Chullin 96b — la mesure de culpabilité pour le nerf sciatique, et la diffusion du goût dans ce qui cuit (cuit contre rôti)

Chullin 96b

Sougya : Fin du débat sur la mesure requise pour être passible au titre du nerf sciatique (gid ha-nasheh) : Rabbi Yehouda exige un kezayit (car 'manger' est écrit), tandis que les Sages tiennent qu'on est passible même pour le nerf entier qui pèse moins. L'échange se prolonge sur l'expression 'le cuilleron de la cuisse' (kaf ha-yarekh) : pour les Sages elle enseigne la règle de Chmouel (seul est interdit ce qui repose sur le cuilleron), pour Rabbi Yehouda elle interdit toute la cuisse ; deux occurrences du mot 'cuilleron' permettent d'exclure aussi l'oiseau.

La michna ouvre ensuite la question de la diffusion du goût : une cuisse cuite avec son nerf est interdite si le nerf 'donne du goût' (benoten taam), mesure 'comme la viande dans le navet' (ke-bassar be-lefet) ; de même pour un nerf cuit avec d'autres tendons, et pour un morceau de charogne (nevela) ou de poisson impur cuit avec des morceaux permis — reconnu, on l'ôte et la règle est le goût ; non reconnu, tout est interdit, et la sauce suit le goût. Enfin la Guemara, par Chmouel, oppose la cuisse cuite (nitbashel, où la sauce diffuse l'interdit partout) à la cuisse rôtie (nitzla, où l'on épluche et mange jusqu'au nerf) — objection de Rav Houna : un chevreau rôti dans sa graisse est interdit même depuis le bout de l'oreille.

La mesure de culpabilité pour le nerf sciatique (gid ha-nasheh) Rabbi Yehouda il est écrit 'manger' (akhila) -> il faut un kezayit même si le nerf entier en pèse moins Les Sages (Rabbanan) 'manger' = nuance du kezayit -> nerf entier : sans mesure un kezayit suffit s'il y en a 4 ou 5 'le cuilleron de la cuisse' (kaf ha-yarekh) : à quoi sert l'expression ? Sages : enseigne Chmouel — seul est interdit ce qui est SUR le cuilleron (al ha-kaf) R. Yehouda : 'la cuisse' (ha-yarekh) écrit -> tout endroit de la cuisse, mais avec un kezayit deux occurrences de 'kaf' : l'une exclut l'oiseau (sans cuilleron), l'autre enseigne Chmouel
Segments 1-5 : la mesure de culpabilité (kezayit pour R. Yehouda, sans mesure pour le nerf entier selon les Sages) et l'exégèse de 'le cuilleron de la cuisse'.
La michna : quand l'interdit (nerf, charogne, poisson impur) se diffuse-t-il ? Cuisse cuite avec le nerf si donne du goût (noten taam) -> toute la cuisse interdite mesure : comme la viande dans le navet (ke-bassar be-lefet) Nerf cuit avec des tendons s'il le reconnaît -> il l'ôte reste interdit si noten taam sinon -> tous interdits la sauce : si noten taam Morceau interdit charogne (nevela) ou poisson impur (dag tame) reconnu -> noten taam non reconnu -> tous interdits Guemara (Chmouel) : cuit vs rôti CUIT (nitbashel) : la sauce porte le goût partout -> toute la cuisse interdite RÔTI (nitzla) : on épluche et l'on mange jusqu'au nerf (objection de Rav Houna : chevreau rôti dans sa graisse)
Segments 6-10 : la michna sur la diffusion du goût (cuisse, tendons, morceau interdit) et la distinction de Chmouel entre cuit et rôti.
1
ורבי יהודה – אכילה כתיבה ביה, ורבנן – ההיא אכילה דכי אית ביה ארבעה וחמשה זיתים ואכל חד כזית מיחייב.

Et Rabbi Yehouda ? — 'manger' (akhila) est écrit à son sujet [au sujet du nerf, et un acte de consommation se mesure par un kezayit]. Et les Rabbanan [comment l'expliquent-ils] ? — ce [mot] 'manger' [enseigne] que, lorsqu'il y a en lui quatre ou cinq kezayit et [qu']il en a mangé un seul kezayit, il est passible [et l'on n'attend pas qu'il ait mangé le tout].

