Chullin 93b — faire sortir le sang (testicules, viande, tête), les deux nerfs du gid ha-nache, et la crédibilité des bouchers

Chullin 93b

Sougya : La sougya achève la discussion sur les testicules écrasés (le permettant : ils gardent une vitalité ; l'interdisant : ils ne pourrissent pas seulement faute d'air), Rabbi Yo'hanan permettant à Rav Chemen bar Abba la chose tout en lui interdisant d'en manger au titre de 'n'abandonne pas l'enseignement de ta mère' (l'usage de Babel). Suivent des règles sur le sang : testicules de chevreau avant trente jours, viande rouge coupée et salée, suspendue à la broche, ou posée sur des braises (mahloket Rav Aha / Ravina : les braises aspirent-elles le sang ou resserrent-elles la viande ?), et la tête dans la cendre selon l'orientation de l'entaille et des naseaux.

Vient ensuite le gid ha-nache : Chmouel distingue deux nerfs (l'interne, contre l'os, interdit par la Torah ; l'externe, contre la chair, interdit par les Sages), avec deux braitot conciliées. Puis le boucher qui laisse du helev (graisse interdite) derrière lui : Rav Yehouda (un grain d'orge) et Rabbi Yo'hanan (une olive) ne divergent pas selon Rav Papa (l'olive pour le flageller, l'orge pour le destituer).

Enfin la crédibilité des bouchers (neemanin) sur le nerf et le helev, en deux versions et deux retournements (akhsour darei ?), et le début de la michna : on peut envoyer une cuisse à un non-Juif avec le gid ha-nache dedans, car la place du nerf y est reconnaissable.

Faire sortir le sang : ce qui le draine, ce qui l'emprisonne Le sang est drainé -> PERMIS viande rouge : couper + saler (même en marmite) suspendre sur la broche (la chaleur draine) tête : côté de l'entaille en bas (le sang coule) Le sang est emprisonné -> INTERDIT tête posée sur ses flancs (le sang se fige) tête sur les naseaux sans les tenir ouverts (le canal se bouche -> le sang reste dedans) Sur les braises (gomri) : mahloket Rav Aha / Ravina Un dit : meshaav shaivi les braises aspirent le sang -> permis Un dit : matzmet tzamti les braises resserrent la viande le sang reste dedans -> interdit
Faire sortir le sang (segments 5-7) : drainage permis contre emprisonnement interdit, et la mahloket des braises.
Les deux nerfs du gid ha-nache (Chmouel) Nerf interne (penimi) le long nerf, contre l'OS interdit par la Torah on est passible (flagellation) il s'enfonce aussi dans la chair (ikloudi miklid) : d'où 'contre la chair' Nerf externe (hitzon) le court nerf, contre la CHAIR interdit (des Sages) on n'est pas passible là où le boucher ouvre (parei tabchi) il se trouve contre l'os : d'où 'contre l'os'
Les deux nerfs du gid ha-nache selon Chmouel (segments 8-10) : interne contre os (Torah) et externe contre chair (Sages).
Les bouchers sont-ils crus (neemanin) ? Deux lectures, deux retournements R. Meir : pas crus -- les Sages : crus. R. Yo'hanan : les Sages se sont rétractés. Version 1 (sur le début) la rétractation porte sur la 1re clause D'abord : comme R. Meir -> pas crus (R. Meir exige le creusage : trop de peine) Puis : comme R. Yehouda -> crus (R. Yehouda : pas de creusage) Rav Nahman : akhsour darei ? (les générations se sont-elles bonifiées ?) -> crus, car l'effort a baissé Version 2 (sur la fin) crus pour le nerf ET pour le helev D'abord : comme R. Yehouda -> crus (pas de creusage) Puis : comme R. Meir -> pas crus (creusage exigé à nouveau) Rav Nahman : de nos jours, crus tant qu'on se souvenait de R. Yehouda -> pas crus ; on l'a oublié, l'usage suit R. Meir -> crus
La crédibilité des bouchers (segments 14-19) : deux lectures de la michna, chacune avec son retournement et son 'akhsour darei ?'.
1
מדלא קא בריין, הני אבר מן החי נינהו. מאן דשרי, מדלא קא מסרחן, הני חיותא אית בהו.

[Pour celui qui interdit :] du fait qu'ils ne guérissent pas, ces [testicules écrasés] sont [comme] un membre [détaché] du vivant (ever min ha-haï). [Pour] celui qui permet : du fait qu'ils ne pourrissent pas, il y a en eux de la vitalité (hiyouta).

🗂️ Tossefot (1)
מדלא קא בריין הני אבר מן החי נינהו מן התורה לא הוי אבר מן החי כיון שמחוברים הם מעט הם ניתרין בשחיטה כאברים המדולדלים ואין בהם אלא מצות פרוש בלבד כדאמר בפרק בהמה המקשה (לעיל חולין דף עד.):
Du fait qu'ils ne guérissent pas, ces [testicules] sont [comme] un membre du vivant — selon la Torah ce n'est pas un membre du vivant, puisqu'ils sont [encore] un peu attachés ; ils sont permis par l'abattage, à l'instar des membres balants (everim ha-médouldalim), et il n'y a à leur sujet que le commandement de [les] retrancher (mitsvat perouch) seulement, comme il est dit au chapitre Behema ha-makcha (plus haut, Houlin 74a).
💡 Explication

Fin de la sougya des testicules écrasés (commencée en 93a). Celui qui les interdit raisonne : puisqu'ils ne cicatrisent pas, ils sont comme détachés de l'animal vivant (ever min ha-haï), donc interdits même après l'abattage. Celui qui les permet raisonne : puisqu'ils ne pourrissent pas, c'est qu'il subsiste en eux une vitalité (hiyouta) — ils ne sont donc pas tenus pour détachés.

2
ואידך, האי דלא קא מסרחן – דלא קא שליט בהו אוירא, ואידך – האי דלא בריין, כחישותא הוא דנקט להו.

Et l'autre [qui interdit répond] : ce[la], qu'ils ne pourrissent pas — [c'est] parce que l'air n'a pas prise sur eux (de-la ka-chalit behou avira) ; et l'autre [qui permet répond] : ce[la], qu'ils ne guérissent pas — [c'est qu']une faiblesse (kéhichouta) les a saisis.

💡 Explication

Chacun retourne l'argument de l'autre. Celui qui interdit : s'ils ne pourrissent pas, ce n'est pas un signe de vie, mais simplement parce que l'air ne les atteint pas (or c'est le contact de l'air qui fait pourrir). Celui qui permet : s'ils ne guérissent pas, ce n'est pas un signe de mort, mais parce qu'ils ont été frappés de faiblesse (kéhichouta) — ils ne sont donc pas tenus pour détachés.

3
אמר ליה רבי יוחנן לרב שמן בר אבא: הני ביעי חשילתא שריין, ואת לא תיכול משום ״ואל תטש תורת אמך״.

Rabbi Yo'hanan dit à Rav Chemen bar Abba : ces testicules écrasés (biéi hachilta) sont permis ; mais toi, ne [les] mange pas, au titre de 'et n'abandonne pas l'enseignement de ta mère' (Proverbes 1:8).

