Eruvin 15b — Le guet sur un être vivant, la caravane entourée d'objets et le paroutz ke-omed

Eruvin 15b

Sougya : La Guemara achève la michna précédente : Rabbi Meir refuse tout objet vivant comme paroi (souka, lehi, passin, golel), et Rabbi Yossi HaGlili ajoute qu'on ne peut pas écrire un guet (acte de divorce) sur un être vivant. Sa source est le mot sefer (livre) : comme un livre, le support du guet ne doit être ni vivant ni nourriture.

Les Rabbanan lisent sefer comme le contenu (sefirat devarim) et tirent de ve-khatav lah que le divorce se fait par écrit et non par argent ; la Guemara confronte les derachot des deux camps (sefer keritout, karet-keritout). Puis une nouvelle michna : une caravane qui campe dans une vallée et s'entoure des équipements de ses bêtes peut porter à l'intérieur si la cloison fait dix tefahim et si les brèches ne dépassent pas la partie construite.

Rav Pappa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua discutent du cas où la brèche égale le construit (paroutz ke-omed) ; la michna pose une difficulté à Rav Houna, et la Guemara examine une preuve tirée de la souka couverte de broches, discutée par Rabbi Ami et Rava.

Le verset du guet : qui tire quoi ? (seg. 2-8) ve-khatav lah sefer keritout (Devarim 24,1) Rabbi Yossi HaGlili Rabbanan sefer support comme un livre : ni vivant, ni nourriture sefirat devarim : le contenu de l'acte (pas be-sefer) -> tout support valable ve-khatav lah inclut tout support (sauf vivant / nourriture) par écrit, et non par argent sefer keritout le livre sépare, rien d'autre (pas l'argent) séparation totale (pas de condition à vie) karet / keritout séparation totale non interprété
Les derachot du verset du guet selon Rabbi Yossi HaGlili et selon les Rabbanan.
Paroutz ke-omed : brèche égale à la partie construite (seg. 11-15) Cloison : brèche construit construit = brèche (50 / 50) Rav Pappa : permis Halakha à Moche : "ne perce pas la majorité" 50 % de brèche : pas une majorité -> paroi valable Rav Houna b. R. Yehochoua : interdit Halakha à Moche : "entoure la majorité" 50 % construit : pas une majorité -> paroi non valable La michna : "pas de brèches supérieures au construit" Déduction : égal = permis -> difficulté pour Rav Houna Tentative : lire "si le construit dépasse la brèche, permis" Rejet : la michna aurait dit "pas de brèches égales au construit" -> kachya
La discussion paroutz ke-omed entre Rav Pappa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua, et la difficulté tirée de la michna.
1
ורבי מאיר מטהר. וכותבין עליו גיטי נשים, ורבי יוסי הגלילי פוסל.

Et Rabbi Meir le déclare pur. Et l'on écrit sur lui des actes de divorce (guitin), et Rabbi Yossi HaGlili le déclare invalide.

📜 Rachi (1)
ורבי מאיר מטהר וטעמא דרבי מאיר מפרש במסכת סוכה בכולהו משום דקסבר כל מחיצה העומדת ברוח חיים אינה מחיצה:
Et Rabbi Meir le déclare pur : la raison de Rabbi Meir est expliquée dans le traité Souka, pour tous ces cas : il estime que toute paroi qui tient par un souffle de vie n'est pas une paroi.
💡 Explication

Fin de la michna (commencée en 15a) : un animal peut servir de lehi selon les Sages. S'il sert de golel (pierre tombale couvrant le mort), il transmet l'impureté comme un golel ; Rabbi Meir le déclare pur, car pour lui un être vivant ne compte pas comme paroi ou couvercle. On peut aussi écrire un guet sur un animal ; Rabbi Yossi HaGlili l'invalide.

2
גמ׳ תניא, רבי מאיר אומר: כל דבר שיש בו רוח חיים אין עושין אותו לא דופן לסוכה ולא לחי למבוי, לא פסין לביראות ולא גולל לקבר. משום רבי יוסי הגלילי אמרו: אף אין כותבין עליו גיטי נשים.

GUEMARA. Il est enseigné (dans une baraita) : Rabbi Meir dit : tout objet qui a en lui un souffle de vie, on n'en fait ni une paroi de souka, ni un lehi pour un mavoy (impasse), ni des passin (montants) pour les puits, ni un golel pour une tombe.

Au nom de Rabbi Yossi HaGlili, on a dit : on n'écrit pas non plus sur lui des actes de divorce.

