Sougya : Fin du débat sur la mesure requise pour être passible au titre du nerf sciatique (gid ha-nasheh) : Rabbi Yehouda exige un kezayit (car 'manger' est écrit), tandis que les Sages tiennent qu'on est passible même pour le nerf entier qui pèse moins. L'échange se prolonge sur l'expression 'le cuilleron de la cuisse' (kaf ha-yarekh) : pour les Sages elle enseigne la règle de Chmouel (seul est interdit ce qui repose sur le cuilleron), pour Rabbi Yehouda elle interdit toute la cuisse ; deux occurrences du mot 'cuilleron' permettent d'exclure aussi l'oiseau.
La michna ouvre ensuite la question de la diffusion du goût : une cuisse cuite avec son nerf est interdite si le nerf 'donne du goût' (benoten taam), mesure 'comme la viande dans le navet' (ke-bassar be-lefet) ; de même pour un nerf cuit avec d'autres tendons, et pour un morceau de charogne (nevela) ou de poisson impur cuit avec des morceaux permis — reconnu, on l'ôte et la règle est le goût ; non reconnu, tout est interdit, et la sauce suit le goût. Enfin la Guemara, par Chmouel, oppose la cuisse cuite (nitbashel, où la sauce diffuse l'interdit partout) à la cuisse rôtie (nitzla, où l'on épluche et mange jusqu'au nerf) — objection de Rav Houna : un chevreau rôti dans sa graisse est interdit même depuis le bout de l'oreille.
Et Rabbi Yehouda ? — 'manger' (akhila) est écrit à son sujet [au sujet du nerf, et un acte de consommation se mesure par un kezayit]. Et les Rabbanan [comment l'expliquent-ils] ? — ce [mot] 'manger' [enseigne] que, lorsqu'il y a en lui quatre ou cinq kezayit et [qu']il en a mangé un seul kezayit, il est passible [et l'on n'attend pas qu'il ait mangé le tout].
Fin de l'échange sur la mesure de culpabilité. Pour Rabbi Yehouda, le verbe 'manger' (akhila) écrit à propos du nerf impose la mesure ordinaire d'un acte de consommation, le kezayit (volume d'une olive) : on n'est passible que si l'on en mange un kezayit. Pour les Sages (Rabbanan), ce 'manger' n'enseigne pas la mesure minimale mais l'inverse : même si le nerf contient quatre ou cinq kezayit, on est déjà passible pour un seul kezayit mangé — et l'on n'attend pas qu'il ait mangé le nerf entier.
Et Rabbi Yehouda [d'où tire-t-il ce qu'enseignent les Sages] ? — [cela] découle de 'qui est sur le cuilleron de la cuisse' (acher al kaf ha-yarekh).
Pour Rabbi Yehouda, l'enseignement que les Sages tiraient de 'manger' (à savoir : passible pour un kezayit même d'un grand nerf) se déduit plutôt de l'expression 'qui est sur le cuilleron de la cuisse' (acher al kaf ha-yarekh, Genèse 32:33) : même s'il n'a mangé que la partie posée sur le cuilleron, sans le nerf entier, il est passible.
Et les Rabbanan ? — ce [verset] leur est nécessaire pour [la règle] de Chmouel ; car Chmouel a dit : la Torah n'a interdit que ce qui est sur le cuilleron de la cuisse. Et Rabbi Yehouda ? — 'la cuisse' (ha-yarekh) est écrit, [signe] que toute la cuisse [est concernée].
Pour les Sages, l'expression 'sur le cuilleron de la cuisse' sert à enseigner la règle de Chmouel : la Torah n'interdit que la portion du nerf posée sur le cuilleron (kaf), cette chair arrondie de la hanche — non le nerf tout entier. Pour Rabbi Yehouda, au contraire, le mot 'la cuisse' (ha-yarekh) montre que l'interdit s'étend à toute la cuisse.
Et les Rabbanan ? — ce [mot 'la cuisse' enseigne] que l'interdit [du nerf] s'étend dans toute la cuisse, à l'exclusion du [nerf] extérieur (hitzon), qui [n'est] pas [interdit] ; mais en réalité [seul est interdit] ce qui est sur le cuilleron.
Pour les Sages, le mot 'la cuisse' ne signifie pas que tout le nerf est interdit, mais que l'interdit porte sur le nerf intérieur (penimi), celui qui court le long de toute la cuisse — à l'exclusion du nerf extérieur (hitzon), permis. Toutefois, en pratique, seule la portion de ce nerf intérieur qui repose sur le cuilleron est interdite par la Torah.
