Chullin 95b — la viande dérobée à l'œil, la divination (nichoush) et la reconnaissance par signe ou par l'œil

Chullin 95b

Sougya : Le daf développe la règle de Rav sur la viande qui s'est dérobée à l'œil (bassar she-nitalem min ha-ayin) : interdite, par crainte qu'un corbeau ne l'ait échangée contre une viande interdite, car 'l'interdit est plus fréquent' (de-issoura shekhihi tefi) ; mais cela ne vaut que là où l'interdit abonde (port idolâtre), tandis que là où les bouchers juifs sont majoritaires, le permis l'emporte (Rav Nahman et les foies jetés par des corbeaux la veille de Kippour). Rav lui-même ne mangeait que de la viande surveillée sans interruption, ou liée et scellée, ou marquée d'un signe.

Suit un long développement sur la divination (nichoush) : interdite seulement si l'on s'y fie vraiment comme Eliezer serviteur d'Abraham ou Yonatan fils de Saul ; un simple indice (siman) est permis. Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan avaient chacun leur manière de 's'éclairer' (barque, livre, verset d'enfant) ; le verset 'Chmouel est mort' détourne Rabbi Yo'hanan d'un voyage.

La braita de Rabbi Chimon ben Elazar (maison, enfant, femme) et Rabbi Elazar (trois fois) encadrent le siman. La fin énumère des objets perdus puis retrouvés (viande, laine de tekhelet) levés par signe ou par reconnaissance visuelle, et ouvre la comparaison des deux (Rava).

La viande qui s'est dérobée à l'œil (bassar she-nitalem min ha-ayin) Un morceau de viande perdu, hors de vue Crainte : un corbeau a pu l'échanger Position de Rav l'interdit est plus fréquent (de-issoura shekhihi tefi) la viande dérobée à l'œil est interdite sauf : vue continue, lien-sceau, signe (siman) ou reconnaissance visuelle Quand le permis abonde là où la majorité des bouchers sont juifs (de-heteira shekhiah) ex. veille de Kippour, foies et reins jetés par des corbeaux on prend et on mange
La règle de Rav sur la viande dérobée à l'oeil (segments 0-5, 15) : interdite quand l'interdit abonde, permise quand le permis abonde.
Divination (nichoush) interdite contre signe (siman) permis Nichoush — interdit se fier vraiment à un présage pour décider d'agir ou non le critère de Rav : tel Eliezer serviteur d'Abraham et Yonatan fils de Saul qui en faisaient dépendre l'action = cela seul est du nichoush Siman — permis y voir un simple indice sans en faire dépendre l'acte R. Chimon ben Elazar : maison, enfant, femme la 1re transaction qui réussit est bon signe (R. Elazar : vérifie trois fois) Rav et la barque, Chmouel le livre...
Divination interdite (nichoush) contre indice permis (siman), segments 6-13 : le critère de Rav et la braita de R. Chimon ben Elazar.
Signe (siman) ou reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina) ? Pour lever l'interdit d'un objet perdu puis retrouvé après s'être dérobé à l'œil Siman (signe) marque distinctive sur l'objet on restitue une perte par siman à toute personne Rava au départ : le siman l'emporte (la suite, daf 96a, conclut autrement) Tevi'ut ayina reconnaissance directe par l'œil on ne restitue par elle qu'à un sage (tsourba me-rabbanan) les cas (Rav Houna, Rav Nahman, Rav Hisda) suffisent par l'une ou l'autre
Lever l'interdit d'un objet retrouvé : par signe (siman) ou par reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina), segments 16-19.
1
מְחֻווָּר רֵישָׁא, נְפַל מִינֵּיהּ, אֲזַל אַיְיתִי סִילְתָּא שְׁדָא אַסֵּיק תְּרֵין, אֲמַר רַב: עָבְדִי נָמֵי הָכִי, אַסְרִינְהוּ נִיהֲלֵיהּ.

[Quelqu'un] nettoyait une tête [de bête dans la rivière]. Elle lui tomba [à l'eau].

Il alla, apporta un panier, [le] jeta [à l'eau] et [en] retira deux [têtes]. Rav dit : se fait-il aussi de cette manière [que celui qui perd un objet en retrouve deux] ?

Il les lui interdit toutes [deux].

📜 Rachi (3)
מְחֻוָּור מְחַלְּלוֹ וּמְדִיחוֹ בְּמַיִם:
Nettoyait (mehavver) — [c'est-à-dire] il [la] rince et [la] lave dans l'eau.
סִלְתָּא סַל:
Silta — un panier.
עָבְדִי נָמֵי הָכִי וְכִי דֶּרֶךְ הוּא כֵּן שֶׁהַמְאַבֵּד חֵפֶץ אֶחָד מוֹצֵא שְׁנַיִם כְּלוֹמַר אֲחֵרִים הָווּ נָמֵי הָתָם בְּרֵישָׁא:
Se fait-il aussi de cette manière — et est-ce donc l'usage qu'ainsi celui qui perd un seul objet [en] trouve deux ? C'est-à-dire [que] d'autres [têtes] se trouvaient aussi là dans la rivière.
🗂️ Tossefot (1)
אַסֵּיק תְּרֵין אָמַר רַב עָבְדִי נָמֵי הָכִי אַסְרִינְהוּ נִיהֲלֵיהּ וְאִי לָא אַסִּיק אֶלָּא חַד לֹא הָיָה אוֹסֵר שֶׁהֲרֵי רָאָה שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם עוֹרֵב וְהָא לָא הֲוָה לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא שֶׁלּוֹ נֶאֱבַד בַּמַּיִם וְזֶהוּ אַחֵר אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאַסִּיק תְּרֵי אָסְרִינַן אע"פ שֶׁרֹוב טַבָּחֵי יִשְׂרָאֵל הָווּ שָׁם דְּחָיֵישׁ שֶׁמָּא עוֹרֵב הֵבִיא מֵרֻובָּא דְּעָלְמָא וְהַיְינוּ דְּקָאָמַר דְּאִיסּוּרָא שְׁכִיחַ טְפֵי כְּלוֹמַר בַּמְּקוֹמוֹת הָרְחוֹקִים שֶׁיְּכוֹלִים עוֹרְבִין לְהָבִיא מִשָּׁם וּלְקַמָּן דְּשָׁרֵי רַב כָּהֲנָא כְּבֵדִי וְכוֹלְיָיתָא דְּמַיְיתוּ עוֹרְבִין וְשָׁדוּ מִשּׁוּם דְּהֶיתֵּרָא שְׁכִיחָא הָתָם בְּכָל מְקוֹמוֹת שֶׁסְּבִיב שֶׁהָיוּ עוֹרְבִין יְכוֹלִים לְהָבִיא מִשָּׁם הָיוּ רֹוב טַבָּחֵי יִשְׂרָאֵל:
[Et] il [en] retira deux ; Rav dit 'se fait-il aussi de cette manière ?' [et] il les lui interdit — or [s']il n'[en] avait retiré qu'une seule, il ne [l']aurait pas interdite, car il voyait qu'il n'y avait pas là de corbeau, et il n'y avait pas lieu de craindre que la sienne se soit perdue dans l'eau et que celle-ci [soit] une autre. Mais maintenant qu'il [en] a retiré deux, nous [les] interdisons, bien que la majorité des bouchers d'Israël fussent là, car il craint qu'un corbeau [n']en ait apporté une de la majorité du monde [extérieur]. Et c'est [le sens de] ce qu'il dit : l'interdit est plus fréquent — c'est-à-dire dans les lieux éloignés d'où des corbeaux peuvent [en] apporter. Et plus loin, où Rav Kahana permet les foies et les reins que des corbeaux apportent et jettent, [c'est] parce que le permis [y] est fréquent : dans tous les lieux d'alentour d'où des corbeaux pouvaient [en] apporter, la majorité des bouchers étaient des Juifs.
💡 Explication

Récit (début en 95a) : un homme rince une tête de bête dans la rivière ; elle tombe à l'eau, et en jetant un panier il en remonte deux. Rav raisonne : si l'une au moins n'est pas la sienne, peut-être qu'aucune ne l'est — un corbeau a pu apporter d'ailleurs une tête de bête interdite. Puisqu'elles se sont dérobées à l'œil, il les interdit toutes deux.

