Chullin 94b — vendre ou envoyer de la viande non cachere à un goy : tromperie (gneivat daat) et annonce publique (hakhraza)

Chullin 94b

Sougya : La sougya analyse une braita sur la viande non cachere (nevela, tereifa) et le goy. On ne vend pas de nevela/tereifa à un goy pour deux raisons : on le trompe (il paie le prix d'une bête abattue) et il pourrait la revendre à un Juif qui la mangerait.

La Guemara confronte trois clauses de la braita (envoyer une cuisse au goy ; ne pas lui vendre de nevela ; ne pas le charger d'acheter de la viande) à la question : parle-t-on d'un lieu où l'on annonce publiquement (makhrizin) les ventes de tereifa, ou non ? Abaye, Rava et Rav Achi proposent chacun une lecture conciliant les trois clauses.

Puis : comment annonce-t-on ? On dit 'de la viande est tombée pour les soldats', formule vague qui laisse le goy se tromper lui-même — ce qui est permis, contrairement à la tromperie active (gneivat daat).

L'anecdote de Mar Zoutra fils de Rav Nahman (qui croit à tort qu'on est venu l'accueillir) illustre la différence entre tromper autrui et le laisser se méprendre. Le daf s'achève sur le début d'un récit de boucher.

Deux raisons d'interdire de vendre nevela/tereifa à un goy 1. Il le trompe (matehou) il vend au goy comme de la viande abattue (chehouta) le goy a payé le prix d'une bête cachere gneivat daat (tromper l'esprit du goy) 2. Il pourrait la revendre à un autre Juif le goy revend la viande, un Juif l'achète et la mange en la croyant cachere danger d'interdit (consommation de tereifa) Même structure pour 'envoyer une cuisse' et 'dire au goy : achète-moi de la viande'
Les deux raisons d'interdire la vente de viande non cachere à un goy (segments 0-4) : la tromperie et le risque de revente à un Juif.
Trois lectures de la braita : où annonce-t-on (makhrizin) ? Makhriz = annoncer publiquement qu'une bête tereifa a été vendue au goy ce jour-là Clause Abaye Rava Rav Achi Début (recha) cuisse au goy on n'annonce pas (ein makhrizin) on a annoncé (makhrizin, jour où l'on a annoncé) on n'annonce pas (ein makhrizin) Milieu vente nevela au goy on annonce (makhrizin) on n'a pas annoncé (makhrizin, jour où l'on n'a pas annoncé) ein makhrizin ; décret de peur qu'il la vende devant un Juif Fin (sefa) achète-moi de la viande on n'annonce pas on a annoncé on n'annonce pas
Les trois lectures de la braita (segments 6-8) : Abaye, Rava et Rav Achi rattachent chaque clause à un lieu où l'on annonce (makhrizin) ou non les ventes de tereifa.
Tromper l'autre (assour) ou le laisser se tromper lui-même (moutar) Gneivat daat = interdit je provoque activement une fausse impression ex : 'pour toi j'ouvre ces tonneaux' alors qu'ils étaient déjà vendus ex : vendre tereifa comme chehouta Se tromper soi-même = permis je ne dis rien de faux ; l'autre conclut à tort tout seul ex : le goy ne demande pas si la viande est tereifa ex : Mar Zoutra croit qu'on l'accueille
Le principe sous-jacent (segments 11-13) : tromper activement (gneivat daat) est interdit ; laisser quelqu'un se méprendre de lui-même est permis.
1
אֶחָד מִפְּנֵי הָאַנָּסִין, וְאֶחָד שֶׁמָּא מוֹכְרִין לוֹ נְבֵלוֹת וּטְרֵפוֹת.

L'une [des raisons est] à cause des extorqueurs (anassin), et l'autre [parce qu']il pourrait lui vendre des [bêtes] non abattues (nevelot) et des [bêtes] déchirées (tereifot).

📜 Rachi (1)
אֶחָד מִפְּנֵי הָאַנָּסִים שֶׁעוֹבֵד כּוֹכָבִים אַנָּס הוּא וּמְעַכֵּב הַדִּינָר בְּיָדוֹ וְגוֹזֵל אֶת הַטַּבָּח:
L'une [des raisons est] à cause des extorqueurs — car l'idolâtre est un extorqueur (annas), et il retient le dinar dans sa main et vole le boucher [en gardant l'argent et en exigeant la viande].
💡 Explication

Fin d'une braita (commencée en 94a) qui interdit de charger un goy d'acheter de la viande 'pour ce dinar'. Deux raisons : (1) les anassin — le goy est un extorqueur, il pourrait garder le dinar et forcer le boucher à lui céder la viande sans payer ; (2) le boucher pourrait lui vendre, sans le savoir [puisque le goy achète en fait pour un Juif], de la nevela (bête morte ou mal abattue) ou de la tereifa (bête atteinte d'un défaut mortel) — qui parviendraient ainsi à un Juif.

2
אָמַר מַר: וּבְגוֹי, בֵּין שְׁלֵימָה בֵּין חֲתוּכָה – אֵינוֹ צָרִיךְ לִיטּוֹל הֵימֶנָּה גִּיד הַנָּשֶׁה. בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵּימָא בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין – חֲתוּכָה אַמַּאי אֵינוֹ צָרִיךְ לִיטּוֹל הֵימֶנָּה גִּיד הַנָּשֶׁה? כֵּיוָן דְּלָא אַכְרוּז, אָתֵי לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ.

Le Maître a dit : et [pour ce qui concerne] le goy, [qu'on lui envoie une cuisse] entière ou coupée — il n'est pas nécessaire d'en retirer le nerf sciatique (guid ha-nache). De quoi traitons-nous ?

Si l'on dit [que c'est] dans un lieu où l'on annonce (makhrizin) — [pour une cuisse] coupée, pourquoi n'est-il pas nécessaire d'en retirer le nerf sciatique ? Puisqu'on n'a pas annoncé, [un Juif] viendra l'acheter de lui.

📜 Rachi (2)
כֵּיוָן דְּלָא אַכְרוּז הַיּוֹם וְהַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁאֵין הַיּוֹם טְרֵפָה בְּאִיטְלִיז:
Puisqu'on n'a pas annoncé — aujourd'hui, et [que] tous savent qu'il n'y a pas aujourd'hui de tereifa à l'étal (itliz).
אָתֵי לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ וְאוֹכְלָהּ בְּגִידָה כְּסָבוּר שֶׁנִּיטַּל:
[Un Juif] viendra l'acheter de lui — et la mangera avec son nerf, croyant qu'il [en] a été retiré.
💡 Explication

La braita enseignait [plus haut] : on peut envoyer à un goy une cuisse entière ou coupée sans en retirer le guid ha-nache (nerf sciatique, interdit à la consommation). La Guemara interroge le cadre. Si c'est un lieu où l'on annonce chaque vente de viande non cachere à un goy : pour une cuisse coupée (qui ressemble à de la viande cachere déjà préparée), pourquoi pas de retrait du nerf ? Car si l'on n'a pas annoncé ce jour-là, un Juif, croyant la viande cachere et préparée, viendra l'acheter du goy et la mangera avec son nerf.

