Sougya : La Guemara poursuit la mahloket de Rav Pappa et de Rav Houna fils de Rav Yehochoua : une cloison dont la brèche (parouts) égale la partie debout (omed) est-elle valable ? Rav Pappa permet, Rav Houna interdit.
Une baraita sur la caravane, puis une Tossefta de Kilayim énonçant trois mesures des cloisons (éléments de moins de trois tefahim, de trois à quatre, de quatre à dix amot) sont examinées. Chaque clause semble contredire l'un des deux Amoraim ; la Guemara répond par le principe « puisqu'il a enseigné la première formule, il a enseigné la formule parallèle », puis par l'explication de « sa pleine largeur » comme un espace où l'on entre et sort.
Elle attribue enfin la première clause aux Rabbanan (lavoud en deçà de trois) et commence à examiner la suivante à la lumière de l'avis de Rabban Chimon ben Gamliel.
... avec des avitin (coussins de selle), avec des chelifin, avec des roseaux, avec des kolahot (tiges) : on transporte à l'intérieur, à condition qu'il n'y ait pas entre un chameau et un chameau la longueur d'un chameau, ni entre une selle et une selle la longueur d'une selle, ni entre un coussin et un coussin la longueur d'un coussin !
Fin de la baraita de la caravane qui campe et s'entoure de ses montures et de ses objets. La condition « pas entre un chameau et un chameau la longueur d'un chameau » semble indiquer qu'une brèche égale à la partie debout invalide l'enceinte : c'est une objection contre Rav Pappa, qui considère la brèche égale à la partie debout (parouts ke-omed) comme permise.
Ici aussi, [il s'agit d'un intervalle] où l'on entre et sort.
Réponse : « la longueur d'un chameau » désigne un espace où l'on peut faire entrer et sortir le chameau aisément (nikhnas ve-yotse), donc un peu plus large que le chameau lui-même. La brèche est alors plus grande que la partie debout, et l'interdit ne contredit pas Rav Pappa.
Viens et entends : Il se trouve que tu dis : il y a trois mesures pour les cloisons. Toute [cloison dont les éléments font] moins de trois [tefahim], il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois [tefahim], afin que le chevreau ne s'y élance pas tête la première.
Nouvelle source, tirée des lois de kilayim (mélanges interdits) : une cloison sépare la vigne des semences et permet de semer une autre espèce à côté. La Tossefta fixe trois mesures selon la largeur des éléments qui forment la cloison.
Première mesure : des éléments étroits (moins de trois tefahim). Seul compte l'intervalle : en deçà de trois tefahim s'applique lavoud (les éléments sont considérés comme joints). À trois tefahim, un chevreau peut passer d'un seul élan, et la cloison ne compte plus.
Toute [cloison dont les éléments font] trois, et de trois jusqu'à quatre, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur, afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout. Et si la brèche était plus grande que la partie debout, même en face de la partie debout c'est interdit.
Deuxième mesure : des éléments de trois à quatre tefahim. L'intervalle peut dépasser trois tefahim, à condition de rester en deçà de la largeur de l'élément (kimlo'ô, « sa pleine largeur »).
Un élément de moins de quatre tefahim n'est pas hachouv (important). Si la brèche domine, le vide annule la cloison entière, y compris la partie qui se tient debout.
Toute [cloison dont les éléments font] quatre, et de quatre jusqu'à dix amot, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur, afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout. Et si la brèche était comme la partie debout, en face de la partie debout c'est permis, en face de la brèche c'est interdit.
Et si la partie debout était plus grande que la brèche, même en face de la brèche c'est permis.
Troisième mesure : des éléments de quatre tefahim à dix amot. Ils sont hachouv : même si la brèche égale la partie debout, le vide n'annule pas la cloison entière. On sème en face des éléments debout ; en face des brèches, on s'abstient.
Rachi résume la logique des trois mesures : plus l'élément est large, plus il résiste à l'annulation par l'avir (l'air, le vide) qui l'entoure.
Si elle a été percée sur plus de dix [amot], c'est interdit. S'il y avait là des roseaux pointus et qu'on leur a fait une tresse (pea) en haut, même sur plus de dix, c'est permis.
Une brèche de plus de dix amot n'est plus une ouverture : elle annule la cloison, même si le reste est entièrement debout. Deux piquets réunis par une tresse en haut forment une tsourat hapetah (forme de porte), qui fait de l'espace une entrée, quelle que soit sa largeur.
Il enseigne en tout cas au début : « de trois jusqu'à quatre, à condition qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre sa pleine largeur ». C'est une réfutation de Rav Pappa !
La deuxième mesure exige un intervalle inférieur à la largeur de l'élément. Une brèche égale serait donc interdite, contrairement à l'avis de Rav Pappa. Le terme tiyouvta désigne une réfutation formelle.