📜 Rachi (1)
גמ' ולא גולל לקבר כלומר אם עשאו גולל אין שם גולל חל עליו לטמא. גולל הוא כיסוי שנותנין דף על המת:
Ni un golel pour une tombe : c'est-à-dire que si on en a fait un golel, le statut de golel ne s'applique pas à lui pour rendre impur. Le golel est le couvercle, une planche que l'on pose sur le mort.
⚖️ Rosh (1)
מתני' בכל עושין לחיים אפילו בדבר שיש בו רוח חיים ור"מ אוסר. ומטמא משום גולל ור"מ מטהר וכותבין עליו גיטי נשים ורבי יוסי הגלילי פוסל. שיירא שחנתה בבקעה והקיפוה כלי בהמה מטלטלין בתוכה. ובלבד שיהא גדר גבוה עשרה טפחים. ולא יהו פרצות יתירות על הבנין . וכל פרצה שהיא כעשר אמות מותרת מפני שהיא כפתח יותר מכאן אסור:
Michna : on fait des lehi avec toute chose, même avec une chose qui a un souffle de vie, et Rabbi Meir l'interdit. Et elle rend impur en tant que golel, et Rabbi Meir la déclare pure. Et l'on écrit sur elle des actes de divorce, et Rabbi Yossi HaGlili les déclare invalides. Une caravane qui a campé dans une vallée et que l'on a entourée avec les équipements des bêtes : on porte à l'intérieur, à condition que la cloison soit haute de dix tefahim et qu'il n'y ait pas plus de brèches que de partie construite. Toute brèche d'environ dix ammot est permise, parce qu'elle est comme une entrée ; au-delà, c'est interdit.
💡 Explication

La baraita donne la liste complète de Rabbi Meir : paroi de souka, lehi de mavoy, passin autour d'un puits (qui permettent de porter à l'eau le Chabbat), golel de tombe. Pour les quatre, un être vivant ne compte pas. Rabbi Yossi HaGlili ajoute le guet.

3
מאי טעמא דרבי יוסי הגלילי, דתניא: ״ספר״, אין לי אלא ספר. מניין לרבות כל דבר? תלמוד לומר ״וכתב לה״, מכל מקום. אם כן מה תלמוד לומר ״ספר״? לומר לך: מה ספר דבר שאין בו רוח חיים ואינו אוכל, אף כל דבר שאין בו רוח חיים ואינו אוכל.

Quelle est la raison de Rabbi Yossi HaGlili ? Car il est enseigné : "un livre (sefer)" : je n'ai là qu'un livre.

D'où sait-on qu'il faut inclure toute chose ? Le verset dit "et il lui écrira" : de toute façon.

S'il en est ainsi, pourquoi le verset dit-il "livre" ? Pour te dire : de même qu'un livre est une chose sans souffle de vie et qui n'est pas un aliment, de même toute chose sans souffle de vie et qui n'est pas un aliment.

📜 Rachi (2)
ספר וכתב לה ספר כריתות ספר משמע קלף כדכתיב ואני כותב על הספר בדיו והדר קרי ליה מגילה כדכתיב (ירמיהו ל״ו:כ״ה) אחרי שרף [המלך] את המגילה:
Livre : "et il lui écrira un livre de séparation" ; livre implique un parchemin, comme il est écrit : "et moi j'écrivais sur le livre avec de l'encre", et ensuite il l'appelle rouleau, comme il est écrit (Yirmeyahou 36,25) : "après que le roi eut brûlé le rouleau".
מניין לרבות כל דבר שיכתוב הגט עליו: אי הוה כתיב וכתב לה כריתות בספר הוה משמע מגילה אבל השתא דכתיב ספר האי ספר ספירות דברים הוא והכי משמע וכתב לה דברי כריתות אבל לא קבע לו מקום לכותבו וממילא משמע בכל מקום שירצה יכתבנו:
D'où sait-on qu'il faut inclure toute chose : pour y écrire le guet. S'il était écrit "et il lui écrira une séparation dans un livre", cela signifierait un rouleau ; mais maintenant qu'il est écrit "livre", ce "livre" désigne l'énoncé de paroles (sefirat devarim), et le sens est : il lui écrira des paroles de séparation, sans lui fixer de support pour l'écrire ; il en découle qu'il l'écrira où il veut.
🗂️ Tossefot (2)
תלמוד לומר וכתב לה מכל מקום וא"ת ואימא וכתב לה כלל ספר פרט אין בכלל אלא מה שבפרט ספר אין מידי אחרינא לא וי"ל ונתן בידה חזר וכלל אף על גב דלא מייתי בברייתא אלא כללא קמא אין לחוש דכה"ג איכא בקדושין בפ"ק (ד' כא:) דקתני בברייתא אין לי אלא מרצע הסול והסירא מנין ת"ל ולקחת כל דבר הנקח ביד ומשמע בתר הכי דמכלל ופרט וכלל דריש דקאמר ונתת באזנו חזר וכלל:
Le verset dit "et il lui écrira" : de toute façon. Et si tu demandes : disons plutôt "et il lui écrira" est une règle générale (klal), "livre" est un détail (prat) ; la règle générale ne contient que ce qui est dans le détail : un livre, oui, autre chose, non. On peut répondre : "et il la donnera dans sa main" reprend la règle générale. Même si la baraita ne cite que la première règle générale, il n'y a pas lieu de s'en inquiéter, car on trouve un cas semblable dans le premier chapitre de Kiddouchin (21b), où la baraita enseigne : je n'ai que le poinçon ; l'alêne et l'aiguille, d'où le sait-on ? Le verset dit "et tu prendras" : toute chose que l'on prend en main ; et il ressort ensuite qu'on l'interprète par klal, prat et klal, puisqu'on dit : "dans son oreille" reprend la règle générale.
מה ספר דבר שאין בו רוח חיים בפ' בכל מערבין (לקמן עירובין ד' כז:) גבי מעשר שני [בבקר ובצאן] נקט צד של פרי מפרי וגדולי קרקע ובפרק קמא דסוכה (ד' יא:) גבי חגיגה נקט מה חגיגה דבר שאינו מקבל טומאה וגדולו מן הארץ הכל לפי מה שדומה לחכמים:
De même qu'un livre est une chose sans souffle de vie : dans le chapitre Bakol meervin (plus loin, Eruvin 27b), à propos du maasser cheni ["du gros et du petit bétail"], on retient le côté "fruit issu d'un fruit et produit de la terre" ; et dans le premier chapitre de Souka (11b), à propos de la haguiga, on retient : de même que la haguiga est une chose qui ne reçoit pas l'impureté et qui pousse de la terre. Tout dépend de ce qui paraît semblable aux Sages.
💡 Explication

