Chullin 92a — la vigne aux trois sarments et les justes qui font subsister le monde

Chullin 92a

Sougya : Au fil d'une longue aggada, le daf interprète d'abord la lutte de Yaakov avec l'ange (Osée 12,5) : Yaakov l'a emporté, et l'ange a pleuré ; le nom 'Israël' annonce deux princes à venir, l'exilarque de Babylonie et le nassi de Terre d'Israël, et laisse entrevoir l'exil. Vient ensuite le songe de l'échanson de Pharaon, 'une vigne aux trois sarments' (Gen 40,10), que sept Maîtres lisent diversement : trois princes orgueilleux (Rav), trois anges des nations (Rava), le monde et les patriarches (R.

Eliezer), la Tora et Moché-Aaron-Miriam (R. Yehochoua), Jérusalem et le Temple (R.

Elazar ha-Modai), les dons du désert (R. Yehochoua b.

Levi), Israël et les trois fêtes (R. Yirmeya b.

Abba) — Rav tranchant comme ce dernier. Resh Lakich prolonge l'image : Israël est une vigne dont les sarments sont les maîtres de maison, les grappes les sages, les feuilles le peuple, les vrilles les vides ; d'où le message envoyé de Terre d'Israël : que les grappes prient pour les feuilles.

Enfin 'quinze pièces d'argent et un homer et demi d'orge' (Osée 3,2) est lu des justes : quarante-cinq justes font subsister le monde, trente en Terre d'Israël et quinze en Babylonie ; suivent les lectures de R. Yehouda et d'Oula (les trente mitsvot des fils de Noé).

La vigne et ses trois sarments : sept lectures du verset (Gen 40,10) gefen (vigne) / chelocha sarigim (trois sarments) / nitsa (fleur) / achkelot anavim (grappes de raisins) Rav Hiya b. Abba / Rav trois princes orgueilleux d'Israël Rava trois anges-princes des nations Rabbi Eliezer monde / patriarches / matriarches / tribus (le passé) Rabbi Yehochoua Tora / Moché-Aaron-Miriam / Sanhédrin / justes Rabbi Elazar ha-Modai tout en un lieu : Jérusalem / Temple-roi- grand prêtre / jeunes prêtres / libations Rabbi Yehochoua b. Levi les dons : Tora / puits-nuée-manne / prémices / libations Rabbi Yirmeya b. Abba Israël / trois fêtes de pèlerinage / temps de croître / chute de l'Égypte Rabbi Abba : Rav, dans son enseignement, tranchait comme Rabbi Yirmeya b. Abba Le prolongement (Rabbi Chimon ben Lakich) : Israël est comme une vigne Sarments les maîtres de maison (soutiennent par leur bien le peuple) Grappes les sages (talmide hakhamim) Feuilles les gens du peuple (protègent les grappes ; labourent et moissonnent) Vrilles les vides (rekanim) d'Israël Message de Terre d'Israël : que les grappes prient pour les feuilles, sans qui elles ne subsistent pas
Les sept interprétations de 'la vigne aux trois sarments' (segments 4-15) et le prolongement de Resh Lakich : Israël comme vigne.
'Quinze pièces d'argent et un homer et demi d'orge' (Osée 3,2) Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : 'kira' = vente (mekhira) Quinze (pièces d'argent) le 15 nissan, où Israël fut délivré d'Égypte Argent (kessef) les justes : 'il a pris en main la bourse d'argent' Homer (30 sea) + letekh (15 sea) = 45 justes par qui le monde subsiste 'je pris les trente pièces... vers la Maison de l'Éternel' -> 30 en Terre d'Israël, 15 ici (Babylonie) 30 en Terre d'Israël 'jetées vers la Maison de l'Éternel' 15 ici (Babylonie) Abaye : la plupart sont à la synagogue 'sous la soupente' Autres lectures des 30 : R. Yehouda (justes des nations) ; Oula (30 mitsvot des fils de Noé, dont 3 observées)
Les 'quinze pièces d'argent et le homer et demi d'orge' (segments 16-20) lus des justes : quarante-cinq justes, trente en Terre d'Israël et quinze en Babylonie.
1
״בָּרוּךְ״ – אוֹפַנִּים הוּא דְּאָמְרִי לֵיהּ. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: כֵּיוָן דְּאִתְיְהִיב רְשׁוּתָא, אִתִּיהִיב.

'Béni [soit la gloire de l'Éternel depuis Son lieu]' — ce sont les ofanim qui le disent. Et si tu veux, dis : du moment que l'autorisation [d'invoquer le Nom] leur a été donnée, elle leur a été donnée [aussi pour cette louange].

📜 Rachi (2)
כֵּיוָן דְּאִתְיְהִיב רְשׁוּתָא לְהַזְכִּיר דִּכְבָר הִזְכִּירוּהוּ בְּקָדוֹשׁ לְאַחַר שָׁלֹשׁ תֵּיבוֹת שֶׁל שֶׁבַח:
Du moment que l'autorisation leur a été donnée — d'invoquer [le Nom], puisqu'ils l'ont déjà invoqué dans [le] 'Saint' après trois mots de louange.
אִתִּיהִיב רְשׁוּתָא לְאַדְכּוֹרֵיהּ לְהֶדְיָא:
Elle a été donnée — l'autorisation de L'invoquer explicitement.
🗂️ Tossefot (1)
בָּרוּךְ אוֹפַנִּים הוּא דְּאָמְרִי לֵיהּ אֲבָל קָדוֹשׁ אוֹמְרִים שְׂרָפִים כְּדִכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ ו) שְׂרָפִים עֹומְדִים מִמַּעַל לוֹ וְגוֹ' וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וְקָרָא זֶה אֶל זֶה וְאָמַר קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ וְכוּ' וּמַה שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים בִּתְפִלַּת יוֹצֵר וְהָאוֹפַנִּים וְחַיּוֹת הַקֹּדֶשׁ כו' דְּחִיּוֹת נָמֵי אוֹמְרִים בָּרוּךְ דַּעֲדִיפֵי מִשְּׂרָפִים וּקְרָא נָמֵי מוּכָח דְּחִיּוֹת וְאוֹפַנִּים אוֹמְרִים בָּרוּךְ דְּבָתַר קְרָא דְּבָרוּךְ כְּתִיב וְקוֹל כַּנְפֵי הַחַיּוֹת מַשִּׁיקוֹת אִשָּׁה אֶל אֲחוֹתָהּ וְקוֹל הָאוֹפַנִּים לְעֻומָּתָם קוֹל רַעַשׁ גָּדוֹל וּבְכָל דֻּוכְתָּא מַשְׁמַע דְּהָאוֹפַנִּים בָּתַר חַיּוֹת גְּרִירִי דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל א) וּבְלֶכֶת הַחַיּוֹת יֵלְכוּ הָאוֹפַנִּים אֶצְלָם וּבְהִנָּשֵׂא הַחַיּוֹת מֵעַל הָאָרֶץ יִנָּשְׂאוּ הָאוֹפַנִּים וּכְתִיב נָמֵי כִּי רוּחַ הַחַיָּה בָּאוֹפַנִּים וְאִם תֹּאמַר דְּיָלְפִינַן הַשְׁתָּא לְפֵירוּשׁ זֶה דְּחִיּוֹת וּשְׂרָפִים אֵין הַכֹּל אֶחָד וּבְפֶרֶק אֵין דּוֹרְשִׁין (חֲגִיגָה דַּף יג:) אוֹמֵר פָּסוּק אֶחָד אוֹמֵר שֵׁשׁ כְּנָפַיִם לְאֶחָד וּפָסוּק אֶחָד אוֹמֵר אַרְבַּע כְּנָפַיִם לְאֶחָד וּמַאי קֻושְׁיָא הָא הַאי קְרָא דְּשֵׁשׁ כְּנָפַיִם בַּשְּׂרָפִים כְּתִיב וְהַאי בַּחַיּוֹת כְּתִיב וְי"ל דְּמִסְתַּבֵּר לֵיהּ שֶׁאֵין מְשֻׁונִּים בְּכַנְפֵיהֶם וכה"ג פָּרִיךְ בְּפָ' בָּא לוֹ (יוֹמָא דַּף עב:) כְּתִיב וְעָשִׂיתָ לְךָ אֲרוֹן עֵץ וּכְתִיב וְעָשׂוּ אֲרוֹן עֲצֵי שִׁטִּים אע"פ שֶׁהָיָה אָרוֹן אַחֵר מִסְּתָמָא כְּמוֹ שֶׁהָיָה זֶה כָּךְ הָיָה זֶה וְכֵן בְּהַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף צט.) לָמֶ"ד פְּנֵיהֶם אִישׁ אֶל אָחִיו וְהָכְתִיב וּפְנֵיהֶם אֶל הַבַּיִת מִכְּרוּבִים שֶׁל שְׁלֹמֹה אַכְּרוּבִים שֶׁל מֹשֶׁה פָּרִיךְ דְּמִסְּתָמָא לֹא נִשְׁתַּנּוּ זֶה מִזֶּה:
'Béni — ce sont les ofanim qui le disent' — mais le 'Saint' (kadoch), ce sont les serafim qui le disent, comme il est écrit (Isaie 6) 'des serafim se tenaient au-dessus de Lui, etc.', et il est écrit à la suite 'et l'un criait vers l'autre et disait : saint, saint, saint, etc.'. Et ce que nous disons dans la prière de Yotser, 'et les ofanim et les saintes hayyot, etc.' — [implique] que les hayyot aussi disent 'Béni', car elles sont supérieures aux serafim ; et le verset le prouve aussi, que les hayyot et les ofanim disent 'Béni', car après le verset de 'Béni' il est écrit (Ezechiel 3) 'et le bruit des ailes des hayyot qui se touchaient l'une l'autre, et le bruit des ofanim à leur rencontre, un bruit de grand fracas' ; et partout il ressort que les ofanim suivent les hayyot, car il est écrit (Ezechiel 1) 'et quand les hayyot allaient, les ofanim allaient à côté d'elles, et quand les hayyot s'élevaient de terre, les ofanim s'élevaient', et il est écrit aussi 'car l'esprit de la hayya était dans les ofanim'. Et si tu objectes : nous apprenons donc maintenant, selon cette explication, que les hayyot et les serafim ne sont pas une seule et même [catégorie] ; or, au chapitre Ein Dorchin (Haguiga 13b), il [est] dit : un verset dit 'six ailes à chacun' et un [autre] verset dit 'quatre ailes à chacun', et quelle [est] la difficulté ? voici que ce verset des 'six ailes' est écrit à propos des serafim, et celui-ci [des quatre ailes] est écrit à propos des hayyot ! Et l'on peut dire qu'il [lui] paraissait logique qu'elles ne diffèrent pas par leurs ailes ; et de même il objecte au chapitre Ba Lo (Yoma 72b) : il est écrit 'tu te feras une arche de bois' et il est écrit 'ils feront une arche de bois d'acacia' — bien qu'il y eût une autre arche, vraisemblablement, telle était celle-ci, telle était celle-là ; et de même au [chapitre] Ha-Mokher Perot (Bava Batra 99a), selon celui qui dit 'leurs faces l'une vers l'autre' : mais il est écrit 'et leurs faces vers la Maison' ! — [il s'agit] des chérubins de Salomon [par rapport] aux chérubins de Moché, [et] il objecte que vraisemblablement ils ne différaient pas l'un de l'autre.
💡 Explication

Suite d'une discussion sur les anges qui louent Dieu. Sur la difficulté que les anges invoqueraient le Nom après moins de trois mots, la Guemara répond : le verset 'Béni soit la gloire de l'Éternel depuis Son lieu' (Ezechiel 3,12) est prononcé par les ofanim (et non par les anges serviteurs dont parlait Rav). Ou bien : une fois l'autorisation d'invoquer le Nom accordée (après les trois mots de 'Saint, saint, saint'), elle vaut aussi pour la louange suivante, même après moins de trois mots.

