Sougya : La Guemara achรจve l'examen de la Tossefta de Kilayim : Abaye l'attribue entiรจrement aux Rabbanan (un รฉlรฉment de quatre tefahim est important), Rava entiรจrement ร Rabban Chimon ben Gamliel (le lavoud de quatre ne s'applique pas prรจs du sol). Une baraita semble rรฉfuter Rav Pappa sur la brรจche รฉgale ร la partie debout, mais la halakha reste selon lui, car la michna se lit avec prรฉcision dans son sens.
Vient ensuite la michna de la caravane : trois cordes (erev) ou des roseaux (chti) espacรฉs de moins de trois tefahim. Rav Hamnouna demande si la rรจgle de la partie debout majoritaire vaut pour le erev ; la Guemara reformule sa question (la natte percรฉe, la cloison suspendue).
Enfin, la surface permise avec ces cloisons fragiles : beit sa'atayim pour un ou deux, et pour trois (une caravane) beit chech ou tout leur besoin, avec la rรฉtractation publique de Rav Nahman.
nous en arrivons ร Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit : [un vide de] moins de quatre [tefahim] est lavoud. Car si c'รฉtait les Rabbanan : ยซ de trois jusqu'ร quatre ยป ?
Trois et quatre, c'est la mรชme chose !
Suite du daf 16a. La Tossefta distingue une catรฉgorie ยซ de trois jusqu'ร quatre ยป et une autre ยซ de quatre ร dix amot ยป. Pour les Rabbanan, le lavoud s'arrรชte ร trois : trois et quatre ont le mรชme statut. Cette distinction semble donc suivre Rabban Chimon ben Gamliel, pour qui le lavoud va jusqu'ร quatre. Or la premiรจre clause (moins de trois) suivait les Rabbanan : la Tossefta paraรฎtrait composรฉe de deux auteurs.
Abaye dit : puisque le dรฉbut est [selon] les Rabbanan, la fin aussi est [selon] les Rabbanan. Et les Rabbanan reconnaissent que, pour tout ce qui sert ร permettre [de semer] en face de lui, s'il y a un espace de quatre [tefahim], il est considรฉrรฉ comme important, et sinon, il n'est pas considรฉrรฉ comme important.
Abaye attribue toute la Tossefta aux Rabbanan. La distinction entre trois et quatre tient ร l'importance de l'รฉlรฉment : un รฉlรฉment de cloison large de quatre tefahim est hachiv (important), et il permet de semer une autre espรจce en face de lui, mรชme si la brรจche ร cรดtรฉ est plus grande. Un รฉlรฉment plus รฉtroit n'a pas cette importance.
Rava dit : puisque la fin est [selon] Rabban Chimon ben Gamliel, le dรฉbut aussi est [selon] Rabban Chimon ben Gamliel. Et lorsque Rabban Chimon ben Gamliel dit que l'on applique lavoud, cela vaut en haut ; mais en bas, c'est comme une cloison que les chevreaux traversent, et l'on n'applique pas lavoud.
Rava fait l'inverse : tout suit Rabban Chimon ben Gamliel. Son lavoud de quatre ne vaut qu'en hauteur, par exemple pour une poutre รฉloignรฉe du mur. Prรจs du sol, un vide de trois tefahim laisse passer les chevreaux : c'est une mehitsa chehagdayim bokรฉ'in bah, invalide. D'oรน l'exigence de moins de trois dans la premiรจre clause, qui traite d'รฉlรฉments posรฉs au sol.
Viens et entends : ces parois dont la plupart sont des portes et des fenรชtres, c'est permis, ร condition que la partie debout soit plus grande que la partie ouverte.
Retour ร la mahloket de Rav Pappa (brรจche รฉgale ร la partie debout : permis) et de Rav Houna fils de Rav Yehochoua (interdit). On apporte une baraita.
