Sougya : Le daf se partage en deux. La premiรจre moitiรฉ achรจve la sougya sur la tevi'out ayna (reconnaissance visuelle) : on ne rend pas un objet perdu sur cette seule base (de peur d'un mensonge par convoitise), mais โ ayant entendu que viande et fil d'azur retrouvรฉs sont permis de vue โ Rava conclut [que] la reconnaissance visuelle est prรฉfรฉrable aux simanim (signes).
On l'รฉtaye : l'aveugle et l'รฉpoux dans la nuit se fient ร la reconnaissance (de la voix) ; Rav Yitzhak fils de Rav Mecharchia montre [qu']on ne condamne pas ร mort sur des signes mais [qu']on condamne sur reconnaissance visuelle ; et Rav Achi, [qu']un messager reconnaรฎt de vue celui qu'il ne saurait identifier par des signes. La seconde moitiรฉ ouvre la michna du gid ha-nache (nerf sciatique) : il faut tout prรฉlever (R.
Meir, anonyme), ou il suffit de l'exciser par le haut (R. Yehuda) ; les peines pour qui en mange (kazayit, ou nerf entier comme 'crรฉature' entiรจre).
La Guemara raconte l'incident de bar Peyoli, repris par Chmouel pour avoir gommรฉ le nerf ร la maniรจre de R. Yehuda ; Rav Chechet distingue l'interdit de la Torah de l'interdit rabbinique ; Chmouel รฉtablit [que] la Torah n'interdit que la part 'sur la kaf' (Gen 32:33) ; et Rav Papa rattache la peine pour un nerf de moins d'un kazayit ร une mahloket de Tanaim, expliquรฉe par la notion de beriya (crรฉature entiรจre, punissable quelle que soit sa taille).
...et nous ne rendons pas [un objet perdu] sur reconnaissance visuelle (tevi'out ayna). Maintenant que j'ai entendu ces enseignements [oรน un interdit ร รฉtรฉ permis sur reconnaissance visuelle], je dis : la reconnaissance visuelle [est] prรฉfรฉrable [aux signes].
Fin de la sougya de tevi'out ayna (suite de 95b). Pour un objet perdu, on ne le restitue pas ร celui qui le reconnaรฎt seulement de vue, sans pouvoir donner de simanim (signes) โ par crainte d'un mensonge intรฉressรฉ. Mais ayant entendu les cas oรน de la viande ou du fil d'azur retrouvรฉs ont รฉtรฉ permis sur la seule reconnaissance visuelle, [le maรฎtre] conclut : la reconnaissance visuelle est prรฉfรฉrable aux signes.
Car si tu ne dis pas ainsi [que la reconnaissance vaut mรชme sans signes], comment un aveugle (souma) [serait-il] permis [ร vivre] avec sa femme, et comment les gens [sont-ils] permis [ร vivre] avec leurs femmes la nuit ? [Rรฉponse :] plutรดt, [c'est] par reconnaissance [auditive] de la voix (tevi'out ayna de-kala) ; ici aussi [pour la viande et le fil d'azur], [c'est] par reconnaissance visuelle.
Appui : si la reconnaissance sans signes ne valait pas, comment un aveugle aurait-il le droit de cohabiter avec sa femme, et comment tout homme [le pourrait-il] la nuit (dans le noir, sans voir ses signes) ? On se fie ร la reconnaissance de la voix (tevi'out de-kala). De mรชme, pour la viande et le fil d'azur, on se fie ร la reconnaissance visuelle.
Rav Yitzhak fils de Rav Mecharchia a dit : sache[-le], car si deux [tรฉmoins] viennent et disent : un tel, qui a tel signe et tel signe, a tuรฉ une personne โ nous ne le mettons pas ร mort ; tandis que s'ils disent : nous avons de lui une reconnaissance visuelle โ nous le mettons ร mort.
Preuve de Rav Yitzhak fils de Rav Mecharchia : la reconnaissance visuelle est plus forte. Si deux tรฉmoins dรฉcrivent le meurtrier par des simanim seulement (sans le connaรฎtre), on ne condamne pas ร mort l'accusรฉ ; mais s'ils dรฉclarent le reconnaรฎtre de vue, on le condamne.
Rav Achi a dit : sache[-le], car si un homme dit ร son messager (cheliah) : appelle-moi un tel, qui a tel signe et tel signe โ il est douteux [qu']il le connaisse, douteux [qu']il ne le connaisse pas ; tandis que s'il a de lui une reconnaissance visuelle โ lorsqu'il le voit, il le reconnaรฎt.
Seconde preuve, par Rav Achi : si l'on charge un messager d'aller appeler quelqu'un en le dรฉcrivant par des signes, il n'est pas sur de le reconnaรฎtre ; mais s'il le connaรฎt de vue, dรจs qu'il le voit il l'identifie ร coup sรปr โ la reconnaissance visuelle est donc supรฉrieure.
MICHNA. Celui qui prรฉlรจve le nerf sciatique (gid ha-nache) doit le prรฉlever en entier (tout entier).
Rabbi Yehuda dit : [il suffit d'en prรฉlever] de quoi accomplir ร son รฉgard la mitsva du prรฉlรจvement (netila).
Ouverture de la michna. Le gid ha-nache (nerf sciatique), interdit ร la consommation (Gen 32:33), doit, pour le premier Tana (anonyme), รชtre intรฉgralement retirรฉ : il faut creuser (hatita) et racler la chair pour ne rien laisser. Rabbi Yehuda allรจge : il suffit de l'exciser par le haut, de quoi accomplir la mitsva du retrait (netila), sans creuser.