📜 Rachi (1)
ורבנן ההוא לאשמועינן אתא דאע"ג דלא אכיל כוליה מחייב בכזית דלא תימא לא מחייב עד דאכיל לכוליה ולעולם כל היכא דאכל כוליה לא בעינן כזית:
Et les Rabbanan, ce [mot] — vient nous apprendre que, bien qu'il n'ait pas mangé le nerf entier, il est passible pour un kezayit ; pour que tu ne dises pas [qu']il n'est pas passible tant qu'il n'a pas mangé le tout. Et toujours, partout où il a mangé le tout, nous n'exigeons pas [un] kezayit.
🗂️ Tossefot (1)
ורבי יהודה אכילה כתיב ביה וא"ת והרי נמלה ושאר שרצים דכתיב בהו אכילה ומחייב בכל שהוא כדתנן בפרק בתרא דמכות (דף יג.) ולא פליג ר' יהודה וי"ל דאכילה דהתם איצטריך דאי איכא ד' או חמשה זיתים דחייב בחד זית אבל הכא אמרינן דלר' יהודה מאשר על הכף נפקא והכי אמרינן במעילה פרק קדשי מזבח (מעילה דף טז:) אכל שרצים לוקה עליו בכזית דאכילה כתיב בהו וא"ת דאמרינן באלו הן הלוקין (מכות טז:) ריסק תשעה נמלים ואחד חי והשלימו לכזית לוקה שש חמש משום בריה דשרץ ואחת משום נבלה למה לי שיהא חד חי דהויא בריה בלאו הכי נמי כיון שיש בהם כזית לוקה ה' משום שרץ כיון דאכילה כתיב ביה כדפרישית ואחד משום נבלה וי"ל דודאי אלאו דשרצים דכתיב בלשון אכילה לקי משום כזית שרץ אלא יש לאו דשרץ דלא כתיב בהו אכילה כגון אל תשקצו (ויקרא יא) וההיא לא לקי אלא בחי משום בריה וא"ת ואכתי ל"ל חי אפילו מת נמי חשיב בריה כדאמרינן בס"פ (לקמן חולין קב:) טמאה בין בחייה בין במיתתה בכל שהוא וי"ל דלא נקט חי לאפוקי מת אלא פירוש חי שלם לאפוקי ריסק כדאמר גבי כלים שבירתן זו היא מיתתן וא"ת הא אמרינן בסוף פרקין (שם.) אבר מן החי צריך שיאכל כזית דאכילה כתיב ביה דלמא הא דכתיב ביה אכילה למימר דמחייב בכזית אע"ג דאית ביה ד' או ה' זיתים וי"ל דלעולם לא מחייב עד שיאכל אבר שלם דהיינו בשר גידים ועצמות מדלא אשכחן בס"פ (לקמן חולין דף קג:) לריש לקיש דפטר חלקו מבפנים דמחייב אלא בגרומיתא זעירתא והיינו טעמא דלא תאכל הנפש עם הבשר דדרשינן מיניה (לקמן חולין דף קב:) אבר מן החי דאסור משמע עד שיאכל אבר שלם:
'Et Rabbi Yehouda : manger est écrit à son sujet' — et si tu objectes : voici [pourtant] la fourmi (nemala) et les autres bestioles rampantes (cheratzim) à propos desquelles 'manger' est écrit et [pour lesquelles] on est passible pour la moindre quantité (kol che-hou), comme nous l'avons appris au dernier chapitre de Makot (13a), et Rabbi Yehouda ne diverge pas [là-dessus] ! Et l'on peut dire que le 'manger' de là-bas était nécessaire [pour enseigner que], s'il y a [dans la bestiole] quatre ou cinq kezayit, on est passible pour un seul kezayit ; mais ici nous disons que, pour Rabbi Yehouda, [la règle du kezayit] découle de 'sur le cuilleron' (al ha-kaf). Et ainsi disons-nous dans Meila, au chapitre Kodchei Mizbeah (Meila 16b) : celui qui mange des bestioles rampantes reçoit les coups pour [un] kezayit, car 'manger' est écrit à leur sujet. Et si tu objectes : ce que nous disons dans [le chapitre] Elou hen ha-lokin (Makot 16b) — [si] l'on a écrasé neuf fourmis et une [dixième] vivante et [que] cette dernière [les] a complétées à un kezayit, on reçoit six [séries de coups], cinq au titre d'[être une] créature [entière] (beria) bestiole, et une au titre de charogne (nevela) — pourquoi faut-il qu'il y en ait une vivante, qui [seule constitue] une beria ? Sans cela aussi, dès lors qu'il y a en elles un kezayit, on reçoit cinq [séries] au titre de bestiole, puisque 'manger' est écrit à leur sujet, comme je l'ai expliqué ! Et l'on peut dire qu'en vérité, pour l'interdit des bestioles écrit dans le langage de 'manger', on reçoit les coups au titre d'un kezayit de bestiole ; mais il y a [un autre] interdit de bestiole à propos duquel 'manger' n'est pas écrit, comme 'ne rendez pas vos âmes abominables' (Lévitique 11), et pour celui-là on ne reçoit les coups qu'avec [une bestiole] vivante, au titre de créature [entière] (beria). Et si tu objectes : encore une fois, pourquoi [faut-il qu'elle soit] vivante ? même morte, elle est considérée comme une créature [entière], comme nous le disons à la fin de notre chapitre (plus loin, Houlin 102b) : [une bête] impure, qu'elle soit vivante ou morte, [est interdite] pour la moindre quantité ! Et l'on peut dire qu'il n'a pas dit 'vivante' pour exclure 'morte', mais le sens de 'vivante' [est] 'entière' (chalem), pour exclure [celle qui est] écrasée (rissek), comme il [le] dit à propos des ustensiles : leur bris, c'est leur mort. Et si tu objectes : voici [pourtant] que nous disons à la fin de notre chapitre (là, 102b) [que pour] le membre [arraché] du vivant (ever min ha-haï) il faut [qu'il] en mange un kezayit, car 'manger' est écrit à son sujet — peut-être ce 'manger' écrit à son sujet [veut] dire qu'on est passible pour [un] kezayit bien qu'il y ait en lui quatre ou cinq kezayit ! Et l'on peut dire qu'en vérité on n'est pas passible tant qu'on n'a pas mangé un membre entier (ever chalem), c'est-à-dire chair, tendons et os ; car nous ne trouvons pas, à la fin du chapitre (plus loin, Houlin 103b), [que] selon Resh Lakich, qui exempte [celui qui a] divisé [le membre] de l'intérieur, on soit passible si ce n'est pour [un] petit os (gerumita ze'erta) [entier] ; et le motif [en] est [le verset] 'tu ne mangeras pas l'âme avec la chair' (Deutereonome 12), dont nous déduisons (plus loin, Houlin 102b) [l'interdit du] membre [arraché] du vivant, [ce] qui implique [qu'on n'est passible] tant qu'on n'a pas mangé un membre entier.
💡 Explication

Fin de l'échange sur la mesure de culpabilité. Pour Rabbi Yehouda, le verbe 'manger' (akhila) écrit à propos du nerf impose la mesure ordinaire d'un acte de consommation, le kezayit (volume d'une olive) : on n'est passible que si l'on en mange un kezayit. Pour les Sages (Rabbanan), ce 'manger' n'enseigne pas la mesure minimale mais l'inverse : même si le nerf contient quatre ou cinq kezayit, on est déjà passible pour un seul kezayit mangé — et l'on n'attend pas qu'il ait mangé le nerf entier.