ยซ Dont la plupart ยป : cela te vient-il ร l'esprit ?! Il faut lire plutรดt : [ces parois] dans lesquelles on a multipliรฉ les portes et les fenรชtres, c'est permis, ร condition que la partie debout soit plus grande que la partie ouverte.
Le texte ยซ dont la plupart sont des ouvertures ยป contredirait sa propre condition (debout majoritaire). La Guemara corrige la lecture : il s'agit de parois oรน l'on a percรฉ beaucoup d'ouvertures.
Donc, [si la partie debout est] รฉgale ร la partie ouverte, c'est interdit : rรฉfutation de Rav Pappa ! C'est une rรฉfutation.
Et la halakha est comme Rav Pappa.
La baraita exige une partie debout plus grande ; on en dรฉduit que l'รฉgalitรฉ est interdite, contre Rav Pappa. La Guemara admet la tiyouvta (rรฉfutation) et tranche pourtant selon lui.
Tossefot : en Houlin, moitiรฉ-moitiรฉ ne vaut pas une majoritรฉ ; ici l'รฉgalitรฉ suffit. Il propose de distinguer les rรจgles des cloisons de celles de l'interdit et de l'impuretรฉ.
Une rรฉfutation, et [pourtant] la halakha ?! Oui, parce que la michna se lit avec prรฉcision selon lui.
Car nous avons appris : ยซ il ne faut pas que les brรจches soient plus nombreuses que le bรขti. ยป Donc, [si elles sont] รฉgales au bรขti, c'est permis.
Une michna l'emporte sur une baraita. La michna (Eruvin 15b) interdit seulement des brรจches plus nombreuses que le bรขti ; son diyouk (lecture prรฉcise) permet l'รฉgalitรฉ, comme Rav Pappa.
Le Roch retient cette halakha et rappelle la formule des deux Amoraim : ยซ ne laisse pas ouverte la majoritรฉ ยป contre ยซ clos la majoritรฉ ยป.
Michna. On entoure [le campement] de trois cordes, l'une au-dessus de l'autre, et [la troisiรจme] au-dessus de celle-ci, ร condition qu'il n'y ait pas entre une corde et la suivante trois tefahim.
Nouvelle michna : une caravane (chayara) qui campe dans une plaine peut se construire une cloison lรฉgรจre pour porter pendant Chabbat. Trois cordes horizontales, chaque intervalle faisant moins de trois tefahim : par le principe du lavoud, les vides comptent comme pleins, et l'ensemble forme une cloison de dix tefahim.
Le second passage du Roch traite de la tsourat hapetah et explique pourquoi la caravane ne s'en sert pas : elle ne rรฉsisterait pas aux chameaux et au vent.
La mesure des cordes et leur รฉpaisseur : plus d'un tefah, afin que l'ensemble fasse dix tefahim.
Trois vides d'un peu moins de trois tefahim font un peu moins de neuf. Les cordes doivent complรฉter jusqu'ร dix : leur รฉpaisseur cumulรฉe dรฉpasse donc un tefah.
On entoure de roseaux, ร condition qu'il n'y ait pas entre un roseau et le suivant trois tefahim.
Ils ont parlรฉ d'une caravane : paroles de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : ils n'ont parlรฉ de la caravane qu'en visant le cas courant.
Rabbi Yehouda : cette indulgence est rรฉservรฉe ร la caravane. Les Sages : la michna parle de la caravane parce que c'est le cas habituel (behovรจ), mais la rรจgle vaut pour tous.
Toute cloison qui n'est pas faite de chti et de erev n'est pas une cloison : paroles de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : l'un des deux รฉlรฉments [suffit].
Chti et erev dรฉsignent la chaรฎne et la trame d'un tissu : รฉlรฉments verticaux (roseaux) et horizontaux (cordes). Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda exige les deux, mรชme pour une caravane.
Guemara. Rav Hamnouna dit au nom de Rav : ils ont dit [que lorsque] la partie debout est plus grande que la partie ouverte, dans [une cloison de] chti, elle est [considรฉrรฉe comme] debout.
