Sougya : Au fil d'une longue aggada, le daf interprète d'abord la lutte de Yaakov avec l'ange (Osée 12,5) : Yaakov l'a emporté, et l'ange a pleuré ; le nom 'Israël' annonce deux princes à venir, l'exilarque de Babylonie et le nassi de Terre d'Israël, et laisse entrevoir l'exil. Vient ensuite le songe de l'échanson de Pharaon, 'une vigne aux trois sarments' (Gen 40,10), que sept Maîtres lisent diversement : trois princes orgueilleux (Rav), trois anges des nations (Rava), le monde et les patriarches (R.
Eliezer), la Tora et Moché-Aaron-Miriam (R. Yehochoua), Jérusalem et le Temple (R.
Elazar ha-Modai), les dons du désert (R. Yehochoua b.
Levi), Israël et les trois fêtes (R. Yirmeya b.
Abba) — Rav tranchant comme ce dernier. Resh Lakich prolonge l'image : Israël est une vigne dont les sarments sont les maîtres de maison, les grappes les sages, les feuilles le peuple, les vrilles les vides ; d'où le message envoyé de Terre d'Israël : que les grappes prient pour les feuilles.
Enfin 'quinze pièces d'argent et un homer et demi d'orge' (Osée 3,2) est lu des justes : quarante-cinq justes font subsister le monde, trente en Terre d'Israël et quinze en Babylonie ; suivent les lectures de R. Yehouda et d'Oula (les trente mitsvot des fils de Noé).
'Béni [soit la gloire de l'Éternel depuis Son lieu]' — ce sont les ofanim qui le disent. Et si tu veux, dis : du moment que l'autorisation [d'invoquer le Nom] leur a été donnée, elle leur a été donnée [aussi pour cette louange].
Suite d'une discussion sur les anges qui louent Dieu. Sur la difficulté que les anges invoqueraient le Nom après moins de trois mots, la Guemara répond : le verset 'Béni soit la gloire de l'Éternel depuis Son lieu' (Ezechiel 3,12) est prononcé par les ofanim (et non par les anges serviteurs dont parlait Rav). Ou bien : une fois l'autorisation d'invoquer le Nom accordée (après les trois mots de 'Saint, saint, saint'), elle vaut aussi pour la louange suivante, même après moins de trois mots.
'Il lutta (vayyassar) contre un ange et l'emporta, il pleura et lui implora grâce' (Osée 12,5) — je ne sais pas qui devint maître (sar) de qui ; quand [le verset] dit 'car tu as lutté (sarita) avec Dieu' (Gen 32,29), tu dois dire : c'est Yaakov qui devint maître de l'ange.
La Guemara poursuit sur la lutte de Yaakov avec l'ange. Le verset d'Osée 'il lutta contre un ange et l'emporta' est ambigu : qui l'a emporté sur qui ? Mais le verset 'tu as lutté avec Dieu et avec des hommes et tu l'as emporté' (Gen 32,29) tranche : c'est Yaakov qui devint maître de l'ange.
'Il pleura et lui implora grâce' — je ne sais pas qui pleura vers qui ; quand [le verset] dit 'et il dit : laisse-moi [partir, car l'aube est montée]' (Gen 32,27), tu dois dire : c'est l'ange qui pleura vers Yaakov.
Même procédé pour la deuxième moitié du verset d'Osée : 'il pleura et lui implora grâce' est ambigu. Le verset 'laisse-moi partir, car l'aube est montée' (Gen 32,27), où l'ange supplie Yaakov de le relâcher, tranche : c'est l'ange qui pleura vers Yaakov.
'Car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes' — Rabba a dit : il lui fit une allusion [discrète], [à savoir] que deux princes (sarim) sont destinés à sortir de lui : l'exilarque qui est en Babylonie et le nassi qui est en Terre d'Israël ; de là aussi il lui fit allusion à l'exil.
