Chullin 89a — la récompense du refus du butin, l'éloge de l'effacement, et couvrir le sang avec la poussière d'une ville dévoyée

Chullin 89a

Sougya : La fin de la sougya aggadique : pour avoir refusé le moindre fil du butin des rois, Abraham mérita pour ses fils deux mitsvot, le fil de tekhelet (tsitsit) et la courroie des tefillin ; et Rabbi Meir explique pourquoi le tekhelet fut choisi (il ressemble à la mer, qui ressemble au firmament, qui ressemble au saphir, qui ressemble au Trône de Gloire). Rabbi Abba note combien le vol consommé est difficile à réparer, même pour les justes parfaits.

Vient ensuite un grand éloge de l'effacement de soi : Israël se rapetisse au moment où Dieu l'élève (Abraham, Moché et Aaron, David), à l'inverse des nations (Nimrod, Pharaon, Sennacherib, Nabuchodonosor, Hiram) ; et le monde ne subsiste que par celui qui se contient lors d'une querelle ou se tient pour rien. La sougya halakhique reprend ensuite la mitsva de couvrir le sang : on couvre avec la poussière d'une ville dévoyée (ir ha-nidahat).

Mais cela n'est interdit à tout profit que pour la cendre de l'incendie ; Zeeri restreint le propos à la terre du sol (non brûlée), tandis que Rava enseigne que même la cendre interdite est permise, car les mitsvot n'ont pas été données pour [en] tirer profit. Rav Rehoumi objecte par le chofar et le loulav d'idolâtrie ; Rav Achi commence à répondre (suite au folio 89b).

Du refus du butin aux deux fils de couleur Abraham refuse le butin 'ni un fil ni une courroie de sandale' mérité -> deux mitsvot Le fil de tekhelet (le fil pour les tsitsit) tekhelet -> mer -> firmament -> saphir -> Trône de Gloire La courroie des tefillin (la courroie pour [les] nouer) 'tous verront que le Nom est invoqué sur toi' = tefillin de la tête Mesure pour mesure refus d'un bien d'autrui -> insignes de sainteté
Segments 0-2 : le refus du butin par Abraham et les deux mitsvot méritées ; pourquoi le tekhelet renvoie au Trône de Gloire.
Se rapetisser face à la grandeur reçue Israël : se rapetisse Abraham : 'je ne suis que poussière et cendre' Moché et Aaron : 'et nous, que sommes-nous ?' David : 'et moi, ver et non homme' plus on reçoit la grandeur, plus on s'abaisse -> 'je vous ai désirés' (Deut 7,7) Nations : s'enorgueillissent Nimrod : 'bâtissons-nous une ville' Pharaon : 'qui est l'Éternel ?' Sennacherib : 'qui parmi tous les dieux...' Nabuchodonosor : 'je monterai au-dessus des nuées' Hiram de Tyr : 'je siège au siège de Dieu' la grandeur -> l'orgueil
Segments 4-9 : Israël se rapetisse au moment de la grandeur ; les nations s'enorgueillissent ; le monde subsiste par l'effacement.
Couvrir le sang avec la 'poussière' d'une ville dévoyée (ir ha-nidahat) le butin de la ville et la ville sont brûlés : c'est interdit à tout profit (issour hana'a) Hypothèse de départ 'poussière' = cendre de l'incendie -> objection : c'est interdit à tout profit ! 'rien ne s'attachera à ta main' (Deut 13,18) Zeeri 'poussière de sa poussière' = terre du sol jamais brûlée : il y manque l'arrachage, le rassemblement et l'incinération Rava même la cendre interdite est permise : les mitsvot n'ont pas été données pour [en] tirer profit Objection de Rav Rehoumi chofar / loulav d'idolâtrie : 'on ne s'en sert pas' a posteriori : acquitté (car nul profit) ? une braita : 's'il a sonné / pris : non acquitté' -> Rav Achi reprend [la réponse de Rav Achi se poursuit au folio suivant (89b)]
Segments 10-15 : couvrir le sang avec la poussière d'une ville dévoyée — cendre interdite (issour hana'a) face à la terre du sol, et le principe 'les mitsvot n'ont pas été données pour [en] tirer profit'.
1
״אִם מִחוּט וְעַד שְׂרוֹךְ נַעַל״, זָכוּ בָּנָיו לִשְׁתֵּי מִצְוֹת: לְחוּט שֶׁל תְּכֵלֶת, וּרְצוּעָה שֶׁל תְּפִילִּין.

'Ni d'un fil jusqu'à une courroie de sandale' (Genèse 14,23) [a dit Abraham, refusant tout bien d'autrui] : ses fils méritèrent deux mitsvot — le fil de tekhelet (laine teinte d'azur) et la courroie des tefillin.

📜 Rachi (4)
אִם מִחוּט וְעַד שְׂרוֹךְ שֶׁלֹּא רָצָה לֵיהָנוֹת מִן הַגֶּזֶל:
'Ni d'un fil jusqu'à une courroie' — qu'il ne voulut pas tirer profit du vol [bien mal acquis].
שְׂרוֹךְ רְצוּעָה:
'Courroie (serokh)' — une lanière.
חוּט שֶׁל תְּכֵלֶת לְצִיצִית:
'Le fil de tekhelet' — pour les tsitsit.
רְצוּעָה שֶׁל תְּפִילִּין לִקְשֹׁור:
'La courroie des tefillin' — pour [les] nouer.
💡 Explication

Clôture de l'aggada précédente. Abraham refusa au roi de Sodome jusqu'au moindre fil et à la moindre courroie du butin, pour ne pas profiter d'un bien mal acquis. Mesure pour mesure, ses descendants méritèrent deux objets de sainteté : le fil de tekhelet des tsitsit et la courroie des tefillin.

🖼️ Schéma
Du refus du butin aux deux fils de couleur Abraham refuse le butin 'ni un fil ni une courroie de sandale' mérité -> deux mitsvot Le fil de tekhelet (le fil pour les tsitsit) tekhelet -> mer -> firmament -> saphir -> Trône de Gloire La courroie des tefillin (la courroie pour [les] nouer) 'tous verront que le Nom est invoqué sur toi' = tefillin de la tête Mesure pour mesure refus d'un bien d'autrui -> insignes de sainteté
Le refus du butin (un fil, une courroie) récompense par deux mitsvot : le fil de tekhelet et la courroie des tefillin.
2
בִּשְׁלָמָא רְצוּעָה שֶׁל תְּפִילִּין, כְּתִיב: ״וְרָאוּ כָּל עַמֵּי הָאָרֶץ כִּי שֵׁם ה׳ נִקְרָא עָלֶיךָ״, וְתַנְיָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ, אֶלָּא חוּט שֶׁל תְּכֵלֶת מַאי הִיא?

Soit [pour] la courroie des tefillin [c'est un profit manifeste], car il est écrit : 'et tous les peuples de la terre verront que le Nom de l'Éternel est invoqué sur toi [et ils te craindront]' (Deutéronome 28,10) ; et il est enseigné : Rabbi Eliezer le Grand dit : ce sont les tefillin de la tête. Mais le fil de tekhelet, qu'en est-il [quel profit y a-t-il] ?

📜 Rachi (3)
בִּשְׁלָמָא רְצוּעָה שֶׁל תְּפִילִּין אִיכָּא הֲנָאָה דִּכְתִיב וְיִרְאוּ מִמְּךָ:
'Soit [pour] la courroie des tefillin' — il y a un profit, car il est écrit 'et ils te craindront'.
אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ אוֹת הֵן לְכָל כִּי שֵׁם ה' נִקְרָא עָלֶיךָ:
'Ce sont les tefillin de la tête' — ils sont un signe pour tous [montrant] que le Nom de l'Éternel est invoqué sur toi.
מַאי הִיא מַאי הֲנָאָה אִיכָּא:
'Qu'en est-il' — quel profit y a-t-il [dans le fil de tekhelet] ?
💡 Explication

La Guemara cherche, pour chacune des deux mitsvot, le profit (la grandeur conférée) qui en fait une récompense digne du refus du butin. Pour la courroie des tefillin, c'est clair : 'tous verront que le Nom de l'Éternel est invoqué sur toi' — Rabbi Eliezer le Grand l'applique aux tefillin de la tête, signe de la majesté divine. Mais quel profit y a-t-il dans le fil de tekhelet ?

3
דְּתַנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מַה נִשְׁתַּנָּה תְּכֵלֶת מִכָּל הַצִּבְעוֹנִין? מִפְּנֵי שֶׁתְּכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם, וְיָם דּוֹמֶה לָרָקִיעַ, וְרָקִיעַ דּוֹמֶה לְאֶבֶן סַפִּיר, וְאֶבֶן סַפִּיר דּוֹמֶה לְכִסֵּא הַכָּבוֹד, דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאוּ אֵת אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל וְתַחַת רַגְלָיו וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״כְּמַרְאֵה אֶבֶן סַפִּיר דְּמוּת כִּסֵּא״.

[Le profit du tekhelet est ce qui suit,] car il est enseigné : Rabbi Meir dit : en quoi le tekhelet diffère-t-il de toutes les [autres] couleurs ? Parce que le tekhelet ressemble à la mer, et la mer ressemble au firmament, et le firmament ressemble à la pierre de saphir, et la pierre de saphir ressemble au Trône de Gloire, ainsi qu'il est écrit : 'et ils virent le Dieu d'Israël, et sous Ses pieds [comme un ouvrage de pierre de saphir...]' (Exode 24,10), et il est écrit : 'comme l'aspect de la pierre de saphir, l'image d'un trône' (Ezechiel 1,26).

