Eruvin 19a — Le Guehinam : les pécheurs d'Israël, les trois portes, les sept noms ; retour aux passei bira'ot

Eruvin 19a

Sougya : Fin des enseignements de Rabbi Yirmeya ben Elazar. Celui que Hachem condamne se tait, loue et considère sa peine comme un sacrifice ; Rabbi Yehochoua ben Levi lit dans le verset « ceux qui passent par la vallée des pleurs » des condamnés du Guehinam qui reconnaissent la justice du jugement.

La Guemara oppose Reich Lakich, pour qui les méchants ne se repentent pas même à la porte du Guehinam, et distingue les pécheurs d'Israël de ceux des nations ; les pécheurs d'Israël, pleins de mitsvot comme une grenade, sont remontés par Avraham avinou, sauf celui qui a eu une relation avec une non-juive. Suivent les trois portes du Guehinam (désert, mer, Jérusalem), ses sept noms, les portes du Gan Éden selon Reich Lakich.

Le daf revient enfin à la michna des passei bira'ot : l'espace entre les montants se mesure sur deux attelages de quatre bœufs, attachés, l'un entrant et l'autre sortant.

Les pécheurs et le Guehinam : déroulement de la sougyaRabbi Yehochoua ben LeviOvrei beemek habakha : les condamnéspleurent et justifient le jugementObjection : Reich LakichLes méchants ne se repentent pasmême à la porte (hapochim = toujours)RéponseRabbi Yehochoua : pécheurs d'IsraëlReich Lakich : pécheurs des nationsPreuve (hakhi nami mistabra)Reich Lakich : le feu du Guehinamn'a pas prise sur les pécheurs d'Israëlkal va-homer du mizbeah hazahavAlors ovrei beemek habakha ?Condamnés à ce moment-là ;Avraham avinou les remontesauf celui venu sur une non-juiveRav Kahanahapochim = ceux qui ont péché,comme hamotsi / hamaalé (passe)
Déroulement de la sougya sur les pécheurs et le Guehinam.
Les portes du Guehinam et du Gan ÉdenGuehinam : trois portes (R. Yirmeya b. Elazar)DésertKorah : vayerdou... chaolaBamidbar 16,33MerYona : mibeten cheol chivatiYona 2,3Jérusalemor lo beTsion, tanour lo biYrouchalayimYechaya 31,9Deux palmiers à Guei ben Hinomfumée entre eux : une porte= celle de JérusalemGan Éden : sa porte (Reich Lakich)Si en Erets Israëlporte : Beit CheanSi en Arabieporte : Beit GueremSi entre les fleuvesporte : DoumaskninÀ BavelAbaye : fruits de la rive droiteRava : fruits de Harpanya
Les trois portes du Guehinam et la porte du Gan Éden selon les lieux.
Les sept noms du Guehinam (Rabbi Yehochoua ben Levi)1. CheolYona 2,32. AvadonTehilim 88,123. Béer chahatTehilim 16,104. Bor chaonTehilim 40,35. Tit hayavenTehilim 40,36. TsalmavetTehilim 107,107. Erets hatahtittradition (gmara)Guehinam ?descriptif : valléeprofonde / hinamTofté ?descriptif : qui selaisse séduire (mitpaté)Non comptés : ce sont des descriptions, pas des noms
Les sept noms du Guehinam, leurs versets, et les deux appellations écartées.
1
למטעי כרם״.

« ...pour des plantations de vigne. »

📜 Rachi (1)
למטעי כרם ויהנו שכיניה ושבח הוא לה שנזכרת לטובה:
Pour des plantations de vigne : ses voisins en tireront profit, et c'est un éloge pour elle, puisqu'elle est mentionnée en bien.
💡 Explication

Fin du verset de Mikha (1,6) commencé au daf précédent : Chomron devient une terre de vignes. Rachi explique que la ruine de Chomron profite à ses voisins ; c'est pourquoi le verset la mentionne en bien, à la différence de Bavel.

2
ואמר רבי ירמיה בן אלעזר: בא וראה שלא כמדת הקדוש ברוך הוא מדת בשר ודם. מדת בשר ודם, מתחייב אדם הריגה למלכות — מטילין לו חכה לתוך פיו כדי שלא יקלל את המלך.

Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit encore : Viens et vois que la mesure (le comportement) de l'être de chair et de sang diffère de celle du Saint, béni soit-Il. Selon la mesure de l'être de chair et de sang, lorsqu'un homme est condamné à mort par le pouvoir royal, on lui place une hakka (un bâillon) dans la bouche, afin qu'il ne maudisse pas le roi.

📜 Rachi (1)
חכה עץ שפותח פיו שלא יכול לדבר:
Hakka : un morceau de bois qui lui tient la bouche ouverte, pour qu'il ne puisse pas parler.
3
מדת הקדוש ברוך הוא, אדם מתחייב הריגה למקום — שותק, שנאמר: ״לך דומיה תהלה״, ולא עוד אלא שמשבח, שנאמר: ״תהלה״. ולא עוד אלא שדומה לו כאילו מקריב קרבן, שנאמר: ״ולך ישולם נדר״.

Selon la mesure du Saint, béni soit-Il, lorsqu'un homme est condamné à mort par le Makom (Hachem), il se tait, ainsi qu'il est dit : « Pour Toi, le silence est louange » (Tehilim 65,2). Bien plus, il loue, ainsi qu'il est dit : « louange ».

Bien plus, il lui semble qu'il offre un sacrifice, ainsi qu'il est dit : « et pour Toi le vœu sera acquitté ».

📜 Rachi (3)
לך דומיה הכל שותקין כנגדך: שדומה עליו כו' נוחין לו יסורין שמקבלן מאהבה:
Pour Toi le silence : tous se taisent devant Toi. « Il lui semble... » : les souffrances lui sont douces, car il les reçoit avec amour.
שדומה עליו כו' נוחין לו יסורין שמקבלן מאהבה:
« Il lui semble... » : les souffrances lui sont douces, car il les reçoit avec amour.
ולך ישולם נדר אותה דומיה שהוא דומה ביסורין דומה לו כשילום נדר:
Et pour Toi le vœu sera acquitté : ce silence qu'il garde dans les souffrances lui semble comme l'acquittement d'un vœu.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya ben Elazar oppose deux manières de subir une condamnation. Devant un roi humain, il faut bâillonner le condamné. Devant Hachem, le condamné accepte : il se tait, puis il loue, puis il voit dans sa peine un sacrifice qui l'expie. Chaque degré est tiré d'un mot du verset.

🖼️ Schéma
Celui que Hachem condamne : trois degrés1. Il se taitlekha doumiya2. Il louetehila3. Comme un sacrificeulekha yechoulam nederFace au roi de chair et de sang : on lui met un bâillon (hakka) pour qu'il ne maudisse pas
Les trois degrés tirés de Tehilim 65,2, face au bâillon du roi humain.
4
היינו דאמר רבי יהושע בן לוי: מאי דכתיב ״עוברי בעמק הבכא מעין ישיתוהו גם ברכות יעטה מורה״.

C'est ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi : Que signifie ce qui est écrit : « Ceux qui passent par la vallée des pleurs en font une source ; le guide (moré) aussi s'enveloppe de bénédictions » (Tehilim 84,7) ?