Rav Hamnouna demanda : dans [une cloison de] erev, qu'en est-il ?
La rรจgle ยซ partie debout majoritaire ยป a รฉtรฉ รฉnoncรฉe pour une cloison de chti (la michna prรฉcรฉdente parle des selles et bรขts posรฉs au sol). Rav Hamnouna demande si elle vaut pour le erev. La michna des cordes ne le prouve pas : grรขce au lavoud, il n'y a lร aucune brรจche.
Abaye dit : viens et entends : ยซ la mesure des cordes et leur รฉpaisseur : plus d'un tefah, afin que l'ensemble fasse dix tefahim ยป. Or s'il en est ainsi, pourquoi me faut-il plus d'un tefah ?
Qu'on fasse moins de trois et une corde de taille quelconque, moins de trois et une corde de taille quelconque, moins de quatre et une corde de taille quelconque !
Abaye : si le erev รฉtait valable avec une partie debout majoritaire, des cordes minces suffiraient. Deux vides de moins de trois (lavoud) donnent six tefahim debout, face ร une brรจche de moins de quatre. L'exigence d'un tefah de cordes prouverait donc que la rรจgle ne s'applique pas au erev.
Et comment le comprends-tu ? Ce [vide de] moins de quatre, ou le place-t-il ?
S'il le place en bas, c'est comme une cloison que les chevreaux traversent.
S'il le place en haut, l'air de ce cรดtรฉ-ci et de ce cรดtรฉ-lร vient et l'annule.
S'il le place au milieu, c'est une partie debout plus grande que la partie ouverte [seulement] de deux cรดtรฉs. Dรฉduis-en que la partie debout plus grande que la partie ouverte de deux cรดtรฉs est [considรฉrรฉe comme] debout !
La Guemara repousse la preuve d'Abaye. Le vide de quatre ne peut รชtre placรฉ nulle part sans difficultรฉ propre : en bas, les chevreaux passent ; en haut, la corde supรฉrieure est annulรฉe par l'air des deux cรดtรฉs ; au milieu, la partie debout ne domine qu'en additionnant ce qui est au-dessus et au-dessous de la brรจche (omed merouba mi-chtei rouhot), cas qui n'est pas acquis. L'exigence d'un tefah de cordes s'explique donc sans rien prouver sur le erev.
Le Roch rapporte deux avis sur la question restรฉe ouverte : rigueur (le erev ne bรฉnรฉficie pas de la rรจgle) ou, selon le Raavad, erev et chti ont le mรชme statut. Il retient le second.
En fait, voici ce que Rav Hamnouna demandait : par exemple, on a apportรฉ une natte de sept [tefahim] et un peu, on y a dรฉcoupรฉ [un trou de] trois, on y a laissรฉ quatre et un peu, et on l'a placรฉe ร moins de trois [du sol].
Pour trouver un cas rรฉel de erev oรน la partie debout domine d'un seul cรดtรฉ, la Guemara dรฉcrit une natte : quatre tefahim pleins en haut, un trou de trois, une mince bande en bas, posรฉe ร moins de trois tefahim du sol (lavoud). Les quatre du haut dรฉpassent la brรจche de trois qui est au-dessous.
Rav Achi dit : c'est la cloison suspendue qui faisait l'objet de sa question, comme Rabbi Tavlร l'a demandรฉ ร Rav : une cloison suspendue permet-elle [de porter] dans une ruine ? Il lui rรฉpondit : une cloison suspendue ne permet que sur l'eau ; c'est une indulgence que les Sages ont accordรฉe pour l'eau.
Rav Achi lit autrement la question de Rav Hamnouna : il s'agit d'une mehitsa teloya (cloison suspendue) de dix tefahim, ร trois tefahim ou plus du sol. Rav a dรฉjร rรฉpondu : une cloison suspendue n'est admise que sur l'eau, par indulgence rabbinique.
