Sougya : Le daf achève d'abord le débat Rabbi / Rabbanan : le nerf sciatique (gid ha-nache), interdit à la consommation, monte-t-il malgré tout à l'autel ? Rabbi l'assimile au helev et au sang (interdits à manger mais offerts) ; les Rabbanan l'excluent par 'mi-machke Israël' (de ce qui est permis à Israël) et répondent que le helev et le sang sont différents, leur mitsva étant précisément de brûler.
Rav Houna enseigne qu'on arrache le nerf de l'holocauste vers le tapuach (monticule de cendres central), Rav Hisda objecte, et une braita confirme Rav Houna. De là, la Gemara passe au tapuach et à son évaluation 'jusqu'à trois cents kor', amorce du thème du langage hyperbolique (lechon havai) : Rabbi Ami puis Chmouel établissent que la Torah, les Prophètes et les Sages 'parlent par exagération' — trois lieux chez les Sages : le tapuach, la vigne d'or (guefen) et le Rideau (parokhet).
Enfin, la michna interdisant le nerf des deux cuisses, droite et gauche, est opposée à Rabbi Yehouda qui ne l'applique qu'à une seule, 'le bon sens tranchant pour la droite' : est-ce certitude (daat Torah) ou doute qui penche (daat nota) ? La michna des os et nerfs brûlés de l'agneau pascal, lue par Rav Hisda, tranche en faveur du doute ; Rav Ika bar Hanina sauve la lecture de la certitude par le cas où les nerfs furent reconnus puis mélangés.
[Pour Rabbi,] le verset n'était pas nécessaire pour [les] inclure [les nerfs et les os qui se sont détachés de la chair, car ils ne sont de toute façon pas appelés 'chair' et nul n'aurait pensé les exclure]. Lorsqu'un verset a été nécessaire, [c'était] pour le nerf sciatique (gid ha-nache) attaché [à la chair] [le terme 'tout' (kol) enseigne que, s'il est attaché, on le fait monter à l'autel].
Fin du raisonnement de Rabbi (commencé en 90a) sur le mot kol ('tout') des holocaustes. Pour Rabbi, le verset inclusif n'avait pas besoin de viser les nerfs et os détachés (ils ne sont pas de la chair, on les ôte naturellement) : il vise le gid ha-nache encore attaché à la cuisse, pour enseigner qu'on le fait monter à l'autel avec la chair, bien qu'il soit interdit à la consommation.
Et les Rabbanan [expliquent leur opinion par le verset] 'mi-machke Israël' (Ezechiel 45:15) — [c'est-à-dire] de ce qui est permis à Israël [à la consommation ; or le gid ha-nache n'est pas permis, donc il ne monte pas à l'autel, et 'tout' inclut les nerfs et les os même détachés de la chair].
Les Rabbanan fondent leur position contraire sur 'mi-machke Israël' (Éz 45:15) : on n'offre à l'autel que ce qui est permis à Israël à la consommation. Le gid ha-nache, interdit à manger, ne monte donc pas à l'autel. Pour eux, le mot 'tout' sert à inclure les nerfs et os détachés.
Et Rabbi [répond] : [le gid ha-nache attaché monte à l'autel,] de même qu'il en va du helev (graisse interdite) et du sang [qui, interdits à la consommation, montent néanmoins à l'autel]. Et les Rabbanan [répondent] : le helev et le sang [sont] différents, [car] leur mitsva [consiste] précisément en cela [à être brûlés sur l'autel].
Échange final. Rabbi : le nerf attaché monte à l'autel comme le helev et le sang, eux aussi interdits à manger mais offerts. Rabbanan : le helev et le sang sont différents, car leur mitsva même est d'être brûlés sur l'autel ; rien de tel pour le gid ha-nache. [Selon Rav Nahman bar Yits'hak, Rabbi Hiyya bar Yossef suit Rabbi (le nerf monte), et Rabbi Yo'hanan suit les Rabbanan (il ne monte pas).]
Rav Houna dit : le nerf sciatique d'un holocauste (ola), on l'en retire (holtso) [et on le jette] vers le tapuach (le monticule de cendres au centre de l'autel). Rav Hisda dit : maître de cette tradition (mari dikhi) !
