Eruvin 11b — Les conditions de la tsourat ha-petah ; la voûte (kippa) ; le début de la michna sur l'hekhcher mavoy

Eruvin 11b

Sougya : La Guemara résout la contradiction entre deux déclarations de Rabbi Yo'hanan sur la peah (tresse de sarments) pour les kilayim : dans les deux cas la tresse est attachée de côté, mais l'une vise un écart de dix coudées, l'autre un écart supérieur, comme le montre l'épisode de Rabbi Yehochoua chez Rabbi Yo'hanan ben Nouri. Viennent ensuite les conditions de la tsourat ha-petah : le linteau posé sur les montants et pas de côté (Rav Hisda), une structure assez solide pour une porte de paille, une marque de gond (Reich Lakich au nom de Rabbi Yanai), et la question du contact entre montants et linteau, disputée par Rav Nahman et Rav Chechet.

La baraita de la voûte (kippa), expliquée par Abaye par le principe de hokekin lehachlim, appuie Rav Nahman. Le daf ouvre enfin la michna sur l'hekhcher mavoy (lehi et kora selon Beit Chammai et Beit Hillel, deux lehayim selon Rabbi Eliezer) et la Guemara examine ce que ces positions impliquent sur le nombre de cloisons de la Torah.

La tsourat ha-petah : quel montage est valable ? (vue de face ; deux montants et un roseau au-dessus) vide Linteau POSÉ SUR les montants valable Linteau fixé DE CÔTE Rav Hisda : rien fait Linteau NE TOUCHE PAS Rav Nahman : valable Rav Chechet : nul Conditions supplémentaires : - Rav Hisda : assez solide pour qu'on puisse y fixer une porte, même une porte de paille. - Reich Lakich au nom de Rabbi Yanai : il faut une marque de gond (heker tsir, avkata).
Les trois montages de la tsourat ha-petah discutés dans le daf et les conditions ajoutées par Rav Hisda et Reich Lakich.
La voûte (kippa) et la mezouza : explication d'Abaye (en tefahim ; à gauche : hauteur des pieds droits ; à droite : hauteur totale ; en bas : largeur) 10 13 4 Cas A 2 10 4 Cas B 3 8 4 Cas C 3 10 4 Cas D A : pieds droits de 10 -> tous : obligée (le linteau n'a pas besoin de toucher les montants). B : pieds droits de moins de 3 ; C : hauteur totale de moins de 10 -> tous : rien du tout. D : pieds 3, total 10, moins de 4 de large en haut -> R. Meir : hokekin lehachlim (obligée) ; Sages : exemptée.
La baraita de la voûte selon Abaye : les quatre cas et le principe de hokekin lehachlim.
Michna : comment rendre valable un mavoy (ruelle) ? Beit Chammai lehi ET kora (montant latéral + poutre) Beit Hillel lehi OU kora (l'un des deux suffit) Rabbi Eliezer deux lehayim (avec ou sans kora ? question) Sur quelle largeur d'entrée portent-ils le désaccord ? Largeur de l'entrée Élève, au nom de R. Ichmael Rabbi Akiva moins de 4 coudées accord : lehi OU kora désaccord de 4 à 10 coudées désaccord BCh / BH désaccord Guemara : la michna parle d'un mavoy SATOUM (fermé à un bout), selon Rav Yehouda. Le désaccord de Hanania et du tanna kamma porte sur un mavoy MEFOULACH (ouvert aux deux bouts). Au-delà de 10 coudées, lehi et kora ne suffisent plus (il faut une tsourat ha-petah).
La michna de l'hekhcher mavoy : les trois opinions et le débat sur la largeur concernée.
1
פיאה מותרת לענין כלאים, אבל לא לשבת. ורבי יוחנן אמר: כמחיצות לשבת דלא, כך מחיצות לכלאים דלא.

Une peah (tresse de sarments) est permise pour les kilayim, mais pas pour le Chabbat. Et Rabbi Yo'hanan a dit : de même que pour les cloisons du Chabbat, non, ainsi pour les cloisons des kilayim, non.

📜 Rachi (1)
פיאה קליעת הזמורה המתוחה מקונדס לחבירו ודוגמתו פיאה נכרית במסכת שבת (ד' סד:):
Peah : une tresse de sarment tendue d'un piquet à l'autre ; semblable à la peah nokhrit (perruque) du traité Chabbat (64b).
💡 Explication

Suite de 11a. Reich Lakich rapporte que la peah, sarment tressé tendu entre des piquets, vaut cloison pour les kilayim (mélange de vigne et de semences) mais pas comme tsourat ha-petah pour le Chabbat. Rabbi Yo'hanan la rejette pour les deux. Or ailleurs (11à) les positions semblaient inversées : la Guemara doit expliquer cette contradiction.

2
בשלמא דריש לקיש אדריש לקיש לא קשיא: הא — דידיה, הא — דרביה. אלא דרבי יוחנן אדרבי יוחנן קשיא!

D'accord, Reich Lakich contre Reich Lakich ne pose pas de difficulté : celle-ci est [son opinion] à lui, celle-là est [l'opinion] de son maître. Mais Rabbi Yo'hanan contre Rabbi Yo'hanan pose une difficulté !

📜 Rachi (1)
הא דרביה הך בתרייתא משום ר' יהודה בר' חנינא אמרה וליה לא סבירא ליה:
Celle-là est de son maître : cette dernière [déclaration], il l'a dite au nom de Rabbi Yehouda bar Rabbi Hanina, et lui-même ne le pense pas.
💡 Explication

Pour Reich Lakich, la contradiction se résout facilement : il rapportait l'avis de son maître, Rabbi Yehouda bar Rabbi Hanina, qui n'est pas le sien. Pour Rabbi Yo'hanan cette issue n'existe pas.

3
אי אמרת בשלמא: התם — על גבן, הכא — מן הצד, שפיר. אלא אי אמרת: אידי ואידי מן הצד, מאי איכא למימר?

D'accord si tu dis : là-bas [la tresse est posée] sur eux, ici de côté, c'est bien. Mais si tu dis : l'un et l'autre de côté, que peut-on dire ?

