Chullin 89b — Hadran sur Kissouy ha-Dam, et le début de Gid ha-Nasheh : la portée de l'interdit du nerf sciatique et le cas des consacrés

Chullin 89b

Sougya : La fin du chapitre Kissouy ha-Dam (couverture du sang) explique pourquoi l'objet d'idolâtrie ne sert pas à couvrir le sang (il est censé déjà réduit en poudre), tandis que la cendre, elle, ne requiert nulle mesure. Puis vient le Hadran.

S'ouvre le chapitre Gid ha-Nasheh : la michna pose la large portée de l'interdit du nerf sciatique — en Israël et au dehors, du temps du Temple et hors de lui, dans les profanes et les consacrés, la behema et la haya, la cuisse droite et la gauche — mais non à l'oiseau, faute de 'cuilleron' (kaf) à la hanche. Suivent le foetus (chélil), où Rabbi Yehouda dissent, et la crédibilité des bouchers.

La Guemara s'interroge : pourquoi enseigner 'et dans les consacrés', ce qui semble évident ? Elle écarte d'abord l'idée que le nerf donne du goût (auquel cas l'interdit du consacré se surajouterait), bute sur une michna contraire (96b), et résout enfin par les petits des consacrés (vladot kodachim) : consacrés dès le ventre, leurs deux interdits naissent ensemble.

Reste à concilier ce 'foetus' avec la sefa (controverse Yehouda/Sages) et avec la simultanéité, éprouvée par la michna du nazir (Nazir 49b) sur le foetus avorté dont les membres ne sont pas encore liés par les tendons.

La portée de l'interdit du nerf sciatique (gid ha-nasheh) — la michna L'interdit S'APPLIQUE L'interdit NE s'applique PAS en Terre d'Israël ET hors d'Israël du temps du Temple ET hors du Temple bêtes profanes (houlin) ET consacrées bête domestique (behema) ET sauvage (haya) cuisse droite ET cuisse gauche au foetus (chélil) — selon le 1er Tana à l'oiseau (of) motif : il n'a pas de 'cuilleron' (kaf) à la hanche au foetus (chélil) — selon R. Yehouda, et la graisse du foetus lui est permise Les bouchers (tabahin) sont-ils crus quand ils disent l'avoir ôté ? R. Meir : non crus — Sages : crus, pour le nerf comme pour la graisse interdite (helev)
La michna (segments 2-4) : où l'interdit du nerf sciatique s'applique, où il ne s'applique pas, et les deux différends (foetus ; crédibilité des bouchers).
Pourquoi la michna dit 'et dans les consacrés' — le fil du raisonnement 'et dans les consacrés (moukdachin)' : c'est évident ! consacrer une bête n'efface pas l'interdit du nerf qui y est déjà Hava amina : le nerf donne-t-il du goût (yech bagidin benoten taam) ? si OUI -> l'interdit 'consacré' viendrait se surajouter à l'interdit du nerf objection : il aurait alors fallu dire 'le consacré s'applique au nerf' Donc : le nerf ne donne PAS de goût — dans le consacré il y a l'interdit du nerf seul, et pas d'interdit 'consacré' surajouté Mais le Tana tient que le nerf DONNE du goût (michna 96b : cuisse cuite avec le nerf, interdite s'il y a du goût) — contradiction ! Réponse : on parle des petits des consacrés (vladot kodachim) consacrés dès le ventre maternel + le nerf s'applique au foetus -> les deux interdits naissent ENSEMBLE, donc tous deux s'appliquent
Le raisonnement de la Guemara (segments 5-8) : pourquoi enseigner 'et dans les consacrés', et la résolution par les petits des consacrés.
1
שיעורא בעינן, ועבודה זרה כתותי מכתת שיעורא. הכא, כל מה דמכתת מעלי לכסוי.

[pour le chofar et le loulav] nous requérons une mesure [minimale], et [un objet d']idolâtrie, [voué à être] broyé, sa mesure est broyée [réduite à néant] ; [mais] ici [pour la cendre], tout ce qui est broyé est meilleur pour la couverture [du sang].

📜 Rachi (1)
שיעורא בעינן בשופר כדי שיאחזנו בידו ויראה לכאן ולכאן כדאמרינן בראש השנה (דף כז:) לולב מפרש במסכת סוכה (דף לב:) שיעור הדס וערבה שלשה טפחים ולולב ארבעה. ועבודת כוכבים כיון דלשרפה קיימא כל העומד לישרף כשרוף דמי הלכך שיעורא הוא דכתותי מכתת אבל הכא כמה דשריף ומיכתת מעלי לכסוי ומשום הנאה ליכא דמצות לאו ליהנות ניתנו:
Nous requérons une mesure — pour le chofar, de quoi le tenir en main et qu'il [dépasse et] se voie de part et d'autre, comme nous [le] disons dans Roch ha-Chana (27b) ; le loulav est explicite dans le traité Soucca (32b) : la mesure du myrte (hadas) et du saule (arava) [est de] trois palmes, et le loulav, quatre. Et l'idolâtrie, dès lors qu'elle se tient [vouée] à être brûlée — [or] tout ce qui se tient [voué] à être brûlé est tenu pour brûlé (kacharouf dami) — dès lors c'est la mesure qui est anéantie (mekhattat) ; mais ici, plus elle est brûlée et broyée, meilleure [elle est] pour la couverture ; et il n'y a pas [à objecter] au titre de la jouissance (hanaa), car les commandements n'ont pas été donnés pour [en] jouir (mitsvot lav lehanot nitnou).
💡 Explication

Fin de la sougya du chapitre précédent (Kissouy ha-Dam). On a opposé le chofar et le loulav — qui requièrent une mesure minimale (un chofar assez grand pour dépasser de la main, un loulav de quatre palmes) — à la cendre qui couvre le sang. Un objet d'idolâtrie étant voué au feu, 'tout ce qui doit être brûlé est tenu pour déjà brûlé' : sa mesure est donc anéantie (mekhattat) et il ne peut servir au chofar ou au loulav. Mais pour la couverture du sang, aucune mesure n'est requise : au contraire, plus la cendre est finement broyée, mieux elle couvre.