3
אֶלָּא פְּשִׁיטָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין, אֵימָא מְצִיעֲתָא: מִפְּנֵי שְׁנֵי דְבָרִים אָמְרוּ אֵין מוֹכְרִין נְבֵלוֹת וּטְרֵפוֹת לְגוֹי: אֶחָד מִפְּנֵי שֶׁמַּטְעֵהוּ, וְאֶחָד שֶׁמָּא יַחְזֹור וְיִמְכְּרֶנָּה לְיִשְׂרָאֵל אַחֵר.

Plutôt, [c'est] évident [que c'est] dans un lieu où l'on n'annonce pas. [Mais alors] dis la [clause] médiane : à cause de deux choses ont-ils dit [que] l'on ne vend pas de [bêtes] non abattues ni de [bêtes] déchirées à un goy : l'une [parce qu']il le trompe (matehou), et l'autre [parce qu']il pourrait la revendre à un autre Juif.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא פְּשִׁיטָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין דְּלָא זָבְנִי מִינֵּיהּ אֵימָא מְצִיעֲתָא כו':
Plutôt, [c'est] évident [que c'est] dans un lieu où l'on n'annonce pas — [un lieu] où l'on n'achète pas de lui [du goy] ; dis la [clause] médiane, etc.
💡 Explication

Donc la première clause traite d'un lieu où l'on n'annonce pas (là, le Juif n'achète jamais de viande du goy, donc nul risque). Mais alors examinons la clause médiane : on ne vend pas de nevela/tereifa à un goy pour deux raisons — (1) on le trompe (matehou), le goy paie le prix d'une bête abattue ; (2) il pourrait la revendre à un Juif qui la croira cachere.

4
וְאִי בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין – הָא לָא אָתֵי לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ! אֶלָּא פְּשִׁיטָא בִּמְקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין.

Or, si [c'est] dans un lieu où l'on n'annonce pas — [mais] voici qu'[un Juif] ne viendra pas l'acheter de lui [donc la seconde raison ne tient pas] ! Plutôt, [c'est] évident [que c'est] dans un lieu où l'on annonce.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין וְהַיּוֹם אֵירַע לָהֶם אֹונֶס שֶׁלֹּא הִכְרִיזוּ הִלְכָּךְ אָתֵי יִשְׂרָאֵל לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ:
Plutôt [c'est] dans un lieu où l'on annonce — et aujourd'hui il leur est survenu un empêchement (ones) de sorte qu'ils n'ont pas annoncé ; c'est pourquoi un Juif viendra l'acheter de lui.
💡 Explication

Difficulté sur la clause médiane : si c'est un lieu où l'on n'annonce pas, le Juif n'achète jamais du goy, donc la raison '[il pourrait] la revendre à un Juif' n'a pas lieu d'être. Conclusion inverse de la première clause : la clause médiane traite donc d'un lieu où l'on annonce.

5
אֵימָא סֵיפָא: לֹא יֹאמַר אָדָם לְגוֹי ״קַח לִי בְּדִינָר זֶה בָּשָׂר״ מִפְּנֵי שְׁנֵי דְּבָרִים, אֶחָד – מִפְּנֵי הָאַנָּסִין, וְאֶחָד – שֶׁמָּא מוֹכְרִין לוֹ נְבֵילוֹת וּטְרֵפוֹת, וְאִי בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין, אִי אִיתָא דַּהֲוָה טְרֵפָה – אַכְּרוּזַי הָווּ מַכְרְזִי!

[Mais] dis la [clause] finale : un homme ne dira pas à un goy 'achète-moi de la viande pour ce dinar', à cause de deux choses : l'une — à cause des extorqueurs (anassin), et l'autre — [parce qu']il pourrait lui vendre des [bêtes] non abattues et des [bêtes] déchirées. Or, si [c'est] dans un lieu où l'on annonce, [alors] s'il était avéré que c'était une tereifa — on l'aurait annoncé !

📜 Rachi (1)
אַכְּרוּזַי הָווּ מַכְרְזִי וּמִדְּלָא אַכְרוּז לָאו טְרֵפָה הִיא וְיֹאכַל וּמַה בְּכָךְ:
On l'aurait annoncé — et du fait qu'on n'a pas annoncé, ce n'est pas une tereifa, et il [la] mangera, et qu'importe [le risque] ?
💡 Explication

Examinons la clause finale : on ne charge pas un goy d'acheter de la viande, pour deux raisons (les anassin ; le risque de nevela/tereifa). Or si c'est un lieu où l'on annonce, le danger de tereifa tombe : s'il s'agissait d'une tereifa, on l'aurait annoncé, donc le Juif saurait. La seconde raison ne tiendrait pas — la clause finale traite donc d'un lieu où l'on n'annonce pas.

6
אֶלָּא פְּשִׁיטָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין, רֵישָׁא וְסֵיפָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין, מְצִיעֲתָא בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין!

Plutôt, [c'est] évident [que c'est] dans un lieu où l'on n'annonce pas. [Se peut-il que] la [clause] initiale et la [clause] finale [traitent] d'un lieu où l'on n'annonce pas, [et] la [clause] médiane d'un lieu où l'on annonce ?!

💡 Explication

La clause finale traite donc d'un lieu où l'on n'annonce pas. La Guemara s'étonne : la première et la dernière clause traiteraient d'un lieu où l'on n'annonce pas, mais la clause médiane d'un lieu où l'on annonce ? Une seule braita mêlerait-elle deux cadres opposés ?

7
אָמַר אַבַּיֵּי: אִין, רֵישָׁא וְסֵיפָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין, מְצִיעֲתָא בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין.

Abaye a dit : oui — la [clause] initiale et la [clause] finale [traitent] d'un lieu où l'on n'annonce pas, [et] la [clause] médiane d'un lieu où l'on annonce.