Est-il écrit 'c'est pourquoi l'autel ne mangera pas [le nerf sciatique]' ? 'C'est pourquoi les enfants d'Israël ne mangeront pas [le nerf sciatique]' (Genèse 32:33) [voilà ce qui] est écrit !
Nouveau débat. Rav Houna : le nerf sciatique d'un holocauste ne brûle pas avec la bête ; on l'arrache et on le jette sur le tapuach — le monticule de cendres central de l'autel. Rav Hisda objecte ironiquement ('mari dikhi', maître de cette tradition !) : le verset interdit le nerf aux enfants d'Israël (à manger), non à l'autel (à brûler) — rien n'empêche donc qu'il monte avec l'holocauste.
Et Rav Houna [répond] : [il s'appuie sur] 'mi-machke Israël' — de ce qui est permis à Israël [seul ce qui est permis à la consommation monte à l'autel ; le gid ha-nache, interdit, ne monte donc pas].
Réponse de Rav Houna : il fonde sa position sur 'mi-machke Israël' (de ce qui est permis à Israël) — seul ce qui est consommable monte à l'autel. Le nerf sciatique, interdit à la consommation, ne brûle donc pas avec l'holocauste ; on l'arrache.
On [lui] objecte : le nerf sciatique d'un sacrifice de paix (chelamim) — on le balaie vers le canal (ama) ; et celui d'un holocauste (ola) — on le fait monter (maalehou). Est-ce que cela [ne signifie] pas [qu']on le fait monter et qu'on le brûle [avec la bête, contre Rav Houna] ?
Objection à Rav Houna, tirée d'une braita. Pour le chelamim (dont la cuisse se mange), on retire le nerf et on le balaie vers le canal (ama) du parvis. Pour l'holocauste, 'on le fait monter'. N'est-ce pas qu'on le fait monter et qu'on le brûle avec la bête — contredisant Rav Houna ?
Non : on le fait monter et on l'en retire (holtso) [au sommet de l'autel, sans le brûler]. Et puisqu'on l'en retire, pourquoi le fait-on monter ?
Parce qu'il est dit 'présente-le donc à ton gouverneur [sera-t-il satisfait de toi ?]' (Malachie 1:8).
Réponse en faveur de Rav Houna : 'on le fait monter' signifie qu'on hisse la cuisse entière, puis on en retire le nerf au sommet de l'autel (sans le brûler). Pourquoi le faire monter alors ? Pour ne pas présenter à l'autel une cuisse déjà découpée, mutilée — au titre de 'présente-le donc à ton gouverneur' (Malachie 1:8) : on n'offre que ce qui est entier et digne.
Il est enseigné [dans une braita] conformément à Rav Houna : le nerf sciatique d'un sacrifice de paix (chelamim) — on le balaie vers le canal (ama) ; et celui d'un holocauste (ola) — on l'en retire [et on le jette] vers le tapuach.
Une braita confirme explicitement Rav Houna (tania kavateh) : le nerf du chelamim se balaie vers le canal (ama) ; celui de l'holocauste se retire vers le tapuach (monticule de cendres) — et ne brûle donc pas sur l'autel.
Nous avons appris là (Tamid 28b) : un tapuach (monticule de cendres) se trouvait au centre de l'autel ; parfois il y avait sur lui comme trois cents kor [de cendres]. Rava dit : [c'est] une exagération (gouzma).
Transition vers le thème du langage hyperbolique. Une michna (Tamid 28b) décrit le tapuach, monticule de cendres au centre de l'autel, qui portait 'parfois jusqu'à trois cents kor'. Rava : c'est une gouzma (exagération) — le tana veut seulement dire qu'il y avait une grande quantité de cendres.
[De même la michna (Tamid 30a) :] on abreuvait l'agneau perpétuel (tamid) [d'eau] dans une coupe d'or [afin de l'écorcher plus aisément après l'abattage]. Rava dit : [c'est] une exagération (gouzma).
Deuxième cas. Une michna (Tamid 30a) dit qu'avant l'abattage on faisait boire l'agneau du tamid (offrande perpétuelle) dans une coupe d'or, pour faciliter l'écorchage. Rava : c'est encore une gouzma — non pas une coupe d'or au sens propre. [La Gemara nuancera plus loin ce point.]