2
״וָיָּשַׂר אֶל מַלְאָךְ וַיֻּכָל בָּכָה וַיִּתְחַנֶּן לוֹ״ – אֵינִי יוֹדֵעַ מִי נַעֲשָׂה שַׂר לְמִי, כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״כִּי שָׂרִיתָ עִם אֱ-לֹהִים״ – הֱוֵי אוֹמֵר יַעֲקֹב נַעֲשָׂה שַׂר לַמַּלְאָךְ.

'Il lutta (vayyassar) contre un ange et l'emporta, il pleura et lui implora grâce' (Osée 12,5) — je ne sais pas qui devint maître (sar) de qui ; quand [le verset] dit 'car tu as lutté (sarita) avec Dieu' (Gen 32,29), tu dois dire : c'est Yaakov qui devint maître de l'ange.

📜 Rachi (4)
וְיָשָׁר אֶל מַלְאָךְ מִקְרָא הוּא בִּתְרֵי עָשָׂר:
Il lutta contre un ange — c'est un verset [du livre] des Douze [petits prophètes].
וְיוּכַל אֵינִי יוֹדֵעַ עַל אֵי זֶה מֵהֶם הוּא אוֹמֵר וְיוּכַל שֶׁנֶּצַח וְנַעֲשָׂה שַׂר אִם יַעֲקֹב לְמַלְאָךְ וְהָכִי קָאָמַר וְיָשָׁר יַעֲקֹב אֶל מַלְאָךְ וְיוּכַל יַעֲקֹב אוֹ הָכִי קָאָמַר וְיָשָׁר אֶל יַעֲקֹב מַלְאָךְ כְּלוֹמַר נִשְׂתָּרֵר לְעֻומָּתוֹ הַמַּלְאָךְ וְיוּכַל הַמַּלְאָךְ וְנִצְּחוֹ:
Et l'emporta — je ne sais pas : de qui [le verset] dit-il 'et l'emporta', [à savoir] qu'il l'a vaincu et est devenu maître, [si c'est] Yaakov [qui l'a emporté] sur l'ange ? et voici ce qu'il dit : 'Yaakov lutta contre un ange et Yaakov l'emporta' ; ou bien voici ce qu'il dit : 'un ange lutta contre Yaakov' — c'est-à-dire que l'ange s'est rendu maître face à lui — 'et l'ange l'emporta' et le vainquit.
כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר כִּי שָׂרִיתָ וְתוּכַל הָוֵי יַעֲקֹב נִצְּחוֹ לְמַלְאָךְ:
Quand il dit 'car tu as lutté' — et 'tu l'as emporté', [il en ressort que] c'est Yaakov qui a vaincu l'ange.
שָׁרֵית עִם אֱ-לֹהִים נָשִׂיא שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁסְּמוּכִים הֵם וְנִקְרָאִים אֱ-לֹהִים עַד הָאֱ-לֹהִים יָבֹא דְּבַר שְׁנֵיהֶם (שְׁמוֹת כב) וְעִם אֲנָשִׁים רֹאשׁ הַגּוֹלָה:
Tu as lutté avec Dieu — [c'est] le nassi qui est en Terre d'Israël, car ils [les Sages] sont ordonnés (semoukhim) et sont appelés 'dieux' (elokim), [d'après] 'jusqu'aux dieux (elokim) viendra l'affaire des deux [parties]' (Exode 22) ; et 'avec des hommes', [c'est] l'exilarque (roch ha-gola).
💡 Explication

La Guemara poursuit sur la lutte de Yaakov avec l'ange. Le verset d'Osée 'il lutta contre un ange et l'emporta' est ambigu : qui l'a emporté sur qui ? Mais le verset 'tu as lutté avec Dieu et avec des hommes et tu l'as emporté' (Gen 32,29) tranche : c'est Yaakov qui devint maître de l'ange.

3
״בָּכָה וְיִתְחַנֵּן לוֹ״ – אֵינִי יוֹדֵעַ מִי בָּכָה לְמִי, כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״וְיֹאמַר שֻׁלְחָנִי״, הֱוֵי אוֹמֵר: מַלְאָךְ בָּכָה לְיַעֲקֹב.

'Il pleura et lui implora grâce' — je ne sais pas qui pleura vers qui ; quand [le verset] dit 'et il dit : laisse-moi [partir, car l'aube est montée]' (Gen 32,27), tu dois dire : c'est l'ange qui pleura vers Yaakov.

🪔 Ben Yehoyada (1)
"בָּכָה וְיִתְחַנֵּן לוֹ". אֵינִי יוֹדֵעַ מִי בָּכָה לְמִי (הוֹשֵׁעַ יב, ה) . קַשָּׁא כֵּיוָן דְּיָלֵיף מִן 'כִּי שָׁרִית' (בְּרֵאשִׁית לב, כט) דְּיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שַׂר עַל הַמַּלְאָךְ אִם כֵּן וַדַּאי הַמַּלְאָךְ בָּכָה דָּמֵי שֶׁנַּעֲשָׂה שַׂר לָמָּה יִבְכֶּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָיָה אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ שֶׁבָּאֶמְצַע בָּכָה בְּעֵת שֶׁתָּקַע לוֹ יְרֵיכוֹ מֵחֲמַת הַצַּעַר שֶׁנִּצְטַעֵר בִּכְאֵב שֶׁכְּאֵב לוֹ וְלָכֵן יָלֵיף מִפָּסוּק 'וַיֹּאמֶר שֻׁלְחָנִי' (בְּרֵאשִׁית לב, כז) דְּזֶה הוּא לְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים שֶׁהִתְחַנֵּן הַמַּלְאָךְ לְיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וְאִם כֵּן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ מַה שֶׁנֶּאֱמַר 'וַיִּתְחַנֶּן לוֹ' קָאֵי עַל הַמַּלְאָךְ שֶׁהִתְחַנֵּן לְיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה דְּהוּא קָאָמַר לוֹ 'שֻׁלְחָנִי' שֶׁהִתְחַנֵּן לוֹ בָּזֶה וְעַל כֵּן כֵּיוָן דִּמְפָרְשִׁינַן 'וַיִּתְחַנֶּן לוֹ' עַל הַמַּלְאָךְ מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ 'בְּכֹה' נָמֵי עַל הַמַּלְאָךְ דִּתְרֵי מִילֵּי נֶאֶמְרוּ בְּיַחַד 'בָּכָה וְיִתְחַנֵּן לוֹ'.
« Il pleura et lui implora grâce. Je ne sais pas qui pleura vers qui » (Osée 12,5). C'est difficile : puisqu'on l'apprend de « car tu as lutté » (Genèse 32,29), [à savoir] que Yaakov notre père, paix sur lui, devint maître (sar) de l'ange — alors à coup sûr c'est l'ange qui pleura, [mais cela] paraîtrait [étrange] : celui qui est devenu maître, pourquoi pleurerait-il ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il aurait été possible d'expliquer que [l'ange] pleura au milieu [du combat], au moment où il lui démit la hanche, à cause de la souffrance qu'il éprouva par la douleur que [Yaakov] lui causa. C'est pourquoi on l'apprend du verset « et il dit : laisse-moi partir » (Genèse 32,27), car c'est un langage de supplication, [exprimant] que l'ange supplia Yaakov notre père, paix sur lui. Et s'il en est ainsi, on est contraint d'expliquer que ce qui est dit « et il lui implora grâce » se rapporte à l'ange, qui supplia Yaakov notre père, paix sur lui, car c'est [l'ange] qui lui dit « laisse-moi partir », [par quoi] il le supplia en cela. Et donc, puisque nous expliquons « et il lui implora grâce » de l'ange, on est contraint d'expliquer « il pleura » aussi de l'ange, car les deux choses sont dites ensemble : « il pleura et lui implora grâce ».
💡 Explication

Même procédé pour la deuxième moitié du verset d'Osée : 'il pleura et lui implora grâce' est ambigu. Le verset 'laisse-moi partir, car l'aube est montée' (Gen 32,27), où l'ange supplie Yaakov de le relâcher, tranche : c'est l'ange qui pleura vers Yaakov.

4
״כִּי שָׂרִיתָ עִם אֱ-לֹהִים וְעִם אֲנָשִׁים״, אָמַר רַבָּה: רֶמֶז רָמַז לוֹ שֶׁעֲתִידִים שְׁנֵי שָׂרִים לָצֵאת מִמֶּנּוּ, רֹאשׁ גּוֹלָה שֶׁבְּבָבֶל וְנָשִׂיא שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, מִכָּאן רָמַז לוֹ גָּלוּת.

'Car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes' — Rabba a dit : il lui fit une allusion [discrète], [à savoir] que deux princes (sarim) sont destinés à sortir de lui : l'exilarque qui est en Babylonie et le nassi qui est en Terre d'Israël ; de là aussi il lui fit allusion à l'exil.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רָבָא: רֶמֶז רָמַז לוֹ שֶׁעֲתִידִין שְׁנֵי שָׂרִים לָצֵאת מִמֶּנּוּ. פֵּירוּשׁ שְׁנֵי רְמָזִים עַל שְׁנֵי דְּבָרִים הָאֶחָד עַל פְּקִידוּת רֹאשׁ גּוֹלֶה וְנָשִׂיא אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהַשֵּׁנִי עַל גָּלוּת וְכִדְמַסִּיק מִכָּאן רָמַז לוֹ גָּלוּת. וְהִנֵּה לְפִי פֵּירוּשׁ הַמְפָרֵשׁ (בְּרֵאשִׁית לב, כט) 'שָׁרֵית עַם אֱ-לֹהִים' עַל נָשִׂיא שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל 'וְעִם אֲנָשִׁים' עַל רֹאשׁ גּוֹלָה הֲוָה לֵיהּ לְרָבָא לְהַקְדִּים בִּדְבָרָיו נָשִׂיא שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל קֹודֶם רֹאשׁ גּוֹלָה כְּפִי סֵדֶר הַכָּתוּב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רָבָא שֶׁהָיָה בְּבָבֶל חָלַק כָּבוֹד לְרֹאשׁ גּוֹלָה לְהַזְכִּירוֹ בְּרֹאשָׁנָהּ. וְהִנֵּה לְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל דִּמְפָרֵשׁ 'אֲנָשִׁים' עַל רֹאשׁ גּוֹלֶה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהֵיכָא מַשְׁמַע? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דִּנְשִׂיאִים שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הָיוּ מִזֶּרַע דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה מִצַּד הַנְּקֵבוֹת אַךְ רָאשֵׁי גּוֹלָה הָיוּ מִצַּד הַזְּכָרִים וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּאָמַר רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ אֲנָא מִנֻּוקְבַּייָּא וְרַב הוּנָא רֹאשׁ גּוֹלָה מִדְּכַדַּייָּא וְעַל כֵּן אִם יָבֹא לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אוֹתְבִינֵּיהּ לְעֵיל מִינֵי וּלְפִי זֶה נִרְמַז בְּתֵיבַת 'אֲנָשִׁים' אוֹתִיּוֹת 'מִן אִישׁ' כְּלוֹמַר יִתְרוֹן רֹאשׁ גּוֹלֶה מִפְּנֵי שֶׁהוּא בָּא מִן אִישׁ זָכָר וְלֹא מִנְּקֵבָה.
Rabba a dit : « il lui fit une allusion [discrète], [à savoir] que deux princes (sarim) sont destinés à sortir de lui ». Explication : [il y a] deux allusions sur deux choses : l'une sur la fonction d'exilarque (roch gola) et de nassi de Terre d'Israël, et la seconde sur l'exil — comme il conclut : « de là il lui fit allusion à l'exil ». Or, selon l'explication du commentateur [Rachi] sur « tu as lutté avec Dieu » (Genèse 32,29) [rapporté] au nassi qui est en Terre d'Israël, et « et avec des hommes » à l'exilarque — Rabba aurait dû, dans ses paroles, mentionner d'abord le nassi de Terre d'Israël avant l'exilarque, conformément à l'ordre du verset ! Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabba, qui était en Babylonie, fit honneur à l'exilarque en le mentionnant en premier. Et voici que, selon l'explication de Rachi, de mémoire bénie, qui explique « des hommes » [comme se rapportant] à l'exilarque, on peut objecter : d'où cela ressort-il ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que les nessiim de Terre d'Israël étaient de la descendance du roi David, paix sur lui, du côté des femmes, tandis que les exilarques [l'étaient] du côté des hommes — comme on l'a dit dans la Guemara, où Rabbenou ha-Kadoch [Rabbi Yehouda ha-Nassi] dit : « moi, [je descends] du côté féminin », et Rav Houna l'exilarque [descendait] du côté masculin ; c'est pourquoi, s'il [l'exilarque] venait en Terre d'Israël, on le ferait asseoir au-dessus de lui [du nassi]. Et selon cela, il est fait allusion dans le mot « hommes » (anachim) [aux] lettres « de l'homme [mâle] » (min ich), c'est-à-dire la supériorité de l'exilarque parce qu'il vient d'un homme mâle et non d'une femme.
💡 Explication

Rabba lit le verset 'tu as lutté avec Dieu (elokim) et avec des hommes' (Gen 32,29) comme une allusion à deux dignités futures issues de Yaakov : l'exilarque (roch ha-gola) de Babylonie et le nassi de Terre d'Israël. Le fait même que l'une de ces dignités soit en exil annonce l'exil à venir.