📜 Rachi (2)
מַה נִּשְׁתַּנָּה תְּכֵלֶת שֶׁהִזְקִיקַתָּה תּוֹרָה לְצִיצִית:
'En quoi le tekhelet diffère-t-il' — [c'est-à-dire :] que la Torah l'a imposé pour les tsitsit.
שֶׁהַתְּכֵלֶת דּוֹמָה לַיָּם שֶׁהַחִלָּזוֹן מִן הַיָּם הוּא עוֹלֶה אַחַת לְשִׁבְעִים שָׁנָה וּמַרְאִית דָּמוֹ דּוֹמֶה לְיָם וְיָם אָנוּ רוֹאִין שֶׁדּוֹמֶה לָרָקִיעַ וְרָקִיעַ לַסַּפִּיר וְסַפִּיר לְכִסֵּא הַכָּבוֹד דִּכְתִיב וְתַחַת רַגְלָיו כְּמַעֲשֵׂה לִבְנַת הַסַּפִּיר וְהוּא כְּעֶצֶם הַשָּׁמַיִם אַלְמָא שָׁמַיִם דּוֹמִין לַסַּפִּיר וְסַפִּיר הוּא כִּסֵּא הַכָּבוֹד דִּכְתִיב כְּמַרְאֵה אֶבֶן סַפִּיר דְּמוּת כִּסֵּא וכשהקב"ה מִסְתַּכֵּל בְּכִסֵּא הַכָּבוֹד שֶׁלּוֹ נִזְכַּר בְּמִצְוָה זוֹ שֶׁהִיא כְּנֶגֶד כָּל הַמִּצְוֹת:
'Que le tekhelet ressemble à la mer' — car le hilazon (escargot pourpre) monte de la mer une fois tous les soixante-dix ans, et l'aspect de son sang ressemble à la mer ; et la mer, nous la voyons ressembler au firmament, et le firmament au saphir, et le saphir au Trône de Gloire, ainsi qu'il est écrit 'et sous Ses pieds comme un ouvrage de pierre de saphir, et tel l'os même des cieux [en pureté]' — preuve [donc] que les cieux ressemblent au saphir, et le saphir est le Trône de Gloire, ainsi qu'il est écrit 'comme l'aspect de la pierre de saphir, l'image d'un trône' ; et lorsque le Saint, béni soit-Il, regarde Son Trône de Gloire, Il se souvient de cette mitsva, qui équivaut à toutes les mitsvot.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה נִשְׁתַּנָּה תְּכֵלֶת מִכָּל הַצִּבְעוֹנִין? מִפְּנֵי שֶׁתְּכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם. נִמְצָא הַתְּכֵלֶת קָשׁוּר בְּאַרְבָּעָה דְּמִיּוֹנִים וְלָכֵן מַנִּיחִים חוּט תְּכֵלֶת בְּאַרְבַּע כְּנָפוֹת וְלָא סַגִּי בְּחַד כָּנָף כְּדֵי לִרְמֹוז מַה שֶׁנִּבְחַר הַתְּכֵלֶת הוּא בַּעֲבוּר דִּמְיוֹן הָרְבִיעִי שֶׁהוּא 'כִּסֵּא הַכָּבוֹד' שֶׁמִּשָּׁם חֲצוּבוֹת נִשְׁמוֹת יִשְׂרָאֵל וּמִשָּׁם נִיתְּנָה תּוֹרָה שֶׁהוּא עוֹלָם הַבְּרִיאָה שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה וְלָכֵן אֵצֶל יִשְׂרָאֵל פּוֹעֶלֶת הָרְאִיָּה שֶׁלּוֹ לִזְכֹּור מִצְוַת הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ד' דִּמְיוֹנוֹת אֵלּוּ אֲרִיךְ [ א בֶּן סַפִּיר, ר קיע, י ם, כ סא הַכָּבוֹד] לָשׁוֹן אֲרֻוכָּה וּמַרְפֵּא.
⚖️ Rosh (1)
א"ר אַחַאי כִּי כֻּוחְלָא כְּשֵׁירָה כִּדְיוֹתָא טְרֵיפָה וְסִימָנָיךְ דְּיוֹתָא אֲרַמַּיְתָא. מ"ט דא"ר חֲנִינָא הַאי שָׁחוֹר אָדֹום הוּא אֶלָּא שֶׁלָּקָה. יְרֻוקָּה כְּשֵׁירָה מָדָר' נָתָן. אֲדֻומָּה כְּשֵׁירָה מִדְּרַבִּי נָתָן. דְּאָמַר ר' נָתָן פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי לִכְרַכֵּי הַיָּם בָּאתָה אִשָּׁה אַחַת לְפָנַי שֶׁמָּלָה בְּנָהּ רִאשׁוֹן וָמֵת שֵׁנִי וָמֵת שְׁלִישִׁי וּמֵת רְבִיעִי הֱבִיאַתּוּ לְפָנַי וּרְאִיתִיו שֶׁהוּא אָדֹום. אָמַרְתִּי לָהּ בִּתִּי הַמְתִּינִי לוֹ עַד שֶׁיִּבָּלַע בּוֹ דָּמוֹ. הִמְתִּינָה וּמִלָּתוֹ וְחָיָה. וְהָיוּ קוֹרְאִין לוֹ נָתָן הַבַּבְלִי עַל שְׁמִי. וְשׁוּב פַּעַם אַחַת הָלַכְתִּי לִמְדִינַת קַפּוֹטְקְיָא וּבָאתָה שָׁם אִשָּׁה לְפָנַי שֶׁמָּלָה בְּנָהּ רִאשׁוֹן וָמֵת שֵׁנִי וָמֵת שְׁלִישִׁי הֱבִיאַתּוּ לְפָנַי וּרְאִיתִיו שֶׁהוּא יָרוֹק. אָמַרְתִּי לָהּ בִּתִּי הִמְתִּין עַד שֶׁיִּפּוֹל בּוֹ דָּמוֹ. הִמְתִּינָה לוֹ וּמִלָּתוֹ וְחָיָה וְהָיוּ קוֹרִין לוֹ נָתָן הַבַּבְלִי עַל שְׁמִי. אָמַר רַב כָּהֲנָא כְּכַבְדָּא כְּשֵׁירָה. כְּבִשְׂרָא טְרֵיפָה. וְסִימָנָךְ וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ. א"ר סַמָּא בְּרֵיהּ דְּרָבָא הַאי רֵיאָה כְּעֵין כְּשׁוּתָא כְּעֵין מוֹרִיקָא כְּעֵין בֵּיעֲתָא טְרֵיפָה. וְאֶלָּא יְרֻוקָּה כְּשֵׁירָה הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ. כְּכַרְתִּי פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ מִין צֶבַע יְרַקְרַק וּמְתַרְגְּמִים כַּרְשִׁין כָּרְתִי בִּשְׁבִיל שֶׁהֵן יְרֻוקִּין. כִּדְאָמְרִינַן בִּבְרָכוֹת דַּף ט: כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְכַרְתִּי וְנִרְאֶה שֶׁהוּא צֶבַע שֶׁקּוֹרִין בלוא"ה כְּעֵין הָרָקִיעַ. כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (חוֹלִין דַּף פט.) תְּכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם וְיָם דּוֹמֶה לָרָקִיעַ. תְּשׁוּבָה לְרַב הַאי גָּאוֹן וְשֶׁשְּׁאַלְתֶּם מַרְאוֹת הָאֲסוּרוֹת בָּרֵיאָה כְּשֶׁנּוֹפְחִין אוֹתָהּ מִתְהַפֶּכֶת לְמַרְאֵה בְּשַׂר הָרֵיאָה בְּאֵיזֶה מַרְאֶה עוֹשִׂין כְּמַרְאֶה רִאשׁוֹן אוֹ כְּמַרְאֶה שֵׁנִי פְּשִׁיטָא כִּי הָרֵיאָה בְּחַיֵּי הַבְּהֵמָה נְפוּחָה וְעוֹמֶדֶת לְהָנִיף אֲוִיר עַל הַלֵּב וּכְמוֹ שֶׁנִּרְאֵית כְּשֶׁהִיא נְפוּאָה עוֹשִׂין:
Rabbi Ahaï dit : [le sang] tel [la couleur de] l'antimoine (kouhla, fard bleu-noir) est kacher (permis), [tel] l'encre (dyota) est treifa (rendu impropre) ; et ton signe [mnémotechnique] : l'encre est araméenne [étrangère, donc à rejeter]. Quelle en est la raison ? Car Rabbi Hanina dit : ce noir[-là] est en réalité du rouge, sauf qu'il s'est altéré (lakah). Le [sang] verdâtre (yerouka) est kacher, d'après [l'enseignement de] Rabbi Natan. Le [sang] rouge (adouma) est kacher, d'après [l'enseignement de] Rabbi Natan. Car Rabbi Natan a dit : une fois, j'entrai dans les villes maritimes (kerakei ha-yam) ; une femme vint devant moi, qui avait circoncis son premier fils et il était mort, le deuxième et il était mort, le troisième et il était mort ; le quatrième, elle me l'apporta, et je vis qu'il était rouge. Je lui dis : ma fille, attends pour lui jusqu'à ce que son sang se soit résorbé en lui. Elle attendit, elle le circoncit, et il vécut. Et on l'appelait 'Natan le Babylonien', d'après mon nom. Et une autre fois encore, j'allai dans la province de Cappadoce (Kappotkia), et là vint devant moi une femme qui avait circoncis son premier fils et il était mort, le deuxième et il était mort ; le troisième, elle me l'apporta, et je vis qu'il était verdâtre (yaroq). Je lui dis : ma fille, attends jusqu'à ce que son sang soit tombé [c.-à-d. remonté à la peau] en lui. Elle attendit pour lui, elle le circoncit, et il vécut ; et on l'appelait 'Natan le Babylonien', d'après mon nom. Rav Kahana dit : [le poumon] tel [la couleur du] foie (kavda) est kacher ; [tel] la chair (bissra) est treifa. Et ton signe : 'et de la chair [déchirée] dans les champs, treifa, vous n'en mangerez pas' (Exode 22,30). Rav Samma fils de Rava dit : ce poumon [dont la couleur est] comme celle du houblon (kechouta), comme celle du safran (morika), comme celle de l'œuf (beia), est treifa. Mais alors le [poumon] verdâtre (yerouka) qui est kacher, où le trouves-tu ? [Celui qui est] comme le poireau (karti). Le 'Aroukh explique : une sorte de couleur verdâtre ; et on traduit karchin par 'poireaux' (karti) parce qu'ils sont verts. Comme nous [le] disons dans Berakhot, folio 9b : 'afin qu'il distingue entre le tekhelet (azur) et le poireau (karti)' ; et il apparaît que c'est une couleur qu'on appelle bloa (bleu), comme [la couleur] du firmament (rakia). Comme nous [le] disons plus loin (Houlin folio 89a) : 'le tekhelet ressemble à la mer, et la mer ressemble au firmament'. Responsum de Rav Haï Gaon : et [quant] à ce que vous avez demandé [au sujet des] apparences [de couleur] interdites (assourot) dans le poumon, [savoir] que lorsqu'on le gonfle il se retourne [en changeant] pour l'apparence de la chair du poumon — d'après quelle apparence procède-t-on, comme [d'après] la première apparence ou comme [d'après] la seconde apparence ? Il est évident que, puisque le poumon, durant la vie de la bête, est gonflé et se tient [prêt] à souffler l'air sur le cœur, [alors] c'est comme il apparaît lorsqu'il est gonflé que l'on procède.
💡 Explication

Le profit du tekhelet : il élève la pensée jusqu'au Trône divin. Rabbi Meir trace une chaîne de ressemblances : tekhelet -> mer -> firmament -> pierre de saphir -> Trône de Gloire. Deux versets fournissent les maillons : sous les pieds du Dieu d'Israël, 'un ouvrage de pierre de saphir' (Exode 24,10), et 'comme l'aspect de la pierre de saphir, l'image d'un trône' (Ezechiel 1,26). Regarder le tekhelet, c'est donc évoquer le Trône de Gloire — d'où la valeur du fil de tsitsit, qui équivaut à toutes les mitsvot.

4
אָמַר רַבִּי אַבָּא: קָשֶׁה גֶּזֶל הַנֶּאֱכָל, שֶׁאֲפִילּוּ צַדִּיקִים גְּמוּרִים אֵינָן יְכוֹלִין לְהַחְזִירוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּלְעָדַי רַק אֲשֶׁר אָכְלוּ הַנְּעָרִים״.

Rabbi Abba dit : difficile est le vol consommé, car même les justes parfaits ne peuvent le restituer, ainsi qu'il est dit : '[je ne prendrai...] hormis seulement ce que les jeunes gens ont mangé' (Genèse 14,24).