📜 Rachi (1)
מעין ישיתוהו כמעין של שיתין נקב שבבנין המזבח שניסוך היין של ספלים יורד לתוכו כל השנה כדאמרי' בלולב וערבה (סוכה מט.):
En font une source : comme la source des chitin, la cavité dans la construction de l'autel où le vin des libations, versé des coupes, descend toute l'année, ainsi que nous le disons au chapitre Loulav vaarava (Soucca 49a).
5
״עוברי״ — אלו בני אדם שעוברין על רצונו של הקדוש ברוך הוא. ״עמק״ — שמעמיקין להם גיהנם. ״הבכא״ — שבוכין ומורידין דמעות כמעיין של שיתין. ״גם ברכות יעטה מורה״ — שמצדיקין עליהם את הדין, ואומרים לפניו: רבונו של עולם, יפה דנת, יפה זכית, יפה חייבת, ויפה תקנת גיהנם לרשעים גן עדן לצדיקים.

« Ovrei » (ceux qui passent) : ce sont les gens qui transgressent (ovrin) la volonté du Saint, béni soit-Il. « Emek » (vallée) : on approfondit (maamikin) pour eux le Guehinam.

« Habakha » (des pleurs) : ils pleurent et font couler des larmes comme la source des chitin. « Le guide aussi s'enveloppe de bénédictions » : ils reconnaissent la justice du jugement (matsdikin et hadin) et disent devant Lui : Maître du monde, Tu as bien jugé, Tu as bien acquitté, Tu as bien condamné, et Tu as bien préparé le Guehinam pour les méchants et le Gan Éden pour les justes.

🪔 Ben Yehoyada (1)
רבונו של עולם, יפה דנת, יפה זכית, יפה חיבת, יפה תקנת גיהנם לרשעים, וגן־עדן לצדיקים. יש להבין דנראין דברים כפולים ומכופלים? ונראה לי בס"ד יפה דנת על עונש עונות שעשו הם בעצמם יפה זכית על אשר נטל חלק המצות שלהם ונתנו לאחרים כמו שאמרו רבותינו ז"ל (חגיגה טו.) 'זכה, נוטל חלקו וחלק חבירו בגן עדן, לא זכה נוטל חלקו וחלק חבירו בגיהנם'. ולכן אומרים גם כן יפה חיבת אותם בעונש עונות של אחרים יען כי יפה תקנת מכבר קודם ביאת האדם לעולם הזה גיהנם לרשעים וגן עדן לצדיקים ולכן הצדיק זוכה בחלק הרשע שכבר מוכן ומזומן לו והוא דבר שבא לעולם, והרשע לוקח חלק שהיה מוכן לחבירו בגיהנם שכבר הוא מוכן ומזומן וישנו בעולם.
« Maître du monde, Tu as bien jugé, Tu as bien acquitté, Tu as bien condamné, Tu as bien préparé le Guehinam pour les méchants et le Gan Éden pour les justes. » Il faut comprendre, car ces paroles semblent redoublées et répétées. Il me semble, avec l'aide du Ciel : « Tu as bien jugé » porte sur la punition des fautes qu'ils ont commises eux-mêmes. « Tu as bien acquitté » porte sur le fait qu'Il a pris la part de leurs mitsvot et l'a donnée à d'autres, comme l'ont dit nos maîtres (Haguiga 15a) : « S'il a mérité, il prend sa part et la part de son prochain au Gan Éden ; s'il n'a pas mérité, il prend sa part et la part de son prochain au Guehinam. » C'est pourquoi ils disent aussi « Tu as bien condamné » : Tu les as condamnés à la punition des fautes d'autres, parce que « Tu as bien préparé » d'avance, avant la venue de l'homme en ce monde, le Guehinam pour les méchants et le Gan Éden pour les justes. Aussi le juste reçoit-il la part du méchant, déjà prête et disposée pour lui, chose déjà venue à l'existence ; et le méchant prend la part qui était prête pour son prochain au Guehinam, déjà prête et disposée, et qui existe.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi lit chaque mot du verset comme une allusion : ovrei (passer) = transgresser ; emek (vallée) = le Guehinam approfondi ; bakha = pleurs ; maayan = larmes abondantes. La fin du verset montre que les condamnés justifient le jugement (tsidouk hadin). Le lien avec Rabbi Yirmeya ben Elazar : le condamné par Hachem accepte sa peine.

6
איני?! והאמר רבי שמעון בן לקיש: רשעים אפילו על פתחו של גיהנם אינם חוזרין בתשובה, שנאמר: ״ויצאו וראו בפגרי האנשים הפושעים בי וגו׳״, ״שפשעו״ לא נאמר, אלא ״הפושעים״ — שפושעים והולכין לעולם!

Est-ce bien ainsi ? Rabbi Chimon ben Lakich n'a-t-il pas dit : Les méchants, même à la porte du Guehinam, ne se repentent pas, ainsi qu'il est dit : « Ils sortiront et verront les cadavres des hommes qui se révoltent contre Moi, etc. » (Yechaya 66,24).

Il n'est pas dit « qui se sont révoltés » (chepacheou), mais « qui se révoltent » (hapochim) : ils continuent à se révolter pour toujours.

📜 Rachi (1)
הפושעי' בי עדיין ואפי' בשעת תולעתם ואשם:
Qui se révoltent contre Moi : encore, et même au moment où « leur ver » et « leur feu » [les frappent].
7
לא קשיא: הא — בפושעי ישראל, הא — בפושעי אומות העולם.

Ce n'est pas difficile : ici (Rabbi Yehochoua ben Levi), il s'agit des pécheurs d'Israël ; là (Reich Lakich), il s'agit des pécheurs des nations du monde.

8
הכי נמי מסתברא, דאם כן קשיא דריש לקיש אדריש לקיש. דאמר ריש לקיש: פושעי ישראל אין אור גיהנם שולטת בהן, קל וחומר ממזבח הזהב.

C'est aussi logique, car sinon, Reich Lakich contredirait Reich Lakich. En effet, Reich Lakich a dit : Les pécheurs d'Israël, le feu du Guehinam n'a pas de prise sur eux, par kal va-homer (raisonnement a fortiori) à partir de l'autel d'or.

📜 Rachi (1)
דא"כ דהא דר"ל בפושעי ישראל מוקי לה להאי קרא דכתיב ואשם לא תכבה קשיא דידיה אדידיה:
Car sinon : si Reich Lakich appliquait ce verset, où il est écrit « et leur feu ne s'éteindra pas », aux pécheurs d'Israël, il se contredirait lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
[פושעי ישראל אין אור שולטת בהן ק"ו ממזבח הזהב תימה דבמס' חגיגה (דף כז.) עביד ק"ו מסלמנדרא דתלמידי חכמים אין אור שולטת בהן מק"ו וי"ל דפושעי ישראל פניהם משחירי' ואלו תלמידי חכמי' כלל וכלל לא]:
Les pécheurs d'Israël, le feu n'a pas de prise sur eux, par kal va-homer à partir de l'autel d'or. Question : dans le traité Haguiga (27a), on fait un kal va-homer à partir de la salamandre, [pour enseigner que] le feu n'a pas de prise sur les talmidei hakhamim. On peut répondre : les pécheurs d'Israël, leurs visages sont noircis ; alors que les talmidei hakhamim, pas du tout.
9
מה מזבח הזהב, שאין עליו אלא כעובי דינר זהב, עמד כמה שנים ולא שלטה בו האור. פושעי ישראל, שמליאין מצות כרמון, שנאמר: ״כפלח הרמון רקתך״, ואמר רבי שמעון בן לקיש: אל תיקרי ״רקתך״ אלא ״ריקתיך״, שאפילו ריקנין שבך מליאין מצות כרמון — על אחת כמה וכמה.

