Eruvin 19b — Les passei bira : mesures des brèches, prolonger les dyomadin, et ce qui peut servir de dyomad

Eruvin 19b

Sougya : Suite de la sougya des passei bira, l'enclos de planches autour d'un puits pour les pèlerins. La baraita chiffre l'écart permis entre les poteaux : six bœufs, soit dix coudées, pour Rabbi Meir ; huit bœufs, soit treize coudées et un tiers, pour Rabbi Yehouda.

Rav Papa en tire quand il faut ajouter des pechoutin (planches simples) selon la largeur de la citerne : 8 coudées, personne ; 12 coudées, tout le monde ; entre les deux, la mahloket. Abaye pose ensuite à Rabba une série de questions (moyen mnémotechnique : ariKH, yoter, tel, hitsat...) : peut-on prolonger les dyomadin (poteaux d'angle) au lieu d'ajouter des pechoutin, pour Rabbi Meir et pour Rabbi Yehouda ; un tertre escarpé ou une haie de roseaux peuvent-ils servir de dyomad ?

Rabba répond chaque fois par une baraita, que la Guemara discute ; la question du tertre dépend de la mahloket sur « un roin » ou « deux roin ».

Passei bira vus de dessus (cas de Rav Papa : citerne de 8 coudées)citerne8 coudéesécart : 10 coudées28 (citerne)2dyomad : poteau d'angle en L,une coudée de chaque côtélimite de l'enclos2 coudées de chaque côté =tête et majeure partie d'une vache(elle boit de l'intérieur de l'enclos)Calcul : 2 + 8 + 2 = 12 coudées d'enclosmoins 1 coudée de dyomad de chaque côté= écart de 10 coudées entre les dyomadinRabbi Meir : jusqu'à 10 -> sans pechoutinRabbi Yehouda : jusqu'à 13 1/3 -> idem
Les passei bira vus de dessus : citerne, espace pour les vaches, dyomadin aux angles et écart entre eux (exemple de Rav Papa).
Rav Papa : faut-il ajouter des pechoutin ?écart = citerne + 2 + 2 (vaches) - 1 - 1 (dyomadin)citerneécartRabbi MeirRabbi Yehouda(max 10)(max 13 1/3)8 coudées10 coudéesaccord : pas de pechoutinnonnonentre 8 et 12entre 10 et 14c'est la mahloketouinon12 coudées14 coudéesaccord : pechoutin nécessairesouioui
Rav Papa : selon la largeur de la citerne, faut-il ajouter des pechoutin pour Rabbi Meir et pour Rabbi Yehouda ?
Abaye interroge Rabba : les questions de ce dafmot-cléquestionsource citée par RabbaissueariKH (Rabbi Meir)écart > 10 : prolongerles dyomadin suffit ?« ubilvad cheyarbebepassin »2e version : prolongersuffit (chema mina)YOTER (Rabbi Yehouda)écart > 13 1/3 :pechoutin ou prolonger ?« zo mehitsave-elou passin »réfute : torat passin,brèches de 13 1/3TELtertre de 10 tefahimen 4 coudées = dyomad ?pierre carrée / ronde(deux Tanaim)dépend de : un roinou deux roinHITSAT kanimhaie de roseaux espacésde moins de 3 tefahim ?« arbre, clôture ouhaie de roseaux »réfute : deux sortesd'arbre / de clôture
Plan du daf : les questions d'Abaye à Rabba, la source citée et l'issue.
1
שהן כעשר, דברי רבי מאיר. רבי יהודה אומר: כשלש עשרה אמה וכארבע עשרה אמה.

... qui font environ dix [coudées] ; ce sont les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : environ treize coudées et environ quatorze coudées.

📜 Rachi (2)
שהן כעשר אמות ששה בקר ולקמן פריך מאי כעשר הא עשר מכוונות הן:
Qui font environ dix : coudées, six bœufs. Plus loin [la Guemara] objecte : pourquoi « environ dix », ce sont exactement dix !
כי"ג וי"ד שמונה בקר יצאו מכלל שלש עשרה ולכלל י"ד לא באו די"ג אמה ושליש הן:
Environ 13 et 14 : huit bœufs dépassent treize et n'atteignent pas quatorze, car ils font treize coudées et un tiers.
💡 Explication

Fin de la baraita commencée au daf 19a. Elle donne la largeur des attelages de bœufs qui fixent l'écart maximal entre les passei bira (poteaux entourant un puits). Un bœuf occupe une coudée et deux tiers.