📜 Rachi (1)
הַנֶּאֱכָל הַגּוֹזֵל וְאוֹכֵל קָשֶׁה הוּא לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה:
'Consommé' — celui qui vole et mange, il lui est difficile de faire techouva (réparation).
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָשֶׁה גֶּזֶל הַנֶּאֱכָל, שֶׁאֲפִלּוּ צַדִּיקִים גְּמוּרִים אֵינָן יְכוֹלִין לְהַחְזִירוֹ. קַשָּׁא אִם גָּזְלוּ אֵיךְ קָרֵי לְהוּ 'צַדִּיקִים גְּמוּרִים' דְּאֵין קוֹרִין צַדִּיק גָּמוּר אֶלָּא לְמִי שֶׁלֹּא חָטָא כְּלָל, דְּאִם חָטָא וְשָׁב בִּתְשׁוּבָה נִקְרָא 'בַּעַל תְּשׁוּבָה' וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת לד:) בְּמָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה עוֹמְדִים אֵין צַדִּיקִים גְּמוּרִים יְכוֹלִים לַעֲמֹוד? וְעוֹד אִם גָּזַל וַאֲכָלוֹ וְאֵינוֹ רוֹצֶה לְהַחֲזִירוֹ הֲרֵי זֶה רָשָׁע וְכִי יֵשׁ הֶפְרֵשׁ בַּהֲשָׁבַת הַגְּזֵלָה בֵּין אֲכָלָהּ לְלֹא אֲכָלָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁאִם הָאָב גָּזַל וַאֲכָלוֹ הִנֵּה אַף עַל פִּי שֶׁהָאָב לֹא הוֹרִישׁ כְּלוּם לִבְנוֹ אִם הַבֵּן הוּא חָסִיד וְצַדִּיק גָּמוּר צָרִיךְ לְשַׁלֵּם הַגְּזֵלָה שֶׁגָּזַל אָבִיו מֵחֲמַת כְּבוֹד אָבִיו דְּחַיָּיב לְכַבְּדוֹ בְּמוֹתוֹ, אַךְ עִם כָּל זֶה קָשֶׁה דָּבָר זֶה לַבֵּן לַעֲשׂוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא גֶּזֶל הַנֶּאֱכָל שֶׁכְּבָר אֲכָלוֹ אָבִיו וְלֹא נִשְׁאַר מִמֶּנּוּ כְּלוּם בָּעַיִן וְהוּא עוֹשֶׂה הִתְנַצְּלוּת לִפְטוֹר עַצְמוֹ מִכְּבוֹד זֶה שֶׁחַיָּיב לְכַבֵּד אֶת אָבִיו מִמִּידַּת חֲסִידוּת וְלָמַד זֶה מִפָּסוּק 'רַק אֲשֶׁר אָכְלוּ הַנְּעָרִים'< b> </b<>> (בְּרֵאשִׁית יד, כד) דְּאַף עַל גַּב שֶׁהוּא לֹא אָכַל עִם כָּל זֶה לְפִי סְבָרָתוֹ לַחְשֹׁוב בִּיזָּה זוֹ אֲסוּרָה עָלָיו כְּגֶזֶל רָאוּי שֶׁיְּשַׁלֵּם בְּעַד נְעָרָיו בְּמַה שֶׁאָכְלוּ מִדִּין חֲסִידוּת כִּי נְעָרָיו הֵמָּה וּמַה שֶׁאָכְלוּ נִקְרָא עַל שְׁמוֹ אַךְ עִם כָּל זֶה כֵּיוָן שֶׁכְּבָר אָכְלוּ קָשֶׁה עָלָיו לַעֲשׂוֹת חֲסִידוּת זוֹ לְהָשִׁיב בַּעֲבוּרָם אַף עַל גַּב דַּהֲנָאָתָם חֲשִׁיבָה כַּהֲנָאַת עַצְמוֹ.
💡 Explication

Réflexion morale rattachée au refus d'Abraham. Le vol consommé (gazel ha-ne'ekhal) — ce qui a déjà été mangé — est difficile à réparer, car la chose elle-même ne peut plus être rendue. Même Abraham, le juste parfait, dut excepter de son refus 'ce que les jeunes gens ont mangé' : ce qui était déjà consommé échappait à la restitution.

5
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי בַּהַגָּדָה – עֲשֵׂה אֲזֵנֶיךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת. ״לֹא מֵרֻבְּכֶם מִכָּל הָעַמִּים חָשַׁק ה׳ בָּכֶם וְגוֹ׳״ – אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: חוֹשְׁקָנִי בָּכֶם, שֶׁאֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁאֲנִי מַשְׁפִּיעַ לָכֶם גְּדֻולָּה – אַתֶּם מְמַעֲטִין עַצְמְכֶם לְפָנַי.

Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon : partout où tu trouves les paroles de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen dans l'aggada, fais de tes oreilles comme un entonnoir [pour les recueillir]. 'Ce n'est pas parce que vous êtes plus nombreux que tous les peuples que l'Éternel s'est attaché à vous [et vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples]' (Deutéronome 7,7) — le Saint, béni soit-Il, dit à Israël : je me suis attaché à vous (je vous désire), car même à l'heure où Je vous accorde la grandeur, vous vous rapetissez devant Moi.

📜 Rachi (2)
כַּאֲפַרְכֶּסֶת טרמויי"א:
'Comme un entonnoir' — 'trémoie' [en langue vernaculaire].
לֹא מֵרַבְּכֶם לְפִי שֶׁאֵין אַתֶּם מַרְבִּין עַצְמְכֶם אֶלָּא מְמַעֲטִין לְפִיכָךְ חָשַׁק בָּכֶם כִּי אַתֶּם הַמְעַט מַמְעִיטִין עַצְמְכֶם בַּעֲנָוָה:
'Ce n'est pas parce que vous êtes plus nombreux' — puisque vous ne vous grandissez pas mais vous vous amoindrissez, c'est pourquoi Il s'est attaché à vous, car 'vous êtes le moindre (ha-me'at)' : vous vous amoindrissez par humilité.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲשֵׂה אָזְנְךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט אֲפַרְכֶּסֶת כִּי הוּא כְּלִי שֶׁל טְחִינָה וְהוּא צַד אֶחָד רָחָב הַרְבֵּה וְצַד אֶחָד קָצָר נִמְצָא יֵשׁ בּוֹ תַּרְתֵּי שֶׁהוּא הִתְרַחֲבוּת וְהִתְקַצְּרוּת, כֵּן הֵם דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי בָּאַגָּדָה רְחָבִים בְּאֵיכוּתָם וּקְצָרִים בִּכְמוֹתָם. וְהִנֵּה הוּא זֵכֶר אַגָּדָה אַחַת מֵאַגָּדוֹתָיו וְהִיא זֹאת שֶׁבְּנוּיָה עַל אַגָּדָה אַחֶרֶת שֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי עַצְמוֹ בְּשֵׁם אָבִיו דְּאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ עַל פָּסוּק בָּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה לּוֹ אִמּוֹ (שִׁיר הַשִּׁירִים ג, יא) שָׁאַל רַשְׁבִּ"י אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי אֶפְשָׁר שֶׁשָּׁמַעְתָּ מֵאָבִיךָ מַהוּ 'בַּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה לוֹ אִמּוֹ'? אָמַר לוֹ הֵן, לְמֶלֶךְ שֶׁהָיְתָה לוֹ בַּת יְחִידָה וְהָיָה מְחַבְּבָה יוֹתֵר מִדַּאי וְהָיָה קוֹרֵא אוֹתָהּ אֲחוֹתִי וְלֹא זָז מְחַבְּבָה וְהָיָה קוֹרֵא אוֹתָהּ אִמִּי, כָּךְ הָיָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְחַבֵּב לְיִשְׂרָאֵל יוֹתֵר מִדַּאי וּקְרָאָן בָּתֵּי שֶׁנֶּאֱמַר שִׁמְעִי בַּת וּרְאִי (תְּהִלִּים מה, יא) וְלֹא זָז מְחַבְּבָן עַד שֶׁקְּרָאָן אִמִּי שֶׁנֶּאֱמַר הַקְשִׁיבוּ אֵלַי עַמִּי וּלְאוּמִּי אֵלַי הַאֲזִינוּ (יְשַׁעְיָה נא, ד) 'וּלְאֻמִּי' כְּתִיב, עָמַד רַשְׁבִּ"י וּנְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ וְאָמַר לוֹ אִלּוּ לֹא בָּאתִי אֶלָּא לִשְׁמוֹעַ מִפִּיךָ דָּבָר זֶה דַּי עַד כָּאן. וְצָרִיךְ לְהָבִין עַל מַה כָּל הַחֲרָדָה הַזֹּאת שֶׁחָרַד רַשְׁבִּ"י ע"ה עַל דְּרָשָׁה זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ הַטַּעַם דְּאוֹמְרִין 'בְּרָא כַּרְעָא דַּאֲבוּהִי' וְכֵן אָמְרוּ עֻובָּר יֶרֶךְ אִמּוֹ (יְבָמוֹת עח.) הַייְנוּ כִּי הָאָב וְהָאֵם יִתְּנוּ לִבְנֵיהֶם מַלְבּוּשׁ מֵחֵלֶק הנה"י [הַנֵּצַח הוֹד יְסוֹד] שֶׁלָּהֶם וּבַעֲבוּר זֶה הַבֵּן חַייָּב בִּכְבוֹד אָבִיו וְאִמּוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר פִּרְקֵי הַצֶּלֶם פֶּרֶק א) וְיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִקְרְאוּ בָּנִים לַמָּקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר בָּנִים אַתֶּם לַה' אֱלֹקֵיכֶם וְלָכֵן יִתֵּן הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְיִשְׂרָאֵל הֶאָרָה מִן ג' סְפִירוֹת נה"י [נֶצַח הוֹד יְסוֹד] וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר וְכָל בָּנַיִךְ לִמּוּדֵי ה' (יְשַׁעְיָה נד, יג) כִּי נֶצַח וְהוֹד נִקְרָאִים לִמּוּדֵי ה' כַּנּוֹדָע. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם בס"ד שֶׁקָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת יִשְׂרָאֵל בְּשֵׁם אִמִּי וְהַיְינוּ עַל שֵׁם הֶאָרָה שֶׁל שְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת נה"י [נֶצַח הוֹד יְסוֹד] שֶׁנּוֹתֵן לָהֶם וְנִרְמְזוּ בְּאוֹתִיּוֹת אִמִּי כִּי יָדוּעַ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּנֶצַח וְאַהֲרֹן בְּהוֹד וְיוֹסֵף בִּיסוֹד לָכֵן 'אִמִּי' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ' א הֲרֹן מ שֶׂה י וְסַף' שֶׁרוֹמְזִים לִשְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת נה"י [נֶצַח הוֹד יְסוֹד].וְעַל דָּבָר זֶה רָמַז הַכָּתוּב כָּאן בַּפָּסוּק שֶׁל כִּי בָּכֶם חָשַׁק ה' (דְּבָרִים ז, ז) דְּדָרֵישׁ לֵיהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי וְהוּא כִּי נָקוּד סְפִירַת הַנֶּצַח ח יָרָק וְנָקוּד הַהוֹד ק יְבֹוץ וְנָקוּד הַיְּסוֹד ש וְרַק רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'חָשַׁק' וְלָזֶה אָמַר כִּי בָּכֶם חָשַׁק ה' וְלָכֵן אָמַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְיִשְׂרָאֵל ' חוֹשְׁקָנִי בָּכֶם ' וּמֵאַחַר שֶׁהֵם יוֹנְקִים מִן נה"י [נֶצַח הוֹד יְסוֹד] שֶׁהֵם ג' תַּחְתּוֹנוֹת וְלָכֵן מֻושְׁרָשִׁים בְּמִידַּת הָעֲנָוָה שֶׁכָּל אֶחָד יִרְאֶה עַצְמוֹ שָׁפֵל וְתַחְתּוֹן וְעַל זֶה חָרַד רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְאָמַר ' עֲשֵׂה אָזְנְךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת ' לִשְׁמֹועַ וּלְקַבֵּל אַגָּדָה שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי וְזֹאת הִיא חֲדָא מִנַּייְהוּ שֶׁכְּמוֹתָהּ קָצָר וְאֵיכוּתָהּ רָחָב וְגָדוֹל שֶׁהִיא בְּנוּיָה עַל אוֹתָהּ אַגָּדָה שֶׁל 'אִמִּי'.
💡 Explication

Éloge de l'écoute attentive de l'aggada de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen : 'fais de tes oreilles comme un entonnoir' (afarkesset). Sa lecture du verset 'ce n'est pas parce que vous êtes plus nombreux... car vous êtes le moindre' : Dieu aime Israël précisément parce qu'au moment où Il l'élève, Israël se rapetisse et s'humilie devant Lui.

