Chullin 91b — le sage ne sort pas seul la nuit, le songe de l'échelle de Jacob et le chant des anges

Chullin 91b

Sougya : La sougya, de registre aggadique, établit d'abord par cinq versets qu'un disciple des sages (talmid 'hakham) ne doit pas sortir seul la nuit : Boaz qui ne rentre pas, Abraham qui se lève au matin, Yaakov qui envoie Joseph 'voir' ses frères de jour, et 'le soleil se leva pour lui'. À partir de ce dernier verset (Gen 32:32), R.

Akiva rapporte sa question à Rabban Gamliel et R. Yehoshua au marché d'Emmaüs : le soleil ne s'est pas levé pour Yaakov seul !

R. Yitzhak répond que le soleil, couché tôt en sa faveur lorsque la terre s'était contractée (kefitzat ha-derech) pour le ramener prier à Beth-Él, s'est aussi levé tôt en sa faveur.

Suivent les midrachim sur le songe : les pierres qui se rassemblent en une seule, l'échelle large de huit mille parsaot, les anges qui montent et descendent contempler l'image (deyokno) de Yaakov gravée en haut et voulent l'attaquer par jalousie, Dieu qui se tient sur lui pour le protéger, et la terre d'Israël pliée sous lui. Enfin, l'ange qui lutte demande congé 'car l'aube est montée' pour dire son chant : de là, le propos de Rav Hanan'el au nom de Rav sur les trois chœurs d'anges qui disent 'kadoch', et la braita selon laquelle Israël est plus cher que les anges (il chante à toute heure, mentionne le Nom après deux mots, et chante en bas avant que les anges ne chantent en haut).

Un talmid 'hakham ne sort pas seul de nuit : cinq sources scripturaires chaque Maître rattache la règle à un verset où un homme juste attend le jour pour partir Boaz 'il vanne l'orge cette nuit' il ne rentre pas chez lui la nuit (Ruth 3) R. Abahou : Abraham 'il se leva de bon matin' il attend le jour pour partir (Gen 22) Sages : Yaakov-Joseph 'va donc voir' au moment où l'on peut voir (Gen 37) Rav : Yaakov 'le soleil se leva pour lui' il reste toute la nuit, part au matin (Gen 32) Règle commune le sage ne sort pas seul, de nuit (honneur de l'étude, danger)
Segments 0-3 : les cinq sources scripturaires de la règle 'un sage ne sort pas seul la nuit'.
'Le soleil se leva pour lui' : pourquoi le soleil de Yaakov s'est couché puis levé plus tôt R. Yitzhak : le soleil 'qui s'était couché en sa faveur s'est levé en sa faveur' coucher anticipé Yaakov veut revenir prier au lieu de ses pères ; la terre se contracte (kefitzat ha-derech) 'il rencontra le lieu' Dieu le retient pour la nuit : 'le soleil était venu (couché)' lever anticipé au matin, le soleil se lève tôt 'pour lui', pour réparer le coucher anticipé
Segments 5-6 : pourquoi 'le soleil se leva pour lui' — coucher et lever anticipés en faveur de Jacob (R. Yitzhak).
Le chant des anges : Israël plus cher que les anges du service Israël (en bas) dit le chant à toute heure mentionne le Nom après DEUX mots 'Chema Israël, Hachem...' chante le premier : 'les étoiles du matin chantent ensemble' (Job 38) = Israël Anges du service (en haut) disent le chant une seule fois (jour / semaine / mois / an / cycle / yovel / une fois au monde) mentionnent le Nom après TROIS mots 'Kadoch, kadoch, kadoch Hachem' ne chantent pas en haut avant qu'Israël ne chante en bas
Segments 14-16 : Israël plus cher que les anges du service — fréquence du chant et mention du Nom.
1
״הִנֵּה הוּא זֹרֶה אֶת גֹּרֶן הַשְּׂעֹרִים״.

'Voici qu'il vanne l'aire des orges cette nuit' (Ruth 3:2). [Boaz ne rentra pas chez lui depuis l'aire parce qu'un disciple des sages ne doit pas sortir seul la nuit.]

📜 Rachi (1)
הִנֵּה הוּא זוֹרֶה ווני"ר בְּלַעַ"ז. דִּכְתִיב וַיְהִי בְּשָׁכְבוּ וְגוֹ' אָמְרָה לָהּ דְּעִי שֶׁאַחַר שֶׁיִּגְמֹור לִזְרוֹת לֹא יָבֹא לְבֵיתוֹ לִשְׁכּוֹב שֶׁגְּנַאי הוּא לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים לָצֵאת בַּלַּיְלָה וְיִשְׁכַּב בַּגֹּורֶן:
'Voici qu'il vanne' — 'vanner' en langue vernaculaire. Comme il est écrit 'et lorsqu'il se couchera etc.' (Ruth 3:4), elle lui dit : sache qu'après qu'il aura fini de vanner il ne viendra pas se coucher chez lui, car [c']est un déshonneur pour les disciples des sages de sortir la nuit, et il se couchera sur l'aire.
💡 Explication

Début d'une série de sources scripturaires pour la règle : un talmid 'hakham (disciple des sages) ne doit pas sortir seul, la nuit. Première preuve, de Boaz : le verset annonce qu'il vanne l'orge 'cette nuit' et le contexte (Ruth 3:3 : 'lorsqu'il se couchera') montre qu'après avoir fini de vanner il ne rentre pas chez lui mais dort sur l'aire, car il est indigne pour un sage de sortir la nuit.

2
רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר מֵהָכָא: ״וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיַּחֲבֹשׁ אֶת וְגוֹ׳״.

Rabbi Abahou a dit : de là [on le tire] : 'Et Abraham se leva de bon matin et il sangla etc.' (Gen 22:3). [Le fait qu'Abraham ait attendu le matin, bien qu'il fut accompagné, montre qu'un sage ne sort pas la nuit, et à plus forte raison pas seul.]

📜 Rachi (1)
וַיַּשְׁכֵּם בַּבֹּקֶר וְלֹא קֹודֶם הַיּוֹם ואע"ג דְּלָאו יָחִיד הֲוָה וכ"ש יְחִידִי:
'Il se leva de bon matin' — et non avant le jour. Et bien qu'il ne fût pas seul, à plus forte raison [un sage qui serait] seul.
🗂️ Tossefot (1)
מֵהָכָא וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר בְּרוֹב סְפָרִים כְּתִיב וַיַּחֲבֹושׁ אֶת חֲמוֹרוֹ וְקַשְׁיָא דְּהַייְנוּ קְרָא דַּעֲקֵדָה וְשָׁם לֹא הָיָה יְחִידִי דְּהָיוּ שְׁנֵי נְעָרָיו עִמּוֹ וְיִצְחָק בְּנוֹ וְעוֹד דַּאֲפִילּוּ הָיָה יָחִיד אֵין לָחוּשׁ מִן הַמַּזִּיקִין דִּשְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִיזּוֹקִין וְעוֹד דְּמִקְּרָא דַּעֲקֵדָה יָלֵיף בְּרֵישׁ פְּסָחִים (דַּף ד.) גַּבֵּי בְּדִיקַת חָמֵץ דְּלָא אָמְרִינַן זְרִיזִין מַקְדִּימִין לְמִצְוָה טְפֵי מִצַּפְרָא מִדְּלָא הִשְׁכִּים אַבְרָהָם טְפֵי מִצַּפְרָא וְהֵיכִי מוּכָח הָתָם דִּילְמָא שָׁאנֵי הָתָם דְּהָוֵי מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה וּלְכָךְ לֹא הִקְדִּים לְכָךְ נִרְאֶה דְּהָכָא גָּרְסִינַן וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל הַמָּקוֹם וְגוֹ' (בְּרֵאשִׁית יט) וְלָא גָּרְסִינַן וַיַּחֲבֹושׁ אֶת חֲמוֹרוֹ וּמַייְתִי קְרָא מִסְּדוֹם שֶׁהָלַךְ לְהִתְפַּלֵּל עַל הֲפִיכַת סְדוֹם שֶׁהָיְתָה בַּבֹּקֶר וְהָיָה לוֹ לְהַקְדִּים לְהִתְפַּלֵּל בַּלַּיְלָה אֶלָּא שֶׁלֹּא רָצָה לָצֵאת יְחִידִי בַּלַּיְלָה וְהָלַךְ יְחִידִי לְהִתְפַּלֵּל עֲלֵיהֶם וְלֹא רָצָה שֶׁיְּהֵא שׁוּם אָדָם עִמּוֹ בִּשְׁעַת תְּפִלָּה אִי נָמֵי לֹא הָיָה שׁוּם אָדָם רַשַּׁאי לִרְאוֹת בַּהֲפִיכַת סְדוֹם וּבִפְסָחִים מַיְיתֵי קְרָא דַּעֲקֵדָה שֶׁלֹּא הָיָה יְחִידִי אֶלָּא דְּלָא הָיָה צָרִיךְ לְהַקְדִּים טְפֵי מִצַּפְרָא:
'De là : Et Abraham se leva de bon matin' — dans la plupart des livres il est écrit 'et il sangla son âne', et [c']est difficile, car [c']est là le verset du ligotage (akeda), et là il n'était pas seul, car ses deux serviteurs étaient avec lui et Its'hak son fils ; et de plus, même s'il était seul, il n'y a pas à craindre les démons (mazikin), car les émissaires d'une mitsva ne subissent pas de dommage. Et de plus, du verset du ligotage on tire [une autre règle], au début de Pessahim (4a), à propos de la recherche du hametz : que nous ne disons pas [que] 'les diligents devancent [l'accomplissement de] la mitsva' [au point de la faire] plus tôt que le matin, du fait qu'Abraham ne s'est pas levé plus tôt que le matin. Et comment [cela] se prouverait-il là ? peut-être est-ce différent là, où c'était afin qu'il ne sortît pas seul la nuit, et c'est pourquoi il ne s'est pas levé plus tôt ! C'est pourquoi il paraît qu'ici nous lisons 'et Abraham se leva de bon matin [et il alla] vers le lieu etc.' (Gen 19:27), et nous ne lisons pas 'et il sangla son âne' ; et l'on apporte le verset de Sodome, [Abraham] étant allé prier sur le renversement de Sodome, lequel eut lieu le matin, et il aurait dû devancer pour prier la nuit, sinon qu'il n'a pas voulu sortir seul la nuit ; et il alla prier seul sur eux et ne voulut qu'aucun homme ne fût avec lui à l'heure de la prière ; ou bien aucun homme n'avait le droit de regarder le renversement de Sodome. Et dans Pessahim on apporte le verset du ligotage, où il n'était pas seul, mais [pour montrer] qu'il n'avait pas à devancer plus tôt que le matin.
💡 Explication

R. Abahou tire la règle du ligotage d'Isaac : Abraham 'se leva de bon matin' et non avant le jour. Or il n'était pas seul (deux serviteurs et Its'hak l'accompagnaient) — preuve que même accompagné le sage attend le jour, et à plus forte raison lorsqu'il serait seul.

3
וְרַבָּנָן אָמְרִי מֵהָכָא: ״לֶךְ נָא רְאֵה אֶת שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת שְׁלוֹם וְגוֹ׳״.

Et les Sages disent : de là [on le tire] : 'Va donc voir le bien-être de tes frères et le bien-être [du troupeau] etc.' (Gen 37:14). [Yaakov envoya Joseph 'voir', au moment où l'on peut voir, c'est-à-dire de jour.]

📜 Rachi (1)
לֵךְ נָא רְאֵה בְּעֵת שֶׁאָדָם יָכוֹל לִרְאוֹת:
'Va donc voir' — au moment où l'homme peut voir.
💡 Explication

Les Sages tirent la règle du verset où Yaakov envoie Joseph vers ses frères : 'va donc voir le bien-être de tes frères'. 'Voir' implique de jour — au moment où l'homme peut voir — et non la nuit.

4
רַב אָמַר מֵהָכָא: ״וַיִּזְרַח לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ״.

Rav a dit : de là [on le tire] : 'Et le soleil se leva pour lui' (Gen 32:32). [Yaakov demeura toute la nuit là où il était et ne partit qu'au matin, car un sage ne sort pas seul la nuit.]

💡 Explication

Rav tire la règle de Yaakov après sa lutte avec l'ange : 'le soleil se leva pour lui alors qu'il passait Penouel' (Gen 32:32) — signe qu'il était reste sur place toute la nuit et n'est parti qu'au matin, car un sage ne sort pas seul la nuit. Ce verset va lancer toute la suite de la sougya.