Le verset (Devarim 24,1) dit ve-khatav lah sefer keritout. "Ve-khatav lah" élargit à tout support ; "sefer" limite à ce qui ressemble à un livre : ni vivant, ni nourriture. D'où la position de Rabbi Yossi HaGlili.

Tossefot demande pourquoi on n'applique pas klal u-frat (qui limiterait au livre seul) et répond qu'il s'agit d'un klal u-frat u-khlal : "ve-natan be-yadah" reprend le général, d'où l'extension à ce qui ressemble au détail.

4
ורבנן? מי כתיב ״בספר״? ״ספר״ כתיב, לספירות דברים בעלמא הוא דאתא.

Et les Rabbanan ? Est-il écrit "dans le livre (be-sefer)" ?

Il est écrit "livre (sefer)" : il vient simplement pour l'énoncé des paroles (sefirat devarim).

🗂️ Tossefot (1)
ורבנן האי וכתב לה מאי עבדי אע"ג דאיצטריך למדרש וכתב לה לשמה תרי וכתב לה כתיבי והא דדרשינן בהמגרש (גיטין ד' פז.) וכתב לה ולא לה ולחברתה התם דריש מלה דוכתב דהכא:
Et les Rabbanan, ce "et il lui écrira", qu'en tirent-ils ? Bien qu'il faille interpréter "et il lui écrira" pour enseigner "en son nom à elle (lichmah)", il y a deux "et il lui écrira" dans les versets. Et ce qu'on interprète dans le chapitre Hamegaresh (Guittin 87a) : "et il lui écrira", à elle et non à elle et à sa compagne, là on interprète le mot "lah" (à elle) de ce "ve-khatav" d'ici.
💡 Explication

Pour les Rabbanan, sefer se rattache à la racine safar (raconter, énoncer) : il désigne le contenu de l'acte et non son support. Il n'y a donc aucune restriction de matériau.

5
ורבנן, האי ״וכתב לה״ מאי דרשי ביה? ההוא מבעי ליה: בכתיבה מתגרשת, ואינה מתגרשת בכסף. סלקא דעתך אמינא: הואיל ואיתקש יציאה להויה — מה הויה בכסף, אף יציאה בכסף. קא משמע לן.

Et les Rabbanan, ce "et il lui écrira", qu'en tirent-ils ? Il leur est nécessaire pour enseigner : elle est divorcée par un écrit, et elle n'est pas divorcée par de l'argent.

Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisque la sortie (du mariage) est comparée à l'entrée (dans le mariage), de même que l'entrée se fait par l'argent, de même la sortie se fait par l'argent. Le verset nous enseigne (qu'il n'en est rien).

📜 Rachi (4)
וכתב לה מאי דרשי ביה כיון דספר לאו קלף משמע ממילא הא לא קבע ליה קלף ובכל דבר משמע ולמה ליה למיכתב וכתב לרבות כל דבר לכתוב ונתן לה ספר כריתות:
"Et il lui écrira", qu'en tirent-ils : puisque "livre" ne signifie pas parchemin, il n'a de toute façon pas fixé de parchemin et cela s'entend de toute chose ; pourquoi faut-il écrire "et il écrira" pour inclure toute chose ? Il aurait suffi d'écrire : "et il lui donnera un livre de séparation".
ואינה מתגרשת בכסף אם נתן לה כסף ואמר התגרשי בו:
Et elle n'est pas divorcée par de l'argent : s'il lui a donné de l'argent en disant : sois divorcée par ceci.
והיתה לאיש אחר היינו קדושין:
"Et elle sera à un autre homme" : il s'agit des kiddouchin.
מה הויה בכסף דגמרינן במסכת קידושין (דף ב.) קיחה קיחה משדה עפרון:
De même que l'entrée se fait par l'argent : comme nous l'apprenons dans le traité Kiddouchin (2a) par l'analogie kiha-kiha du champ d'Efron.
🗂️ Tossefot (1)
בכתיבה מתגרשת ולא בכסף הך דרשה לא אתיא אלא לרבא אבל לאביי נפקא ליה בפרק קמא דקדושין (ד' ה.) מסברא דאין סניגור נעשה קטיגור ומכל מקום לאביי נמי איצטריך וכתב בכתיבה מתגרשת ולא בחליצה והא דדריש לה בריש קדושין (ד' ג:) דאינה יוצאה בחליצה מספר כורתה ההיא דרשה כר' יוסי הגלילי כדמשמע הכא ונקט לה משום דהויא דרשה פשוטה טפי וכן דרך הש"ס כדאשכחן בהחובל (ב"ק ד' פז.) דמייתי קרא דבנעוריה בית אביה לגבי חבלה ובריש קדושין (ד' ג:) קאמר דבהפרת נדרים הוא דכתיב ובריש פרק אחד דיני ממונות (סנהדרין ד' לד:) דריש דראיית נגעים ביום מוביום הראות בו דהיינו כאביי דפ"ק דמועד קטן (ד' ח.) ושביק דרשה דרבא דדריש התם מדכתיב לי ולא לאורי:
Elle est divorcée par un écrit et non par l'argent : cette derasha ne vaut que selon Rava ; mais Abaye le tire, dans le premier chapitre de Kiddouchin (5a), du raisonnement selon lequel l'avocat ne devient pas accusateur. Toutefois, même pour Abaye, "et il écrira" est nécessaire : elle est divorcée par un écrit et non par la halitsa. Et ce qu'on tire au début de Kiddouchin (3b), qu'elle ne sort pas par la halitsa, de "un livre la sépare", cette derasha est selon Rabbi Yossi HaGlili, comme il ressort d'ici ; la Guemara la cite parce que c'est une derasha plus simple. Telle est la manière du Talmud, comme nous le trouvons dans le chapitre Hahovel (Baba Kama 87a), où l'on cite le verset "dans sa jeunesse, dans la maison de son père" à propos des blessures, alors qu'au début de Kiddouchin (3b) on dit qu'il est écrit à propos de l'annulation des vœux ; et au début du chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 34b), on tire que l'examen des plaies se fait de jour de "et le jour où il apparaît", conformément à Abaye au premier chapitre de Moed Katan (8a), en laissant la derasha de Rava qui y tire cela de "à moi" et non "à ma lumière".
💡 Explication

