Chullin 91a — les deux nerfs de la cuisse, l'avertissement incertain, et pourquoi le nerf de droite (le combat de Yaakov)

Chullin 91a

Sougya : La sougya achève la question ouverte sur le gid hanashe : pourquoi la michna fait-elle garder puis brûler le nerf du pessa'h au lieu de le manger ? Rav Achi répond : à cause de sa graisse (chouman), permise par la Torah mais que les Israélites, peuple saint, se sont interdite par coutume ; Ravina : à cause du nerf externe (hitson), interdit seulement par les Sages.

Suit le grand débat : Rabbi Yehouda, qui n'interdit par la Torah que le nerf de la cuisse droite, est-il certain (pachit lei) ou dans le doute (mesappek lei) ? Si dans le doute, l'avertissement avant chaque consommation serait un avertissement incertain (hatraat safek), que R.

Yehouda tient pour nul. La Gemara confronte trois sources (les deux nerfs valant 80, le fils incertain frappé, le reste du pessa'h) et conclut, par la braita des deux nerfs de deux bêtes, qu'il est certain.

Rava, R. Yehochoua ben Levi, R.

Chmouel bar Nahmani et Rav Chmouel bar Aha donnent quatre raisons que c'est la cuisse DROITE. La fin est aggadique : pourquoi le nom 'gid ha-nashe' (il a sauté, nasha, hors de sa place), l'extension de l'interdit à tout Israël, Yossef faisant ôter le nerf devant ses frères, Yaakov reste seul pour de petites cruches (les justes tiennent à leur bien car ils ne volent pas), et qu'un talmid 'hakham ne sorte pas seul la nuit.

Les deux nerfs de la cuisse (Rav Yehouda au nom de Chmouel) pourquoi la michna garde et brûle le nerf du pessa'h au lieu de le manger Nerf interne (penimi) collé à l'os (etsem) long, s'étend dans toute la cuisse INTERDIT par la Torah on est passible (hayav) de flagellation c'est lui 'sur la kaf' du verset Nerf externe (hitson) collé à la chair (bassar) court, en travers du bas de la cuisse INTERDIT par les Sages (derabanan) on n'est PAS passible de flagellation permis par la Torah -> brûle comme reste (notar)
Les deux nerfs (segment 1) : l'interne (Torah, flagellation) et l'externe (rabbinique, pas de flagellation) — clé des réponses de Ravina.
Rabbi Yehouda est-il certain ou dans le doute ? seul le nerf de droite est-il interdit par la Torah ? la Gemara cherche à trancher CERTAIN (pachit lei) le nerf de droite seul = Torah l'avertissement est CERTAIN deux nerfs de deux cuisses droites de deux bêtes -> 80 (deux interdits sûrs) conclusion retenue (seg 8-9) 40 seulement si pas un kazayit (seg 10) DANS LE DOUTE (mesappek) lequel des deux est de la Torah ? l'avertissement est INCERTAIN or pour R. Yehouda (un tana) avertissement incertain n'est pas un avertissement -> devrait exempter totalement écarte : ce tana suit l'autre avis (seg 5)
L'enjeu central (segments 2-10) : R. Yehouda certain ou dans le doute, et l'effet sur l'avertissement incertain (hatraat safek).
Pourquoi le nerf de la cuisse DROITE ? quatre lectures du combat de Yaakov Rava (le verset) 'ha-yarekh' (la cuisse, avec article) = la cuisse la plus distinguée -> la droite R. Yehochoua b. Levi 'be-heavko' = comme on enlace l'ange enlace Yaakov par-devant, sa main atteint la kaf droite R. Chmouel bar Nahmani l'ange parut un non-Juif (goy) on le place à sa droite (prudence) -> cuisse droite touchée Rav Chmouel bar Aha l'ange parut un talmid 'hakham on le place à sa droite (honneur) marcher à droite du maître = ignorant
Pourquoi la cuisse droite (segments 11-15) : les quatre lectures du combat de Yaakov contre l'ange.
1
רַב אַשִּׁי אָמַר: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְשָׁמְנוֹ, דְּתַנְיָא: שֶׁמָּנוּ מֻותָּר, וְיִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים נָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר.

Rav Achi a dit : [l'enseignement de la michna, selon lequel les nerfs sont brûlés,] n'est nécessaire que pour sa graisse (chouman) [la graisse du nerf de la cuisse], comme il est enseigné [dans une braita] : sa graisse [celle du gid hanashe] est permise [par la Torah], mais les Israélites, [étant] saints, ont adopté à son sujet une [pratique d']interdit.

📜 Rachi (2)
רַב אָשֵׁי אָמַר מֵהָכָא לֹא תִּפְשׁוֹט וְטַעְמָא לָאו מִשּׁוּם סְפֵיקָא דְּגִיד הוּא אֶלָּא מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ וְהָכָא בְּשֻׁומַּן הַגִּיד קָאָמַר דְּמֻותָּר מִדְּאוֹרַיְיתָּא:
Rav Achi a dit — d'ici, ne tranche pas [la question] ; et la raison [pour laquelle on brûle] n'[est] pas à cause d'un doute sur le nerf (gid), mais [parce que] cela lui [est] tout à fait évident (pachit lei) ; et ici, [c'est] de la graisse du nerf qu'il parle, [graisse] qui est permise par la Torah.
וְיִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הָעוֹשִׂין סְייָג לַתּוֹרָה נָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר וְהִלְכָּךְ עַל כָּרְחָיךְ מְשַׁייֵּר לֵיהּ מִשּׁוּם מִנְהָגָא וּשְׂרֵפָה בָּעֵי הוֹאִיל וּמִדְּאוֹרַיְיתָּא בַּר אֲכִילָה הוּא:
Et les Israélites, [étant] saints — ceux qui font une haie (seyag) [protectrice] autour de la Torah ont adopté à son sujet une [pratique d']interdit ; et dès lors, force [est] qu'il le mette de côté (mechayer lei) à cause de la coutume (minhaga), et il requiert d'être brûlé, puisque par la Torah il est propre à la consommation (bar akhila).
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְשֻׁמָּנוֹ שֶׁל גִּיד לָא קָאֵי אַדְּרַב חִסְדָּא דְּמוּקֵי לָהּ כְּר' יְהוּדָה וּלְפִי מַה שֶׁאָמַר לְקַמָּן דִּלְר' יְהוּדָה שַׁמְנוֹ שֶׁל גִּיד אֲפִילּוּ מִדְּרַבָּנָן שָׁרִי לָא אָתְיָא אֶלָּא כְּרַבִּי מֵאִיר וְהָא דְּלָא קָאָמַר רַב אַשִּׁי אַלִּיבָּא דְּר"מ מִשּׁוּם דְּבַבָּרַיְיתָא דְּמַייְתֵי לֹא הֻוזְכַּר בָּהּ ר"מ וְכֵן רָבִינָא דְּמוּקֵי לָהּ בְּגִיד הַחִיצוֹן דְּהָוֵי מִדְּרַבָּנָן לִכְאוֹרָה לָא אָתֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּלְקַמָּן מַפִּיק לָהּ מֵהַיָּרֵךְ דִּפְשִׁיט לֵיהּ בְּכוּלֵּיהּ יָרֵךְ לְאַפּוֹקֵי חִיצוֹן דְּלָא וְרַבִּי יְהוּדָה דְּרֵישׁ הַיָּרֵךְ הַמְיֻומֶּנֶת שֶׁבַּיָּרֵךְ אִם לֹא נֹאמַר דְּתַרְתֵּי שָׁמְעַת מִינָּהּ דִּבְלָאו הָכִי דְּרֵישׁ לֵיהּ לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף צו:) לִדְרָשָׁה אַחֲרִיתִי וְנֵימָא דְּכוּלְּהוּ מַפִּיק מִינָּהּ:
Rav Achi a dit : [l'enseignement de la michna] n'est nécessaire que pour la graisse du nerf — [cela] ne se rapporte pas à [l'enseignement] de Rav Hisda, qui l'établit selon Rabbi Yehouda ; et d'après ce qui est dit plus loin, [à savoir] que pour Rabbi Yehouda la graisse du nerf est permise même par [décret] rabbinique, [cet enseignement] ne s'accorde qu'avec Rabbi Meir. Et si Rav Achi n'a pas dit [son propos] selon Rabbi Meir, [c'est] parce que, dans la braita qu'il apporte, Rabbi Meir n'a pas été mentionné. Et de même Ravina, qui l'établit [comme parlant] du nerf externe, lequel est [interdit] par [décret] rabbinique — apparemment [cela] ne s'accorde pas avec Rabbi Yehouda, qui plus loin le dérive de 'la cuisse', [verset] qu'il étend à toute la cuisse, [précisément] pour exclure l'externe [qui] non [il n'est pas visé par la Torah]. Et Rabbi Yehouda expose '[la cuisse] la plus distinguée de la cuisse' — à moins de dire que tu apprends deux [choses] de [ce mot] ; car de toute façon il l'expose plus loin (Houlin 96b) pour une autre exégèse, et nous dirions [alors] qu'il tire le tout de [ce seul mot].
💡 Explication

Clôture de la question ouverte (depuis 90b) : pourquoi la michna fait-elle brûler les nerfs du pessa'h au lieu de les manger, alors qu'il y a mitsva de tout consommer ? Rav Achi : il ne s'agit pas du nerf lui-même mais de sa graisse (chouman), permise par la Torah ; comme les Israélites, peuple saint, se la sont interdite par coutume (minhag), on ne peut pas la manger, mais comme elle reste permise d'après la Torah elle a statut de viande consacrée et doit être brûlée en tant que reste (notar). On ne peut donc rien déduire d'ici quant au doute sur le nerf lui-même.