📜 Rachi (1)
אי אמרת בשלמא קמייתא על גבן משום הכי שרי לענין כלאים וביותר מעשר דאי בעשר לא מצי למימר אבל לא לשבת ועל כרחיך כרב סבירא ליה שפיר:
D'accord si tu dis : la première [déclaration] parle [d'une tresse posée] sur eux ; c'est pourquoi c'est permis pour les kilayim, et [il s'agit d'un écart] de plus de dix, car pour dix on ne pourrait pas dire "mais pas pour le Chabbat" ; et forcément il pense comme Rav. [Cela irait] bien.
💡 Explication

Première piste : distinguer la position de la tresse. Al gabban (posée sur les piquets), elle ressemble à un linteau et vaut pour les kilayim ; min ha-tsad (attachée de côté), elle ne vaut rien. La Guemara demande : et si les deux déclarations parlent d'une tresse de côté ?

4
לעולם, אידי ואידי מן הצד: התם — בעשר, הכא — ביותר מעשר.

En réalité, l'un et l'autre de côté : là-bas à dix, ici à plus de dix.

🗂️ Tossefot (1)
הכא ביתר מעשר והשתא לא צריכי לשנויי לריש לקיש הא דידיה הא דרביה:
Ici à plus de dix : et maintenant il n'est pas nécessaire de répondre pour Reich Lakich "celle-ci est à lui, celle-là est à son maître".
💡 Explication

Réponse : les deux cas concernent une tresse de côté. La différence est l'écart entre les piquets : jusqu'à dix coudées, une tresse de côté suffit pour les kilayim ; au-delà, elle ne suffit pas.

Tossefot : avec cette réponse, les deux déclarations de Reich Lakich se concilient elles aussi sans recourir à l'avis de son maître.

🖼️ Schéma
La peah (tresse de sarments) pour les kilayim Position de la tresse Écart de 10 coudées Écart de plus de 10 Posée SUR les piquets permis permis (baraita des roseaux) Attachée DE CÔTE permis (R. Yo'hanan, 1re décl.) interdit (R. Yo'hanan, 2e décl.) Conclusion : les deux déclarations de Rabbi Yo'hanan parlent d'une tresse attachée de côté ; elles diffèrent par l'écart entre les piquets (preuve : Rabbi Yo'hanan ben Nouri). Pour le Chabbat, une tsourat ha-petah faite de côté ne vaut rien (Rav Hisda).
Tresse posée ou attachée de côté, écart de dix ou plus : la solution de la Guemara.
5
ומנא תימרא דשני לן בין עשר ליותר מעשר — דאמר ליה רבי יוחנן לריש לקיש: לא כך היה המעשה, שהלך רבי יהושע אצל רבי יוחנן בן נורי ללמוד תורה, אף על פי שבקי בהלכות כלאים, ומצאו שיושב בין האילנות ומתח זמורה מאילן לאילן. ואמר לו: רבי, אי גפנים כאן מהו לזרוע כאן? אמר לו: בעשר מותר, ביותר מעשר אסור.

Et d'où dis-tu que nous distinguons entre dix et plus de dix ? Car Rabbi Yo'hanan a dit à Reich Lakich : l'épisode ne s'est-il pas passé ainsi ?

Rabbi Yehochoua alla chez Rabbi Yo'hanan ben Nouri pour étudier la Torah, bien qu'il fut expert dans les lois des kilayim, et il le trouva assis entre les arbres ; il tendit un sarment d'un arbre à l'autre et lui dit : Rabbi, s'il y a des vignes ici, peut-on semer là ? Il lui répondit : à dix, c'est permis ; à plus de dix, c'est interdit.

📜 Rachi (2)
ומנא תימרא דשני לן בכלאים בין עשר ליותר מעשר מן הצד:
Et d'où dis-tu que nous distinguons : pour les kilayim, entre dix et plus de dix, [pour une tresse] de côté.
אע"פ שבקי רבי יהושע בהלכות כלאים שאל ממנו דבר זה:
Bien qu'il fut expert : Rabbi Yehochoua, dans les lois des kilayim, lui a posé cette question.
💡 Explication

Source de la distinction : un récit. Rabbi Yehochoua, bien que compétent en kilayim, interroge Rabbi Yo'hanan ben Nouri sur un sarment tendu entre deux arbres. Réponse : un écart de dix coudées est permis, au-delà c'est interdit.

6
במאי עסקינן? אילימא על גבן יותר מעשר אסור — והתניא: היו שם קנין הדוקרנין ועשה להן פיאה מלמעלה, אפילו ביותר מעשר מותר!

De quoi traitons-nous ? Si tu dis [une tresse posée] sur eux, à plus de dix ce serait interdit ?

Or il est enseigné : s'il y avait là des roseaux pointus et qu'il fit une peah au-dessus d'eux, même à plus de dix c'est permis !

📜 Rachi (1)
קנים הדוקרנין משופין כדקר יתד הנעוץ בקרקע:
Roseaux pointus (dokranim) : taillés en pointe comme un pieu enfoncé en terre.
💡 Explication

La Guemara montre que le récit parle d'une tresse de côté : si elle était posée sur les piquets, une baraita enseigne qu'elle vaut même au-delà de dix coudées.

7
אלא לאו מן הצד, וקאמר ליה בעשר מותר, יותר מעשר אסור. שמע מינה.

Mais n'est-ce pas [une tresse] de côté, et il lui a dit : à dix c'est permis, à plus de dix c'est interdit. Déduis-en [que c'est ainsi].

💡 Explication

Conclusion : pour une tresse attachée de côté, on distingue bien entre dix et plus de dix. La contradiction de Rabbi Yo'hanan est résolue.

8
גופא, אמר רב חסדא: צורת הפתח שעשאה מן הצד — לא עשה ולא כלום.

[Revenons au] texte même. Rav Hisda a dit : une tsourat ha-petah qu'on a faite de côté, on n'a rien fait.

💡 Explication

Goufa : la Guemara reprend la déclaration de Rav Hisda citée plus haut. Une tsourat ha-petah (forme de porte : deux montants et un linteau) dont le linteau est attaché sur le côté des montants, et non posé dessus, n'a aucune valeur.

9
ואמר רב חסדא: צורת הפתח שאמרו, צריכה שתהא בריאה כדי להעמיד בה דלת, ואפילו דלת של קשין.

Et Rav Hisda a dit : la tsourat ha-petah dont ils ont parlé doit être solide, pour qu'on puisse y fixer une porte, même une porte de paille.