Celui qui mange du nerf sciatique un volume d'olive (kazayit) โ reรงoit (sofeg) quarante [coups]. [S']il l'a mangรฉ [tout entier] et qu'il n'y a pas en lui un kazayit โ [il est nรฉanmoins] passible.
[S']il a mangรฉ de celui-ci un kazayit et de celui-lร un kazayit โ il reรงoit quatre-vingts [coups]. Rabbi Yehuda dit : il ne reรงoit que quarante [coups].
Les peines. Manger un kazayit (volume d'olive) de nerf sciatique : quarante coups. Manger le nerf entier mรชme s'il n'atteint pas un kazayit : passible quand mรชme, car c'est une crรฉature entiรจre (beriya). Manger un kazayit du nerf de chaque cuisse (les deux pattes) : quatre-vingts coups (deux interdits). Rabbi Yehuda : seulement quarante, l'interdit ne valant que pour une seule [cuisse].
GUEMARA. Bar Peyoli se tenait devant Chmouel et curait une cuisse (atma) [pour en รดter le nerf].
Il le gommait [par le haut, sans creuser]. [Chmouel] lui dit : descends-y davantage ; ร prรฉsent [je viens de le voir, mais] si je ne t'avais pas vu, tu m'aurais fait avaler de l'interdit !
La Guemara. Bar Peyoli nettoyait une cuisse devant Chmouel pour en retirer le nerf, mais il se contentait de le gommer par le haut (ร la maniรจre de R. Yehuda), sans creuser. Chmouel l'arrรชte : 'descends davantage [creuse plus profond] ; sans mon intervention, tu m'aurais fait manger de l'interdit'.
[Bar Peyoli] s'effraya, [et] le couteau tomba de sa main. [Chmouel] lui dit : ne t'effraie pas ; selon ce qu'on t'a enseignรฉ, [ร savoir] comme R.
Yehuda, on t'a enseignรฉ.
Effrayรฉ par la rรฉprimande, bar Peyoli laisse tomber son couteau. Chmouel le rassure : 'ne t'effraie pas ; je ne te soupรงonne ni d'ignorance ni de mauvaise foi. Celui qui t'a formรฉ tenait pour R. Yehuda, et c'est ainsi qu'il t'a enseignรฉ' (Chmouel, lui, tranche comme le premier Tana).
Rav Chechet a dit : ce que bar Peyoli a prรฉlevรฉ [relevรฉ] de la Torah, selon R. Yehuda.
[Mais alors,] il en ressort par implication [que] ce qu'il a laissรฉ [relevรฉ] du [domaine] rabbinique, selon R. Yehuda.
Or [si tel est le cas], selon qui [donc] celui qui l'a instruit l'a-t-il instruit ?
Premiรจre lecture de Rav Chechet (qui sera รฉcartรฉe). Ce que bar Peyoli a prรฉlevรฉ serait l'interdit de la Torah selon R. Yehuda ; par implication, ce qu'il a laissรฉ serait l'interdit rabbinique selon R. Yehuda. Mais alors, selon qui son maรฎtre l'a-t-il instruit ? Mรชme selon R. Yehuda, il aurait transgressรฉ un interdit rabbinique โ la lecture ne tient pas.
Plutรดt, Rav Chechet a dit : ce que bar Peyoli a prรฉlevรฉ [relevรฉ] de la Torah, et ce qu'il a laissรฉ [relevรฉ] du [domaine] rabbinique, selon R. Meir ; car si [c'รฉtait] selon R.
Yehuda, [le reste serait] permis mรชme [du point de vue] rabbinique.
Seconde lecture, retenue. Ce que bar Peyoli a prรฉlevรฉ est l'interdit de la Torah ; ce qu'il a laissรฉ est l'interdit rabbinique selon R. Meir (c'est R. Meir qui exige de creuser par dรฉcret rabbinique). Car selon R. Yehuda, le reste serait permis mรชme rabbiniquement โ donc bar Peyoli, instruit selon R. Yehuda, n'a rien transgressรฉ.
[La michna :] 'celui qui mange du nerf sciatique [un kazayit, etc.]'. Chmouel a dit : la Torah n'a interdit que ce qui [repose] sur la kaf seulement, ainsi qu'il est dit : 'sur la kaf (le creux) de la cuisse' (Gen 32:33).
Retour ร la michna. Chmouel prรฉcise l'รฉtendue de l'interdit de la Torah : seule la part du nerf qui repose sur la kaf (le creux charnu de la hanche) est interdite par la Torah, d'aprรจs le verset '[ils ne mangent pas le nerf...] qui [est] sur la kaf de la cuisse' (Gen 32:33). Le reste du nerf (long) n'est interdit que rabbiniquement.
Rav Papa a dit : [cela relรจve] d'une [divergence de] Tanaim, [car il est enseignรฉ :] '[s']il l'a mangรฉ et qu'il n'y a pas en lui un kazayit โ [il est] passible ; Rabbi Yehuda dit : [il n'est passible que s']il y a en lui un kazayit'.
Rav Papa rattache le propos de Chmouel ร une mahloket de Tanaim : selon la braita, [si] l'on a mangรฉ le nerf entier sans qu'il atteigne un kazayit, on est passible (les Sages) ; R. Yehuda dit : non passible tant qu'il n'y a pas un kazayit. La divergence portera sur l'admission ou non de l'enseignement de Chmouel.
Quel est le motif des Sages [qui rendent passible mรชme sans kazayit] ? [Le nerf] est une crรฉature [ร part entiรจre] (en lui-mรชme).
Le motif des Sages : le nerf sciatique est une beriya (crรฉature entiรจre, un tout autonome). On en est donc passible quelle que soit sa taille, mรชme en dessous d'un kazayit โ comme la fourmi entiรจre. R. Yehuda, lui, exige un kazayit (mesure ordinaire de la consommation).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).