5
״וּבַגֶּפֶן שְׁלֹשָׁה שְׂרִיגִים״, אָמַר רַב חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַב: אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה שָׂרֵי גֵּאִים הַיּוֹצְאִים מִיִּשְׂרָאֵל בְּכָל דּוֹר וָדוֹר, פְּעָמִים שֶׁשְּׁנַיִם כָּאן וְאֶחָד בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, פְּעָמִים שֶׁשְּׁנַיִם בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְאֶחָד כָּאן. יְהִיבוּ רַבָּנַן עֵינַיְיהוּ בְּרַבָּנָא עֻוקְבָא וְרַבָּנָא נְחֶמְיָה בְּנֵי בְרַתֵּיה דְּרַב.

'Et dans la vigne, trois sarments' (Gen 40,10) — Rav Hiya bar Abba a dit au nom de Rav : ce sont les trois princes orgueilleux (sarei ge'im) qui sortent d'Israël à chaque génération ; parfois deux [sont] ici [en Babylonie] et un en Terre d'Israël, parfois deux [sont] en Terre d'Israël et un ici. Les Maîtres portèrent les yeux sur Rabbana Ouqva et Rabbana Nehemia, les fils de la fille de Rav.

📜 Rachi (2)
וּבַגֶּפֶן יִשְׂרָאֵל נִמְשְׁלוּ לְגֶפֶן דִּכְתִיב גֶּפֶן מִמִּצְרַיִם תַּסִּיעַ (תְּהִלִּים פ):
Et dans la vigne — Israël est comparé à une vigne, ainsi qu'il est écrit 'tu as fait sortir une vigne d'Égypte' (Psaumes 80).
שָׂרֵי גֵּאִים עֲשִׁירִים וּקְרוֹבִים לַמַּלְכוּת:
Princes orgueilleux — riches et proches de la royauté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה שָׂרֵי גֵּאִים (בְּרֵאשִׁית מ, י) . נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁלֵמִים בְּחָכְמָה וּבְעֹושֶׁר וּבְמֶמְשָׁלָה שֶׁהָיוּ קְרוֹבִים לַמַּלְכוּת וְזֶהוּ שְׁלֹשָׁה מִינֵי הַשְּׂרָרָה וְגֵאוּת, 'בְּנֵי בְּרַתֵּיה דְּרַב' פֵּירוּשׁ שֶׁזְּכוּת רַב הַגַּן עֲלֵיהֶם. וּמַה שֶׁאָמַר ' פְּעָמִים שֶׁשְּׁנַיִם כָּאן וְאֶחָד בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל ' נִרְאֶה לִי בס"ד מִזְדַּמֵּן כָּךְ עַל פִּי מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (כְּתֻובּוֹת עה.) חַד מִנַּיְיהוּ כִּתְרֵי מִינַּן וְלָכֵן כְּדֵי לִרְמֹוז עַל זֶה נַעֲשֶׂה כָּךְ וּמַה שֶׁיִּזְדַּמֵּן שְׁנַיִם בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְאֶחָד כָּאן רֶמֶז עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא חַד מִינָן כַּד סָלֵיק לְהָתָם הָוֵי כִּתְרֵי מִנַּיְיהוּ וְלָכֵן יִהְיוּ אֶחָד בְּבָבֶל וּשְׁנַיִם בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לִרְמֹוז שֶׁהָאֶחָד שָׁקוּל כִּשְׁנַיִם. וּמַה שֶׁאָמַר רָבָא ' אֵלּוּ שָׂרֵי גּוֹיִם ' שֶׁמְּלַמְּדִין זְכוּת, נִרְאֶה לִי בס"ד גּוֹיִם מַלְאָכִים כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל וְקָרֵי לְהוּ 'גּוֹיִם' כִּי הַמַּלְאָךְ גְּוִיָּתוֹ כְּתַרְשִׁישׁ (דָּנִיֵּאל י, ו) שֶׁהוּא יָם וְזֶהוּ 'גֵּאִים גּוֹיִם' רְצוֹנוֹ לוֹמַר גְּוִיָּה כְּשִׁיעוּר יָם שֶׁהוּא תַּרְשִׁישׁ וְהֵם שְׁלֹשָׁה אַחדְנְבָרָא מִמַּחֲשָׁבָה וְאֶחָד מִדִּיבּוּר וְאֶחָד מִמַּעֲשֶׂה.
« Ce sont les trois princes orgueilleux » (Genèse 40,10). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'ils étaient] accomplis en sagesse, en richesse et en domination, [ces princes] qui étaient proches de la royauté ; et tels sont les trois genres de pouvoir et de grandeur. « Les fils de la fille de Rav » — explication : le mérite de Rav les protégeait. Et ce qu'il dit « parfois deux [sont] ici et un en Terre d'Israël » — il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela se trouve ainsi d'après ce qu'on a dit dans la Guemara (Ketoubot 75a) : « l'un d'entre eux [les Sages de Terre d'Israël vaut] comme deux des nôtres » ; c'est pourquoi, pour faire allusion à cela, il en va ainsi. Et ce qui se trouve [être] deux en Terre d'Israël et un ici, [c'est] une allusion à ce qu'on a dit dans la Guemara : « l'un des nôtres, quand il monte là-bas [en Terre d'Israël], devient comme deux d'entre eux » ; c'est pourquoi il y en aura un en Babylonie et deux en Terre d'Israël, pour faire allusion au fait que celui qui est seul équivaut à deux. Et ce que Rava dit « ce sont les princes des nations (goyim) » qui plaident en faveur [d'Israël] — il me semble, avec l'aide du Ciel, que « goyim » [signifie] des anges, comme l'a expliqué Rachi, de mémoire bénie ; et il les appelle « goyim » parce que le corps de l'ange est « comme le tarchich » (Daniel 10,6), qui est [la couleur de] la mer ; et tel est [le sens de] « orgueilleux, goyim » : il veut dire un corps (gviya) de la dimension de la mer, qui est le tarchich. Et ils sont trois : l'un créé par la pensée, un par la parole et un par l'action.
💡 Explication

Début des sept lectures du songe de l'échanson de Pharaon : 'une vigne (gefen) aux trois sarments (chelocha sarigim)' (Gen 40,10). Première lecture, de Rav : les trois sarments sont les trois princes orgueilleux (sarei ge'im) d'Israël à chaque génération, répartis tantôt deux en Babylonie et un en Terre d'Israël, tantôt l'inverse. À ces mots, les Maîtres regardèrent Rabbana Ouqva et Rabbana Nehemia, petits-fils de Rav, comme [étant] de ces princes.

6
רָבָא אָמַר: אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה שָׂרֵי גוֹיִם, שֶׁמְלַמְּדִים זְכוּת עַל יִשְׂרָאֵל בְּכָל דּוֹר וָדוֹר.

Rava a dit : ce sont les trois anges-princes des nations (sarei goyim) qui plaident en faveur d'Israël à chaque génération.

📜 Rachi (1)
אֵלּוּ ג' שָׁרֵי גּוֹיִם מַלְאָכִים:
Ce sont les trois princes des nations — [des] anges.
💡 Explication

Deuxième lecture, de Rava : les trois sarments (sarigim) sont les trois anges-princes des nations (sarei goyim) — les anges célestes prposes aux nations — qui plaident la cause d'Israël à chaque génération.

7
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״גֶּפֶן״ – זֶה הָעוֹלָם, ״שְׁלֹשָׁה שְׂרִיגִים״ – זֶה אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב, ״וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ״ – אֵלּוּ הָאִמָּהוֹת, ״הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים״ – אֵלּוּ הַשְּׁבָטִים.

Il est enseigné [dans une braita], Rabbi Eliezer dit : 'la vigne' — c'est le monde ; 'trois sarments' — ce sont Abraham, Its'hak et Yaakov ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — ce sont les matriarches ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les [douze] tribus.

📜 Rachi (1)
עָלְתָה נִצָּה אֵין חָשׁוּב נֵץ כָּל כָּךְ כִּשְׂרִיגִים שֶׁהֵם עֲנָפִים קָשִׁים:
Sa fleur montait — la fleur (nets) n'est pas aussi importante que les sarments, qui sont des branches dures.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'גפן' זה העולם 'שלשה שריגם' זה אברהם יצחק ויעקב (בראשית מ, י) . נראה לי בס"ד כמו הגפן שהוא רך ואינו נושא עצמו להיות זקוף אלא מוכרח לסמכו על כלנסאות או אילנות אחרים כן העולם מצד עצמו רך ומתמוטט וצריך לסמכו על שלשה עמודים שהם תורה ועבודה וגמילות חסדים שהם כנגד חג"ת [חסד גבורה תפארת] שהם האבות אברהם יצחק ויעקב. ' והיא כפרחת ' אלו האמהות שהם מושרשים בשכינה שנקראת 'היא'. גם תיבת 'והיא' בהפוך אתוון 'אהו־י' שהוא שם קדוש הרמוז בראשי תיבות א ת ה שמים ו לא י היה (דברים יא, יז) שהוא סוד דעת דנוקבא והוא מספר טובה [22] ולכן אמרו רבותינו ז"ל (בבא מציעא נט.) אין הברכה מצויה בתוך ביתו של אדם אלא בעבור אשתו. ' הבשילו אשכלתיה ענבים ' אלו השבטים דאיתא ברעיא מהימנא (פרשת פנחס דף רלו.) דנצח והוד אינון אשכלות דצדיק וידוע דהבנים מתייחסים אל ירכי אבותם ואמותם שהם כנגד נצח והוד וכמו שאמרו 'ברא כרעא דאבוהי' וכן אמרו 'עובר ירך אמו' (יבמות עח.) ולכן אחר שזכר האבות אמר הבשילו אשכלות של אבות ואמהות אלו השבטים ענבים.
« 'La vigne', c'est le monde ; 'trois sarments', ce sont Abraham, Its'hak et Yaakov » (Genèse 40,10). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] de même que la vigne est tendre et ne se porte pas elle-même pour se tenir droite, mais doit être appuyée sur des supports ou sur d'autres arbres, de même le monde, par lui-même, est tendre et chancelant, et il faut l'appuyer sur trois colonnes, qui sont la Tora, le service [divin] et les actes de bonté (guemilout hassadim) ; lesquels correspondent à HaGaT ['Hessed, Guevoura, Tiferet], qui sont les patriarches Abraham, Its'hak et Yaakov. « Et comme elle bourgeonnait » — ce sont les matriarches, qui sont enracinées dans la Chekhina (Présence divine), appelée « Elle » (Hi). De plus, le mot « ve-hi » (et elle), en inversant les lettres, [donne] « AHWY », qui est un Nom saint, fait allusion dans les initiales de « [Sa colère s'enflammera contre vous] et Il fermera (atsar) les cieux (chamayim) et il n'y aura pas (ve-lo yihye) [de pluie] » (Deutéronome 11,17), qui est le sod (secret) de la connaissance (daat) du féminin (noukva), et c'est le nombre [22, gematria de] « bonne » (tova). C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Baba Metsia 59a) : « la bénédiction ne se trouve dans la maison d'un homme que grâce à sa femme ». « Ses grappes mûrirent en raisins » — ce sont les tribus, car il est [enseigné] dans le Raya Mehemna (paracha Pinhas, page 236a) que Netsa'h et Hod sont les grappes du Juste (tsadik) ; et il est connu que les fils se rattachent aux cuisses (yarekhe) de leurs pères et de leurs mères, qui correspondent à Netsa'h et Hod, comme on l'a dit : « le fils est la jambe (kera) de son père », et de même on a dit : « le foetus est [comme] la cuisse de sa mère » (Yevamot 78a). C'est pourquoi, après avoir mentionné les patriarches, il a dit : « ses grappes mûrirent » — les grappes des pères et des mères, ce sont les tribus, [les] raisins.
💡 Explication

Troisième lecture, de Rabbi Eliezer (braita) : la vigne = le monde ; les trois sarments = les patriarches Abraham, Its'hak, Yaakov ; la fleur = les matriarches ; les grappes de raisins = les douze tribus (les fils de Yaakov).