L'autel d'or, qui n'était recouvert que de l'épaisseur d'un dinar d'or, s'est maintenu de nombreuses années et le feu n'a pas eu de prise sur lui ; les pécheurs d'Israël, qui sont pleins de mitsvot comme une grenade, ainsi qu'il est dit : « Ta tempe (rakatekh) est comme une moitié de grenade » (Chir Hachirim 4,3), et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : ne lis pas « rakatekh » mais « réikateikh » (tes vides), car même les vides qui sont en toi sont pleins de mitsvot comme une grenade, à plus forte raison [le feu n'aura pas de prise sur eux].

🪔 Ben Yehoyada (1)
שאפלו ריקנין שבך מלאים מצוות כרמון. נראה לי בס"ד טעם לדבר על דרך שאמרו רבותינו ז"ל (משנה אבות ה, יח) 'כל המזכה את הרבים זכות הרבים תלוי בו' ולכן אם עם הארץ עושה מצוה אחת בזריזות ושמחה יהיה סיבה לזכות את הרבים שאז הכל יקחו מוסר ממנו לומר זה עם הארץ כל כך זריז ושמח במצוה זו וכל שכן אנחנו! ונמצא מצוה אחת שלו זיכתה אותו בכמה מצות של אחרים ואז נעשה מלא מצות כרמון! ואמר 'כרמון' שהוא עשוי כמה חתיכות חלוקים בפני עצמו בקליפה הלבנה השורה עליהם ובכל חתיכה מחובר כמה גרעינים של פרי הרמון, וכן נמצא אצל ישראל סוכה היא מצוה אחת ומחובר במצותו כמה מיני מצות וכן פסח וכיוצא ולכן דימה אותם לרמון. גם נראה לי בס"ד מלוי אותיות ' ישראל ' [כזה: יוד שין ריש אלף למד = 534] עולה תקל"ד ועם הכולל וכולל דכולל עולה תקל"ו כמנין ' מצות ' [536] . ולזה אמר מלאין מצות כי מספר מצות נרמז במלוי שמם.
« Car même les vides qui sont en toi sont pleins de mitsvot comme une grenade. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est ce qu'ont dit nos maîtres (Michna Avot 5,18) : « Quiconque fait mériter le public, le mérite du public dépend de lui. » Aussi, lorsqu'un am haarets (ignorant) accomplit une seule mitsva avec empressement et joie, il devient cause de mérite pour le public, car tous en tirent une leçon et disent : cet am haarets est si empressé et si joyeux dans cette mitsva, à plus forte raison nous ! Ainsi sa seule mitsva lui fait acquérir plusieurs mitsvot d'autres, et il devient plein de mitsvot comme une grenade. Il dit « comme une grenade », car elle est faite de plusieurs compartiments, chacun séparé, sous la peau blanche qui les recouvre, et à chaque compartiment sont attachées plusieurs graines du fruit. De même chez Israël : la soucca est une seule mitsva, et plusieurs sortes de mitsvot sont attachées à son accomplissement ; de même Pessa'h et les cas semblables. C'est pourquoi il les compare à la grenade. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel : le milouy (écriture pleine) des lettres de « Israël » [ainsi : yod, chin, rech, alef, lamed = 534] vaut 534, et avec le kolel et le kolel du kolel, 536, le nombre de « mitsvot » [536]. C'est pourquoi il dit « pleins de mitsvot » : le nombre de « mitsvot » est suggéré dans le milouy de leur nom.
💡 Explication

Le kal va-homer : si une mince couche d'or sur l'autel d'or résiste au feu des années durant, à plus forte raison les pécheurs d'Israël, chargés de mitsvot, résistent au feu du Guehinam. La preuve du remplissage vient de la lecture al tikri : rakatekh (ta tempe) lu réikateikh (tes vides).

Cette affirmation de Reich Lakich suppose que le verset de Yechaya (« leur feu ne s'éteindra pas ») vise les nations. D'où la conclusion du segment 6.

🖼️ Schéma
Kal va-homer de Reich LakichMizbeah hazahav (kal)or de l'épaisseur d'un dinardes années sur le feu : intactPécheurs d'Israël (homer)pleins de mitsvot comme une grenadeà plus forte raison intactsrakatekh lu réikateikh : même les vides d'entre vous
Le kal va-homer de l'autel d'or.
10
אלא הא דכתיב: ״עוברי בעמק הבכא״, ההוא דמחייבי ההיא שעתא בגיהנם, ואתי אברהם אבינו ומסיק להו ומקבל להו. בר מישראל שבא על הגויה, דמשכה ערלתו ולא מבשקר ליה.

Mais ce qui est écrit : « Ceux qui passent par la vallée des pleurs » ? Cela concerne ceux qui sont condamnés à ce moment-là au Guehinam ; Avraham avinou vient, les fait remonter et les reçoit.

Sauf un Juif qui a eu une relation avec une non-juive : son prépuce est tiré, et [Avraham] ne le reconnaît pas.

📜 Rachi (1)
ולא מבשקר איננו מכירו שהוא יהודי דמשכה ערלתו ודומה לו כמי שאינו נימול:
Et il ne le reconnaît pas : il ne reconnaît pas qu'il est juif, car son prépuce a été tiré et il lui semble être comme un incirconcis.
🪔 Ben Yehoyada (1)
ומושך בערלתו ולא מבשקר ליה. פירש רש"י 'אינו מכירו' ונראה לי בס"ד דהכונה על דרך מה שכתב בגמרא דמועד קטן (דף טז.) דאמר רבי לבר קפרא כשכעס עליו: בר קפרא איני מכירך בעולם! וכן הוא זה מה שאמר 'לא מבשקר ליה' אין כונתו לומר שאינו מכירו ממש אלא הכונה שאינו רוצה לפנות אליו להזקק לו להצילו מדין גיהנם ובזה נחשב כאלו אינו מכירו. ונראה לי בס"ד דנמשכה ערלתו מדה כנגד מדה דהמילה ניתנה כדי להבדיל בין הטהור ובין הטמא וזה דבק בטמאים. ועוד נראה לי בס"ד כי האדם נקרא איש תואר חשוב וכיון דפגם בריתו הרמוז לאות וא"ו שמספרו ששה יחסר מן מספר 'איש' [311] ששה וישאר מספר 'ערלה' [305] .
« Son prépuce est tiré et il ne le reconnaît pas. » Rachi explique « il ne le reconnaît pas ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est dans le sens de ce qui est rapporté dans la Guemara de Moed Katan (16a) : Rabbi dit à Bar Kappara, lorsqu'il se fâcha contre lui : « Bar Kappara, je ne te connais pas du tout ! » De même ici, « il ne le reconnaît pas » ne veut pas dire qu'il ne le reconnaît réellement pas ; le sens est qu'il ne veut pas se tourner vers lui ni s'occuper de le sauver du jugement du Guehinam, et en cela c'est comme s'il ne le reconnaissait pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son prépuce est tiré mesure pour mesure : la mila a été donnée pour séparer le pur de l'impur, et celui-ci s'est attaché aux impurs. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : l'homme est appelé « ich », titre important ; puisqu'il a porté atteinte à son alliance, qui est suggérée par la lettre vav de valeur six, il manque six au nombre de « ich » [311], et il reste le nombre de « orla » (prépuce) [305].
💡 Explication

La Guemara concilie : les pécheurs d'Israël peuvent être condamnés au Guehinam pour un temps, mais Avraham avinou les en fait remonter. Il reconnaît ses descendants à la circoncision ; celui qui a eu une relation avec une non-juive est puni par un prépuce « tiré » (machkh orla), et Avraham ne le reconnaît pas.