Le verset juxtapose ve-yatsea (elle sortira, le divorce) et ve-hayeta (elle sera à un autre, le mariage) : c'est un hekech. Les kiddouchin peuvent se faire par l'argent ; on aurait pu penser que le divorce aussi. Ve-khatav lah exclut cela : seul un écrit divorce.

6
ורבי יוסי הגלילי, האי סברא מנא ליה? נפקא ליה מ״ספר כריתות״: ספר כורתה, ואין דבר אחר כורתה.

Et Rabbi Yossi HaGlili, ce raisonnement, d'où le tire-t-il ? Il le tire de "livre de séparation (sefer keritout)" : un livre la sépare, et rien d'autre ne la sépare.

📜 Rachi (1)
מספר כריתות מדכתיב כריתות סמוך לספר:
De "livre de séparation" : du fait que "séparation" est écrit à côté de "livre".
7
ורבנן, האי ״ספר כריתות״ מיבעי ליה לדבר הכורת בינו לבינה. לכדתניא: הרי זה גיטך על מנת שלא תשתי יין, על מנת שלא תלכי לבית אביך לעולם — אין זה כריתות. כל שלשים יום — הרי זה כריתות.

Et les Rabbanan ont besoin de ce "livre de séparation" pour une chose qui sépare entre lui et elle. Comme il est enseigné : "voici ton guet à condition que tu ne boives pas de vin", "à condition que tu n'ailles pas chez ton père, à jamais" : ce n'est pas une séparation.

"Pendant trente jours" : c'est une séparation.

📜 Rachi (2)
לדבר הכורת בינו לבינה שלא יטיל תנאי בגט שיקשרם יחד אלא דברי הבדלה יהו:
Pour une chose qui sépare entre lui et elle : qu'il ne pose pas dans le guet une condition qui les lie ensemble ; ce doivent être des paroles de séparation.
לעולם אין זה כריתות דהא כל ימיה קשורה בו שמחמתו היא נמנעת מלשתות יין ותנאי זה תלוי והולך לעולם ואין זה הבדלה אבל מכאן ועד שלשים יום הרי זה כריתות מיד שהרי דברי הבדלה הן לסוף שלשים יום ומותרת מיד לאיש אחר:
À jamais, ce n'est pas une séparation : car toute sa vie elle reste liée à lui, puisqu'à cause de lui elle s'abstient de boire du vin, et cette condition reste en suspens pour toujours ; ce n'est pas une séparation. Mais d'ici à trente jours, c'est une séparation immédiate, puisque ce sont des paroles de séparation au bout de trente jours, et elle est permise immédiatement à un autre homme.
🗂️ Tossefot (1)
על מנת שלא תלכי לבית אביך תימה דהא אם מת אביה לא חשיב תו בית אביה כדתניא בנדרים בהשותפין (ד' מו.) קונם לביתך שאני נכנס שדך שאני לוקח מת או מכרו לאחר מיד מותר וי"ל דבית אביה קרויים כל יוצאי חלציו כדכתיב בתמר (בראשית ל״ח:י״א) שבי אלמנה בית אביך אע"ג דקראי מוכחי שכבר מת שם:
À condition que tu n'ailles pas chez ton père : c'est étonnant, car si son père meurt, cela ne compte plus comme la maison de son père, comme il est enseigné dans Nedarim, chapitre Hachoutafin (46a) : "konam, ta maison où je n'entrerai pas", "ton champ que je n'achèterai pas" : s'il meurt ou le vend à un autre, c'est aussitôt permis. On peut répondre que la maison de son père désigne toute sa descendance, comme il est écrit à propos de Tamar (Berechit 38,11) : "reste veuve dans la maison de ton père", bien que les versets montrent qu'il était déjà mort.
💡 Explication

Pour les Rabbanan, sefer keritout exige une séparation totale : une condition sans fin ("tu ne boiras jamais de vin") garde la femme liée au mari pour toujours, et le guet n'est pas valable. Une condition limitée dans le temps (trente jours) laisse une séparation complète à son terme ; la femme est permise à un autre dès maintenant (Rachi).