📜 Rachi (1)
אל תטוש תורת אמך מנהג מקומך שאתה מבבל ושם נוהגין בו איסורא דהא איפליגו בה רב אמי ורב אסי:
N'abandonne pas l'enseignement de ta mère — l'usage de ton lieu, car tu es de Babel, et là-bas on y observe un interdit, puisque Rav Ami et Rav Assi ont divergé à ce sujet.
🗂️ Tossefot (1)
משום אל תטוש סבר כרב אשי דאמר בפ"ק (לעיל חולין דף יח:) דהיכא דדעתיה לחזור נותנין עליו חומרי מקום שיצא משם א"נ ככ"ע ואת לא תיכול במקומו קאמר:
Au titre de 'n'abandonne pas' — il tient comme Rav Achi, qui dit au premier chapitre (plus haut, Houlin 18b) que là où l'on a l'intention de revenir [chez soi], on impose [à la personne] les rigueurs du lieu d'où elle est sortie. Ou bien [c'est] selon tous : 'mais toi, ne mange pas' — il [le] dit pour son [propre] lieu [où il retournera].
⚖️ Rosh (1)
ביעי חשילתא רב ורב אסי חד אסר וחד שרי א"ל רבי יוחנן לרב שמן בר אבא הני ביעי חשילתא שריא ואת לא תיכול מינייהו משום שנאמר ואל תטוש תורת אמך. ואנו גרירן בתר בני בבל ואסיר לן. אמר מר בר רב אשי הני ביעי דגדיא עד תלתין יומין שריין בלא קליפה מכאן ואילך אי אזרען אסורין בלא קליפה ואי לא שריין. מנא ידעינן. אי אית בהו שורייקי סומקי אסורין ואי לא שרי:
Les œufs (biéi) « battus/écrasés » (chachilta) : Rav et Rav Assi — l'un interdit, l'autre permet. Rabbi Yo'hanan dit à Rav Chemen bar Abba : ces œufs chachilta sont permis, mais toi, ne mange pas d'eux, en raison de ce qui est dit : « Et n'abandonne pas l'enseignement (tora) de ta mère » (Proverbes 1,8) — c'est-à-dire suis la coutume de ton lieu. Or nous [en Babylonie], nous suivons les Babyloniens (bnei Bavel) et cela nous est interdit. Mar bar Rav Achi a dit : ces œufs de chevreau (gadya), jusqu'à trente jours [après la ponte], sont permis sans [enlever] la coquille ; à partir de là — s'ils ont été fécondés (couvés en vue de la reproduction, azraèn), ils sont interdits sans [enlever] la coquille, et sinon ils sont permis. Comment le savons-nous ? S'il y a en eux des filaments rougeâtres (chourayki soumaki), ils sont interdits, et sinon ils sont permis.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan tranche que les testicules écrasés sont permis, mais dit à Rav Chemen bar Abba, originaire de Babel où l'on est rigoureux à ce sujet : ne les mange pas, en vertu de 'n'abandonne pas l'enseignement de ta mère' — c'est-à-dire l'usage (minhag) de ton lieu d'origine. La controverse opposait Rav Ami et Rav Assi.

4
אמר מר בר רב אשי: הני ביעי דגדיא, עד תלתין יומין שריין בלא קליפה, מכאן ואילך – אי אזרען אסורין, ואי לא אזרען שריין. מנא ידעינן? אי אית בהו שורייקי סומקי – אסירן, לית בהו שורייקי סומקי – שריין.

Mar bar Rav Achi dit : ces testicules de chevreau (biéi de-gadia), jusqu'à trente jours, sont permis sans [en ôter] la pellicule (kelipa) ; à partir de là : s'ils ont engendré de la semence (azréen) ils sont interdits, et s'ils n'ont pas engendré de semence ils sont permis. Comment le savons-nous ?

S'il y a en eux des stries rouges (chouriki soumki) — ils sont interdits ; [s']il n'y a pas en eux de stries rouges — ils sont permis.

📜 Rachi (3)
הני ביעי דגדיא עד תלתין יומין משנולד:
Ces testicules de chevreau, jusqu'à trente jours — depuis [l'animal] est né.
שריין בלא קליפת הקרום דאכתי לא נפיש דמיה ליבלע באיבריו. גדיא לאו דווקא:
Sont permis — sans [ôter] la pellicule de la membrane (kelipat ha-kéroum), car son sang n'est pas encore assez abondant pour être absorbé dans ses membres. 'Chevreau' n'est pas restrictif.
אזרען יש בהן זרע אסורין דבידוע שיש דם:
Azréen — il y a en eux de la semence : ils sont interdits, car il est avéré qu'il y a [là] du sang.
💡 Explication

Règle de Mar bar Rav Achi sur les testicules de chevreau. Avant trente jours (depuis la naissance), ils sont permis sans en retirer la membrane (kelipa), car ils ne contiennent presque pas encore de sang. Au-delà, tout dépend de la présence de semence (azréen, signe de sang). Le critère visible : des stries rouges (chouriki soumki) -> interdits ; pas de stries -> permis. 'Chevreau' n'est pas restrictif (cela vaut pour les autres bêtes aussi).

5
אומצי ביעי ומזירקי, פליגי בה רב אחא ורבינא. בכל התורה כולה, רבינא לקולא ורב אחא לחומרא, והלכתא כרבינא לקולא, לבר מהני תלת דרב אחא לקולא ורבינא לחומרא, והלכתא כרב אחא לקולא.

[Au sujet de] la viande crue (oumtza), des testicules (biéi) et des [grosses veines] du cou (mezirki) : Rav Aha et Ravina divergent. Dans toute la Torah entière, Ravina [tranche] vers l'allègement (le-koula) et Rav Aha vers la rigueur (le-houmra), et la halakha [est] comme Ravina vers l'allègement — sauf [pour] ces trois [cas], où Rav Aha [va] vers l'allègement et Ravina vers la rigueur, et [où] la halakha [est] comme Rav Aha vers l'allègement.

📜 Rachi (2)
אומצא ביעי ומזרקי לקמיה מפרש פלוגתייהו:
Viande crue, testicules et veines du cou — plus loin il explique leur controverse.
בכל התורה כולה רב אחא ורבינא חד אמר הכי וחד אמר הכי בכולהו ההוא דמיקל רבינא וההוא דלחומרא רב אחא:
Dans toute la Torah entière — Rav Aha et Ravina, l'un dit ainsi et l'autre dit ainsi dans tous [les cas], celui qui allège [est] Ravina et celui qui [va] vers la rigueur [est] Rav Aha.
⚖️ Rosh (1)
אומצא ביעי ומזריקי פליגי ביה רב אחא ורבינא. בכל התורה כולה רב אחא לחומרא ורבינא לקולא והילכתא כרבינא לקולא. בר מהני תלת דרב אחא לקולא ורבינא לחומרא והילכתא כרב אחא לקולא. אומצא דאסמיק מחמת מכה שהוכתה הבהמה מחיים ונתקבץ שם הדם והאדים הבשר. ולא חשיב כדם האיברים שלא פירש. חתכיה ומלחיה אפילו לקדירה שפיר דמי. שפדיה בשפודא מידב דייב דמא. אותביה אגומרי פליגי בה רב אחא ורבינא חד אמר נורא מישב שייב וחד אמר מצמת צמית. וכן ביעי וכן מזריקי ביעי בקרמייהו ומזריקי גידי צואר:
[La viande crue] rougie (oumtsa), les œufs (biéi) et les mezariki (voir infra) : Rav A'ha et Ravina divergent à leur sujet. Dans toute la Tora entière, Rav A'ha [tranche] vers la rigueur (le'houmra) et Ravina vers l'indulgence (le'koula), et la halakha (loi tranchée) est comme Ravina, vers l'indulgence — sauf ces trois [cas] où Rav A'ha [tranche] vers l'indulgence et Ravina vers la rigueur, et [dans ces trois cas] la halakha est comme Rav A'ha, vers l'indulgence. La viande crue (oumtsa) qui a rougi à cause d'une blessure dont l'animal a été frappé de son vivant, et où le sang s'est rassemblé là et a rougi la chair : elle n'est pas considérée comme du sang des membres qui ne s'est pas séparé [de son lieu]. S'il l'a coupée et l'a salée, même pour la marmite (la'kdéra, c.-à-d. pour la cuisson à l'eau), c'est parfaitement permis (chapir dami). S'il l'a embrochée sur une broche (chapoud), le sang s'égoutte de lui-même (midav dayiv). S'il l'a posée sur des braises (goumré), Rav A'ha et Ravina divergent : l'un dit que le feu (noura) fait ressortir [le sang] (michav chayiv), et l'autre dit qu'il le fige/le resserre (metsamet tsamit). Il en va de même pour les œufs (biéi) et de même pour les mezariki. Les biéi [dont il s'agit ici sont] dans leur membrane (kroumaïhou), et les mezariki [sont] les tendons du cou (gidéi tsavar).
💡 Explication

Principe général sur les disputes Rav Aha / Ravina. D'ordinaire Ravina est le permissif et Rav Aha le rigoureux, et la halakha suit Ravina (l'allègement). Mais pour trois cas — la viande crue (oumtza), les testicules (biéi) et les grosses veines du cou (mezirki) — les rôles s'inversent : Rav Aha allège, et la halakha suit alors Rav Aha. La suite (segment 5) détaille la dispute.