Rabbi Meir : deux attelages de trois, soit 6 bœufs = 10 coudées. Rabbi Yehouda : deux attelages de quatre, soit 8 bœufs = 13 coudées 1/3.

🖼️ Schéma
Largeur de l'écart en bœufs (1 bœuf = 1 coudée 2/3)Rabbi Meir6 x 1 2/3 = 10 coudéesRabbi Yehouda8 x 1 2/3 = 13 1/3 coudées
Six bœufs pour Rabbi Meir, huit pour Rabbi Yehouda.
2
״כעשר״? הא עשר הויין! משום דבעי למיתנא סיפא ״כשלש עשרה״.

« Environ dix » ? Ce sont [exactement] dix !

Parce qu'il voulait enseigner dans la fin « environ treize ».

🗂️ Tossefot (1)
שהן כעשר אמות לא שייך למיפרך מניינא אתא לאשמעינן כדפריך בפ"ק דקדושין (דף יז.) כיון דלא השמיענו מנין פרות:
Qui font environ dix coudées : on ne peut pas objecter ici « est-il venu nous apprendre à compter ? », comme on objecte au premier chapitre de Kiddouchin (17a), puisqu'il ne nous avait pas fait connaître la mesure des vaches.
💡 Explication

6 x 1 2/3 = 10 exactement : le mot « environ » est inutile pour Rabbi Meir. Il est employé par symétrie avec la mesure de Rabbi Yehouda, qui, elle, est approximative.

Tossefot : ailleurs le Talmud rejette un total que chacun peut calculer. Ici le total apprend quelque chose, car la largeur d'une vache n'était pas encore donnée.

3
״כשלש עשרה״ — טפי הויין? משום דבעי למתני ״כארבע עשרה״. ״וכארבע עשרה״ — הא לא הויא? אמר רב פפא: יתירות על שלש עשרה, ואינן מגיעות לארבע עשרה.

« Environ treize » : ils font davantage ? Parce qu'il voulait enseigner « environ quatorze ».

« Et environ quatorze » : ils n'y arrivent pas ? Rav Papa dit : [ils sont] au-delà de treize, et n'atteignent pas quatorze.

💡 Explication

13 1/3 n'est ni treize ni quatorze. Rav Papa explique la double expression : la mesure se situe entre les deux nombres.

4
אמר רב פפא: בבור שמונה דכולי עלמא לא פליגי דלא בעינן פשוטין.

Rav Papa dit : pour une citerne de huit [coudées], tout le monde s'accorde qu'on n'a pas besoin de pechoutin.

📜 Rachi (1)
בבור רחב שמונה אפי' לר"מ לא בעינן פשוטין דכי מרחיק כדי ראשה ורובה דהיינו שתי אמות לכל רוח נמצא החלל שבין ב' המחיצות שתים עשרה אמה והפסין רחבן אמה לכל רוח זה כנגד זה נמצא בין פס לפס שיעור פתח עשר אמות ור' מאיר בהכי שרי:
Pour une citerne large de huit : même pour Rabbi Meir, on n'a pas besoin de pechoutin. Car lorsqu'on éloigne [les poteaux] de la mesure de sa tête et de la majeure partie de son corps, c'est-à-dire deux coudées de chaque côté, l'espace entre les deux cloisons est de douze coudées ; les poteaux ont une coudée de large de chaque côté, l'un face à l'autre ; il reste entre poteau et poteau une ouverture de dix coudées, et Rabbi Meir permet cela.
💡 Explication

Pechoutin : planches simples, larges d'une coudée, placées entre les dyomadin (poteaux d'angle en L). La vache doit pouvoir boire avec la tête et la majeure partie du corps à l'intérieur : on compte donc 2 coudées de chaque côté de la citerne.

8 + 2 + 2 = 12 ; moins une coudée de dyomad de chaque côté = 10. Cet écart est permis même pour Rabbi Meir.

5
בבור שתים עשרה — דכולי עלמא לא פליגי דבעינן פשוטין.

Pour une citerne de douze, tout le monde s'accorde qu'on a besoin de pechoutin.

