Eruvin 16a — Brèche égale à la partie debout : les trois mesures des cloisons

Eruvin 16a

Sougya : La Guemara poursuit la mahloket de Rav Pappa et de Rav Houna fils de Rav Yehochoua : une cloison dont la brèche (parouts) égale la partie debout (omed) est-elle valable ? Rav Pappa permet, Rav Houna interdit.

Une baraita sur la caravane, puis une Tossefta de Kilayim énonçant trois mesures des cloisons (éléments de moins de trois tefahim, de trois à quatre, de quatre à dix amot) sont examinées. Chaque clause semble contredire l'un des deux Amoraim ; la Guemara répond par le principe « puisqu'il a enseigné la première formule, il a enseigné la formule parallèle », puis par l'explication de « sa pleine largeur » comme un espace où l'on entre et sort.

Elle attribue enfin la première clause aux Rabbanan (lavoud en deçà de trois) et commence à examiner la suivante à la lumière de l'avis de Rabban Chimon ben Gamliel.

Tossefta Kilayim : les trois mesures des cloisons Largeur de chaque élément Intervalle permis entre eux Si la brèche domine 1. moins de 3 tefahim (roseaux) moins de 3 tefahim raison : que le chevreau ne s'y élance pas en deçà de 3 : lavoud, tout compte comme debout sans importance : seule compte la règle des 3 tefahim 2. de 3 à 4 tefahim (4 non inclus) moins que sa pleine largeur que la brèche n'égale pas la partie debout (Rav Pappa : où elle entre et sort) interdit partout, même face à la partie debout 3. de 4 tefahim à 10 amot moins que sa pleine largeur l'élément est important (hachouv) : le vide ne l'annule pas entièrement brèche = debout : face au debout : permis face à la brèche : interdit debout majoritaire : permis même face à la brèche Brèche de plus de 10 amot : interdit, même si tout le reste est debout sauf tsourat hapetah (piquets + tresse au-dessus) : permis même au-delà de 10
Les trois mesures des cloisons selon la Tossefta de Kilayim, et la règle de la brèche de dix amot.
Brèche égale à la partie debout : qui la Tossefta soutient-elle ? Rav Pappa parouts ke-omed : permis Rav Houna fils de Rav Yehochoua parouts ke-omed : interdit Début (3 à 4) : "pas d'intervalle de sa pleine largeur" (seg. 6-7) Objection à Rav Pappa : l'égalité est donc interdite Réponse : "sa pleine largeur" = un espace où l'élément entre et sort, donc un peu plus que l'égalité Début : "si la brèche est plus grande -> interdit" (seg. 8) déduction : égale -> permis contre Rav Houna Réponse (seg. 12) : formule choisie pour faire pendant à la fin Fin : "si le debout est plus grand -> permis" (seg. 9) déduction : égale -> interdit contre Rav Pappa Réponse (seg. 11) : formule choisie pour faire pendant au début Pourquoi séparer "moins de 3" et "3" ? (seg. 13-15) Rav Pappa : élément de 3 + intervalle de 3 = égalité -> permis ; impossible de les réunir Rav Houna : la loi est la même, mais la raison diffère (chevreau / égalité) Le Tanna enseigne les mesures de la cloison : une raison nouvelle mérite sa propre clause
Rav Pappa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua face aux clauses de la Tossefta : chaque objection est repoussée.
1
בעביטין, בשליפין, בקנים, בקולחות — מטלטלין בתוכה, ובלבד שלא יהא בין גמל לגמל כמלא גמל, ובין אוכף לאוכף כמלא אוכף, ובין עביט לעביט כמלא עביט!

... avec des avitin (coussins de selle), avec des chelifin, avec des roseaux, avec des kolahot (tiges) : on transporte à l'intérieur, à condition qu'il n'y ait pas entre un chameau et un chameau la longueur d'un chameau, ni entre une selle et une selle la longueur d'une selle, ni entre un coussin et un coussin la longueur d'un coussin !