11
מתקיף לה רב כהנא: השתא דאמרת ״הפושעים״ — דפשעי ואזלי, אלא מעתה דכתיב ״המוציא״ ו״המעלה״ — דמסיק ודמפיק הוא?! אלא דאסיק ואפיק, הכי נמי — דפשעי הוא.

Rav Kahana objecta : Maintenant que tu dis que « hapochim » (qui se révoltent) signifie qu'ils continuent à se révolter, alors, puisqu'il est écrit « hamotsi » (qui fait sortir) et « hamaalé » (qui fait monter), cela signifierait-il qu'Il fait monter et fait sortir [encore maintenant] ? Il faut dire qu'Il a fait monter et a fait sortir ; de même ici, [hapochim veut dire] qu'ils se sont révoltés.

📜 Rachi (2)
המוציא והמעלה המוציא אתכם מארץ מצרים (ויקרא כ״ב:ל״ג) וכן המעלה אתכם מארץ מצרים (שם יא):
Hamotsi et hamaalé : « qui vous fait sortir du pays d'Égypte » (Vayikra 22,33), et de même « qui vous fait monter du pays d'Égypte » (ibid. 11,45).
דפשעי בחייהם:
Qu'ils se sont révoltés : durant leur vie.
💡 Explication

Rav Kahana rejette la déduction grammaticale de Reich Lakich. Le participe (hapochim) peut désigner un fait passé, comme hamotsi et hamaalé dans les versets sur la sortie d'Égypte. Le verset de Yechaya parle donc de ceux qui ont péché durant leur vie.

12
ואמר רבי ירמיה (בר) אלעזר: שלשה פתחים יש לגיהנם, אחד במדבר ואחד בים ואחד בירושלים. במדבר, דכתיב: ״וירדו הם וכל אשר להם חיים שאולה״.

Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit encore : Le Guehinam a trois portes : une dans le désert, une dans la mer et une à Jérusalem. Dans le désert, car il est écrit : « Ils descendirent, eux et tout ce qui leur appartenait, vivants dans le Cheol » (Bamidbar 16,33).

💡 Explication

Korah et son assemblée furent engloutis dans le désert : c'est la première porte du Guehinam, désigné ici par le mot Cheol.

13
בים, דכתיב: ״מבטן שאול שועתי שמעת קולי״.

Dans la mer, car il est écrit : « Du ventre du Cheol j'ai crié, Tu as entendu ma voix » (Yona 2,3).

📜 Rachi (1)
מבטן שאול יונה בן אמתי קאמר ליה:
Du ventre du Cheol : c'est Yona ben Amitai qui le dit.
14
בירושלים, דכתיב: ״נאם ה׳ אשר אור לו בציון ותנור לו בירושלים״. ותנא דבי רבי ישמעאל: ״אשר אור לו בציון״ — זו גיהנם, ״ותנור לו בירושלים״ — זו פתחה של גיהנם.

À Jérusalem, car il est écrit : « Parole de Hachem, qui a un feu à Tsion et une fournaise à Jérusalem » (Yechaya 31,9). Et on a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : « Qui a un feu à Tsion », c'est le Guehinam ; « et une fournaise à Jérusalem », c'est la porte du Guehinam.

🪔 Ben Yehoyada (1)
'אשר אור לו בציון' (ישעיהו לא, ט) זו גיהנם. כתב הגאון מהרש"א ז"ל גיהנם גופה בציון דבר שאי אפשר הוא דגיהנם גדול כמו ס' פעמים בגן עדן וגן עדן גדול כמו ס' פעמים בעולם וכו', יעוין שם. והנה נראה לי ודאי דאין זו קושיא דהא ודאי גיהנם הוא מקום רוחני ואינו כגשם עולם הזה וכל דבר רוחני אינו תופס מקום וכן גן עדן התחתון גם כן הוא רוחני ואינו מגשם עולם הזה לכן אפשר שיהיו גן עדן וגיהנם בעולם הזה ממש ואין תופסים מקום מעולם הזה וכמו שאמרו רבותינו ז"ל 'ארון וכרובים בנס היו עומדים'. אך באמת בלאו הכי אי אפשר להיות גיהנם בציון ועוד דבאמת גיהנם היא בצפון העולם וכמו שכתב רבינו האר"י ז"ל דגן עדן בדרום העולם וגיהנם בצפון. אך נראה הכונה דלא דריש הכא מלת בציון על עיר ציון תוב"ב כי אם דריש לה על דרך 'ובנה אצלו ציון' (יחזקאל לט, טו) כלומר אור לו במקום המצויין וניכר וידוע דגיהנם מקומה ניכר ומצויין בצפון העולם.
« Qui a un feu à Tsion » (Yechaya 31,9) : c'est le Guehinam. Le Gaon Maharcha a écrit : que le Guehinam lui-même soit à Tsion est chose impossible, car le Guehinam est soixante fois plus grand que le Gan Éden, et le Gan Éden soixante fois plus grand que le monde, etc. ; voir là-bas. Il me semble certain que ce n'est pas une difficulté, car le Guehinam est assurément un lieu spirituel, et non de la matière de ce monde ; or toute chose spirituelle n'occupe pas d'espace. De même le Gan Éden inférieur est spirituel et n'est pas de la matière de ce monde. Il est donc possible que le Gan Éden et le Guehinam soient dans ce monde même sans y occuper d'espace, comme l'ont dit nos maîtres : « L'arche et les keroubim tenaient par miracle. » Mais en vérité, même sans cela, le Guehinam ne peut pas être à Tsion ; de plus, en vérité, le Guehinam est au nord du monde, comme l'a écrit notre maître le Ari : le Gan Éden est au sud du monde et le Guehinam au nord. Il semble donc que l'intention est la suivante : on ne commente pas ici le mot « beTsion » comme la ville de Tsion (qu'elle soit rebâtie vite, de nos jours), mais dans le sens de « il placera près de lui un tsioun (signe) » (Ye'hezkel 39,15) ; autrement dit : Il a un feu dans un lieu signalé, reconnu et connu, car le lieu du Guehinam est reconnu et signalé au nord du monde.
15
ותו ליכא? והאמר רבי מריון אמר רבי יהושע בן לוי, ואמרי לה תנא רבה בר מריון בדבי רבי יוחנן בן זכאי: שתי תמרות יש בגי בן הנום ועולה עשן מביניהן, וזו היא ששנינו: ציני הר הברזל כשירות, וזו היא פתחה של גיהנם! — דילמא היינו דירושלים.

N'y en a-t-il pas d'autres ? Rabbi Maryon n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, et certains disent que Rabba bar Maryon a enseigné dans [une baraita de] l'école de Rabbi Yo'hanan ben Zakkai : Il y a deux palmiers dans la vallée de Ben Hinom, et de la fumée monte d'entre eux.