Rabbi Ami dit : la Torah a parlé un langage [d']exagération (lechon havai), les Prophètes ont parlé un langage [d']exagération, les Sages ont parlé un langage [d']exagération. Que les Sages aient parlé un langage [d']exagération — c'est ce que nous avons dit [à propos du tapuach et de l'agneau].
Rabbi Ami énonce le principe général : la Torah, les Prophètes et les Sages emploient parfois un langage d'exagération (lechon havai). Pour les Sages, on l'a déjà vu (le tapuach, l'agneau du tamid).
La Torah a parlé un langage [d']exagération : 'des villes grandes et fortifiées jusqu'au ciel' (Deutéronome 9:1). Les Prophètes ont parlé un langage [d']exagération : 'et la terre se fendit à leur voix' (I Rois 1:40).
Les deux preuves. Pour la Torah : 'des villes grandes et fortifiées jusqu'au ciel' (Deut 9:1) — manifestement les remparts n'atteignaient pas le ciel. Pour les Prophètes : lors du couronnement de Salomon, 'la terre se fendit à leur voix' (I Rois 1:40) — c'est-à-dire que la clameur était très forte.
Rabbi Yits'hak bar Nahmani dit au nom de Chmouel : en trois endroits les Sages ont parlé un langage [d']exagération (lechon havai), les voici : le tapuach, la vigne (guefen) et le Rideau (parokhet). Le tapuach — c'est ce que nous avons dit.
Chmouel (rapporté par Rabbi Yits'hak bar Nahmani) précise les trois lieux où les Sages ont parlé par exagération : le tapuach (monticule de cendres), la guefen (vigne d'or du Heikhal) et la parokhet (le Rideau). Le tapuach a déjà été vu.
La vigne (guefen), comme nous avons appris (Middot 36a) : une vigne d'or se tenait à l'entrée du Heikhal (Sanctuaire), conduite (modla) sur des perches (kelonsot) ; et quiconque faisait don d'un grain ou d'une grappe [d'or] l'apportait et l'y suspendait. Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok dit : il y eut un fait (maasse), et l'on compta sur elle trois cents cohanim pour la déplacer.
Deuxième lieu. Une michna (Middot 36a) décrit la vigne d'or à l'entrée du Sanctuaire, palissée sur des perches ; chaque donateur y suspendait un grain ou une grappe d'or. Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok rapporte qu'une fois, trois cents cohanim furent requis pour la déplacer — ce nombre étant, selon Chmouel, une exagération de son poids.
Le Rideau (parokhet), comme nous avons appris (Chekalim 8:2) : Rabban Chimon ben Gamliel dit au nom de Rabbi Chimon le Segan (adjoint du Grand Prêtre) : le Rideau, son épaisseur [est] d'un tefah (paume) ; il est tissé sur soixante-douze fils [de chaîne] (nirim), et sur chaque brin (nima) [il y a] vingt-quatre fils. Sa longueur [est] de quarante coudées, sa largeur de vingt coudées ; il est fait de quatre-vingt-deux myriades [de fils] ; on en fabrique deux par an ; et trois cents cohanim l'immergent.
Troisième lieu. Une michna (Chekalim 8:2) décrit le Rideau (parokhet) : épais d'un tefah, tissé sur 72 fils de chaîne, chaque brin de 24 fils ; 40 coudées de haut sur 20 de large ; fait de 82 myriades de fils ; deux fabriqués chaque année ; et si lourd que 'trois cents cohanim l'immergent' lorsqu'il devient impur — ce dernier chiffre étant l'exagération.
[La michna :] 'à la cuisse droite et à la cuisse gauche.' La michna [n'est] pas selon Rabbi Yehouda, car il est enseigné [dans une braita] : Rabbi Yehouda dit : [l'interdit du nerf sciatique] ne s'applique qu'à une seule [cuisse], et le bon sens tranche (ha-daat makhraat) [en faveur] de la droite.
Retour à la michna, qui étend l'interdit du nerf sciatique aux deux cuisses, droite et gauche. La Gemara note : cette michna n'est pas selon Rabbi Yehouda, qui dans une braita restreint l'interdit à une seule cuisse, 'le bon sens tranchant (ha-daat makhraat) en faveur de la droite'.