📜 Rachi (3)
עביטין כר שתחת אוכף הגמל כדמתרגמינן (בראשית ל״א:ל״ד) בכר הגמל בעביטא דגמלא:
Avitin : le coussin qui est sous la selle du chameau, comme nous traduisons (Genèse 31, 34) « dans la selle du chameau » : be-avita de-gamla.
שליפין משואות:
Chelifin : massouot.
קולחות קלחי ירקות:
Kolahot : des tiges de légumes.
💡 Explication

Fin de la baraita de la caravane qui campe et s'entoure de ses montures et de ses objets. La condition « pas entre un chameau et un chameau la longueur d'un chameau » semble indiquer qu'une brèche égale à la partie debout invalide l'enceinte : c'est une objection contre Rav Pappa, qui considère la brèche égale à la partie debout (parouts ke-omed) comme permise.

2
הכא נמי כשנכנס ויוצא.

Ici aussi, [il s'agit d'un intervalle] où l'on entre et sort.

💡 Explication

Réponse : « la longueur d'un chameau » désigne un espace où l'on peut faire entrer et sortir le chameau aisément (nikhnas ve-yotse), donc un peu plus large que le chameau lui-même. La brèche est alors plus grande que la partie debout, et l'interdit ne contredit pas Rav Pappa.

3
תא שמע: נמצאת אתה אומר, שלש מדות במחיצות: כל שהוא פחות משלשה, צריך שלא יהא בין זה לזה שלשה, כדי שלא יזדקר הגדי בבת ראש.

Viens et entends : Il se trouve que tu dis : il y a trois mesures pour les cloisons. Toute [cloison dont les éléments font] moins de trois [tefahim], il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois [tefahim], afin que le chevreau ne s'y élance pas tête la première.

📜 Rachi (3)
נמצאת אתה אומר כו' רישא במס' כלאים (פ"ד משנה ד) תנינן לה:
Il se trouve que tu dis etc. : le début [de cet enseignement], nous l'apprenons dans le traité Kilayim (ch. 4, michna 4).
כל שהוא פחות מג' כל גדר העשוי בקנים עומדין פחות מרוחב ג':
Toute [cloison] de moins de trois : toute clôture faite de roseaux dressés de moins de trois [tefahim] de large.
צריך שלא יהא בין זה לזה ג' כדי שלא יזדקר הגדי בבת ראש כלומר להדיא בלא עכוב דדקירת גדי מבטל לה מתורת לבוד ואם אין בין זה לזה שלשה אפילו פרוץ מרובה על העומד כגון קנים של שתי אצבעות וריוח ב' טפחים בין זה לזה כשר דכל ריוח פחות מג' אמרי' לבוד וכולו הוי עומד:
Il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois, afin que le chevreau ne s'y élance pas tête la première : c'est-à-dire directement, sans obstacle ; car l'élan du chevreau l'exclut du statut de lavoud. Et s'il n'y a pas trois entre l'un et l'autre, même si la brèche est plus grande que la partie debout, par exemple des roseaux de deux doigts et un espace de deux tefahim entre l'un et l'autre, c'est valable, car pour tout espace de moins de trois nous disons lavoud, et le tout est considéré comme debout.
💡 Explication

Nouvelle source, tirée des lois de kilayim (mélanges interdits) : une cloison sépare la vigne des semences et permet de semer une autre espèce à côté. La Tossefta fixe trois mesures selon la largeur des éléments qui forment la cloison.

Première mesure : des éléments étroits (moins de trois tefahim). Seul compte l'intervalle : en deçà de trois tefahim s'applique lavoud (les éléments sont considérés comme joints). À trois tefahim, un chevreau peut passer d'un seul élan, et la cloison ne compte plus.

4
כל שהוא שלשה, ומשלשה עד ארבעה, צריך שלא יהא בין זה לזה כמלואו, כדי שלא יהא פרוץ כעומד. ואם היה פרוץ מרובה על העומד — אף כנגד העומד אסור.

Toute [cloison dont les éléments font] trois, et de trois jusqu'à quatre, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur, afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout. Et si la brèche était plus grande que la partie debout, même en face de la partie debout c'est interdit.