6
נָתַתִּי גְּדֻולָּה לְאַבְרָהָם – אָמַר לִפְנֵי: ״וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר״, לְמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן – אָמַר: ״וְנַחְנוּ מַה״, לְדָוִד – אָמַר: ״וְאָנֹכִי תוֹלַעַת וְלֹא אִישׁ״.

J'ai donné la grandeur à Abraham — il dit devant Moi : 'et moi je ne suis que poussière et cendre' (Genèse 18,27) ; à Moché et Aaron — il [Moché] dit : 'et nous, que sommes-nous ?' (Exode 16,7) ; à David — il dit : 'et moi je suis un ver et non un homme' (Psaumes 22,7).

💡 Explication

Illustration de l'humilité d'Israël. À chaque élévation correspond un effacement : Abraham ('poussière et cendre'), Moché et Aaron ('que sommes-nous ?'), David ('un ver et non un homme'). Plus la grandeur reçue est haute, plus celui qui la reçoit s'abaisse.

7
אֲבָל אֻומּוֹת הָעוֹלָם אֵינָן כֵּן, נָתַתִּי גְּדוּלָּה לְנִמְרוֹד – אָמַר: ״הָבָה נִבְנֶה לָּנוּ עִיר״, לְפַרְעֹה – אָמַר: ״מִי ה׳״, לְסַנְחֵרִיב – אָמַר: ״מִי בְּכָל אֱ-לֹהֵי הָאֲרָצוֹת וְגוֹ׳״, לִנְבוּכַדְנֶצַּר – אָמַר: ״אֶעֱלֶה עַל בָּמֳתֵי עָב״, לְחִירָם מֶלֶךְ צוֹר – אָמַר: ״מוֹשַׁב אֱ-לֹהִים יָשַׁבְתִּי בְּלֵב יַמִּים״.

Mais les nations du monde n'en sont pas ainsi. J'ai donné la grandeur à Nimrod — il dit : 'allons, bâtissons-nous une ville [et une tour dont le sommet touche au ciel]' (Genèse 11,4) ; à Pharaon — il dit : 'qui est l'Éternel ?' (Exode 5,2) ; à Sennacherib — il dit : 'qui sont, parmi tous les dieux des pays, [ceux qui ont délivré leur pays de ma main]' (II Rois 18,35) ; à Nabuchodonosor — il dit : 'je monterai au-dessus des hauteurs des nuées' (Isaie 14,14) ; à Hiram roi de Tyr — il dit : 'je siège au siège de Dieu, au cœur des mers' (Ezechiel 28,2).

📜 Rachi (2)
נִמְרוֹד מֶלֶךְ בְּדוֹר הַפְּלַגָּה הָיָה וּלְכָךְ נִקְרָא שְׁמוֹ נִמְרֹוד שֶׁהִמְרִיד כָּל הָעוֹלָם בְּמַלְכוּתוֹ עַל הקב"ה:
'Nimrod' — il fut roi à la génération de la dispersion (dor ha-pelaga) ; et c'est pourquoi il fut nommé Nimrod, parce qu'il fit se révolter (himrid) le monde entier par sa royauté contre le Saint, béni soit-Il.
מוֹשַׁב אֱ-לֹהִים יָשַׁבְתִּי שֶׁבָּנָה לוֹ שִׁבְעָה רְקִיעִים שֶׁל נְחֹשֶׁת וְעָלָה וְיָשַׁב עֲלֵיהֶם:
'Je siège au siège de Dieu' — car il [Hiram] s'était construit sept firmaments de cuivre, il y monta et s'y assit.
💡 Explication

Le contraste avec les nations. La grandeur, chez elles, mène à l'orgueil et au défi de Dieu : Nimrod (la tour de Babel), Pharaon ('qui est l'Éternel ?'), Sennacherib, Nabuchodonosor ('je monterai au-dessus des nuées') et Hiram ('je siège au siège de Dieu'). La même grandeur engendre l'humilité chez l'un, la démesure chez l'autre.

8
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: גָּדוֹל שֶׁנֶּאֱמַר בְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁנֶּאֱמַר בְּאַבְרָהָם, דְּאִילּוּ בְּאַבְרָהָם כְּתִיב: ״וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר״, וְאִילּוּ בְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן כְּתִיב: ״וְנַחְנוּ מַה״. וְאָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים אֶלָּא בִּשְׁבִיל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן, כְּתִיב הָכָא: ״וְנַחְנוּ מַה״, וּכְתִיב הָתָם: ״תּוֹלֶה אֶרֶץ עַל בְּלִימָה״.

Rava dit, et certains disent Rabbi Yo'hanan : ce qui est dit à propos de Moché et Aaron est plus grand que ce qui est dit à propos d'Abraham ; car d'Abraham il est écrit 'et moi je ne suis que poussière et cendre', tandis que de Moché et Aaron il est écrit 'et nous, que sommes-nous ?' [pas même poussière et cendre]. Et Rava dit, et certains disent Rabbi Yo'hanan : le monde ne subsiste que par le mérite de Moché et Aaron — il est écrit ici 'et nous, que sommes-nous (ma)', et il est écrit là-bas 'Il suspend la terre sur le néant (beli-ma)' (Job 26,7).

📜 Rachi (1)
תּוֹלֶה אֶרֶץ עַל זְכוּת אוֹתָן שֶׁנֶּחְשְׁבוּ לִבְלִימָה:
'Il suspend la terre' — sur le mérite de ceux qui ont été tenus pour rien (beli-ma).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּם אֶלָּא בִּשְׁבִיל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן, כְּתִיב הָכָא: "וְנַחְנוּ מַה" וּכְתִיב הָתָם: "תָּלָה אֶרֶץ עַל בְּלִימָה" (שְׁמוֹת טז, ז) (אִיּוֹב כו, ז) . נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ נוֹתֵן לָהֶם מַעֲלָה וְהֵם רוֹאִין הַמַּעֲלָה הַזֹּאת עוֹל כָּבֵד עַל צַוָּארָם וּלְכָךְ אֵין מִתְגָּאִים בָּהּ וְאִם תָּסִיר אוֹתִיּוֹת 'מַה' מִן 'מַעֲלָה' יִשָּׁאֵר 'עַל' שֶׁהוּא עַל בְּנִקּוּד חוֹלָם כַּכָּתוּב אֲשֶׁר לֹא עָלָה עָלֶיהָ עֹל (בַּמִּדְבָּר יט, ב) 'עַל' כְּתִיב וְרַק עַל יְדֵי חוֹלָם נִקְרָא עַל וְכֵן הֵם מְסִירִים בְּדַעְתָּם מַה מִן מַעֲלָה וְיִשָּׁאֵר עוֹל וְכֵיוָן דְּהִיא עוֹל כָּבֵד עֲלֵיהֶם לֹא יִתְגָּאוּ בָּהּ וְזֶה 'עַל בְּלִי מַה' רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'עַל' שֶׁל 'מַעֲלָה' מִבְּלִי חִיבּוּר אוֹתִיּוֹת 'מַה' עִמָּהֶם דְּאָז רוֹאִין הַמַּעֲלָה 'עַל' עֲלֵיהֶם.
💡 Explication

Comparaison des effacements. 'Que sommes-nous ?' (de Moché et Aaron) dit moins encore que 'poussière et cendre' (d'Abraham) : c'est se réduire à rien du tout. De plus, par une guezera chava sur les mots ma ('quoi') et beli-ma ('rien'), Rava enseigne que le monde subsiste par le mérite de ceux qui se tiennent pour rien, Moché et Aaron : 'Il suspend la terre sur le néant'.

9
אָמַר רַבִּי אִילְעָא: אֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם אֶלָּא בִּשְׁבִיל מִי שֶׁבּוֹלֵם אֶת עַצְמוֹ בִּשְׁעַת מְרִיבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹלֶה אֶרֶץ עַל בְּלִימָה״. רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: מִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּמִי שֶׁאֵינוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִתַּחַת זְרוֹעוֹת עוֹלָם״.

Rabbi Ilaa dit : le monde ne subsiste que par le mérite de celui qui se contient (qui se ferme la bouche) à l'heure d'une querelle, ainsi qu'il est dit : 'Il suspend la terre sur le néant (beli-ma)' [lis : bolem, celui qui se contient]. Rabbi Abbahou dit : [par le mérite de] celui qui se tient pour comme s'il n'était pas, ainsi qu'il est dit : 'et au-dessous, les bras du monde' (Deutéronome 33,27).

