Sougya : La sougya, de registre aggadique, établit d'abord par cinq versets qu'un disciple des sages (talmid 'hakham) ne doit pas sortir seul la nuit : Boaz qui ne rentre pas, Abraham qui se lève au matin, Yaakov qui envoie Joseph 'voir' ses frères de jour, et 'le soleil se leva pour lui'. À partir de ce dernier verset (Gen 32:32), R.
Akiva rapporte sa question à Rabban Gamliel et R. Yehoshua au marché d'Emmaüs : le soleil ne s'est pas levé pour Yaakov seul !
R. Yitzhak répond que le soleil, couché tôt en sa faveur lorsque la terre s'était contractée (kefitzat ha-derech) pour le ramener prier à Beth-Él, s'est aussi levé tôt en sa faveur.
Suivent les midrachim sur le songe : les pierres qui se rassemblent en une seule, l'échelle large de huit mille parsaot, les anges qui montent et descendent contempler l'image (deyokno) de Yaakov gravée en haut et voulent l'attaquer par jalousie, Dieu qui se tient sur lui pour le protéger, et la terre d'Israël pliée sous lui. Enfin, l'ange qui lutte demande congé 'car l'aube est montée' pour dire son chant : de là, le propos de Rav Hanan'el au nom de Rav sur les trois chœurs d'anges qui disent 'kadoch', et la braita selon laquelle Israël est plus cher que les anges (il chante à toute heure, mentionne le Nom après deux mots, et chante en bas avant que les anges ne chantent en haut).
'Voici qu'il vanne l'aire des orges cette nuit' (Ruth 3:2). [Boaz ne rentra pas chez lui depuis l'aire parce qu'un disciple des sages ne doit pas sortir seul la nuit.]
Début d'une série de sources scripturaires pour la règle : un talmid 'hakham (disciple des sages) ne doit pas sortir seul, la nuit. Première preuve, de Boaz : le verset annonce qu'il vanne l'orge 'cette nuit' et le contexte (Ruth 3:3 : 'lorsqu'il se couchera') montre qu'après avoir fini de vanner il ne rentre pas chez lui mais dort sur l'aire, car il est indigne pour un sage de sortir la nuit.
Rabbi Abahou a dit : de là [on le tire] : 'Et Abraham se leva de bon matin et il sangla etc.' (Gen 22:3). [Le fait qu'Abraham ait attendu le matin, bien qu'il fut accompagné, montre qu'un sage ne sort pas la nuit, et à plus forte raison pas seul.]
R. Abahou tire la règle du ligotage d'Isaac : Abraham 'se leva de bon matin' et non avant le jour. Or il n'était pas seul (deux serviteurs et Its'hak l'accompagnaient) — preuve que même accompagné le sage attend le jour, et à plus forte raison lorsqu'il serait seul.
Et les Sages disent : de là [on le tire] : 'Va donc voir le bien-être de tes frères et le bien-être [du troupeau] etc.' (Gen 37:14). [Yaakov envoya Joseph 'voir', au moment où l'on peut voir, c'est-à-dire de jour.]
Les Sages tirent la règle du verset où Yaakov envoie Joseph vers ses frères : 'va donc voir le bien-être de tes frères'. 'Voir' implique de jour — au moment où l'homme peut voir — et non la nuit.
Rav a dit : de là [on le tire] : 'Et le soleil se leva pour lui' (Gen 32:32). [Yaakov demeura toute la nuit là où il était et ne partit qu'au matin, car un sage ne sort pas seul la nuit.]
Rav tire la règle de Yaakov après sa lutte avec l'ange : 'le soleil se leva pour lui alors qu'il passait Penouel' (Gen 32:32) — signe qu'il était reste sur place toute la nuit et n'est parti qu'au matin, car un sage ne sort pas seul la nuit. Ce verset va lancer toute la suite de la sougya.
Rabbi Akiva a dit : j'ai interrogé Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua au marché (itliz) d'Emmaüs (Imaoum), où ils étaient allés acheter une bête pour le festin [de noces] du fils de Rabban Gamliel : il est écrit 'et le soleil se leva pour lui' — or le soleil s'est-il levé pour lui seul ? n'a-t-il pas brillé pour le monde entier !
Récit encadrant le verset précédent. R. Akiva rapporte la question qu'il posa à Rabban Gamliel et R. Yehoshua au marché aux viandes (itliz) d'Emmaüs, où ils achetaient une bête pour les noces du fils de Rabban Gamliel : si 'le soleil se leva pour lui', cela suggère un soleil propre à Yaakov — alors que le soleil brille pour tout le monde ! D'où la formulation singulière appelle une explication.
Rabbi Yitzhak a dit : le soleil qui s'était couché en sa faveur s'est levé en sa faveur, car il est écrit 'et Yaakov sortit de Béer-Cheva et alla vers Haran' (Gen 28:10), et il est écrit 'et il rencontra le lieu' (Gen 28:11). Lorsqu'il parvint à Haran, il dit : est-il possible que j'aie passé un lieu où mes pères ont prié et que moi je n'aie pas prié ?