📜 Rachi (4)
ומג' ועד ד' ולא ד' בכלל:
Et de trois jusqu'à quatre : quatre non inclus.
צריך שלא יהא בין זה לזה כמלואו וכל כמה דלא הוי כמלואו אע"ג דהוי ריוח שלשה כיון דעומד רבה עליו ליכא למימר אתי אוירא דהאי גיסא ודהאי גיסא ומבטל ליה והוו להו פתחים:
Il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur : et tant que [l'intervalle] n'atteint pas sa pleine largeur, bien qu'il y ait un espace de trois, puisque la partie debout est plus grande que lui, on ne peut pas dire que l'air de ce côté-ci et de ce côté-là vient l'annuler et qu'ils deviennent des ouvertures.
ואם היה פרוץ כו' לקמן מתרץ לה אם היה פרוץ כעומד הוה ליה למיתני:
Et si la brèche était etc. : plus loin [la Guemara] résout [la difficulté] : il aurait dû enseigner « si la brèche était égale à la partie debout ».
אף כנגד העומד אסור לזרוע דלא אלים עומד בפחות מד' למישרי כנגדו היכא דפרוץ רבה עליו:
Même en face de la partie debout c'est interdit : de semer, car une partie debout de moins de quatre n'a pas la force de permettre en face d'elle la où la brèche la dépasse.
💡 Explication

Deuxième mesure : des éléments de trois à quatre tefahim. L'intervalle peut dépasser trois tefahim, à condition de rester en deçà de la largeur de l'élément (kimlo'ô, « sa pleine largeur »).

Un élément de moins de quatre tefahim n'est pas hachouv (important). Si la brèche domine, le vide annule la cloison entière, y compris la partie qui se tient debout.

5
כל שהוא ארבעה, ומארבעה עד עשר אמות, צריך שלא יהא בין זה לזה כמלואו, שלא יהא פרוץ כעומד. ואם היה פרוץ כעומד, כנגד העומד — מותר, כנגד הפרוץ — אסור. ואם היה עומד מרובה על הפרוץ — אף כנגד הפרוץ מותר.

Toute [cloison dont les éléments font] quatre, et de quatre jusqu'à dix amot, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur, afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout. Et si la brèche était comme la partie debout, en face de la partie debout c'est permis, en face de la brèche c'est interdit.

Et si la partie debout était plus grande que la brèche, même en face de la brèche c'est permis.

📜 Rachi (3)
ועד עשר ועשר בכלל אבל יותר מי' כגון עומד י"ב או ט"ו לא מצי למיתני שיעור פירצתו במלואו דאפילו בציר ממלואו דאיכא פירצה יותר מעשרה מיתסר כולו כדתני סיפא:
Et jusqu'à dix : dix inclus. Mais au-delà de dix, par exemple une partie debout de douze ou de quinze, il ne pouvait pas enseigner comme mesure de sa brèche « sa pleine largeur », car même en deçà de sa pleine largeur, s'il y a une brèche de plus de dix, tout est interdit, comme l'enseigne la fin.
כנגד העומד מותר הואיל והיקף חשוב הוא וה"ה אם היה פרוץ מרובה ולקמן מתרץ לה הרי כאן שלש מדות במדה ראשונה דקנים פחותים מג' לא קפדינן אמלואו כיון דמלואו לא הוי פירצה שלשה ואפי' איותר ממלואו לא קפדינן עד דאיכא פירצה שלשה ובמדה שניה קפדינן אמלואו דהא איכא שיעור פירצה למיהוי קרוי אויר ואתי אויר המרובה ומבטל לעומד דאפילו כנגדו אינו מתיר ובמדה שלישית דאיכא עומד חשוב אויר לא מבטל לה לגמרי ומתיר מיהא כנגדה:
En face de la partie debout c'est permis : puisque c'est une enceinte importante. Et il en va de même si la brèche était plus grande ; plus loin [la Guemara] l'explique. Voici donc trois mesures. Dans la première mesure, des roseaux de moins de trois, nous ne tenons pas compte de « sa pleine largeur », puisque sa pleine largeur n'est pas une brèche de trois ; et même au-delà de sa pleine largeur nous n'en tenons pas compte, tant qu'il n'y a pas une brèche de trois. Dans la deuxième mesure, nous tenons compte de « sa pleine largeur », car il y a la mesure de brèche pour qu'on l'appelle « air », et l'air majoritaire vient annuler la partie debout, si bien que même en face d'elle, elle ne permet pas. Dans la troisième mesure, où il y a une partie debout importante, l'air ne l'annule pas entièrement, et elle permet du moins en face d'elle.
ואם היה עומד מרובה כו' אכולה קאי ואפילו אעומד מג' ועד ד' דהא קתני בה נמי צריך שלא יהא בין זה לזה כמלואו הא בציר ממלואו שרי:
Et si la partie debout était plus grande etc. : cela porte sur l'ensemble, même sur la partie debout de trois à quatre, puisqu'on y enseigne aussi « il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur » ; donc moins que sa pleine largeur, c'est permis.
🗂️ Tossefot (1)
מארבעה עד עשר גרסי' ולא גרסינן עד ארבע אמות:
De quatre jusqu'à dix : nous lisons [ainsi], et nous ne lisons pas « jusqu'à quatre amot ».
💡 Explication