8
ורבי יוסי הגלילי, נפקא ליה מ״כרת״ ״כריתות״.

Et Rabbi Yossi HaGlili le tire de "karet" "keritout".

🗂️ Tossefot (1)
ורבי יוסי הגלילי מכרת כריתות קשה לר"י דבגיטין בריש המגרש (גיטין ד' פג:) קאמר על רבנן דרבי אלעזר בן עזריה דכרת כריתות לא דרשי ורבי יוסי הגלילי הוא בכלל הנהו רבנן וי"ל דהתם קאמר דלא דרשי לההיא דרשה ולא בעי למימר דלא דרשי ליה כלל:
Et Rabbi Yossi HaGlili, de karet keritout : le Ri trouve difficile que dans Guittin, au début de Hamegaresh (83b), on dise des Rabbanan de Rabbi Elazar ben Azarya qu'ils n'interprètent pas karet keritout, et Rabbi Yossi HaGlili fait partie de ces Rabbanan. On peut répondre que là-bas on veut dire qu'ils ne font pas cette derasha-là, et non qu'ils ne l'interprètent pas du tout.
💡 Explication

Le verset aurait pu dire karet ; il dit keritout, forme longue. Rabbi Yossi HaGlili en tire le second enseignement (la séparation totale), puisque "sefer keritout" lui sert déjà à exclure l'argent.

9
ורבנן ״כרת״ ״כריתות״ לא דרשי.

Et les Rabbanan n'interprètent pas "karet" "keritout".

10
מתני׳ שיירא שחנתה בבקעה והקיפוה כלי בהמה — מטלטלין בתוכה. ובלבד שיהא גדר גבוה עשרה טפחים, ולא יהו פירצות יתרות על הבנין.

MICHNA. Une caravane qui a campé dans une vallée et qu'on a entourée avec les équipements des bêtes : on porte à l'intérieur, à condition que la cloison soit haute de dix tefahim et qu'il n'y ait pas de brèches plus nombreuses que la partie construite.

📜 Rachi (1)
מתני' ולא יהו פרצות יתירות על הבנין ואפילו הן פרצות קטנות פחותות מעשר:
Michna. Et qu'il n'y ait pas plus de brèches que de partie construite : même si ce sont de petites brèches, de moins de dix (ammot).
💡 Explication

Une bik'a (vallée) est un karmelit où l'on ne porte pas. En l'entourant de selles et de bâts (klei behema), la caravane crée un domaine privé. Deux conditions : une hauteur de dix tefahim, et un total de brèches qui ne dépasse pas la partie construite.

🖼️ Schéma
Caravane entourée : les conditions de la michna brèche 10 ammot : permis (petah) brèche plus de 10 ammot : tout est interdit selles, bâts (klei behema) hauteur minimale : 10 tefahim Total des brèches : pas plus que le construit
Les conditions de la michna pour la cloison de la caravane.
11
כל פירצה שהיא כעשר אמות מותרת, מפני שהיא כפתח. יתר מכאן — אסור.

Toute brèche d'environ dix ammot est permise, parce qu'elle est comme une entrée (petah). Au-delà, c'est interdit.

📜 Rachi (2)
כל פרצה שהיא כעשר מותרת מפני שהיא כפתח ושיהא בעומד רב עליהן:
Toute brèche d'environ dix est permise, parce qu'elle est comme une entrée : et à condition que la partie debout soit plus grande qu'elles.
יתר מכאן אסורה פרצה אחת אוסרת כל ההיקף אפילו כולו עומד כדמפרש בברייתא לקמן:
Au-delà, c'est interdit : une seule brèche interdit tout l'enclos, même si tout le reste est debout, comme l'explique la baraita plus loin.
💡 Explication

Une ouverture jusqu'à dix ammot est vue comme une entrée (petah) et ne rompt pas l'enclos. Une brèche de plus de dix ammot annule toute la paroi, même si le reste est entier. Rachi précise que la condition générale demeure : le construit doit dominer.

12
גמ׳ איתמר, פרוץ כעומד — רב פפא אמר: מותר, רב הונא בריה דרב יהושע אמר: אסור.

GUEMARA. Il a été dit : (une paroi dont la partie) percée est égale à (la partie) debout (paroutz ke-omed) : Rav Pappa dit : c'est permis ; Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : c'est interdit.