Rabba lit le verset 'tu as lutté avec Dieu (elokim) et avec des hommes' (Gen 32,29) comme une allusion à deux dignités futures issues de Yaakov : l'exilarque (roch ha-gola) de Babylonie et le nassi de Terre d'Israël. Le fait même que l'une de ces dignités soit en exil annonce l'exil à venir.
'Et dans la vigne, trois sarments' (Gen 40,10) — Rav Hiya bar Abba a dit au nom de Rav : ce sont les trois princes orgueilleux (sarei ge'im) qui sortent d'Israël à chaque génération ; parfois deux [sont] ici [en Babylonie] et un en Terre d'Israël, parfois deux [sont] en Terre d'Israël et un ici. Les Maîtres portèrent les yeux sur Rabbana Ouqva et Rabbana Nehemia, les fils de la fille de Rav.
Début des sept lectures du songe de l'échanson de Pharaon : 'une vigne (gefen) aux trois sarments (chelocha sarigim)' (Gen 40,10). Première lecture, de Rav : les trois sarments sont les trois princes orgueilleux (sarei ge'im) d'Israël à chaque génération, répartis tantôt deux en Babylonie et un en Terre d'Israël, tantôt l'inverse. À ces mots, les Maîtres regardèrent Rabbana Ouqva et Rabbana Nehemia, petits-fils de Rav, comme [étant] de ces princes.
Rava a dit : ce sont les trois anges-princes des nations (sarei goyim) qui plaident en faveur d'Israël à chaque génération.
Deuxième lecture, de Rava : les trois sarments (sarigim) sont les trois anges-princes des nations (sarei goyim) — les anges célestes prposes aux nations — qui plaident la cause d'Israël à chaque génération.
Il est enseigné [dans une braita], Rabbi Eliezer dit : 'la vigne' — c'est le monde ; 'trois sarments' — ce sont Abraham, Its'hak et Yaakov ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — ce sont les matriarches ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les [douze] tribus.
Troisième lecture, de Rabbi Eliezer (braita) : la vigne = le monde ; les trois sarments = les patriarches Abraham, Its'hak, Yaakov ; la fleur = les matriarches ; les grappes de raisins = les douze tribus (les fils de Yaakov).
Rabbi Yehochoua lui dit : est-ce qu'on montre à un homme ce qui a été [le passé] ? Or on ne montre à un homme que ce qui est destiné à être [l'avenir] !
Plutôt : 'la vigne' — c'est la Tora ; 'trois sarments' — ce sont Moché, Aaron et Miriam ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — c'est le Sanhédrin ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les justes de chaque génération.
Quatrième lecture, de Rabbi Yehochoua, qui objecte à R. Eliezer : un songe ne montre pas le passé (patriarches déjà nés) mais l'avenir. D'où : la vigne = la Tora ; les trois sarments = Moché, Aaron, Miriam ; la fleur = le Sanhédrin ; les grappes = les justes de chaque génération.
Rabban Gamliel dit : nous avons encore besoin de [Rabbi Eliezer ha-]Modai, qui rapporte le tout à un seul lieu. Rabbi Elazar ha-Modai dit : 'la vigne' — c'est Jérusalem ; 'trois sarments' — c'est le Temple, le roi et le grand prêtre ; 'et comme elle bourgeonnait (porahat) sa fleur montait' — ce sont les jeunes prêtres (pirhei khehouna) ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les libations.
Cinquième lecture. Rabban Gamliel renvoie à Rabbi Elazar ha-Modai, expert en aggada, qui rapporte tout le verset à un seul lieu : la vigne = Jérusalem ; les trois sarments = le Temple, le roi, le grand prêtre ; 'elle bourgeonnait (porahat)' = les jeunes prêtres (pirhei khehouna), par un jeu de mots ; les grappes = les libations (de vin).
Rabbi Yehochoua ben Levi le rapporte aux dons [que Dieu fit à Israël], car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : 'la vigne' — c'est la Tora ; 'trois sarments' — c'est le puits, la colonne de nuée et la manne ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — ce sont les prémices (bikkourim) ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — ce sont les libations.