5
אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: שָׁאַלְתִּי אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בָּאִיטְלִיז שֶׁל אִימָאוּם, שֶׁהָלְכוּ לִיקַּח בְּהֵמָה לְמִשְׁתֵּה בְּנוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל. כְּתִיב ״וַיִּזְרַח לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ״, וְכִי שֶׁמֶשׁ לוֹ לְבַד זָרְחָה? וַהֲלֹא לְכָל הָעוֹלָם זָרְחָה!

Rabbi Akiva a dit : j'ai interrogé Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua au marché (itliz) d'Emmaüs (Imaoum), où ils étaient allés acheter une bête pour le festin [de noces] du fils de Rabban Gamliel : il est écrit 'et le soleil se leva pour lui' — or le soleil s'est-il levé pour lui seul ? n'a-t-il pas brillé pour le monde entier !

📜 Rachi (2)
אִיטְלִיז שׁוֹק שֶׁמּוֹכְרִין בּוֹ בָּשָׂר:
'Itliz' — un marché où l'on vend de la viande.
אימאום שֵׁם מָקוֹם:
'Imaoum' — nom d'un lieu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: שָׁאַלְתִּי אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בָּאִטְלִיז שֶׁל אִימְּאוּס. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁשָּׁאַל זוֹ מֵהֶם אוֹתוֹ עֵת וְהוּא כִּי כָּתוּב בְּסֵפֶר הַלְּקוּטִים בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הַטַּעַם שֶׁהֻוצְרַךְ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לַחֲזֹור עַל פַּכִּים קְטַנִּים כִּי הַצַּדִּיקִים חָבִיב עֲלֵיהֶם מָמוֹנָם לִהְיוֹתוֹ נִשְׁפָּע מִלְמַעְלָה אֵין רָאוּי לִמְאֹוס בּוֹ אֲפִילּוּ שֶׁהוּא דָּבָר מוּעָט וְאִם יָחוּס עַל מָמוֹנוֹ הוּא מְכַבֵּד אֶת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁהִשְׁפִּיעַ לוֹ הַמָּמוֹן הַהוּא וְלָכֵן אִם לֹא הָיָה חוֹזֵר בַּעֲבוּר פַּכִּים קְטַנִּים נִרְאֶה כְּאִלּוּ מְזַלְזֵל בְּשֶׁפַע שֶׁנִּשְׁפַּע לוֹ מִלְמַעְלָה וּלְכָךְ צָרִיךְ לַחֲזֹור אַחֲרָיו עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה עֲדַייִן תִּקְשֵׁי לָמָּה חָזַר הוּא בְּעַצְמוֹ, הָיָה לוֹ לִשְׁלֹוחַ עֲבָדָיו לַהֲבִיאָם? אֶלָּא מֻוכְרָח לוֹמַר כֵּיוָן דְּחָשַׁב חֲזָרָה זוֹ לְהָבִיא הָפְכִין הִיא מִצְוָה שֶׁבָּזֶה הוּא מְכַבֵּד הַשֶּׁפַע שֶׁנָּתַן לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לָכֵן חָזַר הוּא בְּעַצְמוֹ כִּי מִצְוָה בּוֹ יוֹתֵר מִבִּשְׁלוּחוֹ וְעַתָּה רָאָה רַבִּי עֲקִיבָה שֶׁרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהוּא נָשִׂיא הָלַךְ בְּעַצְמוֹ לְאִיטְלָז שֶׁל אַמְּאוּם לִקְנוֹת בְּהֵמָה לְמִשְׁתֵּה בְּנוֹ שֶׁהוּא צֹורֶךְ מִצְוָה וְאַף עַל גַּב דְּהָיָה לוֹ לִשְׁלֹוחַ מְשָׁרְתָיו עָשָׂה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה דְּאָמַר מִצְוָה בּוֹ יוֹתֵר מִבִּשְׁלוֹחוֹף וְכֵיוָן דְּרָאָה שֶׁעָשׂוּ מַעֲשֵׂה יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וּסְבָרָתוֹ שֶׁעָשָׂה בְּאוֹתוֹ הַלַּיְלָה לָכֵן נִזְכַּר לִשְׁאוֹל מֵהֶם שְׁאֵלָה זוֹ הַשָּׁיְיכָה לְאוֹתָהּ הַלַּיְלָה שֶׁחָזַר יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה עַל פַּכִּים וְנִסְתַּבֵּב מִזֶּה שֶׁתָּקַע כַּף יְרֵיכוֹ דַּעֲלֵיהּ קָאָמַר קְרָא וַיִּזְרַח לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ וְהוּא צֹלֵעַ עַל יְרֵכוֹ (בְּרֵאשִׁית לֵב, לב) .
Rabbi Akiva a dit : j'ai interrogé Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua au marché (itliz) d'Emmaüs. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, [pouvoir expliquer] la raison pour laquelle il leur posa cette [question] précisément à ce moment-là. Car il est écrit dans le Sefer ha-Likoutim au nom de notre maître le Ari [R. Its'hak Louria] de mémoire bénie, [touchant] la raison pour laquelle Yaakov notre père, la paix sur lui, dut revenir sur ses petites cruches (Genèse 32) : c'est que les justes tiennent à leur bien, parce que celui-ci leur est dispensé d'En-Haut ; il ne convient pas de le dédaigner, fût-ce une chose de peu de valeur, et si [le juste] ménage son bien, il honore [par là] le Nom béni soit-Il qui lui a dispensé ce bien-là ; c'est pourquoi, s'il n'était pas revenu pour ces petites cruches, il aurait paru méprisant envers l'abondance (chefa) qui lui avait été dispensée d'En-Haut, et voilà pourquoi il fallut qu'il revienne les chercher — vois cela là-bas. Or il subsiste encore une difficulté : pourquoi revint-il en personne ? il aurait dû envoyer ses serviteurs pour les rapporter ! Mais il faut dire nécessairement que, puisqu'il considérait ce retour pour rapporter les cruches comme une mitsva — par laquelle il honore l'abondance (chefa) que le Saint béni soit-Il lui avait donnée — c'est pourquoi il revint en personne, car 'la mitsva [accomplie] par soi-même [vaut] plus que par son mandataire'. Et maintenant, Rabbi Akiva vit que Rabban Gamliel, qui était le Nassi (patriarche), allait en personne au marché (itliz) d'Emmaüs acheter une bête pour le festin de son fils, lequel est un besoin de mitsva ; et bien qu'il eût pu envoyer ses serviteurs, il fit comme avait fait Yaakov notre père, la paix sur lui, qui disait : 'la mitsva [accomplie] par soi-même [vaut] plus que par son mandataire'. Et comme il vit qu'ils accomplissaient l'acte de Yaakov notre père, la paix sur lui, et son raisonnement, [acte] qu'il avait accompli en cette nuit-là, il se souvint alors de leur poser cette question qui se rapporte à cette même nuit où Yaakov notre père, la paix sur lui, revint sur ses cruches, et d'où il advint que [l'ange] luxa l'emboîture de sa cuisse — [nuit] à propos de laquelle le verset dit 'et le soleil se leva pour lui, et il boitait de la cuisse' (Genèse 32:32).
💡 Explication

Récit encadrant le verset précédent. R. Akiva rapporte la question qu'il posa à Rabban Gamliel et R. Yehoshua au marché aux viandes (itliz) d'Emmaüs, où ils achetaient une bête pour les noces du fils de Rabban Gamliel : si 'le soleil se leva pour lui', cela suggère un soleil propre à Yaakov — alors que le soleil brille pour tout le monde ! D'où la formulation singulière appelle une explication.

6
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שֶׁמֶשׁ הַבָּאָה בַּעֲבוּרוֹ זָרְחָה בַּעֲבוּרוֹ, דִּכְתִיב: ״וַיֵּצֵא יַעֲקֹב מִבְּאֵר שָׁבַע וַיֵּלֶךְ חָרָנָה״, וּכְתִיב: ״וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם״. כִּי מְטָא לְחָרָן אָמַר: אֶפְשָׁר עָבַרְתִּי עַל מָקוֹם שֶׁהִתְפַּלְּלוּ אֲבוֹתַי וַאֲנִי לֹא הִתְפַּלַּלְתִּי? כַּד יָהֵיב דַּעְתֵּיהּ לְמִיהְדַּר, קָפְצָה לֵיהּ אַרְעָא, מִיָּד – ״וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם״.

Rabbi Yitzhak a dit : le soleil qui s'était couché en sa faveur s'est levé en sa faveur, car il est écrit 'et Yaakov sortit de Béer-Cheva et alla vers Haran' (Gen 28:10), et il est écrit 'et il rencontra le lieu' (Gen 28:11). Lorsqu'il parvint à Haran, il dit : est-il possible que j'aie passé un lieu où mes pères ont prié et que moi je n'aie pas prié ?

Quand il résolut de revenir, la terre se contracta (kaftza) pour lui ; aussitôt — 'et il rencontra le lieu'.