2
ורבי יהודה, מ״אשר על כף הירך״ נפקא.

Et Rabbi Yehouda [d'où tire-t-il ce qu'enseignent les Sages] ? — [cela] découle de 'qui est sur le cuilleron de la cuisse' (acher al kaf ha-yarekh).

📜 Rachi (1)
ור' יהודה ההוא לא איצטריך לאשמועינן דמאשר על כף הירך נפקא דלא בעינן עד דאכיל ליה לכוליה דאפילו לא אכל אלא מה שעל הכף חייב ובלבד שתהא שם אכילה:
Et Rabbi Yehouda — ce [mot 'manger'] n'était pas nécessaire pour nous l'apprendre, car [cela] découle de 'qui est sur le cuilleron de la cuisse' : [à savoir] que nous n'exigeons pas [qu']il en mange le tout, puisque, même s'il n'a mangé que ce qui est sur le cuilleron, il est passible — pourvu qu'il y ait là un [acte de] 'manger' [c'est-à-dire un kezayit].
💡 Explication

Pour Rabbi Yehouda, l'enseignement que les Sages tiraient de 'manger' (à savoir : passible pour un kezayit même d'un grand nerf) se déduit plutôt de l'expression 'qui est sur le cuilleron de la cuisse' (acher al kaf ha-yarekh, Genèse 32:33) : même s'il n'a mangé que la partie posée sur le cuilleron, sans le nerf entier, il est passible.

3
ורבנן, ההוא מיבעי ליה לכדשמואל, דאמר שמואל: לא אסרה תורה אלא שעל כף הירך. ורבי יהודה – ״הירך״ כתיב, דכולה ירך.

Et les Rabbanan ? — ce [verset] leur est nécessaire pour [la règle] de Chmouel ; car Chmouel a dit : la Torah n'a interdit que ce qui est sur le cuilleron de la cuisse. Et Rabbi Yehouda ? — 'la cuisse' (ha-yarekh) est écrit, [signe] que toute la cuisse [est concernée].

📜 Rachi (1)
דכוליה ירך ולית ליה דשמואל אלא כל מקום שיאכל ממנו כזית חייב:
Que toute la cuisse — et il ne tient pas [la règle] de Chmouel ; plutôt, en tout endroit où il en mange un kezayit, il est passible.
💡 Explication

Pour les Sages, l'expression 'sur le cuilleron de la cuisse' sert à enseigner la règle de Chmouel : la Torah n'interdit que la portion du nerf posée sur le cuilleron (kaf), cette chair arrondie de la hanche — non le nerf tout entier. Pour Rabbi Yehouda, au contraire, le mot 'la cuisse' (ha-yarekh) montre que l'interdit s'étend à toute la cuisse.

4
ורבנן, ההוא דפשיט איסוריה בכוליה ירך, לאפוקי חיצון דלא, ולעולם שעל הכף.

Et les Rabbanan ? — ce [mot 'la cuisse' enseigne] que l'interdit [du nerf] s'étend dans toute la cuisse, à l'exclusion du [nerf] extérieur (hitzon), qui [n'est] pas [interdit] ; mais en réalité [seul est interdit] ce qui est sur le cuilleron.

📜 Rachi (1)
ורבנן ההוא הירך לאשמועינן אתא דאין אסור אלא פנימי דפשיט איסוריה בכוליה ירך:
Et les Rabbanan, ce [mot] 'la cuisse' — vient nous apprendre que seul est interdit le [nerf] intérieur (penimi), dont l'interdit s'étend dans toute la cuisse.
🗂️ Tossefot (1)
דפשיט איסוריה בכוליה ירך לשון איסוריה לא אתי שפיר דלא אסרינן אלא שעל הכף בלבד ובספר רבינו גרשום כתיב דמשיך בכוליה ירך ויש לישב לשון איסוריה דהכי קאמר דפשיט גיד של איסור בכוליה ירך:
'[Le mot 'la cuisse' enseigne] que l'interdit s'étend dans toute la cuisse' — le terme 'son interdit' (issouro) ne convient pas bien, car nous n'interdisons que ce qui est sur le cuilleron seulement ; et dans le livre de Rabbenou Guerchom il est écrit 'qui s'étire (mechikh) dans toute la cuisse'. Et l'on peut justifier le terme 'son interdit', car voici ce qu'il dit : que le nerf de l'interdit s'étend dans toute la cuisse [c'est-à-dire que le nerf interdit, et non l'interdit lui-même, court tout au long de la cuisse].
💡 Explication

Pour les Sages, le mot 'la cuisse' ne signifie pas que tout le nerf est interdit, mais que l'interdit porte sur le nerf intérieur (penimi), celui qui court le long de toute la cuisse — à l'exclusion du nerf extérieur (hitzon), permis. Toutefois, en pratique, seule la portion de ce nerf intérieur qui repose sur le cuilleron est interdite par la Torah.

5
והאי ״כף״ מיבעי ליה למעוטי עוף, דלית ליה כף! תרי ״כף״ כתיבי.

Mais ce [mot] 'cuilleron' (kaf), il leur est nécessaire pour exclure l'oiseau (of), qui n'a pas de cuilleron ! — deux [fois] 'cuilleron' sont écrits.