Sixième lecture, de Rabbi Yehochoua ben Levi, rapportant le verset aux dons de Dieu à Israël : la vigne = la Tora ; les trois sarments = les trois prodiges du désert, le puits, la colonne de nuée, la manne ; la fleur = les prémices (bikkourim) ; les grappes = les libations.
Rabbi Yirmeya bar Abba a dit : 'la vigne' — c'est Israël, et de même [le verset] dit : 'tu as fait sortir une vigne d'Égypte' (Psaumes 80,9) ; 'trois sarments' — ce sont les trois fêtes de pèlerinage (regalim) où Israël monte [à Jérusalem] chaque année ; 'et comme elle bourgeonnait sa fleur montait' — le temps d'Israël est arrivé de croître et de se multiplier, et de même [le verset] dit : 'et les enfants d'Israël furent féconds et prolifèrent [et se multiplièrent]' (Exode 1,7).
Septième lecture, de Rabbi Yirmeya bar Abba : la vigne = Israël (cf. 'tu as fait sortir une vigne d'Égypte', Ps 80,9) ; les trois sarments = les trois fêtes de pèlerinage (regalim) ; la floraison = le moment où Israël se met à croître et se multiplier (cf. Ex 1,7). C'est cette lecture que Rav adoptera (segment 13).
'Sa fleur montait' — le temps d'Israël est arrivé d'être délivré, et de même [le verset] dit : 'leur jus (nitsham) a jailli sur Mes vêtements, et toute Ma vesture Je l'ai souillée' (Isaie 63,3) ; 'ses grappes mûrirent en raisins' — le temps de l'Égypte est arrivé de boire la coupe d'amertume (kos ha-tar'ela).
Suite de la lecture de R. Yirmeya bar Abba. 'Sa fleur (nitsa) montait' = le temps de la délivrance d'Israël (rattaché à nitsham, 'leur jus/sang', Isaie 63,3) ; les grappes mûries = le moment où l'Égypte boit la coupe d'amertume (kos ha-tar'ela), c'est-à-dire son châtiment.
Et c'est ce que Rava a dit : pourquoi trois coupes sont-elles mentionnées à propos de l'Égypte [dans le songe] ? L'une qu'elle a bue aux jours de Moché, une [autre] qu'elle a bue aux jours de Pharaon Nekho, et une qu'elle est destinée à boire avec toutes les nations.
Confirmation par Rava : les trois coupes mentionnées dans le songe de l'échanson (Gen 40,11) annoncent trois châtiments de l'Égypte — l'une aux jours de Moché (les plaies et la sortie), l'autre aux jours de Pharaon Nekho (défait par Nabuchodonosor), et la troisième, à venir, avec toutes les nations au temps messianique.
Rabbi Abba dit à Rabbi Yirmeya bar Abba : lorsque Rav expliquait ces versets dans l'aggada, c'est comme toi qu'il les expliquait.
Conclusion du florilège : Rabbi Abba atteste à Rabbi Yirmeya bar Abba que Rav, dans ses enseignements aggadiques, expliquait ces versets comme lui (la septième lecture, Israël et les trois fêtes), et non selon les autres opinions citées.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : cette nation [Israël] est comparée à une vigne. Les sarments (zemorot) qui s'y trouvent — ce sont les maîtres de maison (baalei battim) ; les grappes (achkolot) qui s'y trouvent — ce sont les sages (talmide hakhamim) ; les feuilles (alin) qui s'y trouvent — ce sont les gens du peuple (amei ha-arets) ; les vrilles (kenoukenot) qui s'y trouvent — ce sont les vides (rekanim) d'Israël.
Prolongement de l'image de la vigne, par Resh Lakich (voir le schéma de synthèse) : Israël est une vigne dont les sarments (zemorot, l'essentiel) sont les maîtres de maison qui soutiennent par leur bien ; les grappes sont les sages ; les feuilles, qui protègent les grappes, sont les gens du peuple (amei ha-arets) ; les vrilles (kenoukenot), inutiles, sont les vides (rekanim) d'Israël.