C'est à leur propos que nous avons appris : « Les tsinei (palmiers) du Mont de Fer sont valables », et c'est la porte du Guehinam ! Peut-être est-ce celle de Jérusalem.

📜 Rachi (3)
בדבי רבן יוחנן בן זכאי ברייתא שנסדרה בבית מדרשו כעין תוספתא שסידר ר' חייא ור' אושעיא:
Dans l'école de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : une baraita composée dans son beit hamidrach, à la manière de la Tossefta composée par Rabbi Hiya et Rabbi Ochaya.
ציני דקלים:
Tsinéi : des palmiers.
כשרין ללולב:
Valables : pour le loulav.
🗂️ Tossefot (2)
בר מבא וכו' לא שייך למחשביה בהזהב (ב"מ דף נח:) גבי שלשה יורדין לגיהנם ואינן עולין דזה עולה כשקיבל דינו והא דלא חשיב התם פושעי ישראל בגופן והצדוקין כו' דאין עולין לפי ששנויים בברייתא ואע"ג דמלבין פני חבירו חשיב ליה ותני ליה במס' אבות מ"מ אשמעינן דמכנה שם הוי מלבין אע"ג דדש ביה בשמיה:
Sauf celui qui vient [sur une non-juive], etc. : il n'y a pas lieu de le compter, au chapitre HaZahav (Baba Metsia 58b), parmi les trois qui descendent au Guehinam et n'en remontent pas, car celui-ci remonte lorsqu'il a reçu sa peine. Et si l'on n'y compte pas les pécheurs d'Israël dans leur corps, les Tsedoukim, etc., qui ne remontent pas, c'est parce qu'ils sont enseignés dans une baraita. Et bien qu'on y compte celui qui fait blanchir le visage de son prochain, qui est enseigné dans le traité Avot, [la Guemara] nous apprend néanmoins que donner un sobriquet revient à faire blanchir le visage, même si l'autre est habitué à ce nom.
דילמא היינו דירושלים כדכתיב (יהושע טו) גיא בן הנם וגו' ירושלים ולא גרסינן היינו דמדבר:
Peut-être est-ce celle de Jérusalem : comme il est écrit (Yehochoua 15) : « la vallée de Ben Hinom... Jérusalem ». On ne lit pas : « c'est celle du désert ».
💡 Explication

La Guemara objecte une quatrième porte : entre deux palmiers de la vallée de Ben Hinom, d'où monte une fumée. Réponse : la vallée de Ben Hinom touche Jérusalem ; c'est la porte déjà comptée.

Les palmiers du Har habarzèl sont cités dans la michna de Soucca : leurs palmes sont valables pour le loulav.

16
אמר רבי יהושע בן לוי: שבעה שמות יש לגיהנם, ואלו הן: שאול, ואבדון, ובאר שחת, ובור שאון, וטיט היון, וצלמות, וארץ התחתית.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : Le Guehinam a sept noms, et les voici : Cheol, Avadon, Béer chahat, Bor chaon, Tit hayavèn, Tsalmavet et Erets hatahtit.

📜 Rachi (2)
טיט היון הוא רפש לטבוע בו ובלע"ז פנ"ק וסתם טיט היינו שראוי לבנין:
Tit hayavèn : c'est une boue où l'on s'enfonce, en langue vernaculaire « fanc » ; alors que « tit » tout court désigne la terre propre à la construction.
שחת ובאר שחת חדא מילתא היא:
Chahat et Béer chahat : c'est une seule chose.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שבעה שמות יש לו לגיהנם. נראה לי בס"ד להורות שלא ניתנה נחלה לאומות העולם שאין להם אלא רק שבע מצות בני נח בלבד ולהם נתנה לנחלה אבל ישראל שיש להם תרי"ג מצות אם ירדו יעלו ואינה להם בסוג נחלה כי כל בני ישראל יש להם חלק לעולם הבא. ובזה יובן הטעם דהתורה נחלקה לשבעה ספרים וכמו שאמרו חז"ל בפסוק (משלי ט, א) חצבה עמודיה שבעה לרמוז זכות התורה שהיא שבעה ספרים ניצולים ישראל מן גיהנם שיש לה ז' שמות. וידוע שיש צדיק יורד לגיהנם בעבור להוציא נשמות להקים אותם משם. ובזה יובן בס"ד 'כי שבע יפול צדיק וקם' (משלי כד, טז) פירוש שבע זו גיהנם שיש לה שבע שמות יפול צדיק בה וקם רוצה לומר כדי להקים משם חלק גדול מנשמות ישראל הנדונים שם.
« Le Guehinam a sept noms. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela enseigne qu'il a été donné en héritage aux nations du monde, qui n'ont que les sept mitsvot des descendants de Noah, et c'est à elles qu'il a été donné en héritage. Mais Israël, qui a 613 mitsvot, s'ils y descendent, ils remontent, et ce n'est pas pour eux de l'ordre de l'héritage, car tout Israël a part au monde futur. On comprend ainsi la raison pour laquelle la Torah est divisée en sept livres, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset (Michle 9,1) « elle a taillé ses sept colonnes » : pour suggérer que par le mérite de la Torah, qui est sept livres, Israël est sauvé du Guehinam, qui a sept noms. On sait qu'un juste descend parfois au Guehinam pour en faire sortir des âmes et les relever de là. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel : « Car sept fois le juste tombe et se relève » (Michle 24,16), c'est-à-dire : « sept », c'est le Guehinam qui a sept noms ; le juste y tombe et se relève, c'est-à-dire pour en relever une grande part des âmes d'Israël qui y sont jugées.
🖼️ Schéma
Les sept noms du Guehinam (Rabbi Yehochoua ben Levi)1. CheolYona 2,32. AvadonTehilim 88,123. Béer chahatTehilim 16,104. Bor chaonTehilim 40,35. Tit hayavènTehilim 40,36. TsalmavetTehilim 107,107. Erets hatahtittradition (gmara)Guehinam ?descriptif : valléeprofonde / hinamTofté ?descriptif : qui selaisse séduire (mitpaté)Non comptés : ce sont des descriptions, pas des noms
Les sept noms et les versets qui les fondent (segment suivant).
17
שאול, דכתיב: ״מבטן שאול שועתי שמעת קולי״. אבדון, דכתיב: ״היסופר בקבר חסדך אמונתך באבדון״. באר שחת, דכתיב: ״כי לא תעזוב נפשי לשאול לא תתן חסידך לראות שחת״. ובור שאון וטיט היון, דכתיב: ״ויעלני מבור שאון מטיט היון״. וצלמות, דכתיב: ״יושבי חושך וצלמות״. ״וארץ התחתית״ — גמרא הוא.

Cheol, car il est écrit : « Du ventre du Cheol j'ai crié, Tu as entendu ma voix » (Yona 2,3). Avadon, car il est écrit : « Racontera-t-on Ta bonté dans le tombeau, Ta fidélité dans l'Avadon ? » (Tehilim 88,12).

Béer chahat, car il est écrit : « Car Tu n'abandonneras pas mon âme au Cheol, Tu ne laisseras pas Ton pieux voir la chahat (fosse) » (Tehilim 16,10). Bor chaon et Tit hayavèn, car il est écrit : « Il m'a fait monter du bor chaon (fosse tumultueuse), du tit hayavèn (boue fangeuse) » (Tehilim 40,3).