🖼️ Schéma
La viande qui s'est dérobée à l'œil (bassar she-nitalem min ha-ayin) Un morceau de viande perdu, hors de vue Crainte : un corbeau a pu l'échanger Position de Rav l'interdit est plus fréquent (de-issoura shekhihi tefi) la viande dérobée à l'œil est interdite sauf : vue continue, lien-sceau, signe (siman) ou reconnaissance visuelle Quand le permis abonde là où la majorité des bouchers sont juifs (de-heteira shekhiah) ex. veille de Kippour, foies et reins jetés par des corbeaux on prend et on mange
La viande qui s'est dérobée à l'œil : crainte d'un échange par corbeau ; interdite quand l'interdit abonde, permise quand le permis abonde.
2
אָמְרִי לֵיהּ רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לְרַב: דְּאִיסּוּרָא שְׁכִיחֵי, דְּהֶתֵּירָא לָא שְׁכִיחִי? אֲמַר לְהוּ: דְּאִיסּוּרָא שְׁכִיחִי טְפֵי.

Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : l'interdit serait[-il] fréquent et le permis non fréquent [au point d'interdire ces têtes] ? Il leur dit : l'interdit est plus fréquent.

📜 Rachi (1)
דְּהֶיתֵּירָא לָא שְׁכִיחִי בִּתְמִיהַּ הַאי נָמֵי דְּהֶיתֵּירָא הוּא:
Le permis ne serait[-il] pas fréquent — [dit] avec étonnement : celle-ci aussi est du permis [donc pourquoi l'interdire] ?
💡 Explication

Rav Kahana et Rav Assi objectent : ici la majorité de la viande est permise — pourquoi donc interdire ? Rav répond par le principe : l'interdit est plus fréquent (de-issoura shekhihi tefi). De cet incident les Sages ont déduit que, pour Rav, la viande dérobée à l'œil devient interdite, par crainte qu'un corbeau ne l'ait apportée d'un lieu où l'interdit domine.

3
וְכִי מִכְּלָלָא, מַאי? פַּרְווְתָא דְּגוֹיִם הֲוַאי, תֵּדַע, דְּקָאָמַר לְהוּ: ״דְּאִיסּוּרָא שְׁכִיחִי טְפֵי״.

Et [même si cela n'est connu] que par déduction (mi-kelala), qu'[importe-t-il] ? [Réponse :] c'était un port d'idolâtres (parvata de-goyim).

Sache-[le], car il leur dit 'l'interdit est plus fréquent'.

📜 Rachi (1)
וְכִי מִכְּלָלָא מַאי לְעֵיל קָאֵי דְּאָמְרִי לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר מַאי בֵּין פֵּירוּשָׁא לִכְלָלָא וְהָא שַׁפִּיר שָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּכֵיוָן שֶׁנִּתְעַלֵּם אָסוּר מִדְּאָסַר לְרֹאשׁ הַנִּמְצָא: וּמְשַׁנֵּי אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּלֵיכָּא לְמִיסְמַךְ אַמִּילְּתָא כֻּולֵּי הַאי דְּאִיכָּא לְמֵימַר בְּרוֹב טַבָּחֵי יִשְׂרָאֵל מוֹדֶה דְּמֻותָּר וְהָכָא מִשּׁוּם דְּפַרְווְתָא דְּעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים הֲוַאי. נָמֵל פור"ט וּשְׁכִיחִי דְּאִיסּוּרָא טְפֵי:
Et [si cela n'est connu] que par déduction, qu'[importe-t-il] — cela se rapporte à ce qui précède, ou ils disaient [que la règle] n'a pas été dite explicitement [par Rav] : quelle [différence] y a-t-il entre [le savoir par] énoncé explicite et [le savoir par] déduction ? car nous l'apprenons bien de cet [incident], puisque, du fait qu'il a interdit la tête trouvée, [il ressort que] dès lors qu'[une viande] s'est dérobée [à l'œil], elle est interdite. Et [la Guemara] répond : il y a entre eux [une différence], à savoir qu'on ne peut pas tant s'appuyer sur la chose, car il y a lieu de dire [que], là où la majorité des bouchers sont juifs, il concède [que c'est] permis ; et ici, [il a interdit] parce que c'était un port d'idolâtres — un port (namal en hébreu, port en vernaculaire) où l'interdit est plus fréquent.
💡 Explication

La Guemara demande : qu'importe que la position de Rav ne soit connue que par déduction de ce récit, et non par un énoncé explicite ? Réponse : il y a une différence — ce récit ne fait pas précédent général, car ce lieu était un port d'idolâtres, où la majorité de la viande était interdite. Preuve : Rav répond justement 'l'interdit est plus fréquent' — là où ce n'est pas le cas, il admettrait peut-être la permission.

4
אֶלָּא רַב, הֵיכִי אֲכַל בִּשְׂרָא בְּשַׁעְתֵּיהּ, דְּלָא (עָלִים) [מַעֲלִים] עֵינֶיהָ מִינֵּיהּ? אִיבָּעֵית אֵימָא: בְּצַייְרָא וַחֲתִימָא, וְאִי נָמֵי: בְּסִימָנָא, כִּי הָא דְּרַבָּה בַּר רַב הוּנָא מְחַתֵּךְ לֵיהּ אַתְּלָת קַרְנָתָא.

Mais Rav, comment mangeait-il de la viande de son temps, lui qui n'en détournait pas les yeux [un instant] ? Si tu veux, dis : [c'était] de la viande liée et scellée ; et si tu veux [encore] : par un signe (siman), comme cet [usage] de Rabba bar Rav Houna, qui [la] découpait en trois coins.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא רַב הֵיכִי אָכִיל בִּשְׂרָא הוֹאִיל וּבְהַעֲלָמָה אָסַר לֵיהּ:
Mais Rav, comment mangeait-il de la viande — puisque, dans le cas d'une chose dérobée [à l'œil], il [la] lui interdit.
וּמְשַׁנֵּי בְּשַׁעְתֵּיהּ מִיָּד כְּשֶׁנִּשְׁחַט:
Et [la Guemara] répond : de son temps — aussitôt après l'abattage.
אַתְּלָת קַרְנָתָא לְכָל חֲתִיכָה ג' קְרָנוֹת וּמִשּׁוּם סִימָן שֶׁלֹּא יִגָּנְבוּ מִמֶּנָּה אֱנָשֵׁי בֵיתוֹ:
En trois coins — à chaque morceau trois coins, en guise de signe (siman), pour que les gens de sa maison n'[en] dérobent pas.
💡 Explication

Objection : si la viande dérobée à l'œil est interdite, comment Rav lui-même mangeait-il jamais de la viande ? Trois réponses : (1) il ne mangeait que 'de son temps', juste après l'abattage, sans l'avoir jamais perdue de vue ; (2) de la viande liée et scellée (tsaïra ve-hatima), ce qui interdit tout échange ; (3) reconnaissable par un signe (siman) — tel Rabba bar Rav Houna qui découpait les morceaux en triangles (trois coins) pour que les siens ne lui en dérobent pas.

5
רַב הֲוָה קָאָזֵיל לְבֵי רַב חָנָן חַתְנֵיהּ, חֲזָא מַבָּרָא דְּקָאָתֵי לְאַפֵּיהּ, אֲמַר: מַבָּרָא קָאָתֵי לְאַפֵּי, יוֹמָא טָבָא לְגוֹ.

Rav s'en allait à la maison de Rav Hanan, son gendre. Il vit une barque (mavra) qui venait à sa rencontre.

Il dit : une barque vient à ma rencontre [c'est qu']un bon jour [m'attend] la-dedans.