On s'est interrogé (ibaaya lehou) : est-ce une chose évidente pour Rabbi Yehouda [que seul le droit est interdit], et que veut [alors] 'le bon sens' ? [Il veut dire] le bon sens de la Torah (daat Torah).
Ou bien peut-être est-il dans le doute, et que veut [alors] 'le bon sens' ? [Il veut dire] un bon sens qui penche (daat nota).
Le dilemme. Quand Rabbi Yehouda dit 'le bon sens tranche pour la droite' : est-ce une certitude — seul le gid droit est interdit, et 'le bon sens' = la logique de la Torah (daat Torah) ? Ou bien est-il dans le doute (droite ou gauche ?), et 'le bon sens' désigne seulement une inclination, un bon sens qui penche (daat nota) sans trancher absolument ?
Viens entendre (ta chema) [une preuve] : 'les os, les nerfs (guidin) et le reste (notar) seront brûlés le seizième [de Nissan]' (Pessahim 83a). Et nous avons discuté là-dessus : ces nerfs, de quoi s'agit-il (mai avidtaihou) ?
Si [ce sont] des nerfs de chair (guidei bassar) — qu'on les mange ! Et s'[ils sont restés] en surplus (de-aytour) — c'est [précisément] le reste (notar) [pourquoi les mentionner à part] ?
Plutôt, [ce sont] les nerfs du cou (guidei tsavar) [durs comme les os] ; [mais] s'ils ne sont pas de la chair, qu'on les jette [pourquoi les brûler] ?
Preuve par la michna de Pessahim (83a) : 'les os, les nerfs et le reste (notar) [de l'agneau pascal] se brûlent le 16 de Nissan'. La Gemara y discutait : de quels nerfs s'agit-il ? Des nerfs de chair ? alors qu'on les mange ! Du surplus non mangé ? c'est déjà le 'notar' ! Plutôt les nerfs du cou, durs comme l'os — mais alors, n'étant pas de la chair, pourquoi les brûler plutôt que les jeter ?
Et Rav Hisda dit : [la mention des nerfs] n'était nécessaire que pour le nerf sciatique (gid ha-nache), et selon Rabbi Yehouda, qui dit : [l'interdit] ne s'applique qu'à une seule [cuisse].
Rav Hisda résout : la michna mentionne séparément 'les nerfs' uniquement pour le gid ha-nache, et selon Rabbi Yehouda, pour qui l'interdit ne porte que sur une seule cuisse. C'est ce cas qui va trancher le dilemme.
Accordons que, si tu dis qu'il est dans le doute [droite ou gauche] — c'est bien (chapir) [les deux nerfs requièrent la combustion]. Mais si tu dis qu'il est évident pour lui que [seul] le droit [est interdit] : ce qui est permis (de-heteira) [le gauche], qu'on le mange ! ce qui est interdit (de-issoura) [le droit], qu'on le jette [pourquoi brûler] !
Le dilemme se résout. Si Rabbi Yehouda est dans le doute : on ne peut manger aucun des deux nerfs (l'un pourrait être l'interdit), et chacun devient du notar à brûler — la michna se comprend. Mais s'il est certain que seul le droit est interdit, alors le gauche (permis) devrait se manger, et le droit (interdit, non consommable) se jeter — aucun ne devrait être brûlé !
Rav Ika bar Hanina dit : en réalité je puis te dire qu'il [en] est évident pour lui [que seul le droit est interdit], et ici de quoi traitons-nous ? D'un cas où [les nerfs] ont été reconnus (houkrou) [retirés de chaque cuisse] et ont fini par se mélanger (nitarvou) [si bien qu'on ne sait plus lequel vient de la droite].
Rav Ika bar Hanina sauve la lecture de la certitude : on peut maintenir que pour Rabbi Yehouda seul le gid droit est interdit. La michna traite d'un cas particulier : les nerfs ont d'abord été reconnus et retirés de chaque cuisse, puis se sont mélangés — on ne distingue plus le droit du gauche. Ils doivent donc tous deux être laissés puis brûlés le lendemain.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).