6
אומצא דאסמיק, חתכה ומלחה – אפילו לקדרה נמי שפיר דמי. תלייה נמי בשפודא, דאיב דמא. אגומרי – פליגי בה רב אחא ורבינא: חד אמר: משאב שאיבי ליה, וחד אמר: מצמת צמתי ליה. וכן ביעי, וכן מזירקי.

[Une] viande crue qui a rougi (oumtza de-asmik) : [s']il l'a coupée et salée — même [pour la mettre] en marmite (kedera) aussi, c'est bien convenable. [S']il l'a suspendue à la broche (chapouda) aussi — le sang s'écoule (daiv dama).

Sur les braises (à-goumri) : Rav Aha et Ravina divergent. L'un dit : [les braises] l'aspirent (mechaav chaivi le) ; et l'un dit : [elles] le resserrent (matzmet tzamti le).

Et de même [pour] les testicules (biéi), et de même [pour] les [grosses veines] du cou (mezirki).

📜 Rachi (7)
דאסמיק שנקוטרא"ו:
Qui a rougi — [en vernaculaire 'enroughi'].
חתכה חתיכות הרבה:
Il l'a coupée — en de nombreux morceaux.
תלייה בשפודא בתוך התנור לצלות בלא חתכה ומלחה אלא כדי מליחת צלי דבר מועט:
Il l'a suspendue à la broche — dans le four, pour [la] rôtir, sans [l']avoir coupée ni salée, mais [avec] seulement la [quantité de] sel d'un rôti, une petite chose.
דאיב דמא הואיל ותלוי שפיר דמי:
Le sang s'écoule — du fait qu'elle est suspendue, c'est bien convenable.
שייבי שואבים את הדם:
Elles aspirent — elles aspirent le sang.
מצמת צמית אישטריינ"ט צומתין הבשר ואינו מוציא את דמו והוא נצלה בתוכו ואסור:
[Elles] le resserrent — [en vernaculaire 'estreint'] : elles resserrent la viande et n'en font pas sortir le sang, et elle se rôtit avec [le sang] en elle, et [c'est] interdit.
מיזרקי חוטי הצואר ורידין:
Veines du cou — les fils du cou, les veines jugulaires (veridin).
⚖️ Rosh (1)
וא"ר אבא א"ר יהודה אמר שמואל חוטין שביד אסורין ואין להן היתר במליחה כמו לשאר בשר כי המלח אינו מפליט דם הכנוס בחוטין אם לא חתכו. הילכך אפילו לצלי אסור בלא חתיכה דכמו שאין המלח מפליט הדם כך אין הצלי מפליטו. ואפילו אם מלחו וצלאו אסור. דהוי כמו מליחה אחר מליחה. ודם הכנוס בחוטים אינו כדם הנבלע באיברים כי הוא כנוס בחוטין. ואם צלאו בלא חתיכה החוטין אסורין והבשר מותר ואפילו קליפה לא בעי וכ"כ בעל הלכות האי מאן דמטוי רישא צריך לאנוחי בית השחיטה לתתא כי היכי דנידוב דמא. והיכא דמשתלי והפכיה מוקרא הוא דאסור. רישא גופא שרי אלמא דאינו אסור אלא המוח המתבשל בתוך הקרום אבל הראש מותר ואפי' קליפה אין צריך. והיינו טעמא לפי שהקרום מפסיק בין הדם שבתוכה לבשר ואין הדם נפלט לחוץ ואפילו אם קצת מן הדם נפלט ונכנס לתוך הבשר כבולעו כך פולטו. ואי חתכיה ומלחיה אפילו לקדירה נמי שפיר דמי מדקאמרינן אפילו לקדירה ולא קאמר חתכיה ומלחיה שפיר דמי מכלל דעד השתא איירי לצלי ובלא חתיכה כדפרישית. והא דאמר לקמן (חולין דף צג:) האי אומצא דאסמיק חתכיה ומלחיה אפילו לקדירה שפיר דמי שפדיה בשפודא מידב דייב ופירש רש"י תליה בשפודא בתוך התנור בלא חתיכה ומליחה ועלה קאמר וכן ביעי וכן מזריקי. פשיטא דחתיכה צריך אף לצלי כדמוכח הכא. ומה שפירש רש"י דאי שפדיה בשפודא שרי בלא חתיכה ומליחה רוצה לומר שלא עשה שתיהן. ואדלעיל קאי חתכיה ומלחיה אפילו לקדירה שפיר דמי ועלה קאי דאי שפדיה בשפודא לא בעי תרוייהו חתיכה ומליחה אבל מילתא דפשיטא היא דחתיכה בעי אף לצלי כדמוכח הכא. ומיהו לכאורה משמע דגבי אומצא דאסמיק איירי בלא חתיכה. מדקאמר רבינא דאי שדייה אגומרי נורא מיצמת צמית. ואי חתכיה לא מסתבר למימר דמצמית צמית שהרי הדם היה נפלט דרך החתך והא דדייקינן הכא דבעי חתיכה לצלי היינו בחוטין שבתוך היד שהן נבלעין בתוך הבשר ואין הדם יוצא בלא חתיכה אבל אומצא דאסמיק ומזריקי דהיינו גידי צואר שהוציאו מן הבשר עצמו הנהו לא בעי חתיכה לצלי. ומיהו מה שמדקדק ר"י מדקאמר אפילו לקדירה ולא קאמר חתכיה ומלחיה שפיר דמי מכלל דעד השתא איירי לצלי אין זה כל כך דקדוק דהא לקמן גבי בשרא דאסמיק בתחלת הסוגיא קאמר חתכיה ומלחיה אפילו לקדירה שפיר דמי. אע"ג דלא איירי בצלי מעיקרא. ומיהו איכא למימר משום דבתר הכי איירי בדין צלי פתח תחלה אפי' לקדירה. אבל הכא לא הוי ליה למימר אפילו לקדירה אי לאו דאיירי עד השתא בצלי. ומיהו בפרק הזרוע (חולין דף קלג.) א"ר אבא א"ר הונא א"ר חוטין שבלתי אסורין. כל כהן שאינו יודע ליטלן אין נותנים לו מתנה. ולא היא אי מטוי להו מידב דייב אי לקדירה איידי דמחתך להו מידב דייב ומדלא הזכיר חתוך לצלי אלמא לא בעי לצלי לא חתיכה ולא מליחה. וכן שדר רב עמרם ז"ל דכל שהוא משום דם לקדירה אסור ולצלי מותר. כל שהוא משום חלב בין לקדירה בין לצלי אסור. וכן נמצא בתשובת הגאונים בר יונה או בר אווזא דמטוי ליה לא בעי קריעה ומליחה. ולא עדיף מכבדא ולא אשכחן צלי דבעי מליחה כלל. ושדרו ממתיבתא באתרא דלית להו מילחא ליטוי טוויה דשייב ליה נורא. ובתר דמטוי פלגא אי בעי לבשולי בקדירה שפיר דמי. והלכך חוטין של יד לצלי לא בעי לא חתיכה ולא מליחה. ומתוך זה נדחו דברי ר"ת שהיה אומר שמותר לבשל הכבד אחר מליחה כמו שנהגו לבשל אחר צלייה. דמליחה הרי הוא כרותח דצלי. ולכך פירשו הלכות גדולות דשיעור שהיית מליחה כשיעור צלייה. דכיון דחזינן דלמליחה בעי חתיכה ולצלי לא בעי חתיכה אלמא דצלי מפליט יותר ממליחה וכן עמא דבר שאין לבשל הכבד אחר מליחה:
Et Rabbi Abba dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : les filaments qui sont dans la patte/l'avant-bras (yad) sont interdits et n'ont pas de remède par le salage (méli'ha) comme [c'est le cas] pour le reste de la viande, car le sel ne fait pas sortir le sang enfermé dans les filaments si on ne les coupe pas. C'est pourquoi, même pour le rôtissage (tsli), c'est interdit sans découpe, car de même que le sel ne fait pas sortir le sang, de même le rôtissage ne le fait pas sortir. Et même s'il l'a salé puis rôti, c'est interdit, car cela revient à un salage après un salage. Et le sang enfermé dans les filaments n'est pas comme le sang absorbé dans les membres, car il est enfermé dans les filaments. Et s'il l'a rôti sans découper, les filaments sont interdits mais la viande est permise, et elle ne nécessite même pas de [prélèvement de la] pellicule (klipa). Ainsi a écrit aussi l'auteur des Halakhot (Ba'al Halakhot Guedolot) : celui qui rôtit une tête [d'animal], il doit poser l'endroit de l'abattage (beit ha-che'hita) vers le bas afin que le sang s'égoutte (nidov dama) ; et lorsqu'il oublie et la retourne, c'est [seulement] la cervelle (mo'ha) qui est interdite, mais la tête elle-même est permise — d'où il ressort qu'il n'est interdit que la cervelle qui cuit à l'intérieur de la membrane (kroum), mais la tête est permise et ne nécessite même pas de pellicule (klipa). Et voici la raison : parce que la membrane sépare entre le sang qui est à l'intérieur et la chair, et le sang ne s'écoule pas au-dehors ; et même si une partie du sang s'écoule et pénètre dans la chair, « ce qu'elle absorbe, elle le rejette de même » (ke'bol'o kakh polto). Et s'il l'a coupée et l'a salée, même pour la marmite (la'kdéra), c'est également parfaitement permis (chapir dami). Du fait qu'on dit « même pour la marmite » et qu'on ne dit pas [simplement] « il l'a coupée et l'a salée, c'est parfaitement permis », il ressort par déduction que jusqu'à présent on parlait du rôtissage (tsli) et sans découpe, comme je l'ai expliqué. Et ce qui est dit plus loin (Houlin 93b) : « cette viande crue (oumtsa) qui a rougi — il l'a coupée et l'a salée, même pour la marmite c'est parfaitement permis ; il l'a embrochée sur une broche, [le sang] s'égoutte de lui-même (midav dayiv) » — et Rachi a expliqué : « il l'a suspendue à la broche à l'intérieur du four sans découpe ni salage » — et à ce propos on dit « et de même les œufs (biéi) et de même les mezariki » : il est évident que la découpe est nécessaire même pour le rôtissage, comme le prouve le passage ici. Et ce qu'a expliqué Rachi, à savoir que s'il l'a embrochée sur une broche c'est permis sans découpe ni salage, il veut dire [seulement] qu'il n'a pas fait les deux [ensemble]. Et [Rachi] se réfère à ce qui précède : « il l'a coupée et l'a salée, même pour la marmite c'est parfaitement permis », et il s'y rapporte [en disant] que s'il l'a embrochée sur une broche il ne faut pas les deux, découpe et salage ; mais [le fait] qu'il faut la découpe même pour le rôtissage est chose évidente, comme le prouve le passage ici. Toutefois, à première vue il ressort qu'à propos de la viande crue qui a rougi (oumtsa de'asmik), on parle sans découpe, puisque Ravina dit que si on l'a jetée sur les braises (agoumré), le feu (noura) la fige/la resserre (metsamet tsamit) — or si on l'avait coupée, il ne serait pas raisonnable de dire « il la fige » puisque le sang serait sorti par l'incision. Et ce qu'on infère ici, à savoir qu'il faut la découpe pour le rôtissage, cela concerne les filaments qui sont à l'intérieur de la patte (yad), lesquels sont absorbés à l'intérieur de la chair et dont le sang ne sort pas sans découpe ; mais la viande crue qui a rougi (oumtsa de'asmik) et les mezariki — c'est-à-dire les tendons du cou (gidéi tsavar) qu'on a extraits de la chair elle-même — ceux-là ne nécessitent pas de découpe pour le rôtissage. Cependant, ce que déduit le Ri du fait qu'on dit « même pour la marmite » et non « il l'a coupée et l'a salée, c'est parfaitement permis », d'où [il conclut] par déduction que jusqu'à présent on parlait du rôtissage — cette déduction n'est pas si probante, car plus loin, à propos de la viande qui a rougi (bisra de'asmik) au début du passage, on dit « il l'a coupée et l'a salée, même pour la marmite c'est parfaitement permis », alors même qu'on n'avait pas parlé du rôtissage auparavant. Toutefois, on peut répondre que, parce que ensuite on parle de la loi du rôtissage, il a commencé d'abord [par dire] « même pour la marmite » ; mais ici il n'aurait pas dû dire « même pour la marmite » s'il n'avait pas parlé jusqu'à présent du rôtissage. Cependant, au chapitre « Ha-Zeroa » (Houlin 133a) : Rabbi Abba dit au nom de Rav Houna au nom de Rav : les filaments qui sont dans la mâchoire (léti) sont interdits ; tout cohen (prêtre) qui ne sait pas les retirer, on ne lui donne pas de don [de prêtrise, matana]. Or [en fait] ce n'est pas ainsi [absolument] : si on les rôtit, [le sang] s'égoutte de lui-même (midav dayiv) ; si [c'est] pour la marmite, du fait qu'on les découpe, [le sang] s'égoutte de lui-même. Et du fait qu'on n'a pas mentionné de découpe pour le rôtissage, il ressort qu'il ne faut pour le rôtissage ni découpe ni salage. Et de même a répondu Rav Amram, de mémoire bénie, que tout ce qui [est interdit] à cause du sang est interdit pour la marmite mais permis pour le rôtissage ; tout ce qui [est interdit] à cause de la graisse (‘helev, graisse interdite) est interdit aussi bien pour la marmite que pour le rôtissage. Et de même on trouve dans la réponse (téchouva) des Gueonim que le [petit oiseau] fils de colombe ou fils d'oie que l'on rôtit ne nécessite ni incision (keri'a) ni salage — il n'est pas supérieur au foie (kavda), et nous ne trouvons pas de rôti qui nécessite le moindre salage. Et l'on a envoyé de la yechiva (metivta) que, dans un lieu où l'on n'a pas de sel, qu'on le rôtisse d'un rôtissage tel que le feu le saisisse (che'chayiv leih noura) ; et après qu'on l'a rôti à moitié, si l'on veut le cuire à la marmite, c'est parfaitement permis. Et par conséquent, les filaments de la patte (yad), pour le rôtissage, ne nécessitent ni découpe ni salage. Et de là sont réfutées les paroles de Rabbeinou Tam, qui disait qu'il est permis de cuire le foie après le salage, comme on a coutume de le cuire après le rôtissage, [en soutenant] que le salage est comme le bouillant du rôti (ke'rota'h de'tsli). Et c'est pourquoi les Halakhot Guedolot ont expliqué que la durée du séjour du salage [pour dégorger le sang] est comme la durée du rôtissage ; car puisque nous voyons que pour le salage il faut la découpe et que pour le rôtissage il ne faut pas la découpe, il en ressort que le rôtissage fait sortir [le sang] davantage que le salage. Et ainsi le peuple agit (‘hama de'var), à savoir qu'on ne cuit pas le foie après le salage.
💡 Explication