📜 Rachi (2)
חֲזָא מַבָּרָא מַעְבֹּורֶת הַנָּהָר שֶׁהָיְתָה בָּאָה מֵעֵבֶר הַשֵּׁנִי לְעֵבֶר זֶה:
Il vit une barque — le bac du fleuve, qui venait de l'autre rive vers cette rive[-ci].
אֲמַר מַבָּרָא אָתֵי לְאַפַּאי יוֹמָא טָבָא לְגוֹ סִימָן טוֹב הוּא לְעוֹבְרֵי דְּרָכִים כְּשֶׁהַמַּעְבֹּורֶת בָּאָה לִקְרָאתָן מֵאֵלֶיהָ קֹודֶם שֶׁזִּימְּנוּהָ יוֹם טוֹב לָהֶם בְּבֵית אֻושְׁפִּיזָם בְּאוֹתָהּ לַיְלָה כְּשֶׁיָּלִינוּ:
Il dit : une barque vient à ma rencontre, [c'est qu']un bon jour [m'attend] la-dedans — c'est un bon signe pour les voyageurs quand le bac vient à leur rencontre de lui-même, avant qu'on l'ait fait venir : un bon jour [les attend] dans la maison de leur hôte cette nuit[-là], quand ils [y] logeront.
💡 Explication

Récit illustrant le nichoush (lecture de présages). Rav se rend chez son gendre Rav Hanan ; arrivé au bord du fleuve, il voit le bac (mavra) venir vers lui de lui-même, avant qu'on l'ait appelé. Il y voit un bon signe : un jour de fête (un bon repas) l'attend la où il va.

6
אֲזַל, קָם אַבָּבָא, אוֹדֵיק בְּבִזְעָא דְּדַשָּׁא, חֲזָא חַיּוּתָא דְּתַלְיָא, טָרַף אַבָּבָא, נְפוּק אֲתוֹ כֻּולֵּי עָלְמָא לְאַפֵּיהּ, אֲתָא טַבָּחֵי נָמֵי, לָא עַלֵּים רַב עֵינֵיהּ מִינֵּיהּ, אֲמַר לְהוּ: אִיכּוֹ הַשְׁתָּא סְפִיתוּ לְהוּ אִיסּוּרָא לִבְנֵי בְרַת. לָא אֲכַל רַב מֵהָהוּא בִּישְׂרָא.

Il alla, se tint à la porte, regarda par une fente de la porte, vit une bête suspendue [prête à être cuite], frappa à la porte ; tous sortirent à sa rencontre, les bouchers vinrent aussi, [et] Rav ne détacha pas son œil d'elle. Il leur dit : si maintenant [vous vous étiez fiés à votre surveillance], vous auriez fait manger de l'interdit aux fils de ma fille [car nul ne la surveillait quand vous êtes tous sortis].

Rav ne mangea pas de cette viande.

📜 Rachi (3)
אוֹדֵיק בְּבִזְעָא דְּדַשָּׁא הַצִּיץ דֶּרֶךְ סֶדֶק שֶׁבַּדֶּלֶת:
Regarda par une fente de la porte — il jeta un coup d'œil par la fente qui [était] dans la porte.
אִיכּוּ הַשְׁתָּא כְּלוֹמַר אִם בִּשְׁמִירַתְכֶם הַשְׁתָּא:
Si maintenant — c'est-à-dire : si [vous vous étiez fiés] à votre surveillance de maintenant.
סְפִיתוּ לְהוּ אִיסּוּרָא לִבְנֵי בְּנֹתַי שֶׁהֶעֱלַמְתֶּם עֵינֵיכֶם:
Vous auriez fait manger de l'interdit aux fils de mes filles — car vous [en] aviez détourné les yeux.
🗂️ Tossefot (1)
לָא עַלֵּים רַב עֵינֵיהּ מִינֵּיהּ לֹא הָיָה יָכוֹל לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּסָבַר רַב דְּבָשָׂר שֶׁנִּתְעַלֵּם מִן הָעַיִן אָסוּר דְּדִלְמָא רֹוב טַבָּחֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים הָיוּ שָׁם:
Rav n'[en] détacha pas son œil — on ne peut déduire de là que Rav tient [que] la viande qui s'est dérobée à l'œil est interdite, car peut-être la majorité des bouchers étaient[-ils] là des idolâtres.
💡 Explication

Suite du récit : arrivé à la porte, Rav épie par une fente et voit une bête suspendue. Il frappe ; tous sortent l'accueillir, y compris les bouchers, laissant la viande sans surveillance. Rav, lui, n'en a pas détaché l'œil. Il avertit : si vous vous étiez fiés à votre garde, vous auriez fait manger de l'interdit à ses petits-enfants. Pourtant, Rav ne mangea pas de cette viande (la raison est discutée au segment suivant).

7
מַאי טַעְמָא? אִי מִשּׁוּם אִיעֲלוֹמֵי – הָא לָא אַיְּעֵלִים, אֶלָּא דְּנַחֵישׁ.

Quelle [en est] la raison [pour laquelle Rav ne mangea pas] ? Si [c'est] à cause du fait de s'être dérobé [à l'œil] — or elle ne s'est pas dérobée !

Plutôt, [c'est] parce qu'il avait pris un présage (de-nahich).

📜 Rachi (1)
דְּנַחֵישׁ אַמַּעְבָּרָא דַּאֲתָא לְאַפֵּיהּ דְּאָמַר יוֹמָא טָבָא לְגוֹ:
Parce qu'il avait pris un présage — au sujet de la barque qui était venue à sa rencontre, [puisqu']il avait dit 'un bon jour [m'attend] la-dedans'.
💡 Explication

La Guemara cherche pourquoi Rav s'est abstenu. Ce n'est pas à cause d'une dérobade à l'œil, puisqu'il avait gardé la viande en vue. Plutôt : parce qu'il avait lui-même pris un présage (la barque venue à sa rencontre, 'un bon jour m'attend') — or se fier à un présage relève du nichoush, et Rav s'en serait pénalisé.

8
וְהָאָמַר רַב: כָּל נַחַשׁ שֶׁאֵינוֹ כֶּאֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם וּכְיוֹנָתָן בֶּן שָׁאוּל – אֵינוֹ נָחָשׁ! אֶלָּא סְעוּדַת הָרְשׁוּת הֲוַאי, וְרַב לָא מִתְהֲנֵי מִסְּעוּדַת הָרְשׁוּת.

Mais Rav n'a-t-il pas dit : toute divination (nahach) qui n'est pas comme [celle d']Eliezer serviteur d'Abraham et comme [celle de] Yonatan fils de Saul n'est pas une divination ! Plutôt, [c'était] un repas facultatif (seoudat ha-rechout), et Rav ne tirait pas profit d'un repas facultatif.