2
הדרן עלך כסוי הדם.

Nous revenons sur toi, [chapitre] Kissouy ha-Dam.

💡 Explication

Hadran : formule de clôture du chapitre Kissouy ha-Dam (la couverture du sang), le sixième chapitre de Houlin. Littéralement 'nous sommes revenus sur toi', c'est-à-dire 'nous avons fait le tour de toi et y reviendrons'. S'ouvre maintenant le chapitre Gid ha-Nasheh (le nerf sciatique).

3
מתני׳ גיד הנשה נוהג בארץ ובחוצה לארץ, בפני הבית ושלא בפני הבית, בחולין ובמוקדשין, ונוהג בבהמה ובחיה, בירך של ימין ובירך של שמאל, ואינו נוהג בעוף – מפני שאין לו כף.

MICHNA. Le nerf sciatique (gid ha-nasheh) s'applique en [Terre d'Israël] et hors d'Israël, du temps du Temple et hors du temps du Temple, dans les [bêtes] profanes (houlin) et dans les consacrées (moukdachin) ; il s'applique à la bête domestique (behema) et à la bête sauvage (haya), à la cuisse droite et à la cuisse gauche ; mais il ne s'applique pas à l'oiseau (of) — parce qu'il n'a pas de cuilleron (kaf).

📜 Rachi (5)
מתני' גיד הנשה:
MICHNA. Le nerf sciatique (gid ha-nasheh).
ובמוקדשין לקמן (חולין דף צ.) פליגי בה איכא למאן דאמר אפילו בעולה ואיכא למ"ד בקדשים הנאכלין:
Et dans les consacrés — plus loin (Houlin 90a) on en débat : il est qui dit [que cela vaut] même pour l'holocauste (ola), et il est qui dit [que cela vaut seulement] pour les consacrés qui se mangent.
שאין לו כף בגמרא מפרש אית ליה ולא עגיל:
Parce qu'il n'a pas de cuilleron — dans la Guemara il explique : il a [bien une saillie], mais elle n'est pas ronde (agil).
כף פוליפ"א הנכרכת סביבות עצם הקולית העליונה סביב סביב בעיגול אבל עוף אינו כן שהבשר שעל הקולית ברוחב הוא ואינו דומה לכף:
Cuilleron — 'poulpe' [en langue vernaculaire], qui s'enroule autour de l'os supérieur de la cuisse (koulit), tout autour, en cercle ; mais l'oiseau n'est pas ainsi, car la chair qui [est] sur sa cuisse [s'étend] en largeur, et ne ressemble pas à un cuilleron.
כף שעל גב הירך:
Cuilleron — [celui] qui [est] sur le dessus de la cuisse.
🗂️ Tossefot (1)
גיד הנשה:
Le nerf sciatique (gid ha-nasheh).
💡 Explication

Début du chapitre. La michna pose la très large portée de l'interdit du nerf sciatique (voir le schéma) : il vaut partout (en Israël et au dehors), en tout temps (Temple ou non), pour les profanes comme les consacrés, pour la behema (domestique) comme la haya (sauvage), et pour les deux cuisses. Seule exception : l'oiseau, car sa hanche n'a pas de kaf — le 'cuilleron', cette chair arrondie qui enroule l'os de la cuisse en cercle et sur laquelle repose le nerf. L'interdit dérive de Genèse 32:33, qui situe le nerf 'sur le cuilleron de la cuisse'.

🖼️ Schéma
Le 'cuilleron de la hanche' (kaf ha-yarech) — pourquoi l'oiseau en est exempt Bête (behema / haya) os de la hanche chair ronde qui enroule l'os en cercle (le 'cuilleron') le nerf repose dessus -> interdit Oiseau (of) os de la cuisse la chair s'étend en largeur (plat) : pas de cuilleron rond pas de kaf -> nerf non interdit
Le 'cuilleron' (kaf) : chair ronde qui enserre l'os de la hanche de la bête ; l'oiseau en est dépourvu (chair plate), d'où l'exemption.
4
ונוהג בשליל. רבי יהודה אומר: אינו נוהג בשליל, וחלבו מותר.

Et il s'applique au foetus (chélil). Rabbi Yehouda dit : il ne s'applique pas au foetus, et sa graisse (helev) est permise.

📜 Rachi (2)
ונוהג בשליל בן תשעה חי הנמצא בבהמה:
Et il s'applique au foetus — [le] 'fils de neuf [mois]' vivant qui se trouve dans la bête.
וחלבו של שליל מותר:
Et sa graisse — [la graisse] du foetus est permise.
💡 Explication

La michna ajoute que l'interdit s'applique aussi au chélil — le foetus à terme (un 'fils de neuf [mois] vivant') trouvé dans le ventre de la bête abattue. Rabbi Yehouda dissent : pour lui le nerf ne s'applique pas au foetus, et de même la graisse interdite (helev) du foetus lui est permise.