Le détail des trois cas (voir le schéma). Une viande devenue rouge de son sang : si on la coupe et sale, elle est permise même cuite en marmite (le sel extrait le sang) ; suspendue à la broche, elle est permise (la chaleur fait s'écouler le sang). Mais posée directement sur les braises (goumri), c'est la mahloket : l'un dit que les braises aspirent le sang (mechaav chaivi, permis), l'autre qu'elles resserrent la viande (matzmet tzamti) et y emprisonnent le sang (interdit). Idem pour les testicules et les veines du cou.

🖼️ Schéma
Faire sortir le sang : ce qui le draine, ce qui l'emprisonne Le sang est drainé -> PERMIS viande rouge : couper + saler (même en marmite) suspendre sur la broche (la chaleur draine) tête : côté de l'entaille en bas (le sang coule) Le sang est emprisonné -> INTERDIT tête posée sur ses flancs (le sang se fige) tête sur les naseaux sans les tenir ouverts (le canal se bouche -> le sang reste dedans) Sur les braises (gomri) : mahloket Rav Aha / Ravina Un dit : meshaav shaivi les braises aspirent le sang -> permis Un dit : matzmet tzamti les braises resserrent la viande le sang reste dedans -> interdit
Viande rouge sur les braises : pour l'un les braises aspirent le sang (permis), pour l'autre elles resserrent la viande et l'emprisonnent (interdit).
7
רישא בכיבשא, אותביה אבית השחיטה – דייב דמא ושרי. אצדדין – מיקפא קפי ואסיר. אותביה אנחיריה, דץ ביה מידי – שרי, ואי לא – אסיר.