2
רָבִינָא אָמַר: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְכִדְרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, שְׁנֵי גִּידִין הֵן: פְּנִימִי סָמוּךְ לָעֶצֶם – אָסוּר, וְחַיָּיבִין עָלָיו; חִיצוֹן סָמוּךְ לַבָּשָׂר – אָסוּר, וְאֵין חַיָּיבִין עָלָיו.

Ravina a dit : [l'enseignement de la michna] n'est nécessaire que pour [un cas] tel que celui de Rav Yehouda au nom de Chmouel, car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il y a deux nerfs [visés par l'interdit] — l'interne (penimi), proche de l'os (etsem) : [il est] interdit, et l'on est passible [de flagellation] à son sujet ; l'externe (hitson), proche de la chair (bassar) : [il est] interdit, mais l'on n'est pas passible à son sujet.

📜 Rachi (6)
פְּנִימִי הַסָּמוּךְ לָעֶצֶם הוּא גִּיד אָרֹוךְ וְנָתוּן לְאָרְכוּ שֶׁל שׁוֹפִי כְּשֶׁפּוֹרְעִין אֶת הַיָּרֵךְ וּפוֹשֵׁט בְּכָל הַיָּרֵךְ רֹאשׁוֹ אֶחָד מְחֻובָּר בְּעֶצֶם הָאַלְיָה וּמִשָּׁם נִפְשָׁט לְאֹורֶךְ הַשּׁוֹפִי עַד מְקוֹם חִיבּוּר הַקּוּלִית וְעֶצֶם הַיָּרֵךְ וְשָׁם הוּא סָמוּךְ לָעֶצֶם:
L'interne, proche de l'os — c'est un nerf long, disposé dans la longueur de la pente [de la cuisse] (chofi) lorsqu'on ouvre la cuisse ; il s'étend dans toute la cuisse : l'une de ses extrémités est attachée à l'os de la croupe (alya), et de là il s'étend dans la longueur de la pente jusqu'à l'endroit où se joignent le fémur (koulit) et l'os de la cuisse — et là il [est] proche de l'os.
אָסוּר מִן הַתּוֹרָה:
Interdit — par la Torah.
וְחַייָּבִין עָלָיו מַלְקוּת כִּדְיָלֵיף לְקַמָּן מֵהַיָּרֵךְ וְעוֹד שֶׁהוּא עַל הַכַּף שֶׁהַכַּף הוּא בָּשָׂר עָגוֹל הַסּוֹבֵב אֶת הַקּוּלִית דְּבוּקָה בָּהּ וְעַל שֵׁם שֶׁהוּא בְּצַד פְּנִימִי שֶׁל יֶרֶךְ צַד שֶׁכְּלַפֵּי יֶרֶךְ חֲבֶרְתָּהּ כְּשֶׁהַבְּהֵמָה מְחֻובֶּרֶת קָרֵי לָהּ פְּנִימִי:
Et l'on est passible à son sujet — [de] flagellation, comme [on le] dérive plus loin de 'la cuisse' ; et de plus [parce] qu'il est sur la kaf (le creux arrondi) — car la kaf est la chair ronde qui entoure le fémur, collée à lui ; et du fait qu'il [se trouve] du côté interne de la cuisse, le côté tourné vers l'autre cuisse lorsque la bête est [encore] entière, on l'appelle 'interne' (penimi).
וְאֵין חַייָּבִים עָלָיו דְּלָאו הַייְנוּ עַל הַכַּף אֶלָּא בְּתוֹךְ הַכַּף וּבְהַהוּא חִיצוֹן עָסְקִינַן וּמְשַׁיֵּיר לֵיהּ עַל כָּרְחֵיהּ וּשְׂרֵפָה בָּעֵי דְּהָא מִדְּאוֹרַיְיתָּא חֲזִי:
Et l'on n'est pas passible à son sujet — car celui-ci n'[est] pas 'sur la kaf' mais dans la kaf ; et c'[est] de cet externe[-là] que nous traitons : on le met de côté forcément, et il requiert d'être brûlé, puisque par la Torah il est apte [à la consommation].
וְחִיצוֹן גִּיד קָצָר הַנָּתוּן לְרֹוחַב הַשּׁוֹפִי בְּסוֹפוֹ מֻובְלָע בַּכַּף הַסּוֹבֶבֶת אֶת הַקּוּלִית וְהוּא נָתוּן בְּצַד חִיצוֹן שֶׁל יֶרֶךְ:
Et l'externe — [c'est] un nerf court, disposé dans la largeur de la pente, à son extrémité, enfoncé dans la kaf qui entoure le fémur ; et il [se trouve] du côté externe de la cuisse.
אָסוּר מִדְּרַבָּנָן:
Interdit — par [décret] rabbinique.
💡 Explication

Autre réponse à la même question : Ravina vise le nerf externe (voir le schéma). D'après Chmouel, le gid hanashé comporte deux nerfs : l'interne, contre l'os, interdit par la Torah (on est passible de flagellation) ; l'externe, contre la chair, interdit seulement par les Sages (pas de flagellation). Comme l'externe est permis par la Torah, il prend, dans le pessa'h, le statut de reste consacré (notar) et doit être brûlé.

3
תָּא שְׁמַע: אָכַל מִזֶּה כְּזַיִת וּמִזֶּה כְּזַיִת – סוֹפֵג שְׁמוֹנִים, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ סוֹפֵג אֶלָּא אַרְבָּעִים.

Viens entendre [une preuve] : [celui qui] a mangé de celui-ci un kazayit (volume d'une olive) et de celui-là un kazayit — il reçoit quatre-vingts [coups] ; Rabbi Yehouda dit : il ne reçoit que quarante.

📜 Rachi (1)
מִזֶּה כְּזַיִת וּמִזֶּה כְּזַיִת מִשֶּׁל יָמִין וּמִשֶּׁל שְׂמֹאל. וּמִדִּנְקַט אָכַל מִזֶּה כְּזַיִת וּמִזֶּה כְּזַיִת וְלָא נְקַט אָכַל ב' זֵיתִים מִשְּׁנֵיהֶם ש"מ שְׁתֵּי אֲכִילוֹת וּשְׁתֵּי הַתְרָאוֹת הָווּ:
De celui-ci un kazayit et de celui-là un kazayit — de [la cuisse] droite et de [la cuisse] gauche. Et du fait qu'il énonce 'à mangé de celui-ci un kazayit et de celui-là un kazayit', et n'énonce pas 'à mangé deux kazayit des deux', apprends-en qu'il y eut deux [actes de] consommation et deux avertissements (hataraot).
💡 Explication

La Gemara cherche à trancher le doute sur la position de R. Yehouda à partir d'une michna (96a). Si l'on mange un kazayit du nerf droit et un kazayit du nerf gauche, le premier tana dit 80 coups (deux interdits, deux transgressions). R. Yehouda dit 40 seulement — donc il ne tient pour interdit par la Torah qu'un seul des deux nerfs.

4
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ – שַׁפִּיר, אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ – הָוְיָא לַהּ הַתְרָאַת סָפֵק, וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר: הַתְרָאַת סָפֵק לֹא שְׁמָהּ הַתְרָאָה.

Soit, si tu dis [que] cela lui [est] tout à fait évident (pachit lei) [qu'un seul des deux est interdit par la Torah] — fort bien [il reçoit quarante coups, pour le nerf de droite, qui est l'interdit certain] ; mais si tu dis [qu']il est dans le doute (mesappek lei) — [l'avertissement] devient pour lui un avertissement incertain (hatraat safek), et nous savons de Rabbi Yehouda qu'il dit : un avertissement incertain n'est pas réputé un avertissement [donc il devrait l'exempter de toute flagellation, ce qui n'est pas le cas].

📜 Rachi (1)
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ מִשּׁוּם הָכִי לָקֵי אַיְּמָנִית:
Soit, si tu dis [que] cela lui [est] évident — [c'est] pour cela qu'il est flagellé pour [le nerf] de droite.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ כּוּ' וְלָא בָּעֵי לְאוֹקוֹמֵי שֶׁאָכַל שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת דְּהַשְׁתָּא לָא הָוְיָא הַתְרָאַת סָפֵק כִּי הֵיכִי דְּלָא נִפְשׁוֹט בָּעֲיָא דְּאָכַל שְׁנֵי זֵיתֵי חֵלֶב בְּהֶעְלֵם אֶחָד דס"פ אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (לְעֵיל חֻולִּין דַּף פב:):
Mais si tu dis qu'il est dans le doute etc. — et [la Gemara] ne veut pas l'établir [comme un cas] où il a mangé les deux en une seule fois, [cas] où [il n'y aurait] alors pas d'avertissement incertain — afin de ne pas trancher [du même coup] la question [de celui qui] a mangé deux kazayit de graisse (helev) en un seul oubli (helem), [question posée] à la fin [du chapitre] Oto ve-et beno (plus haut, Houlin 82b).
💡 Explication

Le cœur du raisonnement (voir le schéma). Si R. Yehouda est certain (pachit lei) que seul le nerf de droite est interdit par la Torah, alors les 40 coups s'expliquent (pour ce nerf-là). Mais s'il est dans le doute (mesappek lei) sur lequel des deux est l'interdit de la Torah, chaque avertissement serait un avertissement incertain (hatraat safek) — or R. Yehouda tient un tel avertissement pour nul : il devrait alors exempter entièrement, ce qui contredit la michna.