5
ואין הטבחין נאמנין על גיד הנשה, דברי רבי מאיר. וחכמים אומרים: נאמנין עליו ועל החלב.

Et les bouchers (tabahin) ne sont pas crus quant au nerf sciatique — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : ils sont crus à son sujet et au sujet de la graisse (helev).

📜 Rachi (1)
ואין הטבחים נאמנים לומר נטלנוהו מפני שטורח הוא להם לחטט אחריו:
Et les bouchers ne sont pas crus — à dire 'nous l'avons ôté', parce que c'est une peine pour eux de fouiller après lui [pour l'extraire].
💡 Explication

Différend sur la crédibilité des bouchers : peuvent-ils être crus quand ils affirment avoir ôté le nerf (et la graisse interdite) ? Rabbi Meir : non crus — car le retrait du nerf est pénible (il faut le déterrer), on soupçonne donc le boucher de l'avoir négligé. Les Sages : crus, aussi bien pour le nerf que pour la graisse.

6
גמ׳ מוקדשין – פשיטא! משום דאקדשיה פקע ליה איסור גיד מיניה?

GUEMARA. [Que l'interdit s'applique] aux consacrés — c'est évident !

[Aurait-on cru que,] parce qu'il l'a consacrée, l'interdit du nerf s'efface d'elle [de la bête] ?

📜 Rachi (1)
גמ' איסור גיד נוהג בבהמה משעה שנוצר:
GUEMARA. L'interdit du nerf — s'applique à la bête des l'instant où elle est formée.
🗂️ Tossefot (1)
מוקדשין פשיטא כולהו נמי פשיטא אלא דצריך שיהא אחד לצורך ואגביה תני כולהו:
Aux consacrés, c'est évident — tous [les cas énumérés] aussi [sont] évidents ; mais il fallait qu'il y en eût un [à enseigner] pour le besoin [réel], et à son propos il a enseigné tous [les autres] avec lui.
💡 Explication

La Guemara relève l'apparente évidence : pourquoi enseigner que l'interdit du nerf vaut 'dans les consacrés' ? Personne n'irait penser que le seul fait de consacrer une bête efface l'interdit du nerf qui la grevait déjà. Il doit donc y avoir un enseignement plus fin.

7
וכי תימא יש בגידין בנותן טעם, ואתי איסור מוקדשין וחייל אאיסור גיד, האי ״מוקדשין נוהג בגיד״ מיבעי ליה. אלא קסבר אין בגידין בנותן טעם, ובמוקדשין איסור גיד איכא, איסור מוקדשין ליכא.

Et si tu dis [que la raison est] que le nerf donne du goût (yech bagidin benoten taam), et [que] l'interdit des consacrés vient se surajouter (hayel) à l'interdit du nerf — [alors] il aurait fallu [dire] 'les consacrés s'appliquent au nerf' ! Plutôt, [le Tana] tient que le nerf ne donne pas de goût (en bagidin benoten taam) ; et dans les consacrés il y a [seulement] l'interdit du nerf, [mais] il n'y a pas d'interdit [au titre] des consacrés.