📜 Rachi (1)
בבור שתים עשרה דכי מרחיק שתי אמות מכאן וכנגדם מכאן יש חלל המחיצה י"ו אמה ומהן שתי אמות עומד הרי בין זה לזה י"ד פרוץ וכולי האי לא שרי רבי יהודה ובעינן פשוטין לכל צד דמכל צד וצד איכא י"ד אמות ולקמן מפרש היכא משוי להו:
Pour une citerne de douze : quand on s'éloigne de deux coudées ici et autant en face, l'espace de la cloison est de seize coudées ; deux coudées en sont debout ; entre l'un et l'autre il y a donc quatorze coudées ouvertes. Rabbi Yehouda ne permet pas autant, et il faut des pechoutin de chaque côté, puisque de chaque côté il y a quatorze coudées. Plus loin [la Guemara] explique où on les place.
🗂️ Tossefot (1)
בבור שתים עשרה כ"ע לא פליגי הוה מצי למנקט בבור אחת עשרה ושליש ומשהו ולא דק:
Pour une citerne de douze, tout le monde s'accorde : il aurait pu dire « une citerne de onze coudées et un tiers et un peu plus », mais il n'a pas été précis.
💡 Explication

12 + 4 - 2 = 14 coudées, ce qui dépasse même les 13 1/3 de Rabbi Yehouda.

Tossefot : le seuil exact de l'accord est une citerne d'un peu plus de 11 1/3 (11 1/3 + 4 - 2 = 13 1/3). Rav Papa arrondit.

6
כי פליגי — משמונה עד שתים עשרה. לרבי מאיר בעינן פשוטין. לרבי יהודה לא בעינן פשוטין.

Où ils divergent, c'est de huit à douze : pour Rabbi Meir, on a besoin de pechoutin ; pour Rabbi Yehouda, on n'a pas besoin de pechoutin.

💡 Explication

Entre 8 et 12 coudées de citerne, l'écart est entre 10 et 14 : au-delà du maximum de Rabbi Meir, en dessous (pour l'essentiel) de celui de Rabbi Yehouda. Voir le schéma de synthèse.

7
ורב פפא מאי קא משמע לן? תנינא?!

Et que nous apprend Rav Papa ? Nous l'avons [déjà] appris !

📜 Rachi (1)
תנינא לדרב פפא במתני' . דקתני לר' מאיר ששה בקר ולרבי יהודה שמונה בקר וממילא שמעינן דר"מ שרי בהבדלת עשר ור' יהודה שרי בהבדלת שלש עשרה אמה ושליש וכי קבעי ר' מאיר פשוטין ביותר מעשר קאמר:
Nous l'avons appris : [l'enseignement] de Rav Papa [est déjà] dans la baraita, qui enseigne six bœufs pour Rabbi Meir et huit bœufs pour Rabbi Yehouda. On en déduit de soi-même que Rabbi Meir permet une séparation de dix, et Rabbi Yehouda une séparation de treize coudées et un tiers ; et quand Rabbi Meir exige des pechoutin, il parle de plus de dix.
8
רב פפא ברייתא לא שמיע ליה, וקא משמע לן כברייתא.

Rav Papa n'avait pas entendu la baraita, et il nous enseigne [de lui-même] comme la baraita.

📜 Rachi (1)
רב פפא הך ברייתא דתנא שיעורא דעובי הפרות לא שמיע ליה ובמתני' לא פריש להו ואתא רב פפא לפרושי לך מתניתין דשיעורא דר' מאיר עשר אמות ודר' יהודה שלש עשרה אמה ושליש והסכים רב פפא מדעתו למה ששנינו בברייתא דראשה ורובה שתי אמו' ועוביה אמה ושני שלישי אמה:
Rav Papa [n'avait pas entendu] cette baraita : qui enseigne la mesure de l'épaisseur des vaches ; dans la Michna, elle n'est pas expliquée. Rav Papa est venu t'expliquer la Michna : la mesure de Rabbi Meir est de dix coudées et celle de Rabbi Yehouda de treize coudées et un tiers. Rav Papa est arrivé par son propre raisonnement à ce que nous avons appris dans la baraita : la tête et la majeure partie [du corps] font deux coudées, et son épaisseur une coudée et deux tiers.
🗂️ Tossefot (1)
רב פפא ברייתא לא שמיע ליה והא דמשני לעיל אברייתא יתירות על שלש עשרה היינו בתר דשמעה:
Rav Papa n'avait pas entendu la baraita : et ce qu'il a répondu plus haut sur la baraita, « au-delà de treize », c'est après l'avoir entendue.
💡 Explication

Tossefot relève une difficulté : au segment 2, Rav Papa explique justement la baraita. Réponse : il l'a entendue plus tard.

9
אריך יותר בתל חיצת חצר שיבשה סימן. בעא מיניה אביי מרבה: האריך בדיומדין כשיעור פשוטין, לרבי מאיר מהו?

Arikh (prolonger), yoter (plus), betel (dans un tertre), hitsat (haie), hatser (cour), cheyavcha (qui s'est asséché) : moyen mnémotechnique. Abaye demanda à Rabba : s'il a prolongé les dyomadin de la mesure des pechoutin, qu'en est-il pour Rabbi Meir ?