📜 Rachi (3)
כָּל נָחָשׁ שֶׁאֵינוֹ סוֹמֵךְ עָלָיו מַמָּשׁ כֶּאֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם שֶׁאִם תַּשְׁקֵנִי אֲדַבֵּר בָּהּ וְאִם לָאו לֹא אֲדַבֵּר בָּהּ:
Toute divination qui n'est pas — [c'est-à-dire qui n'est pas telle qu'on] s'y fie réellement, comme Eliezer serviteur d'Abraham, [qui dit] 'si elle me donne à boire, je parlerai d'elle [à son sujet], et sinon, je n'[en] parlerai pas'.
וּכְיוֹנָתָן בֶּן שָׁאוּל אִם יֹאמְרוּ (אֵלֵינוּ עֲלוּ) וְעָלִינוּ:
Et comme Yonatan fils de Saul — 's'ils nous disent 'montez vers nous', alors nous monterons'.
סְעוּדַת הָרְשׁוּת בַּת ת"ח לע"ה בְּאֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים מט.):
Un repas facultatif — [le mariage] de la fille d'un érudit (talmid 'hakham) avec un homme du commun (am ha-arets), [comme] dans [le chapitre] Elou Ovrin (Pessahim 49a).
🗂️ Tossefot (2)
כֶּאֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם וְאִם תֹּאמַר אֱלִיעֶזֶר הֵיאַךְ נְיַחֵשׂ לָמֶ"ד בְּפֶ' אַרְבָּעָה מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נו:) כָּל הָאָמוּר בְּפָרָשַׁת מְכַשֵּׁף בֶּן נֹחַ מֻוזְהָר עָלָיו וי"ל דְּהַהוּא תַּנָּא סָבַר שֶׁלֹּא נָתַן לָהּ הַצְּמִידִים עַד שֶׁהִגִּידָה לוֹ בַּת מִי הִיא ואע"ג דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כד) וַיִּקַּח הָאִישׁ נֶזֶם זָהָב וְגוֹ' וַהֲדַר כְּתִיב וַיֹּאמֶר בַּת מִי אַתְּ אֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה וְכֵן מוּכָח כְּשֶׁסִּפֵּר דִּכְתִיב וָאֶשְׁאַל אֹותָהּ וָאֹומַר בַּת מִי אַתְּ:
Comme Eliezer serviteur d'Abraham — et si tu dis : Eliezer, comment a-t-il pris un présage, selon l'avis (Sanhédrin 56b) [que] tout ce qui est dit dans la section du sorcier, un fils de Noé [en] est averti [donc interdit] ? On peut dire que ce Tana tient qu'il ne lui donna les bracelets qu'après qu'elle lui eut dit de qui elle était fille ; et bien qu'il soit écrit (Gn 24) 'et l'homme prit un anneau d'or etc.' et qu'ensuite il soit écrit 'et il dit : de qui es-tu fille', [c'est qu']il n'y a pas d'antériorité ni de postériorité dans la Torah [l'ordre du récit n'est pas chronologique]. Et de même cela ressort lorsqu'il [le] raconta, car il est écrit 'et je l'interrogeai et je dis : de qui es-tu fille'.
וּכְיוֹנָתָן בֶּן שָׁאוּל וא"ת הֵיאַךְ נְיַחֵשׂ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְזָרֵז אֶת נַעֲרוֹ אָמַר כֵּן וּבְלָאו הָכִי נָמֵי הָיָה עוֹלֶה:
Et comme Yonatan fils de Saul — et si tu dis : comment a-t-il pris un présage ? On peut dire qu'il dit cela [seulement] pour stimuler son jeune serviteur, et que, sans cela aussi, il serait monté [combattre].
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָאָמַר רַב: כָּל נַחַשׁ שֶׁאֵינוֹ כֶּאֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם וּכְיוֹנָתָן בֶּן שָׁאוּל, אֵינוֹ נָחָשׁ. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְהַקְשׁוֹת עֲדִיפָה מִינָּהּ דְּהָא קָאָמַר 'רַב בְּדִיק בְּמַבָּרָא' נִמְצָא הָיָה דַּרְכּוֹ וּמִנְהָגוֹ תָּמִיד? וְנִרְאֶה לִי דִּבְדִיק בְּמַבָּרָא וְלֹא הָיָה אוֹמֵר בְּפִיו כְּלוּם טוֹב אוֹ רַע כִּי אִם רַק בִּלְבָבוֹ סוֹמֵךְ עַל זֶה וְכָאן דְּאָמַר אֶלָּא דְּנַחֵישׁ הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּאָמַר בְּפֵירוּשׁ מַבָּרָא קָאָתֵי לְאַפַּאי יוֹמָא טָבָא לָנוּ.
« Mais Rav n'a-t-il pas dit : toute divination (nachach) qui n'est pas comme [celle d']Eliezer serviteur d'Abraham et comme [celle de] Yonatan fils de Saul n'est pas une divination ! » Il [à la Guemara] aurait été plus fort d'objecter [autrement] : car il est dit [plus loin] que « Rav s'éclairait par la barque (mavra) » — il se trouve donc que [se fier à un présage] était sa voie et sa pratique constante [comment alors dire que se fier au présage relève d'une divination interdite, puisque Rav lui-même le faisait toujours ?]. Et il me semble [avec l'aide du Ciel] que [Rav] s'éclairait par la barque mais ne prononçait de sa bouche rien du tout, ni bon ni mauvais ; il s'appuyait seulement sur cela dans son cœur [en silence, ce qui n'est pas du nichoush]. Et ici, où il est dit « plutôt parce qu'il avait pris un présage (de-nachich) », c'est parce qu'il avait dit explicitement [à voix haute] : « une barque vient à ma rencontre, un bon jour [nous attend] la-dedans » [et le fait de l'énoncer en fait une divination].
💡 Explication

Difficulté : Rav lui-même enseigne que seule est une divination [interdite] celle où l'on se fie vraiment au présage pour décider d'agir, comme Eliezer (Gn 24) ou Yonatan (I Sam 14) — ce qui n'était pas le cas de Rav, qui n'en fit pas dépendre son action. Donc il n'a pas transgressé et n'avait pas à se pénaliser. Vraie raison : c'était un repas facultatif (non lié à une mitsva), et Rav refusait de tirer profit d'un tel repas.

9
רַב בְּדִיק בְּמַבָּרָא, וּשְׁמוּאֵל בְּדִיק בְּסִפְרָא, רַבִּי יוֹחָנָן בָּדֵיק בְּיָנוֹקָא.

Rav s'éclairait par la barque (mavra), Chmouel s'éclairait par le livre (sifra), [et] Rabbi Yo'hanan s'éclairait par l'enfant (yenouka).

📜 Rachi (2)
בְּדִיק בְּמַבָּרָא אִם מְזֻומֶּנֶת לוֹ אָזֵיל וְאִם בְּקֹושִׁי מוֹצְאָהּ לָא אָזֵיל:
S'éclairait par la barque — si elle [était] prête pour lui, il s'en allait ; et s'il [la] trouvait avec peine, il ne s'en allait pas.
בְּיָנוֹקָא דְּשָׁייֵל לֵיהּ פָּסוּק לִי פְּסוּקָיךְ:
Par l'enfant — qu'il lui demandait : 'récite-moi ton verset'.
💡 Explication

Trois maîtres et leur manière de 's'éclairer' (procédé de simple siman, non de nichoush) : Rav par la barque (s'il la trouvait prête, il partait, sinon non) ; Chmouel par le livre (il l'ouvrait et lisait le verset rencontré) ; Rabbi Yo'hanan par l'enfant (il lui demandait le verset qu'il étudiait).

10
כּוּלְּהוּ שְׁנֵי דְּרַב, הֲוָה כָּתַב לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן ״לְקַדֵּם רַבֵּינוּ שֶׁבְּבָבֶל״. כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ, הֲוָה כְּתָב לִשְׁמוּאֵל ״לְקַדֵּם חֲבֵירֵינוּ שֶׁבְּבָבֶל״. אֲמַר: לָא יָדַע לִי מִידֵּי דְּרַבֵּיהּ אֲנָא? כְּתַב שַׁדַּר לֵיהּ עִיבּוּרָא דְּשִׁיתִּין שְׁנֵי. אָמַר: הַשְׁתָּא חֻושְׁבָּנָא בְּעָלְמָא יָדַע.

Toutes les années de Rav, Rabbi Yo'hanan lui écrivait : 'À notre Maître qui est en Babylonie'. Lorsqu'il [Rav] s'endormit [mourut], il écrivait à Chmouel : 'À notre collègue qui est en Babylonie'.

Il [Chmouel] dit : ne connais-je donc rien dont je sois son maître ? Il [lui] écrivit [et] envoya le calcul des intercalations (ibbour) de soixante années.

Il [Rabbi Yo'hanan] dit : maintenant, il sait [seulement] de l'arithmétique en général.