📜 Rachi (1)
כדי להעמיד בה דלת כל שהוא ואפילו יכול להעמיד בה דלת של קשין דיה קשין של שבלים:
Pour qu'on puisse y fixer une porte : une porte quelconque ; il suffit qu'on puisse y fixer une porte de paille, de tiges d'épis.
⚖️ Rosh (1)
אמר רב חסדא צ"ה שעשאה מן הצד לא עשה ולא כלום פירש רב האי גאון ז"ל צ"ה שעשאה מן הצד כגון שעשאה מן צדו של כותל דהוה ליה פתחא בקרן זוית ופתחא בקרן זוית לא עבדי אינשי. ופירוש זה אינו מובן דלענין כלאים שמתח זמורה על גבי קונדיסין לא משמע הכי ועוד דקאמר אילימא מן הצד וכו' אלא על גבן ולא משמע אלא כפי' רש"י שפירש מן הצד שלא נתן העליון על שני הקנים העומדים אלא חברו להם מן הצד שאז אין דומה לפתח שהמשקוף נתון על שתי המזוזות והיינו כברייתא דלקמן צ"ה שאמרו קנה עכאן וקנה מכאן ואחד על גביהן. ואמר רב חסדא צ"ה שאמרו צריכה שתהא בריאה כדי לעמוד בה דלת ואפילו דלת של קשין. אמר רבי שמעון בן לקיש משום ר' ינאי צ"ה שאמרו צריכה היכר ציר. מאי היכר ציר. אמר רב אדא אבקאתא. רב אלפס ז"ל לא הביא הך מימרא דר"ל ותמה עליו רבינו מאיר ז"ל למה השמיטה דהא ליכא מאן דפליג עלה ודחק לפרש הסוגיא כדי לקיים דבריו שלא יהא צריך היכר ציר ופירוש אשכחיה רב אחא בריה דרבא לתלמידי דרב אשי אמר תני מר מידי בצ"ה כלומר וכי הוא מצריך היכר ציר או לא א"ל לא אמר ולא כלום ולא הוסיף מאומה על צ"ה אלא קנה מכאן וקנה מכאן וקנה על גביהן א"ל תנא צורת הפתח שאמרו קנה מכאן וקנה מכאן וקנה על גביהן. הביא ראיה לדבריהם שאין צריך היכר ציר מדלא מצריך בברייתא היכר ציר. ואח"כ כתב ומיהו אין הלשון משמע כן דאם כן הו"ל למימר תניא דמסייע לכו. ועוד לא אמר ולא כלום לא משמע הכי ואדרבה נראה דה"פ אמר מר מידי בצ"ה כלומר אם בא שום חדוש אמרו ליה לא אמר שום חדוש אמר להן אני אומר לכם דבר חדוש תנא צ"ה וכו' וקנה על גביהן דאין צריך קורה רחבה טפח על גביהן אלא קנה משהו בעלמא ובלבד שלא יהא ניטל ברוח ושתהא בריאה שיכולה לעמוד בה דלת של קשין והיכר ציר נמי בעינן כדר"ל משום ר' ינאי דליכא מאן דפליג עלה. כל זה מדברי ר"מ ז"ל. וראיתי בירושלמי פ"א דפליגי רבי יוחנן ור"ל ר' יוחנן לא מצריך היכר ציר ור"ל מצריך היכר ציר ושמא על דא סמך רב אלפס ז"ל ולא הביא הא דהיכר ציר ומיהו ר"ל משמיה דר' ינאי אמר שהיה רבו של ר' יוחנן והלכה כר' ינאי: צריכין ליגע או אין צריכין ליגע. פירוש אלו הקנים שבמזוזות המבוי אם היו גבוהין עשרה טפחים ואין מגיעין לקנה שלמעלה אלא שמכונין כנגדו מהו. רב נחמן אמר אין צריכין ליגע ורב ששת אמר צריכין ליגע. והלכה כרב נחמן דתניא כוותיה. מאי היא דתניא כיפה ר"מ מחייב במזוזה וחכמים פוטרין ושוין כשיש ברגליה עשרה אף על פי שאין הקרוי שבשמי כיפה מגיע לרגליה הוה פתח וחייב במזוזה הכא נמי כיון שיש בקנים עשרה אע"פ שאין מגיעין לקנה העליון פתח הוי:
Rav Hisda a dit : une tsourat ha-petah qu'on a faite de côté, on n'a rien fait. Rav Haï Gaon z"l a expliqué : une tsourat ha-petah faite de côté, par exemple faite sur le côté du mur, de sorte que c'est une ouverture dans un angle ; or une ouverture dans un angle, les gens n'en font pas. Mais cette explication n'est pas compréhensible, car pour les kilayim, où l'on a tendu un sarment sur des piquets, cela ne s'entend pas ainsi. De plus, [la Guemara] dit : "Si tu dis de côté etc., mais plutôt sur eux", et cela ne s'entend que selon l'explication de Rachi, qui a expliqué "de côté" : on n'a pas posé [le roseau] supérieur sur les deux roseaux debout, mais on l'y a joint de côté ; alors cela ne ressemble pas à une ouverture, où le linteau est posé sur les deux montants. C'est conforme à la baraita plus bas : la tsourat ha-petah dont ils ont parlé, un roseau d'ici, un roseau de là et un sur eux. Et Rav Hisda a dit : la tsourat ha-petah dont ils ont parlé doit être solide pour qu'on puisse y fixer une porte, même une porte de paille. Rabbi Chimon ben Lakich a dit au nom de Rabbi Yanai : la tsourat ha-petah dont ils ont parlé nécessite une marque de gond (heker tsir). Qu'est-ce que la marque de gond ? Rav Ada a dit : avkata (anneaux). Rav Alfas z"l n'a pas rapporté cette parole de Reich Lakich, et notre maître Meir z"l s'est étonné : pourquoi l'a-t-il omise, alors que personne ne la conteste ? Il s'est efforcé d'expliquer la sougya de manière à justifier ses paroles [du Rif], [à savoir] qu'il ne faut pas de marque de gond, avec cette explication : Rav Aha fils de Rava trouva les élèves de Rav Achi et dit : le maître a-t-il enseigné quelque chose sur la tsourat ha-petah ? c'est-à-dire : exige-t-il une marque de gond ou non ? Ils lui dirent : il n'a rien dit, il n'a rien ajouté à la tsourat ha-petah, sinon un roseau d'ici, un roseau de là et un roseau sur eux. Il leur dit : il est enseigné : la tsourat ha-petah dont ils ont parlé, un roseau d'ici, un roseau de là et un roseau sur eux. Il apporte [ainsi] une preuve à leurs paroles qu'il ne faut pas de marque de gond, puisque la baraita n'en exige pas. Ensuite [Rabbenou Meir] a écrit : cependant la formulation ne s'entend pas ainsi, car alors il aurait dû dire "il est enseigné [une baraita] qui vous soutient". De plus, "il n'a rien dit" ne s'entend pas ainsi. Au contraire, il semble que l'explication soit : le maître a-t-il dit quelque chose sur la tsourat ha-petah, c'est-à-dire une nouveauté ? Ils lui dirent : il n'a dit aucune nouveauté. Il leur dit : moi je vous dis une chose nouvelle : il est enseigné "la tsourat ha-petah etc. et un roseau sur eux" : il n'est pas nécessaire d'une poutre large d'un tefah sur eux, un simple roseau quelconque suffit, pourvu qu'il ne soit pas emporté par le vent et que [la structure] soit solide pour qu'on puisse y fixer une porte de paille ; et une marque de gond est aussi requise, selon Reich Lakich au nom de Rabbi Yanai, que personne ne conteste. Tout cela est des paroles de Rabbenou Meir z"l. Et j'ai vu dans le Yerouchalmi, au premier chapitre, que Rabbi Yo'hanan et Reich Lakich sont en désaccord : Rabbi Yo'hanan n'exige pas de marque de gond et Reich Lakich en exige une ; et peut-être est-ce sur cela que s'est appuyé Rav Alfas z"l pour ne pas rapporter la marque de gond. Cependant Reich Lakich l'a dit au nom de Rabbi Yanai, qui était le maître de Rabbi Yo'hanan, et la halakha est comme Rabbi Yanai. "Doivent-ils toucher ou n'ont-ils pas besoin de toucher ?" Explication : ces roseaux des montants du mavoy, s'ils sont hauts de dix tefahim et n'atteignent pas le roseau supérieur, mais sont alignés en face de lui, qu'en est-il ? Rav Nahman dit : ils n'ont pas besoin de toucher ; Rav Chechet dit : ils doivent toucher. La halakha est comme Rav Nahman, car une baraita est enseignée selon lui. Laquelle ? Il est enseigné : une voûte (kippa), Rabbi Meir l'oblige à la mezouza et les Sages l'exemptent ; et ils s'accordent que si ses pieds droits ont dix [tefahim], bien que la couverture au sommet de la voûte n'atteigne pas ses pieds droits, c'est une ouverture et elle est obligée à la mezouza. Ici aussi, puisque les roseaux ont dix, bien qu'ils n'atteignent pas le roseau supérieur, c'est une ouverture.
💡 Explication