📜 Rachi (2)
יש בגידין בנותן טעם בבשר ואשמעינן האי תנא דהאוכל גיד הנשה של מוקדשין לוקה שתים אחת משום גיד שאפילו עץ הוא התורה חייבה עליו ואחת משום מוקדשין שיש בו טעם ונהנה מן המוקדשין ושמעינן מינה תרתי חדא דיש בגידין בנותן טעם וחדא דאיסור חל על איסור ולאפוקי ממאן דאמר בהאי פירקא (לקמן חולין צט:) אין בגידין בנותן טעם: א"כ הכי איבעי ליה למתני מוקדשין נוהגות בגיד:
Le nerf donne du goût — dans la chair ; et ce Tana nous apprend que celui qui mange le nerf sciatique d'[une bête] consacrée encourt deux [séries de coups] : l'une au titre du nerf — que la Torah a rendu passible même [s'il était] du bois — et l'une au titre des consacrés, car il y a en lui du goût et il jouit des consacrés. Et nous en apprenons deux [choses] : l'une, que le nerf donne du goût ; l'autre, qu'un interdit se surajoute à un interdit (issour hal al issour) ; à l'exclusion de celui qui dit dans ce chapitre (plus loin, Houlin 99b) [que] le nerf ne donne pas de goût. [Mais] s'il en était ainsi, il aurait dû enseigner 'les consacrés s'appliquent au nerf' !
אלא אשמעינן האי תנא דאין בגידין בנותן טעם והכי קאמר איסור גיד הנשה לבדו נוהג במוקדשין אבל איסור מוקדשין אין בו:
Plutôt — ce Tana nous apprend que le nerf ne donne pas de goût, et voici ce qu'il dit : l'interdit du nerf sciatique seul s'applique dans les consacrés, mais l'interdit des consacrés n'y est pas [présent].
🗂️ Tossefot (3)
ואתי איסור מוקדשין וחייל על איסור גיד ואע"ג דתנן (לקמן חולין דף ק:) ואינו נוהג בטמאה דאין איסור גיד חייל על איסור טומאה איסור מוקדשין דחמיר דאית בהו כרת אם אכלו בטומאה כדפרש"י לקמן (חולין דף צ.) חייל טפי אאיסור גיד:
Et l'interdit des consacrés vient se surajouter à l'interdit du nerf — et bien que nous ayons appris (plus loin, Houlin 100b) 'il ne s'applique pas à [la bête] impure (temea)', [signe] que l'interdit du nerf ne se surajoute pas à l'interdit d'impureté (touma) — [néanmoins] l'interdit des consacrés, qui [est] grave, du fait qu'il y a en eux le retranchement (karet) si on les mange en état d'impureté, comme l'explique Rachi plus loin (Houlin 90a), se surajoute davantage à l'interdit du nerf.
אלא קסבר אין בגידים בנותן טעם ולא היה יכול להקשות והתנן (לקמן חולין דף ק:) אינו נוהג בטמאה דמשמע אין גיד הנשה נוהג בטמאה דאין איסור גיד חל על איסור טומאה אלמא דיש בגידין בנ"ט דהוה מצי למימר דטעמא כדאמר רבי שמעון בגמרא (שם דף קא.) מי שגידו אסור ובשרו מותר ומה שמקשה רבי יהודה והלא אף לבני יעקב נאסר שפיר פריך דכיון דלבני יעקב נאסר אף בטמאה לא מסתבר למימר דאחרי כן כשנאסרו בטמאה פקע ממנו איסור גיד הנשה א"נ אפילו היה יכול לדקדק משם דיש בגידין בנותן טעם ניחא ליה למיפרך מירך שנתבשל בה גיד הנשה ששנויה קודם:
Plutôt [le Tana] tient que le nerf ne donne pas de goût — et il n'a pas pu objecter 'mais n'avons-nous pas appris (plus loin, Houlin 100b) qu'il ne s'applique pas à [la bête] impure', ce qui implique [que] le nerf sciatique ne s'applique pas à [la bête] impure, [signe] que l'interdit du nerf ne se surajoute pas à l'interdit d'impureté — d'où [il ressortirait] que le nerf donne du goût — car il aurait pu répondre que le motif [en] est comme le dit Rabbi Chimon dans la Guemara (plus loin, Houlin 101a) : celui dont le nerf est interdit et la chair permise [est tenu pour interdit, mais l'impure dont la chair est déjà interdite, non]. Et ce que Rabbi Yehouda objecte 'mais n'a-t-il pas été interdit déjà aux fils de Yaakov', il objecte bien : car dès lors qu'il a été interdit aux fils de Yaakov, [il a été interdit] même dans [la bête] impure, [et] il n'est pas vraisemblable de dire qu'ensuite, lorsque [les bêtes impures] furent interdites, l'interdit du nerf sciatique se serait effacé d'elle. Ou bien : même s'il avait pu déduire de là que le nerf donne du goût, il lui [est] préférable d'objecter à partir de [la michna] 'la cuisse dans laquelle a cuit le nerf sciatique', qui est enseignée antérieurement.
איסור גיד איכא איסור מוקדשין ליכא והכי פירושו איסור גיד הנשה לבדו נוהג במוקדשין ולא איסור אחר וא״ת ולימא דקסבר יש בגידין בנותן טעם ואפילו הכי לא אתי איסור מוקדשין וחייל אאיסור גיד דלית ליה איסור חל על איסור אף באיסור חמור ואיסור כולל וכי תימא משום דמתניתין כר״מ דאמר דנוהג בשליל ובסוף פירקין (חולין דף קא.) מחייב רבי מאיר שתים באוכל גיד הנשה של נבלה אלמא אית ליה איסור חל על איסור דהשתא נמי דקאמר אין בגידין בנותן טעם לא אתיא כרבי מאיר דהא רבי מאיר סבר יש בגידין בנותן טעם מדמחייב באוכל גיד משום נבלה וי״ל דאין נראה לו שתחלוק הך סתמא דמתניתין אסתמא דכריתות פרק אמרו לו (כריתות דף יג:) דיש אוכל אכילה אחת וחייב עליה ד' חטאות ואשם אחד דסברה דאיסור חל על איסור באיסור כולל אי נמי לא בעי לשנויי הכי משום דאכתי תקשה ליה דא״כ אין מוקדשין נוהג בגיד מבעי ליה והשתא דקאמר דקסבר אין בגידין בנותן טעם הוה מצי למפרך אין מוקדשין נוהג בגיד מבעי ליה אלא דעדיפא מיניה פריך:
Il y a l'interdit du nerf, il n'y a pas l'interdit des consacrés — et voici son sens : l'interdit du nerf sciatique seul s'applique dans les consacrés, et non un autre interdit. Et si tu dis : qu'il dise [plutôt] qu'il tient que le nerf donne du goût, et que néanmoins l'interdit des consacrés ne vient pas se surajouter à l'interdit du nerf, car il ne tient pas [le principe qu']un interdit se surajoute à un interdit, même pour un interdit grave et un interdit englobant (issour kolel) ! Et si tu dis [que c'est] parce que la michna [suit] Rabbi Meir, qui dit [que le nerf] s'applique au foetus, et qu'à la fin du chapitre (plus loin, Houlin 101a) Rabbi Meir rend passible de deux [séries de coups] celui qui mange le nerf sciatique d'une charogne (nevela) — [signe] qu'il tient [qu']un interdit se surajoute à un interdit ; [or] dès lors aussi, lorsqu'il dit [que] le nerf ne donne pas de goût, [la michna] ne [serait] pas [selon] Rabbi Meir, car Rabbi Meir tient [que] le nerf donne du goût, du fait qu'il rend passible celui qui mange le nerf au titre de la charogne ! Et l'on peut dire qu'il ne lui paraissait pas [admissible] que cette michna anonyme (setama) contredise la michna anonyme de Keritot, au chapitre Amrou Lo (Keritot 13b), [selon laquelle] il y a [un cas où] l'on mange une seule bouchée et l'on est passible à son sujet de quatre sacrifices pour faute (hatat) et d'un sacrifice de délit (acham), ce qui tient [qu']un interdit se surajoute à un interdit dans le cas d'un interdit englobant. Ou bien [encore] il n'a pas voulu répondre ainsi, parce qu'on [lui] objecterait encore que, s'il en est ainsi, il aurait fallu [dire] 'les consacrés ne s'appliquent pas au nerf' ; et maintenant qu'il dit qu'il tient [que] le nerf ne donne pas de goût, il aurait pu objecter 'il aurait fallu [dire] : les consacrés ne s'appliquent pas au nerf' — mais il objecte [par] ce qui [est] préférable à cela.
💡 Explication

