאִיכָּא רְבִיעִית הו"ל לַאֲתוּיֵי מַתְנִיתִין דְּהָכָא וְנִרְאֶה דְּבָרַייְתָא הִיא וה"נ אַשְׁכְּחַן בְּהַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף לו:) דְּקָאָמַר תְּנַן רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר כֹּל שֶׁשָּׁהָה ל' יוֹם כוּ' וְאֵינָהּ מִשְׁנָה בְּשׁוּם מָקוֹם וּבְפֶרֶק רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (שַׁבָּת דַּף קַלָּה:) גָּרְסִינַן בְּכָל הַסְּפָרִים תַּנְיָא:
Nous avons appris là-bas — c'est étonnant : si c'est une michna, ce qu'il dit plus haut (dans notre michna) 'on a enseigné [dans une braita] : et il rend impur sous la tente', et qu'il dit à son sujet 'et [cela] dans le cas où il y a un revi'it', il aurait fallu apporter [plutôt] la michna d'ici [qui dit la même chose] ; et il apparaît [donc] que [le texte 'nous avons appris là-bas'] est une braita. Et de même avons-nous trouvé dans [le chapitre] Ha-Holetz (Yevamot 36b) qu'il dit 'nous avons appris (tnan) : Rabban Chimon ben Gamliel dit : tout [enfant] qui a demeuré trente jours, etc.', et [pourtant] ce n'est une michna en aucun endroit ; et au chapitre Rabbi Eliezer de-Mila (Chabbat 135b) nous lisons dans tous les livres 'il a été enseigné (tania)'.
כָּל מַשְׁקֵה הַמֵּת טְהוֹרִין דְּלָא גָּזְרוּ עֲלֵיהֶן כְּמוֹ שֶׁגָּזְרוּ עַל שֶׁל הַזָּב כְּדִמְפָרֵשׁ בַּמַּסְּקָנָא מִשּׁוּם דְּזָב לָא בְּדִילִי מִינֵּיהּ וא"ת וַהֲלֹא כְּשֶׁיּוֹצְאִין מִן הַמֵּת נוֹגְעִין בּוֹ וּמְקַבְּלִים טֻומְאָה מִמֶּנּוּ בְּמַגָּע דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא דִּמְעַת עֵינוֹ וְדַם מַגֵּפָתוֹ וַחֲלֵב הָאִשָּׁה חֲשִׁיבִי מַשְׁקִין כִּדְיָלֵיף בְּפֶ' דַּם הַנִּדָּה (נִדָּה דַּף נה:) מִקְּרָאֵי וְעוֹד קָשֶׁה דְּקָאָמַר הָתָם דִּמְטַמֵּא טֻומְאַת מַשְׁקִים בִּרְבִיעִית וַהֲלֹא מַשְׁקִין מְטַמְּאִין בְּכָל שֶׁהוּא כִּדְמוֹכַח בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף יד.) גַּבֵּי מִימֵיהֶם שֶׁל כֹּהֲנִים לֹא נִמְנְעוּ לִשְׂרֹוף אֶת הַבָּשָׂר שֶׁנִּטְמָא בִּוְלַד הַטֻּומְאָה עִם בָּשָׂר שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה אע"פ שֶׁמּוֹסִיפִין עַל טֻומְאָתוֹ כו' דְּמוּקֵי לָהּ דְּאִיכָּא מַשְׁקֶה בַּהֲדֵי בָּשָׂר דְּקָא מִטַּמֵּא בָּשָׂר מֵחֲמַת מַשְׁקִין וּמִסְּתָמָא אֵין בְּאוֹתָם מַשְׁקִים רְבִיעִית וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּהַהוּא פִּירְקָא (שָׁם דַּף יז:) וּמַיִם נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא רְבִיעִית דַּחֲזֵי לְהַטְבִּיל בָּהֶן מְחָטִין וְצִנּוֹרוֹת אֲבָל בְּצִיר מֵרְבִיעִית טְמֵאִים וּבִבְרָכוֹת בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (בְּרָכוֹת דַּף נב.) שְׁמָא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁאֲחוֹרֵי הַכּוֹס מֵחֲמַת יָדַיִם וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַכּוֹס וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי כְּשֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנּוּ דֶּרֶךְ שְׁפוֹפֶרֶת וּבְעוֹדָן בְּגוּפוֹ לָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה דְּאֵין