🗂️ Tossefot (1)
אָמַר אַבַּיֵּי אֵין רֵישָׁא וְסֵיפָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין תֵּימַהּ לְאַבַּיֵּי וְרָבָא וְרַב אַשִּׁי בְּרֵישָׁא הֵיכִי מְשַׁדַּר לֵיהּ חֲתוּכָה הָא לְעֵיל אָמְרִי' חֲתוּכָה אָסוּר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְּנֶנָּה לוֹ בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּגָנֵיב לֵיהּ דַּעְתֵּיהּ וי"ל דְּלֵית לְהוּ לְהָנָךְ שִׁינּוּיֵי אֶלָּא שִׁינּוּייָא קַמָּא דְּאוֹקֵי בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין וְחִיתּוּךְ דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִידָּע יְדִיעַ וּבְחִנָּם פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אַמִּילְּתֵיהּ דְּרַב אַשִּׁי דִּפְלִיג תַּנָּא דְּמַתְנִי' אַתַּנָּא דְּבָרַיְיתָא דְּיָכוֹל לוֹמַר רַב אַשִּׁי בְּשִׁינּוּיָא קַמָּא דִּלְעֵיל כִּדְפָרֵישִׁית וְהָא דְּקָתָנֵי מְצִיעֲתָא דְּאֵין מוֹכְרִין נְבֵלוֹת וּטְרֵפוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִפְּנֵי שֶׁמַּטְעֵהוּ דַּוְקָא בִּמְכִירָה הוּא דְּאָסוּר לְפִי שֶׁהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים נָתַן מָעוֹת בְּתוֹרַת שְׁחוּטָה אֲבָל בְּשׁוֹלֵחַ דּוֹרוֹן לָא חָיְישִׁינַן וְסֵיפָא דְּחָייֵשׁ שֶׁמָּא יִמְכְּרוּ לוֹ נְבֵלוֹת וּטְרֵפוֹת לֹא שֶׁיִּמְכְּרוּ בְּתוֹרַת שְׁחוּטָה אֶלָּא שֶׁמָּא יִמְכְּרוּ לוֹ וְיוֹדִיעוּהוּ שֶׁהִיא טְרֵפָה וְהָעוֹבֵד כּוֹכְבֵי' לֹא יַגִּיד לוֹ וּלְהָא חָיְישִׁי אָמוֹרָאֵי דְּהָכָא וְהָא דְּקָתָנֵי וְאֶחָד שֶׁמָּא יַחְזֹור וְיִמְכְּרֶנָּה לְיִשְׂרָאֵל לְאַבַּיֵּי וְרָבָא אַייְרֵי בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין וְלֹא הִכְרִיזוּ אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין לָא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא הֲדַר זָבִין לָהּ יִשְׂרָאֵל מִינֵּיהּ אֲפִילּוּ בִּמְכִירַת טַבָּח בְּאִיטְלִיז דְּאִיכָּא יִשְׂרָאֵל טוּבָא וְרַב אַשִּׁי חָיֵישׁ כֵּיוָן דְּטוּבָא יִשְׂרָאֵל קָיְימִי הָתָם דִּילְמָא חַד מִינַּייְהוּ הֲדַר זָבִין לָהּ מִינֵּיהּ כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וּמִיהוּ לְהַהוּא שִׁינּוּייָא דִּמְשַׁנֵּי לְעֵיל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְּנֶנָּה לוֹ בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל קָשֶׁה רֵישָׁא דְּהַךְ בָּרַיְיתָא וְדֹוחַק לוֹמַר דִּפְלִיג וּמְפָרֵשׁ ר"ת דִּלְעֵיל בְּמַתְנִיתִין אַיְירֵי בְּאוֹמֵר הֲיִשְׂרָאֵל לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהִיא מְנֻוקֶּרֶת וְהָתָם הוּא דְּאָסוּר מִשּׁוּם דְּגוֹנֵב דַּעְתּוֹ אֲבָל שְׁלֵימָה הָא חֲזִי לֵיהּ עוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁלֹּא נִיטַּל הַגִּיד אע"פ שֶׁיִּשְׂרָאֵל אָמַר לוֹ שֶׁנִּיטַּל יוֹדֵעַ עוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהוּא מְשַׁקֵּר וּלְכָךְ חָייְשִׁינַן נָמֵי בְּחִתּוּכָהּ שֶׁמָּא יִתְּנֶנָּה לוֹ בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקְנֶה יִשְׂרָאֵל מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אַף בְּמָקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין וְיֹאכְלֶנָּה בְּגִידָה וְלָא חָיֵישׁ דִּלְמָא טְרֵפָה הִיא מֵאַחַר שֶׁאוֹמֵר יִשְׂרָאֵל בְּשָׁעָה שֶׁנּוֹתְנָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁתִּקְנֶה וְטָרַח בָּהּ לִיטֹּול הַגִּיד עַד שֶׁרָאוּי לְעַצְמוֹ דְּאַפֵּי' יְהֵא מֻותָּר לִגְנֹוב דַּעַת הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים מ"מ לָא מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ שֶׁלְּהַטְעוֹתוֹ אוֹמֵר לוֹ כֵּן וְהָא דְּדִיֵּיק מִדְּאֶיקְפֹּד שְׁמוּאֵל דְּאָסוּר לִגְנֹוב דַּעְתּוֹ יוֹדֵעַ הָיָה שְׁמוּאֵל שֶׁבְּצִנְעָא נָתַן לוֹ וְלֹא הָיָה לוֹ לָחוּשׁ שֶׁמָּא רָאָה יִשְׂרָאֵל אַחֵר אֶלָּא מִשּׁוּם גְּנֵיבַת דַּעְתּוֹ וּבָרַייְתָא דְּקָתָנֵי וּבְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בֵּין חֲתוּכָה וּבֵין שְׁלֵימָה א"צ לִיטּוֹל הֵימֶנָּה גִּיד הַנָּשֶׁה הָתָם כְּשֶׁנָּתַן לוֹ סְתָם וְלֹא אָמַר לוֹ שֶׁהִיא מְנֻוקֶּרֶת דְּאִיהוּ דְּאַטְעִי אַנַּפְשֵׁיהּ וְגַם לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ דִּלְמָא חָזֵי לֵיהּ יִשְׂרָאֵל וְזַבֵּין לֵיהּ מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דִּבְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין אַיְירֵי וְחָייֵשׁ שֶׁמָּא אַחַר שֶׁנִּיטַּל הַגִּיד נוֹדַע לוֹ שֶׁהִיא טְרֵפָה וּלְכָךְ נוֹתְנָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֲבָל הֵיכָא דְּאָמַר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהִיא מְנֻוקֶּרֶת לָא חָייֵשׁ דִּלְמָא טְרֵפָה הִיא דְּאִי טְרֵפָה הִיא מַאי נָפְקָא מִינֵּיהּ דְּנִיקּוּר הֲרֵי אֵינָהּ רְאוּיָה לְעַצְמוֹ וּמְצִיעֲתָא דְּאֵין מוֹכְרִין נְבֵלוֹת וּטְרֵפוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים הַייְנוּ כְּשֶׁאוֹמֵר לוֹ דִּכְשֵׁרָה הִיא וּלְכָךְ אָסוּר מִשּׁוּם דְּמַטְעֵהוּ וְגַם מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִקְנֶה יִשְׂרָאֵל מִמֶּנּוּ בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין וְלֹא הִכְרִיזוּ אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין לָא חָיְישִׁינַן דַּאֲפִילּוּ רָאָהוּ שֶׁאָמַר לוֹ הַיִּשְׂרָאֵל כָּךְ קָא חֲשִׁיב יִשְׂרָאֵל הָרוֹאֶה דִּלְהַשְׁבִּיחַ מִקָּחוֹ אוֹמֵר לוֹ כֵּן דִּכְשֵׁרָה דָּמֶיהָ יְקָרִים דִּרְאוּיָה לִימָּכֵר לְיִשְׂרָאֵל אֲבָל כְּשֶׁאוֹמֵר דְּנִיטַּל גִּיד הֵימֶנָּה לֹא שַׁייָּךְ טַעַם זֶה דְּלָא עֲדִיפָא בְּהָכִי וְרַב אַשִּׁי סָבַר דַּאֲפִילּוּ בְּמָקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין חָיְישִׁינַן דְּיִשְׂרָאֵל הַשּׁוֹמֵעַ לָא אַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ דִּלְהַשְׁבִּיחַ מִקָּחוֹ אוֹמֵר כֵּן וא"ת וְלִפְלוֹג וְלִיתְנֵי בְּדִידָהּ בְּגִיד וּבְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין דִּבְהָכִי אַיְירֵי רֵישָׁא לְאַבַּיֵּי דִּכְשֶׁאוֹמֵר לוֹ שֶׁהִיא מְנֻוקֶּרֶת אֵין לִשְׁלֹוחַ עַד שֶׁיִּטֹּול הֵימֶנָּה גִּיד הַנָּשֶׁה מִפְּנֵי שְׁנֵי דְבָרִים אֶחָד מִפְּנֵי שֶׁמַּטְעֵהוּ וְאֶחָד שֶׁמָּא יַחְזֹור וְיִמְכְּרֶנָּה לְיִשְׂרָאֵל וי"ל דִּנְקַט נְבֵלָה וּטְרֵפָה לִרְבוּתָא דְּקָא ס"ד דְּלָא אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁמַּטְעֵהוּ כְּשֶׁמּוֹכֵר לוֹ בְּחֶזְקַת שְׁחוּטָה לְפִי שֶׁיּוֹדֵעַ דִּלְהַשְׁבִּיחַ מִקָּחוֹ אוֹמֵר כֵּן:
'Abaye a dit : oui, la [clause] initiale et la [clause] finale [traitent] d'un lieu où l'on n'annonce pas' — c'est étonnant : pour Abaye, pour Rava et pour Rav Achi, comment [le Juif] lui envoie-t-il, dans la [clause] initiale, une [cuisse] coupée ? Voici que plus haut nous avons dit [qu'une cuisse] coupée [est] interdite, [par] décret de peur qu'il [ne] la lui donne en présence d'un Juif ; ou bien parce qu'[ainsi] il lui vole l'esprit (ganev lei daatei) [du goy]. Et l'on peut dire qu'ils ne tiennent pas ces [diverses] réponses, mais seulement la première réponse qui [l']établit dans un lieu où l'on annonce, et [où] la coupure [faite par] le goy se reconnaît [le goy verra que le nerf n'a pas été retiré]. Et c'est en vain que [Rachi] a expliqué, sur le propos de Rav Achi, que le Tana de notre michna diverge du Tana de la braita ; car Rav Achi peut [tout aussi bien] dire selon la première réponse ci-dessus, comme je l'ai expliqué. Et ce qui est enseigné dans la [clause] médiane, [à savoir] que l'on ne vend pas de [bêtes] non abattues ni de [bêtes] déchirées à un idolâtre parce qu'il le trompe, [c'est] précisément dans une vente [que c'est] interdit, parce que l'idolâtre a donné de l'argent au titre d'une [bête] abattue ; mais pour celui qui envoie un présent (doron), nous ne craignons pas. Et la [clause] finale, où l'on craint qu'on [ne] lui vende des [bêtes] non abattues ni des [bêtes] déchirées, [ce n']est pas qu'on [les] lui vende au titre d'une [bête] abattue, mais [c'est] de peur qu'on [ne] les lui vende et qu'on [ne] lui fasse savoir qu'elle est tereifa, et [que] l'idolâtre [ne] le lui dise pas ; et c'est cela que craignent les Amoraim d'ici. Et ce qui est enseigné [dans la médiane] 'et l'une [des raisons est] qu'il pourrait la revendre à un Juif' — pour Abaye et pour Rava [cela] traite d'un lieu où l'on annonce et [où] l'on n'a pas annoncé ; mais dans un lieu où l'on n'annonce pas, nous ne craignons pas qu'un Juif [ne] la rachète de lui, même dans la vente du boucher à l'étal, où il y a beaucoup de Juifs. Et Rav Achi craint [que], puisque beaucoup de Juifs se tiennent là, peut-être l'un d'eux [ne] la rachète de lui, comme [Rachi] l'a expliqué. Toutefois, selon cette réponse-là qu'on a donnée plus haut, '[par] décret de peur qu'il [ne] la lui donne en présence d'un Juif', la [clause] initiale de cette braita fait difficulté ; et il est forcé de dire qu'elle diverge. Et Rabbenou Tam explique que plus haut, dans la michna, [cela] traite du cas où le Juif dit à l'idolâtre qu'elle est nettoyée (menoukeret) [du nerf] ; et c'est là [seulement] que c'est interdit, parce qu'il [lui] vole l'esprit ; mais [une cuisse] entière, voici que l'idolâtre voit que le nerf n'a pas été retiré — bien que le Juif lui ait dit qu'il a été retiré, l'idolâtre sait qu'il ment ; c'est pourquoi nous craignons aussi, pour une [cuisse] coupée, qu'il [ne] la lui donne en présence d'un Juif, et [que] le Juif [ne] l'achète de l'idolâtre même dans un lieu où l'on n'annonce pas, et [ne] la mange avec son nerf ; et il ne craint pas qu'elle [ne] soit tereifa, du moment que le Juif dit, au moment où il la donne à l'idolâtre, qu'elle est apprêté[e] et qu'il s'est donné la peine d'en retirer le nerf au point qu'elle [soit] propre à lui-même. Car même s'il était permis de voler l'esprit de l'idolâtre, en tout cas il [ne] lui vient [pas] à l'esprit que c'est pour le tromper qu'il lui dit cela. Et ce qu'on infère du fait que Chmouel s'est irrité [pour dire] qu'il est interdit de voler l'esprit [d'autrui] : Chmouel savait qu'[on] le lui avait donné en cachette (be-tsina) et qu'il n'avait pas à craindre qu'un autre Juif [ne] l'eût vu, mais [c'était] seulement à cause du vol d'esprit. Et la braita qui enseigne 'et [pour ce qui concerne] le goy, [qu'elle soit] coupée ou entière, il n'est pas nécessaire d'en retirer le nerf sciatique' — là, [c'est] quand on [la] lui a donnée sans rien préciser (setam) et [qu']on ne lui a pas dit qu'elle est nettoyée, de sorte que c'est lui qui s'est trompé lui-même ; et il n'y a pas non plus à craindre qu'un Juif [ne] la voie et [ne] l'achète de l'idolâtre, car [cela] traite d'un lieu où l'on n'annonce pas ; et l'on craint [seulement] que, après que le nerf en a été retiré, il [ne] lui soit devenu évident qu'elle est tereifa, et [que] c'est pourquoi il la donne à l'idolâtre. Mais là où il dit à l'idolâtre qu'elle est nettoyée, il ne craint pas qu'elle [ne] soit tereifa : car si elle était tereifa, quel intérêt aurait-il à la nettoyer ? voici qu'elle n'est pas propre à lui-même. Et la [clause] médiane, [à savoir] que l'on ne vend pas de [bêtes] non abattues ni de [bêtes] déchirées à l'idolâtre, [c'est] quand il lui dit qu'elle est cachere ; et c'est pourquoi c'est interdit, parce qu'il le trompe, et aussi de peur qu'un Juif [ne] l'achète de lui dans un lieu où l'on annonce et [où] l'on n'a pas annoncé ; mais dans un lieu où l'on n'annonce pas, nous ne craignons pas, car même [si] on l'a vu dire au Juif ainsi, le Juif qui voit [cela] considère que [c'est] pour vanter sa marchandise (le-hachbi'ah mikho) qu'il lui dit qu'elle est cachere — [puisqu'ainsi] son prix [est] élevé, du fait qu'elle est propre à être vendue à un Juif ; mais quand il dit que le nerf en a été retiré, ce motif ne s'applique pas, car elle n'en vaut pas mieux. Et Rav Achi tient que, même dans un lieu où l'on n'annonce pas, nous craignons, car le Juif qui [l']entend ne se met pas à l'esprit que [c'est] pour vanter sa marchandise qu'il dit cela. Et si tu objectes : qu'[il] distingue donc et enseigne dans le cas même [du nerf], [à savoir] dans le nerf et dans un lieu où l'on n'annonce pas, où se situe la [clause] initiale selon Abaye — [à savoir] que, lorsqu'il lui dit qu'elle est nettoyée, on ne [la] doit envoyer qu'après en avoir retiré le nerf sciatique, à cause de deux choses : l'une parce qu'il le trompe, et l'autre de peur qu'il [ne] la revende à un Juif ! Et l'on peut dire qu'il a pris [le cas de] la nevela et de la tereifa pour [enseigner] un surcroît (rebouta) : car il aurait pu venir à l'esprit que ce n'est pas interdit à cause de ce qu'il le trompe, lorsqu'il [la] lui vend au titre d'une [bête] abattue, parce qu'il sait que [c'est] pour vanter sa marchandise qu'il dit cela.
💡 Explication