💡 Explication

Objection : le mot 'cuilleron' (kaf) sert déjà à exclure l'oiseau (of), dont la hanche n'a pas cette saillie arrondie (comme l'enseigne la michna, 89b) — comment alors en tirer aussi la règle de Chmouel ? Réponse : le mot 'cuilleron' figure deux fois dans le verset, ce qui permet d'en dériver deux lois distinctes (l'exclusion de l'oiseau, et la règle de Chmouel).

6
מתני׳ ירך שנתבשל בה גיד הנשה, אם יש בה בנותן טעם – הרי זו אסורה. כיצד משערין אותה? כבשר בלפת.

MICHNA. Une cuisse dans laquelle a cuit le nerf sciatique — s'il y a en elle [de quoi] donner du goût (benoten taam), elle est interdite.

Comment l'estime-t-on ? Comme la viande dans le navet (ke-bassar be-lefet).

📜 Rachi (1)
מתני' כבשר בלפת רואין כאילו הירך לפתות והגיד בשר ואילו היה נותן טעם בשר כשיעור הגיד בלפתות הירך אסור דשיעורין הלכה למשה מסיני וגמירי דבהכי משערינן דאף ע"פ שאילו היה כרוב או קפלוט היה צריך פחות או יותר:
MICHNA. Comme la viande dans le navet — on considère comme si la cuisse [était des] navets et le nerf [de la] viande : si la viande, en quantité égale au nerf, donnait du goût aux navets [en quantité égale à] la cuisse, [la cuisse est] interdite ; car les mesures [sont une] halakha [donnée] à Moché au Sinaï, et [c'est par] tradition (gemiri) que par cela nous mesurons, bien que, si c'était [du] chou (krouv) ou [du] poireau (kaflot), il faudrait moins ou plus.
🗂️ Tossefot (1)
אם יש בה בנ"ט הרי זו אסורה לאו בגיד לחודיה משערינן דבכדי קליפה שסביביו מסייע לגיד לאסור דמשעה שנמלח נאסר כדי קליפה סמוך לו ולפירוש רבינו אפרים שמפרש דלא אמרינן חתיכה עצמה נעשה נבלה אלא בבשר בחלב אתי שפיר. משמע קצת דאין הרוטב מסייע לשאר חתיכות אם יש בהם לבטל הגיד אלא הירך לבדו מדלא קאמר אם יש בהן וברוטב בנותן טעם כו' והאי לפירוש הקונטרס ניחא דפירש פרק כל הבשר (לקמן חולין דף קח.) גבי טיפת חלב כו' דקאמר בגמרא לא שנו אלא שניער וכסה אבל לא ניער וכסה חתיכה עצמה נעשה נבלה כו' ופירש בקונטרס דכי ניער הקדרה מוליך הוא הטפה בכל הקדרה ומסייע כל מה שבתוכה לבטל הטפה וכן כי כסה הקדרה עולות הרתיחות משוליה לפיה ומוליכות הטפה בכל הקדרה משמע שר"ל שאפילו החתיכה שנפלה הטפה עליה היא מקצתה בתוך הרוטב אי לא ניער וכסה אין מסייע הרוטב והחתיכות אחרות לבטלה ומיירי הכא בשלא ניער וכסה ולר"י נראה דכשהחתיכה שנפל האיסור עליה היא מקצתה ברוטב לא בעינן ניער וכסה והתם איירי כשהחתיכה כולה חוץ לרוטב דאז אין מתפשט אלא בניער וכסה והוה מצי למימר לא שנו אלא בחתיכה מקצתה ברוטב אלא מילתא דפסיקא ליה נקט כשניער וכסה דאז בכל ענין הרוטב מכסה כל החתיכות ואפילו היתה כולה חתיכה חוץ לרוטב והכא דקאמר אם יש בה בנ"ט היינו על ידי שלא היה בה עם הרוטב ששים לבטל טעם הגיד:
'S'il y a en elle [de quoi] donner du goût, elle est interdite' — ce n'est pas par le nerf seul que nous mesurons, car la quantité d'une 'pelure' (kelipa) autour de lui aide le nerf à interdire : dès l'instant où [le nerf] a été salé, il a interdit l'épaisseur d'une pelure à son contact. Et selon l'explication de Rabbenou Ephraim, qui explique que nous ne disons pas [que] 'le morceau lui-même devient charogne' (hatikha atzma naasit nevela) sinon [dans le cas de] viande dans du lait, [cela] s'accorde bien. [Le texte] implique quelque peu que la sauce (rotev) n'aide pas les autres morceaux, s'il y a en eux [de quoi] annuler le nerf, mais [que c'est] la cuisse seule [qui annule] — du fait qu'il ne dit pas 'S'il y a en eux et dans la sauce [de quoi] donner du goût etc.'. Et ceci s'accorde bien selon l'explication du Commentaire (Kountras), qui explique au chapitre Kol ha-Bassar (plus loin, Houlin 108a), à propos d'une goutte de lait etc., ce que dit la Guemara : 'on n'a enseigné [cela] que [dans le cas] où il a remué (niar) et couvert [la marmite], mais [si] il n'a pas remué ni couvert, le morceau lui-même devient charogne etc.' ; et le Commentaire explique que, lorsqu'il remue la marmite, il promène la goutte dans toute la marmite et fait aider tout ce qui [est] dedans à annuler la goutte ; de même, lorsqu'il couvre la marmite, les bouillons montent de son fond vers son ouverture et promènent la goutte dans toute la marmite — [ce qui] implique [qu']il veut dire que même le morceau sur lequel la goutte est tombée, une partie en est dans la sauce, [et] si [l'on] n'a pas remué ni couvert, la sauce et les autres morceaux n'aident pas à l'annuler ; et il parle ici [du cas] où il n'a pas remué ni couvert. Et selon Ri il semble que, lorsque le morceau sur lequel l'interdit est tombé a une partie dans la sauce, nous n'exigeons pas [qu']il ait remué et couvert ; et là-bas [la Guemara] parle [du cas] où le morceau est entièrement hors de la sauce, [cas] où [l'interdit] ne se diffuse que s'il a remué et couvert ; et [la Guemara] aurait pu dire : 'on n'a enseigné [cela] que [pour] un morceau dont une partie est dans la sauce', mais elle a pris une formulation tranchée (mileta de-pessika), [à savoir] 'lorsqu'il a remué et couvert', [cas] où en toute manière la sauce recouvre tous les morceaux, même [si] le morceau était entièrement hors de la sauce. Et ici, où il dit 's'il y a en elle [de quoi] donner du goût', [c'est-à-dire] du fait qu'il n'y avait pas, avec la sauce, soixante [fois le nerf] pour annuler le goût du nerf.
💡 Explication