Tsalmavet, car il est écrit : « Ceux qui habitent dans l'obscurité et le tsalmavet (ombre de la mort) » (Tehilim 107,10). Erets hatahtit (la terre d'en bas) : c'est une tradition (gmara).

🗂️ Tossefot (2)
באר שחת כדכתיב כי לא תעזוב נפשי לשאול לא תתן חסידך לראות שחת [והיינו באר שחת] ומהאי קרא הוה מצי לאתויי דשמו שאול והא דלא מייתי קרא ואתה א-להים תורידם לבאר שחת דהאי קרא בקבר כתיב כדמוכח סיפא דקרא אנשי דמים ומרמה לא יחצו ימיהם:
Béer chahat, car il est écrit : « Tu n'abandonneras pas mon âme au Cheol, Tu ne laisseras pas Ton pieux voir la chahat » : [c'est Béer chahat]. De ce verset, il aurait pu prouver que son nom est Cheol. Et s'il n'apporte pas le verset « Et Toi, E-lokim, Tu les feras descendre au béer chahat », c'est que ce verset est écrit à propos du tombeau, comme le prouve la fin du verset : « les hommes de sang et de tromperie n'atteindront pas la moitié de leurs jours ».
וצלמות דכתיב יושבי חשך וצלמות האי קרא בתהלים כתיב גבי ארבעה צריכין להודות ונראה כספרים דגרסי בטרם אלך ולא אשוב אל ארץ חשך וצלמות (איוב י׳:כ״א): [חיתית גרס דתחתית כתיב ביחזקאל (ל"א) כשהראה הקב"ה שכל הגוים יורדים לגיהנם כתיב שם אל ארץ תחתית]:
Tsalmavet, car il est écrit : « Ceux qui habitent dans l'obscurité et le tsalmavet » : ce verset est écrit dans Tehilim, à propos des quatre qui doivent rendre grâce. Il semble [préférable de suivre] les livres qui lisent : « Avant que je m'en aille sans retour, vers la terre d'obscurité et de tsalmavet » (Iyov 10,21). [On lit « tahtit », car « tahtit » est écrit dans Ye'hezkel (31), lorsque le Saint, béni soit-Il, montra que toutes les nations descendent au Guehinam ; il y est écrit : « vers la terre d'en bas » (erets tahtit).]
🪔 Ben Yehoyada (1)
באר שחת דכתיב (תהלים טז, י) כי לא תעזב נפשי לשאול. נראה דמזה הכתוב הוה מצי להוכיח תרתי 'שאול ובאר שחת' אך בחר להביא ראיה לשאול מן פסוק דנביאים כי זה כלל גדול בתלמוד הוכחה מפסוק דנביאים עדיף מפסוק דכתובים אף על גב דזה הוא פסוק תהלים ודוד המלך ע"ה קדים ליונה הנביא ע"ה בזמן.
« Béer chahat, car il est écrit (Tehilim 16,10) : Car Tu n'abandonneras pas mon âme au Cheol. » Il semble que de ce verset il aurait pu prouver les deux, « Cheol » et « Béer chahat ». Mais il a choisi d'apporter la preuve pour Cheol d'un verset des Neviim, car c'est une grande règle dans le Talmud : une preuve tirée d'un verset des Neviim est préférable à un verset des Ketouvim ; et cela, bien que ce verset-ci soit des Tehilim, et que le roi David, la paix soit sur lui, ait précédé dans le temps le prophète Yona, la paix soit sur lui.
💡 Explication

Chaque nom est appuyé sur un verset. Pour Erets hatahtit, la Guemara ne cite pas de verset : c'est une gmara, une tradition reçue. Tossefot remarque qu'un verset existe pourtant chez Ye'hezkel.

18
ותו ליכא? והאיכא ״גיהנם״! — גיא שעמוקה (בגיהנם), שהכל יורד לה על עסקי הנם.

N'y en a-t-il pas d'autres ? Il y a « Guehinam » !

[C'est une description :] une vallée (gai) profonde comme la vallée [de Ben Hinom], où tous descendent pour des affaires de hinam (vaines).