Troisième mesure : des éléments de quatre tefahim à dix amot. Ils sont hachouv : même si la brèche égale la partie debout, le vide n'annule pas la cloison entière. On sème en face des éléments debout ; en face des brèches, on s'abstient.

Rachi résume la logique des trois mesures : plus l'élément est large, plus il résiste à l'annulation par l'avir (l'air, le vide) qui l'entoure.

🖼️ Schéma
Planches de 4 tefahim ou plus, brèche égale à la partie debout omed parouts permis interdit permis interdit permis interdit permis Zone de semis de l'autre espèce, derrière la cloison Si le debout est majoritaire, tout devient permis, même face aux brèches.
Troisième mesure : quand la brèche égale la partie debout, on sème seulement en face des planches.
6
נפרצה ביותר מעשר — אסור, היו שם קנים הדוקרנים ועושה להן פיאה מלמעלה, אפילו ביותר מעשר מותר.

Si elle a été percée sur plus de dix [amot], c'est interdit. S'il y avait là des roseaux pointus et qu'on leur a fait une tresse (pea) en haut, même sur plus de dix, c'est permis.

📜 Rachi (3)
נפרצה ביותר מי' אסור ואפי' כולו עומד:
Si elle a été percée sur plus de dix, c'est interdit : même si tout le reste est debout.
היו שם קנים הדוקרנין משופין כדקר נעוצין בארץ ועשה להן פאה קלועה מלמעלה מזה לזה:
S'il y avait là des roseaux pointus : effilés comme une pointe, plantés en terre, et on leur a fait une tresse en haut, de l'un à l'autre.
אפי' ביותר מעשר אמות מותר דצורת הפתח מהניא בכלאים אף ליותר מעשר:
Même sur plus de dix amot, c'est permis : car la forme de porte (tsourat hapetah) est efficace pour les kilayim, même au-delà de dix.
💡 Explication

Une brèche de plus de dix amot n'est plus une ouverture : elle annule la cloison, même si le reste est entièrement debout. Deux piquets réunis par une tresse en haut forment une tsourat hapetah (forme de porte), qui fait de l'espace une entrée, quelle que soit sa largeur.

7
קתני מיהת רישא משלשה עד ארבעה, ובלבד שלא יהא בין זה לזה כמלואו, תיובתא דרב פפא!

Il enseigne en tout cas au début : « de trois jusqu'à quatre, à condition qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur ». C'est une réfutation de Rav Pappa !

💡 Explication

La deuxième mesure exige un intervalle inférieur à la largeur de l'élément. Une brèche égale serait donc interdite, contrairement à l'avis de Rav Pappa. Le terme tiyouvta désigne une réfutation formelle.

8
אמר לך רב פפא: מאי מלואו — נכנס ויוצא.

Rav Pappa te dira : que signifie « sa pleine largeur » ? [Un espace où l'élément] entre et sort.