📜 Rachi (3)
כּוּלְּהוּ שְׁנֵי דַּהֲוָה רַב קַייָּם בְּבָבֶל כִּי הֲוָה כְּתַב ר' יוֹחָנָן מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שְׁאֵלָה אוֹ תְּשׁוּבָה הָיָה כּוֹתֵב בְּאִגַּרְתּוֹ לְקַדֵּם רַבֵּינוּ שֶׁבְּבָבֶל:
Toutes les années — où Rav était en vie en Babylonie : lorsque Rabbi Yo'hanan écrivait de Terre d'Israël une question ou une réponse, il écrivait dans sa lettre 'à notre Maître qui est en Babylonie'.
אָמַר שְׁמוּאֵל:
Il dit — Chmouel.
לָא יְדִיעַ לִי מִידֵּי דְּרַבֵּיהּ אֲנָא לֹא אוּכַל לְחַפֵּשׂ דָּבָר שֶׁאֶהְיֶה אֲנִי בָּקִי בּוֹ וְהוּא לֹא שְׁנָאוֹ וְאֶהְיֶה רַבּוֹ:
Ne connais-je rien dont je sois son maître — je ne saurais trouver une chose dont je serais expert et qu'il n'aurait pas étudiée, [de sorte] que je serais son maître.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר: לָא יָדַע לִי מִידֵּי, דְּרַבֵּיהּ אֲנָא. נִרְאֶה וְהַאי לָאו מִגַּאֲוָה וְרָמוֹת רוּחָא קָאָמַר הָכִי אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם שֶׁיֵּדַע שֶׁהוּא גָּדוֹל מִמֶּנּוּ בַּתּוֹרָה וְאָז יִשְׁלַח לוֹ כָּל סְפֵיקוֹת שֶׁיִּהְיֶה לוֹ בַּהֲלָכוֹת כַּאֲשֶׁר הָיָה עוֹשֶׂה בִּזְמַן רַב.
« Il dit : ne connais-je donc rien dont je sois son maître ? » Il [me] semble que ce n'est pas par orgueil ni par hauteur d'esprit (ramout roucha) qu'il [Chmouel] parla ainsi, mais que son intention était [tournée] vers le Nom du Ciel (le-chem Chamayim) : que [Rabbi Yo'hanan] sache qu'il [Chmouel] le surpassait en Torah, et qu'alors il lui enverrait tous les doutes qu'il aurait dans les halakhot, comme il faisait du temps de Rav.
💡 Explication

Du vivant de Rav, Rabbi Yo'hanan (en Terre d'Israël) lui écrivait 'à notre Maître qui est en Babylonie'. Après sa mort, il écrivit à Chmouel 'à notre collègue'. Chmouel, piqué, veut prouver qu'il est son maître en quelque domaine : il lui envoie le calcul des années embolismiques (ibbour) sur soixante ans. Rabbi Yo'hanan, peu impressionné : 'il connaît [juste] le calcul' — cela ne fait pas de lui mon maître.

11
כְּתַב שַׁדַּר לֵיהּ תְּלֵיסַר גַּמְלֵי סְפֵקֵי טְרֵיפְתָּא, אֲמַר: אִית לִי רַב בְּבָבֶל, אֵיזִיל אַיַּחְזְיָיה. אֲמַר לֵיהּ לְיָנוֹקָא: פָּסוּק לִי פְּסוּקָיךְ, אֲמַר לֵיהּ: ״וּשְׁמוּאֵל מֵת״, אָמַר: שְׁמַע מִינַּהּ נָח נַפְשֵׁיהּ דִּשְׁמוּאֵל.

Il [lui] écrivit [et] envoya treize chameaux [de] doutes de tereifot. Il [Rabbi Yo'hanan] dit : j'ai un maître en Babylonie, j'irai le voir.

Il dit à un enfant : 'récite-moi ton verset'. Il lui dit : 'Et Chmouel était mort' (I Samuel 28:3).

Il dit : apprends-en que Chmouel s'est endormi [est mort].

📜 Rachi (2)
תְּרֵיסַר גַּמְלֵי לָאו דַּוְוקָא:
Douze chameaux — [le nombre] n'est pas exact [littéral].
סָפְקִי טְרֵיפְתָא מִינֵי סְפֵק טְרֵפוֹת. וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי הָנָךְ סָפְקִי עוֹפוֹת טְמֵאִים דְּאֵלּוּ טְרֵיפוֹת (לְעֵיל חֻולִּין דַּף סב:):
Doutes de tereifot — des sortes de doutes de tereifot. Et moi j'ai entendu : ces doutes d'oiseaux impurs [traités] dans [le chapitre] Elou Tereifot (plus haut, Houlin 62b).
🗂️ Tossefot (1)
תְּרֵיסַר גַּמְלֵי ור"ח גָּרֵיס גְּוִילֵי כְּלוֹמַר תְּרֵיסַר גְּוִילִין כְּתוּבִין שְׁאֵלוֹת:
Douze chameaux — et Rabbenou Hananel lit 'geviléi' [parchemins], c'est-à-dire douze parchemins [couverts] de questions écrites.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שדר ליה תליסר גמלי ספיקי טריפתא. לפי פשוטו משמע משוי שלש־עשרה גמלים, והדבר יפלא מאד ואפילו לרש"י ז"ל שפירש לאו דוקא עם כל זה יפלא יען כי אפילו משוי גמל אחד אין הדעת סובלו! ונראה לי בס"ד גמלי כלומר לוחות שכתב הספיקות על שלש־עשרה לוחות של עץ ושלחם לו וכן איתא בגמרא דשבת (שבת ק:) האי מאן דזריק ונח אגודא דגמלא חייב, ופירש רש"י אגודא דגמלא דף של גשר, וכן איתא בגמרא דבתרא (בבא בתרא כא.) ואי איכא גמלא לא ממטינן, ופירש רש"י ז"ל לוח קצרה, ועיין בערוך ערך גמל. או אפשר דכתב לו בכתב על הנייר או על העור וקלף שעשויים דפים דפים וכל דף נקרא 'גמלא' כמו שאומרים תיתורא דתפילין (מנחות לה.) מפני כי מקום מושבם דומה לגשר הנקרא תיתורא וכמו שפירש רש"י ז"ל בבבא בתרא שם וכן הדפים של הספר נקראים 'גמלי' על שם גמלא של הגשר וזה ברור ופשוט ולפי זה כונת המאמר הזה הוא לומר שלח לו שלש־עשרה דפים כתובים בהם ספיקות של טרפיות ולפי זה אין לדחוק לשנות הגרסא דגרסי 'גוילי' דגם לגרסא דידן תתיישב היטב. ונראה דלאו ספיקות לבדם שלח דאין חכמה בספיקות בלבד אלא שלח לו ספיקות ותשובתם ופשטותם בצדם. והא דשלח לו מספר שלש־עשרה לוחות נראה דכתב על הלוחות משני עבריהם (שמות לב, טו) אם כן הם כ"ו עמודים כמנין שם הוי־ה ברוך הוא לרמוז שהוא כותב לו תורה לשם ה' ולא להתגדל בהם. והא דשלח לו מעיקרא עיבורא דשיתין שנין לאו מולדות בלבד עשה לו אלא תקופות ולקות ועוד חכמה נפלאה שיודעים חכמי התיכונה בשנה פלונית יתגלה כוכב אחד במקום פלוני ובשנה פלונית יתגלו שני כוכבים במקום פלוני שהוא חכמה נפלאה ועם כל זה היתה קלה בעיני רבי יוחנן בשביל שאינה מדברי תורה ממש. והא דשלח לו של שתין שנין כמנין גאון [60] לרמוז לו שהוא גאון בחכמה זו.
« Il [lui] envoya treize chameaux [de] doutes de tereifot. » Selon le sens littéral, cela signifie une charge de treize chameaux ; et la chose est fort étonnante. Même selon Rachi, de mémoire bénie, qui explique que [le nombre] « n'est pas exact », cela demeure malgré tout étonnant, car même la charge d'un seul chameau, l'esprit ne l'admet pas [tant de doutes ne sauraient remplir un chameau] ! Et il me semble [avec l'aide du Ciel] que « gamléi » signifie [des] tablettes (louhot) : il écrivit les doutes sur treize tablettes de bois et les lui envoya. Ainsi le trouve-t-on dans la Guemara de Chabbat (Chabbat 100b) : « Celui qui lance [un objet] et [qu']il se pose sur l'aguda de-gamla, est passible » — et Rachi explique « aguda de-gamla : la planche d'un pont ». De même dans la Guemara de [Baba] Batra (Baba Batra 21a) : « et s'il y a un gamla, on ne fait pas passer [les enfants au-delà] » — et Rachi, de mémoire bénie, explique : une planche étroite ; vois aussi le Aroukh, entrée « gamal ». Ou bien il est possible qu'il lui ait écrit par écrit, sur le papier, ou sur le cuir et le parchemin, façonnés en feuillets (dapim dapim), chaque feuillet (daf) étant appelé « gamla » — de même qu'on dit « titoura des téfilines » (Menahot 35a), parce que leur assise ressemble à un pont, appelé titoura, comme l'explique Rachi, de mémoire bénie, dans Baba Batra là-bas. De même les feuillets (dapim) du livre sont appelés « gamléi », du nom du gamla [la planche] du pont ; cela est clair et évident. Et selon cela, le sens de cette parole est de dire qu'il lui envoya treize feuillets sur lesquels étaient écrits des doutes de tereifot. Selon cela, il n'est pas besoin de forcer [le texte] pour changer la leçon en « geviléi » [parchemins], car notre leçon [« gamléi »] se comprend très bien aussi. Et il [me] semble que ce ne sont pas des doutes seuls qu'il envoya — car il n'y a pas de sagesse dans des doutes seuls — mais qu'il lui envoya des doutes et leur réponse et leur résolution à côté. Et le fait qu'il lui ait envoyé le nombre de treize tablettes : il [me] semble qu'il écrivit sur les tablettes des deux côtés (cf. Exode 32:15) ; si tel est le cas, ce sont vingt-six colonnes, selon le compte [la gematria] du Nom Hawaya, béni soit-Il [le Tétragramme = 26], pour faire allusion (remez) au fait qu'il lui écrit de la Torah pour le Nom divin, et non pour s'en glorifier. Et le fait qu'il lui ait envoyé d'abord le calcul des intercalations (ibbour) de soixante ans : ce ne sont pas seulement les conjonctions [lunaires] (moladot) qu'il lui composa, mais aussi les cycles solaires (tequfot), les éclipses, et une autre sagesse merveilleuse que connaissent les sages de l'astronomie : qu'en telle année se dévoilera un astre en tel lieu, et qu'en telle année se dévoileront deux astres en tel lieu — ce qui est une sagesse merveilleuse ; et malgré tout cela, [cette science] était légère aux yeux de Rabbi Yo'hanan parce qu'elle n'est pas des paroles de la Torah à proprement parler. Et le fait qu'il lui ait envoyé [le calcul] de soixante ans : selon le compte [la gematria] de « gaon » [גאון = 60], pour lui faire allusion qu'il est un gaon [un génie] dans cette sagesse.
💡 Explication