📜 Rachi (5)
שַׁמָּשׁ הַבָּאָה בַּעֲבוּרוֹ שָׁקְעָה בַּעֲבוּרוֹ קֹודֶם זְמַנָּהּ. וּמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לָמָּה שָׁקְעָה:
'Le soleil qui s'était couché en sa faveur' — il [s']est couché en sa faveur avant son temps. Et [le texte] explique en poursuivant pourquoi il s'est couché.
כְּתִיב וַיֵּלֶךְ חָרָנָה דְּמַשְׁמַע דִּמְטָא לְחָרָן וַהֲדַר כְּתִיב וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם דְּהַיְינוּ בֵּית אֵל דְּאַכַּתִּי לָא מְטָא לְחָרָן:
'Il est écrit : et il alla vers Haran' — qui implique qu'il parvint à Haran ; et ensuite il est écrit 'et il rencontra le lieu', c'est-à-dire Beth-Él, [signe] qu'il n'était pas encore parvenu à Haran [et qu'il est revenu en arrière].
שֶׁהִתְפַּלְּלוּ בּוֹ אֲבוֹתַי הַאי בֵּית אֵל לֹא הַסָּמוּךְ לָעַי הוּא אֶלָּא יְרוּשָׁלַיִם וְעַל שֵׁם יִהְיֶה בֵּית אֱ-לֹהִים קְרָאוֹ בֵּית אֵל וְהוּא הַר הַמּוֹרִיָה שֶׁהִתְפַּלֵּל בּוֹ אַבְרָהָם וְהוּא שָׂדֶה שֶׁהִתְפַּלֵּל בּוֹ יִצְחָק דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כד) לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה דְּהָכִי אָמְרִינַן בִּפְסָחִים (דַּף פח.) אֶל הַר ה' וְאֶל בֵּית אֱ-לֹהֵי יַעֲקֹב מַאי שְׁנָא יַעֲקֹב אֶלָּא לֹא כְּאַבְרָהָם שֶׁקְּרָאוֹ הַר דִּכְתִיב בְּהַר ה' וְלֹא כְּיִצְחָק שֶׁקְּרָאוֹ שָׂדֶה דִּכְתִיב לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה אֶלָּא כְּיַעֲקֹב שֶׁקְּרָאוֹ בַּיִת:
'Où mes pères ont prié' — ce Beth-Él n'est pas celui qui est près de Aï, mais [c'est] Jérusalem ; et c'est parce qu'elle 'sera maison de Dieu' (beit Elokim) qu'on l'appela Beth-Él, et c'est le mont Moria où Abraham pria, et c'est le champ où Its'hak pria, comme il est écrit 'pour [se] recueillir dans le champ' (Gen 24:63) ; car ainsi disons-nous dans Pessahim (88a) : '[montons] au mont de Hachem et à la maison du Dieu de Yaakov' (Isaie 2:3) — pourquoi en particulier Yaakov ? plutôt, [ce sera] non comme Abraham qui l'appela 'mont', comme il est écrit 'au mont de Hachem' (Gen 22:14), ni comme Its'hak qui l'appela 'champ', comme il est écrit 'pour se recueillir dans le champ', mais comme Yaakov qui l'appela 'maison'.
קָפְצָה לָשׁוֹן (דְּבָרִים ט״ו:ז׳) לֹא תִּקְפֹּוץ אֶת יָדְךָ. נִתְקַצְּרָה וְנִתְקַמְּצָה לוֹ:
'Se contracta' (kaftza) — un terme [de] 'tu ne fermeras pas (tikpotz) ta main' (Deut 15:7) : elle se raccourcit et se ramassa pour lui.
וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם כְּאָדָם הַפּוֹגֵעַ בַּחֲבֵירוֹ שֶׁבָּא כְּנֶגְדּוֹ וְדָרְשִׁינַן לֵיהּ נַמֵּי לְשׁוֹן תְּפִלָּה כְּדִכְתִיב (רוּת א) אַל תִּפְגְּעִי בֵּי:
'Et il rencontra le lieu' — comme un homme qui rencontre (pogea) son compagnon venu à sa rencontre ; et nous l'interprétons aussi au sens de prière (tefila), comme il est écrit 'n'insiste pas (al tifge'i) auprès de moi' (Ruth 1:16).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שֶׁמֶשׁ הַבָּאָה בַּעֲבוּרוֹ, זָרְחָה בַּעֲבוּרוֹ (בְּרֵאשִׁית לב, לב) . הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל מַאי שְׁיָאטֵיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הֵשִׁיבוּ לוֹ כָּךְ? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הֵשִׁיבוּ לוֹ בְּקִיצּוּר 'שֶׁמֶשׁ שֶׁבָּאָה בַּעֲבוּרוֹ זָרְחָה לוֹ בַּעֲבוּרוֹ' וְרַבִּי יִצְחָק זָכַר דִּבְרֵיהֶם הַנִּזְכָּר בְּהַרְחָבַת בֵּיאוּר לְפָרֵשׁ כַּוָּנָתָם אֵימָתַי בָּאָה וְהֵיכָן הָיָה זֶה וְלָכֵן תַּלְמוּדָא הִזְכִּיר תְּשׁוּבַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל שֵׁם רַבִּי יִצְחָק וְכַוָּנָתוֹ לוֹמַר דְּרַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר כָּךְ הֵשִׁיבוּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְכָךְ הִיא כַּוָּנָתָם וְאִם הָיָה זוֹכֵר תַּלְמוּדָא תְּשׁוּבַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כַּאֲשֶׁר הֵשִׁיבוּ בְּקִיצּוּר וְאַחַר כָּךְ הָיָה מֵבִיא דִּבְרֵי רַבִּי יִצְחָק לְפָרֵשׁ כַּוָּנָתָם הָיָה מִצְטָרֵךְ מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס לְהַאֲרִיךְ שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִשְׁאֹל ' שַׁמָּשׁ הַבָּאָה בַּעֲבוּרוֹ מַאי?' וְיָשִׁיב כָּךְ אָמַר רַבִּי יִצְחָק דִּכְתִיב וַיֵּצֵא יַעֲקֹב וְכוּ' וְלָכֵן כְּדֵי שֶׁלֹּא לְהַאֲרִיךְ עָשָׂה הַתְּשׁוּבָה מִתְּחִלָּתָהּ עַל שֵׁם רַבִּי יִצְחָק שֶׁזָּכַר תְּשׁוּבַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּהַרְחָבַת בֵּיאוּר.
Rabbi Yitzhak a dit : le soleil qui s'était couché en sa faveur s'est levé en sa faveur (Genèse 32:32). Le Rav Petah Einayim [le Hida] de mémoire bénie a soulevé la difficulté : quel est le rapport [du propos] de Rabbi Yitzhak [ici] ? il aurait fallu dire que Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua lui répondirent ainsi — vois cela là-bas. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, que Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua lui répondirent en abrégé 'le soleil qui s'était couché en sa faveur s'est levé pour lui en sa faveur', et que Rabbi Yitzhak rapporta leurs propos cités [plus haut] en développant l'explication, pour exposer leur intention : quand le [soleil] s'était-il couché, et où cela eut-il lieu ; c'est pourquoi le Talmud a rapporté la réponse de Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua au nom de Rabbi Yitzhak — son intention étant de dire que Rabbi Yitzhak rapporte ainsi la réponse de Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua, et que telle est leur intention. Car si le Talmud avait rapporté la réponse de Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua telle qu'ils avaient répondu en abrégé, puis avait apporté ensuite les propos de Rabbi Yitzhak pour exposer leur intention, il aurait fallu, selon l'ordre du Talmud, allonger : car il aurait fallu demander '[que signifie] le soleil qui s'était couché en sa faveur ?' et [le Talmud] aurait répondu 'ainsi a dit Rabbi Yitzhak, car il est écrit : et Yaakov sortit etc.'. C'est pourquoi, pour ne pas allonger, [le Talmud] a placé la réponse, des son début, au nom de Rabbi Yitzhak, lui qui a rapporté la réponse de Rabban Gamliel et Rabbi Yehoshua en développant l'explication.
אפשר עברתי על מקום שהתפללו בו אבותי, ואני לא התפללתי בו? (בראשית כח, י) . כתב הרב פתח עינים ז"ל בשם אחד קדוש דקיימא לן על לשון ' אפשר ' מה מסתפק בכך, והלא ודאי כי מטא לחרן עבר על מקום אבותיו ולא התפלל? ותרץ דבקפיצה זו שבא לחרן אפשר אחת משתים והיינו שבא מלאך ונשאו והביאו לחרן מהלך שמונה־עשרה יום בשעה אחת או חרן נעקר ממקומו ובא אצלו עיין שם. ואחר המחילה רבה זה דוחק עצום מאד איך סלקא דעתיה להסתפק שמא חרן נעקר ובא אצלו, דלמה יעשה הקדוש ברוך הוא נס כפול על מגן? כי ודאי אין רצונו יתברך שתשאר חרן בבאר שבע אלא מוכרח שתחזור חרן למקומה גם כן בנס, ומוכרח לומר שהוא הלך בשעה אחת בדרך נס. ונראה לי בס"ד הספק שלו היה בכך כי מפורש בדברי רבינו האר"י ז"ל בשער מאמרי רבותינו ז"ל במאמר פסיעותיו של אברהם אבינו שלשה מילין שיש מין קפיצה שהאדם רוכב על ענן ומוליכו למקום שירצה וכאשר היה עושה שלמה המלך ע"ה כשהיה הולך להרי חושך וזה הוא פורח באויר למעלה למעלה לכך כאשר היה הולך היה מחשיך אור השמש על הארץ וכנזכר בזוהר הקדוש ויש מין קפיצה שהיא ברגליו של אדם שהולך בהם על הארץ ומתרחבים פסיעותיו וקפיצה זו נזכרה בתיקונים (דף קו) עובדא הוה בחד מאינון בעלי קבין דחמו ליה דהוה רהיט כמו כוכבא דשרביטא עד כאן דבריו עיין שם. ולכן נסתפק יעקב אבינו ע"ה אם הקפיצה שנעשה לו בנס היה לו שנשאו הענן למעלה למעלה אם כן לא דרכו רגליו על מקום אבותיו כי היה נשוי באויר העליון או שמא דרסו רגליו על מקום אבותיו דהוה ליה כמו קפיצה השנית של בעלי קבין והוא מחמת שהיה טרוד בכונות ויחודים לא ידע ולא הרגיש איך היה לו. אי נמי נסתפק אם הקפיצה היתה בעברו על ההר שהתפללו בו אבותיו דנמצא עובר על אותו מקום או היתה בדרך אחר במקום אחר מצדדי ההר ולא עבר על ההר שהתפללו בו אבותיו ממש.
Est-il possible que j'aie passé un lieu où mes pères ont prié, et que moi je n'y aie pas prié ? (Genèse 28:10). Le Rav Petah Einayim [le Hida] de mémoire bénie a écrit au nom d'un saint [maître] : nous tenons [pour difficile] le terme 'est-il possible' — de quoi doute-t-il en cela ? car assurément, lorsqu'il parvint à Haran, il avait passé le lieu de ses pères et n'y avait pas prié ! Et il a répondu : par cette contraction (kefitsa) qui [le fit] parvenir à Haran, c'était possible de l'une de deux manières, à savoir qu'un ange vint, le souleva et le porta jusqu'à Haran — chemin de dix-huit jours en une seule heure — où bien que Haran fût déracinée de sa place et vint à lui — vois cela là-bas. Or, après mille pardons, ceci est une explication extrêmement forcée : comment lui viendrait-il à l'esprit de douter [et de se demander] si Haran s'était peut-être déracinée et était venue à lui ? car pourquoi le Saint béni soit-Il ferait-Il un double miracle en vain ? puisque assurément la volonté du Béni soit-Il n'est pas que Haran demeure à Béer-Cheva, mais il faut nécessairement que Haran retourne aussi à sa place par miracle ; et l'on doit dire nécessairement que lui-même alla [le chemin] en une heure par voie de miracle. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, que son doute portait sur ceci : car il est exposé dans les propos de notre maître le Ari de mémoire bénie, dans le Chaar Maamarei Razal, au commentaire sur '[chacun de] ses pas — d'Abraham notre père — [valait] trois mil', qu'il existe une espèce de contraction (kefitsa) où l'homme monte sur une nuée qui le conduit où il veut — comme faisait le roi Salomon, la paix sur lui, lorsqu'il se rendait aux montagnes de ténèbres : celui-là vole dans l'air, tout en haut, et c'est pourquoi, lorsqu'il allait, [son passage] obscurcissait la lumière du soleil sur la terre, comme il est mentionné dans le saint Zohar. Et il existe une espèce de contraction (kefitsa) qui se fait par les pieds de l'homme, [marchant] sur la terre, et ses pas s'élargissent ; cette contraction-là est mentionnée dans les Tikounim (folio 106) : 'un fait advint à l'un de ces porteurs d'échasses (baalei kabin) que l'on vit courir comme une étoile filante' — fin de ses propos, vois cela là-bas. C'est pourquoi Yaakov notre père, la paix sur lui, eut un doute : la contraction qui s'était opérée pour lui par miracle fut-elle de [la sorte] ou la nuée le souleva tout en haut — auquel cas ses pieds n'avaient pas foulé le lieu de ses pères, puisqu'il était porté dans l'air supérieur — ou bien ses pieds foulèrent-ils le lieu de ses pères, [auquel cas] il en allait pour lui comme de la seconde contraction des porteurs d'échasses ; et c'est parce qu'il était absorbé dans des intentions (kavanot) et des unifications (yihoudim) qu'il ne sut ni ne sentit comment il en fut pour lui. Ou bien il eut un doute [pour savoir] si la contraction eut lieu lorsqu'il passa sur la montagne où avaient prié ses pères — auquel cas il se trouve avoir passé sur ce lieu-là — ou bien si elle se fit par un autre chemin, en un autre endroit sur les flancs de la montagne, sans qu'il fut passé sur la montagne même où avaient prié ses pères.
💡 Explication

R. Yitzhak explique le 'pour lui' par symétrie : le soleil s'était couché tôt en faveur de Yaakov, donc il s'est levé tôt en sa faveur. La preuve du coucher anticipé : le verset dit d'abord que Yaakov 'alla vers Haran' (donc il y parvint), puis 'il rencontra le lieu' (Beth-El) — un retour en arrière. Parvenu à Haran, Yaakov regrette d'avoir dépassé le lieu de prière de ses pères ; résolu à revenir, la terre se contracta (kefitzat ha-derech, raccourci miraculeux) et il 'rencontra le lieu' aussitôt.

7
כַּד צָלִי, בָּעֵי לְמִיהְדַּר, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: צַדִּיק זֶה בָּא לְבֵית מְלוֹנִי, וְיִפָּטֵר בְּלֹא לִינָה? מִיָּד, ״בָּא הַשֶּׁמֶשׁ״.

Lorsqu'il eut prié et qu'il voulut revenir, le Saint béni soit-Il dit : ce juste est venu à Mon lieu de logis, et il s'en irait sans y passer la nuit ? Aussitôt — 'le soleil était venu (couché)' (Gen 28:11).