📜 Rachi (1)
מאי מלואו נכנס ויוצא והכי משמע ברייתא כל שהוא ג' ומג' ועד ד' צריך שלא יהא בין זה לזה מילואו נכנס ויוצא שלא יהא פרוץ כעומד בנכנס ויוצא דהוה ליה פרוץ מרובה ואם היה פרוץ מרובה על העומד אף כנגד העומד אסור הואיל והוקף בדבר שאינו חשוב שאין בו רוחב ד':
Que signifie « sa pleine largeur » ? Entre et sort : et voici le sens de la baraita : toute [cloison] de trois, et de trois jusqu'à quatre, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur [au sens de] « entre et sort », afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout [au sens de] « entre et sort », car ce serait une brèche majoritaire ; et si la brèche était plus grande que la partie debout, même en face de la partie debout c'est interdit, puisqu'on a entouré avec une chose sans importance, qui n'a pas une largeur de quatre.
💡 Explication

Même réponse qu'au segment 1 : « sa pleine largeur » désigne un intervalle où l'élément passe librement, un peu plus large que lui. L'égalité stricte reste permise.

9
הכי נמי מסתברא מדקתני: אם היה פרוץ מרובה על העומד — אף כנגד העומד אסור. הא כעומד — מותר. שמע מינה.

On peut aussi le déduire par le raisonnement, puisqu'il enseigne : « si la brèche était plus grande que la partie debout, même en face de la partie debout c'est interdit ». Donc [si elle est] comme la partie debout, c'est permis.

Déduis-en [cela].

💡 Explication

Soutien à Rav Pappa par diyouk (déduction de la formulation) : la Tossefta n'interdit que la brèche plus grande que la partie debout ; l'égalité est donc permise.

10
לימא תיהוי תיובתיה דרב הונא בריה דרב יהושע? אמר לך: וליטעמיך, אימא סיפא: אם היה עומד מרובה על הפרוץ, אף כנגד הפרוץ מותר. הא כפרוץ — אסור!

Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav Houna fils de Rav Yehochoua ? Il te dira : et selon ton raisonnement, dis la fin : « si la partie debout était plus grande que la brèche, même en face de la brèche c'est permis ».

Donc [si elle est] comme la brèche, c'est interdit !

💡 Explication

La même méthode appliquée à la fin de la Tossefta donne le résultat inverse : seule la partie debout majoritaire permet partout ; l'égalité serait interdite, comme le dit Rav Houna fils de Rav Yehochoua.

11
סיפא קשיא לרב פפא, רישא קשיא לרב הונא בריה דרב יהושע.

La fin est difficile pour Rav Pappa, le début est difficile pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua.

💡 Explication

Les deux déductions se contredisent. Chacun des deux Amoraim doit expliquer la clause qui semble aller contre lui.

12
סיפא לרב פפא לא קשיא: איידי דתנא רישא ״פרוץ מרובה על העומד״, תנא סיפא ״עומד מרובה על הפרוץ״.

La fin n'est pas difficile pour Rav Pappa : puisqu'il a enseigné au début « la brèche plus grande que la partie debout », il a enseigné à la fin « la partie debout plus grande que la brèche ».

📜 Rachi (2)
איידי דתנא רישא פרוץ מרובה על העומד אסור דלא סגיא דלא קתני לה לגלויי אמלואו דלאו מצומצם קאמר דקמ"ל הא כעומד מותר אף כנגד הפרוץ:
Puisqu'il a enseigné au début « la brèche plus grande que la partie debout » : interdit. Il fallait absolument l'enseigner, pour révéler, à propos de « sa pleine largeur », qu'il ne parle pas d'une mesure exacte ; il nous apprend donc que [si elle est] comme la partie debout, c'est permis, même en face de la brèche.
תנא סיפא עומד מרובה על הפרוץ אע"ג דלא איצטריך ליה דהא מגופה שמעת מינה דאפי' יש עומד כפרוץ שרי מדתנא ליה שלא יהא פרוץ כעומד ותרצינן לה בנכנס ויוצא הא בצמצום שרי וכ"ש עומד מרובה על הפרוץ אלא משום רישא תנא סיפא ולא משום למידק מינה הא כפרוץ אסור:
Il a enseigné à la fin « la partie debout plus grande que la brèche » : bien que ce ne soit pas nécessaire, car de [la clause] elle-même tu apprends que même si la partie debout est comme la brèche, c'est permis, puisqu'il enseigne « afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout », et nous l'avons expliqué [au sens de] « entre et sort » ; donc à mesure exacte c'est permis, et à plus forte raison si la partie debout est plus grande que la brèche. Mais c'est à cause du début qu'il a enseigné la fin, et non pour qu'on en déduise : donc [si elle est] comme la brèche, c'est interdit.
💡 Explication