Deuxième condition de Rav Hisda : la structure doit être bria (solide), au point de pouvoir porter une porte, même légère. Une tsourat ha-petah symbolique doit tout de même ressembler à une vraie porte.

Le Roch résume ici toute la sougya : il rejette la lecture de Rav Haï Gaon (ouverture dans un angle) au profit de Rachi (linteau non posé sur les montants), discute pourquoi le Rif omet la marque de gond (appui possible sur le Yerouchalmi), tranche avec Rabbenou Meir qu'elle est requise, et fixe la halakha selon Rav Nahman : les montants n'ont pas besoin de toucher le linteau.

10
אמר ריש לקיש משום רבי ינאי: צורת הפתח צריכה היכר ציר. מאי היכר ציר? אמר רב אויא: אבקתא.

Reich Lakich a dit au nom de Rabbi Yanai : la tsourat ha-petah nécessite une marque de gond (heker tsir). Qu'est-ce que la marque de gond ?

Rav Ouya a dit : avkata (des anneaux).

📜 Rachi (1)
אבקתא חור שציר הדלת סובב בו ואע"פ שאינה צריכה דלת מיהו חזיא לדלת בעינן:
Avkata : un trou dans lequel tourne le gond de la porte ; bien qu'elle n'ait pas besoin de porte, nous exigeons qu'elle soit apte à recevoir une porte.
💡 Explication

Troisième condition : le heker tsir, une marque montrant qu'on pourrait y suspendre une porte, par exemple des anneaux (avkata) pour le gond. On n'exige pas de porte, mais l'aptitude à en recevoir une.

11
אשכחינהו רב אחא בריה דרב אויא לתלמידי דרב אשי, אמר להו: אמר מר מידי בצורת הפתח? אמרו ליה: לא אמר ולא כלום.

Rav Aha fils de Rav Ouya trouva les élèves de Rav Achi. Il leur dit : le maître a-t-il dit quelque chose sur la tsourat ha-petah ?

Ils lui dirent : il n'a rien dit du tout.

💡 Explication

Le sens de "il n'a rien dit" est discuté (voir le Roch au segment 8) : soit Rav Achi n'exigeait pas de marque de gond, soit il n'avait simplement rien ajouté de nouveau.

12
תנא: צורת הפתח שאמרו, קנה מכאן וקנה מכאן וקנה על גביהן. צריכין ליגע, או אין צריכין ליגע? רב נחמן אמר: אין צריכין ליגע. ורב ששת אמר: צריכין ליגע.

Il a été enseigné : la tsourat ha-petah dont ils ont parlé, un roseau d'ici, un roseau de là et un roseau sur eux. Doivent-ils toucher ou n'ont-ils pas besoin de toucher ?

Rav Nahman a dit : ils n'ont pas besoin de toucher. Et Rav Chechet a dit : ils doivent toucher.

📜 Rachi (1)
צריכין ליגע קנה שעל גבן לקנים שבצדדין או אפילו תלויה למעלה מהן באויר:
Doivent-ils toucher : le roseau qui est sur eux [doit-il toucher] les roseaux des côtés, ou [est-il valable] même suspendu au-dessus d'eux dans l'air ?
💡 Explication

La baraita définit la tsourat ha-petah : deux montants et un roseau au-dessus. Question : le roseau du haut doit-il toucher les montants ? Rav Nahman : non ; Rav Chechet : oui. Voir le schéma de synthèse.