📜 Rachi (1)
מִיָּד בָּא הַשֶּׁמֶשׁ כְּדִכְתִיב וַיָּלֶן שָׁם כִּי בָא הַשֶּׁמֶשׁ לָמָּה לֵיהּ לְמִיכְתַּב כִּי בָּא הַשֶּׁמֶשׁ אֶלָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁשָּׁקְעָה קֹודֶם זְמַנָּהּ:
'Aussitôt, le soleil était venu (couché)' — comme il est écrit 'et il y passa la nuit car le soleil était venu' (Gen 28:11). Pourquoi a-t-il fallu écrire 'car le soleil était venu' ? sinon pour nous enseigner qu'il s'est couché avant son temps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: צַדִּיק זֶה בָּא לְבֵית מְלוֹנִי וְיִפָּטֵר בְּלֹא לִינָה? (בְּרֵאשִׁית כח, י) . קָשֶׁה מָה הֲנָאָה הָיָה לְאוֹתוֹ צַדִּיק בְּאוֹתָהּ לִינָה וַהֲלֹא יָשַׁן עַל הָאָרֶץ וְהָאֶבֶן שָׂם מְרַאֲשׁוֹתָיו וַאֲפִילּוּ מַחְצֶלֶת לֹא הָיָה לוֹ תַּחְתָּיו, וְכִי עַל לִינָה זוֹ דֶּרֶךְ לְהַזְמִין אֶת הָאָהוּב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁיַּעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה הִתְפַּלֵּל שָׁם תְּפִילַּת עַרְבִית וְהִיא תְּפִלָּה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁתִּיקְּנָהּ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה בְּסוֹד תִּיקּוּן מִדַּת לַיְלָה אַךְ הִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ לְפִי סְבָרַת רַבִּי יְהוּדָא דְּהָא מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁהָיָה עֲדַייִן שֶׁמֶשׁ עַל הָאָרֶץ אַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל וְרָצָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁיַּעֲשֶׂה גַּם תִּיקּוּן קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל עַרְבִית בְּעוֹנָתָהּ שֶׁהִיא לְצֹורֶךְ תְּפִלַּת עַרְבִית בְּאוֹתוֹ מָקוֹם לְהַשְׁלִים תִּיקּוּן מִדַּת לַיְלָה וְגַם עוֹד לְהַשְׁלִים תִּיקּוּן מִדַּת לַיְלָה בְּשֵׁינָה כִּי הַשֵּׁינָה הִיא גַּם כֵּן לְצֹורֶךְ תִּיקּוּן מִדַּת לַיְלָה וְלָזֶה אָמַר 'צַדִּיק זֶה בָּא לְבֵית מְלוֹנִי' לְתַקֵּן שָׁם מִדַּת לַיְלָה 'וְיִפָּטֵר בְּלֹא שֵׁינָה' שֶׁבָּהּ מַשְׁלִים תִּיקּוּן מִדַּת לַיְלָה כִּי כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל בְּמָקוֹם זֶה יַשְׁלִים גַּם כֵּן בְּמָקוֹם זֶה.
Le Saint béni soit-Il dit : ce juste est venu à Mon lieu de logis, et il s'en irait sans y passer la nuit ? (Genèse 28:10). Difficulté : quel agrément y avait-il pour ce juste à cette nuitée ? n'a-t-il pas dormi à même la terre, posant la pierre à son chevet, sans avoir même une natte sous lui ! et est-ce par une telle nuitée que l'on a coutume d'inviter l'être aimé ? Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que Yaakov notre père, la paix sur lui, pria là l'office du soir (arvit), lequel est la première prière qu'institua Yaakov notre père, la paix sur lui, dans le secret (sod) de la réparation (tikoun) de la mesure (mida) de la nuit ; mais il la pria selon l'avis de Rabbi Yehouda [qui en fixe le terme avant la fin du jour], car il faut dire nécessairement que le soleil était encore sur la terre après qu'il eut prié. Et le Saint béni soit-Il voulut qu'il accomplisse aussi la réparation (tikoun) du Chema du soir en son temps — lequel se fait en vue de la prière du soir — en ce lieu, afin de parachever la réparation (tikoun) de la mesure (mida) de la nuit ; et aussi de parachever la réparation (tikoun) de la mesure (mida) de la nuit par le sommeil, car le sommeil sert lui aussi à la réparation (tikoun) de la mesure (mida) de la nuit. Et c'est pourquoi Il dit : 'ce juste est venu à Mon lieu de logis' pour y réparer la mesure (mida) de la nuit, 'et il s'en irait sans [y prendre] le sommeil' par lequel il parachève la réparation (tikoun) de la mesure (mida) de la nuit — car puisqu'il a commencé [cette réparation] en ce lieu, qu'il la parachève aussi en ce lieu.
💡 Explication

Suite du midrach : une fois sa prière finie, Yaakov veut repartir, mais Dieu — voulant retenir ce juste 'à Mon lieu de logis' (Beth-El) — fait coucher le soleil avant son heure ('le soleil était venu'), pour qu'il y passe la nuit. C'est ce coucher anticipé que le lever anticipé au matin viendra compenser.

8
כְּתִיב ״וַיִּקַּח מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם״, וּכְתִיב ״וַיִּקַּח אֶת הָאֶבֶן״. אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁנִּתְקַבְּצוּ כָּל אוֹתָן אֲבָנִים לְמָקוֹם אֶחָד, וְכָל אַחַת וְאַחַת אוֹמֶרֶת: ״עָלַי יַנִּיחַ צַדִּיק זֶה רֹאשׁוֹ״. תְּנָא: וְכֻולָּן נִבְלְעוּ בְּאֶחָד.

Il est écrit 'et il prit des pierres du lieu' (Gen 28:11), et il est écrit 'et il prit la pierre' (Gen 28:18). Rabbi Yitzhak a dit : [cela] enseigne que toutes ces pierres se rassemblèrent en un seul lieu, chacune disant : 'que ce juste pose sa tête sur moi'.

Il fut enseigné : et toutes furent absorbées en une seule.

📜 Rachi (2)
מֵאַבְנֵי מַשְׁמַע טוּבָא וּכְתִיב וַיִּקַּח אֶת הָאֶבֶן:
'Des pierres' — [cela] implique plusieurs, et il est écrit 'et il prit la pierre' [au singulier].
נִבְלְעוּ בְּאֶחָד נַעֲשׂוּ אֶבֶן אַחַת:
'Furent absorbées en une seule' — elles devinrent une seule pierre.
🗂️ Tossefot (1)
כְּתִיב וַיִּקַּח אֶת הָאֶבֶן לְפִי פְּשׁוּטוֹ יֵשׁ לְפָרֵשׁ שֶׁלָּקַח אֶבֶן אַחַת מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם:
'Et il est écrit : et il prit la pierre' — selon le sens simple, on peut expliquer qu'il prit une seule pierre parmi les pierres du lieu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מלמד שנתקבצו כל אותן אבנים למקום אחד (בראשית כח, יא) . כתב הגאון חיד"א ז"ל במראית העין דרגילי בעלי המפרשים ז"ל במקום שאומר הש"ס מלמד וכו' למצוא איזה דין עיין שם. ונראה לי בס"ד דידוע דאין להנות ממעשה נסים אך בדבר זה של מעשה נסים יש עניינים חלוקים דהיינו יש נס נעשה כמעשה דרבי אליעזר איש ברתותא שנתמלא האוצר כולו חיטים שגוף החטים נתהוו ונעשו בנס והנהנה מהם נהנה מגוף הנס ממש ויש שבאו חיטים ממקום אחר למקום זה בדרך נס והנהנה מהם אינו נהנה מגוף הנס שגוף החיטים לא נעשה בנס ורק באו לכאן בדרך נס ובזה יש להסתפק אם גם בכהאי גונא אמרינן אין נהנין מן מעשה נסים? ונפשט דין זה מהאי עובדא דיעקב אבינו ע"ה שנהנה מגוף האבן אשר שם מראשתיו אך האבן הזה מתחלה היה שתים־עשרה אבנים ועל ידי נס נתקבצו ונתחברו זה בזה ונעשו אבן אחת נמצא גוף האבנים לא נעשו בנס ורק נתחברו זה בזה בדרך נס וכיון דחזינן שיעקב אבינו ע"ה שכב עליהם ולא חש להא דאין נהנין ממעשה נסים שמע מינה בכהאי גונא ליתיה להאי דינא ושרי. אי נמי נראה לי בס"ד דנפקא מינה לענין דינא כי יש להסתפק בזה הדין דקיימא לן אין נהנין ממעשה נסים היינו דוקא בדבר אכילה ושתיה אתמר דגוף הדבר שנעשה הנס יורד לבטנו ונהנה ממנו אבל ברכה שיש בו הנאה חיצונית כגון כר לישב עליו וטלית להתכסות בו שאין ההנאה יורדת חדרי בטנו לית לן בה או דלמא לא שנא ומהאי עובדא דיעקב אבינו ע"ה שנעשו כל האבנים בנס לאבן אחת ונהנה מהם בשכבו שם שמע מינה כל כהאי גוונא לית לן בה.
[Cela] enseigne que toutes ces pierres se rassemblèrent en un seul lieu (Genèse 28:11). Le Gaon Hida de mémoire bénie a écrit dans le Mareit ha-Ayin que les commentateurs ont coutume, là où le Talmud dit 'cela enseigne (melamed) etc.', de chercher quelque enseignement de loi (din) — vois cela là-bas. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'on ne doit pas tirer profit d'actes miraculeux ; mais dans cette affaire des actes miraculeux il y a des cas distincts. À savoir : il est un miracle qui se produit comme dans l'épisode de Rabbi Eliezer ish Bartota, où le grenier se remplit tout entier de blé — où le corps même du blé fut formé et fait par miracle, et celui qui en tire profit tire profit du corps même du miracle ; et il en est où du blé vint d'un autre lieu vers ce lieu-ci par voie de miracle — et celui qui en tire profit ne tire pas profit du corps même du miracle, car le corps même du blé ne fut pas fait par miracle, il ne fit que venir ici par voie de miracle. Et là-dessus il y a lieu de douter : même en pareil cas, dit-on que l'on ne tire pas profit d'actes miraculeux ? Et cette loi se tranche à partir de cet épisode de Yaakov notre père, la paix sur lui, qui tira profit du corps même de la pierre qu'il mit à son chevet : or cette pierre était au départ douze pierres, et par miracle elles se rassemblèrent et s'unirent l'une à l'autre pour devenir une seule pierre — il se trouve donc que le corps même des pierres ne fut pas fait par miracle, elles ne firent que s'unir l'une à l'autre par voie de miracle ; et puisque nous voyons que Yaakov notre père, la paix sur lui, se coucha sur elles sans se soucier du [principe] que l'on ne tire pas profit d'actes miraculeux, apprends de là qu'en pareil cas cette loi ne s'applique pas, et que [cela] est permis. Ou bien il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il en résulte une conséquence pour la loi (din) : car il y a lieu de douter au sujet de cette loi que nous tenons — que l'on ne tire pas profit d'actes miraculeux — si elle a été énoncée seulement à propos de boire et de manger, où le corps même de la chose où s'est produit le miracle descend dans son ventre et il en tire profit ; mais une chose où il y a un profit extérieur, comme un coussin pour s'y asseoir ou un manteau pour s'en couvrir, où le profit ne descend pas dans les entrailles du ventre — là, [le principe] ne nous concerne pas ; ou bien [faut-il dire] qu'il n'y a pas de différence. Et de cet épisode de Yaakov notre père, la paix sur lui, où toutes les pierres furent faites par miracle en une seule pierre et où il en tira profit en s'y couchant, apprends de là qu'en tout pareil cas [le principe] ne nous concerne pas.
💡 Explication

R. Yitzhak résout une contradiction : le verset dit d'abord 'des pierres' (pluriel) puis 'la pierre' (singulier). Les pierres se rassemblèrent, chacune voulant porter la tête du juste ; et une braita ajoute qu'elles furent toutes absorbées en une seule (fondues en un seul rocher).

9
״וַיַּחֲלֹם וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה״, תְּנָא: כַּמָּה רָחְבּוֹ שֶׁל סֻולָּם? שְׁמוֹנַת אֲלָפִים פַּרְסָאוֹת, דִּכְתִיב: ״וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱ-לֹהִים עֹולִים וְיֹורְדִים בּוֹ״, ״עוֹלִים״ – שְׁנַיִם, ״וְיוֹרְדִים״ – שְׁנַיִם, וְכִי פָּגְעוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי הָווּ לְהוּ אַרְבָּעָה.

'Et il rêvait, et voici une échelle dressée à terre' (Gen 28:12). Il fut enseigné : quelle était la largeur de l'échelle ? huit mille parsaot ; car il est écrit 'et voici des anges de Dieu montant et descendant en elle' — 'montant' : deux, 'descendant' : deux, et lorsqu'ils se croisèrent ils furent quatre.

📜 Rachi (2)
עוֹלִים מַשְׁמַע כִּי הֲדָדִי וְלֹא זֶה אַחַר זֶה וְכֵן יוֹרְדִים:
'Montant' — [cela] implique [qu'ils montaient] de concert, et non l'un après l'autre ; et de même 'descendant'.
וְכִי פָּגְעוּ בַּהֲדָדִי הָווּ לְהוּ אַרְבָּעָה צָרִיךְ רֹוחַב הַסֻּולָּם לְהַחְזִיק אַרְבַּעְתָּן:
'Et lorsqu'ils se croisèrent ils furent quatre' — la largeur de l'échelle doit pouvoir contenir les quatre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּמָּה רָחְבּוֹ שֶׁל סֻלָּם? שְׁמוֹנַת אֲלָפִים פַּרְסָאוֹת (בְּרֵאשִׁית כח, יב) . נִרְאֶה לִי בס"ד שִׁיעוּר זֶה הָיָה עוֹמֵד בְּהַר הַמּוֹרִיָּה בְּנֵס עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בָּבָא בָּתְרָא צט.) אָרוֹן וּכְרוּבִים אֵינָן מִן הַמִּדָּה אֶלָּא בְּנֵס עוֹמְדִין וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה פֵּרַשְׁתִּי עַל גַּן עֵדֶן הַתַּחְתּוֹן אֲשֶׁר בָּאָרֶץ הַלֵּזוּ שֶׁעוֹמֵד בָּאָרֶץ בְּנֵס שֶׁאֵינוֹ לוֹקֵחַ מִמִּדַּת הָאָרֶץ כְּלוּם וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (תַּעֲנִית י.) עוֹלָם הַזֶּה אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּגַן עֵדֶן וְכֵן הָעִנְיָן בַּסֻּולָּם זֶה.
Quelle était la largeur de l'échelle ? huit mille parsaot (Genèse 28:12). Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que cette dimension tenait sur le mont Moria par miracle, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Baba Batra 99a) : 'l'Arche et les Chérubins ne sont pas [compris] dans la mesure [de la pièce], mais se tiennent par miracle' ; et j'ai expliqué une chose semblable au sujet du jardin d'Éden inférieur, qui est dans cette terre-ci [d'ici-bas], et qui se tient sur la terre par miracle, sans rien prendre de la mesure de la terre. C'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Taanit 10a) : 'ce monde-ci est un soixantième du jardin d'Éden' ; et il en va de même pour cette échelle.
💡 Explication

Midrach sur l'échelle du songe. Sa largeur : huit mille parsaot. Le calcul part du pluriel des verbes : 'montant' (au moins deux de front), 'descendant' (deux) ; au point où montants et descendants se croisent, il y a quatre anges côté à côté — l'échelle doit donc être assez large pour quatre.