תּוֹרַת מַשְׁקִין עֲלֵיהֶם עַד שֶׁיֵּצְאוּ לַחוּץ וְכִי נָפְקִי דֶּרֶךְ שְׁפוֹפֶרֶת טְהוֹרוֹת מה"ת כֵּיוָן שֶׁלֹּא נָגְעוּ בּוֹ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן גָּזְרוּ בְּיָצְאוּ מִן הַזָּב הֵיכָא דְּאִיכָּא רְבִיעִית אע"ג דְּלָא נָגְעוּ בּוֹ אִי נָמֵי הָנְהוּ קְרָאֵי דְּנִדָּה אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא נִינְהוּ וּמִן הַתּוֹרָה אֵין עֲלֵיהֶן תּוֹרַת מַשְׁקִין וּלְכָךְ לֹא גָּזְרוּ אֶלָּא בִּרְבִיעִית וא"ת דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ (כְּרִיתוֹת דַּף יג.) הָאִשָּׁה שֶׁנָּטַף חָלָב מִדַּדֶּיהָ לְתוֹךְ הַתַּנּוּר טָמֵא וּפָרִיךְ בְּמַאי מִתַּכְשַׁר א"ר יוֹחָנָן בְּטִיפָּה הַמְלֻוכְלֶכֶת עַל פִּי הַדַּד וְהַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּצָרִיךְ הֶכְשֵׁר אַלְמָא חֲשִׁיבָא אֹוכֶל לְפִי שֶׁמְּיֻוחָד לַאֲכִילַת תִּינוֹק אִם כֵּן תַּנּוּר אַמַּאי טָמֵא הָא אֵין אֹוכֶל מְטַמֵּא כֵּלִים אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ מְטַמֵּא מֵחֲמַת הַטִּיפָּה הַמְלֻוכְלֶכֶת ע"פ הַדַּד שֶׁמִּתְעָרֶבֶת עִם שְׁאָר חָלָב שֶׁנּוֹטֵף בַּתַּנּוּר שֶׁשֵּׁם מַשְׁקֶה עָלֶיהָ וּמַשְׁקִין מְטַמְּאִין כְּלִי גְּזֵירָה מִשּׁוּם מַשְׁקֶה דְּזָב וְזָבָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דְּשַׁבָּת (דַּף יד:) אַלְמָא מְטַמְּאָה הַטִּיפָּה לַתַּנּוּר אע"ג דְּלֵית בָּהּ רְבִיעִית וְכֵן בְּאֵין דּוֹרְשִׁין (חֲגִיגָה דַּף כ.) בְּאִשָּׁה שֶׁבָּאתָה לִפְנֵי ר' יִשְׁמָעֵאל וְאָמְרָה לוֹ מַפָּה זוֹ אָרַגְתִּי בְּטָהֳרָה וּמִתּוֹךְ הַדְּבָרִים שֶׁבָּדְקָה אָמְרָה לוֹ נֵימָא נִפְסְקָה וּקְשַׁרְתִּיהָ בַּפֶּה הֲרֵי אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה בְּרֹוק שֶׁבְּפִיהָ רְבִיעִית נִטְמָא מִיָּדַיִם שֶׁהָיוּ מְסֹואָבוֹת וְטִימֵּא אֶת הַמַּפָּה וי"ל דִּתְרוּמָה וְקָדָשִׁים מְטַמּוּ בְּפָחוֹת מֵרְבִיעִית וְדַוְקָא לְחֻולִּין הוּא דְּבָעֵי רְבִיעִית:
Tous les liquides du mort [sont] purs — car on n'a pas décrété à leur sujet comme on a décrété sur ceux du zav (homme atteint d'un flux), ainsi qu'on l'explique dans la conclusion, parce que le zav, on ne s'écarte pas de lui [on le fréquente]. Et si tu objectes : mais lorsqu'ils sortent du mort, ils le touchent et reçoivent de lui l'impureté par contact, car d'après la Torah la larme de son œil, le sang de sa blessure (magpato) et le lait de la femme [sont] considérés comme des liquides, ainsi qu'on le dérive au chapitre Dam ha-Nidda (Nidda 55b) à partir de versets ! Et de plus c'est difficile, car on dit là-bas qu'il rend impur d'une impureté de liquides [à partir] d'un revi'it, or les liquides rendent impur en quelque quantité que ce soit (be-khôl chehou), comme [cela] ressort au premier chapitre de Pessahim (14a) à propos de [ce qu'enseigne] 'de tout temps les prêtres n'ont pas hésité à brûler la viande qui s'est rendue impure par un enfant de l'impureté (velad ha-touma) avec la viande qui s'est rendue impure par un père de l'impureté (av ha-touma), bien qu'ils ajoutent à son impureté', où l'on établit [le cas] où il y a un liquide avec la viande, lequel rend la viande impure à cause des liquides, et vraisemblablement il n'y a pas dans ces liquides un revi'it ; et l'on dit aussi dans ce chapitre (17b) 'et l'eau non plus, nous ne l'avons dit qu'à [partir d']un revi'it, [quantité] propre à y tremper des aiguilles et des crochets, mais [à] moins d'un revi'it [ils sont] impurs' ; et dans Berakhot, au chapitre Elou Devarim (52a), [on dit] : 'de peur que les liquides qui [sont] au dos du verre ne deviennent impurs à cause des mains, et ne reviennent rendre le verre impur'. Et l'on peut dire qu'ici [la braita] traite [du cas] où ils sont sortis de lui par un tuyau (chefoferet) : tant qu'ils sont dans son corps ils ne reçoivent pas l'impureté, car ils n'ont pas statut de liquides jusqu'à ce qu'ils sortent au dehors ; et lorsqu'ils sortent par un tuyau, ils [sont] purs d'après la Torah, puisqu'ils ne l'ont pas touché, et c'est seulement d'après les Sages (mi-de-rabanan) qu'on a décrété pour ceux qui sortent du zav là où il y a un revi'it, bien qu'ils ne l'aient pas touché. Ou bien [encore] : ces versets de Nidda [ne sont] qu'un simple appui (asmakhta), et d'après la Torah ils n'ont pas statut de liquides, et c'est pourquoi on n'a décrété qu'à [partir d']un revi'it. Et si tu objectes : on dit au chapitre Amrou Lo (Keritot 13a) 'une femme dont le lait a goutte de ses mamelles dans le four — [le four est] impur', et l'on objecte : par quoi a-t-il été rendu apte ? Rabbi Yo'hanan a dit : par la goutte salie à l'orifice de la mamelle ; et maintenant, puisqu'il faut [le] rendre apte, [c'est] donc qu'il [le lait] est considéré comme un aliment, parce qu'il est destiné à la nourriture de l'enfant ; s'il en est ainsi, pourquoi le four [est-il] impur ? Or un aliment ne rend pas les ustensiles impurs ! [Réponse :] force est [de dire] qu'il rend impur à cause de la goutte salie à l'orifice de la mamelle, qui se mélange au reste du lait gouttant dans le four, lequel a statut de liquide ; et les liquides rendent un ustensile impur par décret, à cause du liquide du zav et de la zava, comme on le dit au premier chapitre de Chabbat (14b) — d'où [il ressort] que la goutte rend le four impur bien qu'il n'y ait pas en elle un revi'it. Et de même dans [le chapitre] Ein Dorchin (Haguiga 20a), à propos de la femme qui vint devant Rabbi Yichmael et lui dit : 'cette étoffe, je l'ai tissée dans la pureté', et qui, au fil de l'examen qu'il [lui] fit, lui dit : 'un fil s'est rompu et je l'ai noué avec la bouche' — voici que, bien qu'il n'y eût pas dans la salive de sa bouche un revi'it, [l'étoffe] s'est rendue impure à cause des mains qui étaient souillées, et [la salive] a rendu l'étoffe impure ! Et l'on peut dire que la terouma et les [choses] consacrées (kodachim) deviennent impures par moins d'un revi'it, et c'est seulement pour les [choses] profanes (houlin) qu'on requiert un revi'it.