Une tête dans la cendre (richa be-kivcha) : [s']il l'a posée sur le côté de l'entaille (a-beit ha-chehita) — le sang s'écoule (daiv dama) et [c'est] permis. Sur ses côtés (a-tzedadin) — [le sang] se fige (mikfa kafi) et [c'est] interdit.

[S']il l'a posée sur ses naseaux (a-nehirei) : s'il a fiché en eux quelque chose (datz be midi) — [c'est] permis, et sinon — [c'est] interdit.

📜 Rachi (9)
רישא בכיבשא הראש כשרוצין להסיר שערו נותנין עליו מים ומטמינין אותו ברמץ:
Une tête dans la cendre — la tête : lorsqu'on veut en ôter le poil, on met dessus de l'eau et on l'enfouit dans la cendre (remetz).
כבשא הטמנה:
Kivcha — [l']enfouissement (hatmana).
אותביה אבית השחיטה שבית השחיטה מלמטה:
Il l'a posée sur le côté de l'entaille — de sorte que le côté de l'entaille soit en bas.
דייב דמא דרך החתך ושפיר דמי:
Le sang s'écoule — par [le canal de] l'entaille, et c'est bien convenable.
אצדדים על לחייו:
Sur ses côtés — sur ses joues (lehayav).
מיקפא קפי דמא בתוכו ואסור:
[Le sang] se fige — le sang [reste] en elle et [c'est] interdit.
קפי כמו (איוב י) וכגבינה תקפיאני:
Se fige (kafi) — comme (Job 10[:10]) 'et comme du fromage tu m'as figé (takpieni)'.
אותביה אנחיריה נקבי החוטם למטה:
Il l'a posée sur ses naseaux — les orifices du nez en bas.
דץ ביה בנקב החוטם מידי שלא יסתם:
Il a fiché en eux — dans l'orifice du nez quelque chose, pour qu'il ne se bouche pas.
🗂️ Tossefot (1)
רישא בכיבשא יש שנותנים תרנגולת במים אחר שחיטה וטומנין אותה ברמץ להסיר הנוצה אע"ג דברישא בכיבשא לא שרי אלא היכא דאותביה אנחיריה היינו משום דיש בראש עצמות הרבה ודברים המעכבים את הדם מלצאת אבל בתרנגולת האש מישאב שאיב דמא ובה"ג כתוב האי מאן דמטוי רישא צריך לאתנוחי לבית השחיטה מתתאי כי היכי דנידוב דמא ואי אישתלי והפכיה מוקרא הוא דאסור באכילה ורישא גופה שרי משמע דלא אסור אלא משום קרום של מוח שיש בו דם ולכך גם המוח אסור שמתבשל בדם הקרום אבל תרנגולת דליכא למימר הכי שריא ונראה דגם חוטין שבלחי אסורין אם לא חתכן מתחלה שגם הם אסורין משום דם כדאמר לקמן (חולין דף קלג.):
Une tête dans la cendre — il en est qui mettent une poule dans l'eau après l'abattage et l'enfouissent dans la cendre pour [en] ôter le duvet ; et bien que, [pour] la tête dans la cendre, [cela] ne soit permis que là où il l'a posée sur ses naseaux, c'est parce qu'il y a dans la tête beaucoup d'os et de choses qui empêchent le sang de sortir ; mais dans une poule le feu aspire le sang. Et il est écrit dans le [Halakhot] Guedolot : celui qui rôtit une tête doit la poser le côté de l'entaille en bas, afin que le sang s'écoule ; et s'il a oublié et l'a retournée, [le sang] s'est figé (moukra) — ce qui est interdit à la consommation, mais la tête elle-même [est] permise. [Cela] implique [qu'elle] n'est interdite qu'à cause de la membrane (keroum) de la cervelle, où il y a du sang ; et c'est pourquoi la cervelle aussi est interdite, car elle cuit dans le sang de la membrane. Mais une poule, dont on ne peut dire ainsi, [est] permise. Et il paraît [que] les fils qui [sont] dans la joue (lehi) sont eux aussi interdits si on ne les a pas coupés auparavant, car ils sont eux aussi interdits à cause du sang, comme [on le] dit plus loin (Houlin 133a).
⚖️ Rosh (1)
רישא בכיבשא אותביה אבית השחיטה מידב דייב דמא. אצדדין מיקפא קפי דמא ואסור אנחיריה אי דייץ ביה מידי ופתחיה כי היכי דליפוק דמא מיניה שרי ואי לא אסיר:
Une tête [d'animal] enfouie dans les cendres brûlantes (ki'vcha, c.-à-d. l'enfouissement dans la braise) : s'il l'a posée sur l'endroit de l'abattage (beit ha-che'hita), le sang s'égoutte (midav dayiv dama) [et c'est permis] ; sur les côtés (atsadadin), le sang se fige/s'accumule (mikpa kaïf dama) et c'est interdit. [S'il l'a posée] sur les narines (an'hiraih) : s'il y a percé quelque chose et l'a ouvert afin que le sang en sorte, c'est permis ; et sinon, c'est interdit.
💡 Explication

À propos de la chaleur, la Guemara traite de la tête de l'animal qu'on enfouit dans la cendre brûlante (kivcha) pour en ôter le poil. Si on la pose le côté de l'entaille en bas (beit ha-chehita), le sang s'écoule et c'est permis. Posée sur ses flancs, le sang se fige (mikfa kafi) à l'intérieur : interdit. Posée sur ses naseaux, c'est permis seulement si l'on a fiché quelque chose dans les narines pour les tenir ouvertes (sinon le canal se bouche et le sang reste).

8
איכא דאמרי: אנחיריה ואבית השחיטה – דאיב, אצדדין – אי דץ ביה מידי – שרי, ואי לא – אסיר.

Certains disent (ika de-amri) : [posée] sur ses naseaux ou sur le côté de l'entaille — [le sang] s'écoule [et c'est permis] ; sur ses côtés — s'il a fiché en eux quelque chose, [c'est] permis, et sinon — [c'est] interdit.

💡 Explication

Variante de la règle précédente. Selon cette version, la tête est permise si elle est posée sur les naseaux ou sur le côté de l'entaille (le sang s'écoule dans les deux cas) ; et c'est sur les flancs que tout dépend du fait d'avoir fiché quelque chose pour ouvrir un passage au sang.

9
אמר רב יהודה אמר שמואל, שני גידין הן: הפנימי סמוך לעצם – אסור, וחייבין עליו; חיצון סמוך לבשר – אסור, ואין חייבין עליו.

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : il y a deux nerfs (chenei guidin) [dans le gid ha-nache]. L'interne (penimi), [celui] qui est contre l'os — [il est] interdit, et l'on est passible (hayavin) à son sujet.

L'externe (hitzon), [celui] qui est contre la chair — [il est] interdit, mais l'on n'est pas passible à son sujet.

📜 Rachi (2)
פנימי גיד הארוך והוא בצד פנימי של ירך:
Interne — le long nerf, qui est du côté interne de la cuisse (yarekh).
חיצון גיד הקצר שבסוף השופי לרחבו והוא צד חיצון של ירך:
Externe — le court nerf, [situé] à la fin de la partie lisse (chofi) dans sa largeur, et qui est du côté externe de la cuisse.
🗂️ Tossefot (1)
שני גידים הם כאן פי' בקונטרס דקרי ליה פנימי משום דמובלע הרבה עד סמוך לעצם וחיצון משום דסמוך לבשר ואינו מובלע כל כך ובריש פירקין פירש בענין אחר:
Il y a deux nerfs — ici le Maître (Rachi) explique qu'on l'appelle 'interne' parce qu'il est très enfoncé, jusqu'à proximité de l'os, et 'externe' parce qu'il est contre la chair et n'est pas tellement enfoncé ; et au début du chapitre il a expliqué d'une autre manière.
💡 Explication

Retour à l'interdit du gid ha-nache (nerf sciatique). Chmouel distingue deux nerfs (voir le schéma). L'interne (penimi), contre l'os, est interdit par la Torah : on est passible de flagellation si on le mange. L'externe (hitzon), contre la chair, est interdit seulement par les Sages (mi-derabanan) : on n'est pas passible.