Quand il résolut de revenir, la terre se contracta (kaftza) pour lui ; aussitôt — 'et il rencontra le lieu'.
R. Yitzhak explique le 'pour lui' par symétrie : le soleil s'était couché tôt en faveur de Yaakov, donc il s'est levé tôt en sa faveur. La preuve du coucher anticipé : le verset dit d'abord que Yaakov 'alla vers Haran' (donc il y parvint), puis 'il rencontra le lieu' (Beth-El) — un retour en arrière. Parvenu à Haran, Yaakov regrette d'avoir dépassé le lieu de prière de ses pères ; résolu à revenir, la terre se contracta (kefitzat ha-derech, raccourci miraculeux) et il 'rencontra le lieu' aussitôt.
Lorsqu'il eut prié et qu'il voulut revenir, le Saint béni soit-Il dit : ce juste est venu à Mon lieu de logis, et il s'en irait sans y passer la nuit ? Aussitôt — 'le soleil était venu (couché)' (Gen 28:11).
Suite du midrach : une fois sa prière finie, Yaakov veut repartir, mais Dieu — voulant retenir ce juste 'à Mon lieu de logis' (Beth-El) — fait coucher le soleil avant son heure ('le soleil était venu'), pour qu'il y passe la nuit. C'est ce coucher anticipé que le lever anticipé au matin viendra compenser.
Il est écrit 'et il prit des pierres du lieu' (Gen 28:11), et il est écrit 'et il prit la pierre' (Gen 28:18). Rabbi Yitzhak a dit : [cela] enseigne que toutes ces pierres se rassemblèrent en un seul lieu, chacune disant : 'que ce juste pose sa tête sur moi'.
Il fut enseigné : et toutes furent absorbées en une seule.
R. Yitzhak résout une contradiction : le verset dit d'abord 'des pierres' (pluriel) puis 'la pierre' (singulier). Les pierres se rassemblèrent, chacune voulant porter la tête du juste ; et une braita ajoute qu'elles furent toutes absorbées en une seule (fondues en un seul rocher).
'Et il rêvait, et voici une échelle dressée à terre' (Gen 28:12). Il fut enseigné : quelle était la largeur de l'échelle ? huit mille parsaot ; car il est écrit 'et voici des anges de Dieu montant et descendant en elle' — 'montant' : deux, 'descendant' : deux, et lorsqu'ils se croisèrent ils furent quatre.
Midrach sur l'échelle du songe. Sa largeur : huit mille parsaot. Le calcul part du pluriel des verbes : 'montant' (au moins deux de front), 'descendant' (deux) ; au point où montants et descendants se croisent, il y a quatre anges côté à côté — l'échelle doit donc être assez large pour quatre.
Et il est écrit à propos de l'ange 'et son corps était comme du tarchich' (Daniel 10:6), et l'on tient par tradition que le tarchich est de deux mille parsaot. [Quatre anges de deux mille parsaot chacun font huit mille.]
Le chiffre de huit mille se complète : l'Écriture compare le corps d'un ange au 'tarchich' (Daniel 10:6), et la tradition enseigne que le tarchich (la mer ainsi nommée) mesure deux mille parsaot. Quatre anges de deux mille parsaot de large -> huit mille parsaot pour l'échelle.
Il fut enseigné : ils montaient et contemplaient l'image (deyokno) d'en haut, et descendaient et contemplaient l'image d'en bas. Ils voulurent le mettre en péril ; aussitôt, 'et voici Hachem se tenait sur lui' (Gen 28:13).
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : n'était un verset écrit, il serait impossible de le dire — comme un homme qui évente [avec un éventail] au-dessus de son fils.
Les anges montent contempler l'image (deyokno) de Yaakov gravée en haut (sur le Trône de gloire, parmi les quatre Vivants) et descendent contempler son visage en bas. Par jalousie, ils veulent l'attaquer ; aussitôt Dieu 'se tient sur lui' pour le protéger. Resh Lakich : l'image est si audacieuse — Dieu comme un père qui évente son fils pour le protéger de la chaleur — que sans le verset on n'oserait la formuler.
'La terre sur laquelle tu es couché etc.' (Gen 28:13) — quelle est sa grandeur [cette promesse] ? Rabbi Yitzhak a dit : [cela] enseigne que le Saint béni soit-Il a plié toute la terre d'Israël et l'a placée sous Yaakov notre père, afin qu'elle fut aisée à conquérir pour ses fils.
Difficulté : la promesse 'la terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai' paraît modeste — Yaakov n'occupe physiquement que quatre coudées. R. Yitzhak répond que Dieu a plié toute la terre d'Israël et l'a placée sous Yaakov, de sorte que le don porte sur tout le pays, et qu'il soit aisé à conquérir pour sa descendance.