📜 Rachi (2)
האריך בדיומדיין יותר מאמה לכל צד עד שהעמיד ריוח שבינתים על עשר אמות:
Il a prolongé les dyomadin : de plus d'une coudée de chaque côté, jusqu'à ramener l'espace entre eux à dix coudées.
מהו דווקא פשוטין קאמר דכיון דהרחיקן יותר משיעור חכמים בעינן היכר ביני ביני ולא סגי בהארכת דיומדין אלא מרחיק פורתא מן הפס ונותן שם פשוט וכן לאידך גיסא משום דליהוי היכירא או דילמא כיון דסוף סוף עשר ריוח הוא דאיכא לא מיתסר:
Qu'en est-il : [Rabbi Meir] dit-il pechoutin précisément ? Puisqu'il les a éloignés au-delà de la mesure des Sages, il faut un signe entre eux, et prolonger les dyomadin ne suffit pas ; il faut s'éloigner un peu du poteau et placer là un pachout, et de même de l'autre côté, pour qu'il y ait un signe. Ou bien, puisqu'en fin de compte il n'y a qu'un espace de dix, ce n'est pas interdit ?
💡 Explication

Le siman (moyen mnémotechnique) résume les questions d'Abaye qui suivent, ici et au daf suivant.

Question : quand l'écart dépasse dix coudées, Rabbi Meir exige des pechoutin. Peut-on a la place allonger les bras des dyomadin pour ramener la brèche à dix ? Ou faut-il une planche séparée, qui forme un signe (hekher) visible au milieu ?

🖼️ Schéma
Écart trop large : deux façons d'y remédierA. ajouter un pachout au milieupachoutsigne visible entre les deux brèchesB. prolonger les dyomadinbrèche réduiteune seule brèche, plus étroiteAbaye : pour Rabbi Meir (brèche > 10) et pour Rabbi Yehouda (brèche > 13 1/3),la méthode B est-elle valable, ou faut-il la méthode A ?
Méthode A : pachout au milieu. Méthode B : dyomadin prolongés.
10
אמר ליה, תניתוה: ״ובלבד שירבה בפסין״. מאי לאו דמאריך בדיומדין? לא, דמפיש ועביד פשוטין.

Il lui dit : vous l'avez appris : « à condition qu'il augmente dans les passin ». N'est-ce pas qu'il prolonge les dyomadin ?

Non : il en fait davantage, il fait des pechoutin.

💡 Explication

La Michna (17b) : on peut éloigner les passin du puits autant qu'on veut, « à condition qu'il augmente dans les passin ». Rabba y lit un élargissement des dyomadin ; Abaye répond que cela peut désigner un plus grand nombre de pechoutin.

11
אי הכי, האי ״ובלבד שירבה בפסין״, ״עד שירבה פסין״ מיבעי ליה! תני ״עד שירבה פסין״.

S'il en est ainsi, ce « à condition qu'il augmente dans les passin », il aurait fallu dire « jusqu'à ce qu'il augmente les passin » ! Enseigne : « jusqu'à ce qu'il augmente les passin ».

💡 Explication

La préposition « dans » (be-passin) suggère qu'on agrandit les passin eux-mêmes. La réponse corrige la formulation : on lit « augmenter les passin », c'est-à-dire leur nombre.

12
איכא דאמרי: אמר ליה, תניתוה: ״ובלבד שירבה בפסין״. מאי לאו דמפיש ועביד פשוטין? לא, דמאריך בדיומדין.

Certains disent : il lui dit : vous l'avez appris : « à condition qu'il augmente dans les passin ». N'est-ce pas qu'il en fait davantage, qu'il fait des pechoutin ?

Non : il prolonge les dyomadin.

13
הכי נמי מסתברא, מדקתני ״ובלבד שירבה בפסין״. שמע מינה.

C'est aussi logique, puisqu'il enseigne « à condition qu'il augmente dans les passin ». Déduis-en.

💡 Explication

Dans la seconde version, Rabba voulait prouver que les pechoutin sont obligatoires. La Guemara conclut au contraire que be-passin désigne l'élargissement des dyomadin : pour Rabbi Meir, prolonger les dyomadin est valable.

14
בעא מיניה אביי מרבה: יותר משלש עשרה אמה ושליש לרבי יהודה מהו? פשוטין עביד, או בדיומדין מאריך?

Abaye demanda à Rabba : [un écart de] plus de treize coudées et un tiers, qu'en est-il pour Rabbi Yehouda ? Fait-il des pechoutin, ou prolonge-t-il les dyomadin ?