5
דְּתַנְיָא: הִכָּה אֶת זֶה, וְחָזַר וְהִכָּה אֶת זֶה, קִלֵּל אֶת זֶה, וְחָזַר וְקִלֵּל אֶת זֶה, הִכָּה שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת, אוֹ שֶׁקִּלֵּל שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת – חַיָּיב. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּבַת אַחַת – חַיָּיב, בְּזֶה אַחַר זֶה – פָּטוּר.

Comme il est enseigné [dans une braita au sujet d'un fils dont on ignore lequel de deux hommes est le père] : [s']il a frappé celui-ci, puis a frappé celui-là ; [s']il a maudit celui-ci, puis a maudit celui-là ; [s']il a frappé les deux en une seule fois, ou [s']il a maudit les deux en une seule fois — il est passible [de mort]. Rabbi Yehouda dit : en une seule fois — il est passible ; l'un après l'autre — il est exempt.

📜 Rachi (3)
הִכָּה אֶת זֶה סָפֵק בֶּן ט' לָזֶה וְסָפֵק בֶּן ז' לָזֶה:
[S']il a frappé celui-ci — [un homme qui est] possiblement le fils [conçu] au neuvième [mois] de celui-ci, et possiblement le fils [conçu] au septième [mois] de celui-là [c'est-à-dire dont on ignore lequel des deux est le père].
בְּבַת אַחַת בְּהַכָּאָה אַחַת:
En une seule fois — en une seule frappe.
חַיָּיב דְּהַתְרָאַת וַדַּאי הִיא:
Il est passible — car [c'est] un avertissement certain.
💡 Explication

Source pour la position de R. Yehouda sur l'avertissement incertain. Un homme ignore lequel de deux hommes est son père. S'il les frappe ou les maudit l'un après l'autre, R. Yehouda l'exempte (chaque avertissement est incertain : peut-être cet homme-ci n'est-il pas le père). S'il les frappe en une seule fois, il est passible (l'avertissement est alors certain : il a forcément frappé son père). Preuve que, pour R. Yehouda, l'avertissement incertain n'est pas un avertissement.

6
הַאי תַּנָּא סָבַר לַהּ כְּאִידַּךְ תַּנָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: הַתְרָאַת סָפֵק שְׁמָהּ הַתְרָאָה.

[Réponse :] ce tana[-là, de la michna 96a,] tient comme cet autre tana [qui rapporte l'avis] de Rabbi Yehouda, lequel dit : un avertissement incertain est réputé un avertissement.

💡 Explication

La Gemara écarte la preuve : on ne peut pas en tirer que R. Yehouda est certain. Le tana de la michna (96a) suit l'autre tradition au nom de R. Yehouda — celle selon laquelle un avertissement incertain est bien un avertissement. Le doute sur la position de R. Yehouda reste donc entier.

7
דְּתַנְיָא: ״לֹא תוֹתִירוּ מִמֶּנּוּ עַד בֹּקֶר וְגוֹ׳״ – בָּא הַכָּתוּב לִיתֵּן עֲשֵׂה אַחַר לֹא תַעֲשֶׂה, לוֹמַר שֶׁאֵין לוֹקִין עָלָיו, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Comme il est enseigné [dans une braita] : 'Vous n'en laisserez rien jusqu'au matin, [et ce qui en reste jusqu'au matin, vous le brûlerez au feu]' (Exode 12:10) — le verset vient donner un [commandement] positif (asse) après un [commandement] négatif (lo taasse), pour dire qu'on n'est pas flagellé à son sujet ; [telles sont] les paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
בָּא הַכָּתוּב כּוּ' כְּבָר פֵּרַשְׁתִּי בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ דְּכָל מוֹתִיר הַתְרָאַת סָפֵק הִיא דְּכִי מַתְּרִינַן בֵּיהּ אַל תּוֹתִיר מְסַפְּקָא לָן אִם עוֹבֵר עַל הַתְרָאָה וְאִם לָאו דְּשֶׁמָּא קֹודֶם עֲלוֹת הַשַּׁחַר יֹאכְלֶנּוּ:
Le verset vient etc. — j'ai déjà expliqué, dans [le chapitre] Oto ve-et beno, que tout [interdit de] laisser un reste (motir) [comporte] un avertissement incertain : car lorsque nous l'avertissons 'ne laisse pas de reste', il nous est douteux s'il transgresse l'avertissement ou non, car peut-être [le] mangera-t-il avant le lever de l'aube.
💡 Explication

Autre source touchant R. Yehouda. Le verset sur le pessa'h interdit de laisser des restes (négatif) puis commande de les brûler (positif). R. Yehouda : un négatif réparable par un positif (la-av ha-nitak la-asse) n'entraîne pas de flagellation. Rachi rappelle que l'avertissement pour 'ne laisse pas de reste' est lui-même incertain (peut-être mangera-t-il tout avant l'aube) — d'où le lien avec notre sujet.

8
רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהָוֵה לָאו שֶׁאֵין בּוֹ מַעֲשֶׂה, וְכָל לָאו שֶׁאֵין בּוֹ מַעֲשֶׂה – אֵין לוֹקִין עָלָיו.

Rabbi Yaakov dit : ce n'[est] pas pour ce motif (lo min ha-chem) [que l'on n'est pas flagellé], mais parce que c'est un [interdit] négatif qui ne comporte pas d'acte (lo che-ein bo maasse) — et tout [interdit] négatif qui ne comporte pas d'acte, on n'est pas flagellé à son sujet.

💡 Explication

R. Yaakov donne une autre raison de l'absence de flagellation pour les restes du pessa'h : non pas le 'négatif réparable par un positif', mais le fait que laisser un reste est un négatif sans acte (la-av che-ein bo maasse) — on transgresse par inaction. Implicitement, sans cela R. Yehouda flagellerait : signe (selon cette lecture) que pour lui l'avertissement, ici, serait tenu pour valide.

9
תָּא שְׁמַע: אָכַל שְׁנֵי גִּידִין מִשְּׁתֵּי יְרֵכוֹת מִשְּׁתֵּי בְּהֵמוֹת – סוֹפֵג שְׁמוֹנִים; רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ סוֹפֵג אֶלָּא אַרְבָּעִים.

Viens entendre [une preuve] : [celui qui] a mangé deux nerfs de deux cuisses de deux bêtes [différentes] — il reçoit quatre-vingts [coups] ; Rabbi Yehouda dit : il ne reçoit que quarante.

📜 Rachi (1)
מִשְׁתֵּי בְּהֵמוֹת מִדִּנְקַט מִשְׁתֵּי בְּהֵמוֹת כִּי הֵיכִי דְּנֶיהֱוֵי תַּרְוַייְהוּ יְמָנִיּוֹת נְקַט דְּאִי יָמִין וּשְׂמֹאל מַה לִי שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת וּמַה לִי אַחַת:
De deux bêtes — du fait qu'il énonce 'de deux bêtes', [c'est] afin que les deux soient [des cuisses] droites qu'il l'a énoncé ; car [s'il s'agissait d']une droite et d'une gauche, que m'importe[rait]-il [qu'elles soient] de deux bêtes ou d'une seule ?
💡 Explication

Nouvelle braita, qui va permettre de trancher. Deux nerfs de deux cuisses de deux bêtes distinctes : le premier tana dit 80, R. Yehouda dit 40. La précision 'deux bêtes' est décisive (voir segment suivant).

10
מִדְּקָאָמַר מִשְׁתֵּי יְרֵכוֹת מִשְּׁתֵּי בְּהֵמוֹת, פְּשִׁיטָא דְּתַרְוַיְיהוּ לְאִיסּוּרָא, וּלְרַבִּי יְהוּדָה אִיצְטְרִיךְ. שְׁמַע מִינַּהּ מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ, שְׁמַע מִינָּה.

Du fait qu'il dit 'de deux cuisses de deux bêtes', [il est] évident [que] tous deux [sont] de l'interdit [de la Torah, étant deux cuisses droites] ; et [c'est] pour Rabbi Yehouda [qu'il] a fallu [le préciser]. Apprends-en que cela lui [est] tout à fait évident (pachit lei) — apprends-en [ainsi].

📜 Rachi (1)
וְלֵר' יְהוּדָה אִיצְטְרִיךְ דאע"ג דְּתַרְוַיְיהוּ דְּאִיסּוּרָא קָא פָּטַר לֵיהּ בְּחַד מַלְקוּת וְטַעְמָא כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ שֶׁאֵין בֵּין שְׁנֵיהֶם אֶלָּא כַּזַּיִת וְאִי מְסַפְּקָא לֵיהּ אַמַּאי לָקֵי אֲפִילּוּ חֲדָא דִּילְמָא תַּרְוַיְיהוּ דְּהֶיתֵּירָא הוֹאִיל וּשְׁתֵּיהֶן יָמָנִיּוֹת:
Et [c'est] pour Rabbi Yehouda [qu'il] a fallu [le préciser] — car, bien que tous deux soient de l'interdit [de la Torah], il l'exempte avec une seule flagellation ; et la raison [en est] comme il l'explique plus loin : [c'est] qu'il n'y a entre les deux [nerfs] qu'un [seul] kazayit [au total]. Et s'il était dans le doute, pourquoi serait-il flagellé, ne serait-ce qu'une seule [fois] ? Peut-être les deux [sont-ils] du permis, puisque les deux [sont] droites !
💡 Explication

Résolution. 'Deux bêtes' n'a de sens que si les deux nerfs sont des cuisses droites (sinon, droite + gauche, peu importerait une ou deux bêtes). Donc les deux sont des interdits certains de la Torah, et la mention 'R. Yehouda dit 40' n'a de sens que s'il est certain : il sait que c'est le nerf de droite qui est de la Torah. Conclusion retenue : R. Yehouda est certain (pachit lei).

