Sougya : Fin du chapitre Kissouy ha-Dam. La braita crible les matières propres à couvrir le sang : ce qui relève d'un type de terre (sciure fine, chaux, tesson broyé, sable fin) est inclus par 've-khissahou' (et couvre-le), tandis que ce qui n'en est pas (fumier grossier, sable grossier, limaille, farine, son) est exclu par 'be-afar' (avec de la terre).
La Guemara demande pourquoi ne pas lire 've-khissahou be-afar' comme une généralité-détail (klal ou-prat) stricte qui n'admettrait que la terre ; Rav Mari répond que ce klal a besoin de son prat (sans 'afar' on croirait qu'il suffit de poser un vase), et qu'un tel klal ne se lit pas en klal ou-prat. Rav Nahman bar Rav Hisda restreint à ce qui fait pousser ; Rava taxe cela d'absurdité (bourkha), mais Rav Nahman bar Yitzhak la justifie par la braita du voyageur : au désert (terre stérile) on broie un dinar d'or, sur un navire on brûle son manteau et l'on couvre de cendre.
On établit que l'or est nommé afar ('ve-afrot zahav lo', Job 28:6) et que la cendre l'est aussi (me-afar sereifat, Nb 19:17) — sur quoi Beit Chammai et Beit Hillel divergent. Les Sages ajoutent encore le noir de charbon, le kohl, les éclats de meule, et selon certains l'orpiment.
Enfin Rava : en récompense d'avoir dit 'je ne suis que poussière et cendre', Abraham mérita pour ses enfants deux mitsvot — la cendre de la vache rousse et la poussière de la sota.
[Pourrait-on inclure aussi] la sciure fine des menuisiers, la chaux (sid), le tesson broyé (harsit), une brique ou le bouchon [d'argile] d'une jarre qu'on a broyés ? L'enseignement [du verset] dit : 'et couvre-le (ve-khissahou)' — [avec n'importe quelle matière].
Pourrait-on [croire] que j'inclus même le fumier grossier, le sable grossier, la limaille (chehikat) des vases de métal, une brique ou un bouchon qu'on n'a pas broyés, la farine (kemah), le son (soubin) et le son grossier (moursan) ? L'enseignement [du verset] dit : 'avec de la terre (be-afar)' [pour exclure].
Suite de la braita (depuis 88a) qui crible les matières propres au kissouy ha-dam (couverture du sang). Deux mots du verset (Lev 17:13) jouent : 'et couvre-le' (ve-khissahou) inclut (marbe) les matières assimilables à un type de terre (sciure fine, chaux, tesson, brique broyée) ; 'avec de la terre' (be-afar) exclut (mema'et) ce qui n'est pas un type de terre (fumier et sable grossiers, limaille de métal, brique non broyée, farine, son).
Et qu'as-tu vu (pourquoi as-tu jugé) d'inclure ceux-ci et d'exclure ceux-là ? Après que le verset a inclus (ribba) et exclu (mi'et), j'inclus ceux-ci, qui sont un type de terre (min afar), et j'exclus ceux-là, qui ne sont pas un type de terre.
La règle de tri (voir le schéma de synthèse). Le verset comporte un mot d'inclusion et un mot d'exclusion ; on raisonne alors par ribouy ou-mou'at : on inclut ce qui est un type de terre (min afar — par définition, ce qui fait pousser des plantes, comme la terre) et l'on exclut ce qui n'en est pas.
Dis [donc plutôt] : 've-khissahou' (et couvre-le) est une généralité (klal), 'afar' (terre) est un détail (prat) ; [or pour] une généralité et un détail (klal ou-prat) — la généralité ne [contient] que ce qui est dans le détail : de la terre — oui ; autre chose — non !
Objection contre le procédé précédent. Pourquoi ne pas lire 've-khissahou be-afar' selon la règle du klal ou-prat (généralité puis détail), où la généralité se limite strictement au détail ? Cela ne laisserait passer que la terre proprement dite, à l'exclusion de toute autre matière — même si elle fait pousser des plantes.
Rav Mari dit : parce que c'est une généralité qui a besoin du détail (klal ha-tzarikh le-prat), et toute généralité qui a besoin du détail — on ne l'interprète pas par [la règle de] généralité et détail.
Réponse de Rav Mari (voir le schéma). 've-khissahou' est un klal ha-tzarikh le-prat — une généralité qui a besoin de son détail pour être comprise : sans le mot 'afar', on aurait pu croire qu'il suffit de poser un vase par-dessus le sang (comme la clause précédente de la braita l'envisageait). Le 'afar' précise que la couverture doit se faire avec une matière qui se mêle et s'absorbe. Or une généralité qui requiert ainsi son détail ne se lit pas en klal ou-prat — on revient donc au tri par ribouy ou-mou'at.
Rav Nahman bar Rav Hisda exposa : on ne couvre [le sang] qu'avec une chose dans laquelle on sème et [qui] fait germer (chezor'in bo ou-matzmiah). Rava dit : ceci [est] une absurdité (bourkha) !
