Sougya : Fin des enseignements de Rabbi Yirmeya ben Elazar. Celui que Hachem condamne se tait, loue et considère sa peine comme un sacrifice ; Rabbi Yehochoua ben Levi lit dans le verset « ceux qui passent par la vallée des pleurs » des condamnés du Guehinam qui reconnaissent la justice du jugement.
La Guemara oppose Reich Lakich, pour qui les méchants ne se repentent pas même à la porte du Guehinam, et distingue les pécheurs d'Israël de ceux des nations ; les pécheurs d'Israël, pleins de mitsvot comme une grenade, sont remontés par Avraham avinou, sauf celui qui a eu une relation avec une non-juive. Suivent les trois portes du Guehinam (désert, mer, Jérusalem), ses sept noms, les portes du Gan Éden selon Reich Lakich.
Le daf revient enfin à la michna des passei bira'ot : l'espace entre les montants se mesure sur deux attelages de quatre bœufs, attachés, l'un entrant et l'autre sortant.
« ...pour des plantations de vigne. »
Fin du verset de Mikha (1,6) commencé au daf précédent : Chomron devient une terre de vignes. Rachi explique que la ruine de Chomron profite à ses voisins ; c'est pourquoi le verset la mentionne en bien, à la différence de Bavel.
Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit encore : Viens et vois que la mesure (le comportement) de l'être de chair et de sang diffère de celle du Saint, béni soit-Il. Selon la mesure de l'être de chair et de sang, lorsqu'un homme est condamné à mort par le pouvoir royal, on lui place une hakka (un bâillon) dans la bouche, afin qu'il ne maudisse pas le roi.
Selon la mesure du Saint, béni soit-Il, lorsqu'un homme est condamné à mort par le Makom (Hachem), il se tait, ainsi qu'il est dit : « Pour Toi, le silence est louange » (Tehilim 65,2). Bien plus, il loue, ainsi qu'il est dit : « louange ».
Bien plus, il lui semble qu'il offre un sacrifice, ainsi qu'il est dit : « et pour Toi le vœu sera acquitté ».
Rabbi Yirmeya ben Elazar oppose deux manières de subir une condamnation. Devant un roi humain, il faut bâillonner le condamné. Devant Hachem, le condamné accepte : il se tait, puis il loue, puis il voit dans sa peine un sacrifice qui l'expie. Chaque degré est tiré d'un mot du verset.
C'est ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi : Que signifie ce qui est écrit : « Ceux qui passent par la vallée des pleurs en font une source ; le guide (moré) aussi s'enveloppe de bénédictions » (Tehilim 84,7) ?
« Ovrei » (ceux qui passent) : ce sont les gens qui transgressent (ovrin) la volonté du Saint, béni soit-Il. « Emek » (vallée) : on approfondit (maamikin) pour eux le Guehinam.
« Habakha » (des pleurs) : ils pleurent et font couler des larmes comme la source des chitin. « Le guide aussi s'enveloppe de bénédictions » : ils reconnaissent la justice du jugement (matsdikin et hadin) et disent devant Lui : Maître du monde, Tu as bien jugé, Tu as bien acquitté, Tu as bien condamné, et Tu as bien préparé le Guehinam pour les méchants et le Gan Éden pour les justes.
Rabbi Yehochoua ben Levi lit chaque mot du verset comme une allusion : ovrei (passer) = transgresser ; emek (vallée) = le Guehinam approfondi ; bakha = pleurs ; maayan = larmes abondantes. La fin du verset montre que les condamnés justifient le jugement (tsidouk hadin). Le lien avec Rabbi Yirmeya ben Elazar : le condamné par Hachem accepte sa peine.
Est-ce bien ainsi ? Rabbi Chimon ben Lakich n'a-t-il pas dit : Les méchants, même à la porte du Guehinam, ne se repentent pas, ainsi qu'il est dit : « Ils sortiront et verront les cadavres des hommes qui se révoltent contre Moi, etc. » (Yechaya 66,24).
Il n'est pas dit « qui se sont révoltés » (chepacheou), mais « qui se révoltent » (hapochim) : ils continuent à se révolter pour toujours.
Ce n'est pas difficile : ici (Rabbi Yehochoua ben Levi), il s'agit des pécheurs d'Israël ; là (Reich Lakich), il s'agit des pécheurs des nations du monde.