11
וְאִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ, אַמַּאי סוֹפֵג אַרְבָּעִים וְתוּ לָא? לִילְקֵי שְׁמוֹנִים! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן דְּלֵית בּוֹ כְּזַיִת, דְּתַנְיָא: אֲכָלוֹ וְאֵין בּוֹ כְּזַיִת – חַיָּיב, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ כְּזַיִת.

Et s'il [lui est] évident [qu'un seul des deux est de la Torah, ou plutôt que les deux sont de la Torah], pourquoi reçoit-il quarante et pas davantage ? Qu'il soit flagellé quatre-vingts !

Ici, de quoi traitons-nous ? D'un cas tel qu'il n'y a pas [même] un kazayit [dans chaque nerf], comme il est enseigné [dans une braita] : [s']il l'a mangé [le nerf entier] et qu'il n'y a pas en lui [un volume d']un kazayit — il est passible ; Rabbi Yehouda dit : [il n'est passible] que [s']il y a en lui un kazayit.

📜 Rachi (1)
אָכְלוּ גִּיד שָׁלֵם חַייָּב כְּאוֹכֵל נְמָלָה כָּל שֶׁהוּא שֶׁהוּא חַיָּיב מִשּׁוּם דִּבְרִיָּה הוּא וַחֲשִׁיב אִיסּוּר:
[S']il l'a mangé — un nerf entier : il est passible, comme celui qui mange une fourmi de quelque taille [que ce soit], lequel est passible parce que [c'est] une créature [entière] (beria) et [qu']elle compte comme [un] interdit.
⚖️ Rosh (1)
דְּתַנְיָא שׁוּמָנוֹ מֻותָּר וְיִשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הֵם וְנָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל שְׁנֵי גִּידִין הֵן הַפְּנִימִי סָמוּךְ לָעֶצֶם אָסוּר וְחַיָּיבִין עָלָיו חִיצוֹן סָמוּךְ לַבָּשָׂר אָסוּר וְאֵין חַיָּיבִין עָלָיו:
Comme il est enseigné [dans une braita] : sa graisse (chouman) [celle du gid hanashé, le nerf sciatique] est permise [par la Torah], mais les Israélites, [étant] saints, ont adopté à son sujet une [pratique d']interdit. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il y a deux nerfs (guidin) [visés par l'interdit] — l'interne (penimi), proche de l'os (etsem) : [il est] interdit (assour), et l'on est passible (hayavin) [de flagellation] à son sujet ; l'externe (hitson), proche de la chair (bassar) : [il est] interdit, mais l'on n'est pas passible à son sujet.
💡 Explication

Objection : si les deux nerfs sont des interdits certains, pourquoi R. Yehouda ne donne-t-il que 40 ? Réponse : le cas est celui où chaque nerf n'atteint pas un kazayit. Pour le premier tana, on est flagellé même sans kazayit, car le nerf est une créature entière (beria) ; mais R. Yehouda exige un kazayit — d'où un seul jeu de 40 coups (quand les deux ensemble forment un kazayit), sans contradiction avec sa certitude.

12
וְטַעְמָא מַאי? אָמַר רָבָא: אֲמַר קְרָא ״הַיָּרֵךְ״ – הַמְיֻומֶּנֶת שֶׁבַּיָּרֵךְ.

Et quelle [en est] la raison [que Rabbi Yehouda n'interdit par la Torah que le nerf de la cuisse droite] ? Rava a dit : le verset dit 'la cuisse (ha-yarekh)' — la [cuisse] la plus distinguée (ha-meyoumenet) de la cuisse.

📜 Rachi (1)
טַעְמָא מַאי פְּשִׁיטָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּשֶׁל יָמִין:
Quelle [en est] la raison — [pourquoi] est-il évident pour Rabbi Yehouda que [c'est le nerf] de droite [qui est interdit par la Torah] ?
💡 Explication

Première raison (voir le schéma). Pourquoi seul le nerf de droite ? Rava : le verset 'le nerf de la cuisse' (Gen 32:33) emploie l'article défini ('ha-yarekh', la cuisse) — ce qui désigne la cuisse la plus distinguée (meyoumenet, terme apparenté à yamin, la droite), donc la droite.

13
וְרַבָּנָן, הַהוּא דִּפְשִׁיט אִיסּוּרֵיהּ בְּכוּלֵּיהּ יֶרֶךְ, לְאַפּוֹקֵי חִיצוֹן דְּלָא.

Et les Sages (rabanan) [qui interdisent par la Torah les nerfs des deux cuisses, comment lisent-ils 'ha-yarekh' ?] : ce[lui-là, visé par l'article,] dont l'interdit s'étend dans toute la cuisse — pour exclure l'externe (hitson), qui [non, son interdit ne s'étend pas ainsi].

📜 Rachi (2)
הַהוּא הָא דִּכְתִיב הַיָּרֵךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן אֲתָא דִּבְהָהוּא גִּיד קָאֵי:
Ce[lui-là] — ce qui est écrit 'la cuisse' est venu nous enseigner que c'[est] de ce nerf[-là qu'il] s'agit.
דִּפְשִׁיט אִיסּוּרֵיהּ בְּכוּלֵּיהּ יֶרֶךְ הוּא וּקְנוֹקְנוֹתָיו וְשָׁרָשָׁיו נִפְשָׁטִין בְּכָל הַיָּרֵךְ וְהַייְנוּ גִּיד הַפְּנִימִי הַגָּדוֹל הַנִּמְצָא בִּתְחִלַּת פְּרִיעַת הַיָּרֵךְ:
Dont l'interdit s'étend dans toute la cuisse — lui, ses ramifications (kenoukenotav) et ses racines s'étendent dans toute la cuisse ; et c'est le nerf interne, le grand, qui se trouve au début de l'ouverture de la cuisse.
💡 Explication

Les Sages lisent l'article autrement : 'ha-yarekh' désigne le nerf dont l'interdit s'étend à toute la cuisse — c'est le nerf interne — par opposition au nerf externe, dont l'interdit n'est pas de la Torah. L'article ne distingue donc pas droite/gauche, mais interne/externe.

14
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר: אֲמַר קְרָא ״בְּהָאָבְקוּ עִמּוֹ״ – כְּאָדָם שֶׁחוֹבֵק אֶת חֲבֵירוֹ, וְיָדוֹ מַגַּעַת לְכַף יְמִינוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : le verset dit 'en luttant avec lui (be-héavko imo)' (Genèse 32:25) — comme un homme qui enlace (hovek) son compagnon, et [dont] la main atteint la kaf droite de son compagnon.

📜 Rachi (2)
שֶׁחוֹבֵק אֶת חֲבֵירוֹ מִלְּפָנָיו:
Qui enlace son compagnon — par-devant.
וְיָדוֹ הַיְּמָנִית מַגַּעַת לְכַף יֶרֶךְ יְמָנִית שֶׁל חֲבֵירוֹ מֵאֲחוֹרָיו:
Et [dont] la main — la [main] droite atteint la kaf de la cuisse droite de son compagnon, par-derrière.
💡 Explication

Deuxième raison que c'est la cuisse droite. R. Yehochoua ben Levi lit 'be-héavko' (en luttant / en l'enlaçant) : l'ange a enlacé Yaakov par-devant, comme on saisit l'autre pour le terrasser ; sa main droite atteint alors la kaf de la cuisse droite de Yaakov (par-derrière).

15
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: כְּגוֹי נִדְמֶה לוֹ, דְּאָמַר מַר: יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּטְפַּל לוֹ גּוֹי בַּדֶּרֶךְ – טוֹפְלוֹ לִימִינוֹ.

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : [l'ange] lui apparut sous l'aspect d'un non-Juif (goy), car le Maître a dit : un Israélite à qui se joint un non-Juif en chemin — il le place à sa droite.

📜 Rachi (2)
כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים נִדְמֶה לוֹ כְּסָבוּר הָיָה יַעֲקֹב שֶׁהוּא עוֹבֵד כּוֹכָבִים וּטְפַלוּ לִימִינוֹ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְזֻומָּן לְאָוחְזוֹ אִם יָקוּם עָלָיו וּבֵירַךְ הַסְּמוּכָה לוֹ נָגַע:
Sous l'aspect d'un non-Juif lui apparut — Yaakov croyait qu'il était un non-Juif, et il le plaça à sa droite afin d'être prêt à le saisir s'il se dressait contre lui ; et [l'ange] toucha la cuisse qui [était] proche de lui.
טוֹפְלוֹ לִימִינוֹ מֵחֲבֵרוֹ לְיָמִין:
Il le place à sa droite — il le joint à [sa] droite.
💡 Explication

Troisième raison. R. Chmouel bar Nahmani : l'ange parut à Yaakov comme un non-Juif (goy) ; or l'on place un compagnon non-Juif à sa droite (pour le tenir à portée de sa main forte, par prudence). Yaakov ayant fait ainsi, c'est sa cuisse droite que l'ange — à sa droite — a pu toucher.