Première tentative d'explication, puis sa réfutation. Si l'on disait : le nerf donne du goût à la chair, donc le manger d'un consacré encourt deux interdits (celui du nerf, et celui de jouir d'un consacré qui se surajoute) — alors la michna aurait dû formuler 'les consacrés s'appliquent au nerf', et non l'inverse. Donc le Tana tient au contraire que le nerf ne donne pas de goût : dans un consacré il n'y a que l'interdit du nerf, sans interdit supplémentaire au titre du consacré — c'est cela que la michna nous apprend.

8
וסבר תנא דידן אין בגידין בנותן טעם? והתנן: ירך שנתבשל בה גיד הנשה, אם יש בה בנותן טעם – הרי זו אסורה!

Et le Tana qui est nôtre [le nôtre] tient-il [que] le nerf ne donne pas de goût ? Mais n'avons-nous pas appris (Houlin 96b) : une cuisse dans laquelle a cuit le nerf sciatique — s'il y a en elle [de quoi] donner du goût (benoten taam), elle est interdite !

📜 Rachi (1)
אם יש בו בנותן טעם שיערו חכמים בששים כל נותן טעם סתם:
S'il y a en elle [de quoi] donner du goût — les Sages l'ont estimé à un soixantième (chichim), [norme de] tout [cas de] 'donner du goût' sans précision.
🗂️ Tossefot (1)
אם יש בה בנותן טעם אסורה תימה דילמא אסורה משום שמנו של גיד אבל בגידין אין בהן בנותן טעם ולפירוש הר' מאיר אתי שפיר דפירש דאין להחמיר ולאסור בשומן שבגיד כיון שהגיד עצמו אינו אוסר ור"ת מפרש דלשמנו של גיד לא הוה קרי גיד סתמא וקשה לפירושו דלקמן (חולין דף צא.) גבי ההיא דגידין ישרפו לששה עשר מוקי לה רב אשי בשומן של גיד:
S'il y a en elle [de quoi] donner du goût, elle est interdite — il y a lieu de s'étonner : peut-être est-elle interdite à cause de la graisse (chemen) du nerf, mais les nerfs [eux-mêmes] ne donnent pas de goût ? Et selon l'explication de Rabbi Meir, cela va bien, lui qui explique qu'il n'y a pas à aggraver et à interdire au titre de la graisse qui [est] dans le nerf, dès lors que le nerf lui-même n'interdit pas. Et Rabbenou Tam explique que la graisse du nerf, on ne l'appelle pas 'nerf' sans précision. Et cela fait difficulté à son explication, car plus loin (Houlin 91a), à propos de ce [que] 'les nerfs se brûlent au seizième [du jour]', Rav Achi l'établit [comme parlant] de la graisse du nerf.
💡 Explication

Objection contre la solution précédente. Si le Tana de notre michna tient que le nerf ne donne pas de goût, comment concilier avec une autre michna (96b) : une cuisse cuite avec le nerf y est interdite s'il y a assez de nerf pour imparter son goût ? Cela prouve, au contraire, que pour ce même Tana le nerf donne bel et bien du goût.

9
אלא, הכא בולדות קדשים עסקינן, וקסבר נוהג בשליל, וקסבר ולדות קדשים במעי אמן הן קדושים, דאיסור גיד ואיסור מוקדשין בהדי הדדי קאתי.

Plutôt, ici nous traitons des petits des consacrés (vladot kodachim), et [le Tana] tient [que l'interdit du nerf] s'applique au foetus (chelil), et il tient [que] les petits des consacrés sont consacrés dans le ventre de leur mère — car l'interdit du nerf et l'interdit des consacrés viennent l'un avec l'autre [simultanément].