Rav Pappa te dira : que signifie « sa pleine largeur » ? [Un espace où l'élément] entre et sort.
Même réponse qu'au segment 1 : « sa pleine largeur » désigne un intervalle où l'élément passe librement, un peu plus large que lui. L'égalité stricte reste permise.
On peut aussi le déduire par le raisonnement, puisqu'il enseigne : « si la brèche était plus grande que la partie debout, même en face de la partie debout c'est interdit ». Donc [si elle est] comme la partie debout, c'est permis.
Déduis-en [cela].
Soutien à Rav Pappa par diyouk (déduction de la formulation) : la Tossefta n'interdit que la brèche plus grande que la partie debout ; l'égalité est donc permise.
Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav Houna fils de Rav Yehochoua ? Il te dira : et selon ton raisonnement, dis la fin : « si la partie debout était plus grande que la brèche, même en face de la brèche c'est permis ».
Donc [si elle est] comme la brèche, c'est interdit !
La même méthode appliquée à la fin de la Tossefta donne le résultat inverse : seule la partie debout majoritaire permet partout ; l'égalité serait interdite, comme le dit Rav Houna fils de Rav Yehochoua.
La fin est difficile pour Rav Pappa, le début est difficile pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua.
Les deux déductions se contredisent. Chacun des deux Amoraim doit expliquer la clause qui semble aller contre lui.
La fin n'est pas difficile pour Rav Pappa : puisqu'il a enseigné au début « la brèche plus grande que la partie debout », il a enseigné à la fin « la partie debout plus grande que la brèche ».
Principe de rédaction : aydi (« puisque »). Le Tanna choisit parfois une formule pour faire pendant à la clause précédente ; on ne tire pas de déduction de la formule ainsi amenée.
Le début n'est pas difficile pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua : puisqu'il voulait enseigner à la fin « la partie debout plus grande que la brèche », il a enseigné au début « la brèche plus grande que la partie debout ».
Rav Houna fils de Rav Yehochoua applique le même principe en sens inverse : c'est la clause finale qui porte l'enseignement, la première formule a été choisie pour lui faire pendant.
Cela se comprend selon Rav Pappa : c'est pour cela qu'il ne les a pas réunis pour les enseigner [ensemble].
Nouvelle question sur la structure de la Tossefta : pourquoi l'élément de trois tefahim est-il rangé avec la deuxième mesure plutôt qu'avec la première ? Selon Rav Pappa, un élément de trois avec un intervalle de trois forme une égalité, qui est permise ; la règle « pas d'intervalle de trois » ne pouvait donc pas s'y appliquer.
Mais selon Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qu'il les réunisse et les enseigne [ainsi] : « toute [cloison] de moins de trois, et de trois, il faut qu'il n'y ait pas entre l'un et l'autre trois » !
Selon Rav Houna fils de Rav Yehochoua, un élément de trois exige un intervalle de moins de trois, exactement comme un élément plus étroit. Le Tanna aurait donc pu réunir les deux cas en une seule clause.
Parce que l'invalidité du début n'est pas semblable à l'invalidité de la fin. L'invalidité du début : afin que le chevreau ne s'y élance pas d'un seul coup ; l'invalidité de la fin : afin que la brèche ne soit pas comme la partie debout.
Réponse pour Rav Houna fils de Rav Yehochoua : la loi pratique est la même, mais la raison diffère. Pour les éléments étroits, le critère est l'élan du chevreau ; pour l'élément de trois, le critère est l'égalité entre brèche et partie debout. La Tossefta, qui enseigne les mesures des cloisons, classe selon la raison.
La structure de la Tossefta ne tranche donc pas la mahloket.
Moins de trois, de qui [est cet enseignement] ? Il est des Rabbanan, qui disent : en deçà de trois, nous disons lavoud ; à trois, nous ne disons pas lavoud.
Lavoud : deux éléments séparés par un intervalle très petit sont considérés comme joints. Selon les Rabbanan, la mesure est de moins de trois tefahim ; selon Rabban Chimon ben Gamliel, de moins de quatre. La première clause, qui fixe la limite à trois, suit les Rabbanan.
Dis la fin : « toute [cloison dont les éléments font] trois, et de trois jusqu'à quatre » -
La Guemara commence à opposer la clause suivante à la première : elle distingue entre moins de quatre et quatre, ce qui correspond à la mesure de Rabban Chimon ben Gamliel. La Tossefta semblerait alors composée de clauses d'auteurs différents. La suite de la discussion se trouve au daf 16b.
Tossefot note que la clause finale pose aussi une difficulté propre, mais que la Guemara commence par la première clause quand elle le peut.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).