Première résolution (voir le schéma de synthèse). Abaye accepte le partage : oui, la première et la dernière clause parlent d'un lieu où l'on n'annonce pas, et la clause médiane d'un lieu où l'on annonce. Une braita peut se composer de cas relevant de cadres différents.

8
רָבָא אָמַר: כֻּולָּהּ בְּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין. רֵישָׁא וְסֵיפָא – שֶׁהִכְרִיזוּ, מְצִיעֲתָא – שֶׁלֹּא הִכְרִיזוּ.

Rava a dit : la totalité [de la braita traite] d'un lieu où l'on annonce. La [clause] initiale et la [clause] finale — [un jour] où l'on a annoncé ; la [clause] médiane — [un jour] où l'on n'a pas annoncé.

📜 Rachi (2)
רָבָא אָמַר כֻּולַּהּ בִּמְקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין רֵישָׁא דְּקָתָנֵי וּבְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֲפִילּוּ חֲתוּכָה אֵין צָרִיךְ לִיטֹּול כְּשֶׁהִכְרִיזוּ הַיּוֹם שֶׁאוֹתוֹ הַיּוֹם לֹא יִקַּח יִשְׂרָאֵל בָּשָׂר מֵעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְסֵיפָא נָמֵי דְּאָסוּר לִשְׁלֹוחַ דִּינָר בְּיַד עוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּשֶׁהִכְרִיזוּ הַיּוֹם דְּהוֹאִיל וְיֵשׁ טְרֵפָה יִמְכְּרֶנָּה לוֹ:
Rava a dit : la totalité [traite] d'un lieu où l'on annonce — la [clause] initiale, qui enseigne 'et [pour ce qui concerne] le goy, même [une cuisse] coupée, il n'est pas nécessaire d'[en] retirer [le nerf]', [c'est] quand on a annoncé aujourd'hui, [jour] où un Juif n'achètera pas de viande d'un goy ; et la [clause] finale aussi, [à savoir] qu'il est interdit d'envoyer un dinar par la main d'un goy, [c'est] quand on a annoncé aujourd'hui, car, puisqu'il y a [aujourd'hui] de la tereifa, il [la] lui vendra.
מְצִיעֲתָא בְּשֶׁלֹּא הִכְרִיזוּ שֶׁאֵירַע לָהֶם אֹונֶס וְלֹא הִכְרִיזוּ עַל טְרֵפָה שֶׁנָּפְלָה לְיָדָם לְפִיכָךְ אָסוּר לְמָוכְרָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁמָּא יִמְכְּרֶנָּה לְיִשְׂרָאֵל דְּהוֹאִיל וּמָקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין הוּא וְהַיּוֹם לֹא הִכְרִיזוּ אָתֵי לְמִזְבַּן מִינֵּיהּ:
La [clause] médiane — [un jour] où l'on n'a pas annoncé — car il leur est survenu un empêchement (ones) et ils n'ont pas annoncé au sujet d'une tereifa qui leur est tombée entre les mains ; c'est pourquoi il est interdit de la vendre à un goy, de peur qu'il [ne] la revende à un Juif : car, puisque c'est un lieu où l'on annonce et [qu']aujourd'hui on n'a pas annoncé, [un Juif] viendra l'acheter de lui.
💡 Explication

Deuxième résolution (voir le schéma). Rava unifie le cadre : toute la braita traite d'un lieu où l'on annonce d'ordinaire ; la différence n'est pas le lieu mais le jour. Première et dernière clauses : un jour où l'on a annoncé (donc nul danger, le Juif n'achètera pas de viande ce jour-là). Clause médiane : un jour où, par empêchement, on n'a pas annoncé — d'où le risque que le Juif rachète du goy.

9
רַב אַשִּׁי אָמַר: כֻּולַּהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין, וּמְצִיעֲתָא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִמְכְּרֶנָּה בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל.

Rav Achi a dit : la totalité [de la braita traite] d'un lieu où l'on n'annonce pas ; et la [clause] médiane — [c'est un] décret de peur qu'il [ne] la vende en présence d'un Juif.