📜 Rachi (1)
בולדות קדשים בהמת שלמים שילדה ואשמעינן תנא דמתניתין דלא תימא איסור מוקדשין קדים וגיד אינו נוהג בשליל וכי מטי לידה לא אתי גיד חייל עליה דאין איסור חל על איסור אלא תרוייהו חיילי דקסבר ולדות קדשים משעת יצירתן במעי אמן הן קדושים וגיד הנשה נוהג בשליל ואשתכח דביצירת העובר חלו שניהם:
Les petits des consacrés — une bête de chelamim qui a mis bas ; et le Tana de la michna nous apprend [ceci] : ne dis pas [que] l'interdit des consacrés précède, et [que] le nerf ne s'applique pas au foetus, et [que] lorsqu'il vient à naître [au monde] le nerf ne vient pas se surajouter à lui — car un interdit ne se surajoute pas à un interdit ; plutôt, les deux s'appliquent, car il tient [que] les petits des consacrés, dès l'instant de leur formation, sont consacrés dans le ventre de leur mère, et [que] le nerf sciatique s'applique au foetus ; et il se trouve qu'à la formation de l'embryon (oubar) tous deux se sont appliqués [ensemble].
🗂️ Tossefot (1)
בולדות קדשים עסקינן דבהדי הדדי קאתו וא"ת והיכי אתו בהדי הדדי הא איסור גיד אינו חל עד שיהא בן ט' חדשים כדאמר לקמן בפרקין (חולין דף צב:) א"ר אושעיא מחלוקת בבן ט' חי והלך רבי מאיר לשיטתו כו' וי"ל דהא דשרי ר"מ בגיד בשליל בן ח' היינו לאחר שנשחטה האם דניתר בשחיטת האם אבל כל זמן שלא נשחטה האם איכא איסור גיד בשליל ומיהו קשה דבפרק בהמה המקשה (לעיל חולין דף עה.) איפליגו רבי יוחנן וריש לקיש בתולש חלב מבן ט' חי אבל מבן ח' חי משמע דלכולי עלמא אין בו איסור חלב וה"נ אין איסור גיד כי היכי דליכא איסור חלב וא"כ איסור מוקדשין קדים ויש לומר דדוקא איסור חלב אין בו משום דכתיב (ויקרא ז) כל חלב שור וכשב ובן ח' לא מיקרי שור וכשב אבל איסור גיד יש בו אי נמי ניחא ליה למיפרך ממתניתין דנזיר דמשמע בהדיא דלאו בהדיא הדדי אתו וא"ת ואמאי לא פריך ממתניתין דאינו נוהג בטמאה אלמא דאיסור טומאה קדים וי"ל דהמ"ל דטעמא משום דבשרו אסור כדקאמר רבי שמעון כדפי' לעיל:
Nous traitons des petits des consacrés — qui viennent l'un avec l'autre [simultanément]. Et si tu dis : comment viennent-ils l'un avec l'autre, [alors que] l'interdit du nerf ne s'applique qu'à [un foetus de] neuf mois, comme il est dit plus loin dans notre chapitre (Houlin 92b) : Rabbi Ocha'ya a dit, la controverse [porte] sur un [foetus] de neuf [mois] vivant, et Rabbi Meir va selon sa ligne, etc. ? Et l'on peut dire : ce que Rabbi Meir permet [le] nerf dans un foetus de huit [mois], c'est après que la mère a été abattue — [le foetus] étant rendu permis par l'abattage de la mère ; mais tant que la mère n'a pas été abattue, il y a interdit du nerf dans le foetus. Toutefois cela fait difficulté : car au chapitre Behema ha-Maksha (plus haut, Houlin 75a), Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich ont divergé sur [celui] qui arrache de la graisse à un [foetus] de neuf [mois] vivant — [d'où il ressort que] pour un [foetus] de huit [mois] vivant, de l'avis de tous, il n'y a pas en lui d'interdit de graisse ; et de même il n'y aurait pas d'interdit du nerf, tout comme il n'y a pas d'interdit de graisse, et alors l'interdit des consacrés précéderait ! Et l'on peut dire que [c'est] précisément l'interdit de graisse qu'il n'y a pas [dans le huit-mois], parce qu'il est écrit (Lévitique 7) 'toute graisse de bœuf, de mouton [ou de chèvre]', et un [foetus de] huit [mois] n'est pas appelé 'bœuf' ni 'mouton' ; mais l'interdit du nerf, il y est [présent]. Ou bien [encore] il lui [est] préférable d'objecter à partir de la michna du nazir (Nazir 49b), qui implique expressément [que les deux] ne viennent pas l'un avec l'autre. Et si tu dis : pourquoi n'objecte-t-il pas à partir de [la michna] 'il ne s'applique pas à [la bête] impure', [signe] que l'interdit d'impureté précède [l'interdit du nerf] ? Et l'on peut dire qu'il aurait pu répondre que le motif [en] est parce que sa chair est interdite, comme le dit Rabbi Chimon, ainsi qu'on l'a expliqué plus haut.
💡 Explication

Résolution définitive (voir le schéma). La michna, en disant 'dans les consacrés', vise le cas particulier des vladot kodachim : les petits d'une bête consacrée (ainsi une behema de chelamim qui met bas). Le Tana tient deux choses : (1) l'interdit du nerf s'applique au foetus ; (2) les petits des consacrés sont consacrés dès le ventre maternel (dès leur formation). Ainsi, l'interdit du nerf et l'interdit du consacré naissent ensemble, au même instant — aucun n'étant antérieur, ils s'appliquent tous deux (on n'objecte pas qu'un interdit ne se surajoute pas à un interdit déjà en place).