מַשְׁקֶה טְבוּל יוֹם מַשְׁקִין הַיּוֹצְאִין מִמֶּנּוּ כְּמַשְׁקִין שֶׁנּוֹגֵעַ בָּהֶן אוֹמֵר ר"ת דְּהָנֵי מַשְׁקִין שֶׁנָּגַע בָּהֶן דְּקָאָמַר לָא מִיתּוֹקְמָא אֶלָּא בְּמַשְׁקִין דִּתְרוּמָה דְּאִילּוּ חֻולִּין לֹא מִיטַּמֵּא וַאֲפִילּוּ בְּמַעֲשֵׂר נָמֵי שָׁרֵי כִּדְאָמְרִינַן (יְבָמוֹת דַּף עַד:) טָבַל וְעָלָה אוֹכֵל בְּמַעֲשֵׂר וּבְמַשְׁקִין דְּקֹדֶשׁ נָמֵי לָא קָאָמַר דִּתְנַן בפ"י דְּנִדָּה (דַּף עא:) בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ אוֹמְרִים הַיּוֹשֶׁבֶת עַל דַּם טֹוהַר מְעָרֶה מַיִם לְפֶסַח פֵּירוּשׁ אֲבָל לֹא נוֹגַעַת דְּחֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּדֶשׁ כְּקֹדֶשׁ דָּמוּ כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ' חָזְרוּ לוֹמַר הֲרֵי הִיא כְּמַגַּע טְמֵא מֵת לְקָדָשִׁים פֵּירוּשׁ דַּוְקָא לְקָדָשִׁים וְלֹא לְחֻולִּין דְּלָאו כְּקֹדֶשׁ דָּמוּ אַלְמָא טְבוּל יוֹם הֲוָה רִאשׁוֹן לְקָדָשִׁים כְּאִילּוּ נָגַע לְטַמֵּא מֵת דְּיוֹשֶׁבֶת עַל דַּם טֹוהַר הִיא טְבוּלַת יוֹם אָרוֹךְ וא"כ מַשְׁקִים קוֹדֶשׁ שֶׁנָּגַע בִּטְבוּל יוֹם הָוֵי שֵׁנִי וּמְטַמֵּא אֶת הַקֳּדָשִׁים לַעֲשׂוֹת רְבִיעִי וְהָכָא קָתָנֵי אֵלּוּ וְאֵלּוּ אֵין מְטַמְּאִין וְהַךְ מַשְׁקֶה טְבוּל יוֹם עַל כָּרְחָךְ כְּחָזְרוּ לוֹמַר דְּהָתָם אֲתָא מִדְּקָתָנֵי בְּסֵיפָא הָתָם וְאִם נָפַל מֵרֻוקָּהּ אוֹ מִדַּם טָהֳרָה שֶׁלָּהּ עַל כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה טָהוֹר וְקָאָמַר עֲלָהּ בַּגְּמָרָא כְּדִתְנַן מַשְׁקֶה טְבוּל יוֹם כו' וְאֵלּוּ וָאֵלּוּ אֵין מְטַמְּאִין וְלָא מָצֵי נָמֵי לְמֵימַר דְּמַיְירֵי הָכָא בְּמַשְׁקִין דְּחֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּדֶשׁ דְּתוֹרַת חֻולִּין גְּמוּרִין יֵשׁ לָהֶם כְּחָזְרוּ לוֹמַר דַּאֲפִילּוּ נוֹגַעַת בַּמַּיִם לָא פָּסְלִי וְהָכָא קָתָנֵי אֵין מְטַמְּאִין קָדָשִׁים אֲבָל מִיפְסָל פָּסְלִי אֶלָּא בְּמַשְׁקִין תְּרוּמָה אַייְרֵי וְהָא דְּקָתָנֵי וְאֵלּוּ וָאֵלּוּ אֵין מְטַמְּאִין הַיְינוּ אֵין מְטַמְּאִים קֹדֶשׁ אֲבָל תְּרוּמָה מִיפְסָל נָמֵי לָא פָּסְלִי כְּדִתְנַן הָתָם נָפַל מֵרֻוקָּהּ אוֹ מִדַּם טָהֳרָהּ עַל כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה טָהוֹר וא"ת דְּהָכָא מַשְׁמַע דִּטְבוּל יוֹם מְטַמֵּא מַשְׁקֶה דְּקָדָשִׁים לַעֲשׂוֹת רְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ וְאִם כֵּן הֵיכִי בָּעֵי לְמֵימַר בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף יד.) גַּבֵּי הָא דְּהוֹסִיף רַבִּי עֲקִיבָא וְאָמַר מִימֵיהֶם שֶׁל כֹּהֲנִים לֹא נִמְנְעוּ מִלְּהַדְלִיק אֶת הַשֶּׁמֶן שֶׁנִּפְסַל בִּטְבוּל יוֹם לְהַדְלִיק בְּנֵר שֶׁנִּטְמָא בִּטְמֵא מֵת