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וּכְתִיב בֵּיהּ בַּמַּלְאָךְ ״וּגְוִיָּתוֹ כְּתַרְשִׁישׁ״, וּגְמִירִי דְּתַרְשִׁישׁ תְּרֵי אַלְפֵי פַּרְסֵי הָוֵי.

Et il est écrit à propos de l'ange 'et son corps était comme du tarchich' (Daniel 10:6), et l'on tient par tradition que le tarchich est de deux mille parsaot. [Quatre anges de deux mille parsaot chacun font huit mille.]

📜 Rachi (1)
גְּוִיָּתוֹ כְּתַרְשִׁישׁ דִּיחֶזְקֵאל תַּרְשִׁישׁ יָם שֶׁשְּׁמוֹ תַּרְשִׁישׁ כְּדִמְתַרְגְּמִינַן (יְחֶזְקֵאל א) תַּרְשִׁישׁ כְּרוּם יַמָּא מַרְאֶה הַיָּם וּכְתִיב (יוֹנָה א) אֳנִיָּה בָּאָה תַּרְשִׁישׁ:
'Son corps comme du tarchich' — [le tarchich] d'Ezechiel [est] la mer dont le nom est tarchich, comme nous traduisons (Ezechiel 1:16) 'tarchich' [par] 'kerom yama' (l'aspect de la mer) ; et il est écrit 'un navire venant [allant] vers Tarchich' (Jonas 1:3).
💡 Explication

Le chiffre de huit mille se complète : l'Écriture compare le corps d'un ange au 'tarchich' (Daniel 10:6), et la tradition enseigne que le tarchich (la mer ainsi nommée) mesure deux mille parsaot. Quatre anges de deux mille parsaot de large -> huit mille parsaot pour l'échelle.

11
תְּנָא: עוֹלִין וּמִסְתַּכְּלִין בִּדְיוֹקְנוֹ שֶׁל מַעְלָה, וְיוֹרְדִין וּמִסְתַּכְּלִין בִּדְיוֹקְנוֹ שֶׁל מַטָּה. בָּעוּ לְסִכּוּנֶיהָ, מִיָּד ״וְהִנֵּה ה׳ נִצָּב עָלָיו״. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: אִלְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב אִי אֶפְשָׁר לְאָמְרוֹ, כְּאָדָם שֶׁמֵּנִיף עַל בְּנוֹ.

Il fut enseigné : ils montaient et contemplaient l'image (deyokno) d'en haut, et descendaient et contemplaient l'image d'en bas. Ils voulurent le mettre en péril ; aussitôt, 'et voici Hachem se tenait sur lui' (Gen 28:13).

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : n'était un verset écrit, il serait impossible de le dire — comme un homme qui évente [avec un éventail] au-dessus de son fils.

📜 Rachi (4)
בִּדְיוֹקָנוֹ שֶׁל מַעְלָה פַּרְצוּף אָדָם שֶׁבְּאַרְבַּע חַיּוֹת בִּדְמוּת יַעֲקֹב:
'L'image d'en haut' — le visage d'homme qui est dans les quatre Vivants (hayot), à la ressemblance de Yaakov.
בָּעוּ לְסִכּוּנֶיהָ מֵחֲמַת קִנְאָה:
'Ils voulurent le mettre en péril' — par jalousie (kina).
נִצָּב עָלָיו לְשָׁמְרוֹ:
'Se tenait sur lui' — pour le garder.
שֶׁמֵּנִיף עַל בְּנוֹ בִּמְנִיפָה לְהַצִּילוֹ מִן הַשָּׁרָב:
'Qui évente au-dessus de son fils' — avec un éventail, pour le sauver de la chaleur ardente (charav).
🗂️ Tossefot (1)
עוֹלִין וּמִסְתַּכְּלִין בִּדְיוֹקְנוֹ שֶׁל מַעְלָה וְיוֹרְדִים מַשְׁמַע שֶׁאוֹתָם שֶׁעוֹלִים הֵם שֶׁיּוֹרְדִים וּלְעֵיל מַשְׁמַע שֶׁאֲחֵרִים הָיוּ דְּקָאָמַר עוֹלִין תְּרֵי וְיוֹרְדִין תְּרֵי כִּי פָּגְעִי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי הָווּ אַרְבָּעָה:
'Montant et contemplant l'image d'en haut, et descendant' — [cela] implique que ceux qui montent sont [ceux] qui descendent, alors que plus haut [il était] implique [que] c'étaient d'autres, puisqu'il dit 'montant : deux, descendant : deux, lorsqu'ils se croisent ils sont quatre' [ce qui suppose des anges distincts].
🪔 Ben Yehoyada (1)
אלמלא מקרא כתוב, אי־אפשר לאמרו, כאדם שמניף על בנו . פירוש כיון דאמר נצב עליו (בראשית כח, יג) מן תיבת 'עליו' משמע שהיה אור השכינה שומר אותו בקירוב ואינו רחוק ממנו כאדם שמניף על בנו שמקרב ההנפה אצל בנו ואינו עומד מרחוק ומניף כי לא יגיע לו רוח ההנפה וכן כאן היה אור השכינה החופף עליו לשמרו קרוב אצלו ויליף לה מתיבת 'עליו' דמשמע סמוך ואף על גב דאפשר לשמרו מרחוק שמרו בקרוב מרוב חביבותיה וכמו שאומרים ומאהבתך שאהבת אותו.
N'était un verset écrit, il serait impossible de le dire — comme un homme qui évente au-dessus de son fils. Explication : puisqu'il est dit 'se tenait sur lui' (Genèse 28:13), du mot 'sur lui' il ressort que la lumière de la Chekhina (Présence divine) le gardait de près et ne s'éloignait pas de lui — comme un homme qui évente au-dessus de son fils, qui approche l'éventail de son fils et ne se tient pas à distance pour éventer, car [sinon] le souffle de l'éventail ne lui parviendrait pas. De même ici, la lumière de la Chekhina (Présence divine) qui le couvrait pour le garder était proche de lui ; et [le midrach] le tire du mot 'sur lui', qui implique [la] proximité. Et bien qu'il fut possible de le garder de loin, Il le garda de près, par grandeur d'amour pour lui — comme nous disons [dans la liturgie] 'et par l'amour dont Tu l'as aimé'.
💡 Explication

Les anges montent contempler l'image (deyokno) de Yaakov gravée en haut (sur le Trône de gloire, parmi les quatre Vivants) et descendent contempler son visage en bas. Par jalousie, ils veulent l'attaquer ; aussitôt Dieu 'se tient sur lui' pour le protéger. Resh Lakich : l'image est si audacieuse — Dieu comme un père qui évente son fils pour le protéger de la chaleur — que sans le verset on n'oserait la formuler.

12
״הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַתָּה שֹׁכֵב עָלֶיהָ וְגוֹ׳״, מַאי רְבוּתֵיהּ? אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁקִּפְּלָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהִנִּיחָה תַּחַת יַעֲקֹב אָבִינוּ, שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לִיכָּבֵשׁ לְבָנָיו.

'La terre sur laquelle tu es couché etc.' (Gen 28:13) — quelle est sa grandeur [cette promesse] ? Rabbi Yitzhak a dit : [cela] enseigne que le Saint béni soit-Il a plié toute la terre d'Israël et l'a placée sous Yaakov notre père, afin qu'elle fut aisée à conquérir pour ses fils.

📜 Rachi (2)
מַאי רְבוּתֵיהּ אַרְבַּע אַמּוֹת מִשְׁכָּבוֹ הִבְטִיחוֹ לָתֵת לְבָנָיו:
'Quelle est sa grandeur' — [ce sont seulement] les quatre coudées de sa couche qu'Il lui a promis de donner à ses fils [pourquoi en faire l'éloge] ?
שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לִיכָּבֵשׁ לְבָנָיו כְּד' אַמּוֹת:
'Afin qu'elle fut aisée à conquérir pour ses fils' — [aussi aisée qu'on conquiert] quatre coudées.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלַמֵּד שֶׁקִּפְּלָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהִנִּיחָה תַּחַת יַעֲקֹב אָבִינוּ, שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לִכָּבֵשׁ לְבָנָיו (בְּרֵאשִׁית כח, יג) . נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ שֶׁהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ אָמַר לְאַבְרָהָם אָבִינוּ קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ (בְּרֵאשִׁית יג, יז) כְּדֵי לִקְנוֹתָהּ בַּחֲזָקָה וְהוּא לֹא הָלַךְ לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ וְהוּא לֹא הָלַךְ בִּשְׁתֵּיהֶם אֶלָּא בְּאַחַת מֵהֶם וְאָז לְמָאֵן דְּאָמַר וָא"ו לְחַלֵּק קָנָה אוֹתָהּ וּלְמַאן דְּאָמַר וָא"ו לְהוֹסִיף לֹא קָנָה וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לְקַפֵּל אֶת כָּל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל תַּחְתָּיו כְּדֵי לִקְנוֹתָהּ בַּחֲזָקָה. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד הַכְּלָל שֶׁכָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל דְּכָל מָקוֹם שֶׁאוֹמְרִים 'מְלַמֵּד' אִיכָּא נַפְקוּתָא לְעִנְיַן דִּין וְכֵן כָּאן לָמַדְנוּ דִּין דְּאָמְרִינַן וָא"ו לְהוֹסִיף מִדְּהֻוצְרַךְ לְקַפֵּל כָּל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל תַּחְתָּיו דְּאִי וָא"ו לְחַלֵּק קָנָה אוֹתָהּ אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה מֵעִיקָּרָא בַּחֲזָקָה וּלְמַאי הֻוצְרַךְ לְקַפְּלָהּ תַּחְתָּיו שֶׁל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה. וְדַע כִּי מַה שֶׁאָמַר שֶׁקִּפְּלָהּ לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהִנִּיחָה תַּחַת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה קָאֵי עַל צֵל הָרוּחָנִי הַפָּרוּס עָלֶיהָ שֶׁהוּא דֻּוגְמַת נֶפֶשׁ שֶׁלָּהּ שֶׁנּוֹתֵן לָהּ כֹּחַ וְחַיּוֹת שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר בַּנִּבְרָאִים שֶׁאֵין עָלָיו צֵל קָדוֹשׁ שֶׁנּוֹתֵן לוֹ חַיּוּת וְהוּא הָעִיקָּר אֲבָל לְעוֹלָם גּוּף הָאָרֶץ אֵינוֹ זָז מִמְּקוֹמוֹ.
[Cela] enseigne que le Saint béni soit-Il a plié toute la terre d'Israël et l'a placée sous Yaakov notre père, afin qu'elle fut aisée à conquérir pour ses fils (Genèse 28:13). Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que le Nom béni soit-Il a dit à Abraham notre père 'lève-toi, parcours le pays en sa longueur et en sa largeur' (Genèse 13:17), afin de l'acquérir par prise de possession (hazaka) ; or il ne le parcourut pas en sa longueur et en sa largeur, il ne le parcourut pas dans les deux mais [seulement] dans l'une d'elles. Et alors, selon l'avis qui dit que le vav [de 'en sa longueur et en sa largeur'] est disjonctif (vav le-halek), il l'a acquise ; mais selon l'avis qui dit que le vav est additif (vav le-hosif), il ne l'a pas acquise. C'est pourquoi il fallut plier toute la terre d'Israël sous [Yaakov] afin de l'acquérir par prise de possession (hazaka). Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, la règle qu'a écrite le Gaon Hida de mémoire bénie : que partout où l'on dit 'cela enseigne (melamed)' il y a une conséquence pour la loi (din) ; et de même ici nous avons appris une loi — que nous disons que le vav est additif (vav le-hosif), du fait qu'il fallut plier toute la terre d'Israël sous lui ; car si le vav était disjonctif (vav le-halek), Abraham notre père, la paix sur lui, l'aurait acquise dès l'origine par prise de possession (hazaka), et à quoi bon eût-il fallu la plier sous Yaakov notre père, la paix sur lui ? Et sache que ce qu'il a dit — qu'Il a plié la terre d'Israël et l'a placée sous Yaakov notre père, la paix sur lui — se rapporte à l'ombre spirituelle déployée sur elle, laquelle est l'analogue de son âme (nechama), qui lui donne force et vie ; car tu n'as aucune chose parmi les créatures qui n'ait sur elle une ombre sainte lui donnant la vie, et c'est là l'essentiel ; mais en tout état de cause le corps même de la terre ne bouge pas de sa place.
💡 Explication

Difficulté : la promesse 'la terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai' paraît modeste — Yaakov n'occupe physiquement que quatre coudées. R. Yitzhak répond que Dieu a plié toute la terre d'Israël et l'a placée sous Yaakov, de sorte que le don porte sur tout le pays, et qu'il soit aisé à conquérir pour sa descendance.