Début de la michna. Si le nerf sciatique a cuit à l'intérieur d'une cuisse [permise], et qu'il y a en lui assez pour donner du goût (benoten taam) à toute la cuisse, celle-ci devient interdite. Comment estimer ce 'goût' ? On se figure le nerf comme de la viande et la cuisse comme un navet (lefet) : si une quantité de viande égale au nerf donnait du goût à un navet égal à la cuisse, la cuisse est interdite. C'est une halakha donnée à Moché au Sinaï (halakha le-Moche mi-Sinaï) que l'on mesure ainsi, bien qu'un chou ou un poireau eussent demandé une autre proportion.

7
גיד הנשה שנתבשל עם הגידים, בזמן שמכירו – בנותן טעם, ואם לאו – כולן אסורין, והרוטב בנותן טעם.

Un nerf sciatique qui a cuit avec [d'autres] tendons (gidin) : lorsqu'on le reconnaît — [la règle est celle] du goût (benoten taam) ; et sinon — tous sont interdits ; et la sauce [suit] le goût.

📜 Rachi (5)
שנתבשל עם הגידים של היתר:
Qui a cuit avec des tendons — [des tendons] permis.
בזמן שמכירו משליכו לחוץ ואין כאן אלא פליטתו:
Lorsqu'on le reconnaît — il le jette dehors, et il n'y a là que sa sécrétion (pelita) [le goût qu'il a dégagé].
בנותן טעם אם יש בנ"ט בכל אלו:
[La règle est celle] du goût — s'il y a [de quoi] donner du goût dans tous ces [tendons].
כולן אסורין ולקמן מפרש דנותן טעם במין במינו שאין אדם יכול להבחינו שיערוהו בששים:
Tous sont interdits — et plus loin [la Guemara] explique que le goût [d'une chose] parmi [son] semblable (min be-mino), qu'un homme ne peut distinguer, ils l'ont estimé à un soixantième (chichim).
ואם לאו כולן אסורין דבכל אחד יש לומר זה הוא ובגמרא פריך ליבטיל ברובא:
Et sinon, tous sont interdits — car de chacun on peut dire : c'est celui-ci [le nerf]. Et dans la Guemara [le Talmud] objecte : qu'il soit annulé dans la majorité (be-rouba) !
💡 Explication

Cas d'un nerf sciatique cuit avec d'autres tendons permis. Si on le reconnaît, on le jette et la règle est le goût (les autres tendons ne sont interdits que si le nerf 'donne du goût', soit moins d'un soixantième). Si on ne le reconnaît pas (semblable parmi ses semblables, min be-mino), tous les tendons sont interdits, car chacun pourrait être le nerf ; et la sauce n'est interdite que si le nerf 'donne du goût'.

8
וכן חתיכה של נבלה, וכן חתיכה של דג טמא שנתבשלה עם החתיכות, בזמן שמכירן – בנותן טעם, ואם לאו – כולן אסורות, והרוטב בנותן טעם.

Et de même un morceau de charogne (nevela), et de même un morceau de poisson impur (dag tame) qui a cuit avec les [autres] morceaux : lorsqu'on les reconnaît — [la règle est celle] du goût ; et sinon — tous sont interdits ; et la sauce [suit] le goût.

📜 Rachi (1)
בזמן שמכירן לחתיכות האיסור משערינן בנותן טעם ואי אין בהן כדי לתת טעם בשל היתר הרי השאר מותרות ואם אין מכירן כל החתיכות אסורות דכל אחת יש לחוש ולומר שמא זו היא. והרוטב מותר אם אין בחתיכות האיסור כדי לתת טעם בכל החתיכות והקיפה והרוטב:
Lorsqu'on les reconnaît — [s'agissant] des morceaux interdits, nous mesurons selon le goût ; et s'il n'y a pas en eux de quoi donner du goût dans les [morceaux] permis, voici que le reste est permis. Et si on ne les reconnaît pas, tous les morceaux sont interdits, car de chacun il y a lieu de craindre et de dire : peut-être est-ce celui-ci. Et la sauce [est] permise s'il n'y a pas dans les morceaux interdits de quoi donner du goût dans tous les morceaux, [dans] la graisse figée (kipa) et [dans] la sauce.
💡 Explication

Même règle pour un morceau de charogne (nevela) ou de poisson impur (dag tame) cuit avec des morceaux permis : reconnu, on l'ôte et la règle est le goût ; non reconnu, tous les morceaux sont interdits (chacun pourrait être l'interdit) ; et la sauce n'est interdite que si le morceau interdit lui donne du goût.

9
גמ׳ אמר שמואל: לא שנו אלא שנתבשל בה, אבל נצלה בה – קולף ואוכל עד שמגיע לגיד.

GUEMARA. Chmouel a dit : on n'a enseigné [cela] que [dans le cas] où il a cuit (nitbachel) en elle [dans la cuisse], mais [si] il a rôti (nitzla) en elle — il épluche et mange jusqu'à ce qu'il parvienne au nerf.

