Sougya : Fin de la michna des pasei birot (montants autour des puits) : on peut agrandir l'enclos autant qu'on veut à condition d'ajouter des pasin ; Rabbi Yehouda limite à beit sa'atayim, les Sages répondent que cette limite ne vaut que pour un jardin ou un karpef. La Guemara vérifie ensuite que la michna s'accorde avec Hananya, Rabbi Akiva et Rabbi Yehouda ben Bava, qui discutent des pasin pour une citerne (bor) ou un puits (be'er), public ou privé.
Elle définit les deyomadin (deux montants joints en angle), ce qui ouvre une série d'enseignements de Rabbi Yirmeya ben Elazar sur le mot deyo : le figuier deyoufra, puis Adam créé avec deux visages. Rav et Chmouel discutent : la tsela dont fut faite Hava était-elle un visage (partsuf) ou une queue (zanav) ?
Chaque verset est examiné selon les deux avis.
[et il est permis] d'éloigner [les montants du puits] autant qu'on veut, à condition d'augmenter le nombre de pasin. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à beit sa'atayim.
Fin de la michna des pasei birot : autour d'un puits, on dresse aux quatre angles des deyomadin et, si besoin, des montants simples (pachout) entre eux. Cet enclos symbolique permet de porter à l'intérieur pendant Chabbat pour abreuver les bêtes des pèlerins.
On peut agrandir l'enclos à volonté ; la seule condition est que l'intervalle entre deux montants ne dépasse pas la mesure permise. Pour Rabbi Yehouda, la surface totale ne peut dépasser beit sa'atayim (la surface pour semer deux se'a, environ 5000 amot carrées).
Ils lui dirent : on n'a parlé de beit sa'atayim que pour un jardin et pour un karpef. Mais si c'était un dir, un sahar, un moukze ou une cour, même [d'une surface de] cinq beit kor, même dix beit kor, c'est permis.
Et il est permis d'éloigner autant qu'on veut, à condition d'augmenter le nombre de pasin.
Les Sages limitent la portée de la règle de beit sa'atayim : elle ne vaut que pour un enclos qui n'est pas mouqaf le-dira (entouré pour l'habitation), comme un jardin ou un karpef. Un enclos lié à l'usage de la maison ou des bêtes (dir, sahar, moukze, cour) peut être de n'importe quelle taille. Selon Rachi, les pasei birot entrent dans cette seconde catégorie : l'eau du puits sert à boire.
Le Tossefot compare avec la caravane de la michna précédente (16b), où l'on exige qu'il ne reste pas un beit sa'atayim inoccupé. Deux réponses : la caravane est un usage passager, ou bien on a été indulgent envers les pèlerins.
Guemara. Dirons-nous que notre michna n'est pas selon Hananya ?
Car il a été enseigné (baraita) : on fait des pasin pour une citerne (bor) et des cordes pour une caravane. Et Hananya dit : des cordes pour une citerne, mais pas de pasin.
Pour Hananya, une citerne ne peut être entourée de pasin, seulement de cordes. Si l'on comprend qu'il interdit les pasin pour tout point d'eau, notre michna, qui les permet pour les puits, le contredirait.
Rappel de Rachi : les pasin laissent une ouverture plus grande que la partie fermée (parouts merouba al ha-omed), ce qui n'est normalement pas une cloison. C'est une permission particulière faite pour les bêtes des pèlerins.
Tu peux même dire [que la michna est selon] Hananya : une citerne, c'est une chose ; un puits, c'est une autre chose.
Réponse : Hananya peut interdire les pasin pour une citerne (eau recueillie qui peut s'épuiser) et les permettre pour un puits (eau vive, qui ne s'arrête pas). Si l'eau s'épuise, la permission n'a plus de raison d'être, et l'on risquerait de continuer à porter dans l'enclos.
Le Tossefot distingue deux raisons possibles : l'eau qui ne s'arrête pas (la plupart des Tannaim) ou l'eau propre à la boisson de l'homme (Rabbi Yehouda ben Bava).
Certains disent : du fait qu'il n'est pas enseigné « Hananya dit : on fait des cordes pour une citerne et des pasin pour un puits », on en déduit que pour Hananya, il n'y a pas de différence entre citerne et puits : des cordes, oui ; des pasin, non. Dirons-nous que notre michna n'est pas selon Hananya ?
Seconde version de la discussion : on déduit du silence de Hananya qu'il ne distingue pas entre citerne et puits. S'il avait voulu permettre les pasin pour un puits, il l'aurait dit.