10
ומי מצית מוקמת לה בשליל, והא מדקתני סיפא ״נוהג בשליל״, מכלל דרישא לאו בשליל עסקינן! הכי קאמר: דבר זה מחלוקת דרבי יהודה ורבנן.

Mais peux-tu l'établir [comme parlant] du foetus ? Or, du fait que la sefa [la suite] enseigne 'il s'applique au foetus', il s'ensuit (mikhlal) que la recha [le début] ne traite pas du foetus !

Voici ce qu'il dit : cette chose-là [enseignée au début] est [l'objet d']une controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages.

📜 Rachi (2)
מכלל דרישא לאו בשליל עסקינן דאי מרישא שמעינן דנוהג בשליל סיפא למה ליה למתנייה:
Il s'ensuit que la recha ne traite pas du foetus — car si nous apprenions du début [que l'interdit] s'applique au foetus, pourquoi la sefa aurait-elle besoin de l'enseigner ?
ה"ק כו' כלומר רישא ודאי אשמעינן דנוהג בשליל דאי אין נוהג בשליל קדים ליה איסור מוקדשין ותו לא אתי איסור גיד וחייל עליה והדר תנא פלוגתא לאשמעינן דדבר זה שהשמיענו תחלה נוהג בשליל לאו דברי הכל היא אלא מחלוקת רבי יהודה ורבנן:
Voici ce qu'il dit, etc. — c'est-à-dire : le début, assurément, nous apprend [que l'interdit] s'applique au foetus, car s'il ne s'appliquait pas au foetus, l'interdit des consacrés [le] précéderait et l'interdit du nerf ne viendrait plus se surajouter à lui ; puis le Tana a répété la controverse pour nous apprendre que cette chose qu'il nous a [d'abord] apprise — [à savoir que l'interdit] s'applique au foetus — n'est pas [admise] de tous, mais [est l'objet d']une controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages.
🗂️ Tossefot (1)
והא מדקתני סיפא דנוהג בשליל מכלל דרישא כו' תימה מאי פריך הא סיפא בשליל שנשחטה אמו ורישא בשלא נשחטה ועוד דמאי קא משני דבר זה מחלוקת רבי יהודה ורבנן והלא אף רבי יהודה מודה דאסור כי לא נשחטה האם דדוקא בנשחטה פליגי דהא רבי יוחנן אית ליה בפרק בהמה המקשה (גם זה שם) דתלש חלב מבן ט' חי דחלבו כחלב בהמה אע"פ שאם נשחטה האם הכל מותר אפילו חלבו וגידו מכל בבהמה תאכלו:
Mais du fait que la sefa enseigne 'il s'applique au foetus', il s'ensuit que la recha, etc. — il y a lieu de s'étonner : qu'objecte-t-il ? Voici que la sefa [parle] d'un foetus dont la mère a été abattue, et la recha [parle d'un cas] où la mère n'a pas été abattue ! Et de plus, que répond-il par 'cette chose-là est [l'objet d']une controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages' — alors que même Rabbi Yehouda concède que [le foetus] est interdit lorsque la mère n'a pas été abattue ; car c'est précisément dans [le cas] où [la mère] a été abattue qu'ils divergent ! Puisque Rabbi Yo'hanan tient, au chapitre Behema ha-Maksha (Houlin 75a, ibidem), que [celui] qui arrache de la graisse à un [foetus] de neuf [mois] vivant — sa graisse [est] comme la graisse d'une bête, bien que, si la mère a été abattue, tout [soit] permis, même sa graisse et son nerf, [car] 'de tout [animal] parmi la bête, vous mangerez' (Lévitique 11).
💡 Explication

Objection. Si la recha (le début de la michna, 'dans les consacrés') parlait déjà du foetus, pourquoi la sefa reviendrait-elle enseigner 'il s'applique au foetus' ? Cette redite montre que la recha ne traite pas du foetus. Réponse : la recha enseigne bien implicitement le foetus (sans quoi 'dans les consacrés' n'aurait pas de portée), et la sefa ne fait que signaler que ce point précis — l'application au foetus — est l'objet d'une controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages.

11
ומי מצית אמרת דתרוייהו בהדי הדדי קאתו? והתנן: על אלו טומאות הנזיר מגלח, על המת ועל כזית מן המת.

Et peux-tu dire que les deux viennent l'un avec l'autre [simultanément] ? Mais n'avons-nous pas appris (Nazir 49b) : pour ces impuretés le nazir se rase — pour [l'impureté impartie par] un mort (met), et pour [celle impartie par] un olive (kazayit) [pris] d'un mort.

📜 Rachi (2)
הנזיר מגלח שאם נטמא לאחר שמנה מקצת נזירותו סותר כל מה שמנה ומגלח וחוזר ומתחיל ומונה כדכתיב (במדבר ו) והימים הראשונים יפלו:
Le nazir se rase — car, s'il s'est rendu impur après avoir compté une partie de sa nezirout, il annule tout ce qu'il a compté, se rase, recommence et compte [de nouveau], comme il est écrit (Nombres 6) 'et les premiers jours tomberont'.
על המת כו' אבל לא על שאר טומאות כגון נבלה ושרץ דמת כתיב בפרשה (שם) וכי ימות מת עליו:
Pour un mort, etc. — mais non pour les autres impuretés, comme une charogne (nevela) ou un reptile (cherets), car 'mort' (met) est écrit dans la section (Nombres 6) : 'et [si quelqu'un] meurt auprès de lui'.
💡 Explication

Nouvelle objection contre la simultanéité des deux interdits. On la teste à partir de la michna du nazir (Nazir 49b) : le nazir devenu impur doit se raser (et recommencer son comput) pour certaines impuretés — entre autres celle d'un cadavre entier (met) et celle d'un olive de chair (kazayit) prélevé d'un mort.