📜 Rachi (1)
לר' יהודה דלא אדכר פשוטין הי עדיפא ליה פשוטין עדיפי ליה ומרוחקין מן הדיומדין י"ג אמה למיהוי היכירא ביני ביני ולא סגי בהארכת דיומדין או הארכת דיומדין עדיפא דלא ליתי אוירא דהאי גיסא ודהאי גיסא ולבטלה:
Pour Rabbi Yehouda : qui n'a pas mentionné de pechoutin, lequel préfère-t-il ? Les pechoutin, éloignés des dyomadin de treize coudées, pour qu'il y ait un signe entre eux, et la prolongation des dyomadin ne suffit pas ? Ou la prolongation des dyomadin est-elle préférable, pour que l'air de ce côté et de l'autre ne vienne pas l'annuler ?
💡 Explication

Rabbi Yehouda ne parle que de dyomadin. Au-delà de 13 1/3, que faut-il faire ? Rachi présente les deux raisonnements : le pachout donne un signe ; le dyomad prolongé évite qu'une planche isolée soit annulée par les brèches qui l'entourent.

15
אמר ליה: תניתוה. כמה הן מקורבין — כדי ראשה ורובה של פרה. וכמה מרוחקין — אפילו כור ואפילו כוריים.

Il lui dit : vous l'avez appris : à quelle distance peuvent-ils être rapprochés ? De la mesure de la tête et de la majeure partie [du corps] d'une vache.

Et à quelle distance peuvent-ils être éloignés ? Même un kor, même deux kor.

📜 Rachi (2)
כמה הן מקורבין לבור:
À quelle distance peuvent-ils être rapprochés : de la citerne.
אפילו כור ובלבד שירבה בפסין:
Même un kor : à condition qu'il augmente les passin.
💡 Explication

Kor : ici, la surface où l'on sème un kor de grain (beit kor), soit trente beit se'a. L'enclos peut être très vaste selon les Sages.

16
רבי יהודה אומר: בית סאתים מותר, יותר מבית סאתים אסור. אמרו לו לרבי יהודה: אי אתה מודה בדיר וסהר ומוקצה וחצר, אפילו בת חמשת כורים ואפילו בת עשרה כורים שמותר?

Rabbi Yehouda dit : [une surface de] beit saatayim est permise, plus que beit saatayim est interdite. Ils dirent à Rabbi Yehouda : n'admets-tu pas, pour un dir (enclos), un sahar (étable), un mouktse (arrière-cour) et une cour, que même d'une surface de cinq kor et même de dix kor, c'est permis ?

📜 Rachi (2)
יותר מבית סאתים אסור שזה שיעור היקף שלא כתיקנו:
Plus que beit saatayim est interdit : car c'est la mesure d'une enceinte qui n'a pas été faite dans les règles.
דיר מוקף לדירה שהרועה דר שם בלילה:
Dir : enceinte faite pour habiter, où le berger réside la nuit.
💡 Explication

Beit saatayim (surface de deux se'a, 5000 coudées carrées) : limite d'un karpef, espace clos qui n'a pas été entouré pour y habiter. Pour Rabbi Yehouda, l'enclos de passin est traité comme tel. Les Sages objectent avec les enclos habituels, permis quelle que soit leur taille.

17
אמר להן: זו מחיצה, ואלו פסין.

Il leur dit : celle-ci est une cloison, et ceux-là sont des passin.

📜 Rachi (2)
זו מחיצה שלימה היא:
Celle-ci est une cloison : elle est complète.
ואלו פסין הן ובין כל אחד ואחד שלש עשרה אמות ואין עומד אלא פס אמה בין כל שלש עשרה ושלש עשרה אלמא לרבי יהודה פשוטין עביד דאי בדיומדין מאריך הא מחיצה היא:
Et ceux-là sont des passin : entre chacun il y a treize coudées, et il ne se dresse qu'un poteau d'une coudée toutes les treize coudées. On en déduit que, pour Rabbi Yehouda, on fait des pechoutin ; car si on prolongeait les dyomadin, ce serait une cloison.
💡 Explication

C'est la preuve de Rabba : Rabbi Yehouda appelle l'enclos du puits « passin », donc des planches isolées. Selon Rachi, cela montre qu'on ajoute des pechoutin et qu'on ne prolonge pas les dyomadin.

18
ואם איתא, זו מחיצה וזו היא מחיצה מיבעי ליה!