Principe de rédaction : aydi (« puisque »). Le Tanna choisit parfois une formule pour faire pendant à la clause précédente ; on ne tire pas de déduction de la formule ainsi amenée.

13
רישא לרב הונא בריה דרב יהושע לא קשיא: איידי דבעי למיתני סיפא ״עומד מרובה על הפרוץ״, תנא רישא ״פרוץ מרובה על העומד״.

Le début n'est pas difficile pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua : puisqu'il voulait enseigner à la fin « la partie debout plus grande que la brèche », il a enseigné au début « la brèche plus grande que la partie debout ».

📜 Rachi (2)
רישא לרב הונא לא קשיא איידי דבעי למיתני סיפא עומד מרובה על הפרוץ מותר דלא סגי דלא קתני לה דקמ"ל הא כפרוץ אסור:
Le début n'est pas difficile pour Rav Houna : puisqu'il voulait enseigner à la fin « la partie debout plus grande que la brèche » : permis. Il fallait absolument l'enseigner, pour nous apprendre : donc [si elle est] comme la brèche, c'est interdit.
תני נמי רישא פרוץ מרובה על העומד אע"ג דלא איצטריך דהא אפי' כעומד נמי אסור:
Il a enseigné aussi au début « la brèche plus grande que la partie debout » : bien que ce ne soit pas nécessaire, puisque même [si elle est] comme la partie debout, c'est aussi interdit.
💡 Explication

Rav Houna fils de Rav Yehochoua applique le même principe en sens inverse : c'est la clause finale qui porte l'enseignement, la première formule a été choisie pour lui faire pendant.

14
בשלמא לרב פפא, משום הכי לא עריב להו ותני להו.

Cela se comprend selon Rav Pappa : c'est pour cela qu'il ne les a pas réunis pour les enseigner [ensemble].

📜 Rachi (2)
בשלמא לרב פפא דאמר פרוץ כעומד מותר:
Cela se comprend selon Rav Pappa : qui dit que la brèche comme la partie debout est permise.
משום הכי לא עריב ג' בהדי פחות מג' ולמיתני כל שהוא פחות מג' וג' צריך שלא יהא בין זה לזה ג' דלא מצי למימר צריך שלא יהא בין זה לזה ג' דכיון דעומד ג' לא איכפת לן אי פרוץ נמי ג' דהא פרוץ כעומד מותר ומשום הכי אפסקיה לאתנייה גבי פחות מד' למיתנא ביה כמלואו דליהוי משמע בנכנס ויוצא:
C'est pour cela qu'il ne les a pas réunis : trois avec moins de trois, pour enseigner « toute [cloison] de moins de trois et de trois, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois ». Car il ne pouvait pas dire « il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois », puisque, la partie debout étant de trois, peu nous importe que la brèche soit aussi de trois, car la brèche comme la partie debout est permise. C'est pourquoi il l'a séparé, pour l'enseigner avec moins de quatre et y enseigner « sa pleine largeur », qui signifie « entre et sort ».
💡 Explication

Nouvelle question sur la structure de la Tossefta : pourquoi l'élément de trois tefahim est-il rangé avec la deuxième mesure plutôt qu'avec la première ? Selon Rav Pappa, un élément de trois avec un intervalle de trois forme une égalité, qui est permise ; la règle « pas d'intervalle de trois » ne pouvait donc pas s'y appliquer.