8
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וְכִי מַרְאִין לוֹ לְאָדָם מַה שֶּׁהָיָה? וַהֲלֹא אֵין מַרְאִין לוֹ לְאָדָם אֶלָּא מַה שֶּׁעָתִיד לִהְיוֹת! אֶלָּא ״גֶּפֶן״ – זֶה תּוֹרָה, ״שְׁלֹשָׁה שְׂרִיגִים״ – אֵלּוּ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּמִרְיָם, ״וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ״ – אֵלּוּ סַנְהֶדְרִין, ״הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים״ – אֵלּוּ הַצַּדִּיקִים שֶׁבְּכָל דּוֹר וָדוֹר.

Rabbi Yehochoua lui dit : est-ce qu'on montre à un homme ce qui a été [le passé] ? Or on ne montre à un homme que ce qui est destiné à être [l'avenir] !

Plutôt : 'la vigne' — c'est la Tora ; 'trois sarments' — ce sont Moché, Aaron et Miriam ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — c'est le Sanhédrin ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les justes de chaque génération.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אלא 'גפן', זה תורה (בראשית מ, י) . נראה לי בס"ד כי הגפן יש בו הנאת אכילה שהוא ענבים והנאת שתיה שהוא היין, כן התורה נמשלה לאכילה דכתיב (משלי ט, ה) 'לכו לחמו בלחמי' ונמשלה לשתיה דכתיב 'ושתו ביין מסכתי'. גם גפן 'ג' פן' רצונו לומר ג' פנים שהם חלק הסוד וחלק הפשט וחלק הפלפול דעליו נאמר קודשא בריך הוא חדי בפלפולא. ' שלשה שריגם ' אלו משה ואהרן ומרים, כי משה ואהרן מלמדים הזכרים ומרים מלמדת הנקבות. ' והיא כפרחת ' אלו סנהדרין שיושבים בעיגול דוגמת הפרח שהוא עגול, ' עלתה נצה ' שהגיע זמנם של ישראל להגאל. נראה לי בס"ד ' נצה ' [145] גימטריא 'קמה' [145] הוא שם הק־ם שהוא אחד משמות ע"ב שבו הקמת המז"ל כמו שאיתא בקהילת יעקב, ובזה פרשתי בס"ד מה שאמר יוסף הצדיק ע"ה 'והנה קמה אלמתי וגם נצבה' (בראשית לז, ז) . ומה שאמר רבי יהושע בן לוי ' גפן ' זו תורה ' שלשה שריגם ' זה באר עמוד ענן ומן, קשא מה שייכות יש לבאר וענן ומן עם התורה? ונראה לי בס"ד מים של באר היה מסוגל לעשות להם זכירה בתורה והוא תועלת ללמוד הגירסה ולכן רבינו האר"י ז"ל השקה למהרח"ו [מורנו הרב רבי חיים ויטאל] ז"ל מבארה של מרים שהוא בימה של טבריה והיה לו זכירה נפלאה בתורה והמן היה מפקיח אותם שיהיה להם בינה בתורה בלימוד העיון והסברה והענן ממשיך להם אור חכמה בתורה כי הענן מגהץ מוחם לקבל אור חכמה והמן מגהץ לבם לקבל אור בינה ולכן אמרו רבותינו ז"ל (מכילתא בשלח יז) לא נתנה תורה אלא לאוכלי המן ומה שעשה שייכות לביכורים ונסכים עם התורה כי התורה נמשלה ללחם שהוא ראש לשבעת המינין ולכן היא שבעה ספרים (שבת קטו:) ונמשלה ליין שהוא הנסכים.
« Plutôt : 'la vigne', c'est la Tora » (Genèse 40,10). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] de même que la vigne comporte le plaisir de la nourriture, qui est le raisin, et le plaisir de la boisson, qui est le vin, de même la Tora est comparée à la nourriture, comme il est écrit (Proverbes 9,5) « venez, mangez de mon pain », et elle est comparée à la boisson, comme il est écrit « et buvez du vin que j'ai mêlé ». De plus, « gefen » (vigne) [se lit] « ge fen » (trois faces), c'est-à-dire trois aspects : la part du sod (secret), la part du sens simple (pchat) et la part de la dialectique (pilpoul), au sujet de laquelle il est dit que le Saint, béni soit-Il, se réjouit de la dialectique. « Trois sarments » — ce sont Moché, Aaron et Miriam, car Moché et Aaron enseignaient aux hommes et Miriam enseignait aux femmes. « Et comme elle bourgeonnait » — c'est le Sanhédrin, qui siège en cercle, à l'image de la fleur, qui est ronde ; « sa fleur montait » — [signifie] qu'était arrivé le temps pour Israël d'être délivré. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « nitsa » (sa fleur) [a pour] gematria [145, comme] « kama » (qui se dresse) [145] — c'est le Nom Ko-M, qui est l'un des soixante-douze Noms, par lequel se fait le redressement de la fortune (mazal), comme il est [rapporté] dans le Kehilat Yaakov. Et c'est par là que j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce que dit Joseph le Juste, paix sur lui : « et voici, ma gerbe se dressa (kama) et aussi se tint debout » (Genèse 37,7). Et ce que dit Rabbi Yehochoua ben Levi : « 'la vigne', c'est la Tora ; 'trois sarments', c'est le puits, la colonne de nuée et la manne » — c'est difficile : quel rapport y a-t-il entre le puits, la nuée et la manne avec la Tora ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] l'eau du puits était propice à leur procurer la mémorisation dans la Tora, et c'est utile pour apprendre le texte récité (guirsa) ; c'est pourquoi notre maître le Ari, de mémoire bénie, fit boire à Maharhav [notre maître Rabbi Haim Vital], de mémoire bénie, du puits de Miriam, qui est [dans] le lac de Tibériade, et il eut une mémoire prodigieuse dans la Tora. Et la manne les rendait perspicaces, pour qu'ils eussent l'intelligence (bina) dans la Tora dans l'étude approfondie et le raisonnement ; et la nuée leur attirait la lumière de la sagesse ('hokhma) dans la Tora, car la nuée polit leur cerveau pour recevoir la lumière de la 'hokhma, et la manne polit leur cœur pour recevoir la lumière de la bina. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Mekhilta Bechalah 17) : « la Tora n'a été donnée qu'à ceux qui mangeaient la manne ». Et ce qu'il a fait un rapport entre les prémices (bikkourim) et les libations (nessakhim) avec la Tora, [c'est] parce que la Tora est comparée au pain, qui est le premier des sept espèces — c'est pourquoi elle [comporte] sept livres (Chabbat 115b) — et elle est comparée au vin, qui est [celui] des libations.
💡 Explication

Quatrième lecture, de Rabbi Yehochoua, qui objecte à R. Eliezer : un songe ne montre pas le passé (patriarches déjà nés) mais l'avenir. D'où : la vigne = la Tora ; les trois sarments = Moché, Aaron, Miriam ; la fleur = le Sanhédrin ; les grappes = les justes de chaque génération.

9
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: עֲדַייִן צְרִיכִין אָנוּ לַמּוֹדָעִי, דְּמוֹקֵים לֵיהּ כֻּולֵּיהּ בְּחַד מָקוֹם. רַבִּי אֶלְעָזָר הַמּוֹדָעִי אוֹמֵר: ״גֶּפֶן״ – זֶה יְרוּשָׁלַיִם, ״שְׁלֹשָׁה שְׂרִיגִים״ – זֶה מִקְדָּשׁ, מֶלֶךְ, וְכֹהֵן גָּדוֹל, ״וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ״ – אֵלּוּ פִּרְחֵי כְּהֻונָּה, ״הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים״ – אֵלּוּ נְסָכִים.

Rabban Gamliel dit : nous avons encore besoin de [Rabbi Eliezer ha-]Modai, qui rapporte le tout à un seul lieu. Rabbi Elazar ha-Modai dit : 'la vigne' — c'est Jérusalem ; 'trois sarments' — c'est le Temple, le roi et le grand prêtre ; 'et comme elle bourgeonnait (porahat) sa fleur montait' — ce sont les jeunes prêtres (pirhei khehouna) ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les libations.

📜 Rachi (1)
אֵלּוּ פִּרְחֵי כְּהֻונָּה הַמְשָׁרְתִים בַּמִּקְדָּשׁ:
Ce sont les jeunes prêtres — ceux qui officient au Temple.
💡 Explication

Cinquième lecture. Rabban Gamliel renvoie à Rabbi Elazar ha-Modai, expert en aggada, qui rapporte tout le verset à un seul lieu : la vigne = Jérusalem ; les trois sarments = le Temple, le roi, le grand prêtre ; 'elle bourgeonnait (porahat)' = les jeunes prêtres (pirhei khehouna), par un jeu de mots ; les grappes = les libations (de vin).

10
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מוֹקֵים לַהּ בְּמַתָּנוֹת, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: ״גֶּפֶן״ – זוֹ תּוֹרָה, ״שְׁלֹשָׁה שְׂרִיגִים״ – זֶה בְּאֵר, עַמּוּד עָנָן, וּמִן, ״וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ״ – אֵלּוּ הַבְּכוֹרִים, ״הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים״ – אֵלּוּ נְסָכִים.

Rabbi Yehochoua ben Levi le rapporte aux dons [que Dieu fit à Israël], car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : 'la vigne' — c'est la Tora ; 'trois sarments' — c'est le puits, la colonne de nuée et la manne ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — ce sont les prémices (bikkourim) ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les libations.