Mais ce [mot] 'cuilleron' (kaf), il leur est nécessaire pour exclure l'oiseau (of), qui n'a pas de cuilleron ! — deux [fois] 'cuilleron' sont écrits.
Objection : le mot 'cuilleron' (kaf) sert déjà à exclure l'oiseau (of), dont la hanche n'a pas cette saillie arrondie (comme l'enseigne la michna, 89b) — comment alors en tirer aussi la règle de Chmouel ? Réponse : le mot 'cuilleron' figure deux fois dans le verset, ce qui permet d'en dériver deux lois distinctes (l'exclusion de l'oiseau, et la règle de Chmouel).
MICHNA. Une cuisse dans laquelle a cuit le nerf sciatique — s'il y a en elle [de quoi] donner du goût (benoten taam), elle est interdite.
Comment l'estime-t-on ? Comme la viande dans le navet (ke-bassar be-lefet).
Début de la michna. Si le nerf sciatique a cuit à l'intérieur d'une cuisse [permise], et qu'il y a en lui assez pour donner du goût (benoten taam) à toute la cuisse, celle-ci devient interdite. Comment estimer ce 'goût' ? On se figure le nerf comme de la viande et la cuisse comme un navet (lefet) : si une quantité de viande égale au nerf donnait du goût à un navet égal à la cuisse, la cuisse est interdite. C'est une halakha donnée à Moché au Sinaï (halakha le-Moche mi-Sinaï) que l'on mesure ainsi, bien qu'un chou ou un poireau eussent demandé une autre proportion.
Un nerf sciatique qui a cuit avec [d'autres] tendons (gidin) : lorsqu'on le reconnaît — [la règle est celle] du goût (benoten taam) ; et sinon — tous sont interdits ; et la sauce [suit] le goût.
Cas d'un nerf sciatique cuit avec d'autres tendons permis. Si on le reconnaît, on le jette et la règle est le goût (les autres tendons ne sont interdits que si le nerf 'donne du goût', soit moins d'un soixantième). Si on ne le reconnaît pas (semblable parmi ses semblables, min be-mino), tous les tendons sont interdits, car chacun pourrait être le nerf ; et la sauce n'est interdite que si le nerf 'donne du goût'.
Et de même un morceau de charogne (nevela), et de même un morceau de poisson impur (dag tame) qui a cuit avec les [autres] morceaux : lorsqu'on les reconnaît — [la règle est celle] du goût ; et sinon — tous sont interdits ; et la sauce [suit] le goût.
Même règle pour un morceau de charogne (nevela) ou de poisson impur (dag tame) cuit avec des morceaux permis : reconnu, on l'ôte et la règle est le goût ; non reconnu, tous les morceaux sont interdits (chacun pourrait être l'interdit) ; et la sauce n'est interdite que si le morceau interdit lui donne du goût.
GUEMARA. Chmouel a dit : on n'a enseigné [cela] que [dans le cas] où il a cuit (nitbachel) en elle [dans la cuisse], mais [si] il a rôti (nitzla) en elle — il épluche et mange jusqu'à ce qu'il parvienne au nerf.
La Guemara. Chmouel limite la michna : ce n'est que pour une cuisse cuite (nitbachel) avec son nerf que toute la cuisse est interdite — car la sauce (rotev) transporte le goût dans toute la viande. Mais [pour] une cuisse rôtie (nitzla), faute de sauce le goût ne se diffuse pas : on épluche la couche supérieure et l'on mange jusqu'à ce qu'on parvienne au nerf, qu'on ôte alors.
Est-ce ainsi ? Mais Rav Houna n'a-t-il pas dit : un chevreau (guedi) qu'on a rôti dans sa graisse (helev) — il est interdit d'en manger même depuis le bout de son oreille (roch ozno) !
Objection à Chmouel. Rav Houna enseigne qu'un chevreau rôti dans sa graisse [interdite, dont on n'a pas ôté la graisse des reins] est interdit en entier, même depuis le bout de l'oreille (roch ozno) — un endroit où il n'y a pas de graisse. Preuve que, même au rôti (sans sauce), l'interdit se diffuse dans toute la bête — contre Chmouel, qui disait qu'au rôti le goût ne se diffuse pas.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).