15
אלא לרב הונא בריה דרב יהושע — ליערבינהו וליתננהו: כל שהוא פחות משלשה, ושלשה — צריך שלא יהא בין זה לזה שלשה!

Mais selon Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qu'il les réunisse et les enseigne [ainsi] : « toute [cloison] de moins de trois, et de trois, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois » !

📜 Rachi (2)
אלא לרב הונא דאמר פרוץ כעומד אסור אפי' כנגד העומד:
Mais selon Rav Houna : qui dit que la brèche comme la partie debout est interdite, même en face de la partie debout.
ליערב ג' בהדי פחות מג' וליתני צריך שלא יהא בין זה לזה ג' טפחים:
Qu'il les réunisse : trois avec moins de trois, et qu'il enseigne « il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois tefahim ».
💡 Explication

Selon Rav Houna fils de Rav Yehochoua, un élément de trois exige un intervalle de moins de trois, exactement comme un élément plus étroit. Le Tanna aurait donc pu réunir les deux cas en une seule clause.

16
משום דלא דמי פסולא דרישא לפסולא דסיפא. פסולא דרישא — כדי שלא יזדקר הגדי בבת אחת, פסולא דסיפא — שלא יהא פרוץ כעומד.

Parce que l'invalidité du début n'est pas semblable à l'invalidité de la fin. L'invalidité du début : afin que le chevreau ne s'y élance pas d'un seul coup ; l'invalidité de la fin : afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout.

📜 Rachi (2)
משום דלא דמי פסולא דפחות מג' לפסולא דג' דפסולא דפחות מג' לא הוי מצי למיתלי בפרוץ מרובה על העומד דכל כמה דלא הוי פרוץ ג' אע"ג דעומד טפח ופרוץ טפחיים כשר ומכי מטא פרוץ לשלשה אשמעי' דבהכי מקרי פרוץ משום יזדקר גדי:
Parce que n'est pas semblable : l'invalidité de moins de trois à l'invalidité de trois. Car l'invalidité de moins de trois, il ne pouvait pas la faire dépendre de « la brèche plus grande que la partie debout », puisque tant que la brèche n'atteint pas trois, même si la partie debout est d'un tefah et la brèche de deux tefahim, c'est valable ; et dès que la brèche atteint trois, il nous apprend que par cela elle est appelée brèche, à cause [de la règle] « que le chevreau ne s'élance pas ».
פסולא דסיפא היכא דעומד ג' לא מיפסל משום דיקור גדי דאי הוה עומד מרובה לא הוה חיישינן לגדי אלא משום מאי מיפסיל בפרוץ ג' משום דהוי פרוץ כעומד ותנא לאגמורי מדות דמחיצה קאתי ומכי מצי לחדושי טעמיה ומתלייה בפסולא אחרינא תנייה:
L'invalidité de la fin : là où la partie debout est de trois, elle n'est pas invalidée à cause de l'élan du chevreau, car si la partie debout était majoritaire, nous ne nous soucierions pas du chevreau. Pourquoi donc est-elle invalidée par une brèche de trois ? Parce que c'est une brèche comme la partie debout. Et le Tanna vient enseigner les mesures de la cloison ; dès lors qu'il pouvait innover sa raison et la faire dépendre d'une autre invalidité, il l'a enseignée [à part].
💡 Explication

Réponse pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua : la loi pratique est la même, mais la raison diffère. Pour les éléments étroits, le critère est l'élan du chevreau ; pour l'élément de trois, le critère est l'égalité entre brèche et partie debout. La Tossefta, qui enseigne les mesures des cloisons, classe selon la raison.

La structure de la Tossefta ne tranche donc pas la mahloket.

17
פחות משלשה מני — רבנן היא, דאמרי: פחות משלשה אמרינן לבוד, שלשה לא אמרינן לבוד.

Moins de trois, de qui [est cet enseignement] ? Il est des Rabbanan, qui disent : en deçà de trois, nous disons lavoud ; à trois, nous ne disons pas lavoud.