📜 Rachi (1)
על עסקי הנם עריות:
Pour des affaires de hinam : les unions interdites (arayot).
🪔 Ben Yehoyada (2)
שהכל יורדין בה על עסקי חנם. פירש רש"י ז"ל 'עריות' קשה וכי כל יורדי גיהנם חטאו בעריות? ונראה לי בס"ד הכונה אומרו 'על עסקי חנם' דאיתא בקהילת יעקב ז"ל דבזוהר הקדוש משמע שכל הקליפות נקראו חנם בעבור ששורין על האדם בחנם יעוין שם. והנה יורדי גיהנם הם בעבור העונות ואלו העונות עשו בשביל ששלטו בהם הקליפות דאז על ידי הקליפות נעשו אלו העונות שיורדים בעבורם לגיהנם. ולזה אמר על עסקי חנם רוצה לומר על העונות שהם 'עסקי חנם' אלו הקליפות שמהם ועל ידם נעשו והם עסק שלהם. ונראה לי בס"ד טעם נכון שהקליפות נקראים בשם חנם כי הקליפות הם מסטרא דס"מ ונחש, וידוע שכל דבר כחו באותיות שמו ושם פלוני אות מ"ם שבו הוא רע קשה ומזיק יותר מן אותיות הנשארים יען כי כנגד אותיות הנשארים יש שם קדוש הנקרא סא"ל הרמוז בראשי תיבות א תה ס תר ל י ושם הקדוש הזה מכניע אותיות סא"ל בפלוני לכך הם רע חלוש, אך אות מ"ם דפלוני הוא רע קשה כי אין בשם הנזכר אות כנגדה להכניעה ולהחליש כוחה וכן אותיות 'נח' ד נח ש הם קשים ורעים יותר מן אות ש' יען כי כנגד אות ש' דנח ש ישאות ש' דתפילין וגם דשם מצפ"ץ להכניעה ולהחליש כוחה. ולכן כתיב בתפילין של ראש (דברים כח, י) וראו כל עמי הארץ כי שם ה' נקרא עליך ויראו ממך ואמרו רבותינו ז"ל (ברכות ו.) 'אלו תפילין שבראש' שבהם יש אות ש' כפולה משני צדדין דמכנעת אות ש' דנח ש שהוא שר שלהם ומכנעת אות ש' ד ש טן גם כן ולכך היא כפולה ונשאר בהם בנחש ושטן אותיות נטח " ן שהם אותיות קשים וצריך להם טחינה על ידי עסק התורה להכניעם ונמצא אותיות 'נח' דנחש ואות מ"ם דפלוני נשארו קשים ורעים, ולכן הקליפות נקראו חנם על שם שלשה אותיות הקשים והרעים האלה שהם אותיות 'חנם' ולכן יורדי גיהנם שנמשכו אחר אלה שהחטיאום אמרו עליהם שיורדין על עסקי חנם.
« Où tous descendent pour des affaires de hinam. » Rachi explique : « les unions interdites ». C'est difficile : tous ceux qui descendent au Guehinam ont-ils fauté par les arayot ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens de « pour des affaires de hinam » est le suivant. Il est rapporté dans le Kehilat Yaakov qu'il ressort du saint Zohar que toutes les kelipot (forces d'impureté) sont appelées « hinam », parce qu'elles se posent sur l'homme gratuitement (behinam) ; voir là-bas. Or ceux qui descendent au Guehinam y descendent à cause des fautes, et ces fautes ont été commises parce que les kelipot les dominaient ; c'est par les kelipot que ces fautes ont été faites, pour lesquelles ils descendent au Guehinam. C'est pourquoi il dit « pour des affaires de hinam », c'est-à-dire : pour les fautes, qui sont les « affaires de hinam », c'est-à-dire des kelipot, par lesquelles elles ont été faites et qui sont leur affaire. Il me semble, avec l'aide du Ciel, une bonne raison pour laquelle les kelipot sont appelées « hinam » : les kelipot sont du côté de S.M. et du Nahach (serpent), et l'on sait que la force de toute chose est dans les lettres de son nom. Dans le nom de celui-là, la lettre mem est un mal dur et nuisible, plus que les lettres restantes, parce qu'en face des lettres restantes il y a un Nom saint appelé S.A.L., suggéré par les initiales de « Ata Seter Li » (Tu es mon abri), et ce Nom saint soumet les lettres samekh, alef, lamed de ce nom ; elles sont donc un mal faible. Mais la lettre mem de ce nom est un mal dur, car il n'y a pas dans ce Nom de lettre qui lui fasse face pour la soumettre et affaiblir sa force. De même, les lettres noun et het de « Nahach » sont plus dures et plus mauvaises que la lettre chin, parce qu'en face de la lettre chin de « Nahach » il y a la lettre chin des tefillin, et aussi du Nom MaTsPaTs, pour la soumettre et affaiblir sa force. C'est pourquoi il est écrit, à propos des tefillin de la tête (Devarim 28,10) : « Tous les peuples de la terre verront que le Nom de Hachem est proclamé sur toi, et ils te craindront », et nos maîtres ont dit (Berakhot 6a) : « Ce sont les tefillin de la tête », où la lettre chin est doublée, des deux côtés : elle soumet le chin de « Nahach », qui est leur prince, et elle soumet aussi le chin de « Satan » ; c'est pourquoi elle est doublée. Il reste alors dans « Nahach » et « Satan » les lettres noun, têt, het, noun (« tohen », moudre), qui sont des lettres dures et qui doivent être moulues par l'étude de la Torah pour les soumettre. Il reste donc les lettres noun et het de « Nahach » et la lettre mem de ce nom, qui restent dures et mauvaises. C'est pourquoi les kelipot sont appelées « hinam », d'après ces trois lettres dures et mauvaises, qui sont les lettres de « hinam » ; et c'est pourquoi on a dit de ceux qui descendent au Guehinam, qui se sont laissé entraîner par ceux qui les ont fait fauter, qu'ils descendent « pour des affaires de hinam ».
והא איכא 'גיהנם'! וכו'. הדבר יפלא מאי משני על האי קושיא ועל קושיא של תפתה וכי אי איכא טעמא לשמא גרע בזה ומאחר דשתים אלה הם שמות לה למה לא חשבם בכלל השמות? ואדרבה שם גיהנם יותר חזק דהוא שגור בפי הכל יותר משאר שמות! ונראה לי בס"ד דידוע אותיות השם של דבר ודבר בהם רמוז שרשו ובחינתו וחיותו של אותו דבר ולכן אמרו רבותינו ז"ל (ברכות ז:) שמא גרים וזו היתה חכמתו של אדם הראשון בקריאת השמות שכיון על האמת לקרא שם לכל בריה ולכל דבר שבעולם כפי מה שראוי לו לפי שרשו ובחינתו וחיותו והנה חז"ל קים להו בשבעה שמות שמנו לגיהנם שיש בכולם סוד נסתר לפי הבחינה ושורש של גיהנם ורק אותיות גיהנם ותפתה אין בהם סוד ולא רמז על שורש ובחינה כמשפט שאר השמות אלא רק נקראו בכך בשביל טעם פשטי דנקיט התרצן ולכן לא מנאום עם שבעה שמות.
« Il y a Guehinam ! » etc. La chose est étonnante : que répond-il à cette question et à la question sur Tofte ? S'il y a une raison au nom, le nom en est-il diminue ? Puisque ces deux-là sont ses noms, pourquoi ne les a-t-il pas comptés parmi les noms ? Au contraire, le nom Guehinam est plus fort, puisqu'il est plus courant dans la bouche de tous que les autres noms ! Il me semble, avec l'aide du Ciel : on sait que dans les lettres du nom de chaque chose sont suggérés sa racine, son aspect et sa vitalité. C'est pourquoi nos maîtres ont dit (Berakhot 7b) : « le nom est cause », et telle était la sagesse d'Adam harichon dans l'attribution des noms : il visait la vérité en donnant à chaque créature et à chaque chose du monde le nom qui lui convenait selon sa racine, son aspect et sa vitalité. Or nos maîtres avaient la certitude que dans les sept noms qu'ils ont comptés pour le Guehinam il y a un secret caché, selon l'aspect et la racine du Guehinam ; seules les lettres de « Guehinam » et de « Tofte » ne contiennent ni secret ni allusion à la racine et à l'aspect, comme c'est le cas des autres noms. Ils ont été appelés ainsi seulement pour la raison simple que donne celui qui répond ; c'est pourquoi on ne les a pas comptés avec les sept noms.
💡 Explication

« Guehinam » est écarté de la liste : c'est une description. Le mot est lu de deux façons : gai (vallée) profonde comme celle de Ben Hinom, et hinam (vain, gratuit) : on y descend pour des fautes commises en vain. Rachi précise : les arayot.

19
והאיכא ״תפתה״, דכתיב: ״כי ערוך מאתמול תפתה״, ההוא שכל המתפתה ביצרו יפול שם.

Il y a aussi « Tofte », car il est écrit : « Car Tofte est préparée depuis hier » (Yechaya 30,33) ! Celui-là [est une description] : quiconque se laisse séduire (mitpate) par son yetser (penchant) tombe là.

📜 Rachi (1)
תפתה גיהנם דכתיב בההוא קרא מדורתה אש ועצים הרבה:
Tofte : c'est le Guehinam, car il est écrit dans ce verset : « son foyer est feu et bois en abondance ».
🗂️ Tossefot (1)
והאיכא תפתה תימה דלא חשיב עלוקה ור"ת מפרש דעלוקה שם חכם כמו לאיתיאל והא דמוקי ליה במסכת עבודה זרה (דף יז.) בגיהנם היינו משום דכתיב בתריה שאול ועוצר רחם ומיהו קשה דבפסיקתא לא חשיב להם בשמות שלמה וגם בג' דברי' וד' דברים הכתובים באותו ספר לא חשיב עלוקה ואע"ג דלא חשיב נמי יקא היינו משום דשמא הוי בכלל אגור והפייט נמי יסדו בשם גיהנם בזולת אין צור חלף יקדו בהבהבי עלק:
Il y a Tofte ! Question : pourquoi ne compte-t-il pas « Aloka » ? Rabbenou Tam explique qu'Aloka est le nom d'un sage, comme « Itiel ». Et si on l'explique dans le traité Avoda Zara (17a) comme le Guehinam, c'est parce qu'il est écrit à la suite : « le Cheol et la matrice fermée ». Cependant, c'est difficile, car dans la Pessikta on ne les compte pas parmi les noms de Chelomo ; et aussi dans les « trois choses » et « quatre choses » écrites dans ce livre, on ne compte pas Aloka. Et bien qu'on ne compte pas non plus « Yaké », c'est peut-être parce qu'il est inclus dans « Agour ». Le poète (payetan) aussi a composé sur le nom du Guehinam, dans le zoulat « Ein tsour helef » : « ils brûlent dans les flammes d'Alak ».
20
גן עדן. אמר ריש לקיש: אם בארץ ישראל הוא — בית שאן פתחו, ואם בערביא — בית גרם פתחו, ואם בין הנהרות הוא — דומסקנין פתחו. בבבל — אביי משתבח בפירי דמעבר ימינא, רבא משתבח בפירי דהרפניא.