📜 Rachi (2)
שֶׁבּוֹלֵם עַצְמוֹ סוֹגֵר אֶת פִּיו וְדוֹמֶה לוֹ בִּבְכוֹרוֹת (דַּף מ:) פִּיו בָּלוּם וְרַגְלָיו מְבֻולָּמוֹת:
'Qui se contient' — il ferme sa bouche ; et c'est semblable [à l'expression] de Bekhorot (folio 40b) 'sa bouche contenue (baloum) et ses pieds contenus (mevoulamot)'.
וּמִתַּחַת מִי שֶׁנִּדְרַס תַּחַת הַכֹּל הוּא זְרוֹעוֹת עוֹלָם:
'Et au-dessous' — celui qui est foulé sous tous, c'est lui le 'bras du monde'.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּם אֶלָּא בִּשְׁבִיל מִי שֶׁבּוֹלֵם עַצְמוֹ בִּשְׁעַת מְרִיבָה (אִיּוֹב כו, ז) . נִרְאֶה לִי בס"ד בְּהִקְדִּים מַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית יג, ז) וַיְהִי רִיב בֵּין רֹעֵי מִקְנֵה אַבְרָם וְכוּ' וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל לוֹט אַל נָא תְהִי מְרִיבָה בֵּינִי וּבֵינֶיךָ, כִּי רִיב לְשׁוֹן זָכָר שֶׁאֵינוֹ מִתְעַבֵּר וּמוֹלִיד וְזֶהוּ בַּתְּחִלָּה אֲבָל מְרִיבָה לְשׁוֹן נְקֵבָה שֶׁמִּתְעַבֶּרֶת וְיוֹלֶדֶת כִּי לְבַסּוֹף תִּהְיֶה מְרִיבָה שֶׁנּוֹלַד מִמֶּנָּה כַּמָּה רִיבוֹת וּמַחֲלֹוקֶת עַייֵּן שָׁם. וְאֶחְשֹׁוב שְׁנֵי מִינֵי קְטָטוֹת יֵשׁ בָּעוֹלָם הָאֶחָד מֵרְאוּבֵן שֶׁבָּזֶה אֶת שִׁמְעוֹן וּמְחָרְפוֹ בְּכַמָּה מִינֵי חֵרוּפִים שֶׁקּוֹרֵא אוֹתוֹ 'טִפֵּשׁ עָנִי בֶּן עֹנִי עִוֵּר חִגֵּר' וְכַיּוֹצֵא וְזֶה שִׁמְעוֹן אֵינוֹ יָכוֹל לְהָשִׁיב לִרְאוּבֵן חֵרוּפִים אֵלּוּ כִּי בֶּאֱמֶת רְאוּבֵן נִיכָּר וְנוֹדָע לְכָל שֶׁהוּא חָכָם וְעָשִׁיר שָׁלֵם בְּעֵינָיו וּבְרַגְלָיו וּבְכָל אֵיבָרָיו, הִנֵּה קְטָטָה זוֹ שֶׁל רְאוּבֵן נִקְרֵאת רִיב לְשׁוֹן זָכָר שֶׁאֵינוֹ מוֹלִיד כֵּן זֶה אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּווָּלֵד מִמֶּנָּה חֵרוּפִים וְגִדּוּפִים שֶׁיִּהְיֶה גַּם שִׁמְעוֹן מְחָרֵף לִרְאוּבֵן מֵאַחַר שֶׁלֹּא יִמָּצֵא בִּרְאוּבֵן כָּל חֶסְרוֹנוֹת אֵלּוּ שֶׁהוּא מְחָרֵף בָּהֶם אֶת שִׁמְעוֹן וְלֹא זוּלָתָם וּבְמַה יְחָרֵף אוֹתוֹ שִׁמְעוֹן? וּבַעַל כָּרְחוֹ שֶׁל שִׁמְעוֹן שׁוֹתֵק, וְאֵין לוֹ שֶׁבַח בִּשְׁתִיקָתוֹ דִּבְעַל כָּרְחוֹ הוּא שׁוֹתֵק. וְהַשֵּׁנִי שֶׁשִּׁמְעוֹן יוּכַל לְהָשִׁיב לִרְאוּבֵן חֵרוּפִים וְגִדּוּפִים יוֹתֵר מִן חֵרוּפִים וְגִדּוּפִים שֶׁנּוֹטֶה לוֹ רְאוּבֵן הִנֵּה זֹאת הַקְּטָטָה שֶׁנִּתְקוֹטֵט רְאוּבֵן עִם שִׁמְעוֹן נִקְרֵאת מְרִיבָה לְשׁוֹן נְקֵבָה שֶׁהִיא מִתְעַבֶּרֶת וְיוֹלֶדֶת כֵּן זוֹ יְכוֹלָה לְהוֹלִיד קְטָטוֹת מִשִּׁמְעוֹן לִרְאוּבֵן וְהִנֵּה בְּוַדַּאי אִם שִׁמְעוֹן שׁוֹמֵעַ וְאֵינוֹ מֵשִׁיב בָּזֹאת שֶׁהִיא בְּסוּג מְרִיבָה יֵשׁ שֶׁבַח גָּדוֹל אֵלָיו וּבְוַדַּאי הוּא שֶׁתִּתְקַיֵּים הָעוֹלָם בִּזְכוּתוֹ. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּם אֶלָּא בִּשְׁבִיל מִי שֶׁבּוֹלֵם עַצְמוֹ בִּשְׁעַת מְרִיבָה' דַּייְקָא דְּאָז שְׁתִיקָתוֹ הִיא שֶׁבַח אֵלָיו וּדְרֵישׁ 'מָה' בְּמִלּוּי מֵ"ם ה"ה [90] עוֹלֶה מִסֵּפֶר הַפֶּה [90] כְּלוֹמַר בּוֹלֵם הַפֶּה שֶׁלּוֹ שֶׁאֵינוֹ מֵשִׁיב דָּבָר.
רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: מִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּאִיְּנוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי אָבָהוּ בָּא לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי אִלְעַאי דְּמַה שֶׁאָמַר הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים עַל מִי שֶׁבּוֹלֵם עַצְמוֹ בִּשְׁעַת מְרִיבָה, לָאו עַל כָּל מִי שֶׁבּוֹלֵם עַצְמוֹ אִתְּמַר כִּי יֵשׁ בּוֹלֵם עַצְמוֹ שֶׁשּׁוֹתֵק וְאֵינוֹ מֵשִׁיב עַל חֶרְפָּתוֹ הַייְנוּ שֶׁכּוֹבֵשׁ כַּעֲסוֹ וְשׁוֹמֵר פִּיו וּלְשׁוֹנוֹ בְּהֶכְרֵחַ אֲבָל בְּלִבּוֹ הוּא כּוֹעֵס וּמִצְטַעֵר עַל חֵרוּפִים שֶׁחֵרְפוּ אוֹתוֹ וְיָדוּעַ הוּא שֶׁחָטְאוּ לוֹ מְאֹד בִּדְבָרִים אֵלּוּ וְרַק הוּא כּוֹבֵשׁ יִצְרוֹ וְשׁוֹתֵק הִנֵּה זֶה אֵינוֹ עָנָיו אֲמִיתִּי שֶׁיִּהְיֶה כְּדַאי לְהִתְקַייֵּם הָעוֹלָם בִּשְׁבִילוֹ אַךְ רַק מִי שֶׁהוּא שׁוֹמֵעַ חֶרְפָּתוֹ וְלָא נָקֵיט בְּלִבֵּיהּ כְּלוּם כִּי חוֹשֵׁב בְּלִבּוֹ שֶׁהוּא רָאוּי לְחֶרְפָּה יוֹתֵר גְּדוֹלָה מִזּוֹ וְכָל מַה שֶׁדִּבְּרוּ בּוֹ דִּבְרֵי בִּזָּיוֹן לֹא חָטְאוּ לוֹ בָּזֶה כִּי הוּא מִצַּד עַצְמוֹ בָּזוּי יוֹתֵר מִמַּה שֶׁדִּבְּרוּ בּוֹ הִנֵּה זֶה עָנָיו אֲמִיתִּי שֶׁרָאוּי לְהִתְקַייֵּם הָעוֹלָם בִּשְׁבִילוֹ. וְלָזֶה אָמַר רַבִּי אָבָהוּ בְּמִי קָאֵי רַבִּי אִלְעַאי? בְּמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ בִּלְבָבוֹ כְּמִי שֶׁאֵינוֹ וְלֹא אוֹתוֹ שֶׁהוּא רוֹאֶה עַצְמוֹ חָשׁוּב וְשָׁלֵם וְרָאוּי לוֹ לְהָשִׁיב לַמְחֹרָפִים אַרְבָּעָה יָדוֹת שֶׁל חֵירוּף אֶלָּא שֶׁהוּא עוֹצֵר עַצְמוֹ לְהָשִׁיב דָּבָר וּבְלִבּוֹ מִצְטַעֵר וְרַע לוֹ אֵין זֶה רָאוּי לְכָךְ.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' הֵיכִי דָמֵי חוֹל הַדַּק. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן כֹּל שֶׁאֵין הַיּוֹצֵר צָרִיךְ לְכָתְשׁוֹ אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַסֵּיפָא וְלֹא בְּחוֹל הַגַּס ה"ד חוֹל הַגַּס אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כֹּל שֶׁהַיּוֹצֵר צָרִיךְ לְכָתְשׁוֹ. מַאי בֵּינַיְיהוּ אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דִּצְרִיךְ וְלָא צְרִיךְ דְּמִיפְרַךְ אִיפְּרוֹכֵי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לְלִישָּׁנָא קַמָּא חֲשִׁיב אֵין הַיּוֹצֵר צָרִיךְ לְכָתְשׁוֹ כֵּיוָן דְּמִיפְּרִיךְ בַּיָּד לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא דְּקָאָמַר כֹּל שֶׁהַיּוֹצֵר צָרִיךְ לְכָתְשׁוֹ מַשְׁמַע כְּתִישָׁה כָּל דְּהוּ. וּלְפֵירוּשׁוֹ הֲלָכָה כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא לְחוּמְרָא וְרַב אִלְפָּס זַ"ל לֹא הֵבִיא כִּי אִם לִישָּׁנָא קַמָּא מַשְׁמַע דִּמְפָרֵשׁ אִיפְּכָא: ת"ר וְכִסָּהוּ יָכוֹל יְכַסֶּנּוּ בַּאֲבָנִים אוֹ יִכְפֶּה עָלָיו אֶת הַכְּלִי תַּלְמוּד לוֹמַר בֶּעָפָר. אֵין לִי אֶלָּא בְּעָפָר מִנַּיִן לְרַבּוֹת זֶבֶל הַדַּק וְחוֹל הַדַּק וּשְׁחִיקַת אֲבָנִים וּשְׁחִיקַת חַרְסִית וּנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן דַּקָּה צ"ל וּנְסֹורֶת שֶׁל חֵרְשִׁין וּנְעֹורֶת שֶׁל חֲרָסִין וְסִיד וְחַרְסִית וּלְבוֹנָה וּמְגוּפָה שֶׁכְּתָשָׁן ת"ל וְכִסָּהוּ יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה אַף זֶבֶל הַגַּס וְחוֹל הַגַּס וּשְׁחִיקַת כְּלֵי מַתָּכוֹת וּלְבֵינָה וּמְגוּפָה שֶׁלֹּא כְּתָשָׁן וְקֶמַח וְסֻובִּין וּמֻורְסָן ת"ל בְּעָפָר. וּמֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת אֶת אֵלּוּ וּלְהוֹצִיא אֶת אֵלּוּ. אַחַר שֶׁרִיבָּה הַכָּתוּב וּמִיעֵט. מְרַבֶּה אֲנִי אֶת אֵלּוּ שֶׁהֵן מִין עָפָר. וּמוֹצִיא אֲנִי אֶת אֵלּוּ שֶׁאֵינָן מִין עָפָר. כֹּל אֶתֵּן הַמְגַדֵּל צְמָחִים קָרֵי מִין עָפָר. א"ר זֵירָא אָמַר רַב הַשּׁוֹחֵט צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עָפָר לְמַעְלָה וְעָפָר לְמַטָּה שֶׁנֶּאֱמַר וְכִסָּהוּ בְּעָפָר. עָפָר לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא בְּעָפָר מְלַמֵּד שֶׁהַשּׁוֹחֵט צָרִיךְ עָפָר לְמַעְלָה וְעָפָר לְמַטָּה. נְתִינַת הַדָּם עַל עֲפַר תִּיחוּחַ חֲשִׁיב נְתִינַת עָפָר לְמַטָּה. וְלָא בָּעֵינַן שֶׁיִּתֵּן הֶעָפָר תִּיחוּחַ בַּיָּד אֶלָּא מָצָא עֲפַר תִּיחוּחַ וְשָׁחַט עָלָיו דַּיּוֹ הוּא בְּכָךְ. וְהָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל (חֻולִּין דַּף לא.) דִּמְזִמִּין לֶעָפָר דְּכֻולָּהּ בִּקְעֲתָא. פֵּירוּשׁ הָיָה כּוֹתְשׁוֹ לַעֲשׂוֹתוֹ עֲפַר תִּיחוּחַ. דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא אֵין מִכְסִיךְ אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁזּוֹרְעִין בּוֹ וּמַצְמִיחַ לְאַפּוֹקֵי עֲפַר הַמִּדְבָּר אע"ג דְּעָפָר שְׁמוֹ וְהוּא כִּשְׁאָר כָּל עָפָר הוֹאֵל וְאֵין מַצְמִיחַ מַה שֶׁזּוֹרְעִין בּוֹ גָּרַע טְפֵי מִכָּל הָנֵי דְּקָתָנֵי לְעֵיל שֶׁמְּגַדְּלִין צְמָחִים וְאֵין שֶׁמֶן עָפָר. וְדָבָר שֶׁאֵין עָפָר וְאֵין מְגַדֵּל צְמָחִים אֶלָּא שֶׁהַכָּתוּב קְרָא עָפָר כְּגוֹן אֵפֶר שֶׁנִּקְרָא עָפָר שֶׁנֶּאֱמַר וְלָקְחוּ לַטָּמֵא מֵעֲפַר שְׂרֵיפַת הַחַטָּאת. וְזָהָב דִּכְתִיב וְעַפְרוֹת זָהָב לוֹ מְכַסִּין בּוֹ. אָמַר רָבָא הָא בֻּורְכְּתָא. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מַאי בֻּורְכְּתָא אֲנָא אִמְּרִיתָא נִיהֲלֵיהּ וּמֵהָא מַתְנִיתָא אִמְּרִיתָא נִיהֲלֵיהּ. דְּתַנְיָא הָיָה מְהַלֵּךְ בַּמִּדְבָּר וְאֵין לוֹ עָפָר לְכַסּוֹת שׂוֹרֵף טַלִּיתוֹ וּמְכַסֶּה. הָיָה מְהַלֵּךְ בִּסְפִינָה וְאֵין לוֹ עָפָר לְכַסּוֹת שׁוֹחֵק דִּינַר זָהָב וּמְכַסֶּה. תַּנְיָא הוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶם הַשְּׁחוֹר וְהַכְּחוֹל וְנִקְרַת פִּסּוּלִין. וְיֵשׁ אֲמָרִים אַף הַזַּרְנִיךְ. אָמַר רָבָא בִּשְׂכַר שֶׁאָמַר אַבְרָהָם אָבִינוּ וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר זָכוּ בָּנָיו לִשְׁתֵּי מִצְוֹת אֵפֶר פָּרָה וַעֲפַר סוֹטָה. א"ר אִילְעַי אֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם אֶלָּא בִּזְכוּת מִי שֶׁבּוֹלֵם עַצְמוֹ בִּשְׁעַת מְרִיבָה שֶׁנֶּאֱמַר תֹּולֶה אֶרֶץ עַל בְּלִימָה. וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ אֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם אֶלָּא בִּזְכוּת מִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּמִי שֶׁאֵינוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וּמִתַּחַת זְרֹועֹות עוֹלָם: הֲדַרַן עֲלָךְ כִּסּוּי הַדָּם
Guemara. Comment cela se présente-t-il [ce qu'est] le sable fin (hol ha-dak) ? Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tout [sable] que le potier (yotser) n'a pas besoin de piler (lekhotcho). Certains l'enseignent sur la fin [de la michna] : 'et non avec le sable grossier (hol ha-gas)'. Comment cela se présente-t-il [ce qu'est] le sable grossier ? Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tout [sable] que le potier a besoin de piler. Quelle [différence] y a-t-il entre eux [les deux versions] ? Il y a entre eux [le cas d'un sable] qu'[il] faut [piler] et qu'[il] ne faut pas [piler], parce qu'il s'émiette [de lui-même] en s'émiettant. Rachi explique : selon la première version, est considéré [comme fin] ce que le potier n'a pas besoin de piler, puisqu'il s'émiette à la main ; selon la seconde version, qui dit 'tout [sable] que le potier a besoin de piler', cela implique un pilage quel qu'il soit. Et selon son explication, la halakha [suit] la seconde version, par rigueur (le-houmra). Et Rav Alfassi (le Rif) n'a rapporté que la première version, ce qui implique qu'il l'explique à l'inverse. Nos maîtres ont enseigné : 'et il [le] couvrira' (Lévitique 17,13) — on aurait pu [croire] qu'il [le] couvre avec des pierres ou qu'il retourne sur lui un récipient ; l'enseignement dit 'avec de la poussière (be-afar)'. Je n'ai [ainsi] que la poussière ; d'où [tirer] l'inclusion du fumier fin, du sable fin, de la limaille de pierres, de la poudre d'argile cuite, de l'étoupe de lin fine — il faut lire : et de la sciure des menuisiers — et de la poudre de poterie, et de la chaux, et de l'argile cuite, et de l'encens, et du bouchon [d'argile] qu'on a pilés ? L'enseignement dit 'et il [le] couvrira'. On aurait pu [croire] que j'inclus aussi le fumier grossier, le sable grossier, la limaille des ustensiles de métal, la brique et le bouchon qu'on n'a pas pilés, la farine, le son et le gros son ? L'enseignement dit 'avec de la poussière'. Et qu'as-tu vu [pour décider] d'inclure ceux-ci et d'exclure ceux-là ? Après que le verset a inclus puis exclu : j'inclus ceux-ci, qui sont une espèce de poussière, et j'exclus ceux-là, qui ne sont pas une espèce de poussière. Tout ce qui fait pousser des végétaux (metsamiah), on l'appelle 'espèce de poussière'. Rabbi Zeira dit au nom de Rav : celui qui abat rituellement (ha-chohet) doit mettre de la poussière en dessous et de la poussière au-dessus [du sang], ainsi qu'il est dit 'et il [le] couvrira avec de la poussière' : il n'est pas dit 'poussière' [seul] mais 'avec de la poussière' — [cela] enseigne que celui qui abat doit [avoir de la] poussière en dessous et de la poussière au-dessus. Le fait de déposer le sang sur de la poussière meuble (afar tihouah) est considéré comme un dépôt de poussière en dessous. Et nous n'exigeons pas qu'il dépose la poussière meuble à la main : plutôt, [s'il] a trouvé de la poussière meuble et [qu']il a abattu au-dessus d'elle, cela lui suffit ainsi. Et ce que nous disons plus haut (Houlin folio 31a) : que l'on prépare (mezaminin) la poussière de toute la vallée (bik'ata) — explication : [cela signifie qu']il la pilait pour en faire de la poussière meuble. Rav Nahman bar Rav Hisda exposa : on ne couvre qu'avec une chose où l'on sème et qui fait pousser, à l'exclusion de la poussière du désert (afar ha-midbar), bien que 'poussière' soit son nom et qu'elle soit comme toute autre poussière — puisqu'elle ne fait pas pousser ce que l'on y sème, elle est plus déficiente encore que tous ces [matériaux] enseignés plus haut, qui font pousser des végétaux et qui ne sont pas 'poussière' [au sens propre]. Et une chose qui n'est pas 'poussière' et ne fait pas pousser de végétaux, mais que le verset a appelée 'poussière' — telle la cendre (efer), qui est appelée 'poussière', ainsi qu'il est dit 'et l'on prendra, pour l'[homme] impur, de la poussière de la combustion du [sacrifice] purificateur' (Nombres 19,17), et l'or (zahav), dont il est écrit 'et il a des poussières d'or' (Job 28,6) — on peut couvrir avec [de telles matières]. Rava dit : ceci [cet enseignement] est une inanité (bourkheta). Rav Nahman bar Yitzhak dit : qu'est-ce que cette 'inanité' ? Moi-même je le lui ai enseigné, et c'est à partir de cette braita que je le lui ai enseigné. Car il est enseigné : [celui qui] marchait dans le désert et n'a pas de poussière pour couvrir, brûle son manteau (talito) et couvre ; [celui qui] marchait en bateau et n'a pas de poussière pour couvrir, râpe (choheq) un dinar d'or et couvre. Il est enseigné : on leur a ajouté [aux matières permises] le noir [d'antimoine] (ha-chehor), le fard bleu (ha-kehol) et l'orpiment (nikret pissoulin) ; et certains disent : même le zarnikh (sulfure d'arsenic, orpiment jaune). Rava dit : en récompense de ce qu'Abraham notre père a dit 'et moi je ne suis que poussière et cendre' (Genèse 18,27), ses fils méritèrent deux mitsvot : la cendre de la vache [rousse] (efer para) et la poussière de la [femme] soupçonnée (afar sota). Rabbi Ilaï dit : le monde ne subsiste que par le mérite de celui qui se contient (bolem, se ferme la bouche) à l'heure d'une querelle, ainsi qu'il est dit 'Il suspend la terre sur le néant (beli-ma)' (Job 26,7). Et Rabbi Abbahou dit : le monde ne subsiste que par le mérite de celui qui se tient pour comme s'il n'était pas, ainsi qu'il est dit 'et au-dessous, les bras du monde' (Deutéronome 33,27). Hadran alakh Kissouy ha-Dam [conclusion du chapitre 'Le recouvrement du sang'].
💡 Explication