📜 Rachi (2)
בַּמַּתָּנוֹת שֶׁנָּתַן הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל:
Aux dons — que le Saint, béni soit-Il, a donnés à Israël.
אֵלּוּ הַבִּכּוּרִים שֶׁהִכְנִיסָן לְאֶרֶץ טוֹבָה וּמְלֵאָה פֵּירוֹת וּמְבִיאִין מִמֶּנָּה בִּכּוּרִים בִּפְרִיחַת גְּמַר בִּשּׁוּלָם:
Ce sont les prémices — car Il les a fait entrer dans un pays bon et plein de fruits, et l'on en apporte des prémices à l'époque de la floraison [et] de l'achèvement de leur maturation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אלא 'גפן', זה תורה (בראשית מ, י) . נראה לי בס"ד כי הגפן יש בו הנאת אכילה שהוא ענבים והנאת שתיה שהוא היין, כן התורה נמשלה לאכילה דכתיב (משלי ט, ה) 'לכו לחמו בלחמי' ונמשלה לשתיה דכתיב 'ושתו ביין מסכתי'. גם גפן 'ג' פן' רצונו לומר ג' פנים שהם חלק הסוד וחלק הפשט וחלק הפלפול דעליו נאמר קודשא בריך הוא חדי בפלפולא. ' שלשה שריגם ' אלו משה ואהרן ומרים, כי משה ואהרן מלמדים הזכרים ומרים מלמדת הנקבות. ' והיא כפרחת ' אלו סנהדרין שיושבים בעיגול דוגמת הפרח שהוא עגול, ' עלתה נצה ' שהגיע זמנם של ישראל להגאל. נראה לי בס"ד ' נצה ' [145] גימטריא 'קמה' [145] הוא שם הק־ם שהוא אחד משמות ע"ב שבו הקמת המז"ל כמו שאיתא בקהילת יעקב, ובזה פרשתי בס"ד מה שאמר יוסף הצדיק ע"ה 'והנה קמה אלמתי וגם נצבה' (בראשית לז, ז) . ומה שאמר רבי יהושע בן לוי ' גפן ' זו תורה ' שלשה שריגם ' זה באר עמוד ענן ומן, קשא מה שייכות יש לבאר וענן ומן עם התורה? ונראה לי בס"ד מים של באר היה מסוגל לעשות להם זכירה בתורה והוא תועלת ללמוד הגירסה ולכן רבינו האר"י ז"ל השקה למהרח"ו [מורנו הרב רבי חיים ויטאל] ז"ל מבארה של מרים שהוא בימה של טבריה והיה לו זכירה נפלאה בתורה והמן היה מפקיח אותם שיהיה להם בינה בתורה בלימוד העיון והסברה והענן ממשיך להם אור חכמה בתורה כי הענן מגהץ מוחם לקבל אור חכמה והמן מגהץ לבם לקבל אור בינה ולכן אמרו רבותינו ז"ל (מכילתא בשלח יז) לא נתנה תורה אלא לאוכלי המן ומה שעשה שייכות לביכורים ונסכים עם התורה כי התורה נמשלה ללחם שהוא ראש לשבעת המינין ולכן היא שבעה ספרים (שבת קטו:) ונמשלה ליין שהוא הנסכים.
« Plutôt : 'la vigne', c'est la Tora » (Genèse 40,10). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] de même que la vigne comporte le plaisir de la nourriture, qui est le raisin, et le plaisir de la boisson, qui est le vin, de même la Tora est comparée à la nourriture, comme il est écrit (Proverbes 9,5) « venez, mangez de mon pain », et elle est comparée à la boisson, comme il est écrit « et buvez du vin que j'ai mêlé ». De plus, « gefen » (vigne) [se lit] « ge fen » (trois faces), c'est-à-dire trois aspects : la part du sod (secret), la part du sens simple (pchat) et la part de la dialectique (pilpoul), au sujet de laquelle il est dit que le Saint, béni soit-Il, se réjouit de la dialectique. « Trois sarments » — ce sont Moché, Aaron et Miriam, car Moché et Aaron enseignaient aux hommes et Miriam enseignait aux femmes. « Et comme elle bourgeonnait » — c'est le Sanhédrin, qui siège en cercle, à l'image de la fleur, qui est ronde ; « sa fleur montait » — [signifie] qu'était arrivé le temps pour Israël d'être délivré. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « nitsa » (sa fleur) [a pour] gematria [145, comme] « kama » (qui se dresse) [145] — c'est le Nom Ko-M, qui est l'un des soixante-douze Noms, par lequel se fait le redressement de la fortune (mazal), comme il est [rapporté] dans le Kehilat Yaakov. Et c'est par là que j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce que dit Joseph le Juste, paix sur lui : « et voici, ma gerbe se dressa (kama) et aussi se tint debout » (Genèse 37,7). Et ce que dit Rabbi Yehochoua ben Levi : « 'la vigne', c'est la Tora ; 'trois sarments', c'est le puits, la colonne de nuée et la manne » — c'est difficile : quel rapport y a-t-il entre le puits, la nuée et la manne avec la Tora ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] l'eau du puits était propice à leur procurer la mémorisation dans la Tora, et c'est utile pour apprendre le texte récité (guirsa) ; c'est pourquoi notre maître le Ari, de mémoire bénie, fit boire à Maharhav [notre maître Rabbi Haim Vital], de mémoire bénie, du puits de Miriam, qui est [dans] le lac de Tibériade, et il eut une mémoire prodigieuse dans la Tora. Et la manne les rendait perspicaces, pour qu'ils eussent l'intelligence (bina) dans la Tora dans l'étude approfondie et le raisonnement ; et la nuée leur attirait la lumière de la sagesse ('hokhma) dans la Tora, car la nuée polit leur cerveau pour recevoir la lumière de la 'hokhma, et la manne polit leur cœur pour recevoir la lumière de la bina. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Mekhilta Bechalah 17) : « la Tora n'a été donnée qu'à ceux qui mangeaient la manne ». Et ce qu'il a fait un rapport entre les prémices (bikkourim) et les libations (nessakhim) avec la Tora, [c'est] parce que la Tora est comparée au pain, qui est le premier des sept espèces — c'est pourquoi elle [comporte] sept livres (Chabbat 115b) — et elle est comparée au vin, qui est [celui] des libations.
💡 Explication

Sixième lecture, de Rabbi Yehochoua ben Levi, rapportant le verset aux dons de Dieu à Israël : la vigne = la Tora ; les trois sarments = les trois prodiges du désert, le puits, la colonne de nuée, la manne ; la fleur = les prémices (bikkourim) ; les grappes = les libations.

11
רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר: ״גֶּפֶן״ – אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״גֶּפֶן מִמִּצְרַיִם תַּסִּיעַ״. ״שְׁלֹשָׁה שְׂרִיגִים״ – אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה רְגָלִים שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹלִין בָּהֶן בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה. ״וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ״ – הִגִּיעַ זְמַנָּן שֶׁל יִשְׂרָאֵל לִפְרוֹת וְלִרְבּוֹת, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל פָּרוּ וַיִּשְׁרְצוּ״.

Rabbi Yirmeya bar Abba a dit : 'la vigne' — c'est Israël, et de même [le verset] dit : 'tu as fait sortir une vigne d'Égypte' (Psaumes 80,9) ; 'trois sarments' — ce sont les trois fêtes de pèlerinage (regalim) où Israël monte [à Jérusalem] chaque année ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — le temps d'Israël est arrivé de croître et de se multiplier, et de même [le verset] dit : 'et les enfants d'Israël furent féconds et prolifèrent [et se multiplièrent]' (Exode 1,7).

📜 Rachi (1)
הִגִּיעַ זְמַנָּן לָצֵאת מִכָּאן וְלִפְרוֹת וְלִרְבּוֹת:
Le temps est arrivé — de sortir d'ici [d'Égypte] et de croître et de se multiplier.
💡 Explication

Septième lecture, de Rabbi Yirmeya bar Abba : la vigne = Israël (cf. 'tu as fait sortir une vigne d'Égypte', Ps 80,9) ; les trois sarments = les trois fêtes de pèlerinage (regalim) ; la floraison = le moment où Israël se met à croître et se multiplier (cf. Ex 1,7). C'est cette lecture que Rav adoptera (segment 13).

12
״עָלְתָה נִצָּה״ – הִגִּיעַ זְמַן שֶׁל יִשְׂרָאֵל לִיגָּאֵל, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְיֵז נִצְחָם עַל בְּגָדַי וְכָל מַלְבּוּשַׁי אֶגְאָלְתִּי״, ״הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים״ – הִגִּיעַ זְמַנָּהּ שֶׁל מִצְרַיִם לִשְׁתּוֹת כּוֹס הַתַּרְעֵלָה.

'Sa fleur montait' — le temps d'Israël est arrivé d'être délivré, et de même [le verset] dit : 'leur jus (nitsham) a jailli sur Mes vêtements, et toute Ma vesture Je l'ai souillée' (Isaie 63,3) ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — le temps de l'Égypte est arrivé de boire la coupe d'amertume (kos ha-tar'ela).

📜 Rachi (1)
עָלְתָה נִצָּה עָלְתָה זְמַן הֲנִצָּהּ לְהַזּוֹת דַּם נַצְחָן שֶׁל מִצְרַיִם:
Sa fleur montait — est venu le temps de la floraison, [celui] d'asperger le sang de la victoire (nitsahon) sur l'Égypte.
💡 Explication

Suite de la lecture de R. Yirmeya bar Abba. 'Sa fleur (nitsa) montait' = le temps de la délivrance d'Israël (rattaché à nitsham, 'leur jus/sang', Isaie 63,3) ; les grappes mûries = le moment où l'Égypte boit la coupe d'amertume (kos ha-tar'ela), c'est-à-dire son châtiment.

13
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רָבָא: שְׁלֹשָׁה כּוֹסוֹת הָאֲמוּרוֹת בְּמִצְרַיִם לָמָּה? אֶחָד, שֶׁשָּׁתַת בִּימֵי מֹשֶׁה, וְאֶחָד שֶׁשָּׁתָת בִּימֵי פַּרְעֹה נְכֹה, וְאֶחָד שֶׁעֲתִידָה לִשְׁתּוֹת עִם כָּל הַגּוֹיִם.

Et c'est ce que Rava a dit : pourquoi trois coupes sont-elles mentionnées à propos de l'Égypte [dans le songe] ? L'une qu'elle a bue aux jours de Moché, une [autre] qu'elle a bue aux jours de Pharaon Nekho, et une qu'elle est destinée à boire avec toutes les nations.

📜 Rachi (2)
ג' כּוֹסוֹת בְּסִפּוּר הַחֲלוֹם וְכוֹס פַּרְעֹה וְגוֹ':
Trois coupes — dans le récit du songe ['et la coupe de Pharaon était dans ma main... et je donnai la coupe sur la paume de Pharaon'].
בִּימֵי פַּרְעֹה נְכֹה שֶׁהֶחֱרִיבָה נְבוּכַד נֵצֶר דִּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ מז) לָבֹא נְבוּכַד נֵצֶר מֶלֶךְ בָּבֶל וְגוֹ':
Aux jours de Pharaon Nekho — [l'Égypte] que Nabuchodonosor a dévastée, ainsi qu'il est écrit (Jérémie 47) 'à la venue de Nabuchodonosor roi de Babylone, etc.'.
💡 Explication

Confirmation par Rava : les trois coupes mentionnées dans le songe de l'échanson (Gen 40,11) annoncent trois châtiments de l'Égypte — l'une aux jours de Moché (les plaies et la sortie), l'autre aux jours de Pharaon Nekho (défait par Nabuchodonosor), et la troisième, à venir, avec toutes les nations au temps messianique.

14
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְרַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: כִּי דָּרֵישׁ לְהוּ רַב לְהָנֵי קְרָאֵי בְּאַגַּדְתָּא, כְּוָותָךְ דָּרֵישׁ לְהוּ.

Rabbi Abba dit à Rabbi Yirmeya bar Abba : lorsque Rav expliquait ces versets dans l'aggada, c'est comme toi qu'il les expliquait.

💡 Explication

Conclusion du florilège : Rabbi Abba atteste à Rabbi Yirmeya bar Abba que Rav, dans ses enseignements aggadiques, expliquait ces versets comme lui (la septième lecture, Israël et les trois fêtes), et non selon les autres opinions citées.

15
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: אֻומָּה זוֹ כְּגֶפֶן נִמְשְׁלָה. זְמוֹרוֹת שֶׁבָּהּ – אֵלּוּ בַּעֲלֵי בָּתִּים, אֶשְׁכּוֹלוֹת שֶׁבָּהּ – אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, עָלִין שֶׁבָּהּ – אֵלּוּ עַמֵּי הָאָרֶץ, קְנוֹקָנוֹת שֶׁבָּהּ – אֵלּוּ רֵיקָנִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : cette nation [Israël] est comparée à une vigne. Les sarments (zemorot) qui s'y trouvent — ce sont les maîtres de maison (baalei battim) ; les grappes (achkolot) qui s'y trouvent — ce sont les sages (talmide hakhamim) ; les feuilles (alin) qui s'y trouvent — ce sont les gens du peuple (amei ha-arets) ; les vrilles (kenoukenot) qui s'y trouvent — ce sont les vides (rekanim) d'Israël.