13
אזל רב נחמן ועבד עובדא בי ריש גלותא כשמעתיה. אמר ליה רב ששת לשמעיה רב גדא: זיל, שלוף שדינהו. אזל, שלף, שדינהו. אשכחוהו דבי ריש גלותא, חבשוהו. אזל רב ששת, קם אבבא, אמר ליה: גדא, פוק תא! נפק ואתא.

Rav Nahman alla et fit un acte [pratique] chez l'Exilarque, selon son enseignement. Rav Chechet dit à son serviteur Rav Gadda : va, arrache-les, jette-les.

Il alla, arracha, les jeta. Les gens de l'Exilarque le trouvèrent et l'emprisonnèrent.

Rav Chechet alla, se tint à la porte et lui dit : Gadda, sors, viens ! Il sortit et vint.

📜 Rachi (1)
עובדא בי ריש גלותא שהקיף להתיר רחבה לטלטל בה ועשה בהן פתחים הרבה יותר מעשר ועשה להן פיאה ולא נגעו לקנים של מטה:
Un acte chez l'Exilarque : il avait entouré [une place] pour permettre d'y porter, et y avait fait de nombreuses ouvertures de plus de dix ; il leur avait fait une peah, et [le roseau supérieur] ne touchait pas les roseaux du bas.
💡 Explication

Rav Nahman applique sa position chez le Rech Galouta (Exilarque) : un enclos avec des ouvertures de plus de dix coudées, fermées par des tsourot ha-petah dont le haut ne touche pas les montants. Rav Chechet, qui les juge nulles, les fait retirer pour empêcher qu'on porte à tort ; son serviteur est emprisonné puis libéré.

14
אשכחיה רב ששת לרבה בר שמואל, אמר ליה: תני מר מידי בצורת הפתח? אמר ליה: אין, תנינא: כיפה, רבי מאיר מחייב במזוזה, וחכמים פוטרין. ושוין שאם יש ברגליה עשרה שהיא חייבת.

Rav Chechet trouva Rabba bar Chmouel. Il lui dit : le maître a-t-il appris quelque chose sur la tsourat ha-petah ?

Il lui dit : oui, nous avons appris : une voûte (kippa), Rabbi Meir l'oblige à la mezouza et les Sages l'exemptent. Et ils s'accordent que si ses pieds droits ont dix [tefahim], elle est obligée.

📜 Rachi (4)
כיפה שער העשוי ככיפה:
Kippa : une porte faite en forme de voûte.
וחכמים פוטרים מפני שלמעלה בעיגול הוא מצר ואינו רחב ארבעה ואין פתח פחותה מד' רוחב:
Et les Sages l'exemptent : car en haut, dans l'arrondi, elle se rétrécit et n'a pas quatre de large ; or une ouverture n'a pas moins de quatre de large.
ושוין שאם יש ברגליה עשרה גובה קודם שיתחיל לעגל:
Et ils s'accordent que si ses pieds droits ont dix : de hauteur, avant que [la voûte] commence à s'arrondir.
חייבת דהא יש בה עשרה גובה ברוחב ארבעה ואפילו כל העיגול סתום נשאר שם שיעור פתח כשר אלמא אין צריכין ליגע דהא הכשירה דפתח ברגליה היא והעיגול מפסיק בין תקרה העליונה למזוזות וקתני חייבת אביי לפרושי פלוגתייהו אתא לישנא אחרינא ואמר אביי גרסינן ומפירוש דאביי ילפינן דאין צריכין ליגע:
Elle est obligée : car elle a dix de hauteur sur quatre de largeur ; même si tout l'arrondi était bouche, il resterait là la mesure d'une ouverture valable. On en déduit qu'ils n'ont pas besoin de toucher, puisque la validité de l'ouverture est dans ses pieds droits, et l'arrondi sépare le plafond supérieur des montants, et [pourtant] elle est enseignée obligée. "Abaye est venu expliquer leur désaccord" ; autre version : nous lisons "Abaye a dit", et de l'explication d'Abaye nous apprenons qu'ils n'ont pas besoin de toucher.
💡 Explication

Rabba bar Chmouel cite la baraita de la kippa. Quand les pieds droits font dix tefahim de haut, la porte est soumise à la mezouza même si le plafond ne repose pas directement sur eux (l'arc les sépare). Rachi en tire la preuve : les montants n'ont pas besoin de toucher le linteau, contre Rav Chechet.

15
אמר אביי: הכל מודים אם גבוהה עשרה ואין ברגליה שלשה, אי נמי: יש ברגליה שלשה, ואין גבוהה עשרה — ולא כלום.

Abaye a dit : tous s'accordent que si elle est haute de dix et que ses pieds droits n'ont pas trois, ou bien que ses pieds droits ont trois et qu'elle n'est pas haute de dix, ce n'est rien.

📜 Rachi (2)
הכל מודים גבוהה עשרה ואין ברגליה שלשה דלא כלום דכל בציר משלשה גובה ארעא סמיכתא היא ואין שם מפתח זה כלום שיהא רוחב ארבעה:
Tous s'accordent que haute de dix et ses pieds droits n'ont pas trois, ce n'est rien : car tout ce qui a moins de trois de hauteur est [considéré comme] le sol adjacent (ar'a samikhta), et il n'y a là aucune ouverture ayant quatre de large.
אי נמי יש ברגליה גובה שלשה וסתם רגליה רוחב ד' ואין גובהה עשרה ולא כלום דכל פחות מעשרה לא כלום ולאו פתח הוא:
Ou bien ses pieds droits ont trois de hauteur : et en général ses pieds droits ont quatre de large ; mais elle n'a pas dix de hauteur, ce n'est rien, car tout ce qui a moins de dix n'est rien et ce n'est pas une ouverture.
💡 Explication

Abaye délimite le débat. Deux cas sont nuls pour tous : pieds droits de moins de trois tefahim (ce qui est sous trois est considéré comme le sol, ar'a samikhta), ou hauteur totale de moins de dix.

16
כי פליגי ביש ברגליה שלשה וגבוהה עשרה, ואין רחבה ארבעה, ויש בה לחוק להשלימה לארבעה.

Ils divergent lorsque ses pieds droits ont trois et qu'elle est haute de dix, mais n'a pas quatre de large, et qu'il y a de quoi creuser pour la compléter à quatre.