📜 Rachi (3)
כֻּולַּהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין וְלָא זָבִין יִשְׂרָאֵל מֵעוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּשָׂר הִילְכָּךְ רֵישָׁא א"צ לִיטֹּול גִּידָהּ וְסֵיפָא נָמֵי אָסוּר לִשְׁלֹוחַ עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלִיקַּח בָּשָׂר דְּכֵיוָן דְּאֵין מַכְרִיזִין יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא יֵשׁ טְרֵפָה בְּאִיטְלִיז וְאֵין אָנוּ יוֹדְעִין:
La totalité [traite] d'un lieu où l'on n'annonce pas — et [où] un Juif n'achète pas de viande d'un goy ; c'est pourquoi, [dans] la [clause] initiale, il n'est pas nécessaire d'[en] retirer le nerf, et la [clause] finale aussi, [à savoir] qu'il est interdit d'envoyer un goy acheter de la viande — car, puisqu'on n'annonce pas, il y a à craindre qu'il [n'y] ait de la tereifa à l'étal sans que nous le sachions.
וּמְצִיעֲתָא דְּקָתָנֵי אָסוּר לִמְכּוֹר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אִם לֹא הוֹדִיעוֹ:
Et la [clause] médiane — qui enseigne qu'il est interdit de [la] vendre à un goy si on ne l'[en] a pas informé [le goy].
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִמְכְּרֶנָּה לוֹ הַטַּבָּח בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל וְזֶה הָרוֹאֶה לֹא שָׁמַע מִן הַטַּבָּח שֶׁהִיא טְרֵפָה סָבוּר שֶׁהִיא כְּשֵׁרָה. וּמִיהוּ בְּרֵישָׁא גַּבֵּי שׁוֹלֵחַ יֶרֶךְ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לֹא גָּזַר שֶׁמָּא יִתְּנֶנָּה לוֹ בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקָּחֶנָּה מִיָּדוֹ וְיֹאכְלֶנָּה בְּגִידָה דְּבִשְׁלָמָא גַּבֵּי מְכִירַת טַבָּח בְּאִיטְלִיז קָמְזַבֵּין לֵיהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָתָם יִשְׂרָאֵל טוּבָא קָיְימִי וְחָזוּ וְחָייְשִׁינַן דִּלְמָא חַד מִינַּייְהוּ הָדַר וְזַבֵּין לָהּ מִינֵּיהּ אֲבָל שׁוֹלֵחַ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּבֵיתוֹ הוּא וּמִי רָאָה ואת"ל יִרְאֶנָּה אָדָם לָא גָּזְרִינַן כֻּולֵּי הַאי שֶׁמָּא יִקָּחֶנָּה זֶה דכ"ע לָא זָבְנִי בִּישְׂרָא וְתַנָּא דְּמַתְנִי' פְּלִיג אַתַּנָּא דְּבָרַיְיתָא וְגָזַר בָּהּ כִּדְאוֹקֵימְנָא לְעֵיל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְּנֶנָּה לוֹ כו':
[C'est un] décret de peur qu'il [ne] la lui vende — le boucher, en présence d'un Juif, et [que] celui qui voit [cela], n'ayant pas entendu du boucher qu'elle est tereifa, croie qu'elle est cachere. Et toutefois, dans la [clause] initiale, à propos de celui qui envoie une cuisse à un goy, [le Tana] n'a pas décrété de peur qu'il [ne] la lui donne en présence d'un Juif et [que] celui-ci [ne] la prenne de sa main et [ne] la mange avec son nerf : car, certes, pour la vente du boucher à l'étal, [quand] il [la] vend au goy, là se tiennent beaucoup de Juifs qui voient, et nous craignons que l'un d'eux [ne] revienne l'acheter de lui ; mais celui qui envoie à un goy, [c'est] chez lui [du goy, en privé], et qui a vu ? Et même [si] tu dis [qu']un homme la verrait, nous ne décrétons pas tant [par crainte] que celui-ci [ne] l'achète, car tout le monde n'achète pas de viande [d'un goy]. Et le Tana de notre michna diverge du Tana de la braita et a décrété à son sujet, comme nous l'avons établi plus haut, [par] décret de peur qu'il [ne] la lui donne, etc.
💡 Explication

Troisième résolution (voir le schéma). Rav Achi unifie l'autre cadre : toute la braita traite d'un lieu où l'on n'annonce pas (donc le Juif n'achète jamais du goy). Pourquoi alors la clause médiane interdit-elle de vendre nevela/tereifa au goy ? Par décret rabbinique : de peur que le boucher [ne] la vende au goy en présence d'un Juif qui, n'ayant pas entendu dire que c'est tereifa, la croira cachere et [la] rachètera.

10
הֵיכִי מַכְרְזִינַן? אָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף: נְפַל בִּישְׂרָא לִבְנֵי חֵילָא.

Comment annonce-t-on ? Rav Yitshak bar Yossef a dit : 'de la viande est tombée pour les soldats (bnei heila)' [= il nous est parvenu de la viande pour les goyim].

📜 Rachi (1)
נְפַל בִּישְׂרָא לִבְנֵי חֵילָא בָּא לְיָדֵינוּ בָּשָׂר לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים:
'De la viande est tombée pour les soldats' — il nous est parvenu de la viande pour les idolâtres.
💡 Explication

La sougya passe à la pratique de l'annonce (hakhraza). Comment annonce-t-on qu'une viande non cachere a été vendue à un goy ? Rav Yitshak bar Yossef : on dit 'de la viande est tombée pour les soldats' (bnei heila, les troupes goyim) — formule discrète qui signale aux Juifs qu'il y a aujourd'hui de la viande destinée aux goyim, sans dire ouvertement qu'elle est tereifa.

11
וְלֵימָא: נְפַל טְרֵיפְתָּא לִבְנֵי חֵילָא! לָא זָבְנִי.

Mais qu'il dise [donc] : 'une [bête] déchirée (tereifa) est tombée pour les soldats' ! Ils ne [l']achètent pas.

📜 Rachi (1)
לָא זָבְנִי דִּגְנַאי הוּא לָהֶם מֵאַחַר שֶׁאֵין אָנוּ רוֹצִים לְאוֹכְלָהּ:
Ils ne [l']achètent pas — car c'est un déshonneur pour eux, du moment que nous ne voulons pas la manger.
💡 Explication

Objection : pourquoi cette formule vague ? Qu'on annonce franchement 'une tereifa est tombée pour les soldats' ! Réponse : si l'on disait expressément que c'est tereifa, les goyim ne l'achètent plus — c'est un déshonneur pour eux d'acheter ce que les Juifs rejettent comme impropre.

12
וְהָא קָמַטְעִי לְהוּ? אִינְהוּ הוּא דְּקָמַטְעוּ נַפְשַׁיְיהוּ.

Mais voici qu'il les trompe (matei lehou) ! Ce sont eux qui se trompent eux-mêmes (mat'ou nafchaihou).