Le Gan Éden : Reich Lakich a dit : S'il est en Erets Israël, Beit Chean est sa porte ; s'il est en Arabie, Beit Guerem est sa porte ; s'il est entre les fleuves, Doumasknin est sa porte. À Bavel, Abaye faisait l'éloge des fruits de la rive droite [de l'Euphrate], Rava faisait l'éloge des fruits de Harpanya.

📜 Rachi (2)
בית שאן פיתחו שפירותיו מתוקין מכל ארץ ישראל:
Beit Chean est sa porte : car ses fruits sont les plus doux de toute la terre d'Israël.
משתבח בפירות דעבר ימינא משתבח בפירות של עבר הנהר פרת בדרומו:
Faisait l'éloge des fruits de la rive droite : il faisait l'éloge des fruits de l'autre rive de l'Euphrate, au sud.
🗂️ Tossefot (1)
אם בין הנהרות הוא משמע דבין הנהרו' לאו היינו בבל ודלא כפ"ה שפי' בי' יוחסין (קדושין דף עב.) גבי בין הנהרות הרי הוא כגולה ליוחסין ובפירקין (דף כב:) נמי אמרי' בבל נמי מקיף לה פרת מחד גיסא ודגלת מחד גיסא:
S'il est entre les fleuves : cela implique qu'« entre les fleuves » n'est pas Bavel, contrairement à l'explication de Rachi au chapitre Asara Youhasin (Kiddouchin 72a), à propos de « entre les fleuves, c'est comme la Gola pour la généalogie ». Et dans notre chapitre (22b), nous disons aussi : Bavel est entourée par l'Euphrate d'un côté et par le Tigre de l'autre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בית שאן פתחה. נראה הכונה על פתח הוורידין שלה כמו שכתב רבינו ז"ל בעץ חיים כמו שיש וורידין אל רחם האשה מכל האיברים כן יש לארץ וורידין ההולכים לזרוע ימין והם הדרכים הפתוחים מארץ ישראל לגן עדן שהוא דרך חברון במערת האבות דחברון היא בדרום ירושלם וכנגדם פתוח לגיהנם וכמו שנאמר (ישעיהו לא, ט) 'ותנור לו בירושל‍ם' ע"כ, יעוין שם ודוק היטב.
« Beit Chean est sa porte. » Il semble que l'intention porte sur l'ouverture de ses veines, comme l'a écrit notre maître dans le Ets Haim : de même qu'il y a des veines vers la matrice de la femme depuis tous les membres, de même la terre a des veines qui vont vers le bras droit ; ce sont les chemins ouverts de la terre d'Israël vers le Gan Éden, par le chemin de Hevron, dans la Caverne des Patriarches, car Hevron est au sud de Jérusalem ; et en face d'eux c'est ouvert vers le Guehinam, comme il est dit (Yechaya 31,9) : « et une fournaise à Jérusalem ». Fin de citation ; voir là-bas et examine bien.
💡 Explication

Après les portes du Guehinam, Reich Lakich situe la porte du Gan Éden selon l'hypothèse sur son emplacement : à chaque fois, un lieu reconnu pour la qualité de ses fruits. Abaye et Rava désignent, à Bavel, les lieux aux meilleurs fruits.

21
וביניהן כמלוא שתי וכו׳. פשיטא, כיון דתנא ליה דקשורות הוו — אנן ידעינן דלא הוו מותרות!

« Et entre eux, l'espace de deux, etc. » C'est évident ! Puisqu'il a enseigné qu'elles sont attachées, nous savons qu'elles ne sont pas détachées !

💡 Explication

Retour à la michna (17b) des passei bira'ot : autour d'un puits, on place des montants d'angle (deyomdin) et des planches ; l'espace entre eux peut atteindre la largeur de deux attelages (rabkot) de quatre bœufs, « attachés et non détachés ». La Guemara demande pourquoi la michna précise « non détachés ».

22
מהו דתימא: קשורות — כעין קשורות, אבל ממש לא — קא משמע לן ולא מותרות.

Tu aurais pu dire : « attachées » signifie comme attachées, mais pas réellement. Il nous apprend donc : « et non détachées ».

💡 Explication

Sans la précision, on aurait compris « attachées » de façon approximative : des bêtes proches les unes des autres. La michna exige des bêtes réellement attachées, ce qui donne une mesure plus serrée.

23
אחת נכנסת ואחת יוצאת. תנא: רבקה נכנסת ורבקה יוצאת. תנו רבנן: כמה ראשה ורובה של פרה — שתי אמות, וכמה עוביה של פרה — אמה ושני שלישי אמה.

« L'une entre et l'autre sort. » On a enseigné : un attelage entre et un attelage sort. Nos maîtres ont enseigné : Combien mesurent la tête et la majeure partie [du corps] d'une vache ?

Deux amot. Et combien mesure l'épaisseur d'une vache ?

Une ama et deux tiers d'ama.

📜 Rachi (2)
רבקה נכנסת ורבקה יוצאת ולא פרה נכנסת ופרה יוצאת דא"כ לא הוו להו קשורות:
Un attelage entre et un attelage sort : et non une vache entre et une vache sort, car alors elles ne seraient pas attachées.
כמה ראשה ורובה של פרה שנתנו חכמים שיעור להרחקת פסין מן הבור שיהו רחוקין כדי ראשה ורובה כדתנן במתני':
Combien mesurent la tête et la majeure partie d'une vache : [mesure] que les Sages ont donnée pour l'éloignement des montants par rapport au puits, qu'ils soient éloignés de la mesure de la tête et de la majeure partie [du corps], comme nous l'avons appris dans notre michna.
💡 Explication

« L'une entre et l'autre sort » vise deux attelages entiers, côte à côte. La baraita donne les mesures de base : tête et majeure partie d'une vache = 2 amot (distance des montants au puits, pour que la bête boive) ; épaisseur d'une vache = 1 ama 2/3.

Calcul (poursuivi au 19b) : 4 vaches x 1 2/3 = 6 2/3 amot par attelage ; deux attelages = 13 1/3 amot, l'espace maximal entre deux montants.

🖼️ Schéma
Entre deux montants : deux attelages (rabkot) de quatre vachespaspas1 2/3 amot1 2/3 amot1 2/3 amot1 2/3 amotrabka entrante (attachée)1 2/3 amot1 2/3 amot1 2/3 amot1 2/3 amotrabka sortante (attachée)Largeur d'une vache : 1 2/3 amot ; tête et majorité du corps : 2 amot
Deux attelages de quatre vaches attachées, l'un entrant et l'autre sortant, entre deux montants.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).