13
״וַיֹּאמֶר שַׁלְּחֵנִי כִּי עָלָה הַשָּׁחַר״, אָמַר לוֹ: גַּנָּב אַתָּה אוֹ קֻובְיוּסְטוּס אַתָּה שֶׁמִּתְייָרֵא מִן הַשַּׁחַר? אָמַר לוֹ: מַלְאָךְ אֲנִי, וּמִיּוֹם שֶׁנִּבְרֵאתִי לֹא הִגִּיעַ זְמַנִּי לוֹמַר שִׁירָה עַד עַכְשָׁיו.

'Et il dit : laisse-moi partir car l'aube est montée' (Gen 32:27). [Yaakov] lui dit : es-tu un voleur ou un escroc (koubyostous), pour craindre l'aube ?

Il lui dit : je suis un ange, et depuis le jour où j'ai été créé mon temps de dire le chant (chira) n'était pas venu, jusqu'à maintenant.

📜 Rachi (1)
קוּבְיוּסְטוּס גּוֹנֵב נְפָשׁוֹת:
'Koubyostous' — un voleur d'âmes (ravisseur d'hommes).
🗂️ Tossefot (1)
קוּבְיוּסְטוּס פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס גּוֹנֵב נְפָשׁוֹת וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּאָמַר בִּבְכוֹרוֹת (דַּף ה.) דְּאָמַר קוּנְטְרֵיקוּס הֶגְמוֹן לְר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מֹשֶׁה רַבְּכֶם גַּנָּב הָיָה אוֹ קֻובְיוּסְטוּס הָיָה אוֹ שֶׁאֵינוֹ בָּקִי בְּחֶשְׁבּוֹנוֹת הָיָה נָתַן מֶחֱצָה וְנָטַל מֶחֱצָה וּמֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר וּמַה שַׁייָּךְ שָׁם גּוֹנֵב נְפָשׁוֹת וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּקָאֵי אַשְּׁאֵלָה רִאשׁוֹנָה דְּקָאָמַר בִּפְרָטָן שֶׁל לְוִיִּם אַתָּה מוֹצֵא כ"ב אֶלֶף וְג' מֵאוֹת וּבִכְלָלָן אִי אַתָּה מוֹצֵא אֶלָּא כ"ב אֶלֶף אוֹתָן ג' מֵאוֹת לְהֵיכָן הָלְכוּ וְעַל זֶה אָמַר לֵיהּ קוּבְיוּסְטוּס כְּלוֹמַר גּוֹנֵב לְוִיִּם וּמַה שֶׁלֹּא אָמַר לֵיהּ בִּשְׁאֵלָה רִאשׁוֹנָה מִשּׁוּם דְּהִמְתִּין עַד שֶׁסִּיֵּים כָּל שְׁאֵלוֹתָיו אֲבָל עוֹד קָשֶׁה דְּאָמַר בְּפֶרֶק הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף צב:) וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף יא.) סִמְפּוֹן בַּעֲבָדִים לֵיכָּא נִמְצָא גַּנָּב אוֹ קֻובְיוּסְטוּס הִגִּיעוֹ פֵּירוּשׁ דְּרֻובָּא הָכִי אִיתַנְהוּ וְהַשְׁתָּא וְכִי רֹוב עֲבָדִים הֵם גּוֹנְבֵי נְפָשׁוֹת לְכָךְ נִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ ר"ח קוּבְיוּסְטוּס מְשַׂחֵק בְּקוּבְיָא וְהָא דְּקָאָמַר הָכָא יַעֲקֹב לַמַּלְאָךְ וְכִי קוּבְיוּסְטוּס אַתָּה שֶׁאַתָּה מִתְיָרֵא מִן הַשַּׁחַר לְפִי שֶׁדֶּרֶךְ מְשַׂחֵק בְּקוּבְיָא חַיָּיב לְכַמָּה בְּנֵי אָדָם וּמַטְמִין עַצְמוֹ מִפְּנֵי נוֹשֵׁהוּ:
'Koubyostous' — le Commentaire (Rachi) a expliqué : voleur d'âmes ; et [c']est difficile pour son explication, car il est dit dans Bekhorot (5a) que [le] gouverneur Kontrikos dit à Rabban Yo'hanan ben Zakkai : votre maître Moché était-il un voleur, ou un koubyostous, ou ne s'entendait-il pas aux comptes — il a donné la moitié et pris la moitié, et la [dernière] moitié il ne l'a pas rendue en entier ! Et que viendrait faire la 'voleur d'âmes' ? Et certains expliquent que [la question] se rapporte à la première question, où il dit : dans le détail des Lévites tu trouves vingt-deux mille trois cents, et dans le total tu n'en trouves que vingt-deux mille — ces trois cents, où sont-ils allés ? et là-dessus il lui dit 'koubyostous', c'est-à-dire voleur de Lévites ; et s'il ne le lui a pas dit à la première question, [c']est parce qu'il a attendu qu'il eût achevé toutes ses questions. Mais encore est-ce difficile, car il est dit au chapitre Ha-Mokher Perot (Baba Batra 92b) et au premier chapitre de Kiddouchin (11a) : il n'y a pas de garantie (simpon) pour les esclaves [défauts cachés] ; [s']il s'est trouvé voleur ou koubyostous, [l'achat] tient — c'est-à-dire que la plupart [des esclaves] sont ainsi ; et maintenant, est-ce que la plupart des esclaves sont voleurs d'âmes ? C'est pourquoi il paraît [juste] comme l'a expliqué Rabbenou Hanan'el : koubyostous, [c']est joueur de dés (koubia) ; et ce que Yaakov dit ici à l'ange, 'es-tu un koubyostous pour craindre l'aube', [c']est parce que le joueur de dés a coutume d'être endetté envers plusieurs personnes et se cache de son créancier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַלְאָךְ אֲנִי, וּמִיּוֹם שֶׁנִּבְרֵאתִי לֹא הִגִּיעַ זְמַנִּי לוֹמַר שִׁירָה עַד עַכְשָׁיו (בְּרֵאשִׁית כח, א) . קַשָּׁא אִם הוּא שַׂר עֵשָׂו מַה שַׁיָּיכִים דְּבָרִים אֵלּוּ גַּבֵּיהּ? וְדֹוחַק לוֹמַר שֶׁכִּיזֵּב לוֹ. וְנִרְאֶה דְּהוּא כִּיוֵּן בְּלִבּוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ עַל עִנְיָן אַחֵר וְאֵינָם כִּפְשָׁטָן וְרָצָה לְהַטְעוֹת אֶת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁיְּבִינֵם כִּפְשָׁטָן אַךְ כַּוָּנָתוֹ הוּא כִּי עַתָּה נָפַל בְּסַכָּנָה שֶׁנִּתְגַּשֵּׁם וְיָרַד לְמַטָּה וְגָבַר עָלָיו יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לְהַזִּיקוֹ וּלְאָבְדוּ וְעַל כֵּן בְּדִין הוּא כַּאֲשֶׁר יִנָּצֵל מִיָּדוֹ צָרִיךְ לַעֲלוֹת לוֹמַר שִׁירָה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הַנֵּס הַזֶּה כְּדִין חוֹלֶה וְאָסוּר שֶׁצְּרִיכִים לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַגּוֹמֵל כְּשֶׁיָּצְאוּ מִן הַצָּרָה וְאָמַר שֶׁהוּא מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא לֹא נָפַל בְּצָרָה כָּזֹאת שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר שִׁירָה בְּהַצָּלָתוֹ עַל כֵּן עֲזָבַנִי כְּדֵי לוֹמַר שִׁירָה עַל הַצָּלָתִי וְחָשַׁב בְּאֵלֶּה הַדְּבָרִים שֶׁיִּטְעֶה בָּהֶם אֶת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁיַּחְשֹׁוב שֶׁהוּא מַלְאָךְ קָדוֹשׁ וְהוּא מִן מַלְאָכִים הַמְשׁוֹרְרִים.
Je suis un ange, et depuis le jour où j'ai été créé mon temps de dire le chant (chira) n'était pas venu, jusqu'à maintenant (Genèse 28). Difficulté : s'il est l'ange tutélaire (sar) d'Esaü, quel rapport ces propos ont-ils avec lui ? et il est forcé de dire qu'il lui mentit. Et il paraît qu'il visait dans son cœur, par ces propos, une autre affaire, et qu'ils ne sont pas selon leur sens littéral ; il voulut induire Yaakov notre père, la paix sur lui, en erreur, pour qu'il les comprenne selon leur sens littéral, alors que son intention était celle-ci : que maintenant il était tombé en péril, ayant été matérialisé (nitgachem) et descendu en bas, et que Yaakov notre père, la paix sur lui, avait pris le dessus sur lui pour lui nuire et le perdre ; et c'est pourquoi il est de droit, lorsqu'il échappera de sa main, qu'il doive monter dire le chant (chira) devant le Saint béni soit-Il pour ce miracle — selon la loi du malade et du captif qui doivent réciter la bénédiction ha-Gomel lorsqu'ils sont sortis de la détresse. Et il dit que, depuis le jour où il fut créé, il n'était pas tombé en une telle détresse nécessitant qu'il dise le chant (chira) pour son salut ; aussi : 'laisse-moi, afin que je dise le chant (chira) pour mon salut'. Et il pensa, par ces propos, induire en erreur Yaakov notre père, la paix sur lui, afin qu'il s'imagine qu'il [l'ange] était un ange saint, de ceux des anges qui chantent.
💡 Explication

Retour à la lutte de Yaakov avec l'ange. L'ange demande congé 'car l'aube est montée'. Yaakov raille : crains-tu l'aube comme un voleur ou un escroc (koubyostous) qui se cache ? L'ange répond : je suis un ange, et c'est aujourd'hui pour la première fois que mon tour est venu de dire le chant (chira) devant Dieu — je dois donc monter chanter. Cette réponse va appuyer le propos suivant sur le chant des anges.

14
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב, דְּאָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: שָׁלֹשׁ כִּתּוֹת שֶׁל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹמְרוֹת שִׁירָה בְּכָל יוֹם, אַחַת אוֹמֶרֶת ״קָדוֹשׁ״, וְאַחַת אוֹמֶרֶת ״קָדוֹשׁ״, וְאַחַת אוֹמֶרֶת ״קְדוֹשׁ ה׳ צְבָאוֹת״.

[Cela] vient en appui à [ce que dit] Rav Hanan'el au nom de Rav, car Rav Hanan'el a dit au nom de Rav : trois chœurs (kitot) d'anges du service disent le chant chaque jour : l'un dit 'kadoch', l'autre dit 'kadoch', et l'autre dit 'kadoch Hachem Tsevaot' (Isaie 6:3).