Et c'est ce qu'on a envoyé de là-bas [de Terre d'Israël] : que les grappes prient pour les feuilles, car n'étaient les feuilles, les grappes ne subsisteraient pas.
Application pratique du message envoyé de Terre d'Israël : que les grappes prient pour les feuilles — c'est-à-dire que les sages prient pour le peuple (amei ha-arets), car sans le peuple qui les nourrit et les protège, les sages eux-mêmes ne subsisteraient pas.
'Je l'ai achetée (va-ekkereha) pour moi pour quinze [pièces] d'argent [et un homer d'orge et un letekh d'orge]' (Osée 3,2) — Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : 'kira' n'est rien d'autre qu'un terme de vente (mekhira), ainsi qu'il est dit : 'dans mon tombeau que je me suis acquis (kariti)' (Gen 50,5).
Nouvelle série d'interprétations sur les chefs d'Israël et de Babylonie. Le verset 'je l'ai achetée (va-ekkereha) pour quinze pièces d'argent' (Osée 3,2). Rabbi Yo'hanan, au nom de R. Chimon ben Yehotsadak : le terme 'kira' signifie vente/acquisition (mekhira), comme dans 'le tombeau que je me suis acquis (kariti)' (Gen 50,5).
'Pour quinze' — c'est le quinze nissan, où Israël fut délivré d'Égypte ; 'argent (kessef)' — ce sont les justes, et de même [le verset] dit : 'il a pris en main la bourse d'argent (tseror ha-kessef)' (Proverbes 7,20).
Décomposition du verset : 'quinze' = le 15 nissan, date de la délivrance d'Égypte ; l'argent (kessef) = les justes, comme dans 'il a pris en main la bourse d'argent' (Pr 7,20), entendu de Dieu retirant les justes [du monde] avant la destruction.
'Un homer d'orge et un letekh d'orge' — ce sont les quarante-cinq justes par qui le monde subsiste ; et je ne sais pas si [c'est] trente ici et quinze en Terre d'Israël, ou trente en Terre d'Israël et quinze ici. Quand [le verset] dit : 'et je pris les trente [pièces] d'argent et je les jetai dans la Maison de l'Éternel, vers le potier' (Zacharie 11,13), tu dois dire : trente en Terre d'Israël et quinze ici.
'Un homer (30 sea) et un letekh (15 sea) d'orge' = les quarante-cinq justes par qui le monde subsiste. Répartition incertaine (30/15 ou 15/30), tranchée par 'je jetai les trente pièces dans la Maison de l'Éternel' (Zacharie 11,13) : trente en Terre d'Israël et quinze ici (en Babylonie).
Abaye a dit : et la plupart d'entre eux [des justes] se trouvent dans la synagogue qui est sous la soupente (apta), et c'est ce qui est écrit : 'et je leur dis : s'il [est] bon à vos yeux, donnez[-moi] mon salaire, et sinon, abstenez-vous ; et ils pesèrent mon salaire, trente [pièces] d'argent' (Zacharie 11,12).
Abaye précise : la plupart de [ces justes, en particulier ceux de Terre d'Israël] se trouvent dans la synagogue sous la soupente (apta, une avancée/galerie), appui tiré du verset de Zacharie 11,12 où Dieu réclame Son 'salaire' — les justes qu'on Lui reconnaissait — pesés pour trente pièces d'argent.
Rabbi Yehouda dit : ce sont les trente justes des nations du monde, par qui les nations du monde subsistent. Oula a dit : ce sont les trente commandements (mitsvot) que les fils de Noé ont pris sur eux, mais ils n'en observent que trois.
L'un[e]
Deux dernières lectures des 'trente'. Rabbi Yehouda : ce sont les trente justes des nations par qui les nations subsistent. Oula : ce sont les trente commandements (mitsvot) que les fils de Noé ont accepts, mais dont ils n'en observent que trois. Le détail de ces trois s'ouvre au mot 'l'un[e]', et se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).