Deux relectures du même verset par jeu de mots sur beli-ma. Rabbi Ilaa lit bolem ('qui se contient') : le monde tient par celui qui se tait dans la querelle. Rabbi Abbahou : par celui qui se fait comme rien — 'et au-dessous, les bras du monde', car celui qui se met au-dessous de tous est le bras qui soutient le monde.

10
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מַאי דִכְתִיב ״הַאֻמְנָם אֵלֶם צֶדֶק תְּדַבֵּרוּן מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם״? מָה אֻומָּנוּתוֹ שֶׁל אָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה – יָשִׂים עַצְמוֹ כְּאַלָּם. יָכוֹל אַף לְדִבְרֵי תוֹרָה? תַּלְמוּד לוֹמַר ״צֶדֶק תִּדְבְּרוּן״. יָכוֹל יָגִיס דַּעְתּוֹ? תַּלְמוּד לוֹמַר ״מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם״.

Rabbi Yitzhak dit : que signifie ce qui est écrit : 'est-il vrai (ha-oumnam) que, [réduits au] silence (elem), vous prononcez la justice ? que vous jugez avec droiture, fils des hommes ?' (Psaumes 58,2) ? Quel doit être le métier (oumanout) de l'homme en ce monde ?

Qu'il se fasse comme un muet (ilem). Pourrait-on [croire qu'il faille se taire] même pour les paroles de Torah ?

L'enseignement dit : 'vous prononcez la justice (tsedek)'. Pourrait-on [croire alors] qu'il s'enorgueillisse [de son savoir] ?

L'enseignement dit : 'vous jugez avec droiture (mecharim), fils des hommes'.

📜 Rachi (2)
הַאֻמְנָם אַלָּם אֻומָּנוּת יָפָה הִיא הָאִילּוּם אֲבָל צֶדֶק דְּהַייְנוּ דִבְרֵי תוֹרָה אוֹתוֹ תִּדְבְּרוּן:
'Est-il vrai que, [réduits au] silence' — le mutisme est un beau métier ; mais la justice, c'est-à-dire les paroles de Torah, celle-là vous la prononcerez.
מֵישָׁרִים כְּמִישׁוֹר אֶרֶץ חֲלָקָה שֶׁנּוֹחָה לִידָּרֵס:
'Avec droiture' — comme une terre plane et lisse, facile à fouler aux pieds.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מָה אֻמָּנוּתוֹ שֶׁל אָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה? יָשִׂים עַצְמוֹ כְּאַלָּם (תְּהִלִּים נח, ב) . נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם דְּקָרֵי לְדָבָר זֶה בְּשֵׁם אֻמָּנוּת כִּי יֵשׁ רִיוַּח שֶׁיַּרְוִיחַ הָאָדָם מִן מַשָּׂא וּמַתָּן הִנֵּה לָזֶה צָרִיךְ קֶרֶן אַךְ רִיוַּח שֶׁיַּרְוִיחַ מִן אֻמָּנוּת אֵין צָרִיךְ לוֹ קֶרֶן אֶלָּא הֲרִיוַּח בָּא מִשֶּׁכָּלוּ וְחָכְמָתוֹ וְכֵן בִּשְׂכַר הַמִּצְוֹת יֵשׁ מִצְוֹת שֶׁמַּרְוִיחַ הָאָדָם עַל יְדֵי עֲשִׂיָּיתוֹ אוֹתָם וְצָרִיךְ לוֹ הוֹצָאוֹת מָמוֹן עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה אוֹתָם זֶה דּוֹמֶה לְרִיוַּח שֶׁל מַשָּׂא וּמַתָּן שֶׁצָּרִיךְ לוֹ קֶרֶן אַךְ יֵשׁ רִיוַּח מִצְוֹת שֶׁיַּרְוִיחַ הָאָדָם מִצְוֹת הַרְבֵּה אֲשֶׁר לֹא עָמַל בָּהֶם וְלֹא גִּידְּלָם וְהוּא שֶׁאִם מְחָרְפִים אוֹחוֹ וְכוֹבֵשׁ יִצְרוֹ וְשׁוֹתֵק הוּא לוֹקֵחַ כָּל מִצְוֹת שֶׁלָּהֶם וְנִמְצָא בָּאוּ לוֹ מִצְוֹת הַרְבֵּה בְּלִי קֶרֶן כִּי אִם רַק מֵחֲמַת שִׂכְלוֹ וְחָכְמָתוֹ שֶׁכָּבַשׁ יִצְרוֹ לַעֲשׂוֹת כְּאִלֵּם שֶׁאֵינֶנּוּ מֵשִׁיב כְּלוּם וּבָזֶה זוֹכֶה בְּמִצְוֹת שֶׁל אוֹתָם אֲשֶׁר חֵרְפוּ אוֹתוֹ וְדוֹמֶה זֶה לְרִיוַּח שֶׁמַּרְוִיחַ הָאָדָם מִן הָאֻומָּנוּת.
יָכוֹל אַף לְדִבְרֵי תוֹרָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: "צֶדֶק תִּדְבְּרוּן" (תְּהִלִּים נח, ב) . כְּלוֹמַר אִם הַשְּׁתִיקָה הַזֹּאת נוֹגַעַת לְבַטֵּל עַל יָדָהּ דָּבָר מִדִּבְרֵי תּוֹרָה גַּם כֵּן תִּשְׁתֹּוק אַף עַל פִּי שֶׁבָּזֶה יִתְבַּטֵּל דָּבָר זֶה שֶׁל תּוֹרָה וְחָזַר וְאָמַר יָכוֹל יָגִיס דַּעְתּוֹ בַּעֲנָוָה זוֹ שֶׁעָשָׂה שֶׁלֹּא לְהָשִׁיב לְהַמְחָרֵף כְּלוּם תַּלְמוּד לוֹמַר ' מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם ' שֶׁתָּדִין כָּל אָדָם לְכַף זְכוּת אַף עַל פִּי שֶׁתִּרְאֶה אוֹתָם חֲסֵרִים מִן עִנְיָינֵי הַשְּׁלֵימוּת הַנִּמְצָאִים בְּךָ וְעַל יְדֵי כָּךְ תִּמְצָא עַצְמְךָ גָּרוּעַ מִכָּל אָדָם וּלְפִי הַגְּרִיעוּת שֶׁלְּךָ אֵין חֲרוּפִים אֵלּוּ שֶׁחָרְפֵּךְ זֶה נֶחְשָׁבִים לְחֵירוּף. אוֹ יוּבַן ' מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם ' שֶׁתָּשִׁית לִבֶּךָ כִּי כָּל קִנְיָן שֶׁלְּךָ בָּעוֹלָם הַזֶּה הוּא הֶבֶל וְלָכֵן אֵין אַתָּה רָאוּי לְכָבוֹד בִּשְׁבִיל רֹוב קִנְיָן שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה אֲשֶׁר קָנִיתָ לְךָ וְדָבָר זֶה נִרְמַז בִּשְׁמוֹת בָּנָיו שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁקְּרָאָם שֵׁת קַיִן הָבֶל (בְּרֵאשִׁית ד, כה) רְצוֹנוֹ לוֹמַר שָׁת עַל לִבְּךָ כָּל קִנְיָן שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה הוּא הֶבֶל וְזֶהוּ 'מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם' הָרִאשׁוֹן שֶׁתִּשְׁפֹּוט מוּסָר לְעַצְמְךָ מִשְּׁמוֹתָם.
💡 Explication