📜 Rachi (1)
שְׁלֹשָׁה כִּתּוֹת חֲדָשִׁים מִיּוֹם אֶל יוֹם:
'Trois chœurs' — nouveaux de jour en jour.
🗂️ Tossefot (1)
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַב חֲנַנְאֵל פֵּירוּשׁ בְּמַה שֶׁאוֹמֵר שֶׁהַמַּלְאָכִים אוֹמְרִים שִׁירָה אִי נָמֵי הָא דְּקָאָמַר שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זִמְנֵי מִיּוֹם שֶׁנִּבְרֵאתִי לוֹמַר שִׁירָה עַד עַכְשָׁיו הָכִי נָמֵי קָאָמַר רַב חֲנַנְאֵל שֶׁאֵינָם רַשָּׁאִין לְהַרְבּוֹת בְּשִׁירָה דְּקָאָמַר אֶחָד אוֹמֵר קָדוֹשׁ וְתוּ לָא וְכֵן מִסְּתָמָא לֹא הָיוּ אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא פַּעַם אַחַת:
'Cela vient en appui à Rav Hanan'el' — c'est-à-dire en ce qu'il dit que les anges disent le chant ; ou bien : ce qu'il dit, 'depuis le jour où j'ai été créé mon temps de dire le chant n'est pas venu jusqu'à maintenant' — ainsi dit aussi Rav Hanan'el, qu'ils n'ont pas le droit de multiplier le chant, puisqu'il dit [qu']un seul dit 'kadoch' et pas davantage ; et de même, vraisemblablement, ils ne disaient le chant qu'une seule fois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְסַיַּע לֵיהּ לְרַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב, דְּאָמַר רַב חֲנַנְאֵל, אָמַר רַב: שְׁלֹשָׁה כִּתּוֹת שֶׁל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹמְרוֹת שִׁירָה בְּכָל יוֹם (בְּרֵאשִׁית כח, א) . עַיֵּין בֵּיאוּר זֶה בְּתוֹסָפוֹת וּמָהַרְשָׁ"א. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּכָאן קָאָמַר 'מִיּוֹם שֶׁנִּבְרֵאתִי לֹא הִגִּיעַ זְמַנִּי לוֹמַר שִׁירָה אֶלָּא עַד עַכְשָׁיו' שְׁמַע מִינָּה דְּמַלְאָכִים הַמְשׁוֹרְרִים לְמַעְלָה אֵין אוֹמְרִים שֵׁירוּתֵיהֶם בְּקֶבַע בְּכָל יוֹם וְלָזֶה אָמַר 'מְסַיַּע לֵיהּ לְרַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב' דְּמַשְׁמַע מִינֵּיהּ הָכִי דְּהָא אָמַר 'שְׁלֹשָׁה כִּתּוֹת שֶׁל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹמְרוֹת שִׁירָה בְּכָל יוֹם' מַשְׁמַע דַּוְקָא שְׁלֹשָׁה כִּיתּוֹת אֵלּוּ אוֹמְרִים שִׁירָה בְּכָל יוֹם אֲבָל שְׁאָר מַלְאָכִים הַמְשׁוֹרְרִים אֵין אוֹמְרִים שִׁירָה בְּכָל יוֹם אִם כֵּן שְׁמַע מִינָּה דְּאִיכָּא מַלְאָכִים שֶׁאוֹמְרִים שִׁירָה אַךְ אֵין לָהֶם רְשׁוּת בְּכָל יוֹם וְלָא דָּמֵי לְיִשְׂרָאֵל שֶׁכֻּולָּם חַייָּבִין לְהִתְפַּלֵּל בְּכָל יוֹם אֵין נָקִי.
[Cela] vient en appui à Rav Hanan'el au nom de Rav, car Rav Hanan'el a dit au nom de Rav : trois chœurs d'anges du service disent le chant chaque jour (Genèse 28). Vois l'explication de cela dans les Tossafot et le Maharcha. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : ici [l'ange] a dit 'depuis le jour où j'ai été créé mon temps de dire le chant n'est venu que maintenant' — apprends de là que les anges qui chantent en haut ne disent pas leur chant de manière fixe chaque jour. Et c'est à cela que [le Talmud] dit '[cela] vient en appui à Rav Hanan'el au nom de Rav', d'où il ressort ainsi ; car il a dit 'trois chœurs d'anges du service disent le chant chaque jour', ce qui implique que ce sont précisément ces trois chœurs-là qui disent le chant chaque jour, mais que les autres anges qui chantent ne disent pas le chant chaque jour. S'il en est ainsi, apprends de là qu'il y a des anges qui disent le chant, mais qu'ils n'en ont pas la permission chaque jour ; et [cela] ne ressemble pas à Israël, qui tous sont obligés de prier chaque jour, sans exception.
💡 Explication

La réponse de l'ange (son tour de chanter n'était jamais venu) appuie l'enseignement de Rav Hanan'el au nom de Rav : trois chœurs d'anges disent le chant chaque jour, se partageant le verset 'Saint, saint, saint est Hachem des armées' (Isaie 6:3) — un chœur 'kadoch', un deuxième 'kadoch', le troisième 'kadoch Hachem Tsevaot'.

15
מֵיתִיבִי: חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹתֵר מִמַּלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹמְרִים שִׁירָה בְּכָל שָׁעָה, וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אֵין אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא פַּעַם אַחַת בַּיּוֹם, וְאָמְרִי לַהּ פַּעַם אַחַת בְּשַׁבָּת, וְאָמְרִי לַהּ פַּעַם אַחַת בְּחֹודֶשׁ, וְאָמְרִי לַהּ פַּעַם אַחַת בַּשָּׁנָה, וְאָמְרִי לַהּ פַּעַם אַחַת בְּשָׁבוּעַ, וְאָמְרִי לַהּ פַּעַם אַחַת בְּיוֹבֵל, וְאָמְרִי לַהּ פַּעַם אַחַת בָּעוֹלָם.

On objecte : Israël est plus cher devant le Saint béni soit-Il que les anges du service, car Israël dit le chant à toute heure, tandis que les anges du service ne disent le chant qu'une seule fois par jour ; et certains disent : une seule fois par semaine ; et certains disent : une seule fois par mois ; et certains disent : une seule fois par an ; et certains disent : une seule fois par septennat (chemita) ; et certains disent : une seule fois par jubilé (yovel) ; et certains disent : une seule fois dans [toute la durée du] monde.

💡 Explication

Objection (mitivi) contre Rav : une braita enseigne qu'Israël est plus cher que les anges, parce qu'Israël dit le chant à toute heure, alors que les anges ne le disent qu'une seule fois — et selon les avis, une fois par jour, par semaine, par mois, par an, par septennat, par jubilé, ou même une seule fois dans toute l'histoire du monde. Cela contredit l'idée que les trois chœurs chantent chaque jour.

16
וְיִשְׂרָאֵל מַזְכִּירִין אֶת הַשֵּׁם אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ וְגוֹ׳״, וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אֵין מַזְכִּירִין אֶת הַשֵּׁם אֶלָּא לְאַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבוֹת, כְּדִכְתִיב: ״קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ ה׳ צְבָאוֹת״.

Et Israël mentionne le Nom après deux mots, comme il est dit 'Écoute, Israël, Hachem etc.' (Deut 6:4) ; tandis que les anges du service ne mentionnent le Nom qu'après trois mots, comme il est écrit 'kadoch, kadoch, kadoch Hachem Tsevaot' (Isaie 6:3).

📜 Rachi (2)
אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' וְגוֹ':
'Après deux mots' — 'Chema Israël, Hachem etc.'.
וּמַלְאָכִים אֵין מַזְכִּירִים אֶת הַשֵּׁם בְּשִׁירָתָם עַד לְאַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבוֹת קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ ה':
'Et les anges ne mentionnent le Nom' — dans leur chant qu'après trois mots : 'kadoch, kadoch, kadoch, Hachem'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וישראל מזכירין את השם אחר שתי תבות, שנאמר "שמע ישראל ה'" ומלאכי השרת אין מזכירין את השם אלא לאחר שלש תבות (דברים ו, ד) (ישעיה ו, ג) . נראה לי בס"ד טעם לזה על פי מה שאמר רבינו מהרח"ו ז"ל בשערי קדושה אחר מחצב הספירות הוא מחצב הנשמות של ישראל ואחריו מחצב המלאכים בסוד הן אראלם צעקו חצה (ישעיה לג, ז) ובזה פרשתי בס"ד רמז הכתוב אתם נצבים היום כלכם לפני ה' אלקיכם (דברים כט, ט) נמצא מחצב הנשמות של ישראל גדול ממחצב המלאכים מדרגה אחת ועל כן גם בזה יתעלו ישראל על המלאכים מדרגה אחת שישראל מזכירים השם אחר שתי תיבות והמלאכים אחר שלש תיבות. ולכאורה יש להקשות למה לא הביא שבח שלש־עשרה מידות שמזכירן את השם בתחלה שהוא ה' ה' אל רחום וחנון וכו' (שמות לד, ו) וכן בעניית ברכו שמזכירין את השם אחר תיבה אחת שהוא 'ברוך ה' המברך לעולם ועד'? ונראה לי בס"ד אמירת שלש־עשרה מידות ועניית ברכו, אינה חיוב מן התורה אלא הוא תקנת חכמינו ז"ל על כן אין הוכחה מזה לכבודן של ישראל אבל פסוק שמע ישראל (דברים ו, ד) אמירתו חיוב מן התורה גם בפסוק זה יהיה יחוד חו"ב [חכמה ובינה] עלאין שזהו הטעם גודל חומר קריאת שמע מהתפלה וזה הטעם שהיה רשב"י דתורתו אמנותו פוסק מדברי תורה לומר פסוק 'שמע ישראל' ואינו פוסק לתפלה וכנזכר בשער הכונות לרבינו האר"י ז"ל ולכן כיון שפסוק זה אמירתו חיוב מן התורה על כל איש ישראל וגם יש בו המשכת מוחין לכן נקיט פסוק זה שבו ניכרת מעלתם ואין ראיה למעלתם משאר פסוקים של שבח.
Et Israël mentionne le Nom après deux mots, comme il est dit 'Écoute, Israël, Hachem' ; tandis que les anges du service ne mentionnent le Nom qu'après trois mots (Deut 6:4 ; Isaie 6:3). Il me paraît, avec l'aide du Ciel, [pouvoir donner] une raison à cela d'après ce qu'a dit notre maître le Maharhav [R. Haim Vital] de mémoire bénie dans les Chaarei Kedoucha : après la carrière (mahtsav, lieu d'extraction) des sefirot vient la carrière des âmes (nechamot) d'Israël, et après elle la carrière des anges, dans le secret (sod) de 'voici, leurs vaillants (erelam) crient au-dehors' (Isaie 33:7). Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset 'vous vous tenez aujourd'hui, vous tous, devant Hachem votre Dieu' (Deut 29:9). Il se trouve [donc] que la carrière des âmes (nechamot) d'Israël est supérieure d'un degré à la carrière des anges ; et c'est pourquoi, en cela aussi, Israël s'élève au-dessus des anges d'un degré — Israël mentionnant le Nom après deux mots et les anges après trois mots. Et à première vue il y aurait lieu d'objecter : pourquoi n'a-t-il pas apporté la louange des treize attributs [de miséricorde], où l'on mentionne le Nom au début — soit 'Hachem, Hachem, Dieu miséricordieux et clément etc.' (Exode 34:6) — ni de même, dans la réponse à Barekhou, où l'on mentionne le Nom après un seul mot — soit 'Baroukh Hachem ha-mevorakh le-olam vaed' ? Et il me paraît, avec l'aide du Ciel : la récitation des treize attributs et la réponse à Barekhou ne sont pas une obligation de la Torah, mais une institution de nos sages de mémoire bénie ; c'est pourquoi il n'y a pas de là une preuve à l'honneur d'Israël. Mais le verset 'Chema Israël' (Deut 6:4), sa récitation est une obligation de la Torah ; et dans ce verset s'opère aussi l'unification de 'Hokhma et Bina (HABaD) supérieures — c'est là la raison de la grande rigueur du Chema par rapport à la prière (tefila), et c'est là raison pour laquelle Rabbi Chimon bar Yohai, dont la Torah était le métier (oumanouto), interrompait l'étude de la Torah pour dire le verset 'Chema Israël' mais ne l'interrompait pas pour la prière, comme il est mentionné dans le Chaar ha-Kavanot de notre maître le Ari de mémoire bénie. C'est pourquoi, puisque la récitation de ce verset est une obligation de la Torah pour tout homme d'Israël, et qu'il y a en lui aussi une attraction (hamchakha) des mohin (lumières intellectuelles), [le Talmud] retient ce verset, où se reconnaît leur grandeur ; et l'on ne peut tirer preuve de leur grandeur des autres versets de louange.
💡 Explication

Deuxième marque de la préférence pour Israël : Israël mentionne le Nom après deux mots ('Chema Israël, Hachem...'), alors que les anges ne mentionnent le Nom qu'après trois mots ('kadoch, kadoch, kadoch, Hachem Tsevaot'). Cela aussi presse Rav : si les anges mentionnent le Nom seulement au troisième mot, comment le premier chœur dirait-il 'kadoch Hachem' (le Nom au deuxième mot) ?

17
וְאֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹמְרִים שִׁירָה לְמַעְלָה, עַד שֶׁיֹּאמְרוּ יִשְׂרָאֵל לְמַטָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּרָן יַחַד כּוֹכְבֵי בֹקֶר״, וַהֲדַר ״וַיָּרִיעוּ כָּל בְּנֵי אֱ-לֹהִים״.