📜 Rachi (2)
כי פליגי דיש ברגליה שלשה דנפיק מתורת ארעא סמיכתא בהכשר פתח ארבעה רוחב וגובהה עשרה עם העיגול ואינה רחבה ארבעה מעוגל ולמעלה:
Ils divergent quand ses pieds droits ont trois : elle sort du statut de sol adjacent, avec la validité d'une ouverture de quatre de large, et elle est haute de dix avec l'arrondi, mais n'a pas quatre de large à partir de l'arrondi et au-dessus.
ויש בה לחוק ולסתור העיגול ולהרחיבו לארבעה בלא נפילת ראש העיגול העליון שהבנין ארוך לכאן ולכאן ואין הבנין כלה מכאן ומכאן למדת השער:
Et il y a de quoi creuser : de démolir l'arrondi et de l'élargir à quatre sans faire tomber le haut de l'arrondi, car la construction s'étend de part et d'autre et ne s'arrête pas des deux côtés à la mesure de la porte.
🗂️ Tossefot (1)
כי פליגי בשיש ברגליה שלשה וגבוהה עשרה והא דאמרינן בפרק קמא דשבת (ד' ז:) זרק למעלה מי' והלכה ונחה בחור כל שהוא באנו למחלוקת ר' מאיר ורבנן דפליגי בחוקקין להשלים אומר ר"י דמיירי בחורין שדרכן לעשות בשעת בנין שמפולשין לרשות הרבים ולצד רשות היחיד רחבין ארבעה על ארבעה דבענין אחר לא הוה אמרינן לרבי מאיר חוקקין כדמשמע הכא:
Ils divergent quand ses pieds droits ont trois et elle est haute de dix : et ce que nous disons au premier chapitre de Chabbat (7b) : [s'il] a lancé au-dessus de dix et [l'objet] est allé se poser dans un trou de taille quelconque, nous en venons au désaccord de Rabbi Meir et des Rabbanan qui divergent sur "creuser pour compléter", le Ri dit qu'il s'agit de trous qu'on a l'habitude de faire lors de la construction, qui traversent vers le domaine public, et du côté du domaine privé ont quatre sur quatre ; car dans un autre cas nous ne dirions pas, selon Rabbi Meir, qu'on creuse, comme cela ressort d'ici.
💡 Explication

Le cas disputé : pieds droits de trois, hauteur totale de dix, mais à dix tefahim l'arc a moins de quatre de large ; il y a assez de maçonnerie pour l'élargir. Tossefot précise que Rabbi Meir n'applique ce principe qu'à des cas comparables, comme des trous faits lors de la construction qui ont déjà quatre sur quatre du côté du domaine privé.

🖼️ Schéma
La voûte (kippa) et la mezouza : explication d'Abaye (en tefahim ; à gauche : hauteur des pieds droits ; à droite : hauteur totale ; en bas : largeur) 10 13 4 Cas A 2 10 4 Cas B 3 8 4 Cas C 3 10 4 Cas D A : pieds droits de 10 -> tous : obligée (le linteau n'a pas besoin de toucher les montants). B : pieds droits de moins de 3 ; C : hauteur totale de moins de 10 -> tous : rien du tout. D : pieds 3, total 10, moins de 4 de large en haut -> R. Meir : hokekin lehachlim (obligée) ; Sages : exemptée.
Le cas D'est le seul disputé : faut-il considérer l'arc comme déjà creusé ?
17
רבי מאיר סבר: חוקקין להשלים, ורבנן סברי: אין חוקקין להשלים.

Rabbi Meir pense : on creuse pour compléter ; et les Rabbanan pensent : on ne creuse pas pour compléter.

📜 Rachi (1)
חוקקין להשלים הואיל ובגובה שלשה יש הכשר רוחב פתח רואין שבעה העליונים כאילו הן חקוקין מבפנים ונרחבים למדת הרגלים:
On creuse pour compléter : puisqu'à une hauteur de trois il y a la validité d'une largeur d'ouverture, on considère les sept [tefahim] supérieurs comme s'ils étaient creusés de l'intérieur et élargis à la mesure des pieds droits.
💡 Explication

Hokekin lehachlim : Rabbi Meir considère ce qui peut être creusé comme déjà creusé ; les Sages exigent la mesure réelle. Pour le point en question, tous admettent qu'une porte dont le plafond ne touche pas les montants reste une ouverture : c'est un appui pour Rav Nahman.

18
אמר ליה: אי משכחת להו — לא תימא להו לבי ריש גלותא ולא מידי מהא מתניתא דכיפה.

Il lui dit : si tu les trouves, ne dis rien aux gens de l'Exilarque de cette baraita de la voûte.

💡 Explication

Rav Chechet reconnaît que la baraita contredit sa position et demande qu'on ne la rapporte pas chez l'Exilarque, où il avait fait retirer les tsourot ha-petah de Rav Nahman.

19
מתני׳ הכשר מבוי, בית שמאי אומרים: לחי וקורה, ובית הלל אומרים: או לחי או קורה. רבי אליעזר אומר: לחיין.

MICHNA. L'hekhcher (validation) du mavoy : Beit Chammai disent : un lehi et une kora ; et Beit Hillel disent : ou un lehi ou une kora.

Rabbi Eliezer dit : deux lehayim.

💡 Explication

Nouvelle michna. Pour permettre de porter dans un mavoy (ruelle ouverte sur le domaine public), on place à l'entrée un lehi (montant latéral) et/ou une kora (poutre transversale). Trois opinions : les deux (Beit Chammai), l'un des deux (Beit Hillel), deux montants (Rabbi Eliezer).

20
משום רבי ישמעאל אמר תלמיד אחד לפני רבי עקיבא: לא נחלקו בית שמאי ובית הלל על מבוי שהוא פחות מארבע אמות, שהוא ניתר או בלחי או בקורה. על מה נחלקו — על רחב מארבע אמות ועד עשר, שבית שמאי אומרים: לחי וקורה, ובית הלל אומרים: או לחי או קורה. אמר רבי עקיבא: על זה ועל זה נחלקו.

Au nom de Rabbi Ichmael, un élève à dit devant Rabbi Akiva : Beit Chammai et Beit Hillel ne sont pas en désaccord sur un mavoy de moins de quatre coudées, qui est permis ou par un lehi ou par une kora. Sur quoi sont-ils en désaccord ?