10
והתניא: פנימי סמוך לבשר! אמר רב אחא אמר רב כהנא: איקלודי מיקליד.

Mais n'a-t-on pas enseigné (ve-ha-tania) : l'interne [est] contre la chair ! Rav Aha dit au nom de Rav Kahana : il se verrouille (ikloudi miklid) [il s'enfonce et pénètre aussi dans la chair].

📜 Rachi (3)
והתניא פנימי קרי מובלע בבשר:
Mais n'a-t-on pas enseigné : l'interne — [la braita] l'appelle [celui qui est] enfoncé dans la chair.
אקלודי מיקליד אותו גיד הארוך חוזר ונכנס בבשר והתם קרי ליה סמוך לבשר:
Il se verrouille — ce long nerf revient et entre dans la chair, et là-bas [la braita] l'appelle 'contre la chair'.
אקלודי לשון מפתח הנכנס בפותחת:
Se verrouille (ikloudi) — un terme [de] clef (mafteah) qui entre dans la serrure (potahat).
💡 Explication

Objection à partir d'une braita qui dit l'inverse : le nerf interne serait contre la chair. Réponse de Rav Aha au nom de Rav Kahana : le long nerf (interne) se verrouille (ikloudi miklid) — il revient s'enfoncer dans la chair, à la manière d'une clef (mafteah) qui entre dans la serrure ; c'est pourquoi la braita peut aussi le décrire comme 'contre la chair', sans contredire Chmouel.

11
והא תניא: חיצון הסמוך לעצם! אמר רב יהודה: היכא דפרעי טבחי.

Mais n'a-t-on pas enseigné (ve-ha tania) : l'externe [est] celui qui est contre l'os ! Rav Yehouda dit : là où les bouchers [le] découvrent (heikha de-parei tabhei).

📜 Rachi (2)
והתניא דחיצון קרי סמוך לעצם דמשמע גלוי הוא ואינו מובלע בבשר:
Mais n'a-t-on pas enseigné — [que la braita] appelle l'externe [celui qui est] contre l'os, ce qui implique qu'il est découvert et non enfoncé dans la chair.
אמר רב יהודה היכא דפרעי טבחי הוי גלויה במקום חתך הירך כשנחתכת ונפרשת מן האליה הוי ראש אותו גיד מחובר לבוקא של קוליא כך שמעתי:
Rav Yehouda dit : là où les bouchers [le] découvrent — il est découvert à l'endroit de la coupe de la cuisse : lorsqu'elle est coupée et séparée de la queue (alia), la tête de ce nerf se trouve rattachée à la cavité du fémur (bouka de-koulia). Ainsi l'ai-je entendu.
💡 Explication

Objection symétrique : une braita dit que le nerf externe est contre l'os. Réponse de Rav Yehouda : il s'agit de l'endroit où les bouchers ouvrent la cuisse (parei tabhei) ; à ce point précis, lorsque la cuisse est détachée de la queue, l'extrémité de ce nerf externe se trouve rattachée à la tête du fémur (bouka de-koulia), donc contre l'os.

12
איתמר: טבח שנמצא חלב אחריו, רב יהודה אמר: בכשעורה, רבי יוחנן אמר: בכזית.

Il a été dit (itmar) : [au sujet d']un boucher chez qui (aharav) du helev (graisse interdite) à été trouvé [après son travail], Rav Yehouda dit : [il est passible] pour [un volume] comme une orge (ki-chaora) ; Rabbi Yo'hanan dit : [seulement] pour [un volume] comme une olive (ke-zayit).

📜 Rachi (1)
טבח שנמצא אחריו חלב דרך הטבח לנקר הבשר:
Un boucher chez qui du helev a été trouvé — l'usage du boucher [est] de dégraisser la viande (le-naker).
⚖️ Rosh (1)
איתמר טבח שנמצא אחריו חלב רב יהודה אמר כשעורה. ורבי יוחנן אמר בכזית אמר רב פפא לא פליגי כאן להלקותו בכזית כאן לעברו בכשעורה. אמר מר זוטרא כשעורה במקום והילכתא להלקותו בכזית לעברו בכשעורה. אין הטבחים נאמנים על גיד הנשה וחכ"א נאמנים עליו ועל החלב אמר רבי ירמיה בר אבא אמר רבי יוחנן חזרו לומר אין נאמנים. אמר רב נחמן ובזמן הזה נאמנים. אכשור דרי. מעיקרא סברי כרבי יהודה ולבסוף סברי כרבי מאיר. כל כמה דהוו דכירי לר' יהודה לא הוי מהימני. השתא דאנשויי לרבי יהודה מהימני:
Il a été énoncé : un boucher (taba'h) chez qui l'on a trouvé après [son abattage/parage] de la graisse interdite (‘helev) — Rav Yehouda dit : [dès la quantité d']un grain d'orge (ke'se'ora) ; et Rabbi Yo'hanan dit : dès [la quantité d']une olive (be'kazayit). Rav Papa a dit : ils ne divergent pas — ici c'est pour le fouetter (le'halkoto, châtiment de flagellation) [il faut] un kazayit ; là c'est pour le destituer (le'abro, l'écarter de sa fonction) [il suffit] d'un grain d'orge (ke'se'ora). Mar Zoutra a dit : un grain d'orge à un endroit [où la graisse ne devrait pas se trouver le destitue]. Et la halakha : pour le fouetter, [il faut] un kazayit ; pour le destituer, un ke'se'ora. Les bouchers ne sont pas dignes de foi (ne'emanim) au sujet du nerf sciatique (guid ha-nache) ; et les Sages disent : ils sont dignes de foi à son sujet et au sujet de la graisse interdite (‘helev). Rabbi Yirmeya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ils sont revenus [sur cet avis] pour dire qu'ils ne sont pas dignes de foi. Rav Na'hman dit : et à cette époque[-ci] ils sont dignes de foi. Les générations se sont améliorées (akhchour darei). À l'origine, ils tenaient [l'avis] comme Rabbi Yehouda, et à la fin ils ont tenu comme Rabbi Meir : tant qu'ils se souvenaient de Rabbi Yehouda, ils n'étaient pas dignes de foi ; maintenant qu'ils ont oublié Rabbi Yehouda, ils sont dignes de foi.
💡 Explication

Cas du boucher dont le métier est de dégraisser la viande (le-naker), et chez qui on trouve, après coup, du helev (graisse interdite par la Torah). Pour Rav Yehouda, il est en faute des qu'il reste un volume gros comme un grain d'orge (ki-chaora) ; pour Rabbi Yo'hanan, seulement à partir d'un volume gros comme une olive (ke-zayit). Le segment suivant les concilie.

13
אמר רב פפא: ולא פליגי, כאן – להלקותו, כאן – לעברו.

Rav Papa dit : et ils ne divergent pas (ve-la pligi). Ici — pour le flageller (le-halkoto) ; ici — pour le destituer (le-avro).

📜 Rachi (2)
להלקותו בכזית:
Pour le flageller — pour [un volume] comme une olive.
לעברו בכשעורה:
Pour le destituer — pour [un volume] comme une orge.
💡 Explication

Rav Papa concilie : Rav Yehouda et Rabbi Yo'hanan ne divergent pas, ils parlent de deux sanctions distinctes. Le volume d'une olive (Rabbi Yo'hanan) sert à le flageller (le-halkoto). Le volume d'un grain d'orge (Rav Yehouda) suffit à le destituer (le-avro) de sa fonction de boucher.

14
אמר מר זוטרא: כשעורה במקום אחד, כזית – אפילו בשנים ובשלשה מקומות. והלכתא: להלקותו – בכזית, לעברו – בכשעורה.

Mar Zoutra dit : [un volume] comme une orge en un seul endroit ; [un volume] comme une olive — même en deux et en trois endroits. Et la halakha [est] : pour le flageller — pour [un volume] comme une olive ; pour le destituer — pour [un volume] comme une orge.