16
רַב שְׁמוּאֵל בַּר אַחָא קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא בַּר עֻולָּא אָמַר: כְּתַלְמִיד חָכָם נִדְמָה לוֹ, דְּאָמַר מַר: הַמְהַלֵּךְ לִימִין רַבּוֹ – הֲרֵי זֶה בּוּר.

Rav Chmouel bar Aha, devant Rav Papa, au nom de Rava bar Oula, a dit : [l'ange] lui apparut sous l'aspect d'un disciple des sages (talmid 'hakham), car le Maître a dit : celui qui marche à la droite de son maître (rabo) — voilà un ignorant (bor).

📜 Rachi (2)
כת"ח נִדְמֶה לוֹ וְחָלַק לוֹ יַעֲקֹב כָּבוֹד כְּאִילּוּ הוּא רַבּוֹ וּטְפַלוּ לִימִינוֹ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא יַעֲקֹב לִשְׂמֹאל הַמַּלְאָךְ:
Sous l'aspect d'un talmid 'hakham lui apparut — et Yaakov lui rendit honneur comme s'il était son maître, et il le plaça à sa droite afin que Yaakov [soit] à la gauche de l'ange.
ה"ז בּוֹר אֵין בּוֹ חָכְמַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ:
Voilà un ignorant — il n'y a pas en lui la sagesse des bonnes manières (derech erets).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּתַלְמִיד חָכָם נִדְמָה לוֹ (בְּרֵאשִׁית לב, כו) . פֵּירוּשׁ נִדְמֶה לוֹ אֶחָד מִתַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁהָיָה לוֹמֵד עִמָּהֶם תּוֹרָה בְּמִדְרַשׁ שֵׁם וְעֵבֶר וְהַטַּעַם נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה כִּי מִן הַשָּׁמַיִם נַעֲשָׂה זֶה הַדִּמְיוֹן לְשַׂר שֶׁל עֵשָׂו לִרְמֹוז שֶׁיַּעֲקֹב זוֹכֶה בָּעוֹלָם הַזֶּה מֵחֲמַת שֶׁהוּא תַּלְמִיד חָכָם שֶׁהָעוֹלָם מִתְקַייֵּם עַל יָדוֹ וַהֲוָה לֵיהּ כְּדִין מַצִּיל מִזּוֹטוֹ שֶׁל יָם שֶׁזּוֹכֶה בָּהּ מִשּׁוּרַת הַדִּין אַף עַל פִּי שֶׁחָלְקוּ הָעוֹלָמוֹת מִן הַבֶּטֶן וְיַעֲקֹב לָקַח עוֹלָם הַבָּא וְעֵשָׂו עוֹלָם הַזֶּה. וְרַבָּנָן אָמְרִי ' מֵאֲחוֹרֶיהָ אֲתָא ' נִרְאֶה דְּהָלַךְ כְּפִי דַּרְכּוֹ וּמַהֲלָכוֹ לְמַעְלָה שֶׁהַקְּלִיפָּה עוֹמֶדֶת אֲחוֹרֵי הַקְּדֻושָּׁה. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז בָּזֶה כִּי אֲחוֹרֵי אוֹתִיּוֹת 'יַעֲקֹב' הֵם 'טסצא' [160] כְּמִנְיַן קַיִן [160] וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים כִּי יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה הָיָה הֶבֶל וְעָשָׁיו קַיִן וּלְכָךְ רָצָה לְהָרְגוֹ כַּאֲשֶׁר הֲרָגוֹ בְּרֹאשָׁנָהּ בְּגִלְגּוּל רִאשׁוֹן וְלָזֶה אָמַר עַל שַׂר עֵשָׂו מֵאֲחוֹרֵי דְּיַעֲקֹב אֲתָא עָלָיו לְהָרְגוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִצַּד קַיִן.
💡 Explication

Quatrième raison. Rav Chmouel bar Aha : l'ange parut un talmid 'hakham ; Yaakov lui fit honneur en le plaçant à sa droite (lui-même se mettant à gauche de l'ange), car marcher à la droite de son maître est le fait d'un ignorant (bor, qui ne connaît pas les bonnes manières). De là, c'est la cuisse droite de Yaakov qui fut touchée.

17
וְרַבָּנָן, מֵאֲחוֹרֶיהָ אֲתָא, וְנַשְׁיָיה בְּתַרְוַיְיהוּ.

Et les Sages (rabanan) [qui interdisent les nerfs des deux cuisses] : [pour eux,] il [l'ange] vint par-derrière [Yaakov] et le frappa aux deux [cuisses].

📜 Rachi (1)
וְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי אַדְּרַבִּי יְהוּדָה וְאָסְרִי בְּתַרְוַיְיהוּ קָסָבְרִי מֵאֲחוֹרֵיהּ אֲתָא וְנַשְּׁיֵיהּ בְּתַרְוַייְהוּ הִכָּהוּ בִּשְׁתֵּיהֶם עַד שֶׁנָּשׁוּ מִמְּקוֹמָם וְעָלוּ:
Et les Sages — qui divergent de Rabbi Yehouda et interdisent les deux [nerfs] : ils tiennent qu'il vint par-derrière et le frappa aux deux ; il le frappa aux deux [cuisses] jusqu'à ce qu'elles aient bougé (nachou) de leur place et se soient soulevées.
💡 Explication

Les Sages, fidèles à leur position (les deux nerfs interdits), expliquent que l'ange vint par-derrière Yaakov et le frappa aux deux cuisses à la fois. Pas de privilège de la droite chez eux.

18
וְרַבָּנָן, הַאי ״בְּהָאָבְקוּ עִמּוֹ״ מַאי דָּרְשִׁי בֵּיהּ? מִבְּעֵי לֵיהּ לִכְאִידַּךְ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מְלַמֵּד שֶׁהֶעֱלוּ אֲבַק מַרְגְּלוֹתָם עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד, כְּתִיב הָכָא ״בְּהָאָבְקוּ עִמּוֹ״, וּכְתִיב הָתָם ״וְעָנָן אֲבַק רַגְלָיו״.

Et les Sages, ce [mot] 'en luttant avec lui (be-héavko)', qu'en exposent-ils ? Il leur [est] nécessaire pour l'autre [enseignement] de Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : [cela] enseigne qu'ils firent monter la poussière (avak) de leurs pieds jusqu'au trône de gloire (kisse ha-kavod).

Il est écrit ici 'en luttant avec lui (be-héavko)', et il est écrit là-bas 'et la nuée est la poussière (avak) de Ses pieds' (Nahoum 1:3).

📜 Rachi (1)
הַאי בְּהָאָבְקוּ מַאי דְּרָשַׁת בֵּיהּ לָמָּה לִי לְמַכְתְּבֵיהּ כְּלָל אִי לָאו לְמֵימְרָא דִּכְדֶרֶךְ הַנֶּאֱבָקִים נָגַע בּוֹ:
Ce [mot] 'be-héavko', qu'en exposes-tu — pourquoi me [faut-il] l'écrire du tout, si ce n'[est] pas pour dire que [c'est] à la manière de ceux qui luttent (neevakim) qu'il le toucha ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
מלמד שהעלו אבק ברגליהם עד כסא הכבוד. כתיב הכא: "בהאבקו עמו" (נחום א, ג) . במאמר זה יש סוד עמוק ואינו כפשוטו דידוע שהסטרא אחרא נקרא ' אבק ' בסוד קב חרובין שלהם ויש אבק מצד הקדושה וכל אחד עוסק בשלו כי זה לעומת זה עשה האלקים והנה יעקב אבינו ע"ה עלה בכוח אבק הקדוש להתגבר ולהתאחז בשרשו בקדושה למעלה וזה השר גם כן עלה באבק שלו להתגבר בשרשו בקליפה למעלה וסוף דבר גבר ישראל והדברים עמוקים ואין אנחנו יכולים להשיגם כראוי ומי יוכל לדעת ומי יוכל לשער הבירור הגדול והתיקון הנשגב אשר עשה יעקב אבינו ע"ה אותה הלילה באבק הקדוש אשר כיון ועסק בו על ידי היחודים שלו! וכבר ידוע שעולם הבריאה הוא נקרא 'כסא הכבוד' וידוע ששם היא תכלית שליטת ואחיזת הקליפות ולמעלה מזה כתיב לא יגרך רע (תהלים ה, ה) והנה יעקב אבינו ע"ה רדף את אויבו בכוחו הקדוש עד מקום תכלית אחיזתו ונצחו ולזה אמר 'העלו אבק ברגליהם עד כסא הכבוד' ויחס העליה ברגלים כי נצח והוד נקראים רגלים וכל אחד נוטה בשלו והבן. ואם תרצה לדעת מעלת התיקון והבירור שעשה יעקב אבינו ע"ה בזה לך נא ראה מה שאמר רבותינו ז"ל (שיר השירים רבה ג, ו) במדרש שיר השירים בפסוק מקטרת מור ולבונה מכל אבקת רוכל (שיר השירים ג, ו) רכולותיו של יעקב לא היתה אלא מאותו אבק שתחת רגליו רבי יודן אומר כל הרוכלות שישראל עושין ומצליחין בעולם הזה בזכות אותו האבק של יעקב אבינו רבי עזריה אומר כל מלחמות שישראל עושין ומצליחין בזכות האבק של יעקב אבינו רבי ברכיה ורבי סימון בשם רבי אבהו אותו האבק יטלו הקדוש ברוך הוא ונתנו תחת כסא הכבוד שלו עיין שם. לכן הבט וראה כמה סוד נשגב יש באותו אבק והכל הוא ענין תיקון ובירור. ונראה לרמוז 'אבק' ראשי תיבות ' א ורה ב רכה ק דושה' גם 'אבק' [103] גימטריא חסד א־ל [103] ולכן קודם מלחמתו עם שר עשו אמר הכתוב ותעבר המנחה על פניו והוא לן בלילה ההוא במחנה (בראשית לב, כב) מנחה [103] גימטריא 'אבק' מחנה [103] גימטריא 'אבק' שעשה לו הכנה באבק הקדוש קודם שנלחם עם שר עשו וגבר ישראל. ועיין בספר הלקוטים בפסוק ויאבק איש עמו (בראשית לב, כה) דרוש א' לתלמידי רבינו האר"י ז"ל מה שאמר בענין האבק הנזכר.
💡 Explication

Puisque, pour les Sages, le verbe 'be-heavko' ne sert pas à prouver la droite, ils l'emploient pour une autre exégèse de R. Yehochoua ben Levi : par une guezera chava sur le mot avak (poussière), la lutte de Yaakov et de l'ange fit monter la poussière de leurs pieds jusqu'au trône de gloire (rapproché de Nahoum 1:3, 'la nuée est la poussière de Ses pieds').