Sur [un mavoy] large de quatre coudées jusqu'à dix : Beit Chammai disent un lehi et une kora, et Beit Hillel disent ou un lehi ou une kora. Rabbi Akiva a dit : ils sont en désaccord sur l'un et sur l'autre.

📜 Rachi (1)
מתני' על מבוי שהוא פחות מארבע אמות רוחב פתחו:
Michna. Sur un mavoy de moins de quatre coudées : de largeur de son entrée.
💡 Explication

L'élève limite le désaccord aux entrées de quatre à dix coudées ; sous quatre, tous admettent qu'un seul élément suffit. Rabbi Akiva : le désaccord porte sur les deux tailles.

21
גמ׳ כמאן? דלא כחנניה ולא כתנא קמא.

GUEMARA. Selon qui [est la michna] ?

Ni selon Hanania, ni selon le tanna kamma.

📜 Rachi (1)
גמ' כמאן דלא כחנניה כו' דקא סלקא דעתיה דהכי קאמר הכשר מבוי מפולש ב"ש אומרים כו':
Guemara. Selon qui, ni selon Hanania etc. : car on pense à présent qu'elle dit ainsi : la validation d'un mavoy mefoulach (ouvert aux deux bouts), Beit Chammai disent etc.
⚖️ Rosh (1)
גמ' כמאן דלא כחנניא ודלא כתנא קמא. אמר רב יהודה ה"ק הכשר מבוי סתום כיצד ב"ש אומרים לחי וקורה וכו'. ופלוגתא דחנניא ות"ק במבוי מפולש: אמר ר' אסי אמר ר' יוחנן חצר צריכה שתי פסין משתי רוחות וכל פס משהו. ואם מרוח אחת צריך שיהיה רחב ד' טפחים. וכן אמר שמואל חצר ניתרת בפס אחד. ופריך עלה דאמר שמואל לרב חנניא בר שילא את לא תעביד עובדא אלא או ברוב דופן או בשני פסין. ומשני מרוח אחת בד' משתי רוחות במשהו לכאן ומשהו לכאן. ואהא דאמר רוב דופן פריך ל"ל רוב דופן בפס ד' סגי. וכ"ת רוב דופן בדופן ז' דבד' הוי רוב דופן. למה לי רוב דופן. בג' ומשהו סגי דהאמר רב אחלי ואיתימא רב יחיאל עד ד'. איבעית אימא כאן בחצר כאן במבוי ואיבעית אימא דרב אחלי תנאי היא ושמואל לית ליה דרב אחלי ופסק ר"מ ז"ל במבוי פחות מארבעה אין צריך תיקון כיון דללישנא קמא סבר שמואל כרב אחלי ומפליג בין מבוי לחצר הלכה כההוא לישנא דבשל סופרים הלך אחר המיקל ואע"ג דפליגי נמי תנאי בהאי לקמן (עירובין יג.) נראה דהלכתא כמאן דאמר אין צריך דאי הלכתא צריך אמאי דחיק גמרא לאוקומי לדשמואל דלא כהלכתא כרב אחלי. והרמב"ם ז"ל פי"ז מהל' שבת הלכה ט כתב מבוי פחות משלשה טפחים אין צריך כלום. ונראה כמו שפסק ר"מ ז"ל וכן כתב הראב"ד ז"ל:
Guemara : selon qui ? Ni selon Hanania ni selon le tanna kamma. Rav Yehouda a dit : voici ce qu'elle dit : comment valide-t-on un mavoy fermé ? Beit Chammai disent : un lehi et une kora etc. Et le désaccord de Hanania et du tanna kamma porte sur un mavoy ouvert aux deux bouts (mefoulach). Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une cour (hatser) nécessite deux passim (montants) sur deux côtés, chaque pass de taille quelconque ; et [s'il est] d'un seul côté, il doit être large de quatre tefahim. Et Chmouel a dit de même : une cour est permise par un seul pass. On objecte, car Chmouel a dit à Rav Hanania bar Chila : toi, n'agis en pratique qu'avec la majeure partie de la paroi (rov dofen) ou avec deux passim. On répond : d'un seul côté, avec quatre ; de deux côtés, avec une taille quelconque ici et une taille quelconque là. Et sur ce qu'il a dit "rov dofen", on objecte : pourquoi ai-je besoin de rov dofen ? Un pass de quatre suffit ! Et si tu dis : rov dofen pour une paroi de sept, où quatre constitue la majeure partie de la paroi, pourquoi ai-je besoin de rov dofen ? Trois et un peu suffisent, car Rav Ahlai, et certains disent Rav Yehiel, a dit : jusqu'à quatre. Si tu veux, dis : ici pour une cour, là pour un mavoy ; et si tu veux, dis : [la règle de] Rav Ahlai fait l'objet d'un débat de tannaim, et Chmouel n'admet pas celle de Rav Ahlai. Rabbenou Meir z"l a tranché qu'un mavoy de moins de quatre ne nécessite pas de tikkoun (aménagement), puisque selon la première version Chmouel pense comme Rav Ahlai et distingue entre mavoy et cour ; la halakha suit cette version, car pour [une règle] des Sofrim on suit l'avis le plus léger. Et bien que des tannaim divergent aussi à ce sujet plus loin (Eruvin 13a), il semble que la halakha suive celui qui dit qu'il n'est pas nécessaire, car si la halakha était qu'il est nécessaire, pourquoi la Guemara se serait-elle efforcée d'établir [la position] de Chmouel selon Rav Ahlai, contre la halakha ? Et le Rambam z"l a écrit au chapitre 17 des lois du Chabbat, halakha 9 : un mavoy de moins de trois tefahim n'a besoin de rien. Et il semble [que la halakha soit] comme l'a tranché Rabbenou Meir z"l ; c'est aussi ce qu'a écrit le Raavad z"l.
💡 Explication

La Guemara suppose d'abord que la michna parle de tout mavoy, même mefoulach (ouvert aux deux bouts). Or Hanania et le tanna kamma (baraita citée en 6b) exigent tous deux davantage qu'un lehi et une kora pour un tel mavoy. La michna ne suivrait donc aucun des deux.

Le Roch donne la réponse de Rav Yehouda, puis rassemble les règles sur la cour (passim) et tranche avec Rabbenou Meir qu'un mavoy de moins de quatre tefahim de large ne demande aucun aménagement.