Tu peux même dire [que la michna est selon] Hananya : il répond au Tanna kamma sur ce que celui-ci a dit.
Le Tanna kamma n'a parlé que de la citerne ; Hananya lui répond sur ce sujet seulement. Son silence sur le puits ne prouve donc rien.
Dirons-nous que notre michna n'est pas selon Rabbi Akiva ? Car nous avons appris (michna) : pour un puits public, une citerne publique et un puits privé, on fait des pasin ; mais pour une citerne privée, on fait une cloison haute de dix tefahim.
Ce sont les paroles de Rabbi Akiva.
Rabbi Akiva permet les pasin partout sauf pour une citerne privée. Pour une citerne publique, on ne craint pas l'épuisement : le public est nombreux et chacun avertira l'autre que l'eau est finie. Pour un particulier, ce rappel n'existe pas.
Or ici, il est enseigné : « pour les puits ». Pour les puits, oui ; pour les citernes, non.
Tu peux même dire [que la michna est selon] Rabbi Akiva : le puits d'eau vive, pour lequel [la règle] est tranchée, sans différence entre public et privé, il l'enseigne. La citerne d'eau recueillie, pour laquelle [la règle] n'est pas tranchée, il ne l'enseigne pas.
Principe de rédaction : la michna préfère enseigner un cas passik (tranché, sans exception). Pour le puits, la règle est uniforme ; pour la citerne, il faudrait distinguer public et privé. Le silence de la michna sur la citerne ne prouve donc pas qu'elle l'interdit.
Dirons-nous que notre michna n'est pas selon Rabbi Yehouda ben Bava ? Car nous avons appris : Rabbi Yehouda ben Bava dit : on ne fait des pasin que pour un puits public seulement.
Or ici il est enseigné « pour les puits » : sans différence entre public et privé !
Tu peux même dire [que la michna est selon] Rabbi Yehouda ben Bava : que signifie « puits » ? Les puits en général.
Le pluriel birot ne désigne pas deux catégories (public et privé) : il parle de l'ensemble des puits publics. Au terme de ces trois discussions, la michna peut s'accorder avec Hananya, Rabbi Akiva et Rabbi Yehouda ben Bava.
Que sont les deyomadin ? Rabbi Yirmeya ben Elazar dit : deyo amoudin (deux colonnes).
Le mot deyomad est composé de deyo (deux, du grec) et amoud (colonne). Chaque deyomad est formé de deux planches jointes en angle, de sorte qu'il présente une face d'une ama dans chaque direction.
Deyo, la-menoude, chevah, zonit, nitkalkel, be-mida, chelocha : signe mnémotechnique.
Un siman (moyen mnémotechnique) : chaque mot rappelle l'un des enseignements de Rabbi Yirmeya ben Elazar rapportés à la suite (ici et au daf 18b). Le premier, deyo, rattache la série au mot deyomad : les deux enseignements suivants expliquent aussi un mot composé avec deyo (deux).
Nous avons appris là-bas (michna Demai) : Rabbi Yehouda dit : tous les chitin sont exemptés, sauf le deyoufra. Qu'est-ce que le deyoufra ?
Oula dit : un arbre qui donne deux (deyo) [récoltes de] fruits (peirot) par an.
Le demai est un produit acheté à un am ha-arets, dont on doute qu'il ait prélevé les dîmes. Pour des figues de peu de valeur (chitin), on suppose qu'il a prélevé, car la perte est faible. Le deyoufra, arbre à deux récoltes, donne un fruit de valeur : le doute demeure.
Rabbi Yirmeya ben Elazar dit : Adam, le premier homme, avait deux visages (deyo partsuf panim), comme il est dit : « Par-derrière et par-devant Tu m'as formé » (Tehilim 139,5). Il est écrit : « Hachem D.ieu construisit la tsela etc. » (Berechit 2,22).
Rav et Chmouel : l'un dit [c'était] un visage, l'autre dit une queue.
Le mot tsela, traduit d'ordinaire par « côte », signifie ici « côté, flanc » (Rachi). Rav et Chmouel discutent de ce qui a été pris d'Adam pour construire Hava :
- partsuf : Adam avait deux visages, homme d'un côté et femme de l'autre ; Hachem les a séparés ;
- zanav : Adam avait un appendice (une queue), à partir duquel Hava fut construite.
La suite examine cinq versets, chacun favorable à l'un des avis, et la manière dont l'autre avis l'explique (voir le schéma de synthèse).
Cela se comprend pour celui qui dit « visage » : c'est ce qui est écrit « Par-derrière et par-devant Tu m'as formé ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « Par-derrière et par-devant Tu m'as formé » ?