📜 Rachi (4)
גמ' לא שנו דכי יש בו בנותן טעם כל הירך אסורה:
GUEMARA. On n'a enseigné [cela] — que, lorsqu'il y a en lui [de quoi] donner du goût, toute la cuisse est interdite.
אלא שנתבשל שהרוטב מעלה הטעם בכל הבשר:
Que [dans le cas] où il a cuit — car la sauce fait monter le goût dans toute la viande.
אבל נצלה עמו נצמת בתוכו ואינו מפעפע ויוצא בבשר:
Mais [si] il a rôti — [le nerf cuit] avec elle se contracte (nitzmat) en elle et ne se diffuse (mefaapea) pas pour sortir dans la viande.
קולף ואוכל כלומר חותך עליון ואוכל עד שמגיע לגיד:
Il épluche et mange — c'est-à-dire qu'il coupe le [morceau] supérieur et mange jusqu'à ce qu'il parvienne au nerf.
🗂️ Tossefot (2)
אבל נצלה קולף ואוכל עד שמגיע כו' וא"ת מאי קמ"ל פשיטא דלא מצי למימר הוא הדין נצלה דא"כ למה לי נתבשל דמשעת מליחה נאסר דמליח הרי הוא כרותח דצלי כדאמר בסמוך ובלא מליחה אי אפשר לבשל דאין הבשר יוצא מידי דמו עד שימלחנו יפה יפה וי"ל דקמ"ל דלא נאמר נתבשל דמתניתין היינו נצלה דאשכחן דקרי לצלייה בשול דכתיב (ד"ה ב' לה) ויבשלו (את) הפסח וכן הא דתנן (לקמן חולין דף קט:) הלב קורעו ומוציא את דמו לא קרעו קורעו לאחר בשולו ובעי למידק מינה בריש כיצד צולין (פסחים עד:) דכבולעו כך פולטו אלמא לאחר בשולו דקתני היינו לאחר צלייתו דאי בקדרה הכל אסור אם אין פי קנה חוץ לקדרה:
'Mais [si] il a rôti, il épluche et mange jusqu'à ce qu'il parvienne etc.' — et si tu objectes : que nous apprend-il ? [c'est] évident, car il ne pourrait pas dire 'il en va de même [s']il a rôti' [comme s'il avait cuit], puisque alors pourquoi me [faut-il] 'il a cuit' [dans la michna] ? car dès l'instant du salage il a interdit [la cuisse] : car [ce qui est] salé est comme [ce qui est] bouillant (maliah harei hou ke-rote'ah) [pour le] rôti, comme il [le] dit plus loin ; et sans salage il est impossible de cuire, car la viande ne se décharge de son sang que si on la sale très bien. Et l'on peut dire qu'il nous apprend [qu']on ne dise pas [que] 'il a cuit' de notre michna soit [synonyme de] 'il a rôti', puisque nous trouvons que la cuisson (tzeliya) est appelée 'cuisson' (bichoul), comme il est écrit (II Chroniques 35) 'et ils firent cuire (vayevachlou) le [sacrifice] pascal' ; et de même ce que nous avons appris (plus loin, Houlin 109b) : le cœur, on le déchire et l'on en fait sortir le sang ; [s'il] ne l'a pas déchiré [avant], il le déchire après sa cuisson (bichoulo) ; et [le Talmud] veut en déduire au début de [Keitzad Tzolin] (Pessahim 74b) que 'tel il l'absorbe, tel il le rejette', [signe] donc que 'après sa cuisson', enseigné [dans la michna], c'est après sa cuisson [au sens de] sa cuisson [à la marmite] ; [or] si [c'était] à la marmite (be-kedera), tout serait interdit si l'ouverture du tuyau [tube de l'aorte] n'est pas hors de la marmite [pour que le sang s'écoule au dehors].
עד שמגיע לגיד לאו דווקא עד שמגיע לגיד ממש דהא צריך שיניח כדי קליפה סמוך לגיד ואפילו כדי נטילה צריך שיניח כדאמר בפרק כיצד צולין (פסחים דף עה:) נטף מרוטבו על החרס וחזר אליו יטול את מקומו ולא סגי בקליפה אם לא נחלק דשמא רוטב מתפשט יותר מגיד ומיהו לא אשכחן בשום מקום שיהא סגי לצלי בקליפה דלא מצינו קליפה נזכרת לענין צלי אלא בכיצד צולין (שם דף עו.) בחם לתוך צונן דשמואל אמר קולף דתתאה גבר אדמיקר ליה בלע ואפשר דרותח דצלי בלע טפי ולקמן בפרק כל הבשר (חולין דף קיב.) דאמר רב ההוא בר גוזלא דנפל לגו כדא דכמכא דצלי בעי קליפה התם אפילו בצונן איירי ומשום דבר יונה רכיך טובא ובלע וגבי צורר