C'est aussi logique, car sinon, Reich Lakich contredirait Reich Lakich. En effet, Reich Lakich a dit : Les pécheurs d'Israël, le feu du Guehinam n'a pas de prise sur eux, par kal va-homer (raisonnement a fortiori) à partir de l'autel d'or.
L'autel d'or, qui n'était recouvert que de l'épaisseur d'un dinar d'or, s'est maintenu de nombreuses années et le feu n'a pas eu de prise sur lui ; les pécheurs d'Israël, qui sont pleins de mitsvot comme une grenade, ainsi qu'il est dit : « Ta tempe (rakatekh) est comme une moitié de grenade » (Chir Hachirim 4,3), et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : ne lis pas « rakatekh » mais « réikateikh » (tes vides), car même les vides qui sont en toi sont pleins de mitsvot comme une grenade, à plus forte raison [le feu n'aura pas de prise sur eux].
Le kal va-homer : si une mince couche d'or sur l'autel d'or résiste au feu des années durant, à plus forte raison les pécheurs d'Israël, chargés de mitsvot, résistent au feu du Guehinam. La preuve du remplissage vient de la lecture al tikri : rakatekh (ta tempe) lu réikateikh (tes vides).
Cette affirmation de Reich Lakich suppose que le verset de Yechaya (« leur feu ne s'éteindra pas ») vise les nations. D'où la conclusion du segment 6.
Mais ce qui est écrit : « Ceux qui passent par la vallée des pleurs » ? Cela concerne ceux qui sont condamnés à ce moment-là au Guehinam ; Avraham avinou vient, les fait remonter et les reçoit.
Sauf un Juif qui a eu une relation avec une non-juive : son prépuce est tiré, et [Avraham] ne le reconnaît pas.
La Guemara concilie : les pécheurs d'Israël peuvent être condamnés au Guehinam pour un temps, mais Avraham avinou les en fait remonter. Il reconnaît ses descendants à la circoncision ; celui qui a eu une relation avec une non-juive est puni par un prépuce « tiré » (machkh orla), et Avraham ne le reconnaît pas.
Rav Kahana objecta : Maintenant que tu dis que « hapochim » (qui se révoltent) signifie qu'ils continuent à se révolter, alors, puisqu'il est écrit « hamotsi » (qui fait sortir) et « hamaalé » (qui fait monter), cela signifierait-il qu'Il fait monter et fait sortir [encore maintenant] ? Il faut dire qu'Il a fait monter et a fait sortir ; de même ici, [hapochim veut dire] qu'ils se sont révoltés.
Rav Kahana rejette la déduction grammaticale de Reich Lakich. Le participe (hapochim) peut désigner un fait passé, comme hamotsi et hamaalé dans les versets sur la sortie d'Égypte. Le verset de Yechaya parle donc de ceux qui ont péché durant leur vie.
Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit encore : Le Guehinam a trois portes : une dans le désert, une dans la mer et une à Jérusalem. Dans le désert, car il est écrit : « Ils descendirent, eux et tout ce qui leur appartenait, vivants dans le Cheol » (Bamidbar 16,33).
Korah et son assemblée furent engloutis dans le désert : c'est la première porte du Guehinam, désigné ici par le mot Cheol.
Dans la mer, car il est écrit : « Du ventre du Cheol j'ai crié, Tu as entendu ma voix » (Yona 2,3).
À Jérusalem, car il est écrit : « Parole de Hachem, qui a un feu à Tsion et une fournaise à Jérusalem » (Yechaya 31,9). Et on a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : « Qui a un feu à Tsion », c'est le Guehinam ; « et une fournaise à Jérusalem », c'est la porte du Guehinam.
N'y en a-t-il pas d'autres ? Rabbi Maryon n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, et certains disent que Rabba bar Maryon a enseigné dans [une baraita de] l'école de Rabbi Yo'hanan ben Zakkai : Il y a deux palmiers dans la vallée de Ben Hinom, et de la fumée monte d'entre eux.
C'est à leur propos que nous avons appris : « Les tsinei (palmiers) du Mont de Fer sont valables », et c'est la porte du Guehinam ! Peut-être est-ce celle de Jérusalem.
La Guemara objecte une quatrième porte : entre deux palmiers de la vallée de Ben Hinom, d'où monte une fumée. Réponse : la vallée de Ben Hinom touche Jérusalem ; c'est la porte déjà comptée.