Rav Nahman bar Rav Hisda durcit le critère : seule une matière cultivable (où l'on sème et qui fait germer) couvre le sang. Rava rejette cela d'un mot : 'bourkha' — une absurdité, une chose sans fondement (le mot évoque la racine de 'bor', friche / vide), car la braita et la michna admettent des matières où rien ne germe.
Rav Nahman bar Yitzhak dit à Rava : quelle [est] son absurdité (mai bourkhateh) ? C'est moi qui [le] lui ai dit, et c'est à partir de cette braita que je [le] lui ai dit : [si] l'on cheminait dans le désert et [qu']on n'a pas de cendre (efer) pour couvrir — on broie un dinar d'or et l'on couvre.
[Si] l'on cheminait sur un navire (sefina) et [qu']on n'a pas de terre (afar) pour couvrir — on brûle son manteau (talito) et l'on couvre.
Rav Nahman bar Yitzhak prend la défense de l'enseignement : ce n'est pas une absurdité, et il en donne la source — une braita du voyageur (voir le schéma). Au désert (terre stérile, où rien ne germe), faute de cendre on broie un dinar d'or et l'on couvre. Sur un navire, faute de terre, on brûle son manteau et l'on couvre de cendre. La première clause prouve bien que le sable du désert, où rien ne pousse, ne couvre pas — d'où la restriction de Rav Nahman bar Rav Hisda.
Soit (granted) : 'on brûle son manteau et l'on couvre' — nous avons trouvé [que] la cendre (efer) est appelée terre (afar) [comme on l'établira] ; mais [pour] le dinar d'or, d'où nous [le tirons]-nous ? Rabbi Zira dit : 've-afrot zahav lo' (et il a de la poussière d'or) [Job 28:6].
La Guemara analyse la braita. La cendre du manteau, passe encore — on montrera (segment 7) qu'elle est nommée afar. Mais le dinar d'or, qu'est-ce qui autorise à en couvrir le sang ? Rabbi Zira : le verset 'et il a de la poussière d'or' (ve-afrot zahav lo, Job 28:6) prouve que l'or aussi est appelé afar.
Nos Maîtres ont enseigné : on ne couvre [le sang] qu'avec de la terre (afar) — paroles de Beit Chammai. Et Beit Hillel disent : nous avons trouvé [que] la cendre (efer) est appelée terre (afar), comme il est dit 'et l'on prendra, pour l'impur, de la cendre de la combustion (me-afar sereifat)' [Nb 19:17].
Et Beit Chammai [rétorquent] : 'cendre de combustion' (afar sereifa), elle est appelée ; 'terre' tout court (afar setama), elle n'est pas appelée.
Une braita parallèle : Beit Chammai n'admettent que la terre ; Beit Hillel y joignent la cendre, en s'appuyant sur le verset de la vache rousse 'de la cendre de la combustion' (me-afar sereifat, Nb 19:17), où la cendre est appelée afar. Beit Chammai répliquent : l'Écriture l'appelle 'afar de combustion', non 'afar' tout court — la cendre ne vaut donc pas comme afar pour la couverture.
Il a été enseigné (tana) : on a ajouté à ceux-là (à la liste) le noir [de charbon] (ha-chahor), le kohl (ha-kehol), les éclats de meule (nikrat pissoulin) ; et certains disent (yech omrim) : même l'orpiment (ha-zarnikh).
Complément de liste : les Sages ajoutent aux matières déjà admises le noir de charbon (charbon pilé), le kohl (kehol, stibine), et les éclats de meule (nikrat pissoulin, la poudre détachée des meules) ; et selon une opinion, même l'orpiment (zarnikh, sulfure d'arsenic).
Rava dit : en récompense de ce qu'Abraham notre père a dit 'et moi je [ne suis que] poussière et cendre (ve-anokhi afar va-efer)' [Gen 18:27], ses enfants méritèrent deux mitsvot : la cendre de la [vache rousse] (efer para) et la poussière de la sota (afar sota).
Passage aggadique. Rava : pour avoir dit, dans son humilité, 'je ne suis que poussière et cendre' (Gen 18:27), Abraham valut à sa descendance deux mitsvot où interviennent ces mêmes éléments : la cendre de la vache rousse (efer para, qui purifie l'impur) et la poussière de la sota (afar sota — terre du sol du Tabernacle mêlée à l'eau qui éprouve la femme soupçonnée d'adultère).
Et qu'on compte aussi la terre de la couverture du sang (afar kissouy ha-dam) ! Là (dans ce cas), il y a [seulement] un accomplissement de mitsva (hekhcher mitsva) ; un bénéfice (hana'a) il n'y a pas.
Objection : pourquoi Rava ne compte-t-il pas une troisième faveur, la terre du kissouy ha-dam, où la poussière intervient aussi ? Réponse : la couverture du sang n'est qu'un accomplissement de mitsva (hekhcher mitsva) sans bénéfice tangible (la viande était déjà permise sans elle) ; tandis que la cendre de la vache rousse purifie et la poussière de la sota ramène la paix entre l'homme et sa femme — toutes deux apportent un bénéfice.
Et Rava dit : en récompense de ce qu'Abraham notre père a dit [au roi de Sodome]
Ouverture d'un second propos aggadique de Rava sur le mérite d'Abraham, dont la suite (les paroles au roi de Sodome et la récompense qui en découla) se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).