S'il en était ainsi, il aurait fallu dire : « celle-ci est une cloison et celle-là aussi est une cloison » !

🗂️ Tossefot (1)
ואם איתא זו היא מחיצה וזו היא מחיצה מיבעי ליה קשה דהכא פשיטא ליה דהארכת דיומדין עדיפי מפשוטין ולעיל אליבא דר"מ משמע ליה איפכא וי"ל דלעיל בעי היכי דכי נמי נאריך בדיומדין יהיה פרוץ מרובה דאז פשוטין עדיפי דאיכא היכר טפי אבל הכא איירי ברחב הרבה שאם נאריך הדיומדין יהיה עומד מרובה כדקתני אי אתה מודה בדיר וסהר ומוקצה שאפילו בית י' כורין או יותר מותר לכך פריך שפיר זו מחיצה וזו מחיצה מבעי ליה:
S'il en était ainsi, il aurait fallu dire « celle-ci est une cloison et celle-là est une cloison » : difficulté : ici, il est évident [pour la Guemara] que la prolongation des dyomadin vaut mieux que les pechoutin, alors que plus haut, selon Rabbi Meir, il semblait le contraire. On peut répondre : plus haut, il s'agit d'un cas où, même si l'on prolonge les dyomadin, l'ouvert sera majoritaire ; alors les pechoutin valent mieux, car ils forment un signe plus net. Ici, il s'agit d'un espace très large, où, si l'on prolonge les dyomadin, le fermé sera majoritaire, comme il enseigne : « n'admets-tu pas pour un dir, un sahar et un mouktse que même dix kor ou davantage, c'est permis ? » C'est pourquoi il objecte à juste titre : il aurait fallu dire « celle-ci est une cloison et celle-là est une cloison ».
💡 Explication

Objection à la preuve : si l'on prolongeait les dyomadin, l'enclos serait une vraie cloison, et Rabbi Yehouda n'aurait pas pu l'opposer à la cour. Il faudrait donc conclure qu'on met des pechoutin.

Tossefot distingue selon la proportion d'omed (partie fermée) et de parouts (partie ouverte) : quand le fermé est majoritaire, le dyomad prolongé devient une vraie cloison.

19
הכי קאמר: זו תורת מחיצה עליה — ופרצותיה בעשר, ואלו תורת פסין עליהן — ופרצותיהן בשלש עשרה אמה ושליש.

Voici ce qu'il dit : celle-ci a le statut de cloison, et ses brèches [sont limitées] à dix ; ceux-là ont le statut de passin, et leurs brèches [vont jusqu'à] treize coudées et un tiers.

📜 Rachi (2)
ופירצתה אוסרת ביותר מעשר:
Et ses brèches : interdisent au-delà de dix.
ואלו תורת פסין עליהן ויש י"ג אמה בין הארכה להארכה הלכך ביותר מבית סאתים לא מיתכשר:
Et ceux-là ont le statut de passin : il y a treize coudées entre une prolongation et l'autre ; c'est pourquoi, au-delà de beit saatayim, ce n'est pas valable.
💡 Explication

La Guemara repousse la preuve : la différence entre cour et passin porte sur la largeur de brèche tolérée (10 contre 13 1/3). Même avec des dyomadin prolongés, l'enclos garde le statut de passin. La baraita ne tranche donc pas la question d'Abaye.

20
בעא מיניה אביי מרבה: תל המתלקט עשרה מתוך ארבע, נידון משום דיומד או אינו נידון משום דיומד?

Abaye demanda à Rabba : un tertre qui s'élève de dix [tefahim] sur une distance de quatre [coudées], est-il considéré comme un dyomad ou n'est-il pas considéré comme un dyomad ?

📜 Rachi (2)
תל המתלקט י' טפחים:
Un tertre qui s'élève de dix : tefahim.
מתוך ד' אמות תל משופע אבל מדרונו זקוף קודם שימשך ד' אמות עלה ונתלקט גובהו לי' טפחים וקי"ל בהזורק במס' שבת (דף ק.) דלענין שבת הוי רשות היחיד הכא מאי אי קאי במקום א' מן הדיומדין מי הוי כדיומד או לא ולהכי נקט מתוך ד' שאם היה מדרונו משופע יפה ואינו מתלקט לגובה עשרה עד שימשך יותר מד' אמות ואפי' עלה גובהו לשפוע לעשר אמות ארעא סמיכתא היא:
Sur une distance de quatre : coudées. Un tertre en pente, mais dont la pente est raide : avant de s'étendre sur quatre coudées, il est monté et sa hauteur a atteint dix tefahim. Nous tenons [au chapitre] Hazorek, dans le traité Chabbat (100a), que pour Chabbat c'est un domaine privé (reshout hayahid). Ici, qu'en est-il : s'il se trouve à l'emplacement de l'un des dyomadin, est-il comme un dyomad ou non ? C'est pourquoi il précise « sur quatre » : car si sa pente était bien douce et n'atteignait pas dix de hauteur avant de s'étendre sur plus de quatre coudées, même si sa hauteur montait en pente jusqu'à dix coudées, c'est un sol en pente (ara semikhta).
💡 Explication