וּמוּקֵי לָהּ הַשַּׁ"ס בְּנֵר כְּלִי מַתָּכוֹת דַּהֲוָה כֶּחָלָל חֶרֶב וַאֲבִי אֲבוֹת הַטֻּומְאָה וְהַייְנוּ דְּמוֹסִיף רַבִּי עֲקִיבָא וּפָרִיךְ וְנוֹקְמָא בִּכְלִי חֶרֶס וּמַאי הוֹסִיף דְּאִילּוּ הָתָם הַייְנוּ הָא דְּרַבִּי חֲנִינָא דְּאָמַר לֹא נִמְנְעוּ לִשְׂרֹוף הַבָּשָׂר טָמֵא וְטָמֵא וְהָכָא שֶׁמֶן שֶׁנִּפְסַל בִּטְבוּל יוֹם פָּסוּל וְטָמֵא אַמַּאי קָרֵי פָּסוּל לִשְׁמָן שֶׁנִּפְסַל בִּטְבוּל יוֹם הָא אָמַר הָכָא דְּפוֹסֵל קֹדֶשׁ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם מַיְירֵי מִדְּאוֹרַייְתָּא וְהָכָא מִדְּרַבָּנָן וְעוֹד י"ל דְּהָכִי קָאָמַר הָתָם שֶׁזֶּה טָמֵא לְמִינוֹ לַקֹּדֶשׁ וְזֶה פּוֹסֵל בִּתְרוּמָה שֶׁהוּא מִינוֹ וְעוֹד נִרְאֶה דְּהָכָא וּמַתְנִיתִין דְּנִדָּה כְּאַבָּא שָׁאוּל דְּאָמַר טְבוּל יוֹם תְּחִלָּה לַקֹּדֶשׁ וְרַבִּי עֲקִיבָא דִּפְסָחִים כְּרַבָּנָן דִּמְעִילָה (דַּף ח:) דִּטְבוּל יוֹם אֲפִילּוּ קֹדֶשׁ לֹא מְטַמֵּא אֶלָּא פּוֹסֵל דִּתְנַן חַטַּאת הָעוֹף מוֹעֲלִין בָּהּ מִשֶּׁהֻוקְדְּשָׁה נִמְלְקָה הֻוכְשְׁרָה לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וְדִיֵּיק לִיפָּסֵל אִין לְטַמּוֹיֵי לָא מַנִּי רַבָּנַן הִיא כו' וּבְהֶדְיָא תַּנְיָא בְּפֶרֶק (כְּשֵׁם דַּף כט) דְּרַבִּי עֲקִיבָא כִּדְרַבָּנָן הוֹסִיף רַבִּי עֲקִיבָא הַסֹּולֶת וְהַקְּטֹרֶת וְהַלְּבוֹנָה וְהַגֶּחָלִים שֶׁאִם נָגַע טְבוּל יוֹם בְּמִקְצָתָן פָּסַל אֶת כֻּולָּן מַשְׁמַע דְּדַוְקָא פָּסַל אֲבָל מְטַמֵּא לֹא:
Liquides du tevoul yom, les liquides qui sortent de lui [sont] comme les liquides auxquels il touche — Rabbenou Tam dit que ces 'liquides auxquels il touche' dont il parle ne s'établissent que [pour] les liquides de terouma, car des [liquides] profanes ne deviennent pas impurs, et même [du second] dîme (maaser) aussi [c'est] permis, comme on dit (Yevamot 74b) : 'il s'est immergé et est remonté — il mange du dîme' ; et [il ne parle] pas non plus des liquides de [choses] consacrées, car nous avons appris au chapitre 10 de Nidda (71b) : 'au début on disait : celle qui demeure sur le sang de pureté (dam tohar) verse de l'eau pour le [sacrifice] pascal' — c'est-à-dire mais [elle] ne [le] touche pas, car des [choses] profanes faites selon la pureté des [choses] consacrées [sont] considérées comme consacrées, ainsi qu'on l'explique dans la Guemara ; [puis] on revint à dire : 'elle [est] comme [celui qui] touche un impur par un mort (tme met) à l'égard des [choses] consacrées' — c'est-à-dire précisément à l'égard des [choses] consacrées et non des [choses] profanes, car [elles] ne [sont] pas considérées comme consacrées ; d'où [il ressort] que le tevoul yom est [un] premier [degré d'impureté] à l'égard des [choses] consacrées, comme s'il avait touché un impur par un mort, car celle qui demeure sur le sang de pureté est une tevoulat yom prolongée ; et s'il en est ainsi, des liquides consacrés qu'a touchés un tevoul yom [sont au] second [degré] et rendent les [choses] consacrées impures pour [les rendre] quatrièmes [degré]. Et ici [la michna] enseigne 'ceux-ci et ceux-là ne rendent pas impur', et ce 'liquide du tevoul yom' [s'entend] forcément comme [dans] 'on revint à dire' de là-bas, car là-bas, dans la fin (sefa), [on dit] : 'et si sa salive ou son sang de pureté tomba sur un pain de terouma — [il est] pur', et l'on dit à son sujet dans la Guemara 'comme nous avons appris : liquide du tevoul yom etc.', et ceux-ci et ceux-là ne rendent pas impur. Et [l'on] ne peut [pas] non plus dire qu'ici [la michna] traite des liquides profanes faits selon la pureté des [choses] consacrées, car [ceux-là] ont statut de [choses] profanes pleinement (gemourin) selon 'on revint à dire', [au point] que même [si elle] touche les eaux [elle] ne [les] disqualifie pas, alors qu'ici [la michna] enseigne 'ils ne rendent pas impur' [mais sous-entend qu'ils disqualifient] ; [c'est] donc [qu'il s'agit] de liquides de terouma. Et ce qu'[il] enseigne 'ceux-ci et ceux-là ne rendent pas impur', cela signifie 'ne rendent pas impur le [domaine] consacré', mais la terouma non plus, [ils] ne [la] disqualifient pas, comme nous avons appris là-bas : 'sa salive ou son sang de pureté tomba sur un pain de terouma — [il est] pur'. Et si tu objectes : ici [il] ressort que le tevoul yom rend impur un liquide consacré pour [le rendre] quatrième dans le [domaine] consacré, et si tel est [le cas], comment veut-on dire au premier chapitre de Pessahim (14a) à propos de ce qu'a ajouté Rabbi Akiva en disant 'de tout temps les prêtres n'ont pas hésité à allumer l'huile qui s'est disqualifiée par un tevoul yom dans une lampe qui s'est rendue impure par un impur par un mort', et la Guemara l'établit [pour] une lampe ustensile de métal, qui [est] comme un glaive [tranchant le] cadavre (kekhalal herev) et [donc] un père des pères de l'impureté (avi avot ha-touma) — et c'est [là] ce qu'a ajouté Rabbi Akiva ; et [la Guemara] objecte : établissons-la [pour] un ustensile de terre, et qu'a-t-[il] ajoute ? car alors ce