'Et il dit : laisse-moi partir car l'aube est montée' (Gen 32:27). [Yaakov] lui dit : es-tu un voleur ou un escroc (koubyostous), pour craindre l'aube ?
Il lui dit : je suis un ange, et depuis le jour où j'ai été créé mon temps de dire le chant (chira) n'était pas venu, jusqu'à maintenant.
Retour à la lutte de Yaakov avec l'ange. L'ange demande congé 'car l'aube est montée'. Yaakov raille : crains-tu l'aube comme un voleur ou un escroc (koubyostous) qui se cache ? L'ange répond : je suis un ange, et c'est aujourd'hui pour la première fois que mon tour est venu de dire le chant (chira) devant Dieu — je dois donc monter chanter. Cette réponse va appuyer le propos suivant sur le chant des anges.
[Cela] vient en appui à [ce que dit] Rav Hanan'el au nom de Rav, car Rav Hanan'el a dit au nom de Rav : trois chœurs (kitot) d'anges du service disent le chant chaque jour : l'un dit 'kadoch', l'autre dit 'kadoch', et l'autre dit 'kadoch Hachem Tsevaot' (Isaie 6:3).
La réponse de l'ange (son tour de chanter n'était jamais venu) appuie l'enseignement de Rav Hanan'el au nom de Rav : trois chœurs d'anges disent le chant chaque jour, se partageant le verset 'Saint, saint, saint est Hachem des armées' (Isaie 6:3) — un chœur 'kadoch', un deuxième 'kadoch', le troisième 'kadoch Hachem Tsevaot'.
On objecte : Israël est plus cher devant le Saint béni soit-Il que les anges du service, car Israël dit le chant à toute heure, tandis que les anges du service ne disent le chant qu'une seule fois par jour ; et certains disent : une seule fois par semaine ; et certains disent : une seule fois par mois ; et certains disent : une seule fois par an ; et certains disent : une seule fois par septennat (chemita) ; et certains disent : une seule fois par jubilé (yovel) ; et certains disent : une seule fois dans [toute la durée du] monde.
Objection (mitivi) contre Rav : une braita enseigne qu'Israël est plus cher que les anges, parce qu'Israël dit le chant à toute heure, alors que les anges ne le disent qu'une seule fois — et selon les avis, une fois par jour, par semaine, par mois, par an, par septennat, par jubilé, ou même une seule fois dans toute l'histoire du monde. Cela contredit l'idée que les trois chœurs chantent chaque jour.
Et Israël mentionne le Nom après deux mots, comme il est dit 'Écoute, Israël, Hachem etc.' (Deut 6:4) ; tandis que les anges du service ne mentionnent le Nom qu'après trois mots, comme il est écrit 'kadoch, kadoch, kadoch Hachem Tsevaot' (Isaie 6:3).
Deuxième marque de la préférence pour Israël : Israël mentionne le Nom après deux mots ('Chema Israël, Hachem...'), alors que les anges ne mentionnent le Nom qu'après trois mots ('kadoch, kadoch, kadoch, Hachem Tsevaot'). Cela aussi presse Rav : si les anges mentionnent le Nom seulement au troisième mot, comment le premier chœur dirait-il 'kadoch Hachem' (le Nom au deuxième mot) ?
Et les anges du service ne disent pas le chant en haut tant qu'Israël n'a pas dit [le chant] en bas, comme il est dit 'lorsque les étoiles du matin chantent ensemble' (Job 38:7), puis ensuite 'et tous les fils de Dieu acclament'.
Troisième marque : les anges ne chantent pas en haut avant qu'Israël ne chante en bas. Preuve : 'lorsque les étoiles du matin chantent ensemble' (Job 38:7) — c'est Israël, comparé aux étoiles — puis 'tous les fils de Dieu acclament', c'est-à-dire les anges. La braita maintient donc 'après trois mots', ce qui fait difficulté au 'kadoch Hachem' attribué par Rav au premier chœur.
Plutôt : l'un dit 'kadoch', l'autre dit 'kadoch kadoch', et l'autre dit 'kadoch kadoch kadoch Hachem Tsevaot'. Mais il y a [le verset] 'baroukh' (béni) [où le Nom est mentionné après deux mots] !
Correction (ela) du propos de Rav pour l'accorder à la braita : les trois chœurs disent respectivement 'kadoch', puis 'kadoch kadoch', puis 'kadoch kadoch kadoch Hachem Tsevaot' — ainsi le Nom n'est mentionné qu'après trois mots. Reste une objection : le verset 'Baroukh kevod Hachem' (Ezechiel 3:12) mentionne le Nom après deux mots seulement. [Rachi : ce 'baroukh', ce sont les Ofanim qui le disent — eux qui sont auprès du Trône de gloire — tandis que notre propos porte sur les anges du service.]
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).