Tel mitlaket : tertre dont la pente atteint 10 tefahim de hauteur en moins de 4 coudées. Pour Chabbat, il vaut une cloison. Peut-il remplacer un dyomad à un angle de l'enclos ?

🖼️ Schéma
Tel mitlaket : le tertre qui s'élève de 10 tefahimmoins de 4 coudées10 tefahimescarpé : mitlaket(reshout hayahid pour Chabbat)plus de 4 coudéespente douce : ara semikhta(simple sol en pente, jamais dyomad)
Tertre escarpé (mitlaket) et pente douce (ara semikhta).
21
אמר ליה, תניתוה: רבי שמעון בן אלעזר אומר: היתה שם אבן מרובעת רואין, כל שאילו תחלק ויש בה אמה לכאן ואמה לכאן נידון משום דיומד, ואם לאו אינו נידון משום דיומד.

Il lui dit : vous l'avez appris : Rabbi Chimon ben Elazar dit : s'il y avait là une pierre carrée, on regarde : si, en la divisant, il y aurait une coudée d'un côté et une coudée de l'autre, elle est considérée comme un dyomad ; sinon, elle n'est pas considérée comme un dyomad.

📜 Rachi (1)
מרובעת אמה על אמה ואינה מחוסרת אלא חליקה שינטל עובי שבינתים ותיעשה כמרזב דופן לכאן ודופן לכאן:
Carrée : une coudée sur une coudée, et il ne lui manque que la division : qu'on retire l'épaisseur du milieu et qu'elle devienne comme une gouttière, une paroi d'un côté et une paroi de l'autre.
💡 Explication

Roin (« on regarde ») : on considère l'objet comme s'il avait subi la transformation qui en ferait un dyomad. Pour la pierre carrée, une seule opération suffit : l'évider pour obtenir un angle en L.

22
רבי ישמעאל בנו של רבי יוחנן בן ברוקה אומר: היתה שם אבן עגולה, רואין כל שאילו תחקק ותחלק ויש בה אמה לכאן ואמה לכאן — נידון משום דיומד, ואם לאו — אינו נידון משום דיומד.

Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : s'il y avait là une pierre ronde, on regarde : si, en la taillant et en la divisant, il y aurait une coudée d'un côté et une coudée de l'autre, elle est considérée comme un dyomad ; sinon, elle n'est pas considérée comme un dyomad.

📜 Rachi (1)
עגולה מחוסרת חקיקה לחקוק וליטול בליטת עיגול ולהשוות אמצעה לפיאותיה ותהא מרובעת ועדיין היא מחוסרת חליקה:
Ronde : il lui manque la taille, pour tailler et retirer la saillie arrondie et égaliser son milieu avec ses coins, afin qu'elle soit carrée ; et il lui manque encore la division.
🖼️ Schéma
Roin : voir la pierre comme si elle était tailléepierre carréeroin 1 : évider= dyomad : une coudéede chaque côtépierre ronderoin 1roin 2Rabbi Chimon ben Elazar : non(un seul roin)Rabbi Yichmael : oui(deux roin ; le tel aussi)
Pierre carrée : un roin. Pierre ronde : deux roin.
23
במאי קא מיפלגי? מר סבר: חד רואין אמרינן, תרי רואין לא אמרינן, ומר סבר: אפילו תרי רואין נמי אמרינן.

Sur quoi divergent-ils ? L'un pense : on dit un seul roin, on ne dit pas deux roin ; et l'autre pense : on dit même deux roin.

📜 Rachi (1)
אמרי' נמי תרי רואין לר' ישמעאל ותל נמי כאבן עגולה דמי לתנא קמא לא אמרינן תרי רואין:
On dit aussi deux roin : pour Rabbi Yichmael ; et le tertre aussi est comparable à une pierre ronde. Pour le Tana Kama, on ne dit pas deux roin.
💡 Explication

Le tertre doit, comme la pierre ronde, être imaginé taillé puis évidé : deux roin. Selon Rabbi Yichmael il sert de dyomad ; selon Rabbi Chimon ben Elazar, non. La réponse à Abaye dépend de cette mahloket.