📜 Rachi (1)
גמ' פרוץ כעומד כל ההיקף כולו עשוי כן:
Guemara. Percée égale à debout : toute l'enceinte est faite ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
פרוץ כעומד מכאן משמע דאפשר לצמצם כדפירש' לעיל ומפרק שני דחולין (ד' לח:) דמוקי קרא דתחת אמו פרט ליתום זה פירש למיתה וזה פירש לחיים ואם אי אפשר לצמצם אמאי איצטריך למעוטי מספיקא הייתי אוסר דילמא מתה אמו והדר ילדתו והוה ליה יוצא דופן אין לדקדק דשבקינן לקרא דדחיק ואיצטריך לשאם יבא אליהו ויאמר ויש להביא ראיה מפרק בהמה המקשה (חולין דף ע) גבי בעיא דהלכו באיברים אחר הרוב דמוקי לה כגון שיצא חציו ברוב אבר ואם אי אפשר לצמצם מאי קמיבעי ליה ממה נפשך טעון קבורה שמא יצא רובו:
Percée égale à debout : il ressort d'ici qu'il est possible d'être exact (efchar le-tsamtsem), comme je l'ai expliqué plus haut, et du deuxième chapitre de Houlin (38b), où l'on applique le verset "sous sa mère" pour exclure l'orphelin : l'un s'est séparé pour la mort, l'autre pour la vie. Or s'il était impossible d'être exact, pourquoi faudrait-il l'exclure ? Par doute, je l'aurais interdit : peut-être sa mère est-elle morte puis l'a-t-elle enfanté, et c'est un yotse dofen. On ne peut pas en tirer de précision, car on détourne le verset qui est forcé, et il est nécessaire pour le cas où Eliyahou viendrait le dire. Et l'on peut apporter une preuve du chapitre Behema hamakacha (Houlin 70), a propos de la question : "pour les membres, suit-on la majorité ?", que l'on explique dans le cas où la moitié est sortie avec la majorité d'un membre ; or s'il était impossible d'être exact, quelle serait la question ? De toute façon il faut l'enterrer, peut-être la majorité est-elle sortie.
💡 Explication

Nouvelle discussion : paroutz ke-omed, une paroi exactement moitié brèches, moitié construite. La michna parle de brèches "plus nombreuses" ; le cas d'égalité reste ouvert.

Tossefot note que cette discussion suppose qu'une égalité exacte est possible (efchar le-tsamtsem), point disputé ailleurs dans le Talmud.

13
רב פפא אמר מותר: הכי אגמריה רחמנא למשה — לא תפרוץ רובה. רב הונא בריה דרב יהושע אמר אסור: הכי אגמריה רחמנא למשה — גדור רובה.

Rav Pappa dit que c'est permis : voici ce que le Miséricordieux a enseigné à Moche : ne perce pas la majorité. Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit que c'est interdit : voici ce que le Miséricordieux a enseigné à Moche : entoure la majorité.

📜 Rachi (1)
אגמריה רחמנא למשה כדאמר בריש פירקין (עירובין דף ד.) מחיצות והלכותיהן הלכה למשה מסיני: שפודין וארוכות המטה פסולין לסכך בהן לפי שכלים הן ומקבלין טומאה ותנן (סוכה דף יא.) כל דבר המקבל טומאה אין מסככין בו:
Le Miséricordieux a enseigné à Moche : comme on l'a dit au début de notre chapitre (Eruvin 4a) : les cloisons et leurs règles sont une halakha le-Moche mi-Sinaï. [Glose suivante :] Broches et montants de lit sont invalides comme sekhakh parce que ce sont des ustensiles et qu'ils reçoivent l'impureté, et nous avons appris (Souka 11a) : tout ce qui reçoit l'impureté, on n'en fait pas de sekhakh.
⚖️ Rosh (1)
גמ' איתמר פרוץ כעומד רב פפא אמר מותר. רב הונא בריה דרב יהושע אמר אסור. רב פפא אמר מותר הכי אגמריה רחמנא למשה לא תפרוץ רובא. רב הונא בריה דרב יהושע אמר אסור הכי אגמריה רחמנא למשה גדור רובא. והלכתא כרב פפא דדייקא מתני' כוותיה דקתני לא יהו פרצות יתירות על הבנין הא כי הדדי נינהו שרי:
Guemara. Il a été dit : percée égale à debout, Rav Pappa dit : permis ; Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : interdit. Rav Pappa dit permis : voici ce que le Miséricordieux a enseigné à Moche : ne perce pas la majorité. Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit interdit : voici ce que le Miséricordieux a enseigné à Moche : entoure la majorité. Et la halakha est selon Rav Pappa, car la michna se déduit de manière précise dans son sens, puisqu'elle enseigne : qu'il n'y ait pas de brèches plus nombreuses que le construit ; donc si elles sont égales, c'est permis.
💡 Explication

Les deux Amoraim s'appuient sur la même halakha le-Moche mi-Sinaï, formulée différemment. Pour Rav Pappa, l'interdit est que la majorité soit percée : à égalité, ce n'est pas le cas. Pour Rav Houna, il faut que la majorité soit fermée : à égalité, ce n'est pas le cas non plus.

Le Roch tranche selon Rav Pappa : la michna ("pas plus de brèches") le soutient.

La seconde partie de la glose de Rachi porte sur la michna de la souka citée plus bas (seg. 16).

14
תנן: ולא יהו פירצות יתרות על הבנין. הא כבנין — מותר?!

Nous avons appris : "et qu'il n'y ait pas de brèches plus nombreuses que la partie construite". Donc (si elles sont) égales au construit, c'est permis ?!

💡 Explication

Objection contre Rav Houna, par une déduction de la formulation de la michna.

15
לא תימא הא כבנין מותר, אלא אימא: אם בנין יתר על הפירצה — מותר.

Ne dis pas "donc égales au construit, c'est permis", mais dis : si le construit est plus grand que la brèche, c'est permis.

16
אבל כבנין, מאי — אסור? אי הכי ליתני ״לא יהו פירצות כבנין״! קשיא.