💡 Explication

Explication alternative de Mar Zoutra : il est en faute des un grain d'orge s'il est en un seul endroit ; et dès une olive même si elle est répartie en deux ou trois endroits. La Guemara tranche la halakha conformément à Rav Papa : olive pour la flagellation, orge pour la destitution.

15
אין הטבחין נאמנין [וכו׳]. אמר רבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן: חזרו לומר נאמנין.

[La michna a dit (89b) :] 'les bouchers ne sont pas crus (neemanin) [pour dire qu'ils ont ôté le gid ha-nache]' [etc.]. Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [les Sages] se sont rétractés [pour] dire [qu']ils sont crus (hazrou lomar neemanin).

🗂️ Tossefot (2)
נאמנין עליו ועל החלב בסתם חלב איירי דחלבו של גיד שרי ר' יהודה לגמרי ולא שייך למימר ביה נאמנות כדפירשתי ועוד דאי בחלב דגיד איירי הוה ליה לאקשויי ממתני' לשמואל דשרי לדברי הכל והכא אסר לד"ה ולשנויי דמותר דקאמר שמואל מן התורה קאמר כדמשני לעיל אברייתא ועוד דהול"ל עליו ועל חלבו אי אחלבו דגיד קאי אלא בסתם חלב איירי ופליגי דרבי מאיר סבר דאין נאמנין בגיד הנשה דצריך חטיטה ואיכא טירחא ובחלב נמי אע"ג דליכא טירחא כולי האי כמו בגיד החמירו עליה שלא להאמינו כיון דחמיר איסוריה ואיכא ביה נמי טירחא לכך אין נאמנין ולרבי יהודה נאמנין בגיד משום דלא בעי אלא גמימה ובחלב נמי אע"ג דאיכא ביה טירחא טפי מבגיד לרבי יהודה מכל מקום לית ביה טירחא כמו בגיד לרבי מאיר:
[Ils sont] crus à son sujet et au sujet du helev — [la michna] traite du helev ordinaire (stam), car le helev du nerf, Rabbi Yehouda le permet totalement, et il n'y a pas lieu d'invoquer à son sujet la crédibilité (neemanout), comme je l'ai expliqué ; et en outre, si [la michna] traitait du helev du nerf, il aurait fallu objecter de la michna à Chmouel, qui [le] permet selon tous, alors qu'ici [il serait] interdit selon tous — et répondre que 'permis', qu'a dit Chmouel, il [le] dit selon la Torah, comme on l'a répondu plus haut à propos de la braita ; et de plus il aurait fallu dire 'à son sujet et au sujet de son helev [à lui, du nerf]' si l'on visait le helev du nerf. Plutôt, [la michna] traite du helev ordinaire, et ils divergent : Rabbi Meir tient qu'ils ne sont pas crus pour le gid ha-nache, car il requiert un creusage (hatita) et il y a [là] de la peine (tirha) ; et pour le helev aussi, bien qu'il n'y ait pas tant de peine que pour le nerf, on les a traités avec rigueur comme pour le nerf, [pour] ne pas les croire, puisque son interdit est grave et qu'il y a [là] aussi de la peine — c'est pourquoi ils ne sont pas crus. Et pour Rabbi Yehouda ils sont crus pour le nerf, parce qu'il ne faut [le] que sectionner (guemima) ; et pour le helev aussi, bien qu'il y ait [là] plus de peine que pour le nerf selon Rabbi Yehouda, néanmoins il n'y a pas [là] de peine comme pour le nerf selon Rabbi Meir.
חזרו לומר נאמנין אגיד קאי ולא אחלב:
[Les Sages] se sont rétractés [pour] dire [qu']ils sont crus — [cela] porte sur le nerf et non sur le helev.
💡 Explication

Retour à la michna (89b) : selon Rabbi Meir, les bouchers ne sont pas crus (neemanin) lorsqu'ils affirment avoir retiré le gid ha-nache ; les Sages disent qu'ils sont crus. Rabbi Hiya bar Abba rapporte au nom de Rabbi Yo'hanan que les Sages, d'abord d'avis qu'ils ne sont pas crus, se sont rétractés pour dire qu'ils le sont.

16
אמר רב נחמן: אכשור דרי? מעיקרא דהוו סברי לה כרבי מאיר – לא הוו מהימני, ולבסוף סברי כרבי יהודה.

Rav Nahman [lui] dit : les générations se sont-elles bonifiées (akhsour darei) ? Au début, lorsqu'ils tenaient comme Rabbi Meir — ils n'étaient pas crus ; et à la fin ils ont tenu comme Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (2)
אכשור דרי דמדקאמר חזרו לומר מכלל דמעיקרא הוה קי"ל כרבי מאיר דאמר אין נאמנים וחזרו לומר נאמנים וכי אכשור דרי בתמיה:
Les générations se sont-elles bonifiées — du fait qu'il dit 'ils se sont rétractés', il ressort qu'au début on tenait pour établi comme Rabbi Meir, qui dit [qu']ils ne sont pas crus, et [qu']ils se sont rétractés [pour] dire [qu']ils sont crus ; et [Rav Nahman demande] : est-ce que les générations se sont bonifiées ? sur le mode de l'étonnement.
כרבי מאיר דבעי חטיטה וטריחא להו מילתא לא מהימני וצריך לבדוק אחריהם:
Comme Rabbi Meir — qui requiert un creusage (hatita), et la chose leur [est] pénible : ils ne sont pas crus, et il faut vérifier après eux.
💡 Explication

Objection de Rav Nahman, ironique : 'les générations se sont-elles améliorées' (akhsour darei) — les bouchers seraient-ils devenus plus fiables qu'avant ? La Guemara répond que ce n'est pas une question de fiabilité morale, mais de peine : au début on suivait Rabbi Meir (qui exige le creusage, hatita, autour de la chair) — d'où trop d'effort et pas de crédit ; ensuite on a suivi Rabbi Yehouda (pas de creusage), l'opération est aisée, donc on les croit.

17
איכא דמתני לה אסיפא, וחכמים אומרים: נאמנין עליו ועל החלב. אמר רבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן: חזרו לומר אין נאמנין. אמר רב נחמן: בזמן הזה נאמנין.

Il en est qui enseignent cela sur la clause finale (a-seifa) : 'et les Sages disent : ils sont crus à son sujet (le gid ha-nache) et au sujet du helev'. Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [les Sages] se sont rétractés [pour] dire [qu']ils ne sont pas crus (ein neemanin).

Rav Nahman dit : de nos jours (bi-zman ha-zeh) ils sont crus.

💡 Explication

Seconde version (voir le schéma) : on enseigne le propos de Rabbi Yo'hanan non sur la position de Rabbi Meir, mais sur la clause finale (celle des Sages : crus pour le nerf et pour le helev). Ici, les Sages se sont rétractés en sens inverse : ils ont fini par dire qu'ils ne sont pas crus. Et Rav Nahman ajoute : de nos jours, ils sont [de nouveau] crus.

18
אכשור דרי? מעיקרא סברוה כרבי יהודה, הדר סברוה כרבי מאיר.

Les générations se sont-elles bonifiées (akhsour darei) ? Au début ils tenaient comme Rabbi Yehouda ; [puis] ils sont revenus [pour] tenir comme Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
מעיקרא סברי לה כרבי יהודה ולפיכך אמרו חכמים דנאמנין ולבסוף סברי דבעי חטיטה ואמרו אין נאמנים:
Au début ils tenaient comme Rabbi Yehouda — et c'est pourquoi les Sages ont dit [qu']ils sont crus ; et à la fin ils ont tenu [qu']il faut un creusage (hatita), et ils ont dit [qu']ils ne sont pas crus.
💡 Explication

Même objection 'akhsour darei' appliquée à la seconde version. Réponse : au début on tenait comme Rabbi Yehouda (pas de creusage, peu de peine) — donc on les croyait ; ensuite on est revenu à Rabbi Meir (creusage exigé) — d'où ils ne sont plus crus.

19
כמה דהוו דכירי לה לדרבי יהודה – לא מהימני, והשתא דאנשיוה לדרבי יהודה – מהימני.