📜 Rachi (1)
אִינְהוּ הוּא דְּקָא מִטְּעוּ אַנַּפְשַׁיְיהוּ דְּלָא מְשַׁייְּלִי אִי טְרֵפָה אִי כְּשֵׁרָה. וְהַאי דְּקָתָנֵי לְעֵיל מִפְּנֵי שֶׁמַּטְעֵהוּ בְּמוֹכֵר לוֹ בְּחֶזְקַת שְׁחוּטָה וְכֵן הַפּוֹתֵחַ חָבִיּוֹת הַמְּכוּרוֹת לַחֶנְוָנִי דְּאוֹמֵר לוֹ בִּשְׁבִילְךָ אֲנִי פּוֹתְחָם דְּוַדַּאי גּוֹנֵב דַּעְתּוֹ:
Ce sont eux qui se trompent eux-mêmes — car ils ne demandent pas si c'est tereifa ou cachere. Et ce qui est enseigné plus haut 'parce qu'il le trompe' [vise le cas] où il [la] lui vend au titre d'une [bête] abattue ; et de même celui qui ouvre des tonneaux [déjà] vendus au commerçant (henvani) [et] lui dit 'c'est pour toi que je les ouvre' — la, assurément, il [lui] vole l'esprit.
🗂️ Tossefot (1)
אִינְהוּ דְּקָא מִטְּעוּ אַנַּפְשַׁיְיהוּ כִּי הָא פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְהָא דְּקָתָנֵי לְעֵיל מִפְּנֵי שֶׁמַּטְעֵהוּ בְּמוֹכֵר לוֹ בְּחֶזְקַת שְׁחוּטָה וְכֵן הַפּוֹתֵחַ חָבִיּוֹת הַמְּכוּרוֹת לַחֶנְוָנִי כְּשֶׁאוֹמֵר לוֹ בִּשְׁבִילְךָ אֲנִי פּוֹתְחָן דְּוַדַּאי גּוֹנֵב דַּעְתּוֹ וְאֵין נִרְאֶה דְּהָא אֶלָּא אִם כֵּן הוֹדִיעוֹ קָתָנֵי דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ בִּסְתָם אָסוּר וְלָא שָׁרִי אֶלָּא בכה"ג וְעוֹד דְּמַאי פָּרֵיךְ מֵרַב יְהוּדָה דְּפָתַח לֵיהּ לְעֻולָּא דְּהָא וַדַּאי שֶׁלֹּא הָיָה מַטְעֵהוּ רַב יְהוּדָה לוֹמַר לוֹ בִּשְׁבִילְךָ אֲנִי פּוֹתְחָן לְכָךְ נִרְאֶה דְּהָתָם בִּסְתָם וְאָסוּר מִשּׁוּם דְּאֵין לָאוֹרֵחַ לְאַסּוּקֵי אַדַּעְתֵּיהּ דִּמְכוּרוֹת לַחֶנְוָנִי אֲבָל הָכָא אִיבְּעִי [לְהוּ] לְאַסּוֹקֵי אַדַּעְתַּייְהוּ דִּטְרֵפָה הִיא וּמַר זוּטְרָא אִיבְּעִי לֵיהּ לְאַסּוּקֵי אַדַּעְתֵּיהּ שֶׁלֹּא לִקְרָאתוֹ הָיוּ בָּאִים אֶלָּא לְצֹורֶךְ עַצְמָם:
'Ce sont eux qui se trompent eux-mêmes', comme ceci — [Rachi] a expliqué dans le Kountras [son commentaire] : et ce qui est enseigné plus haut 'parce qu'il le trompe' [vise le cas] où il [la] lui vend au titre d'une [bête] abattue ; et de même celui qui ouvre des tonneaux [déjà] vendus au commerçant, lorsqu'il lui dit 'c'est pour toi que je les ouvre' — la, assurément, il [lui] vole l'esprit. Et cela ne semble pas [correct] : car [la michna] enseigne '[seulement] s'il l'[en] a informé', ce qui implique que même [en cas de vente] sans rien préciser (setam), c'est interdit, et [que cela] n'est permis que dans un cas pareil [à celui-ci, où l'autre se trompe lui-même]. Et de plus, en quoi [la Guemara] objecte-t-elle à partir de Rav Yehouda, qui a ouvert [des tonneaux] pour Oula ? Voici qu'assurément Rav Yehouda ne le trompait pas en lui disant 'c'est pour toi que je les ouvre'. C'est pourquoi il semble que là-bas, [c'est] sans rien préciser (setam), et c'est interdit, parce que l'hôte (oréah) ne se met pas à l'esprit qu'[ils sont] vendus au commerçant ; mais ici, ils auraient dû se mettre à l'esprit que c'est tereifa. Et Mar Zoutra [aussi] aurait dû se mettre à l'esprit que ce n'[était] pas à sa rencontre qu'ils venaient, mais pour leur propre besoin.
💡 Explication

Nouvelle objection : en annonçant 'viande' au lieu de 'tereifa', ne trompe-t-on pas les goyim, qui croient acheter du cachere ? Réponse capitale : non, ce sont eux qui se trompent eux-mêmes — le vendeur ne précise pas, et le goy ne demande pas si c'est tereifa ou cachere. Laisser quelqu'un se méprendre de lui-même n'est pas de la gnéivat daat (tromperie active), qui, elle, est interdite.

13
כִּי הָא דְּמָר זוּטְרָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן הֲוָה קָאָזֵיל מִסִּיכְרָא לְבֵי מָחוֹזָא, וְרָבָא וְרַב סָפְרָא הֲווֹ קָא אָתוּ לְסִיכְרָא, פָּגְעוּ אַהֲדָדֵי. הוּא סָבַר לְאַפֵּיהּ הוּא דְּקָאָתוּ, אֲמַר לְהוּ: לָמָּה לְהוּ לְרַבָּנַן דִּטְרוּחַ וַאֲתוֹ כֻּולֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ רַב סָפְרָא: אֲנַן לָא הֲוָה יָדְעִינַן דְּקָאָתֵי מָר, אִי הֲוָה יָדְעִינַן טְפֵי הֲוָה טָרְחִינַן.

[C'est] comme cette [histoire] de Mar Zoutra fils de Rav Nahman, qui allait de Sikhra à Bé Mehoza, tandis que Rava et Rav Safra venaient à Sikhra ; ils se rencontrèrent. Il pensa [que] c'était à sa rencontre (le-apei) qu'ils venaient.

Il leur dit : pourquoi les Maîtres se sont-ils donné tant de peine et sont-ils venus de si loin ? Rav Safra lui dit : nous, nous ne savions pas que le Maître venait ; si nous l'avions su, nous nous serions donné plus de peine [encore].

📜 Rachi (3)
הָווּ אָתוּ לְסִיכְרָא פְּגַעוּ אַהֲדָדֵי וּכְסָבוּר מַר זוּטְרָא שֶׁלִּקְרָאתוֹ יָצְאוּ:
Venaient à Sikhra ; ils se rencontrèrent — et Mar Zoutra crut [que] c'était à sa rencontre qu'ils étaient sortis.
כֻּולֵּי הַאי יְצָאתֶם יוֹתֵר מִדַּאי:
Tant [de peine] — vous êtes sortis plus que de raison.
לָא הֲוָה יָדְעִינַן וְלַעֲשׂוֹת עֲסָקֵינוּ וְלֵילֵךְ לְמָקוֹם אַחֵר יָצָאנוּ:
Nous ne savions pas — et [c'est] pour faire nos affaires et aller ailleurs [que] nous sommes sortis.
💡 Explication

Illustration. Mar Zoutra fils de Rav Nahman, en chemin, croise Rava et Rav Safra et croit à tort qu'ils sont venus l'accueillir. Il les remercie de s'être donné tant de peine. Rav Safra répond franchement : 'nous ignorions ta venue ; si nous l'avions su, nous nous serions donné plus de peine encore' — autrement dit, nous ne venions pas pour toi.

14
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: מַאי טַעְמָא אֲמַרְתְּ לֵיהּ הָכִי, דְּאַחְלֵישְׁתֵּיהּ לְדַעְתֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: וְהָא קָא מַטְעֵינַן לֵיהּ! אִיהוּ הוּא דְּקָא מַטְעֵי נַפְשֵׁיהּ.

Rava lui dit : pour quelle raison lui as-tu dit cela, [au point] que tu l'as déconcerté (ahlichtei le-da'atei) ? Il lui dit : mais voici que nous le trompons (ka-mat'inan lei) !