Mais égales au construit, qu'en est-il : interdit ? Si c'est ainsi, qu'elle enseigne "qu'il n'y ait pas de brèches égales au construit" !

C'est une difficulté (kachya).

💡 Explication

Si la michna voulait interdire l'égalité, elle aurait écrit "pas de brèches égales", ce qui aurait à fortiori exclu les brèches plus grandes. Sa formulation ("plus nombreuses") contredit Rav Houna. La Guemara conclut par kachya : difficulté non résolue.

17
תא שמע: המקרה סוכתו בשפודין או בארוכות המטה, אם יש ריוח ביניהן כמותן — כשירה!

Viens et entends : celui qui couvre sa souka de broches ou de montants de lit (arukhot ha-mita) : s'il y a entre eux un espace égal à eux, elle est valable !

📜 Rachi (2)
ארוכות אשפונד"ש:
Montants : achponde (en vieux français).
אם יש ריוח ביניהן כמותן לסכך שם בסכך כשר אלמא פרוץ כעומד מותר דהא הכא פסול ככשר הוא ושרי וקשיא נמי הא לרב הונא:
S'il y a entre eux un espace égal à eux : pour y mettre du sekhakh valable. Il en ressort que percée égale à debout est permis, puisqu'ici l'invalide égale le valable et c'est permis ; et c'est aussi une difficulté contre Rav Houna.
💡 Explication

Preuve tirée de la michna de Souka (15a) : broches et montants de lit sont des ustensiles, donc susceptibles d'impureté et passoul comme sekhakh. Si l'espace entre eux, rempli de sekhakh cacher, égale leur largeur, la souka est valable : l'égalité suffit, comme le dit Rav Pappa.

18
הכא במאי עסקינן: כשנכנס ויוצא.

De quoi traitons-nous ici ? D'un cas où (la broche peut) entrer et sortir.

📜 Rachi (1)
בנכנס ויוצא שיהא שפוד יכול ליכנס וליצא בריוח שבינתים דהשתא הוי ריוח טפי משיעור שפוד ואינו מצומצם:
Entrer et sortir : la broche peut entrer et sortir par l'espace laissé entre les autres ; ainsi l'espace est un peu plus grand que la mesure de la broche et n'est pas exact.
💡 Explication

Réponse : "égal" dans la michna signifie un espace où la broche passe librement, donc un peu plus large. Le sekhakh cacher dépasse alors le passoul, et il n'y a pas de preuve pour l'égalité exacte.

19
והא אפשר לצמצם?

Mais il est possible d'être exact (efchar le-tsamtsem) !

📜 Rachi (1)
והא אפשר לצמצם דקס"ד דהאי דקא מתרץ בנכנס ויוצא הכי קמתרץ דכל כמותן בנכנס ויוצא הוא דאין דרך לצמצם לכך פריך והא אפשר לצמצם ולכוין שלא יהא לו ריוח יותר ואנן כמותן תנן:
Mais il est possible d'être exact : on pensait que la réponse "entrer et sortir" signifiait : tout "égal à eux" est un espace où la broche entre et sort, car on n'a pas l'habitude d'être exact. C'est pourquoi on objecte : mais il est possible d'être exact et de viser à ne pas laisser plus d'espace, et nous avons appris "égal à eux".
🗂️ Tossefot (1)
רש"י גריס והא אפשר לצמצם פירוש כיון דאפשר לצמצם אית לן למימר כמותו דווקא קאמר אמר רבי אמי במעדיף כלומר מתניתין בלא צמצם וכמותו דקתני ביוצא ונכנס ותימה דאין זה סוגיית הש"ס דמשני במעדיף ואינו חושש על קושייתו ועוד קשה דפי' בדרבא אם היו נתונין שתי נותנן ערב ואיכא סכך כשר טפי ובפ"ק דסוכה (ד' ט:) תנן גבי העושה סוכתו תחת האילן אם היה הסיכוך הרבה מהן או שקצצן כשירה ומוקי לה בגמרא כשחבטן ופ"ה שם כשעירבן ואין ניכר איזהו פסול ואיזהו כשר ועוד דדוחק הוא דאמוראי מסקי אליבא דמ"ד פרוץ כעומד אסור דלא קי"ל הכי ועוד דלא פריך בסמוך כי מוקי נמי ביוצא ונכנס גבי שיירא והא אפשר לצמצם והתם ליכא לשנויי לרבא כי הכא ונראה כגירסת ר"ח דגריס והא אי אפשר לצמצם שיסתום כל האויר ונמצא שאין הכשר מרובה על האויר ועל הפסול או אפי' כמוהו ופריך לכולי עלמא ומשני ר' אמי במעדיף שבודאי יסתום כל האויר ורבא אמר אפי' תימא שאינו מעדיף אם היו נתונין שתי נותנו ערב ואז נסתם כל האויר אבל אין לפרש דדווקא כעניין זה אהני לרבא ולא במעדיף דגזר דילמא לא יעדיף דבכל הספרים גרסי' בפ"ק דסוכה (ד' טו:) רבא אמר אפי' תימא בשאינו מעדיף:
Rachi lit : "mais il est possible d'être exact". C'est-à-dire : puisqu'on peut être exact, il faut dire que "égal" est précis ; Rabbi Ami répond : dans le cas où l'on ajoute, c'est-à-dire que la michna parle sans exactitude, et le "égal" qu'elle enseigne est "entrer et sortir". Mais c'est étonnant, car ce n'est pas le cours de la Guemara qu'elle réponde "dans le cas où l'on ajoute" sans se soucier de sa propre question. Autre difficulté : on a expliqué, à propos de Rava, "s'ils étaient posés en travers, on le pose en long", qu'il y a plus de sekhakh cacher ; or dans le premier chapitre de Souka (9b) nous avons appris, à propos de celui qui fait sa souka sous un arbre : si le sekhakh est plus abondant qu'eux, ou s'il les a coupés, elle est valable ; et la Guemara l'explique quand il les a abattus, et Rachi y explique : quand il les a mélangés et qu'on ne reconnaît plus lequel est invalide et lequel est valable. Autre chose : il est forcé que des Amoraim concluent selon celui qui dit que percée égale à debout est interdit, alors que nous ne tranchons pas ainsi. Et encore : plus loin, quand on explique aussi la caravane par "entrer et sortir", on n'objecte pas "mais il est possible d'être exact", et là on ne pourrait pas répondre comme Rava ici. Il semble donc que la lecture de Rabbenou Hananel soit la bonne : "mais il est impossible d'être exact" au point de boucher tout l'air ; on trouvera alors que le cacher n'est pas plus abondant que l'air et que le passoul, ni même égal. L'objection vaut pour tous ; Rabbi Ami répond : dans le cas où l'on ajoute, de sorte qu'il bouchera certainement tout l'air ; et Rava dit : même si tu dis qu'il n'ajoute pas, s'ils étaient posés en long, il le pose en travers, et alors tout l'air est bouche. Mais on ne peut pas expliquer que Rava n'admet que ce cas et pas celui où l'on ajoute, par décret de peur qu'on n'ajoute pas, car dans tous les livres on lit, dans le premier chapitre de Souka (15b) : Rava dit : même si tu dis dans le cas où l'on n'ajoute pas.
💡 Explication