Lecture homilétique de Psaumes 58,2 par jeux de mots. Oumnam ('est-il vrai') évoque oumanout ('métier') et elem/ilem ('silence'/'muet') : le 'métier' de l'homme est de se faire muet. Mais pas pour la Torah ('prononcez la justice'), ni au point de s'enorgueillir de son savoir ('jugez avec droiture') — le savant doit garder l'humilité de la terre plane, facile à fouler.

11
אָמַר רַבִּי זְעֵירָא, וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר יִרְמְיָה: מְכַסִּין בַּעֲפַר עִיר הַנִּדַּחַת. וְאַמַּאי? אִיסּוּרֵי הֲנָאָה הוּא!

Rabbi Zeira dit, et certains disent Rabba bar Yirmeya : on couvre [le sang] avec la poussière d'une ville dévoyée (ir ha-nidahat). Mais pourquoi [le pourrait-on] ?

C'est [pourtant] interdit à tout profit (issour hana'a) !

📜 Rachi (2)
בַּעֲפַר עִיר הַנִּדַּחַת קס"ד אֵפֶר שְׂרֵיפָתָהּ:
'Avec la poussière d'une ville dévoyée' — on aurait pu penser [qu'il s'agit de] la cendre de son incinération.
וְהָא אִיסּוּרֵי הֲנָאָה נִינְהוּ דִּכְתִיב לֹא יִדְבַּק וְגוֹ' וּבְעִיר הַנִּדַּחַת כְּתִיב:
'Or c'est interdit à tout profit' — car il est écrit 'rien ne s'attachera [à ta main]' (Deut 13,18), et c'est écrit à propos de la ville dévoyée.
💡 Explication

Retour à la mitsva de couvrir le sang (kissouy ha-dam) d'une bête sauvage ou d'un oiseau. On peut le couvrir avec la poussière d'une ville dévoyée (ir ha-nidahat, une ville entraînée à l'idolâtrie, dont tout est brûlé). La Guemara, supposant qu'il s'agit de la cendre de l'incendie, objecte : cette cendre est interdite à tout profit ('rien ne s'attachera à ta main') — comment l'utiliser pour une mitsva ?

12
אָמַר זְעֵירִי: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לַעֲפַר עֲפָרָהּ, דִּכְתִיב: ״וְאֶת כָּל שְׁלָלָהּ תִּקְבֹּץ אֶל תּוֹךְ רְחֹבָהּ וְשָׂרַפְתָּ״, מִי שֶׁאֵינוֹ מְחֻוסָּר אֶלָּא קְבִיצָה וּשְׂרֵפָה, יָצָא זֶה שֶׁמְחֻוסָּר תְּלִישָׁה, קְבִיצָה וּשְׂרֵפָה.

Zeeri dit : cela n'est nécessaire [à enseigner] que pour la poussière de sa poussière (terre de son sol), car il est écrit : 'et tout son butin, tu le rassembleras au milieu de sa place et tu [le] brûleras [au feu...]' (Deutéronome 13,17) — [seul est brûlé] ce à quoi il ne manque que le rassemblement et la combustion ; est exclu ceci [la terre du sol], à quoi manquent l'arrachage, le rassemblement et la combustion.

📜 Rachi (1)
עֲפַר עֲפָרָהּ עֲפַר קַרְקָעָהּ:
'La poussière de sa poussière' — la terre de son sol.
🗂️ Tossefot (1)
יָצָא זֶה שֶׁמְחֻוסָּר תְּלִישָׁה כּוּ' מִכָּאן נִרְאֶה לִפְסוֹל גֵּט שֶׁנִּכְתַּב עַל הַקְּלָף וְאַחַ"כּ חֲתָכוֹ דְּהָתָם נָמֵי דְּרֵישׁ וְכָתַב וְנָתַן מִי שֶׁמְּחֻוסָּר כְּתִיבָה וּנְתִינָה יָצָא כו' דִּטְפֵי נִרְאֶה חִבּוּר גֵּט הַמְחֻובָּר לַקְּלָף גָּדוֹל מֵחִבּוּר עָפָר לְעִיר הַנִּדַּחַת דַּחֲשִׁיב הָכָא מְחֻוסַּר תְּלִישָׁה וְשָׁם בפ"ב דְּגִיטִּין (דַּף כא:) כָּתוּב בְּאֹורֶךְ כָּל הַצֹּורֶךְ:
'Est exclu ceci, à quoi manque l'arrachage, etc.' — de là il paraît [qu'il faut] invalider un guet écrit sur le parchemin, puis découpé [du rouleau après coup], car là aussi on expose 'il écrira et il donnera' (Deut 24,1) — [seul est valide] ce à quoi il ne manque que l'écriture et la remise, est exclu [ce qui requiert davantage], etc. ; car la liaison d'un guet attaché à un grand parchemin paraît davantage [une vraie liaison] que la liaison de la terre à la ville dévoyée, laquelle est tenue ici pour [requérant] l'arrachage [donc séparable] ; et là-bas, au chapitre 2 de Guittin (folio 21b), cela est écrit au long, avec tout le nécessaire.
💡 Explication

Zeeri restreint le propos. Il ne s'agit pas de la cendre interdite, mais de la terre du sol de la ville (afar afra), dont le profit n'est pas interdit. En effet le verset 'tu rassembleras et tu brûleras' ne vise que ce qu'il suffit de rassembler et brûler ; la terre du sol, elle, doit d'abord être arrachée (détachée du sol) avant d'être rassemblée et brûlée — elle n'entre donc pas dans l'interdit.

13
וְרָבָא אָמַר: מִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ.

Et Rava dit : les mitsvot n'ont pas été données pour [en] tirer profit [donc on peut couvrir même avec la cendre interdite].

📜 Rachi (1)
וְרָבָא אָמַר אֲפִילּוּ בַּעֲפַר עֲפָרָהּ נָמֵי מֻותָּר שֶׁכִּסּוּי הַדָּם מִצְוָה וְלֹא הֲנָאָה שֶׁהַמִּצְוֹת שֶׁנָּתְנוּ לְיִשְׂרָאֵל לֹא לֵיהָנוֹת נִתְּנוּ לָהֶם לֹא לְשֵׁם הֲנָאָה נִתְּנוּ לָהֶם אֶלָּא גְּזֵירַת מֶלֶךְ הִיא עֲלֵיהֶם:
'Et Rava dit' — même avec la poussière de sa poussière [et à plus forte raison avec la cendre], c'est permis, car couvrir le sang est une mitsva et non un profit ; les mitsvot qui ont été données à Israël ne leur ont pas été données pour [en] tirer profit, ce n'est pas en vue d'un profit qu'elles leur ont été données, mais c'est un décret du Roi sur eux.
💡 Explication

Rava résout autrement : même avec la cendre interdite à tout profit on peut couvrir le sang, car l'accomplissement d'une mitsva n'est pas un profit : 'les mitsvot n'ont pas été données pour [en] tirer profit' (mitsvot lav lehanot nittenou). La mitsva s'accomplit comme un décret du Roi, non pour la jouissance qu'on en tire — il n'y a donc pas de profit interdit.

14
יָתֵיב רָבִינָא וְקָאָמַר לַהּ לְהָא שְׁמַעְתָּא, אֵיתִיבֵיהּ רַב רְחוּמִי לְרָבִינָא: שׁוֹפָר שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה לֹא יִתְקַע בּוֹ. מַאי לַָאו, אִם תָּקַע לֹא יָצָא? לֹא, אִם תָּקַע יָצָא.

Ravina était assis et énonçait cet enseignement [de Rava]. Rav Rehoumi lui objecta : un chofar d'idolâtrie, on ne sonne pas avec.

N'est-ce pas [à dire que] s'il a sonné, il ne s'est pas acquitté [de l'obligation] ? Non : s'il a sonné, il s'est acquitté [et 'on ne sonne pas' vaut seulement à priori].

📜 Rachi (1)
לָא אִם תָּקַע יָצָא דְּלָאו הֲנָאָה הִיא וּלְכַתְּחִלָּה מִיהָא לֹא יִתְקַע מִשּׁוּם דִּמְאִיס:
'Non : s'il a sonné, il s'est acquitté' — car ce n'est pas un profit ; et a priori, du moins, on ne sonne pas, parce que [l'objet] est répugnant (ma'iss).
💡 Explication

Objection de Rav Rehoumi contre le principe de Rava. Une braita : un chofar d'idolâtrie (interdit à tout profit), 'on ne sonne pas avec' — preuve, semble-t-il, que la mitsva accomplie avec un objet interdit ne vaut pas (donc qu'elle est tenue pour un profit). Réponse : non — 'on ne sonne pas' vaut seulement a priori (lekhatehila) ; a posteriori, s'il a sonné, il s'est acquitté, conformément au principe de Rava.

15
לוּלָב שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה לֹא יִטּוֹל. מַאי לַָאו, אִם נָטַל לֹא יָצָא? לֹא, אִם נָטַל יָצָא. וְהַתַּנְיָא: תָּקַע לֹא יָצָא, נָטַל לֹא יָצָא!

[De même :] un loulav d'idolâtrie, on ne [le] prend pas. N'est-ce pas [à dire que] s'il l'a pris, il ne s'est pas acquitté ?