19
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ גִּיד הַנָּשֶׁה? שֶׁנָּשָׁה מִמְּקוֹמוֹ וְעָלָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״נָשְׁתָה גְבוּרָתָם הָיוּ לְנָשִׁים״.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : pourquoi son nom est-il appelé 'nerf qui a sauté (gid ha-nashé)' ? Parce qu'il a sauté (nacha) de sa place et s'est soulevé ; et de même [le verset] dit : 'leur vaillance a sauté (nachta), ils sont devenus comme des femmes' (Jérémie 51:30).

📜 Rachi (3)
נִשָּׁה מִמְּקוֹמוֹ קָפַץ:
A sauté de sa place — il a bondi (kafats).
נָשְׁתָה גְּבוּרָתָם קָפְצָה גְּבוּרָתָם:
Leur vaillance a sauté (nachta) — leur vaillance a bondi [s'est évanouie].
הָיוּ לְנָשִׁים חַלָּשִׁים כְּנָשִׁים:
Ils sont devenus comme des femmes — faibles comme des femmes.
💡 Explication

Étymologie du nom gid ha-nashé. R. Yehochoua ben Levi : on l'appelle ainsi parce que le nerf a sauté (nacha = bondi, sauté) hors de sa place et s'est soulevé [lors du combat]. Appui : le verset 'leur vaillance a sauté (nachta)' (Jer 51:30), où la même racine signifie 'bondir / disparaître'.

20
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי דִכְתִיב ״דָּבָר שָׁלַח בְּיַעֲקֹב וְנָפַל בְּיִשְׂרָאֵל״? ״דָּבָר שָׁלַח בְּיַעֲקֹב״ – זֶה גִּיד הַנָּשֶׁה, ״וְנָפַל בְּיִשְׂרָאֵל״ – שֶׁפָּשַׁט אִיסּוּרוֹ בְּכָל יִשְׂרָאֵל.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : que [signifie] ce qui est écrit 'Il a envoyé une parole (davar) en Yaakov, et elle est tombée en Israël' (Isaie 9:7) ? 'Il a envoyé une parole en Yaakov' — c'[est] le nerf qui a sauté (gid hanashé) ; 'et elle est tombée en Israël' — [cela enseigne] que son interdit s'est étendu dans tout Israël.

📜 Rachi (1)
דָּבָר הַנִּשְׁלָח בְּיַעֲקֹב נָפַל בְּיִשְׂרָאֵל בְּכָל יִשְׂרָאֵל:
La chose envoyée en Yaakov est tombée en Israël — dans tout Israël.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"דָּבָר שָׁלַח ה' בְּיַעֲקֹב", זֶה גִּיד הַנָּשֶׁה. "וְנָפַל בְּיִשְׂרָאֵל", שֶׁפָּשַׁט אִסּוּרוֹ בְּכָל יִשְׂרָאֵל (נַחוּם א, ג) (יְשַׁעְיָה ט, ז) (בְּרֵאשִׁית לב, כו) . נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁתָּקַע כַּף יְרֵיכוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁלָּקַח שְׁתֵּי אֲחָיוֹת אַךְ הָרִאשֹׁנָה הָיְתָה לֵאָה אֵין לוֹ קִטְרוּג מִצִּידָּהּ וְרַק הַקִּטְרוּג הוּא מִצַּד רָחֵל נִמְצָא מֵחֲמַת נִשּׂוּאֵי רָחֵל נָשָׁה הַגִּיד מִמְּקוֹמוֹ וְעָלָה. וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ נִקְרָא ' גִּיד הַנָּשֶׁה ' כִּי 'הַנָּשֶׁה' [360] גֵּימַטְרְיָא 'נֵד אִשָּׁה' [360] רְצוֹנוֹ לוֹמַר נד בַּעֲבוּר אִשָּׁה וְיָדוּעַ דְּרָחֵל הִיא כְּנֶגֶד שֵׁם יַעֲקֹב וְלֵאָה כְּנֶגֶד שֵׁם יִשְׂרָאֵל וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'דָּבָר שָׁלַח ה' בְּיַעֲקֹב' זֶה גִּיד הַנָּשֶׁה שֶׁנַּעֲשָׂה כָּךְ בִּשְׁבִיל נִשּׂוּאֵי רָחֵל שֶׁהִיא כְּנֶגֶד שֵׁם יַעֲקֹב וְעִם כָּל זֶה פָּשַׁט אִיסּוּרוֹ בְּכָל יִשְׂרָאֵל רְצוֹנוֹ לוֹמַר גַּם בִּבְנֵי לֵאָה שֶׁהִיא כְּנֶגֶד שֵׁם יִשְׂרָאֵל וְלֹא בִּבְנֵי רָחֵל בִּלְבַד.
💡 Explication

Exégèse homilétique. R. Yossi fils de R. Hanina lit 'davar' (parole / chose) du verset d'Isaie comme désignant le gid hanashé : la 'parole envoyée en Yaakov' est cet interdit, et 'tombée en Israël' enseigne qu'il s'est étendu à tout le peuple d'Israël.

21
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי דִכְתִיב ״וּטְבוֹחַ טַבָּח וְהָכֵן״? פְּרַע לָהֶן בֵּית הַשְּׁחִיטָה, ״וְהַכַּן״ – טוֹל גִּיד הַנָּשֶׁה בִּפְנֵיהֶם, כְּמַאן דְּאָמַר גִּיד הַנָּשֶׁה נֶאֱסָר לִבְנֵי נֹחַ.

Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : que [signifie] ce qui est écrit 'et abats une bête et prépare (ve-tavoah tevah ve-hakhen)' (Genèse 43:16) ? [Yossef ordonna à son intendant :] découvre-leur l'endroit de l'abattage (beit ha-chehita) ; 'et prépare (ve-haken)' — ôte le nerf qui a sauté (gid hanashé) en leur présence — selon celui qui dit [que] le gid hanashé fut interdit aux fils de Noé.

📜 Rachi (2)
וּפָרַע לָהֶן בֵּית הַשְּׁחִיטָה שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ בְּשַׂר הַנְּחִירָה אֲנִי אוֹכֵל לְפִי שֶׁבְּנֵי יַעֲקֹב שׁוֹמְרֵי מִצְוֹת הָיוּ דְּאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִתְּנָה תּוֹרָה מְקֻובָּלִין הָיוּ מֵאֲבוֹתֵיהֶם:
Et découvre-leur l'endroit de l'abattage — afin qu'ils ne disent pas 'c'[est] de la viande de perforation (bessar nehira) que je mange', car les fils de Yaakov étaient observants des commandements : bien que la Torah n'eût pas [encore] été donnée, ils [les] tenaient en tradition de leurs pères.
כְּמַאן דְּאָמַר בְּמַתְנִיתִין (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף ק:) גִּיד הַנָּשֶׁה נֶאֱסַר לָהֶם בְּעוֹדָם בְּנֵי נֹחַ:
Selon celui qui dit — dans la michna (plus loin, Houlin 100b) [que] le gid hanashé leur fut interdit alors qu'ils étaient [encore] des fils de Noé.
🗂️ Tossefot (1)
כְּמַאן דְּאָמַר גִּיד הַנָּשֶׁה נֶאֱסָר לִבְנֵי נֹחַ וא"ת דִּילְמָא לֹא נֶאֱסַר וַאֲפִילּוּ הָכִי הָיוּ מְקַייְּמִין כְּמוֹ שְׁחִיטָה דְּקָאָמַר לֵיהּ פָּרַע לָהֶם בֵּית הַשְּׁחִיטָה וי"ל מִדְּקָאָמַר וְהָכֵן מַשְׁמַע דִּבְלָאו הָכֵי לָא מִשְׁתְּרֵי אִי נָמֵי פָּרַע לְהוּ בֵּית הַשְּׁחִיטָה הַיְינוּ נְחִירָה שֶׁנִּצְטַוּוּ עַל הַנְּחִירָה:
Selon celui qui dit [que] le gid hanashé fut interdit aux fils de Noé — et si tu objectes : peut-être [n'a-t-il] pas été interdit, et même ainsi ils l'observaient, de même [pour] l'abattage [dont] il [Yossef] lui dit 'découvre-leur l'endroit de l'abattage' ? [On peut] dire : du fait qu'il dit 've-haken' (prépare), [cela] implique que sans cela [la viande] n'[était] pas permise. Ou bien [encore] : 'découvre-leur l'endroit de l'abattage', c'est [précisément parce qu'il s'agit de] la perforation (nehira) [qui leur était permise auparavant et à propos de laquelle on n'a pas à craindre], car ils ne furent [pas] commandés sur la perforation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּמַאן דְּאָמַר: גִּיד הַנָּשֶׁה נֶאֱסָר לִבְנֵי נֹחַ (בְּרֵאשִׁית לב, כו) . הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת מֵהֵיכָא מַשְׁמַע דְּנֶאֱסַר דְּאִם בִּשְׁבִיל שֶׁצִּוָּה עַל גִּיד הַנָּשֶׁה וַהֲלֹא גַּם עַל הַשְּׁחִיטָה צִוָּה וְלֹא נֶאֶסְרָה לִבְנֵי נֹחַ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וְהָכֵן' בִּלְבַד וְלָא לֵימָא לֵיהּ 'עַל הַשְּׁחִיטָה' כִּי בְּאוֹמְרוֹ 'וְהָכֵן' הַכֹּל מַשְׁמַע שֶׁיָּכִין כָּל הֲכָנָה הַצְּרִיכָה הֵן שְׁחִיטָה הֵן גִּיד הַנָּשֶׁה וְכֵיוָן דְּפֵרֵט אֶת שְׁנֵיהֶם שְׁמַע מִינָּה דְּלָא דָּמְייָן לְהָדְדִי שֶׁזֶּה חַייָּבִין בּוֹ וְזוֹ אֵין חַיָּיבִים בָּהּ.
💡 Explication