ยซ On entoure de roseaux etc. ยป Pour une caravane, oui, pour un individu, non ? Or il a รฉtรฉ enseignรฉ : Rabbi Yehouda dit : toutes les cloisons de Chabbat, on ne les a pas permises ร un individu au-delร d'un beit sa'atayim.
Contradiction dans les paroles de Rabbi Yehouda : la michna rรฉserve ces cloisons ร la caravane, la baraita les permet ร un individu jusqu'ร un beit sa'atayim (surface de deux sea, 5 000 amot carrรฉes).
Comme l'a dit Rav Nahman, et certains disent Rav Bivai bar Abaye : cela n'รฉtait nรฉcessaire que pour leur donner tout ce dont ils ont besoin. Ici aussi, [il s'agit de] leur donner tout ce dont ils ont besoin.
Rรฉsolution : la michna parle de la surface. Avec ces cloisons, la caravane reรงoit tout son besoin ; l'individu est limitรฉ ร un beit sa'atayim.
Oรน a รฉtรฉ dite [la parole] de Rav Nahman, et certains disent Rav Bivai bar Abaye ? Sur ce que nous avons appris : ยซ toute cloison qui n'est pas faite de chti et de erev n'est pas une cloison : paroles de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda ยป.
Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda a-t-il dit cela ? Or il a รฉtรฉ enseignรฉ : tant pour un individu que pour une caravane, les cordes [sont valables].
Et quelle diffรฉrence y a-t-il entre un individu et une caravane ? ร un individu, on donne un beit sa'atayim ; ร deux, on donne un beit sa'atayim ; trois deviennent une caravane, et on leur donne un beit chech.
Paroles de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda.
Dans cette baraita, Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda admet les cordes seules, avec une limite de surface : beit sa'atayim pour un ou deux, beit chech (six sea) pour trois.
Et les Sages disent : tant pour un individu que pour une caravane, on leur donne tout ce dont ils ont besoin, ร condition qu'il n'y ait pas un beit sa'atayim inoccupรฉ !
Rav Nahman, et certains disent Rav Bivai bar Abaye, dit : cela n'รฉtait nรฉcessaire que pour leur donner tout ce dont ils ont besoin.
La parole ยซ pour leur donner tout ce dont ils ont besoin ยป se rapportait ร l'origine ร Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda : son refus vise une surface illimitรฉe. Pour une surface limitรฉe, il reconnaรฎt ces cloisons.
Rav Nahman enseigna au nom de notre maรฎtre Chmouel : ร un individu, on donne un beit sa'atayim ; ร deux, on donne un beit sa'atayim ; trois deviennent une caravane, et on leur donne un beit chech.
Premiรจre derasha de Rav Nahman : elle reprend exactement la position de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda (beit chech pour trois).
Le long passage du Roch fixe la halakha : beit sa'atayim pour un individu (mesure tirรฉe du parvis du Michkan), tout leur besoin pour trois. Il traite ensuite de l'espace inoccupรฉ (mesurรฉ par les objets ร y ranger) et du principe Chabbat hoil ve-houtra houtra : ce qui รฉtait permis au dรฉbut de Chabbat le reste, mรชme si le nombre d'habitants change.
Tu as dรฉlaissรฉ les Rabbanan et tu as agi selon Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda ?
Rav Nahman plaรงa alors un amora (porte-parole) auprรจs de lui et enseigna : les choses que je vous ai dites sont une erreur de ma part. En vรฉritรฉ, voici ce qu'ils ont dit : ร un individu, on donne un beit sa'atayim ; ร deux, on donne un beit sa'atayim ; trois deviennent une caravane, et on leur donne tout ce dont ils ont besoin.
On objecte ร Rav Nahman qu'il suit une opinion isolรฉe contre la majoritรฉ. Il reconnaรฎt publiquement son erreur, par l'intermรฉdiaire d'un amora (le porte-parole qui rรฉpรฉtait l'enseignement ร voix haute), et corrige : pour trois personnes, tout leur besoin, selon les Rabbanan.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).