Chmouel envoie alors à Rabbi Yo'hanan des résolutions de doutes de tereifot, de quoi charger treize chameaux. Cette fois Rabbi Yo'hanan reconnaît : 'j'ai un maître en Babylonie, j'irai le voir.' Avant de partir, il interroge un enfant sur son verset : l'enfant récite 'Et Chmouel était mort' (I Sam 28:3). Rabbi Yo'hanan en déduit que Chmouel est mort [et renonce au voyage].

12
וְלֹא הִיא, לָא שְׁכִיב שְׁמוּאֵל, אֶלָּא כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיטְרַח רַבִּי יוֹחָנָן.

Mais il n'en est pas ainsi : Chmouel n'était pas mort ; plutôt, [ce fut] afin que Rabbi Yo'hanan ne se donnât pas la peine [du voyage].

💡 Explication

Mise au point : en réalité Chmouel n'était pas mort. Si ce verset fut mis dans la bouche de l'enfant, c'est pour épargner à Rabbi Yo'hanan la peine du long et pénible voyage de Terre d'Israël jusqu'en Babylonie.

13
תַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: בַּיִת, תִּינוֹק, וְאִשָּׁה – אַף עַל פִּי שֶׁאֵין נַחַשׁ, יֵשׁ סִימָן.

Il est enseigné [dans une braita] : Rabbi Chimon ben Elazar dit : [pour] une maison, un enfant et une femme, bien qu'il n'y ait pas de divination (nahach), il y a [néanmoins] un signe (siman).

📜 Rachi (3)
בֵּית תִּינוֹק וְאִשָּׁה בָּנָה בַּיִת אוֹ נוֹלַד לוֹ בֵּן אוֹ נָשָׂא אִשָּׁה:
Une maison, un enfant et une femme — il a bâti une maison, ou un fils lui est né, ou il a épouse une femme.
אע"פ שֶׁאֵין נָחָשׁ שֶׁאָסוּר לְנַחֵשׁ וְלִסְמֹוךְ עַל הַנָּחָשׁ:
Bien qu'il n'y ait pas de divination — car il est interdit de pratiquer la divination et de s'appuyer sur le présage.
יֵשׁ סִימָן סִימָנָא בְּעָלְמָא הָוֵי מִיהָא דְּאִי מַצְלַח בִּסְחוֹרָה רִאשׁוֹנָה אַחַר שֶׁבָּנָה בַּיִת אוֹ שֶׁנּוֹלַד הַתִּינוֹק אוֹ שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה סִימָן הוּא שֶׁהוֹלֵךְ וּמַצְלִיחַ וְאִי לָא אַל יַרְגִּיל לָצֵאת יוֹתֵר מִדַּאי שֶׁיֵּשׁ לָחוֹשׁ שֶׁלֹּא יַצְלִיחַ:
Il y a un signe — c'est néanmoins un simple signe : si [un homme] réussit dans sa première affaire après qu'il a bâti une maison, ou que l'enfant lui est né, ou qu'il a épouse une femme, c'est un signe qu'il va et prospère ; et sinon, qu'il ne prenne pas l'habitude de sortir [entreprendre] plus que de mesure, car il y a lieu de craindre qu'il ne réussisse pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בֵּית תִּינוֹק וְאִשָּׁה, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין נַחַשׁ, יֵשׁ סִימָן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם אָדָם לוֹקֵחַ בַּיִת וְאַחַר כָּךְ נוֹשֵׂא אִשָּׁה וְאַחַר כָּךְ מוֹלִיד בָּנִים וְאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בַּיִת אִשָּׁה תִּנּוֹק? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כָּל מִידֵּי דְּמִסְתַּבֵּר לְמִתְלֵי בֵּיהּ הַסִּימָן טְפֵי נָקְטִי בְּרֵישָׁא כִּי הַסִּימָן בַּעֲבוּר הַצְלָחַת נְכָסָיו בְּמַשָּׂא וּמַתָּן וְהַבֵּית הוּא בִּכְלַל נְכָסָיו שֶׁל אָדָם עַל כֵּן מִסְתַּבֵּר דְּזֶה הָוֵי סִימָן בַּעֲבוּר זֶה וְהַתִּינוֹק אִיכָּא לְמִתְלֵי בֵּיהּ הַסִּימָן עַל הַצְלָחָתוֹ בְּרִיוַּח מַשָּׂא וּמַתָּן טְפֵי מֵאִשָּׁה כִּי הַתִּנּוֹק הוּא דָּבָר חָדָשׁ שֶׁנּוֹלַד לָאָדָם וְהוּא פְּרִי שֶׁלּוֹ וְלָכֵן יִהְיֶה הוּא סִימָן עַל הַרְוָוחָתוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁהִיא פֵּירוֹת שֶׁלּוֹ וְנוֹלָדִים לוֹ מֵעֲסָקָיו וּמַעֲשָׂיו מַה שֶׁאֵין כֵּן הָאִשָּׁה אֵינָהּ פְּרִי שֶׁל בַּעְלָהּ וְלֹא הוֹלִידָה הוּא בָּעוֹלָם אֶלָּא רַק נִתְחַבְּרָה עִמּוֹ בַּנִּשּׂוּאִין נִמְצָא שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם סִימָן אָסוּר לְנַחֵשׁ בָּהֶם וּבָזֶה יוּבַן רָמַז הַכָּתוּב אַל תִּפְנוּ אֶל הָאֹבֹת (וַיִּקְרָא יט, לֹא) וְהוּא כִּי 'אַבַּת' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א שֶׂה ב יָת ת יָנוֹק אַל תִּפְנוּ לַעֲשׂוֹת בָּהֶם נָחָשׁ.
« Une maison, un enfant et une femme : bien qu'il n'y ait pas de divination (nachach), il y a [néanmoins] un signe (siman). » Il y a lieu d'objecter [à partir de] l'usage du monde : l'homme acquiert une maison, puis épouse une femme, puis engendre des enfants ; s'il en est ainsi, [la braita] aurait dû dire « maison, femme, enfant » [dans cet ordre] ! Et il me semble [avec l'aide du Ciel] : toute chose qu'il est plus plausible d'y rattacher le signe, on la place en premier. Car le signe porte sur la réussite de ses biens dans le négoce (massa ou-mattan) ; or la maison fait partie des biens de l'homme, c'est pourquoi il est plausible que celle-ci [la maison] soit un signe pour ceux-là [les biens]. Et l'enfant, il est plus plausible d'y rattacher le signe quant à sa réussite dans le profit du négoce que [de le rattacher à] la femme, car l'enfant est une chose nouvelle qui est née à l'homme et il est son fruit [à lui] ; c'est pourquoi il sera un signe quant au gain de l'homme, qui est son fruit [à lui] et naît de ses affaires et de ses actes. Ce qui n'est pas le cas de la femme : elle n'est pas le fruit de son mari, et il ne l'a pas mise au monde, elle s'est seulement jointe à lui par le mariage. Il se trouve donc que ces trois-là, bien qu'il y ait en eux un signe, il est interdit de pratiquer la divination par eux. Et par cela se comprend l'allusion (remez) du verset « Ne vous tournez pas vers les ovot [nécromants] » (Lévitique 19:31) : car « ovot » [אבת] est [formé par] les initiales (rachei tevot) de A[icha] = femme, B[ayit] = maison, T[inok] = enfant — ne vous tournez pas pour en faire une divination.
💡 Explication