22
אמר רב יהודה, הכי קאמר: הכשר מבוי סתום כיצד? בית שמאי אומרים: לחי וקורה, ובית הלל אומרים: או לחי או קורה.

Rav Yehouda a dit, voici ce qu'elle dit : comment valide-t-on un mavoy satoum (fermé à un bout) ? Beit Chammai disent : un lehi et une kora ; et Beit Hillel disent : ou un lehi ou une kora.

💡 Explication

Réponse : la michna parle d'un mavoy satoum, fermé à une extrémité. Le débat de Hanania et du tanna kamma concerne un autre cas, le mavoy ouvert aux deux bouts.

23
בית שמאי אומרים: לחי וקורה, למימרא דקא סברי בית שמאי: ארבע מחיצות דאורייתא.

Beit Chammai disent : un lehi et une kora. Faut-il dire que Beit Chammai pensent : quatre cloisons sont de la Torah (deoraita) ?

📜 Rachi (1)
ד' מחיצות דאורייתא הלכה למשה מסיני היא במחיצות דבציר מד' מחיצות לא הוי רשות היחיד משום הכי בעי לחי וקורה דתיהוי מחיצה מעלייתא:
Quatre cloisons de la Torah : c'est une halakha le-Moche mi-Sinaï concernant les cloisons, que [un lieu entouré] de moins de quatre cloisons n'est pas un domaine privé ; c'est pourquoi il faut un lehi et une kora, pour que ce soit une vraie cloison.
⚖️ Rosh (1)
מתני' הכשר מבוי ב"ש אומרים לחי וקורה. וב"ה אומרים לחי או קורה. ורבי אליעזר אומר לחיים. משום רבי ישמעאל אמר תלמיד אחד לפני ר"ע לא נחלקו ב"ש וב"ה על מבוי שהוא פחות מד' אמות שהוא מותר בלחי או בקורה. על מה נחלקו מארבע אמות ועד עשרשב"ש אומרים לחי וקורה ובית הלל אומרים או לחי או קורה א"ל ר"ע על זה ועל זה נחלקו:
Michna. La validation du mavoy : Beit Chammai disent : un lehi et une kora ; et Beit Hillel disent : un lehi ou une kora. Et Rabbi Eliezer dit : deux lehayim. Au nom de Rabbi Ichmael, un élève à dit devant Rabbi Akiva : Beit Chammai et Beit Hillel ne sont pas en désaccord sur un mavoy de moins de quatre coudées, qui est permis par un lehi ou par une kora. Sur quoi sont-ils en désaccord ? De quatre coudées jusqu'à dix, Beit Chammai disant un lehi et une kora et Beit Hillel disant ou un lehi ou une kora. Rabbi Akiva lui dit : ils sont en désaccord sur l'un et sur l'autre.
💡 Explication

Hava amina : puisque Beit Chammai exigent un lehi en plus de la kora, ce serait qu'une quatrième cloison est nécessaire selon la Torah pour constituer un rechout ha-yahid (domaine privé).

Le Roch cite ici la michna elle-même.

24
לא, לזרוק — משלש הוא דמיחייב, לטלטל — עד דאיכא ארבע.

Non : pour lancer, on est coupable dès [qu'il y a] trois ; pour porter, [il faut] attendre qu'il y en ait quatre.

📜 Rachi (1)
לזרוק מרה"ר לתוכו משלש הוא דמיחייב דשלש מחיצות דאורייתא לשוויה רה"י אבל לטלטל בתוכו גזור רבנן עד דאיכא ארבע:
Pour lancer : depuis le domaine public à l'intérieur, on est coupable dès trois, car trois cloisons suffisent selon la Torah pour en faire un domaine privé ; mais pour porter à l'intérieur, les Rabbanan ont décrété [qu'il faut attendre] qu'il y en ait quatre.
💡 Explication

Rejet : selon la Torah, trois cloisons suffisent (la culpabilité pour zerika, lancer depuis le domaine public, le montre). L'exigence d'une quatrième pour porter est un décret des Sages.

🖼️ Schéma
Parois requises : lancer (Torah) et porter (Rabbanan) Selon Hava amina (déduction proposée) Réponse de la Guemara Beit Chammai 4 parois de la Torah lancer : 3 ; porter : 4 (décret) Beit Hillel 3 parois de la Torah lancer : 2 ; porter : 3 (décret) Lancer = zerika depuis le domaine public : culpabilité de la Torah. Porter = déplacer à l'intérieur : les Sages exigent davantage.
Ce que la Guemara refuse de déduire des positions de Beit Chammai et Beit Hillel.
25
בית הלל אומרים או לחי או קורה. לימא קא סברי בית הלל שלש מחיצות דאורייתא?

Beit Hillel disent : ou un lehi ou une kora. Faut-il dire que Beit Hillel pensent : trois cloisons sont de la Torah ?

💡 Explication

Même raisonnement pour Beit Hillel : exiger au moins un lehi ou une kora laisserait entendre que trois cloisons sont requises par la Torah.

26
לא, לזרוק — משתים הוא דמיחייב, לטלטל — עד דאיכא שלש.

Non : pour lancer, on est coupable dès [qu'il y a] deux ; pour porter, [il faut] attendre qu'il y en ait trois.

💡 Explication

Rejet : pour Beit Hillel, deux cloisons suffiraient selon la Torah pour la zerika ; la troisième est exigée par les Sages pour porter.

27
רבי אליעזר אומר לחיין. איבעיא להו: רבי אליעזר לחיין וקורה קאמר, או דילמא לחיין בלא קורה קאמר?

Rabbi Eliezer dit : deux lehayim. Ils ont demandé : Rabbi Eliezer parle-t-il de deux lehayim et d'une kora, ou peut-être parle-t-il de deux lehayim sans kora ?

💡 Explication

Ibbaya (question laissée ouverte pour l'instant) : Rabbi Eliezer va-t-il plus loin que Beit Chammai (deux lehayim plus une kora) ou remplace-t-il la kora par un second lehi ?

28
תא שמע: מעשה ברבי אליעזר שהלך אצל רבי יוסי בן פרידא תלמידו

Viens et entends : il arriva que Rabbi Eliezer alla chez Rabbi Yossi ben Perida, son élève

💡 Explication

Début d'un récit qui doit trancher la question ; la suite est en 12a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).