Selon Rachi : on objecte que l'égalité exacte est réalisable ; "égal" dans la michna doit donc être pris à la lettre, et la preuve pour Rav Pappa revient.

Tossefot critique cette lecture et préfère celle de Rabbenou Hananel : "il est impossible d'être exact" au point de boucher tout l'espace. L'objection porte alors sur la validité même de la souka pour tous, et les réponses de Rabbi Ami et Rava expliquent comment l'espace se trouve entièrement couvert.

20
אמר רבי אמי: במעדיף.

Rabbi Ami dit : dans le cas où l'on ajoute (ma'adif).

📜 Rachi (1)
אמר ר' אמי מתניתין בלא צמצם אלא במעדיף ריוח יותר משיעור שפודין וכמותן דקתני כשיעור שפודין בנכנס ויוצא:
Rabbi Ami dit : la michna ne parle pas d'une mesure exacte, mais du cas où l'on ajoute un espace plus grand que la mesure des broches ; et le "égal à eux" qu'elle enseigne, c'est la mesure des broches avec "entrer et sortir".
💡 Explication

Rabbi Ami : la michna parle d'un espace volontairement plus large que les broches. Le sekhakh cacher est donc majoritaire, et le cas ne prouve rien pour l'égalité.

21
רבא אמר: אם היו נתונין ערב — נותנו שתי, שתי — נותנו ערב.

Rava dit : s'ils étaient posés en travers (erev), on le pose en long (chti) ; (s'ils étaient posés) en long, on le pose en travers.

📜 Rachi (1)
אם היו שפודין נתונין שתי נותן לסכך כשר ערב דאפילו לא העדיף הריוח איכא סכך כשר טפי דכיון דנותנו ערב אי אפשר לעמוד אלא אם כן ראשו אחד מונח על השפוד מכאן וראשו אחד מונח על השפוד מכאן:
S'ils étaient : les broches posées en long, on pose le sekhakh valable en travers ; ainsi, même sans avoir élargi l'espace, il y a davantage de sekhakh valable, car en le posant en travers il ne peut tenir que si une de ses extrémités repose sur une broche d'un côté et l'autre sur une broche de l'autre côté.
💡 Explication

Rava : le sekhakh cacher est posé perpendiculairement aux broches. Il repose sur elles et les recouvre en partie ; la surface cachere dépasse donc la surface passoula, même si les espaces sont exactement égaux aux broches. Chti et erev sont les termes de la chaîne et de la trame du tissage.

🖼️ Schéma
Souka couverte de broches : trois lectures (seg. 16-20) Nikhnas ve-yotse l'espace laissé passer la broche : il est un peu plus large Objection : on peut être exact (efchar le-tsamtsem) Rabbi Ami : ma'adif on ajoute du sekhakh cacher : le cacher dépasse le passoul Rava : chti / erev broches en long, sekhakh en travers : il repose sur les broches, donc le cacher dépasse broche (passoul) sekhakh cacher
Les trois lectures de la michna de la souka couverte de broches.
22
תא שמע: שיירא שחנתה בבקעה והקיפוה בגמלין, באוכפות,

Viens et entends : une caravane qui a campé dans une vallée et qu'on a entourée de chameaux, de selles,

💡 Explication

Début d'une baraita (suite en 16a) citée comme preuve pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).