Braita : pour qui a bâti une maison, eu un enfant ou épouse une femme, la réussite (ou non) de sa première affaire ensuite, sans constituer une divination permettant de régler sa conduite, vaut comme signe : si elle réussit, c'est bon augure de continuer ; sinon, qu'il ne s'aventure pas trop.

14
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: וְהוּא דְּאִיתַּחְזַק תְּלָתָא זִימְנֵי, דִּכְתִיב: ״יוֹסֵף אֵינֶנּוּ וְשִׁמְעוֹן אֵינֶנּוּ וְאֶת בִּנְיָמִן תִּקָּחוּ״.

Rabbi Elazar dit : et [cela] à condition que [le signe] se soit vérifié trois fois, car il est écrit : 'Yossef n'est plus, et Chimon n'est plus, et Binyamin vous [l']emmenez' (Genèse 42:36).

📜 Rachi (2)
תְּלָתָא זִימְנֵי הִצְלִיחַ אוֹ לֹא הִצְלִיחַ:
Trois fois — [qu']il ait réussi ou non.
יוֹסֵף אֵינֶנּוּ וְשִׁמְעוֹן אֵינֶנּוּ הֲרֵי שְׁתַּיִם אִם אֶת בִּנְיָמִין תִּקְּחוּ מִיָּד עָלַי הָיוּ כֻּולָּנָה וְאֵין לְךָ צָרָה שֶׁאֵינָהּ עוֹבֶרֶת עָלַי:
Yossef n'est plus, et Chimon n'est plus — voilà deux ; [et] si vous emmenez Binyamin, aussitôt 'sur moi sont [advenues] toutes ces [choses]', et il n'est pas de malheur qui ne passe sur moi.
💡 Explication

Rabbi Elazar précise : un tel signe ne vaut qu'une fois établi trois fois (qu'il ait réussi ou échoué). Appui scripturaire : Yaakov dit 'Yossef n'est plus, et Chimon n'est plus, et Binyamin vous l'emmenez' (Gn 42:36) — deux malheurs déjà ; si un troisième (Binyamin) survenait, un schéma de trois se trouverait constitué.

15
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב הוּנָא מֵרַב: בַּחֲרוּזִין מַהוּ? אֲמַר לֵיהּ: אַל תְּהִי שׁוֹטֶה, בַּחֲרוּזִין הֲרֵי זֶה סִימָן. אִיכָּא דְאָמְרִי: אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: בַּחֲרוּזִין הֲרֵי זֶה סִימָן.

Rav Houna demanda à Rav : [pour de la viande] enfilée [en chapelet] (be-harouzin), qu'[en est-il] ? Il lui dit : ne sois pas sot, [pour de la viande] enfilée c'est [bel et bien] un signe (siman).

Certains disent : Rav Houna dit au nom de Rav : [pour de la viande] enfilée, c'est un signe.

📜 Rachi (3)
בַּחֲרוּזִין מַהוּ נָתַן בָּשָׂר בַּחֲרוּזִין רישט"ש וְנִתְעַלֵּם מִן הָעַיִן:
[Pour de la viande] enfilée, qu'[en est-il] — il a placé de la viande dans des chapelets (harouzin, brochettes en vernaculaire) et elle s'est dérobée à l'œil.
אַל תְּהִי שׁוֹטֶה בַּחֲרוּזִים בִּשְׁאֵלָה זוֹ דְּוַדַּאי זֶה סִימָן לְשׁוֹן מוֹרִי. לִישָּׁנָא אַחְרִינָא אַל תְּהִי שׁוֹטֶה דְּבַחֲרוּזִין הֲרֵי זֶה סִימָן:
Ne sois pas sot, [pour de la viande] enfilée — sur cette question, car c'est assurément un signe. [Telle est] la langue de mon maître. Autre version : ne sois pas sot, car [pour de la viande] enfilée c'est un signe.
אִיכָּא דְאָמְרִי לָאו בַּעְיָא הוּא אֶלָּא שְׁמַעְתָּא אִתְּמַר אָמַר רַב הוּנָא כו':
Certains disent — ce n'est pas une question, mais un enseignement [qui] a été dit : Rav Houna dit etc.
🗂️ Tossefot (1)
בַּחֲרוּזִים הֲרֵי זֶה סִימָן מַשְׁמַע דְּאֵין דֶּרֶךְ לַחֲרֹוז בָּשָׂר וא"ת דְּבַתּוֹסֶפְתָּא [ב"מ פ"ב] קָתָנֵי מָצָא חֲרוּזֵין שֶׁל דָּגִים וְשֶׁל בָּשָׂר הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכָא סָמְכִינַן בְּדָבָר מוּעָט:
[Pour de la viande] enfilée, c'est un signe — [cela] implique qu'il n'est pas d'usage d'enfiler de la viande. Et si tu dis : or, dans la Tossefta (Baba Metsia, ch. 2), il est enseigné 'celui qui trouve des chapelets (harouzin) de poissons ou de viande, ceux-ci sont à lui' [donc l'enfilage de viande est usuel, et ne serait pas un signe] ! On peut dire qu'ici [il s'agit] d'une petite quantité, sur laquelle nous nous appuyons [comme signe].
💡 Explication

Question pratique sur le siman qui empêche l'interdit de la viande dérobée à l'œil : des morceaux enfilés en chapelet (harouzin) puis perdus de vue sont-ils permis ? Rav : 'ne sois pas sot' — bien sur, l'enfilage est un signe [distinctif] et la viande reste permise. Variante : ce n'est pas une question mais un enseignement transmis par Rav Houna au nom de Rav.

16
רַב נַחְמָן מִנְּהַרְדְּעָא אִיקְּלַע לְגַבֵּי רַב כָּהֲנָא לְפוּם נַהֲרָא בְּמַעֲלֵי יוֹמָא דְכִפּוּרֵי, אֲתוֹ עוֹרְבֵי שָׁדוּ כַּבְדֵי וְכֻולְיָתָא, אֲמַר לֵיהּ: שְׁקוֹל וֶאֱכוֹל, הָאִידָּנָא דְּהֶיתֵּרָא שְׁכִיחַ טְפֵי.

Rav Nahman de Nehardea arriva chez Rav Kahana à Poum Nahara, la veille du jour de Kippour. Des corbeaux vinrent [et] jetèrent des foies et des reins.

Il [Rav Kahana] lui dit : prends et mange, aujourd'hui le permis est plus fréquent.