24
בעא מיניה אביי מרבה: חיצת הקנים קנה קנה פחות משלשה, נידון משום דיומד או לאו?

Abaye demanda à Rabba : une haie de roseaux, chaque roseau [à] moins de trois [tefahim de l'autre], est-elle considérée comme un dyomad ou non ?

📜 Rachi (1)
חיצת קנים שעשאה לכאן ולכאן כעין דיומד:
Une haie de roseaux : qu'il a faite d'un côté et de l'autre, en forme de dyomad.
💡 Explication

Des roseaux séparés de moins de 3 tefahim sont reliés par le principe de lavoud (un espace de moins de trois tefahim est considéré comme fermé). Forment-ils un dyomad valable ?

25
אמר ליה, תניתוה: היה שם אילן או גדר או חיצת הקנים נידון משום דיומד. מאי לאו, קנה קנה פחות משלשה?

Il lui dit : vous l'avez appris : s'il y avait là un arbre, une clôture ou une haie de roseaux, elle est considérée comme un dyomad. N'est-ce pas [des roseaux], chacun [à] moins de trois ?

26
לא, גודריתא דקני. אי הכי — היינו אילן.

Non : une touffe de roseaux. S'il en est ainsi, c'est [le cas de] l'arbre !

📜 Rachi (1)
גודריתא דקני קנים מחוברים הרבה בעץ א' סמוך לארץ ומלמעלה הן מתפרשין:
Une touffe de roseaux : de nombreux roseaux réunis en une seule tige près du sol, et qui se séparent en haut.
27
ואלא מאי: קנה קנה פחות משלשה — היינו גדר! אלא מאי אית לך למימר, תרי גווני גדר? הכא נמי — תרי גווני אילן.

Et sinon quoi ? Chaque roseau à moins de trois, c'est [le cas de] la clôture !

Ce que tu dois dire, c'est deux sortes de clôture ; ici aussi, deux sortes d'arbre.

📜 Rachi (1)
תרי גווני אילן אשמעי' אילן שלם דאיכא למימר יחלק ויחקק ואשמעי' האי אע"ג דליכא למימר הכי שרי הואיל ותחתיו אחד הוא כדיומד אבל קנה פחות מג' לא:
Deux sortes d'arbre : il nous apprend [le cas d']un arbre entier, dont on peut dire qu'on le divise et qu'on le taille ; et il nous apprend [le cas de] celui-ci, qui est permis bien qu'on ne puisse pas dire cela, puisqu'en bas il est un, comme un dyomad. Mais des roseaux à moins de trois, non.
💡 Explication

Chaque lecture fait apparemment double emploi avec un autre terme de la baraita. La Guemara répond qu'une baraita peut énumérer deux variétés d'un même cas ; la preuve tombe.

28
איכא דאמרי: גודריתא דקני קא מיבעיא ליה. גודריתא דקני מאי? אמר ליה, תניתוה: היה שם גדר או אילן או חיצת הקנים נידון משום דיומד. מאי לאו, גודריתא דקני?

Certains disent : c'est la touffe de roseaux qu'il demandait. Une touffe de roseaux, qu'en est-il ?

Il lui dit : vous l'avez appris : s'il y avait là une clôture, un arbre ou une haie de roseaux, elle est considérée comme un dyomad. N'est-ce pas une touffe de roseaux ?

📜 Rachi (1)
מאי לאו גודריתא דקני וש"מ דאע"ג דאין עוביו ד' בגובה עשרה אמרינן רואין:
N'est-ce pas une touffe de roseaux : on en déduit que, bien qu'elle n'ait pas quatre d'épaisseur à une hauteur de dix, on dit roin.
29
לא, קנה קנה פחות משלשה. אי הכי, היינו גדר!

Non : chaque roseau à moins de trois. S'il en est ainsi, c'est [le cas de] la clôture !

📜 Rachi (1)
לא קנה קנה פחות מג' דעשוי כדיומד ממש ובלא רואין איכא תיקון מעליא:
Non, chaque roseau à moins de trois : qui est fait exactement comme un dyomad ; sans roin, il y a une installation valable.
30
ואלא מאי: גודריתא דקני — היינו אילן! אלא מאי אית לך למימר,

Et sinon quoi ? Une touffe de roseaux, c'est [le cas de] l'arbre !

Ce que tu dois dire, c'est ...

💡 Explication

La phrase se poursuit au daf 20a, sur le modèle de la première version : deux sortes de clôture, deux sortes d'arbre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).