📜 Rachi (5)
אֻומָּה זוֹ יִשְׂרָאֵל:
Cette nation — Israël.
נִמְשְׁלָה כְּגֶפֶן גֶּפֶן מִמִּצְרַיִם תַּסִּיעַ:
Est comparée à une vigne — 'tu as fait sortir une vigne d'Égypte'.
זְמוֹרוֹת שֶׁבָּהּ אֵלּוּ בַּעֲלֵי בָתִּים דְּמֶה הַזְּמוֹרָה הַזּוֹ מוֹצִיאָה לוּלָבִין וְעָלִים וּפְרִי וְהוּא עִיקַּר הַגֶּפֶן כָּךְ בַּעֲלֵי בָּתִּים גּוֹמְלֵי חֶסֶד וּמַחֲזִיקִים יְדֵי עֲנִיִּים וּמְפַזְּרִים מָמוֹנָם לַמַּלְכוּת בִּשְׁבִיל אֲחֵיהֶם וּמִתְקַיְּימִים עַל יָדָם:
Les sarments qui s'y trouvent, ce sont les maîtres de maison — car de même que ce sarment-ci fait sortir [pousses,] feuilles et fruit, et qu'il est l'essentiel de la vigne, de même les maîtres de maison font acte de bienfaisance (gomelei 'hessed), soutiennent la main des pauvres et dispersent leur argent [au profit] de la royauté pour le bien de leurs frères, et [les autres] subsistent grâce à eux.
עָלִין שֶׁבַּגֶּפֶן סוֹבְלִין הָרוּחַ וּמְגִינִּים עַל הָאֶשְׁכּוֹלוֹת שֶׁלֹּא יַכֵּם שֶׁרַב וְשַׁמָּשׁ וְרוּחוֹת כָּךְ עַמֵּי הָאָרֶץ חוֹרְשִׁין וְזוֹרְעִין וְקוֹצְרִין מַה שֶׁתַּלְמִידֵי חֲכָמִים אוֹכְלִים:
Les feuilles — qui, sur la vigne, supportent le vent et protègent les grappes pour que ne les frappent ni la canicule, ni le soleil, ni les vents : de même les gens du peuple labourent, sèment et moissonnent ce que les sages mangent.
קְנוֹקָנוֹת וידייל"ש דְּלָא חֲזוּ לְמִידֵּי:
Les vrilles — 'vedilles' [en langue vernaculaire], qui ne servent à rien.
💡 Explication

Prolongement de l'image de la vigne, par Resh Lakich (voir le schéma de synthèse) : Israël est une vigne dont les sarments (zemorot, l'essentiel) sont les maîtres de maison qui soutiennent par leur bien ; les grappes sont les sages ; les feuilles, qui protègent les grappes, sont les gens du peuple (amei ha-arets) ; les vrilles (kenoukenot), inutiles, sont les vides (rekanim) d'Israël.

16
וְהַייְנוּ דְּשָׁלְחוּ מִתָּם: לִיבְעֵי רַחֲמִים אִיתְכָּלַיָּא עַל עָלַיָּא, דְּאִילְמָלֵא עָלַיָּא לָא מִתְקַיְּימָן אִיתְכָּלַיָּא.

Et c'est ce qu'on a envoyé de là-bas [de Terre d'Israël] : que les grappes prient pour les feuilles, car n'étaient les feuilles, les grappes ne subsisteraient pas.

💡 Explication

Application pratique du message envoyé de Terre d'Israël : que les grappes prient pour les feuilles — c'est-à-dire que les sages prient pour le peuple (amei ha-arets), car sans le peuple qui les nourrit et les protège, les sages eux-mêmes ne subsisteraient pas.

17
״וָאֶכְּרֶהָ לִּי בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר כָּסֶף״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: אֵין ״כִּירָה״ אֶלָּא לְשׁוֹן מְכִירָה, שֶׁנֶּאֱמַר ״בְּקִבְרִי אֲשֶׁר כָּרִיתִי לִי״.

'Je l'ai achetée (va-ekkereha) pour moi pour quinze [pièces] d'argent [et un homer d'orge et un letekh d'orge]' (Osée 3,2) — Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : 'kira' n'est rien d'autre qu'un terme de vente (mekhira), ainsi qu'il est dit : 'dans mon tombeau que je me suis acquis (kariti)' (Gen 50,5).

📜 Rachi (2)
וָאֶכְּרֶהָ לִי הקב"ה אוֹמֵר קָנִיתִי לִי יִשְׂרָאֵל בט"ו בְּנִיסָן בִּשְׁבִיל הַצַּדִּיקִים:
Je l'ai achetée pour moi — le Saint, béni soit-Il, dit : Je Me suis acquis Israël le 15 nissan, pour [le mérite des] justes.
אֲשֶׁר כָּרִיתִי לִי קָנִיתִי כִּדְאָמְרִי' בפ"ק דְּסוֹטָה (דַּף יג.) דְּיַעֲקֹב זַבְּנָהּ מֵעֵשָׂו:
Que je me suis acquis — [c'est-à-dire] 'que j'ai acheté', comme nous le disons au premier chapitre de Sota (13a) : que Yaakov l'avait acheté d'Esau.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין בְּיָדָהּ אֶלָּא מַכִּירָהּ (הוֹשֵׁעַ ג, ב) . נִרְאֶה לִי בס"ד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא קָנָה לְיִשְׂרָאֵל בְּכָל מַכָּה וּמַכָּה שֶׁהֵבִיא עַל מִצְרַיִם בַּעֲבוּרָם וְאֵלּוּ הַמַּכּוֹת הֵבִיא עַל הַמִּצְרִים בִּשְׁנַת ר"י [210] וּבְאֶמְצַע 'מכ יר ה' יֵשׁ ר"י וְנִשְׁאַר אוֹתִיּוֹת 'מַכָּה' רְצוֹנוֹ לוֹמַר קְנָאָם בְּכָל מַכָּה וּמַכָּה שֶׁהֵבִיא עַל מִצְרַיִם בִּשְׁנַת ר"י וְזֶהוּ צֵירוּף מְכִירָה - מַכָּה ר"י.
« Il n'y a en cela rien d'autre que [le sens de] vente (makhira) » (Osée 3,2). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] le Saint, béni soit-Il, acquit Israël par chacune des plaies qu'Il fit venir sur l'Égypte à cause d'eux ; et ces plaies, Il les fit venir sur les Égyptiens en l'an 210 [depuis la descente en Égypte]. Or, au milieu de [makhira] « ma-KH-YR-a », il y a [les lettres dont la valeur est] 210 [resh-youd], et il reste les lettres [du mot] « maka » (plaie). C'est-à-dire : Il les acquit par chacune des plaies qu'Il fit venir sur l'Égypte en l'an 210 ; et tel est l'assemblage [du mot] « mekhira » (vente) : « maka » (plaie) [+] 210.
💡 Explication

Nouvelle série d'interprétations sur les chefs d'Israël et de Babylonie. Le verset 'je l'ai achetée (va-ekkereha) pour quinze pièces d'argent' (Osée 3,2). Rabbi Yo'hanan, au nom de R. Chimon ben Yehotsadak : le terme 'kira' signifie vente/acquisition (mekhira), comme dans 'le tombeau que je me suis acquis (kariti)' (Gen 50,5).

18
״בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר״ – זֶה חֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּנִיסָן שֶׁבּוֹ נִגְאֲלוּ יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרַיִם, ״כֶּסֶף״ – אֵלּוּ צַדִּיקִים, וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״צְרוֹר הַכֶּסֶף לָקַח בְּיָדוֹ״.

'Pour quinze' — c'est le quinze nissan, où Israël fut délivré d'Égypte ; 'argent (kessef)' — ce sont les justes, et de même [le verset] dit : 'il a pris en main la bourse d'argent (tseror ha-kessef)' (Proverbes 7,20).

📜 Rachi (1)
צְרוֹר הַכֶּסֶף בְּחֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף צו:) מְפָרְשִׁינַן לֵיהּ בַּצַּדִּיקִים דְּשָׁלְחוּ לֵיהּ עַמּוֹן וּמוֹאָב לִנְבוּכַד נֵצֶר כִּדְשָׁמְעוּ לַנְּבִיאִים דְּאִיתְנְבְּאוּ בְּחוּרְבָּנָא תָּא אַחְרְבִינְהוּ שְׁלַח לְהוּ מִסְתְּפֵינָא מֵאֱלָהֲהוֹן שְׁלַחוּ לֵיהּ כִּי אֵין הָאִישׁ בְּבֵיתוֹ שָׁלַח לְהוּ בְּקָרִיבָא אָתֵי שְׁלַחוּ לֵיהּ הָלַךְ בְּדֶרֶךְ לְמֵרָחוֹק שְׁלַח לְהוּ אִיכָּא צַדִּיקֵי דְּבָעֵי רַחֲמֵי שְׁלַחוּ לֵיהּ צְרוֹר הַכֶּסֶף לָקַח בְּיָדוֹ צַדִּיקִים שֶׁבָּהֶם הֲמִיתֵם:
La bourse d'argent — au [chapitre] Helek (Sanhédrin 96b) on l'explique des justes : Ammon et Moab envoyèrent [dire] à Nabuchodonosor, ayant entendu les prophètes prophétiser sur la destruction : 'viens, détruis-les'. Il leur envoya : 'je crains leur Dieu'. Ils lui envoyèrent : 'car l'homme n'est pas dans sa maison' (Pr 7,19). Il leur envoya : 'des proches [à Lui] viennent [Le supplier]'. Ils lui envoyèrent : 'il est allé en voyage au loin' (Pr 7,19). Il leur envoya : 'il y a des justes qui demandent miséricorde'. Ils lui envoyèrent : 'il a pris en main la bourse d'argent' — les justes qui étaient parmi eux, Il les a fait mourir.
💡 Explication

Décomposition du verset : 'quinze' = le 15 nissan, date de la délivrance d'Égypte ; l'argent (kessef) = les justes, comme dans 'il a pris en main la bourse d'argent' (Pr 7,20), entendu de Dieu retirant les justes [du monde] avant la destruction.

19
״חֹומֶר שְׂעֹורִים וְלֶתֶךְ שְׂעֹורִים״ – אֵלּוּ אַרְבָּעִים וַחֲמִשָּׁה צַדִּיקִים שֶׁהָעוֹלָם מִתְקַייֵּם בָּהֶם, וְאֵינִי יוֹדֵעַ אִם שְׁלֹשִׁים כָּאן וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וְאִם שְׁלֹשִׁים בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר כָּאן. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר: ״וָאֶקְחָה שְׁלֹשִׁים הַכֶּסֶף וָאַשְׁלִיךְ אֹתוֹ בֵּית ה׳ אֶל הַיּוֹצֵר״ – הֱוֵי אוֹמֵר: שְׁלֹשִׁים בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר כָּאן.

'Un homer d'orge et un letekh d'orge' — ce sont les quarante-cinq justes par qui le monde subsiste ; et je ne sais pas si [c'est] trente ici et quinze en Terre d'Israël, ou trente en Terre d'Israël et quinze ici. Quand [le verset] dit : 'et je pris les trente [pièces] d'argent et je les jetai dans la Maison de l'Éternel, vers le potier' (Zacharie 11,13), tu dois dire : trente en Terre d'Israël et quinze ici.