12
וקשיא לן: על כזית מן המת מגלח, על כולו לא כל שכן? ואמר רבי יוחנן: לא נצרכה אלא לנפל שלא (נקשרו) [נתקשרו] אבריו בגידין.

Et cela nous faisait difficulté : pour un olive [pris] d'un mort il se rase ; pour la totalité [du mort], n'est-ce pas à plus forte raison ? Et Rabbi Yo'hanan a dit : cela n'est requis que pour un avorton (nefel) dont les membres ne se sont pas [encore] noués (nitkachrou) par les tendons (gidin).

📜 Rachi (1)
לנפל שכולו קיים ועדיין לא נתקשרו איבריו בגידין שהרי כל איבריו נוצרים ועדיין אין עליו כזית בשר:
Pour un avorton — qui est tout entier présent, et dont les membres ne se sont pas encore noués par les tendons ; car tous ses membres [sont] formés, et il n'y a pas encore sur lui un olive de chair.
🗂️ Tossefot (1)
ואמר רבי יוחנן לא נצרכה אלא לנפל כו' תימה דבנזיר פרק כהן גדול (נזיר דף נ.) גרסינן בכל הספרים כדא"ר יוחנן כו' משמע דרבי יוחנן לא אמר אההיא דנזיר ונראה דהכא נמי גרסינן כדא"ר יוחנן ודר' יוחנן אפשר דאיתמר אמתניתין דאהלות (פ"ב מ"א) דתנן אלו מטמאים באהל המת כו' ורבינו שמואל מיישב גירסת הספרים דהתם גרסינן כדאמר והכא גרסינן ואמר דהתם על פירכא דעל כזית מגלח על כולו לא כל שכן אמר רב יוסף לא נצרכה אלא למת שאין עליו אפילו כזית בשר והדר פריך ואכתי על אבר ממנו מגלח על כולו לא כל שכן ומשני כדאמר ר' יוחנן לא נצרכה פירוש כדאמר רבי יוחנן על פירכא קמייתא דעל כזית כו' דכיון שלא נתקשרו איבריו עדיין מסתמא אין עליו כזית הכא נמי כו' והכא דלא מייתי אלא פירכא קמייתא קאמר וא"ר יוחנן משום דאפירכא קמייתא איתמר מילתיה דרבי יוחנן:
Et Rabbi Yo'hanan a dit : cela n'est requis que pour un avorton, etc. — il y a lieu de s'étonner, car dans [le traité] Nazir, au chapitre Cohen Gadol (Nazir 50a), nous lisons dans tous les livres 'comme l'a dit Rabbi Yo'hanan, etc.', ce qui implique [que] Rabbi Yo'hanan ne l'a pas dit à propos de cette [michna] de Nazir ; et il semble [qu']ici aussi nous lisons 'comme l'a dit Rabbi Yo'hanan' ; et [le propos] de Rabbi Yo'hanan, il se peut qu'il ait été énoncé à propos de la michna d'Oholot (chapitre 2, michna 1), [où] nous avons appris 'voici ce qui rend impur dans la tente [auprès] d'un mort, etc.'. Et Rabbenou Chmouel concilie la version des livres : là-bas (Nazir 50a) nous lisons 'comme il a dit', et ici nous lisons 'et il a dit' — car là-bas, sur l'objection 'pour un olive il se rase, pour la totalité n'est-ce pas à plus forte raison', Rav Yossef a dit 'cela n'est requis que pour un mort sur lequel il n'y a même pas un olive de chair' ; puis [le Talmud] objecte de nouveau 'mais encore : pour un membre [pris] de lui il se rase, pour la totalité n'est-ce pas à plus forte raison', et l'on résout 'comme l'a dit Rabbi Yo'hanan : cela n'est requis [que pour un avorton]' — c'est-à-dire comme l'a dit Rabbi Yo'hanan sur la première objection, celle de 'pour un olive, etc.', [à savoir] que, dès lors que ses membres ne se sont pas encore noués, il n'y a vraisemblablement pas encore sur lui un olive — ici de même, etc. ; et ici, où [le Talmud] n'amène que la première objection, il dit 'et Rabbi Yo'hanan a dit', parce que le propos de Rabbi Yo'hanan a été énoncé sur la première objection.
💡 Explication

La difficulté sur cette michna, et sa résolution — qui sert ici de preuve. Si le nazir se rase pour un simple olive de chair mortuaire, à plus forte raison pour un cadavre entier : enseigner 'un mort' semble superflu ! Rabbi Yo'hanan résout : 'un mort' vise le cas particulier d'un avorton (nefel) dont les membres ne sont pas encore liés par les tendons (gidin) — un foetus complet (donc 'un mort' entier qui rend impur) mais qui ne porte pas encore un olive de chair. Cela montre, pour notre sujet, que les tendons (et donc l'interdit du nerf) ne sont pas formés en même temps que le reste : la simultanéité des deux interdits n'est donc pas évidente.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).