Le Tossefot rattache ce débat à la question des bénédictions des cheva berakhot (Ketoubot 8a) : y eut-il une ou deux formations de l'homme ? Selon le Ribam, les deux formations correspondent à l'avis partsuf, et non à l'avis zanav comme l'avait expliqué Rachi.
[On l'explique] comme Rabbi Ami, car Rabbi Ami a dit : derrière (a'hor) pour l'œuvre de la Création, devant (kedem) pour le châtiment.
Pour l'avis zanav, le verset ne décrit pas la forme physique d'Adam : il enseigne que l'homme fut le dernier créé et le premier puni.
Cela se comprend pour « derrière pour l'œuvre de la Création » : car il ne fut créé que la veille de Chabbat. Mais « devant pour le châtiment », qu'est-ce que c'est ?
Si l'on dit [qu'il s'agit] de la malédiction : mais d'abord fut maudit le serpent, ensuite fut maudite Hava, et à la fin fut maudit Adam !
Mais [il s'agit] du Déluge, comme il est écrit : « Il effaça toute existence qui était sur la face de la terre, de l'homme jusqu'à la bête, etc. » (Berechit 7,23).
Cela se comprend pour celui qui dit « visage » : c'est ce qui est écrit « vayyitser » avec deux yod. Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « vayyitser » ?
Dans Berechit 2,7, le mot vayyitser (Il forma) s'écrit avec deux yod, alors qu'un seul suffirait. Pour l'avis partsuf, les deux yod indiquent deux formes, l'homme et la femme.
[On l'explique] comme Rabbi Chimon ben Pazi, car Rabbi Chimon ben Pazi a dit : malheur à moi à cause de mon penchant (yitsri), malheur à moi à cause de mon Créateur (Yotsri).
Pour l'avis zanav, les deux yod évoquent la situation de l'homme entre deux forces : le yetser (penchant) et le Yotser (Créateur). Quel que soit son choix, l'un des deux le tourmente.
Cela se comprend pour celui qui dit « visage » : c'est ce qui est écrit « Il les créa mâle et femelle ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « Il les créa mâle et femelle » ?
[On l'explique] comme Rabbi Abbahou, car Rabbi Abbahou a opposé [deux versets] : il est écrit « Il les créa mâle et femelle » (Berechit 5,2), et il est écrit « car à l'image de D.ieu. Il le créa » (Berechit 1,27).
Au début, il est monté dans la pensée [divine] de créer deux [êtres], et à la fin un seul fut créé.
Rabbi Abbahou concilie le pluriel (beram, Il les créa) et le singulier (bara oto, Il le créa) : la pensée initiale était de créer deux êtres ; dans les faits, un seul fut créé. Pour l'avis zanav, « mâle et femelle » décrit donc l'intention, et non l'acte.
Cela se comprend pour celui qui dit « visage » : c'est ce qui est écrit « Il referma la chair à sa place ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « Il referma la chair à sa place » ?
Rav Zevid dit, et certains disent Rabbi Yirmeya, et certains disent Rav Nahman bar Yitshak : cela n'est nécessaire que pour l'endroit de l'incision.
Pour l'avis partsuf, tout un côté à été retiré : il faut refermer la chair. Pour l'avis zanav, même le retrait d'une queue laisse une plaie à l'endroit de la coupure ; le verset parle de cette fermeture.
Cela se comprend pour celui qui dit « queue » : c'est ce qui est écrit « Il construisit ». Mais pour celui qui dit « visage », que signifie « Il construisit » ?
Ici le verset favorise l'avis zanav : à partir d'une queue, il faut construire un corps entier. Pour l'avis partsuf, Hava existait déjà comme un visage complet ; que reste-t-il à construire ?
[On l'explique] comme Rabbi Chimon ben Menassia, car Rabbi Chimon ben Menassia a interprété : « Hachem D.ieu construisit la tsela » : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, tressa [les cheveux de] Hava et l'amena à Adam, le premier homme ; car dans les villes côtières, on appelle la tresse « binyata » (construction).
Pour l'avis partsuf, vayiven ne désigne pas la formation du corps : dans la langue des villes côtières, binyata désigne une tresse. Hachem a paré Hava avant de l'amener à Adam.
Autre explication : « Hachem D.ieu construisit ». Rav Hisda dit, et certains disent qu'on l'a enseigné dans une baraita : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, construisit Hava comme la construction
La phrase se poursuit au daf 18b : Hava fut construite comme un entrepôt (large en bas, étroit en haut), pour porter les enfants.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).