Non : s'il l'a pris, il s'est acquitté. Mais n'est-il pas enseigné : s'il a sonné, il ne s'est pas acquitté ; s'il a pris, il ne s'est pas acquitté !

🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא תָּקַע לֹא יָצָא נָטַל לֹא יָצָא ה"ל לַאֲתוּיֵי מַתְנֵי' דְּלוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף כט:) שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְהָבִיא הַךְ בָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי בָּהּ שׁוֹפָר וְלוּלָב וא"ת דִּבְפֶרֶק רָאוּהוּ ב"ד (ר"ה דַּף כח.) אָמַר רַב שׁוֹפָר שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לֹא יִתְקַע בּוֹ וְאִם תָּקַע בּוֹ יָצָא וְכֵן בְּפֶ' מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת דַּף קג:) אָמַר רָבָא הַחוֹלֶצֶת בְּסַנְדָּל שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים חֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה וְלָא אָמְרִינַן דִּמְכַתַּת שִׁעוּרֵיהּ וְי"ל דְּהָכָא בַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים שֶׁל יִשְׂרָאֵל דְּאֵין לָהּ בִּיטּוּל אֲבָל דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּיֵשׁ לָהּ בִּיטּוּל לָא מְכַתֵּת שִׁיעוּרֵיהּ וְכִי הַאי גַּווְנָא מְשַׁנֵּי פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לא:) אַהָא דְּאָמַר רָבָא לוּלָב שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אִם נָטַל יָצָא וּפָרִיךְ מִמַּתְנִיתִין דְּלוּלָב שֶׁל אֲשֵׁרָה פָּסוּל וּמְשַׁנֵּי בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה וא"ת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִכִּי אַגְבְּהָה הָוְיָא דְּיִשְׂרָאֵל כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מב.) גְּזֵירָה דִּלְמָא מַגְבִּיהַּ לַהּ וַהֲדַר מְבַטֵּל לַהּ וְי"ל כְּגוֹן שֶׁהִגְבִּיהַּ הַשּׁוֹפָר וְהַסַּנְדָּל עַל מְנָת שֶׁלֹּא לִקְנוֹתוֹ דְּהָא תְּנַן בְּמִנְעָל שֶׁאֵין שֶׁלּוֹ חֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה וְלוּלָב אַיְירֵי בי"ט שֵׁנִי וּבְסֻוכָּה הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּמַתְנִיתִין בי"ט רִאשׁוֹן וְלָא הֲוָה צָרִיךְ לְאוֹקְמָה בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי אֲשֵׁרָה דֻּומְיָא דְּעִיר הַנִּדַּחַת דְּאַפֵּי' בי"ט הַשֵּׁנִי ור"ת מְפָרֵשׁ דְּכוּלְּהוּ בַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְכָאן קֹודֶם בִּיטּוּל וְהָתָם לְאַחַר בִּיטּוּל וּלְאַחַר בִּיטּוּל נָמֵי לְכַתְּחִלָּה לֹא יִטֹּול וְלֹא יִתְקַע וְלֹא יַחֲלֹוץ דִּמְאִיס לְעִנְיַן מִצְוָה לְפִי שֶׁהָיָה עָלֶיהָ שֵׁם עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אַפֵּי' את"ל דְּשָׁרֵי לְכַסּוֹת בַּעֲפַר עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לְכַתְּחִלָּה כְּמוֹ בְּשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת לָא דָּמֵי כִּיסּוּי לַחֲלִיצָה דִּלְעִנְיַן כִּסּוּי לָא חָייְשִׁינַן מִמַּאי דִּמְאִיס וְהָא דִּמְשַׁנֵּי בְּסֻוכָּה בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה וְלָא מְשַׁנֵּי בִּדְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְקֹודֶם בִּיטּוּל מִשּׁוּם דְּמִכִּי נִקְצַץ הַלּוּלָב מִן הַדֶּקֶל נִתְבַּטֵּל וּבְפֶרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת קג:) דִּמְפַלֵּיג בֵּין סַנְדָּל שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לְסַנְדָּל שֶׁל תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים דְּאֵין לוֹ בִּיטּוּל וְלָא מְפַלֵּיג בְּנָטַל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים גּוּפֵיהּ בֵּין אַחַר בִּיטּוּל לְקֹודֶם בִּיטּוּל וְיֵשׁ לוֹמַר מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן דְּתִקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֵינָהּ בְּטֵלָה עוֹלָמִית וְהַהוּא דְּרָאוּהוּ ב"ד קָשֶׁה טְפֵי דִּמְפַלֵּיג הָתָם רָבָא בֵּין שׁוֹפָר שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת דִּבְשֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים גּוּפֵיהּ הָיָה יָכוֹל לְחַלֵּק לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ תָּם בֵּין אַחַר בִּיטּוּל לְקֹודֶם בִּיטּוּל וּמִיהוּ עַל כָּרְחָךְ צָרִיךְ לְאוֹקְמָה לְאַחַר בִּיטּוּל כְּדִבְרֵי ר"ת לִסְפָרִים דְּגָרְסִי רַב יְהוּדָה דְּאִי קֹודֶם בִּיטּוּל הָא רַב יְהוּדָה אִית לֵיהּ הָתָם דִּבְשׁוֹפָר שֶׁל שְׁלָמִים לֹא יָצָא מִשּׁוּם דְּמִצְוֹת לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ אַךְ נִרְאֶה דְּרָבָא גָּרְסִינַן וְלָא רַב יְהוּדָה דְּהָא מְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא דִּבְשׁוֹפָר שֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת לֹא יָצָא מִשּׁוּם דִּכְתוּתֵי מְכַתֵּת שִׁיעוּרֵיהּ וּלְרַב יְהוּדָה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִשּׁוּם דְּמִצְוֹת לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ:
'Mais n'est-il pas enseigné : s'il a sonné il ne s'est pas acquitté, s'il a pris il ne s'est pas acquitté' — il aurait dû apporter [plutôt] la michna de [Loulav ha-gazoul] (Soucca 29b) : [un loulav] d'achera (arbre idolâtre) ou d'une ville dévoyée est invalide ; mais il lui convint d'apporter cette braita-ci, où sont enseignés ensemble chofar et loulav. Et si tu objectes : au chapitre Raouhou Beit Din (Roch ha-Chana 28a), Rav dit 'un chofar d'idolâtrie, on ne sonne pas avec, mais s'il a sonné avec, il s'est acquitté', et de même au chapitre Mitsvat Halitsa (Yevamot 103b), Rava dit 'celle qui fait la halitsa avec un sandale d'idolâtrie, sa halitsa est valide', et l'on ne dit pas que sa mesure est réduite à néant (mekhouttat chi'oureih) ! On peut répondre qu'ici [il s'agit] d'une idolâtrie d'un Juif, qui n'a pas d'annulation (bitoul), tandis que [celle] d'un idolâtre, qui a une annulation, sa mesure n'est pas réduite à néant ; et c'est de cette manière que l'on répond, au chapitre Loulav ha-gazoul (Soucca 31b), à ce que dit Rava 'un loulav d'idolâtrie, s'il l'a pris, il s'est acquitté', et l'on objecte de la michna 'un loulav d'achera est invalide', et l'on répond [qu'il s'agit] de l'achera de Moché [un arbre adoré dès l'origine, sans annulation possible]. Et si tu objectes : l'idolâtrie d'un idolâtre, dès qu'[un Juif] l'a soulevée, devient celle d'un Juif, comme il est dit au chapitre Kol ha-Tselamim (Avoda Zara 42a) [il y a] décret de peur qu'il [ne] la soulève puis [ne] l'annule ! On peut répondre [qu'il s'agit] par exemple de celui qui a soulevé le chofar et le sandale dans l'intention de ne pas l'acquérir, car nous avons appris [dans une michna] 'avec un soulier qui n'est pas à lui, sa halitsa est valide' ; et le loulav, [la braita] en traite le second jour de fête [d'ordre rabbinique]. Et dans Soucca, on aurait pu répondre que la michna [parle] du premier jour de fête [d'ordre toranique], et il n'aurait pas fallu l'établir [comme parlant] de l'achera de Moché — mais [on l'a fait] parce qu'il y est enseigné 'achera' à l'instar de 'ville dévoyée', [interdites] même le second jour de fête. Et Rabbenou Tam explique que toutes [ces sources parlent] de l'idolâtrie d'un idolâtre, et qu'ici [c'est] avant l'annulation et là-bas après l'annulation ; et après l'annulation aussi, a priori on ne prend pas, on ne sonne pas et on ne fait pas la halitsa, parce que [l'objet] est répugnant pour la mitsva, du fait qu'il a porté le nom d'idolâtrie. Même si l'on disait qu'il est permis de couvrir [le sang] a priori avec la poussière d'une idolâtrie, comme avec [celle] d'une ville dévoyée, le couvrir ne ressemble pas à la halitsa : car pour le couvrir, nous ne nous soucions pas de ce qui est répugnant. Et le fait que l'on réponde, dans Soucca, [qu'il s'agit] de l'achera de Moché et non [qu'on réponde qu'il s'agit] de [l'idolâtrie] d'un idolâtre avant l'annulation — c'est parce que, dès que le loulav a été coupé du palmier, il a été annulé. Et au chapitre Mitsvat Halitsa (Yevamot 103b), où l'on distingue entre un sandale d'idolâtrie et un sandale d'offrande d'idolâtrie (tikrovet avoda zara), lequel n'a pas d'annulation, et où l'on ne distingue pas, pour la prise de l'idolâtrie elle-même, entre après l'annulation et avant l'annulation — on peut dire qu'incidemment [la Guemara] nous enseigne que l'offrande d'idolâtrie n'est jamais annulée. Et celui [de la source] de Raouhou Beit Din est plus difficile, car là Rava distingue entre un chofar d'idolâtrie et [un chofar] de ville dévoyée : pour un chofar d'idolâtrie lui-même il aurait pu distinguer, selon l'explication de Rabbenou Tam, entre après l'annulation et avant l'annulation. Mais de toute façon il faut l'établir [comme parlant] d'après l'annulation, selon les paroles de Rabbenou Tam, pour les livres qui lisent 'Rav Yehouda' ; car si [c'était] avant l'annulation, or Rav Yehouda soutient là-bas que pour un chofar de chelamim (sacrifices de paix) il ne s'est pas acquitté, parce que les mitsvot ont été données pour [en] tirer profit. Mais il paraît que l'on lit 'Rava' et non 'Rav Yehouda', car [la Guemara] explique là-bas que la raison pour laquelle, avec un chofar de ville dévoyée, il ne s'est pas acquitté, [est] parce que sa mesure est réduite à néant (kettouteh mekhattet chi'oureih) ; or selon Rav Yehouda il aurait fallu dire [que c'est] parce que les mitsvot ont été données pour [en] tirer profit.
💡 Explication

Rav Réhoumi insiste avec le loulav d'idolâtrie : même réponse (à posteriori, il s'est acquitté). Mais il oppose alors une autre braita explicite : 's'il a sonné [le chofar], il ne s'est pas acquitté ; s'il a pris [le loulav], il ne s'est pas acquitté' — ce qui contredit la réponse de Ravina et relance la difficulté.

16
אָמַר רַב אַשִּׁי: הָכִי הַשְׁתָּא? הָתָם

Rav Achi dit : comment [peux-tu] comparer [ainsi] ? Là-bas...

💡 Explication

Début de la réponse de Rav Achi, qui rejette la comparaison entre le couvrir du sang et le chofar/loulav d'idolâtrie. 'Comment [peux-tu] comparer ?' (hakhi hachta) — il y a une différence de fond entre les deux cas, que Rav Achi commence à exposer (là-bas...). Le développement se poursuit au folio suivant (89b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).