Yossef, recevant ses frères, ordonne 've-tavoah tevah ve-hakhen'. R. Yossi fils de R. Hanina : 'abats' = découvre l'endroit de l'abattage (beit ha-chehita) au cou, pour qu'ils voient l'abattage régulier ; 've-haken' (prépare) = fais ôter le gid hanashé devant eux, pour qu'ils sachent qu'il a été retiré. Ceci selon l'avis que le gid hanashé était déjà interdit aux fils de Noé (donc avant le don de la Torah).

22
״וְיוֹתֵר יַעֲקֹב לְבַדּוֹ״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שֶׁנִּשְׁתַּייֵּר עַל פַּכִּין קְטַנִּים, מִכָּאן לַצַּדִּיקִים שֶׁחָבִיב עֲלֵיהֶם מָמוֹנָם יוֹתֵר מִגּוּפָם, וְכָל כָּךְ לָמָּה? לְפִי שֶׁאֵין פּוֹשְׁטִין יְדֵיהֶן בְּגָזֵל.

'Et Yaakov resta seul (vayivater Yaakov levado)' (Genèse 32:25) : Rabbi Eleazar a dit : [il resta] parce qu'il était resté pour de petites cruches (pakhim ketanim). De là, [il ressort] que pour les justes, leurs biens leur sont plus chers que leur corps ; et pourquoi tout cela ?

Parce qu'ils n'étendent pas la main vers le vol (gazel).

📜 Rachi (1)
שֶׁנִּשְׁתַּייֵּר עַל פַּכִּים קְטַנִּים דְּכָל כֵּלִים הַחֲשׁוּבִים וּמַקְנֶה כְּבָר הֶעֱבִירָן אֶת נַחַל יַבֹּק כְּדִכְתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ וַיַּעֲבֹר אֶת כָּל אֲשֶׁר לוֹ וְהוּא נִשְׁאַר עַל פַּכִּין קְטַנִּים שֶׁלֹּא הִסְפִּיק לְהַעֲבִיר וְחָשְׁכָה לוֹ:
Parce qu'il était resté pour de petites cruches — car tous les ustensiles de valeur et le cheptel, il les avait déjà fait passer le torrent du Yabok, comme il est écrit plus haut 'et il fit passer tout ce qui [était] à lui' ; et lui resta pour de petites cruches qu'il n'avait pas eu le temps de faire passer, et la nuit tomba sur lui.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁנִּשְׁתַּיֵּר עַל פַּכִּין קְטַנִּים (בְּרֵאשִׁית לב, כו) . פֵּירֵשׁ עֲטֶרֶת רָאשֵׁי אֲדוֹנִי אָבִי זלה"ה בְּסִפְרוֹ הַבָּהִיר מִדְרַשׁ אֵלִיָּהוּ (דַּף צה) וְזֶה לְשׁוֹנוֹ יָדוּעַ כִּי מנ"ץ מִן מנצפ"ך נִמְתְּקוּ בְּסוֹד המ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] כַּנִּזְכָּר בִּדְרוּשׁ רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְנִשְׁאַר פ"ך שֶׁלֹּא נִמְתְּקוּ וְכֵן אָמְרוּ חָזַר עַל פַּכִּים קְטַנִּים וְקָרָא אוֹתָם קְטַנִּים שֶׁהֵם בְּחִינַת מַלְכוּת דְּמַלְכוּת כְּדֵי לְהַמְתִּיקָם עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ ודחפ"ח [וְדִבְרֵי פִּי חָכָם חֵן] .
מִכָּאן לַצַּדִּיקִים שֶׁחָבִיב עֲלֵיהֶם מָמוֹנָם יוֹתֵר מִגּוּפָן. וְכָל כָּךְ לָמָּה? לְפִי שֶׁאֵין פּוֹשְׁטִין יְדֵיהֶם בְּגֶזֶל (בְּרֵאשִׁית לב, כה) . נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁהֵם מַחְמִירִין עַל עַצְמָן שֶׁלֹּא לִגְזוֹל אֲפִילּוּ דָּבָר מוּעָט דְּלָא קְפִידִי אִינָשֵׁי עָלֶיהָ כְּגוֹן לִיקַּח קֵיסָם מִן אֲגֻודָּה שֶׁל עֵצִים וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה כִּי נֶחְשָׁב אֶצְלָם דָּבָר זֶה לְגֶזֶל וְלָכֵן הֵם מְיַיקְּרִים מָמוֹנָם בְּבֵיתָם שֶׁלֹּא לְאַבֵּד אֲפִילּוּ דָּבָר מוּעָט כְּהָא דְּחָזַר עַל פַּכִּים קְטַנִּים שֶׁאֵין נֶחְשָׁבִים לִכְלוּם לְפִי עָושְׁרוֹ כְּדֵי לְלַמֵּד אֶת בָּנָיו וּבְנֵי בֵיתוֹ שֶׁלֹּא יְזַלְזְלוּ בְּגֶזֶל שֶׁהוּא דָּבָר מוּעָט דְּלָא קָפְדִי אִינָשֵׁי עָלֶיהָ בִּרְאוֹתָם שֶׁהַמָּמוֹן חָשׁוּב אֵצֶל בְּעָלָיו דַּאֲפִילּוּ שֶׁהוּא עָשִׁיר גָּדוֹל סִיכֵּן עַצְמוֹ לַחֲזֹור לְבַדּוֹ לְהָבִיא פַּכִּין קְטַנִּים דְּאֵין חֲשׁוּבֵין כְּלוּם לְפִי עָשְׁרוֹ וְלָכֵן גַּם הֵם יִהְיוּ נִזְהָרִים בְּגֶזֶל אֲפִילּוּ בְּדָבָר מוּעָט לִיקַּח קֶסֶם מֵאֲגֻודָּה שֶׁל עֵצִים וְלֹא יִהְיוּ מוֹרִין הֶיתֵּר לוֹמַר אֵין זֶה חָשׁוּב אֵצֶל בְּעָלָיו כְּלוּם.
💡 Explication

Retour au récit. 'Yaakov resta seul' : R. Eleazar enseigne qu'il était revenu chercher de petites cruches oubliées. D'où : pour les justes, leurs biens leur sont plus chers que leur corps — non par avarice, mais parce qu'ils n'étendent pas la main vers le vol (chaque bien étant acquis honnêtement, il leur est précieux).

23
״וַיֵּאָבֵק אִישׁ עִמּוֹ עַד עֲלוֹת הַשָּׁחַר״, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מִכָּאן לְתַלְמִיד חָכָם שֶׁלֹּא יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה. רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא אָמַר מֵהָכָא:

'Et un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aube (ad alot ha-chahar)' (Genèse 32:25) : Rabbi Yitshak a dit : de là, [il ressort] qu'un disciple des sages (talmid 'hakham) ne doit pas sortir seul la nuit [car Yaakov resta seul et fut blessé]. Rabbi Abba bar Kahana a dit [que la source est] d'ici :