אדם בשר וגבינה במטפחת אחת ואינו חושש ובלבד שלא יהיו נוגעות זו בזו ואמרינן (לקמן חולין דף קז:) בגמרא וכי נוגעות זו בזו מאי הוי צונן וצונן הוא ומשני נהי דקליפה לא בעי הדחה מי לא בעי לאו משום דצלי סגי ליה בקליפה אלא ה"ק נהי דקליפה לא בעי כמו בחם לתוך צונן הדחה מי לא בעי וכן הא דאמר לעיל בפ"ק (חולין דף ח:) דלמ"ד בית השחיטה רותח קולף שאני התם דשמנונית שעל הסכין דבר מועט הוא כדאמרינן פרק כיצד צולין (פסחים דף עה:) סכו בשמן של תרומה אם חבורת כהנים יאכלו ואם של ישראל אם צלי הוא יקלוף את החיצון ומפרש אפילו למאן דאמר תתאה גבר שאני סיכה דמשהו עבדי ליה:
'Jusqu'à ce qu'il parvienne au nerf' — non pas précisément jusqu'à ce qu'il parvienne au nerf même, car il faut qu'il laisse l'épaisseur d'une 'pelure' (kelipa) au contact du nerf ; et même l'épaisseur d'un 'enlèvement' (netila) il faut qu'il [la] laisse, comme il [le] dit au chapitre Keitzad Tzolin (Pessahim 75b) : [si la graisse] a goutte de sa sauce sur le tesson (hères) et est revenue vers lui [vers le morceau], il enlève [tout] son emplacement — et il ne suffit pas d'une pelure si [le morceau] n'a pas été divisé, car peut-être la sauce se diffuse-t-elle plus que [ne le ferait] le nerf. Toutefois nous ne trouvons en aucun endroit qu'une pelure suffise pour [le] rôti, car nous ne trouvons pas la 'pelure' mentionnée à propos du rôti, sinon dans Keitzad Tzolin (là, 76a) [pour le cas du] chaud dans du froid, où Chmouel dit : il épluche, car 'le [corps] inférieur l'emporte' (tataa gavar) [et] avant qu'il [ne] se refroidisse il a absorbé ; et il se peut que [ce qui est] bouillant par [effet du] rôti absorbe davantage. Et plus loin, au chapitre Kol ha-Bassar (Houlin 112a), où Rav dit : ce petit oiseau (bar gozla) qui est tombé dans un pot de saumure (kamka) [et qui était] rôti requiert [d']éplucher (kelipa) — là-bas il parle même [d'un cas] de froid, et [c'est] parce que [la chair] de l'oiseau [est] très tendre (rakhikh) et absorbe [davantage]. Et à propos de '[il est permis qu']un homme enveloppe de la viande et du fromage dans une même étoffe (mitpahat) et ne s'en soucie pas, pourvu qu'ils ne se touchent pas l'un l'autre', nous disons (plus loin, Houlin 107b) dans la Guemara : et s'ils se touchent l'un l'autre, qu'y aurait-il [de mal] ? [c'est] du froid et du froid ! et [le Talmud] répond : certes une pelure n'est pas requise, [mais un] rinçage (hadaha) n'est-il pas requis ? — [ce qui], n'est-ce pas, [montre] que pour le rôti une pelure [lui] suffit ! Plutôt, voici ce qu'il dit : certes une pelure n'est pas requise comme [pour le] chaud dans du froid, [mais un] rinçage n'est-il pas requis ? Et de même ce qu'il dit plus haut, au premier chapitre (Houlin 8b), que selon celui qui dit [que] 'le lieu de l'abattage [est] bouillant', il épluche — là-bas [c'est] différent, car la graisse (chamnounit) qui [est] sur le couteau [est] peu de chose, comme nous [le] disons au chapitre Keitzad Tzolin (Pessahim 75b) : on l'a enduit (sakhou) d'huile de prélèvement (terouma) — si [c'est] une compagnie de prêtres (kohanim), qu'ils [le] mangent ; et si [c'est celui] d'un Israélite, si [c'est] rôti, qu'il épluche l'[enduit] extérieur ; et [le Talmud] explique [que] même pour celui qui dit 'le [corps] inférieur l'emporte', l'enduction (sikha) [est] différente, car on [n']en fait [qu']une [quantité] infime (mâche-hou).
💡 Explication