📜 Rachi (1)
פחות מג' מני רבנן היא מדקא מפליג בין פחות מג' לג' ש"מ רבנן היא דמפלגי נמי בין פחות מג' לג':
Moins de trois, de qui ? Il est des Rabbanan : puisqu'il distingue entre moins de trois et trois, on en déduit qu'il est des Rabbanan, qui distinguent eux aussi entre moins de trois et trois.
💡 Explication

Lavoud : deux éléments séparés par un intervalle très petit sont considérés comme joints. Selon les Rabbanan, la mesure est de moins de trois tefahim ; selon Rabban Chimon ben Gamliel, de moins de quatre. La première clause, qui fixe la limite à trois, suit les Rabbanan.

18
אימא סיפא: כל שהוא שלשה, ומשלשה ועד ארבעה —

Dis la fin : « toute [cloison dont les éléments font] trois, et de trois jusqu'à quatre » -

📜 Rachi (1)
אימא סיפא כל שהוא ג' ומג' ועד ד' מדקא מפליג בין פחות מד' לד' דקאמר פחות מד' אם פרוץ יתר עליו אף כנגד העומד אסור וד' גופיה קתני סיפא דמתיר כנגדו ואף על גב דפרוץ יתר עליו ש"מ רבן שמעון בן גמליאל היא:
Dis la fin « toute [cloison] de trois, et de trois jusqu'à quatre » : puisqu'il distingue entre moins de quatre et quatre, en disant que pour moins de quatre, si la brèche la dépasse, même en face de la partie debout c'est interdit, et que pour quatre lui-même la fin enseigne qu'il permet en face d'elle même si la brèche la dépasse, on en déduit que c'est Rabban Chimon ben Gamliel.
🗂️ Tossefot (1)
אימא סיפא כל שהוא שלשה ומג' ועד ד' כו' סיפא גופה היה יכול להקשות דלא אתיא כרבנן כדקאמר הש"ס מדלא מתיר עומד שלשה כנגדו וכרשב"ג נמי לא אתיא מדקאמר וצריך שלא יהא בין זה לזה כמלואו ולרשב"ג אפי' יותר ממלואו אין בכך כלום כיון דליכא ד' כלבוד דמי אלא כך דרך הש"ס שמתחיל קושיא מרישא כשיכול וכה"ג איכא פ' כירה (שבת ד' לט:) גבי חמין שהוחמו בשבת:
Dis la fin « toute [cloison] de trois, et de trois jusqu'à quatre » etc. : il aurait pu objecter à partir de la fin elle-même qu'elle ne s'accorde pas avec les Rabbanan, comme le dit la Guemara, puisqu'elle ne permet pas en face d'une partie debout de trois ; et elle ne s'accorde pas non plus avec Rabban Chimon ben Gamliel, puisqu'elle dit « il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur », alors que selon Rabban Chimon ben Gamliel, même plus que sa pleine largeur ne pose aucun problème, puisqu'en l'absence de quatre c'est comme lavoud. Mais telle est la manière de la Guemara : elle commence la difficulté par le début quand elle le peut. On trouve un cas semblable au chapitre Kira (Chabbat 39b), à propos de l'eau chauffée pendant Chabbat.
💡 Explication

La Guemara commence à opposer la clause suivante à la première : elle distingue entre moins de quatre et quatre, ce qui correspond à la mesure de Rabban Chimon ben Gamliel. La Tossefta semblerait alors composée de clauses d'auteurs différents. La suite de la discussion se trouve au daf 16b.

Tossefot note que la clause finale pose aussi une difficulté propre, mais que la Guemara commence par la première clause quand elle le peut.

🖼️ Schéma
À qui attribuer la Tossefta ? La mesure du lavoud Rabbanan intervalle de moins de 3 : lavoud intervalle de 3 : pas de lavoud La première clause (moins de 3 / 3) distingue à 3 : elle est des Rabbanan (seg. 16) Rabban Chimon ben Gamliel intervalle de moins de 4 : lavoud élément de 4 : important La clause suivante distingue à 4 : selon Rachi, elle serait de lui (seg. 17)
La mesure du lavoud permet d'identifier l'auteur de chaque clause.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).