📜 Rachi (2)
שָׁדוּ הָיוּ מַשְׁלִיכִין:
Jetèrent (shadou) — ils jetaient [laissaient tomber].
הָאִידָּנָא דְּהֶיתֵּרָא שְׁכִיחַ טְפֵי דְּהַיּוֹם רֹוב שׁוֹחֲטִים יִשְׂרְאֵלִים הֵם וּלְסַפֵּק טְרֵפָה לָא חָיְישִׁינַן דְּרֹוב בְּהֵמוֹת אֵינָן טְרֵפוֹת:
Aujourd'hui le permis est plus fréquent — car aujourd'hui la majorité des abatteurs sont des Juifs ; et nous ne craignons pas le doute de tereifa, car la majorité des bêtes ne sont pas tereifot.
💡 Explication

Application de la règle inverse de celle de Rav. La veille de Kippour (jour où l'on mange beaucoup de viande), des corbeaux laissent tomber des foies et des reins. Rav Kahana dit à Rav Nahman : prends et mange, car aujourd'hui le permis est plus fréquent (de-heteira shekhiah tefi) — la majorité des bouchers étant juifs ce jour-là, et le doute de tereifa étant négligeable (la plupart des bêtes ne sont pas tereifot).

17
רַב חִייָּא בַּר אָבִין אִיתְּבַד לֵיהּ כַּרְכְּשָׁא בֵּי דִינָא, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא. אֲמַר לֵיהּ: אִית לָךְ סִימָנָא בְּגַוֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: לֹא. אִית לָךְ טְבִיעוּת עֵינָא בְּגַוֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: אִין. אִם כֵּן, זִיל שְׁקוֹל.

Rav Hiya bar Avin perdit un boyau (karkhacha) [de viande] parmi les tonneaux [de vin]. Il vint devant Rav Houna.

Il lui dit : as-tu un signe (siman) dessus ? Il lui dit : non.

As-tu une reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina) dessus ? Il lui dit : oui.

[Rav Houna lui dit :] s'il en est ainsi, va [le] prendre.

📜 Rachi (1)
כַּרְכְּשָׁא טבחי"א: רַב הוּנָא ס"ל כְּרַב רַבֵּיהּ דְּאָסַר בְּהַעֲלָמָה וְלָא קי"ל כְּוָותֵיהּ בְּהָא אֶלָּא אַמַּתְנִיתִין סָמְכִינַן נִמְצָא בַּגְּבוּלִים מָצָא בָּהּ בָּשָׂר ואע"ג דְּשַׁנִּינְהוּ בְּעוֹמֵד וְרוֹאֵהוּ שִׁינּוּיֵי דְּחִיקֵי נִינְהוּ וְכִי קי"ל הִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דִּשְׁמוּאֵל הוּא דְּאָמְרִינַן אֲבָל גַּבֵּי מַתְנִיתִין לֹא וְרַב כָּהֲנָא הָא קָא חָזֵינַן דא"ל שְׁקוֹל אֱכֹול:
Karkhacha — un boyau (tevahia en vernaculaire). Rav Houna tient comme Rav son maître, qui interdit [la viande] qui s'est dérobée [à l'œil] ; mais nous ne tranchons pas comme lui en ceci — plutôt, nous nous appuyons sur la michna : 'trouvé dans les zones [habitées]' (Houlin 95a), [si] l'on y trouve de la viande [elle est permise]. Et bien qu'on ait expliqué cela [comme valant seulement quand] il se tient et la voit, [ce sont là] des réponses forcées (shinouyei dehiqei). Et lorsque nous tranchons [que] la loi [est] comme Rav dans les [questions d']interdits, [c'est] à propos de [ses] divergences avec Chmouel ; mais à l'encontre de la michna, non. Et [pour] Rav Kahana, voici que nous voyons qu'il lui a dit 'prends [et] mange'.
💡 Explication

Premier d'une série de cas. Rav Hiya bar Avin perd un boyau de viande parmi les tonneaux [de vin] de sa cave ; l'ayant retrouvé, il demande si la viande, dérobée à l'œil, est interdite. Rav Houna : as-tu un signe dessus ? — Non. As-tu une reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina) ? — Oui. Alors va le prendre [et mange].

18
רַב חֲנִינָא חוֹזָאָה אִיתְּבַד לֵיהּ גַּבָּא דְּבִשְׂרָא, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן. אֲמַר לֵיהּ: אִית לָךְ סִימָנָא בְּגַוֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: לֹא. אִית לָךְ טְבִיעוּת עֵינָא בְּגַוֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: אִין. אִם כֵּן, זִיל שְׁקוֹל.

Rav Hanina Houzaa perdit un côté (gabba) de viande. Il vint devant Rav Nahman.

Il lui dit : as-tu un signe (siman) dessus ? Il lui dit : non.

As-tu une reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina) dessus ? Il lui dit : oui.

[Rav Nahman lui dit :] s'il en est ainsi, va [le] prendre.

💡 Explication

Deuxième cas, parallèle. Rav Hanina Houzaa perd un côté (flanc) de viande ; l'ayant retrouvé, il consulte Rav Nahman. Mêmes questions, même issue : pas de siman, mais une reconnaissance visuelle suffisante — donc permis.

19
רַב נָתָן בַּר אַבָּיֵי אִיתְּבַד לֵיהּ קִיבּוּרָא דִּתְכֵלְתָּא, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא. אֲמַר לֵיהּ: אִית לָךְ סִימָנָא בְּגַוֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: לֹא. אִית לָךְ טְבִיעוּת עֵינָא בְּגַוֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: אִין. אִם כֵּן, זִיל שְׁקוֹל.

Rav Natan bar Abaye perdit un écheveau de [laine de] tekhelet. Il vint devant Rav Hisda.

Il lui dit : as-tu un signe (siman) dessus ? Il lui dit : non.

As-tu une reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina) dessus ? Il lui dit : oui.

[Rav Hisda lui dit :] s'il en est ainsi, va [le] prendre.

📜 Rachi (2)
קִיבּוּרָא לימויישי"ל:
Écheveau (kibboura) — une pelote (en vernaculaire).
תְּכֵלְתָּא צָרִיךְ לְהַכִּירָהּ שֶׁלֹּא תִּתְחַלֵּף בְּקָלָא אִילָן:
Tekhelet — il faut [pouvoir] la reconnaître, pour qu'elle ne soit pas confondue avec le kala-ilan [teinture végétale d'imitation].
💡 Explication

Troisième cas, étendu au-delà de la viande. Rav Natan bar Abaye perd un écheveau de laine de tekhelet (bleu azur des franges rituelles, qui doit être distingué de l'imitation, le kala-ilan) ; il consulte Rav Hisda. Pas de siman, mais une reconnaissance visuelle — donc on peut le prendre et s'en servir pour les tsitsit.

20
אָמַר רָבָא: מֵרֵישָׁא הֲוָה אָמֵינָא סִימָנָא עֲדִיף מִטְּבִיעוּת עֵינָא, דְּהָא מַהְדְּרִינַן אֲבֵידְתָא בְּסִימָנָא,

Rava dit : au départ je disais [qu']un signe (siman) vaut mieux qu'une reconnaissance visuelle (tevi'ut ayina), car nous restituons un objet perdu (aveida) par [un] signe,

📜 Rachi (1)
דְּהָא מְהַדְּרִינַן אֲבֵידְתָא לְכָל אָדָם בְּסִימָנִין וְלָא מְהַדְּרִינַן אֲבֵידְתָא בִּטְבִיעוּת עֵינָא אֶלָּא לְצוּרְבָּא מֵרַבָּנָן בְּאֵלּוּ מְצִיאוֹת (בּ"מ דַּף כג:):
Car nous restituons un objet perdu — à toute personne, par des signes (simanim) ; mais nous ne restituons pas un objet perdu par reconnaissance visuelle, sinon à un érudit (tsourba me-rabbanan), [comme] dans [le chapitre] Elou Metsiot (Baba Metsia 23b).
💡 Explication

Ouverture de la discussion (poursuivie en 96a) comparant les deux moyens. Rava : au départ je tenais que le signe l'emporte sur la reconnaissance visuelle, puisqu'on restitue un objet perdu à quiconque en donne le siman (alors qu'on ne le restitue par reconnaissance visuelle qu'à un érudit). La suite renversera ce raisonnement.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).