La Guemara. Chmouel limite la michna : ce n'est que pour une cuisse cuite (nitbachel) avec son nerf que toute la cuisse est interdite — car la sauce (rotev) transporte le goût dans toute la viande. Mais [pour] une cuisse rôtie (nitzla), faute de sauce le goût ne se diffuse pas : on épluche la couche supérieure et l'on mange jusqu'à ce qu'on parvienne au nerf, qu'on ôte alors.

10
איני? והאמר רב הונא: גדי שצלאו בחלבו – אסור לאכול אפילו מראש אזנו!

Est-ce ainsi ? Mais Rav Houna n'a-t-il pas dit : un chevreau (guedi) qu'on a rôti dans sa graisse (helev) — il est interdit d'en manger même depuis le bout de son oreille (roch ozno) !

📜 Rachi (2)
בחלבו שלא נטל חלב הכליות:
Dans sa graisse — [du cas] où il n'a pas ôté la graisse des reins.
אפילו מראש אזנו שאין שם חלב אלמא פשיט איסוריה בכוליה:
Même depuis le bout de son oreille — où il n'y a pas de graisse ; [c'est] donc [que] son interdit s'étend dans tout [le chevreau].
🗂️ Tossefot (1)
אפילו מריש אזנו שרחוק מן החלב ולאו דווקא משום דראש הגדי למטה בשעה שצולין אותו בשפוד בתנור דכן דרך כדמשמע בריש כיצד צולין (פסחים עד.) שתוחבו לתוך פיו עד בית נקובתו וצד העב של שפוד הופך למטה כדי שלא יפול ומידב דאיב החלב על הראש אלא אפילו היה הראש למעלה אסור דמפעפע חלב למעלה דהא צונן לתוך חם אסור למאן דאמר תתאה גבר ולא סגי בקליפה ומה שנהגו כשמולחים בשר הרבה ומניחין בגיגית ופעמים חתיכה אחת חציה לתוך הציר וחציה חוץ לציר וחותכין מה שבתוך הציר ומשליכין דאסור ומה שחוץ לציר מותר ולא אמרינן שיפעפע הדם למעלה ויאסור כל החתיכה כדאמר גבי חלב י"ל דאין דרכו של דם לפעפע אלא אדרבה אמרינן דדם משרק שריק כשנופל על הבשר ולא מיבלע דרך הליכתו כ"ש דלא מפעפע למעלה ואפילו יש שומן בבשר שבתוך הציר לא אמרינן דנעשה נבלה מחמת הדם וחוזר ואוסר מה שחוץ לציר דמפעפע לפי מה שמפרש הרב רבינו אפרים דלא שייך חתיכה עצמה נעשת נבלה אלא בבשר בחלב ובלאו הכי נמי כיון דלא אפשר האיסור להתפשט חוץ לציר שרי דלא אמרינן חתיכה עצמה נעשית נבלה ואוסרת את כל החתיכות אלא במקום שהאיסור מתפשט בכל החתיכה דומיא דטפת חלב תדע דבכל מקום שאנו אוסרין כדי קליפה אמאי אין אותו כדי קליפה חוזר ואוסר מה שאצלו ובענין זה יאסר הכל אלא היינו טעמא לפי שאין טעם האיסור עובר כלל יותר מכדי קליפה והרב רבי אליעזר ממי"ץ היה מחלק משום דלא אמרינן חתיכה עצמה נעשה נבלה במקצת חתיכה אלא בכל החתיכה ואין זה טעם ועוד תדע דאי לא תימא הכי אין לך בשר מותר לעולם דהא קיימא לן דכל הבשר הנמלח כששהה במלחו יום או יומים יש בו טעם מלח יותר ואפ"ה לא אמרינן דמלח שעל הבשר הנאסר מחמת הדם יחזור ויאסור את הבשר אלא צ"ל משום דאע"פ שנבלע בבשר טעם המלח טעם הדם שבמלח אין נבלע בו כלל:
'Même depuis le bout de son oreille' — [un endroit] éloigné de la graisse ; et [ce n']est pas précisément [interdit] parce que la tête du chevreau [est] en bas lorsqu'on le rôtit à la broche dans le four, car telle est la manière [de faire], comme [cela] ressort au début de Keitzad Tzolin (Pessahim 74a) : on l'enfile par sa bouche jusqu'à l'orifice [arrière], et l'on tourne le côté épais de la broche vers le bas afin qu'il ne tombe pas, et [ainsi] la graisse goutte (daiv) sur la tête ; plutôt, même [si] la tête était en haut, [c'est] interdit, car la graisse se diffuse vers le haut — car [du] froid dans du chaud [est] interdit pour celui qui dit que 'le [corps] inférieur l'emporte' (tataa gavar), et il ne suffit pas d'éplucher. Et ce qu'on a l'usage [de faire], lorsqu'on sale beaucoup de viande et [qu']on la dépose dans une cuve (guiguit), et que parfois un morceau [est] à moitié dans la saumure (tzir) et à moitié hors de la saumure, [à savoir] qu'on coupe ce qui [est] dans la saumure et [qu']on le jette — car [c'est] interdit — et [que] ce qui [est] hors de la saumure [est] permis, et nous ne disons pas que le sang se diffuse vers le haut et interdit tout le morceau comme nous [le] disons à propos de la graisse — on peut dire que la manière du sang n'est pas de se diffuser ; au contraire, nous disons que le sang glisse-et-coule (machrak chrik) quand il tombe sur la viande, et n'est pas absorbé en chemin, à plus forte raison ne se diffuse-t-il pas vers le haut. Et même s'il y a de la graisse [permise, du suif] dans la viande qui [est] dans la saumure, nous ne disons pas qu'elle devient charogne (naasit nevela) à cause du sang et interdit à nouveau ce qui [est] hors de la saumure par diffusion — selon ce qu'explique Rav Rabbenou Ephraim, [à savoir] qu'on ne dit pas 'le morceau lui-même devient charogne' sinon [dans le cas de] viande dans du lait ; et même sans cela [c'est permis], puisque l'interdit ne peut pas se diffuser hors de la saumure [c'est] permis, car on ne dit pas 'le morceau lui-même devient charogne' et interdit tous les morceaux sinon à l'endroit où l'interdit se diffuse dans tout le morceau, semblable à [la] goutte de lait. [La] preuve : partout où nous interdisons l'épaisseur d'une 'pelure' (kelipa), pourquoi cette épaisseur de pelure n'interdit-elle pas à nouveau ce qui [est] auprès d'elle, [de sorte que] de cette manière tout serait interdit ? Plutôt, le motif [en] est que le goût de l'interdit ne passe nullement au-delà de l'épaisseur d'une pelure. Et Rav Rabbi Eliezer de Metz distinguait [en disant] que l'on ne dit pas 'le morceau lui-même devient charogne' sur une partie du morceau, mais [seulement] sur tout le morceau ; mais ce n'est pas une [bonne] raison. Et encore [une] preuve : car si tu ne dis pas ainsi, il n'y a pour toi jamais de viande permise — car nous tenons que toute la viande qui est salée, lorsqu'elle est demeurée dans son sel un jour ou deux, a en elle un goût de sel [plus que mesure], et néanmoins nous ne disons pas que le sel qui [est] sur la viande [et qui a été] interdit à cause du sang interdit à nouveau la viande ; plutôt, il faut dire [que c'est] parce que, bien que le goût du sel ait été absorbé dans la viande, le goût du sang qui [est] dans le sel n'y est nullement absorbé.
💡 Explication

Objection à Chmouel. Rav Houna enseigne qu'un chevreau rôti dans sa graisse [interdite, dont on n'a pas ôté la graisse des reins] est interdit en entier, même depuis le bout de l'oreille (roch ozno) — un endroit où il n'y a pas de graisse. Preuve que, même au rôti (sans sauce), l'interdit se diffuse dans toute la bête — contre Chmouel, qui disait qu'au rôti le goût ne se diffuse pas.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).