📜 Rachi (5)
חֹומֶר שְׁלֹשִׁים סְאִין:
Un homer — trente sea.
לֶתֶךְ ט"ו סְאִין:
Letekh — quinze sea.
כָּאן בְּבָבֶל:
Ici — en Babylonie.
וָאֶקַּח אֶת שְׁלֹשִׁים הַכָּסֶף וְנִקְבְּעוּ אוֹתָם צַדִּיקִים לְדוֹרוֹת בְּיִשְׂרָאֵל:
Et je pris les trente [pièces] d'argent — et ces justes furent fixés [à demeure] pour les générations en Israël.
אֶל בֵּית ה' בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Vers la Maison de l'Éternel — en Terre d'Israël.
🪔 Ben Yehoyada (2)
(מִשְׁלֵי ז, כ) "צְרוֹר הַכֶּסֶף לָקַח בְּיָדוֹ" (הוֹשֵׁעַ ג, ב) 'וְחֹמֶר שְׂעֹרִים וְלֵתֶךְ שְׂעֹרִים' אֵלּוּ אַרְבָּעִים וַחֲמִשָּׁה צַדִּיקִים שֶׁהָעוֹלָם מִתְקַיֵּם בָּהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּינָּה אוֹתָם בְּשֵׁם כֶּסֶף כִּי אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף עוֹלִים וְנוֹסָפִים אוֹת ס' יוֹתֵר מִן כ' וְאוֹת פ' יוֹתֵר מִן ס' כֵּן הַצַּדִּיקִים כָּל זְמַן שֶׁמַּזְקִינִין דַּעְתָּן וְצִדְקוּתָם מִתּוֹסֶפֶת עֲלֵיהֶם (מְעִילָה כה.). וּמַה שֶׁדִּימָּה אוֹתָם לִשְׂעוֹרִים שֶׁהוּא מַאֲכַל בְּהֵמָה הוּא לְשִׁבְחָן וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל בְּרֵישׁ מַכֻלְתִּין (דַּף ה:) עַל פָּסוּק אָדָם וּבְהֵמָה תוֹשִׁיעַ ה' (תְּהִלִּים לוֹ, ז) אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אָמַר רַב אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם עֲרוּמִים בְּדַעַת וּמְשִׂימִין עַצְמָן כִּבְהֵמָה, פֵּירוּשׁ עֲנָוִים וְדִכְאִי רוּחַ וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שָׁם וְלָכֵן דִּימָּה אוֹתָם כָּאן לִשְׂעוֹרִים שֶׁהוּא מַאֲכַל בְּהֵמָה לִרְמֹוז שֶׁהֵם עֲנָוִים שֶׁמְּשִׂימִין עַצְמָן כִּבְהֵמָה. וְהַטַּעַם לְמִסְפַּר מ"ה נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַתִּשְׁעָה בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי עוֹלֶה מ"ה כָּזֶה: אבג"ד הוזח"ט [45] סַךְ הַכֹּל מ"ה וְיָדוּעַ כָּל מִסְפַּר תִּשְׁעָה מְסֻומָּן לְטוֹבָה שֶׁלֹּא יִמּוֹט שֶׁאִם תּוֹסִיף עָלָיו תִּשְׁעָה יִהְיֶה י"ח וְאוֹתִיּוֹת י"ח בְּמִסְפָּר קָטָן ט' וְאִם תּוֹסִיף י"ח עַל י"ח יִהְיֶה ל"ו וּבְמִסְפַּר קָטָן הִיא ט' וְאִם תּוֹסִיף ל"ו עַל ל"ו יִהְיֶה ע"ב וּבְמִסְפַּר קָטָן הוּא ט' אִם תּוֹסִיף ע"ב עַל ע"ב יִהְיֶה קמ"ד וּבְמִסְפַּר קָטָן הוּא ט' וְאִם תּוֹסִיף קמ"ד עַל קמ"ד יִהְיֶה רצ"ח וּבְמִסְפַּר קָטָן י"ח שֶׁהוּא ט' וְחוֹזֵר חָלִילָה לִהְיוֹת כַּנִּזְכָּר לְעֵיל, לָכֵן מִסְפַּר ט' הוּא סִימָן טוֹב וְיָפֶה שֶׁלֹּא יִמּוֹט לָכֵן הַצַּדִּיקִים הַמְקַיְּימִים הָעוֹלָם שֶׁלֹּא יִמּוֹט הֵם מ"ה שֶׁהוּא בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי תִּשְׁעָה וְגַם אוֹתִיּוֹת מ"ה בְּמִסְפָּר קָטָן הוּא תִּשְׁעָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְמִסְפַּר מ"ה שֶׁל הַצַּדִּיקִים הַמְקַייְּמִים הָעוֹלָם דְּאָמַר הַתַּנָּא בְּאָבוֹת בַּעֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת נִבְרָא הָעוֹלָם וַהֲלֹא בְּמַאֲמָר אֶחָד יָכוֹל לְהִבָּרְאוֹת, אֶלָּא לָתֵת שָׂכָר טוֹב לַצַּדִּיקִים שֶׁמְּקַיְּמִין אֶת הָעוֹלָם שֶׁנִּבְרָא בַעֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ה, א) וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י תִּשְׁעָה 'וְיֹאמַר' כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית א, ג) וּ'בְּרֵאשִׁית' נָמֵי מַאֲמָר הוּא נִמְצָא נוֹסְפוּ תִּשְׁעָה וַיֹּאמֶר בִּשְׁבִיל לְשַׁלֵּם שָׂכָר טוֹב לַצַּדִּיקִים, וְהִנֵּה תִּשְׁעָה 'וְיֹאמַר' הֵם מ"ה אוֹתִיּוֹת לָכֵן הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם עַל מ"ה צַדִּיקִים כְּנֶגֶד תִּשְׁעָה 'וְיֹאמַר' שֶׁהֵם מ"ה אוֹתִיּוֹת שֶׁנּוֹסְפוּ בַּעֲבוּר הַצַּדִּיקִים לְהוֹרוֹת שֶׁלֹּא נִבְרָא הָעוֹלָם אֶלָּא בַּעֲבוּר הַצַּדִּיקִים שֶׁבַּעֲבוּרָם נוֹסַף תִּשְׁעָה 'וְיֹאמַר' שֶׁהֵם מ"ה אוֹתִיּוֹת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן יִשְׂרָאֵל לְבַדָּם נִקְרְאוּ אָדָם (יְבָמוֹת סא.) שֶׁהוּא מִסְפַּר מ"ה לְהוֹרוֹת שֶׁהָעוֹלָם קַיָּים עַל יְדֵי זְכוּת מ"ה צַדִּיקִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל שֶׁאֵין חֲסֵרִים מֵהֶם. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב אָהַבְתִּי אֶתְכֶם אָמַר ה' וַאֲמַרְתֶּם 'בַּמֶּה' אֲהַבְתָּנוּ (מַלְאָכִי א, ב) כְּלוֹמַר במ"ה צַדִּיקִים שֶׁאֵין חֲסֵרִים מֵאִתָּנוּ בָּהֶם אֲהַבְתָּנוּ לְכֻולָּנוּ. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד אַשְׁרֵי הָעָם שֶׁכָּכָה לּוֹ (תְּהִלִּים קמד, טו) כָּכָה [45] מִסְפַּר מ"ה וְלָכֵן בְּחֻרְבָּן קוֹנֵן הַנָּבִיא זָכוּר ה' 'מֶה' הָיָה לָנוּ, כְּלוֹמַר מ"ה צַדִּיקִים שֶׁהָעוֹלָם קַיָּים עֲלֵיהֶם הָיָה לָנוּ וְלֹא חָסְרוּ מֵאִתָּנוּ גַּם בַּזְּמַן הַזֶּה וְאִם כֵּן כְּדַאי הוּא זְכוּתָם לְהַצִּילֵנוּ מִן הַגָּלוּת.
(Proverbes 7,20) « il a pris en main la bourse d'argent » ; (Osée 3,2) « et un homer d'orge et un letekh d'orge » — ce sont les quarante-cinq justes par qui le monde subsiste. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu']il les a désignés par le nom « argent » (kessef) parce que les lettres [du mot] kessef vont en croissant : la lettre samekh [60] est supérieure au kaf [20], et la lettre pe [80] est supérieure au samekh ; de même les justes, plus ils vieillissent, plus leur intelligence et leur justice (tsidkout) augmentent en eux (Meila 25a). Et qu'il les ait comparés à l'orge, qui est nourriture pour le bétail, c'est à leur louange — comme on l'a dit plus haut, au début de notre traité (page 5b), sur le verset « l'homme et la bête Tu sauves, Éternel » (Psaumes 36,7) : Rabbi Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont les hommes qui sont fins en intelligence et qui se font [humbles] comme la bête — c'est-à-dire humbles et brisés d'esprit, comme l'a expliqué Rachi, de mémoire bénie, là-bas. C'est pourquoi il les a comparés ici à l'orge, qui est nourriture pour le bétail, pour faire allusion au fait qu'ils sont humbles, qu'ils se font [humbles] comme la bête. Et la raison du nombre 45, il me semble, avec l'aide du Ciel, [que c'est] parce que les neuf, en compte progressif (mispar hekdemi), montent à 45, ainsi : aleph[1]-beth[2]-guimel[3]-dalet[4], hé-vav-zayin-het-têt... [le total] s'élève à 45. Et il est connu que tout nombre [réductible à] neuf est marqué pour le bien, [signifie] qu'il ne chancellera pas : car si tu lui ajoutes neuf, il fera 18, et les lettres de 18, en petit compte (mispar katan), [font] 9 ; et si tu ajoutes 18 à 18, cela fera 36, et en petit compte c'est 9 ; et si tu ajoutes 36 à 36, cela fera 72, et en petit compte c'est 9 ; si tu ajoutes 72 à 72, cela fera 144, et en petit compte c'est 9 ; et si tu ajoutes 144 à 144, cela fera 298, et en petit compte 18, qui est 9 — et cela revient en cercle à être comme mentionné ci-dessus. C'est pourquoi le nombre 9 est un signe bon et beau, [signifiant] qu'il ne chancellera pas ; et donc les justes qui maintiennent le monde, pour qu'il ne chancelle pas, sont 45, qui est en compte progressif [réductible à] neuf, et de plus les lettres de 45 (mem-hé) en petit compte [font] neuf. Et encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, [une autre] raison du nombre 45 des justes qui maintiennent le monde : car le Tana a dit dans les [Pirke] Avot : « par dix paroles le monde fut créé — or par une seule parole il aurait pu être créé ; [c'est] plutôt pour donner une bonne récompense aux justes qui maintiennent le monde, créé par dix paroles » (Michna Avot 5,1) ; et Rachi a expliqué : neuf « et Il dit » (vayomer) sont écrits [dans le récit de la création], et « Berechit » (au commencement) est aussi une parole ; il se trouve qu'on ajouta neuf « et Il dit » afin de payer une bonne récompense aux justes. Or, neuf « vayomer » [font] 45 lettres ; c'est pourquoi le monde subsiste sur 45 justes, correspondant aux neuf « vayomer » qui [font] 45 lettres, ajoutées à cause des justes, pour enseigner que le monde n'a été créé qu'à cause des justes, à cause desquels furent ajoutés neuf « vayomer » qui [font] 45 lettres. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] c'est pourquoi seul Israël est appelé « Adam » (Yevamot 61a), qui est le nombre 45 [gematria d'Adam], pour enseigner que le monde subsiste grâce au mérite des 45 justes qui sont en Israël, qui ne leur manquent jamais. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « Je vous ai aimés, dit l'Éternel, et vous dites : 'en quoi (ba-mé) nous as-Tu aimés ?' » (Malachie 1,2) — c'est-à-dire : par les 45 (be-MaH) justes qui ne nous manquent pas, en eux Tu nous as tous aimés. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, « heureux le peuple à qui il en est ainsi (kakha) » (Psaumes 144,15) : « kakha » [45] est le nombre 45. Et c'est pourquoi, lors de la destruction, le prophète se lamenta : « souviens-Toi, Éternel, de ce (mé) qui nous est advenu » (Lamentations 5,1), c'est-à-dire : les 45 justes par lesquels le monde subsiste étaient parmi nous et ne nous ont pas manqué, même en ce temps[-là] ; et s'il en est ainsi, leur mérite est digne de nous sauver de l'exil.
הוי אומר: שלשים בארץ ישראל וחמשה עשר כאן (זכריה יא, יג) (משלי ז, כ) . נראה לי בס"ד לכך אמרו במשנה דיומא (משנה יומא ו, ד) על השעיר ביום הכיפורים שהיו הבבליים מתלשים בשערו ואומרים לו טול וצא טול וצא, שרמזו באותיות טול [45] על זכות ט"ו צדיקים שבחוץ לארץ ולמ"ד צדיקים שבארץ ישראל בזכותם טול העונות וצא. והא דהיתה החלוקה כך שארץ ישראל יש בה שלושים וכל חוץ לארץ ט"ו דכתיב 'ואכרה לי בחמשה עשר כסף' (הושע ג, ב) דלכך היתה הגאולה בט"ו לחודש שהוא שם י־ה שהאיר להם והנה ארץ ישראל לרוב מעלתה לוקחת הארת שם י־ה במלואו כזה יו"ד ה"ה [30] שהוא מספר שלושים לכך זוכה בשלושים צדיקים אבל חוץ לארץ אין לה כח שתקח הארה משם י־ה במלואו אלא רק מאותיות הפשוט שהם מספר ט"ו נמצא בחוץ לארץ ההארה בצמצום שהוא מן הפשוט בלבד אבל בארץ ישראל ההארה בהרחבה שהוא משם י־ה מלא. ובזה יובן 'מן המצר קראתי י־ה' זו הארה של חוץ לארץ 'ענני במרחב י־ה' (תהלים קיח, ה) זו הארה של ארץ ישראל שהיא במרחב של שם י־ה שהוא במלואו. ובזה יובן בס"ד אלקים נצב בעדת א־ל בקרב אלקים ישפט (תהלים פב, א) כלומר קרב שם א-להי־ם הוא אותיות לה־י שהוא רמז לשתי חלוקות אלו של מ"ה צדיקים שהם למ"ד בארץ ישראל וט"ו בחוץ לארץ והצדיקים נקראים עדת א‏־ל (תהלים פב, א) ותסגי ליה בלמ"ד שבארץ ישראל וט"ו שבחוץ לארץ שהם רמוזים בקרב שם א-להי־ם ועל מספר זה הוא שופט העולם שאם יחסרון ח"ו יאבד העולם. ובזה יובן הטעם מה שאמרו בגמרא (כתובות עה.) על חכמי ארץ ישראל חד מנייהו כתרי מינן כי כן היא המדה של חלוקת הצדיקים שבארץ ישראל הם כפלים על חוץ לארץ.
« Tu dois dire : trente en Terre d'Israël et quinze ici » (Zacharie 11,13 ; Proverbes 7,20). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] c'est pourquoi on a dit dans la Michna de Yoma (Michna Yoma 6,4), a propos du bouc [émissaire] le jour de Kippour, que les Babyloniens lui arrachaient le poil et lui disaient : « prends et va-t'en, prends et va-t'en » (tol va-tsé) — car ils faisaient allusion, par les lettres « tol » [45], au mérite des 15 justes hors de la Terre [d'Israël] et des 30 justes de Terre d'Israël : par leur mérite, « prends » (tol) les fautes « et va-t'en » (va-tsé). Et que la répartition fut ainsi, [à savoir] que la Terre d'Israël en a trente et tout l'extérieur de la Terre quinze, [c'est] parce qu'il est écrit « je l'ai achetée pour moi pour quinze [pièces] d'argent » (Osée 3,2) — car c'est pourquoi la délivrance eut lieu le 15 du mois, qui est le Nom Yo-H, qui les illumina. Or la Terre d'Israël, par sa grande élévation, prend l'illumination du Nom Yo-H dans son [ortographe] pleine, ainsi : youd-vav-dalet hé-hé [30], qui est le nombre trente ; c'est pourquoi elle mérite trente justes. Mais l'extérieur de la Terre n'a pas la force de prendre l'illumination du Nom Yo-H dans son [ortographe] pleine, mais seulement des lettres simples, qui sont le nombre 15 ; il se trouve qu'à l'extérieur de la Terre l'illumination [se fait] en contraction (tsimtsoum), qui [vient] du [Nom] simple seulement, tandis qu'en Terre d'Israël l'illumination [se fait] en expansion, qui [vient] du Nom Yo-H plein. Et par là se comprend « du lieu étroit (metsar) j'ai appelé Yo-H » — c'est l'illumination de l'extérieur de la Terre ; « Il m'a répondu dans la largeur (merhav) de Yo-H » (Psaumes 118,5) — c'est l'illumination de la Terre d'Israël, qui [se fait] dans la largeur du Nom Yo-H, qui est dans son [ortographe] pleine. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, « Elokim se tient dans l'assemblée de Dieu, au sein (be-kerev) des juges Il juge » (Psaumes 82,1) — c'est-à-dire : « kerev » [au sein de] le Nom Elohi-m, ce sont les lettres « LaH-Y » [30-15], qui est une allusion à ces deux répartitions des 45 justes, qui sont trente (lamed) en Terre d'Israël et quinze (têt-vav) hors de la Terre ; et les justes sont appelés « assemblée de Dieu » (Psaumes 82,1). Et il Lui suffit des trente qui sont en Terre d'Israël et des quinze qui sont hors de la Terre, qui sont fait allusion au sein du Nom Elohi-m ; et c'est sur ce nombre qu'Il juge le monde, car s'ils venaient à manquer, à Dieu ne plaise, le monde périrait. Et par là se comprend la raison de ce qu'on a dit dans la Guemara (Ketoubot 75a) au sujet des sages de Terre d'Israël : « l'un d'entre eux [vaut] comme deux des nôtres » — car telle est la mesure de la répartition des justes : ceux de Terre d'Israël sont le double de ceux de l'extérieur de la Terre.
💡 Explication