serait là-même [chose] que [ce] qu'a dit Rabbi Hanina, qui a dit 'on n'a pas hésité à brûler la viande [rendue] impure [par un velad ha-touma avec celle rendue impure par un av ha-touma]', tandis qu'ici l'huile qui s'est disqualifiée par un tevoul yom [est seulement] disqualifiée — [or] pourquoi appelle-t-[on] 'disqualifiée' l'huile qui s'est disqualifiée par un tevoul yom ? n'a-t-[on] pas dit ici qu'[il] rend impur le [domaine] consacré ? Et l'on peut dire que là-bas [il s'agit] d'après la Torah, et ici [c'est] d'après les Sages. Et l'on peut [aussi] dire [autrement] : que là-bas [on veut dire] que celui-ci [est] impur selon son espèce pour le [domaine] consacré, et que celui-là disqualifie [seulement] dans la terouma, qui [est] son espèce. Et il apparaît encore qu'ici, ainsi que la michna de Nidda, [c'est] selon Abba Chaoul qui dit 'le tevoul yom [est] premier [degré] pour le [domaine] consacré', et Rabbi Akiva [du chapitre] de Pessahim [suit] les Sages [du traité] Meila (8b), pour qui le tevoul yom ne rend même pas le [domaine] consacré impur, mais [le] disqualifie [seulement] ; car nous avons appris : 'un sacrifice expiatoire d'oiseau (hatat ha-of), on en tire profit (moalin bah) dès qu'il a été consacré ; il a été décapité (nimleka) — il a été rendu apte à être disqualifié par un tevoul yom', et [la Guemara] précise : 'à être disqualifié' oui, à être rendu impur non — qui [est-ce] ? [c'est] les Sages, etc. Et il est explicitement enseigné au chapitre [Ke-Chem (Sota 29a)] que Rabbi Akiva [suit] les Sages : 'Rabbi Akiva a ajouté la fleur de farine (solet), l'encens (ketoret), l'oliban (levona) et les charbons (gehalim) : si un tevoul yom a touché une partie d'eux, il a disqualifié le tout' — [ce qui] implique 'disqualifie' précisément, mais 'rend impur' non.
💡 Explication

Une braita (Tossefta Ohalot) enseigne : tous les liquides d'un mort (larmes, lait...) sont purs, sauf son sang ; et tout liquide [issu du mort] gardant un aspect rougeâtre rend impur sous la tente. La Guemara s'étonne : les liquides du mort sont-ils donc purs ? Elle oppose une michna (Tevoul Yom 2:1) sur le tevoul yom (celui qui s'est immergé mais attend le coucher du soleil pour être pur) : les liquides qui sortent de lui sont impurs comme les liquides qu'il touche [or le mort est bien plus impur que le tevoul yom — d'où la contradiction, résolue au daf suivant].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).