Les palmiers du Har habarzèl sont cités dans la michna de Soucca : leurs palmes sont valables pour le loulav.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : Le Guehinam a sept noms, et les voici : Cheol, Avadon, Béer chahat, Bor chaon, Tit hayavèn, Tsalmavet et Erets hatahtit.
Cheol, car il est écrit : « Du ventre du Cheol j'ai crié, Tu as entendu ma voix » (Yona 2,3). Avadon, car il est écrit : « Racontera-t-on Ta bonté dans le tombeau, Ta fidélité dans l'Avadon ? » (Tehilim 88,12).
Béer chahat, car il est écrit : « Car Tu n'abandonneras pas mon âme au Cheol, Tu ne laisseras pas Ton pieux voir la chahat (fosse) » (Tehilim 16,10). Bor chaon et Tit hayavèn, car il est écrit : « Il m'a fait monter du bor chaon (fosse tumultueuse), du tit hayavèn (boue fangeuse) » (Tehilim 40,3).
Tsalmavet, car il est écrit : « Ceux qui habitent dans l'obscurité et le tsalmavet (ombre de la mort) » (Tehilim 107,10). Erets hatahtit (la terre d'en bas) : c'est une tradition (gmara).
Chaque nom est appuyé sur un verset. Pour Erets hatahtit, la Guemara ne cite pas de verset : c'est une gmara, une tradition reçue. Tossefot remarque qu'un verset existe pourtant chez Ye'hezkel.
N'y en a-t-il pas d'autres ? Il y a « Guehinam » !
[C'est une description :] une vallée (gai) profonde comme la vallée [de Ben Hinom], où tous descendent pour des affaires de hinam (vaines).
« Guehinam » est écarté de la liste : c'est une description. Le mot est lu de deux façons : gai (vallée) profonde comme celle de Ben Hinom, et hinam (vain, gratuit) : on y descend pour des fautes commises en vain. Rachi précise : les arayot.
Il y a aussi « Tofte », car il est écrit : « Car Tofte est préparée depuis hier » (Yechaya 30,33) ! Celui-là [est une description] : quiconque se laisse séduire (mitpate) par son yetser (penchant) tombe là.
Le Gan Éden : Reich Lakich a dit : S'il est en Erets Israël, Beit Chean est sa porte ; s'il est en Arabie, Beit Guerem est sa porte ; s'il est entre les fleuves, Doumasknin est sa porte. À Bavel, Abaye faisait l'éloge des fruits de la rive droite [de l'Euphrate], Rava faisait l'éloge des fruits de Harpanya.
Après les portes du Guehinam, Reich Lakich situe la porte du Gan Éden selon l'hypothèse sur son emplacement : à chaque fois, un lieu reconnu pour la qualité de ses fruits. Abaye et Rava désignent, à Bavel, les lieux aux meilleurs fruits.
« Et entre eux, l'espace de deux, etc. » C'est évident ! Puisqu'il a enseigné qu'elles sont attachées, nous savons qu'elles ne sont pas détachées !
Retour à la michna (17b) des passei bira'ot : autour d'un puits, on place des montants d'angle (deyomdin) et des planches ; l'espace entre eux peut atteindre la largeur de deux attelages (rabkot) de quatre bœufs, « attachés et non détachés ». La Guemara demande pourquoi la michna précise « non détachés ».
Tu aurais pu dire : « attachées » signifie comme attachées, mais pas réellement. Il nous apprend donc : « et non détachées ».
Sans la précision, on aurait compris « attachées » de façon approximative : des bêtes proches les unes des autres. La michna exige des bêtes réellement attachées, ce qui donne une mesure plus serrée.
« L'une entre et l'autre sort. » On a enseigné : un attelage entre et un attelage sort. Nos maîtres ont enseigné : Combien mesurent la tête et la majeure partie [du corps] d'une vache ?
Deux amot. Et combien mesure l'épaisseur d'une vache ?
Une ama et deux tiers d'ama.
« L'une entre et l'autre sort » vise deux attelages entiers, côte à côte. La baraita donne les mesures de base : tête et majeure partie d'une vache = 2 amot (distance des montants au puits, pour que la bête boive) ; épaisseur d'une vache = 1 ama 2/3.
Calcul (poursuivi au 19b) : 4 vaches x 1 2/3 = 6 2/3 amot par attelage ; deux attelages = 13 1/3 amot, l'espace maximal entre deux montants.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).