📜 Rachi (2)
מִדְּקָאָמַר עַד עֲלוֹת הַשַּׁחַר שְׁמַע מִינָּה לֹא נִיתְּנָה רְשׁוּת לַמַּזִּיק לְהַזִּיק בַּיּוֹם לְפִיכָךְ לֹא הֻוצְרַךְ שְׁמִירָה:
Du fait qu'il dit 'jusqu'au lever de l'aube', apprends-en qu'il n'a pas été donné [permission] au [démon] nuisible (mazik) de nuire le jour ; c'est pourquoi [Yaakov] n'eut pas besoin de protection [le jour].
מִכָּאן לְתַלְמִיד חָכָם כּוּ' שֶׁהֲרֵי יַעֲקֹב נִשְׁאַר יְחִידִי וְהֻוזַּק:
De là, [pour] un talmid 'hakham etc. — car voici, Yaakov resta seul et fut blessé.
🗂️ Tossefot (1)
מִכָּאן לְתַלְמִיד חָכָם שֶׁלֹּא יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה אוֹמֵר ר"ת דְּדַוְקָא נְקַט תַּלְמִיד חָכָם מִשּׁוּם דְּמַזִּיקִין מִתְקַנְּאִים בָּהֶם כִּדְאָמְרִינַן ג' צְרִיכִין שִׁימּוּר מֶלֶךְ ות"ח וְחָתָן וְהָא דַּאֲמָרָן בְּרֵישׁ פְּסָחִים (דַּף ב.) לְעוֹלָם יִכָּנֵס אָדָם בְּכִי טוֹב כּוּ' דְּמַשְׁמַע כָּל אָדָם מִדְּלָא נְקַט תַּלְמִיד חָכָם הָתָם מַיְירֵי בְּרָחוֹק מִן הָעִיר מִפְּנֵי הַמִּכְשׁוֹלוֹת וְהַלִּיסְטִים:
De là, [pour] un talmid 'hakham qu'il ne sorte pas seul la nuit — Rabbenou Tam dit qu'il a énoncé spécifiquement 'talmid 'hakham' parce que les [démons] nuisibles sont jaloux d'eux, comme nous disons : trois [personnes] requièrent protection — un roi, un talmid 'hakham et un marié. Et ce que nous avons dit au début de Pessahim (2a) 'qu'un homme entre toujours [chez lui] tant qu'il fait jour (be-ki tov)... [et sorte be-ki tov]', ce qui implique [n'importe quel] homme, du fait qu'il n'énonce pas 'talmid 'hakham' — là-bas il s'agit [d'un endroit] éloigné de la ville, à cause des obstacles (mikcholot) et des brigands (listim).
🪔 Ben Yehoyada (2)
מִכָּאן לְתַלְמִיד חָכָם שֶׁלֹּא יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה. קַשָּׁא אֵיךְ נֶעְלַם דָּבָר זֶה מִן יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וְיָצָא יְחִידִי בַּלַּיְלָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת מג:) יָרֵחַ חֲשִׁיב כִּשְׁנַיִם וְעִם הָאָדָם הַהֹולֵךְ נַעֲשׂוּ שְׁלֹשָׁה דְּאֵין נִרְאִין וְאֵין מַזִּיקִין עַייֵּן שָׁם וְיָדוּעַ דְּאוֹתָהּ הַלַּיְלָה הָיְתָה לֵיל ט"ו בְּנִיסָן וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַפַּייְּטָן בַּהַגָּדָה שֶׁל פֶּסַח וְאִם כֵּן הַלְּבָנָה זוֹרַחַת כָּל הַלַּיְלָה לָכֵן יָצָא יְחִידִי וְלֹא חָשׁ אַךְ נִרְאֶה דְּאַחַר שֶׁיָּצָא מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁנַּעֲשָׂה עָנָן וְנִתְכַּסֵּית הַלְּבָנָה וְנִשְׁאַר לְבַדּוֹ וְאָז וַיֵּאָבֵק אִישׁ עִמּוֹ (בְּרֵאשִׁית כב, ג) . בְּרַם הָא קַשְׁיָא אַמַּאי לָא יָלֵיף רַבִּי יִצְחָק מִקְּרָא שֶׁל וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם (בְּרֵאשִׁית יט, כז) דְּיָלֵיף מִינֵּיהּ רַבִּי אֱבֵהוּ דְּהוּא קָדִים לְהַאי קְרָא שֶׁל 'וְיֵאָבֵק'? וְנִרְאֶה לִי דְּהָתָם הָווּ תְּלָתָא בַּהֲדֵיהּ שֶׁהֵם יִצְחָק וּשְׁנֵי נְעָרָיו וְאִם כֵּן יֵשׁ לוֹמַר דְּחָשׁ בִּשְׁבִיל פְּחָתִים וְלֹא יֵצֵא בַּלַּיְלָה וְלָאו בִּשְׁבִיל מַזִּיקִין וְלָכֵן לָא יָלְפִינַן מִזֶּה דְּאַל יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה בִּשְׁבִיל מַזִּיקִין, אַךְ רַבִּי אָבָהוּ גְּמִיר מִינֵּיהּ מִשּׁוּם דִּכְתִיב 'וַיַּחֲבֹשׁ אֶת חֲמֹרוֹ וַיִּקַּח אֶת שְׁנֵי נְעָרָיו אִתּוֹ' אִם כֵּן מַשְׁמַע שֶׁבַּתְּחִלָּה לֹא הָיָה בְּדַעְתּוֹ לִיקַּח אֶת שְׁנֵי נְעָרָיו אֶלָּא רַק אֶת יִצְחָק דְּאִם מִתְּחִלָּה דַּעְתּוֹ לִיקַּח שְׁנֵי נְעָרָיו לָמָּה חִבֵּשׁ אֶת חֲמוֹרוֹ בְּיָדוֹ הָיָה לוֹ לוֹמַר לִשְׁנֵי נְעָרָיו לַחֲבֹושׁ לוֹ אֶת הַחֲמוֹר? אֶלָּא וַדַּאי מִתְּחִלָּה לֹא הָיָה בְּדַעְתּוֹ שֶׁיִּקַּח אוֹתָם וְהָיוּ יְשֵׁינִים וּלְכָךְ לֹא הֱקִיצָם לַחֲבֹושׁ חֲמוֹרוֹ וְכֵיוָן דְּהָיוּ שְׁנַיִם הוּא וְיִצְחָק וְלָא הָווּ תְּלָתָא לְכָךְ הִמְתִּין עַד הַבֹּוקֶר מִשּׁוּם מַזִּיקִין כִּי שְׁנַיִם חֲשִׁיבֵי כְּאֶחָד בְּמַזִּיקִין שֶׁנִּרְאִין אַף עַל פִּי שֶׁאֵין מַזִּיקִין יֵשׁ לָחוּשׁ לָהֶם.
רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא אָמַר: מֵהָכָא "הִנֵּה הוּא זֹרֶה אֶת גֹּרֶן הַשְּׂעֹרִים" (רוּת ג, ב) . נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַפִּיק לָהּ מִמַּה שֶׁהֻוצְרְכָה לְפָרֵשׁ שֶׁהוּא זוֹרֶה גֹּורֶן הַשְּׂעוֹרִים בַּלַּיְלָה וְהַייְנוּ כִּי אָמְרָה לָהּ שֶׁתֵּלֵךְ וַתִּשְׁכַּב מַרְגְּלוֹתָיו וְאֵיךְ יִתָּכֵן כֵּיוָן דְּוַדַּאי יְשֵׁינִים עִמּוֹ בְּנֵי אָדָם וְלֹא יָשַׁן לְבַדּוֹ? אַךְ הִסְבִּירָה לָהּ שֶׁהוּא זָרָה גֹּורֶן בְּזוֹ הַלַּיְלָה וְכֵיוָן דְּזוֹרֶה בַּלַּיְלָה מֻוכְרָח שֶׁיֵּשׁ אוֹתָהּ לַיְלָה אוֹר הַלְּבָנָה כִּי אֵין זוֹרִין בַּחֹושֶׁךְ וְכֵיוָן דְּאִיכָּא אוֹר הַלְּבָנָה הוּא יָשֵׁן לְבַדּוֹ דְּאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לְמַזִּיקִין מִפְּנֵי דְּאוֹר הַלְּבָנָה חֲשִׁיב כִּשְׁנַיִם וְעִמּוֹ הָוֵי שְׁלֹשָׁה וְאֵין נִרְאִין וְאֵין מַזִּיקִין, וְכֵיוָן דְּהֻוצְרְכָה לְפָרֵשׁ לָהּ דָּבָר זֶה לְשַׁכֵּךְ דַּעְתָּהּ שֶׁתֵּדַע שֶׁהוּא יָשֵׁן לְבַדּוֹ בְּזֹאת הַלַּיְלָה שֶׁבָּהּ אוֹר הַלְּבָנָה שְׁמַע מִינָּה דְּאִי לָאו הָכִי לֹא הָיָה יָשֵׁן לְבַדּוֹ יְחִידִי וַהֲלִיכָה וְשֵׁינָה חֲדָא כְּמוֹ שֶׁחוֹשְׁשִׁין בָּזֶה חוֹשְׁשִׁין בָּזֶה. וּבְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל יֵשׁ לְהָעִיר מָה הֶכְרֵחַ יֵשׁ בָּזֶה, וְכִי בֹּועַז לְבַדּוֹ שָׁם? וַהֲלֹא יֵשׁ לוֹ מְשָׁרְתִים וְקוֹצְרִים אֶפְשָׁר שֶׁיַּחֲזֹור לְבֵיתוֹ וְיוֹלִיךְ עִמּוֹ שְׁלֹשָׁה וְאַרְבָּעָה בְּנֵי אָדָם? וְיֵשׁ לְיַישֵּׁב בְּדֹוחַק.
💡 Explication

Dernière leçon, tirée de 'jusqu'au lever de l'aube'. R. Yitshak : Yaakov étant reste seul de nuit et ayant été blessé, on apprend qu'un talmid 'hakham ne sorte pas seul la nuit. Rachi note de plus que 'jusqu'au lever de l'aube' enseigne qu'il n'a pas été donné au démon de nuire le jour. R. Abba bar Kahana propose une autre source (la suite est au daf suivant).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).