[Rava répondit :] c'est lui qui se trompe lui-même (mat'ei nafchéi).

📜 Rachi (3)
דְּאַחְלֵישְׁתֵּיהּ לְדַעְתֵּיהּ שֶׁהָיָה סָבוּר תְּחִלָּה שֶׁכְּבַדְנוּהוּ:
Que tu l'as déconcerté — car il pensait d'abord [que] nous l'avions honoré.
וְהָא קָמַטְעִינַן לֵיהּ אִם לֹא הָיִיתִי מְגַלֵּהוּ הָיָה מַחְזִיק לָנוּ טוֹבָה חִנָּם:
Mais voici que nous le trompons — si je ne le lui avais pas dévoilé, il nous aurait su gré [d'un bienfait] pour rien (be-hinam).
אִיהוּ הוּא דְּמִטָּעֵי אַנַּפְשֵׁיהּ אַחֲרֵי שֶׁאָנוּ לֹא אָמַרְנוּ לוֹ לִקְרָאתֶךָ יָצָאנוּ:
C'est lui qui se trompe lui-même — du moment que nous, nous ne lui avons pas dit 'c'est à ta rencontre que nous sommes sortis'.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא קָא מַטְעֵינַן לֵיהּ וא"ת וְהָא אֵין זֶה טָעוּת כֵּיוָן דִּבְלָאו הָכִי הָיוּ בָּאִים לִכְבוֹדוֹ כִּדְקָאָמַר לֵיהּ טְפֵי הֲוָה טָרַחְנָא דכה"ג אָמְרִינַן לְעֵיל שָׁאנֵי עֻולָּא דְּחַבִּיב לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה וי"ל דְּלָא דָּמֵי כְּלָל דִּלְעֵיל נְהִי דְּלֵיכָּא פְּסֵידָא כָּל כָּךְ בְּמַה שֶׁפּוֹתְחָן כֵּיוָן שֶׁהָיוּ מְכוּרוֹת לַחֶנְוָנִי מ"מ בַּעֲבוּרוֹ פִּתְחָן וְכֵיוָן דַּאֲפִילּוּ לֹא הָיוּ מְכוּרוֹת הָיָה פּוֹתְחָן בַּעֲבוּרוֹ לֹא הֻוצְרַךְ לְהוֹדִיעוֹ כְּלָל אֲבָל הָכָא לֹא בָּאוּ כְּלָל בַּעֲבוּרוֹ:
'Mais voici que nous le trompons' — et si tu objectes : mais ce n'est pas [là] une tromperie, du moment que de toute façon ils venaient pour [le servir], comme il le lui dit 'nous nous serions donné plus de peine' — car en pareil cas nous disons plus haut [que] 'Oula [est] différent, car il [était] cher à Rav Yehouda' [et là, l'ouverture des tonneaux pour Oula ne fut pas tenue pour tromperie] ! Et l'on peut dire que [cela] ne ressemble pas du tout : car plus haut, bien qu'il n'y ait pas grande perte dans le fait qu'il les ouvre — du moment qu'ils étaient [déjà] vendus à l'aubergiste — néanmoins c'est pour lui [Oula] qu'il les a ouverts ; et puisque, même s'ils n'avaient pas été vendus, il les aurait ouverts pour lui, il n'avait pas du tout besoin de l'[en] informer. Mais ici, ils ne venaient pas du tout pour lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: וְהָא קָא מַטְעֵינַן לֵיהּ. קַשָּׁא מַאי סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּרַב סָפְרָא שֶׁאָמַר 'קָא מַטְעִינַן לֵיהּ' כִּי כֵּיוָן דְּשָׁתְקוּ וְלָא אָמַר לוֹ כְּלוּם בַּמֶּה הִטְעוּהוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהֵם וַדַּאי חָזְרוּ עִמּוֹ לְבֵי מָחוֹזָא דְּאִם הָיוּ הוֹלְכִים לְדַרְכָּם לְסִיכְרָא דְּהִנִּיחוּהוּ וְהָלְכוּ לְדַרְכָּם אֵיךְ יַחְשֹׁוב אַחַר כָּךְ שֶׁיֵּצְאוּ לִקְרָאתוֹ וְשַׁפִּיר עֲבַד רַב סָפְרָא דְּאָמַר לוֹ הָכִי וְלָמָּה הוֹכִיחוֹ רָבָא עַל זֹאת לוֹמַר לוֹ אַחְלַשְׁתֵּיהּ לְדַעְתֵּיהּ? וְעַל כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר דְּחָזְרוּ עִמּוֹ לְמָחוֹזָא וֶהֱבִיאוּהוּ לְבֵיתָם וְעַל כֵּן יֵשׁ לוֹמַר דְּחָשׁ רַב סָפְרָא בָּזֶה דְּסָבַר כֵּיוָן דְּחָזְרוּ עִמּוֹ נִמְצָא מַטְעִין אוֹתוֹ אִי הָווּ שָׁתְקִי וְלָא אָמְרִי לֵיהּ מִידִי.
« Il lui dit : mais voici que nous le trompons ! » — Difficulté : qu'a donc pu se mettre à l'esprit Rav Safra, qui a dit « nous le trompons », alors que, du moment qu'ils s'étaient tus et qu'on ne lui avait rien dit, en quoi l'auraient-ils trompé ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'eux, assurément, sont revenus avec lui à Bé Mehoza ; car s'ils avaient poursuivi leur chemin vers Sikhra, l'ayant quitté pour aller à leurs affaires, comment aurait-il pu penser ensuite qu'ils étaient sortis à sa rencontre ? Et Rav Safra a bien fait de lui parler ainsi : sinon, pourquoi Rava l'aurait-il repris à ce sujet en lui disant « tu l'as déconcerté » (tu lui as affaibli l'esprit) ? On est donc forcé de dire qu'ils sont revenus avec lui à Mehoza et l'ont amené jusqu'à leur maison. Et c'est pourquoi l'on peut dire que Rav Safra a eu ce scrupule, estimant que, puisqu'ils revenaient avec lui, il se trouverait le tromper s'ils se taisaient et ne lui disaient rien.
💡 Explication

Rava reproche à Rav Safra : pourquoi le lui dire, et le décevoir (ahlichtei le-da'atei, lui ôter sa joie) ? Rav Safra : mais sinon nous le trompions [en le laissant croire faussement] ! Rava tranche, dans le sens même de notre sougya : c'est lui qui se trompait lui-même — nous ne lui avons jamais dit que nous venions pour lui ; le laisser dans sa méprise n'eût pas été de la gnéivat daat. (Rav Safra, par scrupule de vérité, a tout de même préféré détromper.)

15
הָהוּא טַבָּחָא דַּאֲמַר לֵיהּ לְחַבְרֵיהּ:

[Il y eut] un certain boucher qui dit à son compagnon :

💡 Explication

Le daf s'achève sur l'amorce d'un nouveau récit (qui se poursuit au daf suivant) : un boucher [juif] s'adresse à un autre — début d'un cas pratique touchant encore à la vente de viande.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).