Et les anges du service ne disent pas le chant en haut tant qu'Israël n'a pas dit [le chant] en bas, comme il est dit 'lorsque les étoiles du matin chantent ensemble' (Job 38:7), puis ensuite 'et tous les fils de Dieu acclament'.

📜 Rachi (1)
כּוֹכְבֵי בָּקָר יִשְׂרָאֵל הַמְּשׁוּלִים לַכּוֹכָבִים: קָתָנֵי מִיהַת אַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבוֹת וְאַתְּ אָמְרַתְּ קָדוֹשׁ ה':
'Les étoiles du matin' — Israël, qui est comparé aux étoiles. [La braita] enseigne en tout cas 'après trois mots', et toi tu dis [un chœur disant] 'kadoch Hachem' [le Nom au deuxième mot] !
💡 Explication

Troisième marque : les anges ne chantent pas en haut avant qu'Israël ne chante en bas. Preuve : 'lorsque les étoiles du matin chantent ensemble' (Job 38:7) — c'est Israël, comparé aux étoiles — puis 'tous les fils de Dieu acclament', c'est-à-dire les anges. La braita maintient donc 'après trois mots', ce qui fait difficulté au 'kadoch Hachem' attribué par Rav au premier chœur.

18
אֶלָּא, אַחַת אוֹמֶרֶת ״קָדוֹשׁ״, וְאַחַת אוֹמֶרֶת ״קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ״, וְאַחַת אוֹמֶרֶת ״קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ ה׳ צְבָאוֹת״. וְהָאִיכָּא ״בָּרוּךְ״!

Plutôt : l'un dit 'kadoch', l'autre dit 'kadoch kadoch', et l'autre dit 'kadoch kadoch kadoch Hachem Tsevaot'. Mais il y a [le verset] 'baroukh' (béni) [où le Nom est mentionné après deux mots] !

📜 Rachi (1)
וְהָאִיכָּא בָּרוּךְ דְּהֻוזְכַּר אַחַר ב' תֵּיבוֹת כְּדִכְתִיב בָּרוּךְ כְּבוֹד ה'. וּמְשַׁנֵּי בָּרוּךְ הָאוֹפַנִּים הוּא דְּאָמְרִי לֵיהּ שֶׁהֵם מִכִּסֵּא הַכָּבוֹד עַצְמוֹ וְכִי אָמְרִינַן אֲנַן בַּמַּלְאָכִים:
'Mais il y a baroukh' — qui est mentionné après deux mots, comme il est écrit 'Baroukh kevod Hachem' (Ezechiel 3:12). Et l'on répond : 'baroukh', ce sont les Ofanim qui le disent, eux qui [sont] du Trône de gloire (kisse ha-kavod) lui-même ; et nous, [c']est des anges [du service] que nous parlons.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא אַחַת אוֹמֶרֶת: 'קָדוֹשׁ', וְאַחַת אוֹמֶרֶת: 'קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ' (בְּרֵאשִׁית כח, א) . נִרְאֶה לִי לֹא בָּא לְשַׁבֵּשׁ הַלָּשׁוֹן דְּנָקֵיט 'רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב' אֶלָּא לְשׁוֹן רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב כִּדְקָאֵי קָאֵי וְרַק בָּא לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו שֶׁל רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב לוֹמַר דְּרַב חֲנַנְאֵל לָא נָקֵיט בִּלְשׁוֹנוֹ אֶלָּא רַק הַתּוֹסֶפֶת שֶׁמּוֹסִיפָה הַשְּׁנִיָּה עַל הָרִאשׁוֹנָה וְהַשְּׁלִישִׁית עַל הַשְּׁנִיָּה. וְנִמְצָא לְפִי זֶה גְּרִיעִי מִיִּשְׂרָאֵל בָּתַרְתִּי חֲדָא דְּאֵין זוֹכְרִים הַשֵּׁם אֶלָּא אַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבַת וְהַשְּׁנִיָּה דַּאֲפִילּוּ שֶׁבַח הַקְּדֻושָּׁה בְּעַצְמָהּ אֵין רַשָּׁאִין לְשִׁלְּשׁוּ לְאוֹמְרוֹ מְשֻׁולָּשׁ בִּשְׁלֵימוּת אֶלָּא רַק בָּתַר דְּאִתְייַהִיב רְשׁוּתָא לַשֵּׁנִית לוֹמַר קָדוֹשׁ כָּפוּל שֶׁאָז הֵם אוֹמְרִים קָדוֹשׁ מְשֻׁולָּשׁ וּלְהָכִי בָּתַר דְּאִתְייַהִיב רְשׁוּתָא לַשְּׁלִישִׁית לְהַזְכִּיר אֶת הַשֵּׁם אַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבוֹת אִתִּיהִיב רְשׁוּתָא לְהַבָּאִים אַחֲרֵיהֶם לְהַזְכִּיר אֶת הַשֵּׁם אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת שֶׁאוֹמְרִים 'בָּרוּךְ כְּבוֹד ה' מִמְּקוֹמוֹ' (יְחֶזְקֵאל ג, יב) אֲבָל לָא אִתַּיְּיהִיב רְשׁוּתָא שֶׁתָּבֹא כַּת אַחֶרֶת אַחֲרֵיהֶם שֶׁל אֵלּוּ לְהַזְכִּיר אֶת הַשֵּׁם אַחַר תֵּיבָה אַחַת מֵאַחַר דְּאִתְיַיהֵיב רְשׁוּתָא לְהַזְכִּיר אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת וְהַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּיִשְׂרָאֵל בְּפָסוּק הַיִּחוּד שֶׁלָּהֶם אֵין מַזְכִּירִין אֶת הַשֵּׁם אַחַר תֵּיבָה אַחַת אֶלָּא אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת מִיהוּ רְאֵה תִּרְאֶה גַּבֵּי יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁבָּאִים לְהַזְכִּיר סֵדֶר קְדֻושָּׁה שֶׁנִּיתְּנָה לַמַּלְאָכִים הִנֵּה הֵם אַחַר שֶׁאוֹמְרִים הַשֵּׁם בַּפָּסוּק 'קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ' (יְשַׁעְיָה ו, ג) אַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבוֹת מַזְכִּירִים בַּפָּסוּק 'בָּרוּךְ כְּבוֹד ה' מִמְּקוֹמוֹ' אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת וְאַחַר שֶׁמַּזְכִּירִים בְּפָסוּק זֶה אֶת הַשֵּׁם אַחַר שְׁתֵּי תֵּיבוֹת מַזְכִּירִים אַחֲרָיו אֶת הַשֵּׁם בַּפָּסוּק 'יִמְלֹךְ ה' לְעוֹלָם אֱ-לֹהַיִךְ צִיּוֹן' (תְּהִלִּים קמו, י) אַחַר תֵּיבָה אַחַת וּבָזֶה תֵּדַע וְתָבִין חִבָּתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל אֵצֶל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. אָמְנָם יֵשׁ לְדַקְדֵּק בְּמַאֲמָר זֶה מֵאַחַר שֶׁכַּת הָרִאשׁוֹן וְכַת הַשְּׁנִיָּה אֵין מַזְכִּירִין אֶת הַשֵּׁם מַאי אַהֲנֵי קְדֻושָּׁה שֶׁעוֹשִׂין שֶׁאוֹמְרִים 'קָדוֹשׁ' בִּסְתָם וְאֵין מְפָרְשִׁין לְמִי מַקְדִּישִׁין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן שֶׁהַמַּלְאָכִים אֵין בֵּינֵיהֶם שִׂנְאָה וְלֹא קִנְאָה אֶלָּא כֻּולָּם עוֹמְדִים בְּאַהֲבָה וְאַחְדוּת לָכֵן הַזְכָּרַת הַשֵּׁם שֶׁמַּזְכִּירִין כַּת הַשְּׁלִישִׁית חֲשִׁיב כְּאִלּוּ הִזְכִּירוּ גַּם כַּת הָרִאשׁוֹן וְכַת הַשְּׁנִיָּה אֶת הַשֵּׁם כִּי נֶחְשָׁבִים כָּל שְׁלֹשָׁה הַכִּתּוֹת גּוּף אֶחָד מַמָּשׁ וְעַל כֵּן סִידְּרוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה בִּקְדֻושַּׁת יוֹצֵר לוֹמַר תְּחִלָּה כֻּלָּם אֲהוּבִים וְכוּ' וְכֵן אָמְרוּ כֻּלָּם כְּאֶחָד עוֹנִים בְּאַהֲבָה וְאוֹמְרִים בְּיִרְאָה קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ, 'כְּאֶחָד' דַּיְיקָא 'בְּאַהֲבָה' דַּיְיקָא.
Plutôt : l'un dit 'kadoch', l'autre dit 'kadoch kadoch' (Genèse 28). Il me paraît que [le Talmud] n'est pas venu corriger le libellé qui porte 'Rav Hanan'el au nom de Rav' ; au contraire, le libellé 'Rav Hanan'el au nom de Rav' demeure tel quel, et [le Talmud] n'est venu qu'expliquer les propos de Rav Hanan'el au nom de Rav, [à savoir] que Rav Hanan'el n'a retenu dans son libellé que l'ajout que le second [chœur] ajoute au premier, et le troisième au second. Il se trouve donc, selon cela, qu'ils [les anges] sont inférieurs à Israël sur deux points : l'un, qu'ils ne mentionnent le Nom qu'après trois mots ; le second, que même la louange de la sanctification (kedoucha) elle-même, ils n'ont pas la permission de la tripler pour la dire triplée en sa plénitude, mais seulement après que permission a été donnée au second [chœur] de dire 'kadoch' redoublé — alors ils disent 'kadoch' triplé. Et c'est pour cela qu'après que permission fut donnée au troisième [chœur] de mentionner le Nom après trois mots, permission fut donnée à ceux qui viennent après eux de mentionner le Nom après deux mots, [eux] qui disent 'Baroukh kevod Hachem mi-mekomo' (Ezechiel 3:12) ; mais permission ne fut pas donnée qu'un autre chœur vienne après ceux-là pour mentionner le Nom après un seul mot — du fait que permission [n'avait été] donnée [que] de le mentionner après deux mots. Et la raison en est qu'Israël, dans le verset de leur unification (yihoud) [le Chema], ne mentionnent pas le Nom après un seul mot, mais après deux mots. Toutefois, vois et regarde : chez Israël, lorsqu'ils en viennent à mentionner l'ordre de la sanctification (kedoucha) donnée aux anges, voici qu'après avoir dit le Nom dans le verset 'kadoch, kadoch, kadoch' (Isaie 6:3) après trois mots, ils [le] mentionnent dans le verset 'Baroukh kevod Hachem mi-mekomo' après deux mots ; et après avoir mentionné le Nom dans ce verset après deux mots, ils mentionnent ensuite le Nom dans le verset 'Hachem régnera à jamais, ton Dieu, ô Sion' (Psaumes 146:10) après un seul mot. Et par là tu sauras et comprendras l'amour (hiba) qu'a Israël auprès du Saint béni soit-Il. Cependant, il y a lieu de scruter cet enseignement : puisque le premier chœur et le second chœur ne mentionnent pas le Nom, à quoi sert la sanctification (kedoucha) qu'ils font, [eux] qui disent 'kadoch' sans précision et n'explicitent pas qui ils sanctifient ? Et il me paraît, avec l'aide du Ciel : puisqu'il n'y a entre les anges ni haine ni jalousie, mais qu'ils se tiennent tous dans l'amour et l'unité, c'est pourquoi la mention du Nom que mentionne le troisième chœur est considérée comme si le premier chœur et le second chœur avaient eux aussi mentionné le Nom ; car les trois chœurs sont considérés comme un seul corps en vérité. Et c'est pourquoi les hommes de la Grande Assemblée ont institué, dans la kedoucha de [la bénédiction] Yotser, de dire d'abord 'tous aimés etc.', et de même ont-ils dit 'tous comme un répondent dans l'amour et disent dans la crainte : kadoch, kadoch, kadoch' — 'comme un' précisément, 'dans l'amour' précisément.
💡 Explication

Correction (ela) du propos de Rav pour l'accorder à la braita : les trois chœurs disent respectivement 'kadoch', puis 'kadoch kadoch', puis 'kadoch kadoch kadoch Hachem Tsevaot' — ainsi le Nom n'est mentionné qu'après trois mots. Reste une objection : le verset 'Baroukh kevod Hachem' (Ezechiel 3:12) mentionne le Nom après deux mots seulement. [Rachi : ce 'baroukh', ce sont les Ofanim qui le disent — eux qui sont auprès du Trône de gloire — tandis que notre propos porte sur les anges du service.]

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).