'Un homer (30 sea) et un letekh (15 sea) d'orge' = les quarante-cinq justes par qui le monde subsiste. Répartition incertaine (30/15 ou 15/30), tranchée par 'je jetai les trente pièces dans la Maison de l'Éternel' (Zacharie 11,13) : trente en Terre d'Israël et quinze ici (en Babylonie).

20
אָמַר אַבַּיֵּי: וְרֻובַּייְהוּ מִשְׁתַּכְחִי בְּבֵי כְנִישְׁתָּא דְּתוּתֵי אַפְּתָא, וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וָאֹמַר אֲלֵיהֶם אִם טוֹב בְּעֵינֵיכֶם הָבוּ שְׂכָרִי וְאִם לֹא חֲדָלוּ וַיִּשְׁקְלוּ אֶת שְׂכָרִי שְׁלֹשִׁים כָּסֶף״.

Abaye a dit : et la plupart d'entre eux [des justes] se trouvent dans la synagogue qui est sous la soupente (apta), et c'est ce qui est écrit : 'et je leur dis : s'il [est] bon à vos yeux, donnez[-moi] mon salaire, et sinon, abstenez-vous ; et ils pesèrent mon salaire, trente [pièces] d'argent' (Zacharie 11,12).

📜 Rachi (4)
וְרֻובַּייְהוּ דְּצַדִּיקֵי דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Et la plupart d'entre eux — des justes de Terre d'Israël.
אַפִּתָּא יָצִיעַ:
Apta — une galerie (yatsia).
וְאוֹמֵר אֲלֵיהֶם בִּנְבוּאַת זְכַרְיָה כְּתִיב גַּבֵּי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וָאֶקַּח אֶת מַקְלִי אֶת נֹועַם וָאֶגְדַּע אֹותוֹ לְהָפֵר אֶת בְּרִיתִי אֲשֶׁר כָּרַתִּי אֶת הָעַמִּים וְאוֹמֵר אֲלֵיהֶם וְגוֹ':
Et je leur dis — dans la prophétie de Zacharie il est écrit à propos des idolâtres : 'et je pris mon bâton, Noam, et je le brisai pour rompre mon alliance que j'avais conclue avec les peuples, et je leur dis, etc.'.
הָבוּ שְׂכָרִי הֶחֱזִירוֹ לִי אֶת הַצַּדִּיקִים שֶׁהֱיִיתֶם מְקַבְּלִים עֲלֵיהֶם שָׂכָר וַיִּשְׁקְלוּ וְגוֹ':
Donnez[-moi] mon salaire — rendez-Moi les justes pour lesquels vous receviez récompense ; 'et ils pesèrent, etc.'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר אַבַּיֵּי: וְרוֹבֵיהוּ מִשֶּׁתְּכַחוּ בְּבֵי כְּנַשְׁתָּא דְּתוּתֵי אַפִּתָּא (מִשְׁלֵי ז, כ) . פֵּירוּשׁ אַל תַּחְשֹׁוב שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ כֻּולָּם מִן הַיְּדוּעִים וְהַמְפֻורְסָמִים שֶׁבַּדּוֹר אֶלָּא אַדְּרַבָּה רֻובָּם הֵם מֵאוֹתָם שֶׁאֵינָם יְדוּעִים וְאִם תִּרְצֶה לְחַפֵּשׂ אַחֲרֵיהֶם תִּמְצָאֵם מֵאוֹתָם הַשְּׁפֵלִים הַיּוֹשְׁבִים בְּבֵית הַכְּנֶסֶת תַּחַת הַיָּצִיעַ שֶׁאֵינָם חֲשׁוּבִים וְנִכְבָּדִים כָּל כָּךְ בְּעֵינֵי הַבְּרִיּוֹת וְאֵינָם מֵאוֹתָם הַיּוֹשְׁבִים רִאשֹׁנָה בְּמַעֲלוֹת רָמוֹת וּמְקוֹמוֹת מְפֹואָרִים.
Abaye a dit : « et la plupart d'entre eux se trouvent dans la synagogue qui est sous la soupente » (Proverbes 7,20). Explication : ne pense pas qu'il faille qu'ils soient tous parmi les [hommes] connus et célèbres de la génération ; au contraire, la plupart d'entre eux sont de ceux qui ne sont pas connus, et si tu veux les chercher, tu les trouveras parmi ces gens humbles qui sont assis dans la synagogue sous la soupente (yatsia), qui ne sont pas si considérés et honorés aux yeux des créatures, et qui ne sont pas de ceux qui siègent au premier rang, dans les degrés élevés et les places magnifiques.
💡 Explication

Abaye précise : la plupart de [ces justes, en particulier ceux de Terre d'Israël] se trouvent dans la synagogue sous la soupente (apta, une avancée/galerie), appui tiré du verset de Zacharie 11,12 où Dieu réclame Son 'salaire' — les justes qu'on Lui reconnaissait — pesés pour trente pièces d'argent.

21
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵלּוּ שְׁלֹשִׁים צַדִּיקֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם, שֶׁאֻומּוֹת הָעוֹלָם מִתְקַיְּימִים עֲלֵיהֶם. עֻולָּא אָמַר: אֵלּוּ שְׁלֹשִׁים מִצְוֹת שֶׁקִּבְּלוּ עֲלֵיהֶם בְּנֵי נֹחַ, וְאֵין מְקַיְּימִין אֶלָּא שְׁלֹשָׁה. אַחַת

Rabbi Yehouda dit : ce sont les trente justes des nations du monde, par qui les nations du monde subsistent. Oula a dit : ce sont les trente commandements (mitsvot) que les fils de Noé ont pris sur eux, mais ils n'en observent que trois.

L'un[e]

📜 Rachi (1)
שְׁלֹשִׁים מִצְוֹת לֹא נִתְפָּרְשׁוּ וּמֵהָכָא הוּא דְּקָא יָלֵיף:
Trente commandements — ils n'ont pas été explicités, et c'est d'ici qu'il [Oula] le dérive.
💡 Explication

Deux dernières lectures des 'trente'. Rabbi Yehouda : ce sont les trente justes des nations par qui les nations subsistent. Oula : ce sont les trente commandements (mitsvot) que les fils de Noé ont accepts, mais dont ils n'en observent que trois. Le détail de ces trois s'ouvre au mot 'l'un[e]', et se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).