Tant qu'ils se souvenaient [de l'avis] de Rabbi Yehouda — ils n'étaient pas crus ; et maintenant qu'ils ont oublié [l'avis] de Rabbi Yehouda — ils sont crus.

📜 Rachi (1)
וכמה דהוו דכירי לדר' יהודה וגרירי בתריה אמרו אין נאמנין משום דסבירא לן כר' מאיר ובזמן הזה דאנשיוה לדרבי יהודה והוחזק המנהג כרבי מאיר אמרו נאמנין:
Et tant qu'ils se souvenaient [de l'avis] de Rabbi Yehouda — et le suivaient, on disait [qu']ils ne sont pas crus, parce que nous tenions comme Rabbi Meir ; et de nos jours, où ils ont oublié [l'avis] de Rabbi Yehouda et [où] l'usage s'est établi comme Rabbi Meir, on a dit [qu']ils sont crus.
💡 Explication

Conciliation finale du 'de nos jours' de Rav Nahman avec la rétractation 'ils ne sont pas crus'. Tant que les bouchers se souvenaient de l'avis de Rabbi Yehouda (et négligeaient donc le creusage), on ne les croyait pas, puisqu'on tenait comme Rabbi Meir. Mais de nos jours, ayant oublié l'avis de Rabbi Yehouda et l'usage s'étant fixé comme Rabbi Meir (avec creusage), on les croit de nouveau.

20
ועל החלב – חלב, מאן דכר שמיה? הכי קאמר: אין נאמנין עליו ועל החלב, וחכמים אומרים: נאמנין עליו ועל החלב.

'Et au sujet du helev' — le helev, qui en a fait mention (man dekhar chemeih) ? [Il n'en a pas été question jusqu'ici !] Voici ce que [la michna] dit : ils ne sont pas crus à son sujet (le gid ha-nache) ni au sujet du helev — [parole de Rabbi Meir] ; et les Sages disent : ils sont crus à son sujet et au sujet du helev.

📜 Rachi (2)
הכי קאמר רבי מאיר:
Voici ce que [la michna] dit — Rabbi Meir.
אין נאמנים לא עליו ולא על החלב מפני שטורח הוא להם וחכמים אומרים נאמנין עליו ועל החלב:
Ils ne sont pas crus, ni à son sujet ni au sujet du helev — parce que c'est une peine pour eux ; et les Sages disent [qu']ils sont crus à son sujet et au sujet du helev.
🗂️ Tossefot (1)
חלב מאן דכר שמיה לעיל (חולין דף פט:) דקאמר רבי יהודה אינו נוהג בשליל וחלבו מותר לא פריך הכי משום דחלבו מותר מילתא באפי נפשיה היא כדמפרש שמואל (לעיל חולין צב:) אבל הכא חדא מילתא היא ונאמנין עליו ועל החלב דנאמנין קאי אתרוייהו ומשמע דבתרוייהו קאתי לפלוגי עליה דרבי מאיר:
Le helev, qui en a fait mention — plus haut (Houlin 89b), où Rabbi Yehouda dit [que l'interdit] ne s'applique pas au foetus (chalil) et que son helev est permis, [la Guemara] n'objecte pas ainsi, parce que '[que] son helev [est] permis' [est] une chose en soi (milta be-apei nafcha), comme l'explique Chmouel (plus haut, Houlin 92b) ; mais ici [c'est] une seule chose (hada milta), et 'crus à son sujet et au sujet du helev' — 'crus' porte sur les deux, ce qui implique [que] c'est sur les deux [points] qu'[on] vient diverger d'avec Rabbi Meir.
💡 Explication

La Guemara s'étonne : la michna dit que les Sages les croient 'au sujet du helev' — mais qui en a parlé (man dekhar chemeih) ? Jusqu'ici il n'était question que du gid ha-nache. Réponse : c'est que la michna doit se lire ainsi — Rabbi Meir dit 'pas crus ni pour le nerf ni pour le helev', et les Sages répliquent 'crus pour l'un et pour l'autre'. Le helev figurait donc bien, implicitement, dès la position de Rabbi Meir.

21
מתני׳ שולח אדם ירך לגוי שגיד הנשה בתוכה, מפני שמקומו ניכר.

Michna. Un homme peut envoyer une cuisse (yarekh) à un non-Juif (goy) [alors] que le gid ha-nache [est] à l'intérieur, parce que sa place est reconnaissable (mekomo nikkar).

📜 Rachi (1)
מתני' שולח אדם ירך לעובד כוכבים כו' ואין חוששין שמא יחזור וימכרנה לישראל ויאכלנה בגידה דכיון דשלימה היא מקומו של גיד הנשה היה ניכר אם נחטט הימנה והלוקח מבין שלא ניטל ונוטלו. ובגמרא פריך היכי זבני ישראל בשר מעובד כוכבים:
Michna. Un homme peut envoyer une cuisse à un idolâtre etc. — et l'on ne craint pas qu'il [la] revende à un Juif et [que celui-ci] la mange avec son nerf, car puisqu'elle est entière, la place du gid ha-nache serait reconnaissable s'il [en] avait été extrait, et l'acheteur comprend qu'il n'a pas été ôté, et [l']ôte. Et dans la Guemara [la Guemara] objecte : comment un Juif achèterait-il de la viande à un idolâtre ?
💡 Explication

Nouvelle michna. Bien qu'il soit interdit aux Juifs de manger le gid ha-nache, un Juif peut envoyer une cuisse entière à un non-Juif avec le nerf encore dedans, sans craindre que le non-Juif la revende à un Juif qui en mangerait le nerf. La raison : sur une cuisse entière, la place du nerf est reconnaissable (mekomo nikkar) — un acheteur juif verrait qu'il n'a pas été ôté, et l'ôterait lui-même.

22
גמ׳ שלמה – אין, חתוכה – לא. במאי עסקינן? אילימא במקום שאין מכריזין,

Guemara. [Une cuisse] entière (chelema) — oui ; coupée (hatoukha) — non.

De quoi traitons-nous ? Si l'on dit [que c'est] dans un lieu où l'on ne fait pas d'annonce (ein makhrizin),

📜 Rachi (3)
גמ' ירך שלמה משמע:
Guemara. Une cuisse — [le terme] implique [une cuisse] entière.
חתוכה לא אלא אם כן ניטל גידה דכיון דחתוכה היא סבר הלוקחה מן העובד כוכבים שניטל גידה ואוכלה בגידה:
Coupée — non, à moins que son nerf n'[en] ait été ôté ; car, puisqu'elle est coupée, celui qui l'achète au non-Juif pense que son nerf [en] a été ôté, et la mange avec son nerf.
במקום שאין מכריזין שכל הטבחים של אותו מקום ישראלים הם וכשבאה טרפה לידם אין מכריזין לומר נפלה טרפה באיטליז למכור לעובד כוכבים ובאותו מקום אין לוקחין בשר מן העובד כוכבים דשמא מכרו לו הטבחים טריפה ואין אנו יודעים אם באת היום טרפה לידם:
Dans un lieu où l'on ne fait pas d'annonce — [c'est-à-dire] que tous les bouchers de ce lieu sont juifs, et [que] lorsqu'une [bête] tereifa leur parvient, ils ne font pas d'annonce pour dire [qu']une [bête] tereifa est arrivée à l'étal pour [être] vendue à un non-Juif ; et dans ce lieu on n'achète pas de viande au non-Juif, car peut-être les bouchers lui ont-ils vendu une [bête] tereifa, et nous ne savons pas si une [bête] tereifa leur est arrivée aujourd'hui.
💡 Explication

La Guemara précise par inférence : c'est une cuisse entière qu'on peut envoyer, mais non une cuisse coupée (car sur une cuisse coupée, l'acheteur juif croirait que le nerf a déjà été retiré et la mangerait avec). La Guemara entame alors une analyse : de quel cas parle-t-on ? Si c'est un lieu où l'on ne fait pas d'annonce (ein makhrizin) — c'est-à-dire où les bouchers, tous juifs, n'annoncent pas publiquement la vente à un non-Juif d'une bête trouvée tereifa — alors il serait déjà interdit d'acheter toute viande à un non-Juif. (La sougya se poursuit au daf suivant.)

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).